‹ Traité complet de magnétisme animalChapitre 3 sur 59 · INTRODUCTION. — HISTORIQUE DU MAGNÉTISME. — MESMER, PUYSÉGUR · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. — HISTORIQUE DU MAGNÉTISME. — MESMER, PUYSÉGUR

Le bien esl dan» le monde contre le mal, et la vie contre la m»rl; — l'un est le remède de l’outre.

«i Que prétrudei- vous nous apprendre? s’écrieront- il» p<‘iit-êln* ; nous savions. nous taisions déjà une partie de ers choses, et la nature même nous les avait dites longtemps avant vous. Quand l’uu de nos semblables souffre, la pitié ne nous force-t-elle pas à embrasser, serrer nos amis, pour les ronsoler ou soulager leurs maux? H'uvons-nnus pas cent fois presse avec délices leurs coeurs contre notre c«ur ? Quiconque veut faire du bien ne s’approche-t-il pas de sos semblable;, et qui veut leur nuire ne cratnl-il pas leur approche ? Non, vous n’avrx rien invente, et votre ait était déjà presque tout entier dans nos coeurs. »

Messieurs,

Pénétré des bienfaits qui doivent résulter pour le genre humain de la découverte du magnétisme animal , je me suis décidé à venir vous en entretenir. Ce n'est pas sans quelque crainte toutefois , car les phénomènes magnétiques (pie j’ai a vous faire connaître sont si étonnants, qu’ils pourront souvent vous paraître exagérés : mais plus ils vous paraîtront extraordinaires , plus ils mériteront de fixer votre attention, s’ils sont vrais. Il y aurait dès lors, de ma part, faiblesse coupable ù ne pas les proclamer hautement.

Je viens donc joindre ma voix à celle des hommes généreux qui n’ont pas craint de braver le ridicule que l'irré-

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flexion ou l’envie déversent toujours sur les novateurs , et Tomme aux /'révélant une vérité utile, je viens remplir un devoir que les amis de l’humanité sauront apprécier.

Je vous prie, Messieurs, avant de regarder comme fabuleux les faits étonnants dont j’aurai à vous entretenir, de les étudier, de les analyser, et de ne porter un jugement qu’après un rigoureux et consciencieux examen.

Il n’est aucun de vous qui , lorsqu'il sera convaincu de la vertu curative du magnétisme dans nos maladies, ne veuille essayer sur un parent, sur un ami, sur un malheureux, le pouvoir de faire le bien que nous a départi la nature.

Ce dernier motif serait donc suffisant pour vous déterminer à un sérieux examen ; mais il en est une foule d'autres que nous vous ferons connaître et que vous n’apprécierez pas moins.

Si nous avons reconnu que le magnétisme peut faire le bien, nous avons également reconnu que, semblable à tous les autres agents de la nature, il peut aussi faire du mal; vous devez donc apprendre à le bien connaître, afin de vous mettre en garde contre les accidents qu’il peut produire.

Je n’ai pas lieu de croire, Messieurs, que vous serez disposés à porter un jugement précipité sur la doctrine que je viens vous exposer. Dans le cas, peu probable, où quelques-uns pourraient l’étre, je les prierais de vouloir bien se rappeler que nous ne connaissons pas les bornes du possible, et qu’il s’agit, dans celle question, bien moins encore de faits passés que défaits avenir; car, à chaque instant, nous pouvons eu faire naître de nouveaux. Quels ne seraient donc pas vos regrets si un jour vous acquerriez la certitude que ce que vous auriez rejeté comme n’existant pas, existait cependant, et pouvait exercer une grande nfluence sur notre destinée?

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Mais je viens appeler voire attention sur des faits plutôt que sur des doctrines : vous entendrez leur langages Vous n'aurez pas, comme certains corps savants, de vieilles erreurs à surmonter, des préjugés t\ vaincre ; vous êtes riches d'aveni*, et, pour ucquérir une vérité nouvelle, quelques heures d’attention ne vous effraieront pas.

