‹ Traité complet de magnétisme animalChapitre 28 sur 59 · PROPOSITIONS DE MESMER · texte numérisé non relu

PROPOSITIONS DE MESMER

1® Il existe une influence mutuelle entre les corps célestes, la terre et les corps animés.

2° Un fluide universellement répandu et continué de manière à ne souffrir aucun vide, dont la subtilité ne permet aucune comparaison, et qui, de sa nature, est susceptible de recevoir, propager et communiquer toutes les impressions du mouvement, est le moyen de cette influence.

3° Cette action réciproque est soumise à des lois mécaniques, inconnues jusqu'à présent.

(i) Mémoires et aphorismes île Mesmer, suivis i tes Procédés tfléilon Nouvelle édition, 1846, 1 vol. in- 1 S, p.

COURS DE MAGNÉTISME

ha 11 résulte de cette action des effets alternatifs qui peuvent être considérés comme un flux et reflux.

5* Ce flux et reflux est plus ou moins général, plus ou moins particulier, plus ou moins composé, selon la nature des causes qui le déterminent.

6° C'est par cette operation (la plus universelle de celles que la nature nous olfre) que les relations d'activité s’exercent entre les corps célestes, la terre et ses parties constitutives.

7° Les propriétés de la matière et du corps organisé dépendent de cette opération.

8° Le corps animal éprouve les effets alternatifs de cet agent; et c’est en s'insinuant dans la substance des nerfs qu'il les affecte immédiatement.

9° Il se manifeste particulièrement dans le corps humain des propriétés analogues à celles de l’aimant; on y distingue îles pôles également divers et opposés qui peuvent être communiqués, changés, détruits et renforcés; le phénomène même de l'inclinaison v est observe.

10“ La propriété dit corps animal qui le rend susceptible de l'influence des corps célestes et de l’action réciproque de ceux qui l’envirolihent, manifestée par son analogie avec l’aimant, m’a déterminé à lu nommer magnétisme animal.

llu L'action et la vertu du magnétisme animai} ainsi caractérisées, peuvent être communiqué» s à d'autres corps animés et inanimés. Les uns et les autres en sont plus ou moins susceptibles.

12° Cette action et cette vertu peuvent être renforcées et propagées par ces mêmes corps.

13°On observe ù l'expérience l'écoulement d’une matière dont la subtilité pénètre tous les corps sans perdre notablement de sou activité.

140 Son action a lieu à une distance éloignée sans le secours d'aucun corps interme'diaire.

15° Elle est augmentée et réfléchie parles glaces, comme la lumière.

16° Elle est communiquée, propagée et augmentée par le son.

17° Cette vertu magnétique peut être accumulée, concentrée et transportée.

18° J'ai dit que les corps animés n'en étaient pas égalejncnt susceptibles : il en est même, quoique très rares, qui MÈi une propriété si opposée, que leur seule présence ■ip-'truit tous les effets de ce magnétisme dans les autres corps.

19° Cette vertu opposée pénètre aussi tous les corps; elle peut être également communiquée, propagée, accumulée, concentrée et transportée, réfléchie par les glaces, et propagée par le son; ce qui constitue non-seulement une privation, mais une vertu opposée positive.

20° L’aimant, soit naturel, soit artificiel, est, ainsi que les autres corps, susceptible du magnétisme animal et même de la vertu opposée, sans que ni dans l’un ni dans l’autre cas son octiou sur le fer et l’aiguille souffre aucune altération, ce qui prouve que le principe du maguélisnie animal diffère essentiellement de celui du minéral.

21° Ce système fournira de nouveaux éclaircissements sur la nature du feu et de la lumière, ainsi que dans la théorie de l’attraction, du flux et reflux, de l’aimant et de l’électricité.

22" Il fera connaître que l’aimant et l’électricité artificielle n’ont, A l’égard des maladies, que des propriétés communes avec plusieurs autres agents que la nature nous offre, et que, s'il est résulté quelques effets utiles de l'administration de ceux-là, ils sont dus au magnétisme animal.

23° Un reconnaîtra par les faits, d’après les règles pra-

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tiques que j'établirai, que ce principe peut guérir immédiatement les maladies des nerfs, et médiatcment les autres.

2&°Qu'avec son secours le médecin est éclairé sur l’usage des médicaments; qu'il perfectionne leur action, et qu’il provoque et dirige les crises salutaires de manière à s’en rendre le maître.

25° En communiquant ma méthode, je démontrerai par une théorie nouvelle des maladies l’utilité universelle du principe que je leur oppose.

26° Avec cette connaissance, le médecin jugera sûrement l’origine, la nature et les progrès des maladies, même des plus compliquées; il en empêchera l’accroissement et parviendra à leur guérison sans jamais exposer le malade à des effets dangereux ou des suites fâcheuses, quels que soient l'âge, le tempérament et le sexe. Les femmes même dans l’état de grossesse et lors des accouchements jouiront du même avantage.

27° Cette doctrine enfin mettra le médecin en état de bien juger du degré de santé de chaque individu et de le préserver des maladies auxquelles il pourrait être exposé. L’art de guérir parviendra ainsi à sa dernière perfection.

Vous connaissez, messieurs, l’examen qui a été fait de cette doctrine par les Bailly , les Lavoisier, les Franklin, etc.; vous savez que ces savants reconnurent tous les effets de la magnétisation, mais qu'ils adoptèrent d’autres causes à leurs explications que le fluide universel de Mesmer, ses pôles et scs haquets; ils crurent que le pouvoir de l’imagination, la tendance à limitation, pouvaient rendre suffisamment raison des effets extraordinaires qu’ils étaient appelés à constater.

J 1 n’entre point dans mon plan de vous détailler toutes les expériences qui furent faites et celles qui furent projiosées pour juger la théorie de Mesmer; plusieurs de ces pro-

positions ne pouvant soutenir l’examen, le système entier croula de toutes parts.

Mais avec ce système, comme sans lui, on continua d’obtenir des effets : alors tous les magnétiseurs, s’apercevant que, dans certains cas, l'imagination, l imitation, l'attouchement, ne pouvaient expliquer les effets qu’ils obtenaient, jugèrent les rapports des commissaires comme portant 4 faux et ne rendant point suffisamment raison des phénomènes qu’ils produisaient.

Il survint alors une foule de doctrines nouvelles : les magnétiseurs, en grand nombre, répandus par toute la France et l’Allemagne, s’empressèrent de donner des explications aux effets produits par le prétendu magnétisme. Les uns crurent reconnaître la puissance de Dieu, d’autres la puissance du diable. Plusieurs crurent à l’existence d’un fluide magnétique, d'autres la nièrent. Mais ce qui est positif, c’est que tous ceux qui magnétisèrent obtinrent des effets physiques et des guérisons, quelle que fût d'ailleurs leur croyance.

La découverte du somnambulisme par M. de Puységur vint apporter quelques changements duns la pratique et dnns la manière d’entendre et de s’expliquer le magnétisme; on remarqua que la volonté jouait un grand rôle dans la production des faits : dès lors, on abandonna une partie de la doctrine de Mesmer, et l’on adopta le système de M. de Puységur, système qui était renfermé dans ces deux mots : Croyez et voulez.

Les magnétiseurs s'attachèrent à bien vouloir et à avoir le plus de foi possible; ce n’étaient cependant pas les seules conditions pour réussir, il fallait encore diriger l’action de la volonté sur le patient, pendant un certain temps.

Les magnétiseurs les plus célèbres de cette époque n’avaient point d’autre méthode. Un seul cependant prétendit qu’une partie de ces conditions étaient inutiles; voici

comment il procédait. Il faisait placer dans un fauteuil la personne qu'il voulait rendre sensible au magnétisme. Il l'engageait à fermer les yeux en se recueillant, puis lui faisait quelques passes sur les membres et sur le tronc, et tout à coup il prononçait d une voix forte le mot : Dormez. — Si la première tentative ne réussissait pas, il soumettait le patient à une seconde épreuve, quelquefois même a une troisième; après cela il le déclarait incapable d’entrer dans le sommeil lucide.

L'abbé Faria (1), auteur de ce système, ne croyait point à l’existeuce de l’agent magnétique ; il expliquait les divm^ effets que ces procédés lui faisaient obtenir par des causS particulières. Les mots magnétisme et magnétiseur étaient5 remplacés par les mots concentrateur et concentré, le mot somnambule par l’expression grecque épopte; mais l’explication qu’il donne de la cause du somnambulisme ne nous parait nullement fondée. Voici cette explication, qui ne vous paraîtra probablement pas plus claire qu’à nous.

» En indiquant, ditl'abbé Faria, comme cause du sommeil lucide la concentration, que nous avons substituée au mot magnétisme , nous n’avons voulu que signaler ici la cause immédiate qui provoque le sommeil en général.

