HUITIÈME LEÇON
HISTOIRE ET DESCRIPTION DES PROCÉDÉS MAGNÉTIQUES. — BA- QUET MESMÉRIEN. — EMPLOI DE LA BAGUETTE, DES DOIGTS ET DES ATTOUCHEMENTS. — INSTRUCTIONS DE MESMER, PUYSÊGCR ET DELEUZE. — RÉFLEXIONS. — EMPLOI DU MAGNÉTISME. MODÈLE D’UN TRAITEMENT MAGNÉTIQUE, ACCOMPAGNÉ DE S NAMBUL1SME. — MAGNÉTISATION INTERMÉDIAIRE. — PROCÉD DE M. DU POTKT.
t L’action magnétique pare donne la paix, te repos, et afline Ira sens. L'action mauvaise injecte le trouble et l'iuquiétude. a
« L’instinct est dans la nature; c’eit un effet invariable et déterminé de l’harmonie universelle. La raisou est nn travail factice. L'instinct est uniforme et sûr ; la raison est incertaine, et chacun a la sienne, e
Messieurs ,
Dans la dernière séance, je vous ai tracé brièvement l’historique de divers systèmes qui furent créés dans ces
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derniers temps pour expliquer les phénomènes magnétiques, et je vous ai annoncé qu’aujourd’hui je vous ferais connaître les procédés mis en usage pour obtenir la manifestation des effets qui résultent de l'emploi du magnétisme.
Nous devons, pour faire cet examen, vous reporter jusqu’à Mesmer et vous apprendre ce qui se passait dans les traitements publics que ce médecin avait établis à Paris.
Ensuite nous vous parlerons des magnétiseurs qui apportèrent quelques changements à la pratique enseignée par Mesmer.
Vous savez déjà que plusieurs écoles se formèrent : qu’après celle de Mesmer vint celle de M. de Puységur, puis celle des spiritualistes.
Vous savez que ces trois écoles diffèrent pour la théorie et les procédés. On peut les comparer aux trois principales écoles de philosophie.
Celle de Mesmer se fonde sur un système analogue à celui d’Épicure, tel qu’il est exposé dans les beaux vers de Lucrèce; celle des spiritualistes, qui a eu beaucoup de partisans à I.yon, en Prusse, en Allemagne, rappelle la philosophie platonicienne; celle de M. de Puységur est établie sur l’observation.
Vous savez que Mesmer admet l’existence d’un fluide universel, qui remplit l’espace, et qui est le moyen de communication entre tons les corps, et qu'il admet, comme Épicure, une matière subtile, des émanations, etc.
Les spiritualistes croient que tous les phénomènes sont produits par l’àme.
« M. de Puységur reconnaît une action physique dans laquelle l'âme intervient par la puissance de la volonté et par des pratiques que l’expérience seule nous a fait connaître.
» Les spiritualistes prétendent que tout dépend de la volonté : après avoir établi un rapport pour déterminer jet
fixer leur attention, ils croient n’avoir plus besoin du toucher, ils agissent par la pensée, par l’intention, par la prière, etc. »
La plupart des magnétiseurs actuels, sans être spécialement attachés à l’une de ces écoles, prennent quelque chose de chacune.
Aucun des auteurs qui ont écrit sur le magnétisme n’a fait, après les Mesmer, les Puységur et Deleuze que je vous ai nommés, autorité sur cette matière.
Avant d'entrer plus avant dans l’examen des procédés qui découlèrent de tous ces systèmes, et de vous parler de la pratique de Mesmer, veuillez vous rappeler que ce médecin faisait intervenir, comme causes des effets magnétiques, des agents que nous regardons aujourd’hui comme leur étant tout à fait étrangers; qu’il ne parla jamais de la volonté comme étant essentielle à la production des effets ; qu’il admettait des pôles dans le corps humain ; et enfin, que le phénomène le plus curieux que nous devions à la magnétisation , le somnambulisme, était complètement inconnu du temps de Mesmer, quoique cependant tout porte à croire que ce médecin en possédait la connaissance.
Voici la description des procédés magnétiques et des appareils qui furent employés dans les traitements qui servirent à -établir la doctrine de Mesmer, et qui furent soumis à l’examen des anciens commissaires.
Baquet magnétique. — Au milieu d’une salle était une cuve de quelques pieds de hauteur, garnie d’un couvercle à deux battants, percé de trous, par lesquels sortaient des tiges de fer recourbées et mobiles. L’intérieur de cette cuve était rempli de bouteilles pleines d’eau, que l’on avait eu soin de magnétiser; ces bouteilles étaient placées les unes surlesautres.de manière cependant que leur cou répondait au centre de la cuve, et leur base à la circonférence;
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et les autres en sens inverse. Le baquet contenait lui-méme une certaine quantité d’eau remplissant les vides formés par l’adossement des bouteilles; mais cette circonstance de la confection du baquet n'était pas indispensable. Quelque* fois on ajoutait à l’eau du baquet une certaine quantité de limaille de fer, de verre pilé, du soufre, du manganèse et diverses autres substances.