Je chercherai à iu’entourer de tous les témoignages que j'aurai pu recueillir; et lorsque je ne serai pas assez heureux pour vous citer des noms connus de vous, des noms qui font autorité dans les sciences, ma tâche deviendra moins difficile, car je vous inspirerai plus de confiance.

J’espèr.e donc bientôt pouvoir vous faire partager la conviction que j’ai que nous possédons en nous une force qui n’a pas encore été appréciée, et que cette force est peut-être le meilleur remède applicable à la plupart de nos maux. Alors même que mes efforts n'auraient d’autre résultat que de faire pénétrer le doute dans votre esprit, je m’estimerai encore heureux, car il vous serait difficile de rester longtemps dans l'incertitude : vous ne tarderiez pas à vouloir, que dis-je? ù être forcés à un examen sérieux, et le résultut de cet examen, je n’en doute pas, sera tout en ma faveur.

Riche de faits acquis par un travail assidu, pendant nombre d'années, le magnétisme ayant été presque mon unique étude, je vous ferai part du fruit de mes longues recherches, et je vous indiquerai, pour arriver à une conviction, une route plus courte peut-être que vous ne la trouveriez ailleurs.

Lorsque je vous aurai fait connaître la conduite de tous les corps savants à l'égard du magnétisme, vous vous direz que c’est à vous, qui examinez avant de juger, plutôt qu’à ceux qui jugent sans examen, qu'il appartient de prononcer sur cette question. Vous reconnaîtrez que rarement une génération profite d'une découverte faite par elle, et que

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presque toujours celle (|ui la suit est appelée à en jouir.

SI vous vous rappelez, combien d’obstacles ont eu à surmonter la circulation, l’inoculation, l'émétique, vous ne trouverez pas surprenant que, pour le magnétisme, l’esprit de parti ait suivi sa marche accoutumée, et que nous ayons eu à subir nous-méine celle dure loi.

Le temps de la justice viendra pour le magnétisme , comme il est venu pour tant d’autres découvertes méconnues ou discréditées à leur origine; cette science qui trouve aujourd'hui tant de détractèurs sera réhabilitée, et les attaques de ceux qui ont cherché à 1 ’étoufler ne resteront plus que comme des monuments attestant les passions des hommes et leur aveuglement.

Mais si, dans l’examen que je sollicite et que vous allez faire, vous veniez à découvrir que ce que nous vous donnons pour une vérité n’est qu’une erreur de notre esprit, il serait de votre devoir de nous réfuter et de prémunir le public contre une doctrine d'autant plus dangereuse quelle préoccupe aujourd'hui tous les esprits.

Mais nous sommes loin de redouter cette dernière supposition : les faits ont parlé, nous les avons examinés attentivement; ils nous sont trop bien prouvés pour que nous ayons à redouter rien de semblable. D’un autre côté, s’il vous est démontré que nous avons tous, sans exception, la faculté de développer des effets magnétiques, vous prendrez de plus en plus confiance en nos paroles, et quelles que soient nos assertions, vous vous garderez de les rejeter avant de les avoir vérifiées.

Déjà, .Messieurs, cet examen se fait partout. Il n’est pas, sachez- le bien, un seul point de l’Europe où le magnétisme ne soit étudié et exercé par des hommes fort habiles, et dont le défaut n’est pas sûrement d etre crédules. Si l’utilité de cette science n’est pas encore généralement comprise, du moins son existence n’est point mise en doute.

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Ce ne sont donc plus quelques enthousiastes qui donnent des théories et qui racontent des faits ; ce sont des savants d’un ordre élevé, des médecins célèbres, dont on peut citer les noms, qui pratiquent aujourd’hui le magnétisme sur les divers points du globe.

Frappé de ce mouvement général des esprits, M. Husson demandait, dès 1826, A l’Académie de médecine de Paris, si elle n’accorderait pas quelque attention à un ensemble de phénomènes qui avaient fixé à un si haut point l’intérét et les recherches des peuples que nous avons l’orgueil de croire en arrière de nous, sous le rapport de la civilisation et sous celui de la science.