» Les sommeils ont leurs nuances; celui qui est le plus profond est ce que nous avons appelé le sommeil lucide. Ce sommeil n'existe qu'avec une extrême liquidité daus le sang.

> La liquidité dans le sang contribue non-seulement à la profondeur du sommeil, mais aussi à sa promptitude.

» L’expérience m’a fait voir, ajoute-t-il, que l'extraction d’une certaine dose de ce fluide rendait époptes dans vingtquatre heures ceux qui n’y avaient aucune disposition anté-

( i ) Al»be de Faria, De ta eaute du sommeil lucide, ou étude de tu Mature de l'homme , 1819, t. I. (C'est le seul cjui a etc public.)

rieure. Voilà la véritable cause de ce qu’on appelle le somnambulisme naturel, cause jusqrt’à présent regardée comme mystérieuse parmi les enfantsd’Eseulape, etc. » L’abbé Faria aurait dû nous dire ce qu il entendait par liquidité dans le sang. Il n'est pas vrai qu’une saignée rende somnambule.

D'autres systèmes vinrent bientôt s’enter sur ceux que je vous ai fait connaître. Comme ils ne vous apprendraient rien et que je dois ménager votre temps, je ne vous en entretiendrai pas.

J’arrive, Mèssieurs, à vous parler des doctrines d’un homme dont les lumières et le savoir sont généralement connus.

Deleuze, ancien aide-naturaliste et bibliothécaire au Jardin des plantes, est toujours descendu dans l’arène quand il s’est agi de défendre le magnétisme contre les attaques auxquelles il a été en butte. Cet homme respectable employa constamment dans sa défense la logique des faits. Ses ouvrages resteront comme des modèles qu’il sera difficile d’imiter (1). Traduits dans toutes les langues, ils ont porté partout la connaissance du magnétisme; mais, en rendant justice à Deleuze, nous ne devons cependant pus rester muets sur tes vices de sa théorie, qui, à notre avis, contient quelques erreurs : la pratique du magnétisme vous les révélera bien mieux que je ne pourrais le faire ici ; je Vais seulement vous citer quelques passages deses ouvrages, qu’il tn’a paru nécessaire d’examiner.

(i) Deleuze, Mémoire sur la faculté de prévision, avec de* note* et de» pièce* justificative», et avec une certaine quantité d'exemple* de prévisions recueillis chez les anciens et les modernes, 1 836, in-8, br. — Histoire critique du magnétisme animal , a* édition, 1819, a vol. in-8. — Instruction pratique sur le magnétisme animal. Nouvelle édition précédée d’une Notice historique sur la vie et les ouvrage» de l'auteur et suivie d'une lettre d’un médecin étranger, t853, 1 vol.gr. in-iR. — Défense dn magnétisme animal contre les attaques dont il est l’objet dans le Dictionnaire des sciences • médicales , l. XXIX, p. 4 *>3 à 558, 1819, 1 vol. in-8.

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Dans le premier chapitre de son Instruction pratique (1),

M. Deleuzc dit :

« L’homme est composé d'un corps et d’une àme, et l'influence qu’il exerce participe à la fois de l’un et de l’autre. Il s'ensuit qu’il y a trois actions dans le magnétisme :

1° l’action physique, 2° l’action spirituelle et 3“ l’action mixte. » Il assure ensuite qu’il est facile de distinguer quels phénomènes appartiennent à chacune de ces actions.

Sans rechercher jusqu’à quel point cette assertion est à fondée, nous devons dire ici que ces distinctions d'aclion^^N furent d’abord nuisibles, en ce que plusieurs magnétisMgrs 4 partirent de là pour se croire capables de faire des racles et répandre dans le public des faits erronés. À croire ces magnétiseurs, rien ne résistait à leur puissance spirituelle, pourvu toutefois que l’on ait eu une grande croyance; mais si vous leur parliez du magnétisme animal, ils souriaient de pitié : l’agent qu’ils employaient était bien plus relevé, et comme une portion de la Divinité mise à leur disposition et qu’ils exploitaient par privilège.

Il leur suffisait, pour cela, d’avoir beaucoup de confiance eu eux et de ne pas avoir affaire à des réprouvés : c’est ainsi qu’ils qualifiaient ceux qui avaient le malheur de ne rien ressentir de leur intercession.

Deleuze fut très loin d’autoriser de semblables pratiques.

Mais nous devons le dire, on peut puiser dans ses œuvres toute espèce de croyances et de méthodes. Beaucoup de faiseurs de miracles ont une doctrine mystique qui ne s’éloigne guère de certains principes qui font la base du système de Deleuze.

Les procédés magnétiques enseignés par cet auteur ne sont pas, non plus, exempts de critique.

On peut, avec plus de certitude, obtenir la production

(i) Deleuie, Inst, pratique, p. <), édit, de l853.

de phénomènes magnétiques en suivant une inélliode plus simple (pie la sienne; il n’est pas besoin de se toucher les pouces, d’avoir les genoux et les pieds contre les genoux et les [lieds de celui qu’on magnétise; les passes, faites de la manière que Deleuze indique, ne sont pas non plus rigoureusement nécessaires, vous pouvez les faire en long, en large, en travers, en descendant, en remontant, pour ol>tenir le meme effet, sous la condition cependant qu'elles soient faites en fuce du trajet des nerfs des principaux orgunes de l’individu que vous magnétisez. Mais je vous expliquerai cela dans un autre moment.

Ce magnétiseur admet que les femmes doivent magnétiser les femmes. Sans contester qu’elles puissent le faire avec succès, je ne crois pas qu’elles doivent s’y livrer dans le cas où le somnambulisme existe accompagné de l'extase.

Si un seul des faits que je vous ai cités dans la dernière séance est vrai, je vous demande en quelle situation terrible se trouverait une femme en présence d’accidents qui peuvent menacer la vie de celui qu’on magnétise.

On peut encore reprocher à cet écrivain de n’avoir pas assez généralisé l’emploi que l’on peut faire du magnétisme dans nos maladies, de n’en avoir pas assez précisé les véritables dangers, et d’adopter comme nécessaires une foule de conditions morales et physiques qui sont loin d'être utiles.

Par les procédés que vous indique cet auteur, vous allez lentement au but, qui est d’arriver à la production des phénomènes magnétiques; vous courrez moins, il est vrai, les risques de faire du mal que si vous vous abandonniez sans règles et sans guide à toute l’énergie de votre action ; mais aussi, par cela même que vos effets sont moins prononcés, les guérisons sont plus rares.

Je passe rapidement sur toutes les autres observations

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qu’il y aurait ft faire relativement à la manière dont Deleuze entend et explique le magnétisme; il est fâcheux pour la science qu’il n'ait pas développé et appliqué plus rigoureusement qu'il ne l'a fait un des axiomes qu'il a émis, axiome qui semble en contradiction avec ce que je vous ai cité tout à l’heure.

« Je crois à une émanation de moi-même, dit Deleuze, parce que les effets magnétiques se produisent sans que je touche le malade.: ex ni/iilo nihil. J’ignore la nature de cette émanation, je ne sais si elle est naturelle ou spirituelle, je^^^ ne sais à quelle distance elle agit, mais je sais qu’elle el^^H lancée et dirigée par ma volouté; car lorsque je cesse de’J^ vouloir elle n’agit plus. >

C’est celte action qu’il fallait étudier.

Deleuze était sur le chemin de la vérité, il n’a pas poursuivi.

Si le magnétisme avait rencontré quatre hommes du caractère de Deleuze, il serait aujourd’hui à l’état de science. Malgré quelques imperfections qu’on rencontre dans ses écrits, nous ne serions trop en recommander la lecture.

Voici, Messieurs, une autre doctrine qui contredit en tout point celle de Deleuze.

Le docteur Bertrand, après avoir publié sa croyance au magnétisme et au fluide et s’étre déclaré le partisan de Deleuze, ce docteur a fait une rétractation complète, line croit plus : entendons-nous cependant, il croit encore, non au fluide, mais à tous les elfets produits par la magnétisation, et il adopte une nouvelle manière de les expliquer (f).

Le somnambulisme n’est plus pour lui que l’extase, et sa manifestation, de nos jours, qu’une épidémie que l’on doit attribuera des causes accidentelles que met en jeu le magnétisme. Il est vrai de dire que ce médecin glisse légère-

(i) h 'imagination, la conviction , l’imitation , la sympathie.

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ment sur les difficultés qu’il rencontre et qui semblent le contrarier : l’action à distance, la communication des pensées, et bien d'autres phénomènes qu'il adopte cependant, mais qui ne l’empêchent point de courir au but qu'il s’est proposé d’atteindre et où il croit être arrivé.