Les malades se rangeaient autour de cet appareil et dirigeaient les tiges de fer sur les parties affectées, ou s’entouraient le corps d’un cerceau suspendu à cet effet à leur sommet; quelquefois se tenant les uns aux autres par le pouce et le doigt indicateur, ils formaient ce que l’on appelait la chaîne. Le magnétiseur, muni d’une baguette de fer qu’il promenait sur les malades, semblait diriger à son gré les mouvements du fluide magnétique. Tout cet appareil d’eau, de bouteilles et de tiges métalliques, était supposé propre à dégager l’agent magnétique ; quelquefois on jouait du piano ou de l' harmonica; car, d’après une des propositions de Mesmer, le magnétisme était surtout propagé par le son.
Baguette, doigts, attouchements. — Ces procédés formaient la base du traitement en commun, ou du traitement par le baquet. La magnétisation pouvait en outre s’exercer de plusieurs autres manières. Le fluide universel étant partout, le magnétiseur en avait en lui une certaine quantité qu’il pouvait communiquer et diriger, soit au moyen d’une baguette, soit simplement par le mouvement de ses doigts allongés. A ces gestes, exécutés à distance, on joignait aussi certains attouchements légers sur les hypochondres, sur la région épigastrique, ou sur les membres. Pour ajouter à l’effet de ces pratiques, on magnétisait les arbres, l'eau, les aliments, ou autres objets, car tous les corps de la nature étaient, selon Mesmer, susceptibles de magnétisme.
La théorie de Mesmer uvait, dans son application, quelque chose de séduisant.
« Une aiguille non aimantée, disait-il, mise en roouve- » ment, ne reprendra que par hasard une direction déter- » minée, tandis qu’au contraire celle qui est aimantée » ayant reçu la même impulsion, après différentes oscilla- ■ tions proportionnées à l'impulsion et au magnétisme » qu'elle a reçus, retrouvera sa première position, et s'y » fixera. C'est ainsi que l’harmonie des corps organisés, » une fois troublée, doit éprouver les incertitudes de ma » première supposition , si elle n’est rappelée et détermi- » née par l'agent général dont je reconnais l’existence : » lui seul peut rétablir cette harmonie dans l'état naturel.
» Aussi a-t-on vu, de tous les temps, les maladies s’ag- » graver et se guérir avec et sans le secours de la méde- » cine, d'après différents systèmes et les méthodes les plus » opposées; ces considérations ne m’ont pas permis de » douter qu’il n’existe dans la nature un principe univer- » sellement agissant, et qui, indépendamment de nous, » opère ce que nous attribuons vaguement à l'art et à la » nature. *
Instruction de Mesmer. — • Mais voici qui vous fera mieux connaître la partie pratique du magnétisme d’après les idées de Mesmer : c’est lui qui va vous l’enseigner.
Cette instruction , confiée à ses élèves , est rédigée eu forme de catéchisme. — Je ne vous donne ici que ce qui est relatif à l’application.
D. Comment démontrer les effets du fluide animal?
R. Lorsqu’un sujet bien sain est en contact immédiat avec un sujet malade, ou seulement dont une des fonctions est viciée, il lui fuit éprouver dans la partie malade des sensations plus ou moins vives.
D. Comment faut-il toucher un malade pour lui faire éprouver les effets du magnétisme?
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R. Il faut d’abord se placer en face de ce malade, le dos tourné au nord, et approcher les pieds contre les siens; ensuite porter, sans appuyer, les deux pouces sur les plexus des nerfs qui se trouvent au creux de l’estomac, et les doigts sur les hypocbondres. Il est bon, de temps en temps, de promener les doigts sur les côtés, et principalement \erà la rate. Après avoir continué environ un quart d’heure cet exercice, on opère d’une autre manière, et cela relativement à l'état du malade.
D. Que doit-on faire avant de cesser le magnétisme?
R. Il faut chercher à mettre le magnétisme en équilibre dans toutes les parties du corps. On y parvient en présentant l 'index de la main droite au sommet de la tête du côté gauche, et en le faisant descendre le long du visage, sur la poitrine et sur les extrémités inférieures. Un peut, pour cette manœuvre, employer une baguette de fer en place du doigt.
D. Ne peut on pas augmenter la force ou lu quantité du fluide magnétique sur les individus?
R. On augmente la puissance du magnétisme en établissant une communication directe entre plusieurs personnes.
D. Comment peut-on établir cette communication ?
R. De deux manières. La plus simple est de former une chaîne avec un certain nombre de personnes en les faisant tenir par la main ; on le peut aussi par le moyen du baquet, etc.
Les effets produits par de tels procédés n’étaient pas moins bizarres que les procédés eux-mémes.