M. Husson demandait aussi à l'Académie de médecine, si elle souffrirait plus longtemps que le magnétisme fut pratiqué sous ses yeux par des gens entièrement étrangers à la science, par des femmes que l’on promène clandestinement dans Paris, et qui semblent faire mystère de leur existence?

M. Husson aurait pu donner bien d’autres motifs à l’examen qu’il provoquait; je tâcherai de suppléer ici à ce qu’il n’a point dit ou n’a pas cru devoir dire.

Je vous ferai connaître l'état du magnétisme en France, ses partisans et ses détracteurs; je vous signalerai ensuite les abus qu’a introduits parmi nous la pratique du magnétisme et du somnambulisme mal dirigés, ainsi que la fausse route où sont entrés quelquefois ses prôneurs.

Je ne marcherai qu'appuyé sur des faits hautement avoués par ceux mêmes qui les ont produits, afin que votre raison puisse constamment vous éclairer sur ce que vous devez croire ou rejeter.

Plusieurs cours ont déjà été faits sur le sujet dont je viens vous entretenir ; nous devons l’histoire du magnétisme aux savantes conférences du docteur Bertrand, qui en a développé les principaux phénomènes et leur a donne

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ainsi une certaine publicité. Son exemple a produit de bons effets ; plusieurs médecins, dont nous citerons les noms ailleurs, ont recherché comme lui la vérité, et ont déposé leurs convictions dans des ouvrages qui sont généralement estimés. l'Ius tard, un autre médecin de la Faculté de Paris, sans doute plus hardi que ses confrères, a provoqué l’Académie de médecine, et l’a, pour ainsi dire, forcée à faire une démarche dont cependant elle redoutait les suites. Vous savez combien les discussions qui s’élevèrent à ce sujet furent longues et orageuses ; combien de médecins se prononcèrent pour ou contre l’examen de la question, et vous savez que le résultat de cette lutte fut qu'à une majorité de 35 voix contre 25, une commission de 1 1 membres serait nommée.

Aloi-méme je ne suis pas resté inactif au milieu de ces grands débuts ; j’ai constamment, comme vous le verrez bientôt, sollicité les membres de l'Académie de médecine et des sciences, d’être témoins de faits que j’offrais de leur montrer, pour former leur opinion. Plusieurs savants distingués ont répondu à mon appel, et je puis me rendre le témoignage d’avoir contribué pour quelque chose au succès que les partisans du magnétisme ont obtenu.

Plus tard j’ai développé mes opinions sur le magnétisme dans un cours public, qui a été suivi par un grand nombre de jeunes médecins. Plusieurs d’entre eux ont magnétisé, et obtenu des effets magnétiques remarquables. J’ai des rapports écrits qui ne laissent aucun doute sur cet heureux résultat. Constamment à la tête des magnétiseurs, je leur ai appris à ne pas reculer devant une démonstration publique en présence d’incrédules. Ils avaient banni ces derniers de leurs expériences, je les appelés aux miennes. Les magnétiseurs expérimentaient dans l'ombre, j’ai, moi, expérimenté au grand jour; ils ne magnétisaient que des femmes faibles ou des hommes malades, j’ai magnétisé des

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hommes robustes, et j'ai prouvé qu’ils n'étaient pas moins susceptibles que les premiers des effets magnétiques.

Les magnétiseurs s’adressaient timidement aux médecins et leur demandaient humblement quelques-uns de leurs malades pour les traiter par le magnétisme; moi, je suis allé les provoquer jusque dans leurs sanctuaires, et je n’ai pas eu à me repentir de mon audace.

Au récit de mes expériences dans les hôpitaux, un grand nombre de jeunes gens m'imitèrent et obtinrent des phénomènes dignes de fixer l’attention des médecins qui en ont été les témoins : V Hôtel Dieu, la Salpétrière et la Charité seraient là pour appuyer de leur témoignage mon assertion.