Il rattache tous les phénomènes du magnétisme, du somnambulisme, à ceux qu’ont présentés les convulsionnaires de tous les pays, les possédés, les trembleurs des Cévennes, etc.

En lisant attentivement les faits que le docteur Bertrand admet comme démontrés et tout à fait incontestables, on pouvait espérer que ce médecin serait revenu à l’explication naturelle, et la seule vraie, qu’il avait précédemment adoptée sur la cause de la production des phénomènes magnétiques. Malheureusement ce médecin fut surpris par la mort, et sa perte est grande pour les sciences. Malgré le changement d’opinion de Bertrand, ses ouvrages n’en sont pas moins instructifs et méritent d’étre consultés par tous ceux qui s’occupent de l’étude du magnétisme (1).

On peut ranger dans la catégorie des magnétiseurs qui rejettent l'hypothèse d’un agent magnétique, le baron d’Hénin de Cuvillers, auteur qui a écrit plusieurs volumes sur cette science (2). Rien n’est plus contradictoire que les faits qu’il cite, et le tout est accompagné de sarcasmes et de déclamations contre ses collègues qui ont le malheur de ne pas adopter ses idées. La possibilité de l’existence d’un

(l) liertr.mil, Traité du somnambulisme et de* différentes modifications qu’il présente, t8a3, I vol. in-8. — DU magnétisme animal en France et des jugements qu’en ont porté les sociétés savantes, suivi de considérations sur l’apparition et l 'extase dans les traitements magnétiques, t8a6, t vol. in-8.

(a) D’Hénin de Cuvillers, Archives du magnétisme animal, i8aoi i8a3, 8 vol. in-8. Le même auteur a aussi publié l'Exposition critique du système et delà doctrine mystique des magnétistes, i8ai; I vol in-8, et le Magnétisme retrouvé dans rantiquité , a* édit., t8at, t vol. in-8. Mais ces deux ou -rages sont extraits des Archives.

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agent le révolte, il se fùclie, et sa colère le fait sortir des bornes d’une critique mesurée. Il me faudrait trop de temps pour vous faire connaître les doctrines de d'IIénin, mais je dois vous dire qu’il adopte comme vrais les phénomènes les plus merveilleux du magnétisme; et pour vous convaincre et vous faire juges de la valeur de ces explications, voici des laits rapportés par cet auteur. Nous allons le laisser parler :

« Une dame indienne, qui demeure à Paris, et qui possède une grande force magnétique, a été sollicitée par une dame avec qui j’étais de nous donner une preuve de l’énei gie de sa volonté. Elle avait à son service une femme qu’el traitait par le moyen du magnétisme et qu'elle mettait so vent en somnambulisme. Elle était alors à travailler dans une chambre entièrement séparée de nous; on a demandé à celle dame indienne si cette femme pouvait se présenter devant nous d’après son ordre mental. Aussitôt la maîtresse se recueillit un instant et la magnétisa de l’endroit où elle était, sans parler et sans faire aucun mouvement; quelques minutes après, nous avons vu entrer la servante dans la chnmbre où nous étions, qui venait demander à sa mattresse quels ordres elle avait à lui donner. »

D’Hénin ajoute les réflexions que voici : r II se trouvera des personnes' assez raisonnables pour ne pas croire que je me suis laissé tromper par une si forte illusion et pour être persuadées que je ne me serais pas hasardé à affirmer un fait de cette espèce si je n’en avais pas été convaincu d’une manière évidente. »

Si ce fait est vrai, ce que je ne mets point en doute, que deviennent tous les arguments de d’IIénin contre l’agent magnétique. Il semble lui-même nôtre pas certain de la solidité de son système, comme je vais le faire connaître. 11 dit :

• On peut de même aussi, du bout du doigt, par des

gestes et sans geste9, ou par des passes, etc., mais toujours accompagnés d’un acte de volonté, faire mouvoir comme un automate le somnambule en crise, sur lequel on exerce une influence magnétique animale, et le réduire à penser, à obéir et à agir au moyen d un seul acte mental et sans le concours de l’imagination du patient, etc. »

Un autre auteur, Georget, médecin de la Salpétrière, semble venir tout exprès pour renverser à son tour les doctrines du docteur Bertrand et du baron d'Uénin. 11 adopte franchement le magnétisme. L’existence de l’agent lui parait démontrée. Ecoutea-le parler (i) :

• Il est nécessaire, dit-il, que le3 deux pièces de Y élément magnétique dirigent autant que possible, exclusivement et fortement, toute l’action cérébrale vers la production du phénomène en question ; que le magnétiseur et le magnétisé aient Y intention , veuillent que le somnambulisme soit déterminé: rien ne m’a été plus facile que de constater ce fait. Toutes les fois que jetais distrait, que inn pensée était toute à des idées étrangères, que j’étais tourmenté par quelques affections morales, que je ne pensais point à l’action que j’allais entreprendre, souvent je ne pouvais produire absolument aucun phénomène. Tout à coup, lorsque je croyais avoir fini l'opération, la somnambule ouvrait les yeux en me disant qu’elle ne ressentait rien ; et pourtant, moi seul, je pouvais juger de la situation île mon esprit. Il en était à peu près de même lorsque la personne influencée ne voulait pas ; cependant j ai déterminé le somnambulisme malgré celle-ci, et quelquefois à leur grand déplaisir, d’autres fois à leur insu, comme par exemple pendant des accès d’épilepsie où il y a perte complète de connaissance; la même ebose avait lieu lorsqu’il s’agissait de la cessation du somnambulisme. » Georget ajoute quelques réflexions à son

(l) Georget, Physiologie du système nerveux, 1811, 1. 1, p. a 90.

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récit. « Comment expliquer, dit-il, par cette supposition (l'imagination ou l’ennui), la production du sommeil en quelques minutes, malgré la personne, laquelle assure ne vouloir ou n’avoir point envie de dormir; des paralysies et autres phénomènes que l’on détermine sans être soupçonné d’avance et sans être aperçu ? Comme il n’y a pas d'effet sans cause, il est nécessaire d admettre un agent de communication entre les deux pièces de l'élément magnétique. »

Quelle réflexion faire ici? Il faut nécessairement que l’un ou l’autre de ces deux docteurs soit dans I erreur; mais Georget a un avantage, c'est qu'il n'est pas seul de son opinion. Ces faits qu’il annonce ont été vérifiés très attentivement par un uulre observateur, M. ltostau, ancien médecin de l’hôpital de la Salpêtrière et aujourd’hui professeur de clinique médicale à la Faculté de médecine de Paris.

Il les confirme entièrement; il fait plus, il cite des expériences faites par lui qui mettent dans tout son jour l’existence de cette nouvelle vérité, que les phénomènes magné» tiques sont dus à l’action que produit sur notre système nerveux l'émission d'un principe particulier qui semble soumis à notre volonté. Il ajoute cpie cet agent n’est autre que le fluide nerveux; et partant de ce point, il indique des procédés pour obtenir le somnambulisme (1).

Je vous ai dit, dans la dernière séance, que ces observateurs s’étuient trop pressés de conclure, et que le petit nombre des faits recueillis par eux ne permettait pas qu’ils jugeassent en connaissance de cause toutes les conditions nécessaires à l’action magnétique; aussi leurs règles sont quelquefois vicieuses. Ils admettent dans le magnétisme des dispositions qui ne sont pas toujours nécessaires. Un reconnaît aisément qu’ds ont été influencés par les

(i) Dictionnaire c/c* médecine en ai vol. in-8, 18 3, «. XIII, article M*-

GüSTISMK ANIMU., p. 4î< » 4t>0.

SYSTÈMES SI' H LES EFFETS ItU MAGNÉTISME. 323

idées dominnntes de leur époque, idées que le tuleut et le rang de Delenzeont soutenues malgré leur peu de solidité. Il importe fort peu, en effet, que le magnétisé veuille être endormi, qu'il le désire, pour que la production du sommeil ait lieu d'une manière plus prompte. Je dirai plus: cette disposition, selon moi, neutralise les effets magnétiques et, jusqu'à un certain point, retarde leur développement.

J’ai remarqué que, toutes choses égales d’ailleurs, un individu qui ignore complètement ce que vous faites et ce que vous attendez do lui éprouve plus d'effets de votre action que celui qui, prétnnt attention h ce qui va se passer, s’attend à éprouver des modifications dans sa manière d’étre; il semble, dans ce cas, que la résistance soit plus grande à surmonter, en raison des opérations qui s'exécutent dans son esprit, opérations qui augmentent et prolongent son état de veille.