Je vous ai déjà fait connaître quelques phénomènes extraordinaires qui naissaient de cette action; en voici d’autres qui ne sont pas moins curieux.
Les malades soumis à cette magnétisation éprouvaient diverses sensations insolites : c'étaient des douleurs vagues par tout le corps, mais surtout à la tête et k l'estomac;
l'augmentation ou la suppression de la transpiration cutanée, des palpitations de cœur et des étouffements momentanés; quelquefois une certaine exaltation du moral et un vif sentiment de bien-être; le système nerveux paraissait surtout affecté; les organes des sens éprouvaient des modifications inaccoutumées, telles que des tintements dans les oreilles, des vertiges, et quelquefois une sorte de somnolence d’un caractère particulier. Ces effets diversifiés à l’in • fini, suivant la nature des maladies et l’idiosyncrasie des malades, allaient toujours en croissant, à mesure que la magnétisation se continuait , et cette série de phénomènes se terminait aussi par le plus remarquable de tous et le plus constant, les convulsions. Une fois que l’état convulsif s’était établi chez un des malades, ce qui n’arrivait quelquefois qu’au bout de plusieurs heures, il ne tardait pas à se manifester sur tous les autres : c’est ce qu'on désignait sous le nom de crises magnétiques. Comme cette crise était Ordinairement le dénoùment des effets produits, on la regardait comme le but de l’action magnétique, et comme le moyen employé par la nature pour amener la guérison.
Les convulsions étaient effrayantes par leur force et par leur durée; les malades qui s’en trouvaient pris étaient aussitôt transportés dans une salle voisine, nommée à cause de sa destination, salle des crises, où ils reprenaient peuèpeu leurs sens. Une chose extrêmement remarquable, c’est qu’il ne leur restait qu’un léger sentiment de fatigue, et plusieurs accusaient même un soulagement marqué.
A ces accidents physiologiques se joignaient des phénomènes moraux très extraordinaires : les malades soumis il la même action, riaient aux éclats ou fondaient en larmes; entraînés souvent les uns vers les autres, par des mouvements irrésistibles de sympathie, ils se donnaient des témoignages de la plus vive affection. Mais la plus surprenante circonstance était l’influence prodigieuse du magné-
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tiseur sur les malades. Un signe de sa voloulé suscitait ou calmait les convulsions, commandait l'amour ou la haine; sa baguette semblait un instrument magique auquel obéissaient et les âmes et les corps.
Ces effets étonnants avaient également lieu dans les traitements particuliers, mais à un degré moindre.
Tels étaient les effets que les anciens commissaires constatèrent et qu’ils décrivirent minutieusement dans leurs rapports.
Je vous ai fait connaître les conclusions qui furent tirées de ces effets, aussi ne vous en parlerai-je plus. Je ne m’occuperai point de rechercher si tous ces divers phénomènes physiologiques amenaient des guérisons. Je pense qu elles devaient être rares, parce que le magnétisme demande, pour agir avec efficacité, du silence, du recueillement, et un grand discernement dans le choix des moyens que le magnétiseur a à sa disposition pour diriger son action; tandis que chez Mesmer tout était sacrifié à la pompe, au spectacle. Les magnétiseurs étaient heureux de montrer leur puissance (1) : l’état de convulsion leur en fournissait l’occasion, et ils recherchaient avec empressement les moyens de faire arriver les malades à cet état.
Ce ne fut qu’au bout d’un certain temps qu’ils reconnurent que le but que l’on devait se proposer, la guérison des malades, était difficile à obtenir avec leurs procédés. Ils commencèrent alors à étudier avec plus de soins les effets magnétiques, et cette étude les conduisit à l’abandon d’une partie des procédés de Mesmer. Ils reconnurent, eu même temps, le vice de la théorie qu’on leur avait enseignée, la théorie du fluide universel, et la modifièrent. L’agent que les magnétiseurs croyaient alors mettre en action n était
(■) L'habitude de diriger ses farces nerveuses donne h celui qui la contracte une supériorité marquée sur les autres hommes.
plus qu’un fluiile vital particulier, sécrété ou . au moins accumulé dans le cerveau, et auquel les nerfs servaient de conducteur.
Ce fluide était soumis à la volonté, et pouvait, sous son influence, être lancé au dehors, et dirigé et accumulé sur telle ou telle partie du corps vivant.
Ce qui contribua puissamment à ce changement, ce fut la découverte du somnambulisme en 1784. Puységur écrivait à cette époque : « Il faut que le magnétiseur croie et veuille; ces deux conditions sont indispensables à l’accomplissement de l’action magnétique. Il faut qu’il veuille fortement, que son attention ne soit pas distraite, et qu’à ces actes de volonté se joigne l’intention de faire du bien et de guérir son malade. »
Voici l’instruction qu’il publia en forme de catéchisme pour diverses Sociétés qui s’occupaient sous sa direction de propager le magnétisme en France; vous y puiserez vous-même. Messieurs, d’utiles renseignements.