Je pourrais encore rappeler à votre mémoire une foule de faits magnétiques consignés depuis quelques années dans des ouvrages estimés; je pourrais vous citer des recherches faites sur le même sujet par les docteurs Kostan et Georget. A des témoignages si respectables, je pourrais joindre celui de beaucoup de jeunes professeurs de médecine qui ont pris dans leurs cours la défense du magnétisme.

Plusieurs thèses ont été soutenues sans trop de blâme, mais le temps n’était pas encore venu pour la Faculté d’accorder quelques encouragements à ce qui est vrai, mais qui est trop en dehors des études classiques.

J’aurais trop à faire si je voulais vous citer tous les témoignages que nous avons en notre faveur; ceux dont je viens de parler sont, j'ose le dire, plus que suffisants |iour établir que le magnétisme existe réellement.

Comment se fait-il donc que le public montre encore tant de tiédeur pour une vérité qui a trouvé des défenseurs si nombreux et si éclairés? A quoi attribuer, dans un sièçle de lumières, tant d’indifférence pour une découverte destinée à étendre si prodigieusement le cercle des connaissances humaines?

lit vous, Messieurs, redouteriez- von$ encore le ridicule

COUBS DE MAGNÉTISME.

qui s'attache si mal è propos à ceux qui étudient et qui pratiquent le magnétisme? S'il en était ainsi, vous ne resteriez pas longtemps sous l’influence de cette crainte; j’aurai bientôt à vous citer des noms auxquels vous ne craindriez pas d'associer les vôtres.

Et après tout, le ridicule ou la honte ne pourrait retomber que sur ceux qui nient ou qui calomnient sons preuves ! Demandez-leur, quand ils vous affirment effrontément que le magnétisme n’existe pas, s’ils ont vu des laits, s’ils ont expérimenté. Ils vous répondront cpi’ils n’ont rien observé, rien vu; car il est au-dessous d’eux d'étudier Ce qu’ils appellent une jonglerie.

Des témoins de tous les rangs et de toutes les conditions viennent-ils eu foule dire au public: « Nous avons examiné, » nous avons vu, » on leur répond hardiment : « Vous » n’avez pas examiué, vous n’avez pas vu ; on vous a trom- » pés! » Les malades se présentent-ils eux- mêmes, avec des signes certains d’une guérison complète, on les regarde, ou sourit ; on leur dit aussitôt : « Vous n'aviez point de mal ; * votre imagination vous a guéris (1) ! »

Messieurs, serait-ce par cette assurance de langage, et à l’aide de si grossiers moyens, que l'on espérait vous détourner de l’étude du magnétisme? Je suis loin de le penser : vous avez une autre méthode, et surtout une autre logique. Vouscomprendrezqu'entredesgensquidisent : « Nous avons » vu, nous avons fait, » et d’autres qui répondent: « Ce que » vous prétendez avoir vu ou fait est impossible; vous êtes les » jouetsd’une illusion; » vous comprendrez, dis-je, que les

(i) Quelquefois même on trouve plus commode de substituer à h calomnie un mensonge formel ï c’est ainsi que M. Récamicr crut devoir annoncer un jour , en pleine Academie, que la fille Samson, que j’avais déclaré avoir gucrie par le magnétisme était morte à l'Hôtel-Dieu ! Malheureusement ponr le détracteur du magnétisme, la fille Samson a affirmé et publié depuis qu’elle se portait fort bien.

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seconds doivent inspirer plus de défiance que les premiers; et vous ferez justice d'un pareil système, car il ne peut être que celui des sots ou des gens de mauvaise foi.

Vous vous graverez dans la mémoire ces paroles de Montaigne :

• Condamner comme impossibles des choses peu vrai- » semblables témoignées par des gens dignes de foi, c'est » se faire fort, par une téméraire présomption, de savoir u jusqu'où va la possibilité. »

Avant de vous parler. Messieurs, de l’état actuel du ma gnétisme en France, je dois remonter à sou apparition parmi nous, et vous faire le récit des événements qui l’ont accompagné et suivi : je serai très court, car il n’entre pas dans mon plan de vous entretenir d'une foule de particularités que vous pouvez lire dans les divers ouvrages qui traitent de l’histoire du magnétisme dans les premiers temps.