Malgré quelques erreurs de ce genre, les observations de M. Hostan et de Georgel (1) ont fixé d’une manière beaucoup

(i) Georget constata, par de nombreuses expérience?, les plus curieux phénomènes du somnambulisme lucide. Il en avait étudié la cause et se proposait de faire un travail sur un sujet si intéressant, quand la mort le frappa. C’est ainsi qu'elle éteint souvent de précieuses lumières à l'instant où leur clarté allait se répandre. Il a laissé un testament dont voici un passage :

■ .... Je ne terminerai pas, dit-il, celle pièce sans y joindre une déclaration importante. En i8ai, dans mou ouvrage sur la Physiologie du système nerveux, j’ai hautement professé le matérialisme. L'année précédente, j’avais publié un Traité sur tn folie , dans lequel sont émis des principes contraires, on, du moins, sont exposées* des idées en rapport avec les croyances généralement reçues (pages 4^» 5t, 5î et 1 14). Et a peine avaisje mis au jour la Physiologie du système nerveux, que de nouvelles méditations sur un phénomène bien extraordinaire, le somnambulisme , ne me permirent plus de douter de l’existence, en nous et hors de nous, d'un principe intelligent, tout à fuit diffèrent des existences matérielles. Ce sera, si l’on veut, IVime et Dieu. Il y a chez moi, à cet égard, une conviction profonde, fondée sur des faits que je crois incontestables. »

COCUS DE MAGNÉTISME

plus précise qu’on ne l'avait fuit avant eux les lois tle lu manifestation des effets magnétiques; on regrettera toujours que ces observateurs judicieux n’aient pas poussé plus avant leurs recherches. Jamais cependant phénomènes n’ont été aussi dignes d’attention. « Mais la pratique du » magnétisme absorbe les facultés du magnétiseur. Il faut » qu’il lasse momentanément le sacrifice de son temps, de » ses affaires, et par conséquent d’une partie de sa fortune. » Ce sont des elforts qui, pour beaucoup de personnes, ne » peuvent durer qu’un certain temps et non toute la vie. La » pratique du magnétisme n’aura un succès constant et ® inébranlable que lorsque le gouvernement, éclairé sur ses » véritables intérêts, voudra se déterminer à s'en déclarer

» le protecteur. ■>

Il me resterait, Messieurs, à vous parler de beaucoup d’autres médecins modernes qui ont émis leur opinion suite magnétisme; mais, comme ils n’ont apporté aucune doctrine nouvelle et que les faits avoués par eux sont identiques avec ceux que je vous ai fait connaître, je m’abstiendrai d'en parler.

Je ne dois pas oublier de vous citer deux hommes qui ont rendu de grands services au magnétisme. L’un , encore jeune, est décédé le 24 mars 1854. Pendant les vingt dernières années dé sa vie, il s’est exclusivement occupé du magnétisme, et cela malgré sa famille: cet homme est Atibiu Gauthier, dont les savants ouvrages se trouvent entre les mains de tout le monde et ont puissamment contribué depuisi 840 à la propagaliondumagnétisme(l). L’autre est un homme de lettres très modeste, savant distingué, auteur et collaborateur de plusieurs bons ouvrages qui ont servi à la

(i) Aultin Gauthier, Introduction nu magnétisme , i8 jo, i vol. in-8.— - Histoire du somnambulisme , 1 84a, 2 vol. in-8. — Traité pratique du magnétisme et du somnambulisme, i845, l vol. iu-8. — Le magnétisme catholique , 1847» * vol. in-8. — Revue magnétique , 1 844“4^> a vol. in-8.

SYSTÈMES SUIt LES EFFETS DU MAGNÉTISME. 325

propagation du magnétisme: son nom est M. Mialic (1), élève et ami de PuységuretDeleuze. Depuis un grand nombre d'années, il s’occupe de réunir la plus belle collection qui existe des ouvrages publiés pour, sur, ou contre le magnétisme.

M. le docteur Garcin, dans sa Nouvelle théorie du magnétisme (2), s’est proposé de trouver une théorie du somnambulisme, en ramenant à un même principe, diversement modifié, les phénomènes de l’état magnétique et ceux de l étal naturel. Sans être mystique, l’auteur est franchement spiritualiste, et, sous ce point de vue, malgré la nouveauté de ses idées, il se rattache moins à Mesmer qu’à Deleuze et à l’tsységur.

Son système, aussi simple qu’original, peut se résumer ainsi :

« Entre lame ou le principe pensant et nos organes, il existe un principe en quelque sorte intermédiaire qui préside à la fois aux fonctions de l’économie et à l’exercice des sens. Ce principe, il l’appelle fluide vital : ce n'est autre chose que la force même dont chacun de nous dispose pour imprimer le mouvement au corps et recueillir les nombreuses impressions que nous envoient les objets. Les modifications diverses dont le fluide vital est suscéplible donnent lieu à la veille, au sommeil, au somnambulisme naturel etau somnambulisme magnétique. »

« La comparaison suivante, tirée du livre même du doc-

( i) Parmi toute» le-» publications cl a M. Mialle, la plus importante est V Exposé ties cure " opérées en France par le magnétisme animal , depuis Mesmer jusqu'à nos jours, I a vol. in-8. — Rapport confidentiel sur le magnétisme animal , l83<), in-8. Delcuze, en confiant à M. Mialle la publication de son Mémoire sur la faculté de prévision , l'a aussi chargé d’y ajouter une certaine quantité d'exemples de prévision recueillis chez les anciens et les modernes. (Voir ce Mémoire, p. ^3.)

(a) Garcin, le Magnétisme expliqué par lui- même , ou nouvelle théorie des phénomènes de l'état magnétique comparés aux phénomènes de l'état ordinaire, 1 855, t vol. in-8.

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teur Gurcin, fait assez bien comprendre sou ingénieuse théorie :

» I)e même que la lumière, en tombant sur le prisme, se décompose en sept rayons partiels, de même le fluide vital, en jaillissant du cerveau, qui est son foyer, sur le système nerveux, se divise pour ainsi dire en cinq sensations, car il a pour objet d'alimenter les sens. Otez le prisme, les sept rayons se réunissent en un setd faisceau lumineux. L’action magnétique produit un effet analogue : par elle le fluide vital, ramené à son point de départ, retrouve son unité primitive. La lumière non encore décomposée par le prisme renferme en elle-même les sept rayons partiels, bien qu elle ne soit aucun d'eux en particulier; de même le fluide, à son origine, possède toutes les propriétés des sens, mais n’est aucun d’eux spécialement. »

« [.'état naturel ou la veille, c’est donc le fluide divisé, particularisé par le système nerveux; l’état lucide, au contraire, c’est le même fluide concentré au cerveau et syiilhétisc, de telle sorte tjue, s’il est dirigé par le sujet sur tel ou t>-l objet lointain, il y porte avec lui tous les sens, dont il est le principe générateur. Cet objet devient présent au sujet comou: s’il le voyait et le touchait, avec cette différence pourtant que, dans la veille, le fluide est limité par les organes mêmes qu il anime, tandis (pie cette limite n’existe plus dans l’état magnétique. »

Nous ne pouvons parcourir ici toutes les applications due le docteur Garcin fuit de son système; c'est assez d’en avoir indiqué le côté le plus saillant, u

Je dois maintenant vous faire connaître la logique et le langage des antagonistes du magnétisme. Je le dois, * car il ne faut pas (pie In même renommée demeure à l’homme de bien et à l'homme méchant; et, avec des intentions pures et la certitude d’avoir travaillé au bonheur de ses semblables, il me semble qu'on manque à la vérité et à la vertu

quand on se tait devant la calomnie. » Je vais prendre quatre des plus célèbres de nos adversaires et les traduire devant vous; vous apprécierez jusqu'où peut aller le fanatisme de l’aveu{;lement.

Parmi les auteurs qui ont écrit contre Mesmer et sa doctrine, il n'en est pas un seul qui ait commencé par se rendre témoin des faits.

Le docteur régent T/iouret (1) avouait n’avoir rien vu, et, prévenant l’objection qu’on potirrait lui faire à ce sujet, il cherche à montrer « comment il est plusieurs choses qu'on » juge plus sainement quand on les considère d’un certain » éloignement. »

Toute l’érudition de ThoUret se réduit ensuite à nous faire voir que la doctrine du magnétisme n’est pas aussi nouvelle qu'on veut le faire ci oire,et quelle a été enseignée par des médecins et des physiciens des siècles précédents.

D’oii il conclut que, n’ayant point été admise dans ce temps-là, on doit la regarder comme jugée définitivement.

Montigre, uutre antagoniste du magnétisme, conseille très fortement aux gens du monde d'éviter avec le plus grand soin de se rendre témoins des scènes de magnétisme. Montègre a fait un livre où il a entassé toutes les mauvaises raisons que les gens comme lui avaient débitées pendant vingt ans contre le magnétisme (2).

I\l. Bouillaud, professeur à la Faculté de médecine de Paris, n/i rien vu ; mais, dans un article sur le magnétisme, article dont il a appauvri le Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques en 15 vol. in-8" (3), il n’en prononce pas moins anathème contre le magnétisme : tous les magnétiseurs sont des charlatans, etc., etc.

(i) Thouret, Recherches et doutes sur le magnétisme animal, 1784, I vol. in-12.

(a) Montègre, du magnétisme animal et de ses partisans , 181a, iu-8.

(3) Dictionnaire de médecine ci chirurgie pratiques, t. XI, article Magné-

II SME ANIMAL, p, 399.

COURS DE MAGNÉTISME

Virey (i), connu par de nombreux ouvrages, a été un des plus acharnés contre les magnétiseurs; il ne s’est cependant jamais annoncé comme ayant observé un seul cas de somnambulisme; et voulez-vous connaître comment il traite les personnes qui se sont occupées de répandre celte découverte, écoutez :

« La plupart des magnétiseurs ou des croyants au malt gnétisme, dit ce docteur, sont des individus ignobles par » le défaut de toute instruction, des empiriques, d’infâmes » charlatans, des imposteurs, des mystagogues,des hommes » sans honneur et sans probité, des fanatiques, des séduc- » teurs de sots, des arrogants, des gens qui ressemblent à » ceux qui habitent les taudis de la sottise ou les huttes des » Lapons ; des fous, des fous dignes des Petites-Maisons, # des individus ignobles, marqués sur le front du signe de la » béte. »

Il est triste, n’est-ce pas, Messieurs, d'user sa vie à propager une vérité, lorsqu’on ne doit trouver, pour récompense des peines qu’on éprouve à ce métier pénible, que des gens qui vous flétrissent et vous jettent de la boue au visage. Ah! Messieurs Virey, Bouillaud, Dubois d Amiens et compagnie, vous êtes certainement de très illustres savants, et surtout des hommes fort polis.

Ce n’est pas moi qui vais répondre à tant d’injures, c’est un homme qui fut plus avancé dans la science et, qui, dans la hiérarchie médicale, eut un rang aussi élevé que Virey.

Voici comment s’exprimait un médecin qui, fatigué de l’injustice et de la mauvaise foi de ses confrères, mit à nu leurs mauvaises passions :

« Parlez à nombre de médecins du magnétisme animal, ils » souriront d’un air supérieur à votre crédulité, ils ne vous » laisseront apercevoir que l’indifférence la plus calme;

(i) Virey, auteur de l'article Magüktisme amuial dans le Dictionnaire des sciences médicales, t. XXIX, p. 463 à 558.

» vous fournirez tout au plus quelques aliments à leur » gaieté, et ce sera beaucoup s'ils daignent aller jusqu’à se » moquer ouvertement île la chose et de vous. Tout cela

* n’est qu'un jeu mal concerté. Voulez-vous le faire cesser, » écartez les plaisanteries, qui ne vont pas au but, substi* » tuez-en de plus directes, ou bien faites parler la raison et » les faits : bientôt vous verrez, suivant le caractère de cha- » cun, les traits de leur visage s’altérer, leur front se rider » ou s’animer, leur langue s'emporter, car ils ne sc posséde- » ront plus et l’injure naîtra sur lepr bouche pour en dé- » couler avec amertume.

» Animés par le même intérêt, pressés des mêmes désirs,

• réveillés par la crainte commune qu’il ne s’égare quelques » portions de l’or qu'ils couvent des yeux, ils tâchent d’écra- » ser sous leurs pieds la tête de la vérité, et, dussent-ils » n’arriver à cette victoire qu’à travers les dégoûts et les » mépris, ils comptent y parvenir, parce qu'ils savent bien » que tout est faiblesse au souvenir des souffrances et que » tout est terreur à l’aspect de la mort. La vérité, destruc- » tive de tant d’abus, percera malgré eux, plus tard sans ■ doute qu’elle n’aurait dû, mais elle percera.

» Docteur d’Eslon, doyen de la Faculté, premier » médecin du comte cC Artois. »

Oui, d’Eslon, la vérité triomphera et laissera sur le front de ces Messieurs la tache qu’ils ont voulu imprimer sur le nôtre, car on pardonne à l’ignorance, mais à la mauvaise foi, jamais !

Je reviens à Virey. Que devons nous penser de lui ? Voici ce que nous trouvons dans ses ouvrages :

« Nous pouvons montrer que notre âme a des mouve- » ments spontanés, plus prompts que la pensée, et qu’elle » tend à la conservation du corps. Entre les déterminations » involontaires de l’instinct, qui ne connaît toutes les actions » des mensambules! »

COUIlS DS MAGNÉTISME.

Ailleurs (1) le même auteur dit que « l’instinct des » mensambules découvre la cause des maladies et indique » les remèdes d’une manière plus clairvoyante que ne peut ■ le deviner le médecin le plus instruit. »

Plus loin encore, Virey convient que le magnétisme, dans la plupart des névroses, a offert des cures éclatantes; car il agit uniquement sur le système nerveux.

Il ajoute, en parlant du fluide nerveux : « Quoique ce » principe ait peut-être plus de subtilité que la lumière, il • paraît être une substance corporelle, capable de s’accu- » rnuler, et même de passer d’un corps dans un autre.

» Aimer, dit-il, c'est exhaler sa vie ; elle jaillit dans les re- » gards... Tous les corps vivants se soutiennent de concert » par cette transpiration de principe vital.

» L'animal est une fontaine de vies ; il en perd chaque » jour et il en recueille de nouvelles dans les corps envi- » ronnants.

■ Et qu’on ne dise pas que la crédulité et surtout la dis- » position corporelle fassent toute la réalité de ces pressen» » timents nocturnes... Car notre âme peut se mettre en » telle harmonie avec une autre âme qu'elle en devinera ■> plusieurs accidents, quoique les corps soient éloignés.

» Lorsque les volontés se conjoignent, les âmes s’enten- » dent et conversent ensemble malgré les distances. »

Maintenant réfléchissez si ce que Virey reconnaît n’est pas précisément ce que nous cherchions à prouver!

« Mais les antagonistes du magnétisme ont toujours procédé de cette manière: au lieu de se borner à examiner, ils ont déclaré que l’examen était une mauvaise méthode, et n’en ont pas moins prononcé sur la validité des observations faites par des personnes qui ne leur étaient nullement inférieures en talents. »

Eh ! Messieurs, vous allez entendre de bien grandes

(l) Art de perfectionner l'homme, t. II, p. 3>4-

preuves de ce que je vous avance, et votre étonnement va redoubler.

Voici comment s'exprimaient, à l’époque des publications dont je vous ai donné un extrait, MM. Cuvier et Laplace.

Le premier de ces écrivains célèbres dit dans ses Leçons d’anatomie comparée (1) :

« Il faut avouer qu’il est très difficile, dans les expé- » riences qui ont pour objet l’action que deux systèmes ner- » veux peuvent exercer l’un sur l’autre, de distinguer l’effet » de l’imagination de la personne mise en expérience d'avec » l’effet physique produit par la personne qui agit sur elle... » Cependant, les effets obtenus sur des personnes déjà sans » connaissance, avant que l’opération commençât, ceux qui » ont eu lieu sur d'autres personnes après que l'opération » même leur a fait perdre connaissance, et ceux que pré- » sentent les animaux, ne permettent guère de douter que » la proximité de deux corps animés dans certaine position » et certains mouvements naît un effet réel , indépendant de » toute participation de l’imagination d’un des deux; il pa- » rait assez clairement aussi que ces effets sont dus à uue » communication quelconque qui s'établit entre leurs sys- » tèmes nerveux, etc. »

M. de Laplace, autorité non moins imposante, dit, dans son Traité analytigue du calcul des pivbabilités, page 358 :

« Les phénomènes singuliers qui résultent de l'extrême » sensibilité des nerfs dans quelques individus ont donné » naissance à diverses opinions sur l’existence d’un nouvel » agent que l’on a nommé magnétisme animal... Il est natu- » t el de penser que l’action de ses causes est très faible, et » peut être facilement troublée par un grand nombre de » circonstances accidentelles : ainsi, de ce que, dans plu- * sieurs cas, elle ne s'est point manifestée, ou ne doit pas » en conclure qu’elle n’existe jamais. Nous sommes si éloi-

(i)Cuvier, Leçons d'anatomie comparée, an VIII, t. Il, p. 117.