Je n’observerai pas, non plus, rigoureusement l'ordre des dates, parce qu’il me faudrait pour cela un temps qui sera plus utilement employé à vous entretenir d’expériences et de résultats.

Mesmer ( Frédéric-Antoine ) naquit d’honnétes , mais pauvres parents, le 23 mai 17 44, à Weiler, près de Stein, sur le Rhin ; son père était garde forestier du prince archevêque de Constance.

il passa son enfance 4 la campagne, presque toujours abandonné à lui-même. Dès ce moment, on remarqua en lui un goût très prononcé pour tout ce qui était recherches naturelles, ainsi que sou zèle infatigable pour connaître la source et l’embouchure du plus petit ruisseau.

A seize ans, ses parents, qui l’avaient destiné à la cléricature, l'envoyèrent à Dillirigen, chez les jésuites, pour y faire ses éludes de théologie; il rencontra là un homme d’un grand mérite, qui le prit sous sa protection et le fil avancer

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rapidement. Mais bientôt il abandonna la théologie et les jésuites pour s’occuper de médecine.

Porté par son génie à s’éloigner de la route tracée, reconnaissant le peu de ceriitude de l’art de guérir, il voulait l’établir sur des bases plus vraies. Le besoin de connaître la vérité se faisait sentir vivement à son esprit; il la cherchait avec ardeur, et je ne saurais mieux vous en donner une juste idée qu'en vous citant ce qu’il écrivait lui-même, dans le moment où il était le plus absorbé par une grande pensée: « Le système qui m’a conduit à la découverte du magné- » tisme animal, dit-il, n’avait pas été l’ouvrage d’un jour. « Les réflexions s’étaient successivement accumulées dans « mon esprit. Je ne devais qu'à la constance le courage

* nécessaire pour attaquer les préjuges de la raison et de la

* philosophie, sans être à mes propres yeux coupable de » témérité.

» Le froid accueil que l'on fit aux premières notions dont » je hasardai la publicité m’élonna comme si je ue l’avais » point prévu. La dérision surtout me parut excessivement » déplacée de la part des savants, et particulièrement de » celle des médecins, puisque mon système, dénué de toutes

* preuves, aurait encore été aussi raisonnable que ceux » qu’ils honorent tous les jours du nom de principes.

» Ce mauvais succès me porta à discuter de nouveau mes » opinions. Loin de perdre à cet examen, elles en sortirent b revêtues des couleurs de l’évidence. En effet, tout me » disait qu’il existait nécessairement, dans les sciences, des b principes négligés ou non aperçus, autres que ceux que b nous admettions. Tant que les principes des sciences, n me répétais-je à chaque instant, seront faux ou incertains,

■ des efforts des plus beaux génies seront infructueux pour

■ le bonheur ou l’instruction de leurs semblables.

■ Je comparais les médecins à des voyageurs hors de » leur route, qui s’égarent de plus en plus, eu courant tou-

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» jours devant eux, au lieu de revenir sur leurs pas pour se » reconnaître.

» Une ardeur brûlante s’empara de mes sens ; je ne cher- » chais plus la vérité avec amour, je la cherchais avec » inquiétude : la campagne, les forêts, les solitudes les plus » retirées, eurent seules des attraits pour moi ; je m’y sentais » plus près delà nature.

» Toutes les autres occupations me devinrent impor- » tunes : les moments que je leur donnais me paraissaient » autant de vols faits h la vérité.