COURS DE MAGNÉTISME

» gnés de connaître tons les ageuls de la nature et leurs » divers modes d’action, qu'il serait peu philosophique de » nier l’existence des phénomènes, uniquement parce qu’ils » sont inexplicables dans l’état actuel de nos connais- • sances. »

Qu’opposera-t-on à de semblables témoignages? — Des dénégations, elles ne sont pas admissibles; elles ne peuvent renverser des faits.

Vous venez de voir, Messieurs, combien de personnes se sont occupées du magnétisme : les écriis sur cette découverte sont nombreux, on peut les compter par centaines.

Partout on peut trouver des théories et des procédés enseignés par des gens instruits; mais nulle part on ne trouve d’unité dans les croyances.

La connaissance du magnétisme est répandue partout ; dans toutes les villes il y a des partisans, et comme toutes les vérités physiques démontrées, aucun de ceux qui ont expérimenté, ne se rétracte ; seulement presque tous envisagent la cause des phénomènes qu’ils obtiennent d’une manière différente.

Si nous jetons nos regards sur Paris, nous voyons combien le magnétisme y a fait de progrès : ce ne sont plus des individus isolés qui le mettent en pratique, la majeure partie des gens éclairés a vérifié les phénomènes qu’il présente; on a d’abord procédé froidement a son étude, mais l’enthousiasme et le charlatanisme ont fini par l’envahir, il en est résulté des abus. Les tribunaux ont eu à prononcer sur des causes graves, résultant d’accidents majeurs produits par le mauvais emploi du somnambulisme ; tous n’ont cependant pas été révélés, et je ne suis pas chargé de les divulguer. Voilà, d’ailleurs, ce que cette situation m'avait inspiré il y a déjà quatre ans, et aujourd'hui encore rien n’est changé.

Il fut un temps où le magnétisme fuyait la grande lumière ; il se cachait dans l'ombre, dissitnulaut son existence comme ses vertus. On ne parlait de lui, on ne prononçait son nom que bien bas et à l’oreille des initiés, craignant de soulever de violentes discussions sur son existence. Les partisans de ce Champy, de cet enfant naturel, craignaient même de passer (jour l’avoir adopté et pris sous leur protection. Il est vrai qu’il avait des ennemis puissants qui essayèrent cent fois de le faire disparaître du monde. Sa mort avait été résolue; il fut même saisi plusieurs fois par de terribles académiciens ; mais, comme la vapeur, il s'échappa de leurs mains. Ils déclarèrent pourtant qu'il était bien mort, constatèrent son décès dans d’immortels mémoires, et se réjouirent entre eux de cet assassinat. La presse enregistra ce décès, en louant, comme des écrivains à gages, la haute probité, les grandes lumières des pères de la science.

Cet enfant grandissait pourtant; il n’était point, il est vrai, couvert d'habits de luxe. Ilélas ! les gens qui s'intéressaient à son sort et à ses malheurs n'étaient point riches, tant s'en faut; mais leurs soins suffirent. Et, voyant ses forces croître de jour en jour, ils l’adoptèrent enfin. Beaucoup, il faut le dire, espéraient en tirer profit : « Nous » l’exhiberons à la foule ; nous irons avec lui dans les foires,

» et en montrant ce qu’il sait faire, le peuple nous récoin- » pensera. Les savants ne pourront le reconnaître ainsi i défiguré et couvert de haillons; il deviendra nôtre. ». Profond calcul ! L’enfant se luissa faire.

Ici, il disait : Je suis la double vue, couvrez-moi de bandeaux, je vais examiner vos poches et dire ce qu’elles contiennent, pourtant sans vous toucher. Je verrai même vos pensées, s’il m’en prend envie, et dirai à chacun ce qu'il a dans le fond de son cœur. Le public payait, quoique ne

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croyant point encore; car le unir lui paraissait ravissant et tout nouveau.

Ailleurs, il disait : Aujourd’hui je suis fille, mais demain vous nous verrez sous les traits d’un jeune garçon; et se multipliant comme il l'avait promis, il se fit voir dans vingt endroits à la fois.

Mais, lui dirent ses maîtres, ton début n'est qu’un noviciat; il faut maintenant monter sur un théâtre plus digne, et perfectionner ton éducation. Tu t’attaches à ceux qui t’approchent; tu vas être attractif et répulsif; tu chanteras et feras mille petits tours; tu joueras aux cartes, les yeux bandés, et cela sans tricher aucunement, parce qu'on te prendrait pour un grec. Tu peux plus encore. Nous avons découvert tes facultés merveilleuses : tu verras toutes les maladies, rien qu’en touchant des cheveux ; tu découvriras les trésors ; et si l’on te met à la recherche des voleurs, ne crains point de passer pour un mouchard : il n y a point de sot métier, il n’y a que de sottes gens. Et cet enfant d'illustre origine, et si digne d’un meilleur sort, fit tout ce qu’on lui demandait. Ennuyé quelquefois de vivre en si mauvaise compagnie, d se permettait quelques espiègleries; il feignait d être aveugle, désignait une chose pour une autre, montrait la chose perdue ou dérobée où elle n’était point, et compromettait parfois d’honnétes gens, en les faisant passer pour des voleurs.

Sa réputation allant en augmentant, il fut consulté par les joueurs de bourse, par les financiers délicats, qui, croyant trouver en lui un moyen certain de dévaliser leur prochain, s’en servirent pour connalire d’avance la hausse on la baisse, afin de jouer à coup sûr. Le remords le saisit; il en ruina plusieurs en leur donnant de fausses nouvelles. C’était bien déjà !

Les femmes jalouses consultèrent à leur tour; elles crurent prendre leurs mnris en flagrant délit; mais notre es-

piègle devina la ruse, et divulgua le nom de fausses mattresses, sachant bien que celu ferait un bruit d'enfer. Mais il espérait que la justice viendrait à son secours et qu’elle le tirerait de lu main de gens qui abusaient étrangement de lui, en le forçant à se prêter à des œuvres coupables.

Pauvre fils de la nature! Vingt tireuses de cartes se l'arrachaient à la fois. L’accommodant avec du blanc d'œuf et du marc de café, elles prétendaient en faire sortir des oracles : il fit Iç muet. Mais comme celles-ci n’y trouvaient point leur compte, elles parlèrent pour lui, et comme beaucoup de ceux qui consultaient étaient iguorants, elles fermèrent les yeux et dirent effrontément : C’est nous qui sommes wyanles. Elles voyaient, en effet, mais seulement les niais qui les entouraient. C’était cependant suffisant pour quelles reçussent leur salaire.

Il eut des professeurs en grand nombre, et chacun d'eux, sans tenir compte de son propre génie et de ses hautes facultés, lui apprenait à paraître en public, à tenir les discours du joueur de gobelets, et ces charmants à-propos qui embellissent encore ses talents.

Ainsi défiguré, Mesmer même ne l’eut point reconnu ; Deleuze et Puységur eussent détourné la tête en le voyant, et ii’auraieni point consenti à lui donner la main.

Et de tous côtés cependant, on entendait des voix qui criaient: « Venez voir la merveille des merveilles! la lucide, l’extra-lucide, la voyante, la pythonisse l’oracle. Quels que soient ses noms, c’est toujours la même. Nous avons des places à 25 et à 50 centimes; nous en avons même à 1 franc et à 1 franc 50 centimes. Entrez, c’est le moment! La soirée sera terminée par un charmant spectacle, des tours brillants d’escamotage, etc.

Cependant l’enfant grandit toujours. Il est mauvais sujet, même un peu débauché; qu'importe, il vit, il est ac- -cueilli sous ses grossiers habits ; il se popularise, chacun

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connaît son nom. S’il est quelquefois ennuyeux, parfois il amuse et divertit : ce qu'on lui demande aujourd’hui, c’est le savoir de Munito et de l’âne savant ; il avance vers celte perfection, c’est le signe de sa décadence et de son avilissement.

Pauvre enfant! tu ne te rappelles plus tes parrains, ces riches seigneurs de la cour de Louis XVI. On efface de ton front le sceau jliviu. Toi, appelé à régner sur l’univers, serais-tu devenu indigne de tes hautes destinées? Plus qu’un fils de roi, car ton origine est aussi ancienne que le inonde, tu eus jadis des autels et des adorateurs; on t’appelait nature, fils des immortels, Isis, âme du monde. Mesmer, en te retrouvant, te nomma agent universel, princijte de la conservation des êtres. Pourquoi es-tu donc tombé si bas, que l’on a peine à te reconnaître? Laisse tes guenilles et quitte les tréteaux. Ne vois-tu pas que tu seras abandonné sans peine le jour où tes pères adoptifs auront trouvé quelque monstre ou quelques bêles curieuses pour te remplacer? Que leur importe ta céleste origine, les hommes grossiers qui montraient autrefois les mystères de la Passion avec des pantins de carton ou de bois n’appréciaient guère les vertus du Christ; ils seraient paillasses aujourd hui. La gloire, pour certains hommes, se traduit en gros sous. Ils ne méritent point de haine, ils ne sont point coupables; peut-être même leur devra-t-on quelque reconnaissance, car ils te sauvèrent de la main des hommes qui avaient juré de te replonger dans le sombre oubli?

Oh! pitié pour eux: voilà les misérables qu’il faudrait punir, voilà les traîtres et les infidèles ! voilà les marchands du temple. Ils sont aujourd’hui encore de toutes les académies; beaux parleurs, sans foi et sans vertu, aucun n’est digne de te considérer, vérité puissante! car lu es brillante comme une fille du ciel, la flamme que tu jettes était trop forte pour leurs faibles yeux. Comme ces animaux immon-

des qui vivent dans la matière, les maîtres de la science officielle n'ont pas besoin de lumière pure, souvent un égout leur suffit. Voilà pourquoi leur science est morte ; voilà pourquoi l’empire est à deux doigts de sa perte; voilà pourquoi tout est songe et mensonge ; voilà pourquoi les choses sacrées sont devenues méprisables et qu'on ne sait plus même s'il existe un Dieu !

O charlatans titrés! j'attends, moi aussi, que vous me fassiez mon procès, que vous me traîniez devant un tribunal ; si j’ai quelquefois rougi d'être confondu avec ceux que vous écrasez du pied, c'était dans l’espoir qu’un jour vous me distingueriez assez pour oser me frapper.

O génie puissant, magnétisme, force incréée, principe rénovateur des sciences! tes vrais amants sont peu nombreux, mais ils sont assez forts pour te défendre et démasquer les hypocrites qui, ne pouvant plus te frapper eux-mémes, appelleront peut-être la justice à leur secours. Elle viendra pour eux, cette justice; ils rendront compte de leurs œuvres iniques, car ce qui fut créé pour le bien des hommes va augmenter leurs maux jusqu’à ce qu’enfin la mesure soit comblée; alors Dieu enverra un nouveau sauveur, et la loi nouvelle t’inscrira dans son code.

Voilà le vrai sens et la signification de la vérité mesmérienne ; elle annonce aux hommes de meilleurs jours, mais ceux qui existent maintenant ne doivent jamais les voir.

Et vous qui profanez la vérité et la faites servir à des œuvres coupables, elle va se tourner contre vous. Comme des enfants, vous jouez avec le feu ; ce que vous faites, nul de vous ne s’en doute; vous êtes aveugles, car ce que vous enseignez n’est pas la science : vous pervertissez au lieu d’éclairer. Vous n’avez qu’un moyen de vous faire absoudre, c’est d’apprendre vous-mêmes les premiers principes d’un art qui vous est tout à fait inconnu. Vous croyez, dans votre orgueil, être les héritiers, les successeurs des grands

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hommes que le magnétisme a déjà fournis. Vous vous trompez ; car si vous étiez interrogés devant le public par un liQinme instruit, vous ne sauriez répondre : il pourrait vous couvrir de confusion.

Croyez-vous être des magnétiseurs parce que la nature vous livre des faits et répond parfois à votre appel? Sachez que produire est un jeu d’enfant, car tous peuvent, par le plus léger poids, faire mouvoir les plateaux d'une balance; mais agir sur les facultés de l'âme, mettre en mouvement les forces morales, c’est un travail au-dessus de vos forces. Voilà plus de quarante ans que j’étudie les ressorts secrets dumagnétisme,dece levier puissant, et j’avoue, sans honte, qu’il me reste les choses les plus essentielles à acquérir.

Je dépose ici ma douleur, afin qu’elle soit un témoignage public que je ne pactise point avec cette nouvelle espèce de bohèmes, et pour appeler sur là science officielle un blâme sévère. Dieu fit sortir du chaos le globe où nous vivons; tous les éléments étaientalors confondus; peut-être doit-il sortir un bien de ce que je crois être un mol : je juge par mes Sens; mais Dieu a des voies si mystérieuses qu’il déroute le plus habile. Et que suis-je donc, moi, pour parler des choses à venir? Comme tous, un Simple instrument de la Providence, un homme qui marche parce qu’il est poussé, et qui écrit aujourd'hui ceci parce qu'il sent que c’est le jour où il le faut.

Messieurs, pour vous prouver l’existence du magnétisme animal, j’ai pris mes preuves parmi les savants les plus distingués, ceux connus surtout pour très peu crédules et placés par leur position au-dessus de toute influence.

Ajouterai-je de nouveaux noms à ceux que je vous ai cités? il me serait facile de les multiplier à l'infini. Mais je n’ai pas besoin de nouvelles preuves pour vousconvaincre. Celles que je vous ai données sont suffisantes, car il n’y a que l’ignorance qui puisse les rejeter.

Messieurs, les'vérilés restent quelquefois stationnaires, mais elles ue font point de pas rétrogrades.

Il faut, tôt ou tard , se rendre à l’évidence ; et ici la croyance est commandée par des faits.

Les médecins ne peuvent pas rester étrangers à une question que l'on dit intéresser au plus haut point la physiologie et la médecine (1).

Quand, de tous côtés dans le monde, des gens éclairés assurent avoir vu, avoir expérimenté et reconnu l’existence du magnétisme, continueront-ils de garder le silence? Et d'ailleurs la multiplicité des accidents causés par cet agent fera que bientôt on leur demandera des conseils. Que répondront-ils, s’ils n’ont pas cherché à s'éclairer sur la valeur réelle du magnétisme?

Quelle sera alors leur position? Je crains qu’ils ne sentent pas toute l’importance de la découverte de Mesmer, et qu’ils laissent échapper une occasion qu’ils ne trouveront plus, car la nature se laisse rarement pénétrer, et le litre de bienfaiteur de l’humanité ne s'obtient jamais par des résistances à la vérité.

Ne croyez point, Messieurs, que les dangers du magnétisme en fassent abandonner l’emploi; les phénbmènes qui naissent ont cela de particulier qu'ils flattent l’amourpropre de celui qui les produit, et que la curiosité n’est jamais satisfaite à cause du merveilleux qui vous accompagne constamment dans cette étude.

(l) • Ils veulent qu’on pense que personne n’est plus instruit qu’eux; c’est pourquoi ils ne veulent pas vous écouter. — Ces médecins vont venir, ils ont beaucoup parlé de moi; celui qui est trop savant ou trop peu dira après que mon cheveu sera rendu : Je suis très fâché de n'avoir pas été présent. Ils sont bieu mécontents; ils sont comme cet homme qui était dans un tonneau et qui disait à Alexandre : Ole-toi de devant moi. — Ici, croyant achever la pensée de la somnambule, j’ajoutai : Tu m’dtet mon soleil , n’est-ce pas? Non, reprit gravement la malade : Tu mutes ma vie. * (Hermès, journal du magnétisme , 1826, t. I, p. 35 1 .)

Le magnétisme triomphera malgré ses antagonistes et malgré les doctrines absurdes de quelques-uns de ses partisans. Permettez-moi d’entrer dans quelques détails il ce sujet et de vous signaler ici les causes qui empêchent le magnétisme de faire de plus rapides progrès.

L’esprit de l’homme marche au hasard quand c’est le vague des opinions qui le conduit.

Je vous ai déjà dit que presque tous les magnétiseurs français, allemands ou russes, avaient une manière différente d'envisager les phénomènes magnétiques. Pour peu de magnétiseurs le magnétisme est une science physique; les autres ne mettent point de bornes à leur croyance : ils ne considèrent le magnétisme que comme un talisman qui dispense de toute instruction; s’ils ont vu quelques phénomènes extraordinaires qu’ils n’ont pu tout à coup expliquer, ils partent de là pour vous raconter avec un rare sang-froid les prodiges les plus inouïs, prodiges qui, s’ils étaient vrais, renverseraient toutes les lois de la nature ; ils font plus que les raconter, ils en font imprimer les récits.

D’autres magnétiseurs, aussi peu raisonnables que ces derniers, pénétrés cependant de l’existence d’un agent, inventent les choses les plus bizarres à l’appui de leur croyance, comme si les effets que produit cet agent sur la nature humaine ne suffisaient pas pour en démontrer la réalité d’une manière rigoureuse.

Aussi, Messieurs, ces magnétiseurs cherchent le magnétisme partout où il n’est pas : ils n’ont pas vu que les phénomènes magnétiques ne peuvent se manifester que sur des êtres sensibles ; qu’il faut, pour en éprouver les effets, avoir un système nerveux bien organisé en action vitale, car le fluide magnétique est une sécrétion de la machine humaine, qui ne peut avoir son analogue que chez les animaux, un fluide qui parait être l’àme sensible de9 corps

vivants, et qu’une somnambule appelait flamme coulante dont le trajet se fait par les nerfs.

Ils n’ont pas vu que ce principe échappe à toute analyse, quec’est en vain qu’on prétend le retenir, que rien ne l'isole, et qu’il n’offre avec les autres agents de la nature qu'un seul point de ressemblance qu’ils n’ont point reconnu.

La science douteuse ne produit que des effets douteux.

De là les faux jugements qu’ils portent sur le magnétisme. Ils ont signalé des dangers qui n’existent pas dans su pratique et ont laissé ignorer les véritables dangers qui sont cependant inhérents à la magnétisation ; ils se sont attachés à faire craindre l’emploi du magnétisme d’homme à femme, laissant soupçonner et disant même que les mœurs v étaient intéressées. Ignorance complète de son action! Ils n’ont pas reconnu que le sentiment très vif qui se développait quelquefois chez le magnétisé pour le magnétiseur ne pouvait être de l’amour, puisque les hommes éprouvent ce sentiment de même que les femmes et les enfants, et que les animaux n’y étaient point étrangers.

Ils n’ont pas vu que le rétablissement de la santé anéantissait complètement les affections nées pendant la maladie; et, s'il m’était permis de dire ici toute ma pensée, vous apprendriez que l’action magnétique ne fait que développer chez les personnes malades un instinct de conservation < plus fort qu’il ne l’est dans l'état ordinaire ; que ce sentiment, qui fait que les malades recherchent avec empressement les êtres qui leur font du bien, et qui les empêche de voir avec indifférence le partage de leurs soins, n’est qu’un pur égoïsme. Et cela est si vrai, que vous voyez cesser par degrés, et à mesure que le magnétisé peut se passer du magnétiseur, ces témoignages de reconnaissance, ces expressions vives qui devaient durer autant que la vie, et qui durent autant seulement que l’on a besoin de vos soins.

Messieurs, les dangers sont dans la pratique du magné-

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tisme lorsqu’on l'applique mal, lorsqu’on laisse dormir des somnambules pendant cinquante heures dans un étatd'isolement complet, comme cela est arrivé à certain magnétiseur, qui n’a pas craint de publier ces hauts faits. Cet état prolongé de somnambulisme s’oppose à tous les efforts de la nature contre la maladie, augmente l'aberration. C’est le cas de l’arc toujours tendu qui perd de son élasticité (i).

Les dangers existent lorsque vous empêchez le développement de certaines crises qui seraient utiles et dont vous ne pouvez plus, quoi que vous fassiez, obtenir la manifestation. Ils existent lorsque, par amour du merveilleux ou par ignorance, vous voulez obtenir la cessation subite de certaines affections du système nerveux. La nature, alors violentée, obéit. Le malade marche. Votre orgueil est satisfait; on crie au miracle! Mais une rechute rend la maladie incurable, lorsque avec moins de précipitation vous pouviez en espérer la guérison.

Les dangers existent encore lorsque, abusant de la puissance que vous avez su prendre sur le somnambule, vous le forcez de faire des choses contraires à son rétablissement, comme de prolonger sa lucidité au delà du terme que la nature avait fixé. Il est encore d’autres abus qui deviennent criminels; mais on peut tous les éviter, en ne confiant ni sa santé ni sa vie à des êtres immoraux, qui se font un jeu de vos souffrances, et qui, pour satisfaire leur vanité ou leur cupidité, éternisent un état qui est toujours de peu de durée lorsqu'il est bien dirigé.

Les filtres, les amulettes, les conjurations et le magnétisme animal n’ont jamais rendu amoureux ceux qui ne devaient pas l'élre dans les conditions de la vie habituelle.

(i) Les racines des arbres et les semences des végétaux se nourrissent d*eau et vivent d'eau; mais s’il y en a en trop grande abondance, elles se paient. et meurent. En cela comme en toutes chose?) il faut de la prudence)

Le magnétiseur n’est pas plus à redouter avec son magnétisme que le médecin avec ses ordonnances : les dangers sont égaux.

S’il me fallait, Messieurs, relever toutes les absurdités que l'on a débitées sur le magnétisme, il ine faudrait un cours entier. Mais vous ferez vous-mêmes justice des doctrines erronées. Vous en userez ainsi lorsque l’on vous parlera de la puissance de certains hommes qui ont la réputation de faire des miracles ou d’endormir le premier venu; vous vous rappellerez la fable des bâtons flottants.

Vous vous affranchirez des erreurs, parce quelles ne sont que le produit de l’imagination et non de la nature.

Mais vous vous garderez de rejeter de même la plus grande des vérités qui aient été surprises à la nature.

Vous reconnaîtrez que l'homme, dans certaines circonstances que vous apprendrez à distinguer, peut exercer sur son semblable une action qui produit dans son organisation les phénomènes les plus curieux et peut-être les plus utiles, un développement d'intelligence que vous pouvez rendre permanent pendant un certain temps et dont vous ne pouvez trouver d'exemples que dans quelques maladies extrêmement rares.

Plus sage que beaucoup de magnétiseurs, vous vous tiendrez en garde contre votre propre imagination. Lorsque vous obtiendrez des guérisons, vous ne croirez point opérer de miracles et vous n’irez point chercher ailleurs qu’en vous la cause des effets que vous aurez obtenus, car toute propriété est inhérente au corps, elle ne peut existerautre pprt. Vous ne vous rebuterez point non plus lorsque vous aurez à magnétiser des malades qui auraient déjà été soumis à un magnétisme mystique, parce que là où la grâce n'a poiut opéré, le magnétisme peut encore donner quelques résultats utiles. Avec cette manière de procéder, vous arriverez à avoir des idées justes sur le magnétisme ; vous reconnaf-

COURS DR MAGNÉTISME

trez quelques-unes des lois qui n’avaient point été aperçues, et un jour vous aiderez à tracer des règles certaines pour l'emploi d’un moyen de guérir que l’on dit être le plus puissant de tous.

Gardez-vous de croire cependant que toutes les maladies soient curables. Malheureusement il n’en est point ainsi. Vos soins seront souvent infructueux, quelquefois même un dernier effort de la nature vous trompera et vous fera trop espérer des suites de votre traitement; ce mécompte est cruel. C'est pour cela qu’il ne faut pas trop promettre et ne croire véritablement à votre triomphe qu'après la disparition de tous les symptômes de la maladie.

En général, le magnétisme guérit beaucoup de maladies, pourvu que les ressources de la nature ne soient pas entièrement épuisées (1) et que la patience soit à côté du remède, car il est dans la marche de la nature de rétablir lentement ce quelle a miné. Quoi que l'homme désire et fasse dans son impatience, il est peu de maladies d’une année dont on guérisse eu un jour.

La funeste habitude des médicaments opposera longtemps des obstacles aux progrès du magnétisme : les maux auxquels nous livre la sévère nature ne sont ni si communs, ni si longs, ni si résistants que les maux accumulés sur nos têtes par cette faiblesse. Un jour celte vérité sera démontrée. En attendant, il est juste d’observer que, si le magnétisme guérit quelquefois des médicaments déjà pris, il ne guérit jamais de ceux qu’on prendra par la suite.

« Messieurs, c’est surtout par votre bienfaisance et votre * humanité que vous inspirerez le désir de vous croire et de •> se rapprocher d’une vérité dont l’expérience attestera » chaque jour l’utilité. Secourez donc l’homme souffrant » par des procédés simples et faciles ; dégagez-les de tout

(i) * Médecine est seulement aydente à nature ; car si nature n'y est, elle ne peut avoir effet. « (Aviceske et Rbaiès.)

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» appareil imposant; enscignez-les avec la même simplicité » à la mère tendre et sensible, vous ne l’étonnerez point, la » nature avant vous les grava dans son cœur! Donnez au • fils la jouissance de soulager et de prolonger la vieillesse » de ses parents, et, puisque vous savez tout ce qu'un » tendre intérêt peut ajouter à vos soins, dites-lui que, s’il » est vertueux et sensible, il leur rendra la santé en les > pressant contre son sein. Un regard paternel le pénétrera » de cette vérité, il en jouira, et vous l’aurez rendu meilleur, » plus tendre et plus heureux. »

C’est ainsi, Messieurs, qu’en présentant d’abord et uniquement à l’homme des vérités qui parleront impérieuse* ment à son cœur, vous le préparerez, vous l'accoutumerez à recevoir avec confiance l’ordre et la chaîne des grandes vérités que vous aurez longtemps étudiées et profondément méditées.

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