» Insensiblement le calme revint dans mon esprit. La » vérité, que j’avais poursuivie si ardemment, ne me laissa » plus de doute sur mon existence; elle était obscurcie, » mais je voyais distinctement la trace qui menait à elle, et » je ne m’en écartais plus. C’est ainsi que j’acquis la faculté » de la soumettre à l’expérience (1). *

Vous dire, Messieurs, comment Mesmer parvint à reconnaître l’existence de l’agent dont nous poursuivons l’étude, cela nous paraît difficile. Fut-ce par la fprce seule de son génie, comme il semble le faire pressentir, ou avait-il lu les auteurs qui, longtemps avant lui, avaient traité cette matière ? C'est ce qu’il nous importe peu de savoir : quoi qu’il en soit, Mesmer mérite toute notre reconnaissance pour avoir rappelé les esprits vers l’étude du magnétisme.

Cependant sa doctrine ne fut mise en pratique que vers l’an 1775, époque vers laquelle il publia une partie de son système.

Les principes de Mesmer n'étaient pas, au fond, aussi différents de ceux des autres médecins qu’on pourrait se le figurer.

(i) Mesmer adressa en 1776 un mémoire sur sa découverte à tous les corps savants de l’Europe. Un seul, l’Académie de Berlin', lui fit la {«race de lui répondre, et il résultait de cette réponse très laconique : ■ qu’il n’était qu’un visionnaire. « (Mémoires et aphorismes de Mesmer, nouvelle édition. 1846, l vol. grand in-18.)

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Mesmer pensait que tous les mouvements internes et externes qui s'opèrent dans notre corps, soit en santé, soit en maladie, out lieu par l’action des nerfs : or, ce que Mesmer pensait, les autres médecins le pensaient aussi. Mesmer pensait que l'action des nerfs dépendait elle-même de l’action d’un fluide très subtil, les autres médecins le pensaient aussi. Mesmer pensait que ce fluide était lui-méme soumis h différents agents dont les uns, comme les corps qui nous environnent, sont en dehors de nous; les autres, comme les différentes affections de notre âme, notre volonté, nos passions, l’organisation de notre machine : or, les autres médecins pensaient également cela.

Mesmer pensait que l'état normal de nos fonctions, duquel dépend la santé, s’entretient par l’action régulière de nos nerfs ; les autres médecins le pensaient aussi.

Mesmer prétendait que la guérison de nos maladies s’opère par des coctions et par des crises; les autres médecins le prétendaient aussi.

lin quoi Mesmer et les médecins de son temps différaientils donc? I,e voici. Mesmer croyait avoir, trouvé le secret de diriger à volonté, et par des moyens faciles, le fluide qui met nos nerfs en a lion, et par là de leur procurer celle dont ils ont besoin, soit pour la conservation de la santé, soit pour la guérison des maladies. Mesmer croyait connaître mieux «pie les médecins de son temps et que ceux qui l’avaient précédé la nature du fluide nerveux ; et c’est là ce qu’on lui contestait.

Ses idées ne furent point goûtées: il se trouva repoussé de toutes parts, bien qu'il eût traité par le magnétisme un grand nombre de maladies et qu’il eût obtenu le succès le plus complet.

Après avoir été eu butte à plusieurs scènes scaudaleuses, il quitta Vienne en 1777, croyant avoir fait assez pour scs

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ingrats concitoyens, et emportant l'espoir qu'ils lui rendraient un jour plus de justice.

Peu d’années s’étaient écoulées, et déjà ce que l’on appelait la découverte de Mesmer faisait la plus vive sensation chez les peuples voisins. Aussi quand il arriva à Paris, en 1777, précédé de sa réputation, s’y trouva-t-il l’objet de l’attention publique.

Il ne tarda pas à contracter des liaisons avec les médecins les plus distingués de la capitale, notamment avec, le docteur Desion, membre de lu Faculté de médecine et premier médecin du comte d’Artois.

De toutes parts, on s'empressa de donner à Mesmer l’assurance qu'il serait plus heureux en France que dans sa patrie, et on l’engagea à présenter son système à l’Académie des sciences.

Mal accueillies de l’Académie des sciences, les idées de Mesmer échouèrent également auprès de la Société de médecine. Cependant la franchise et la bonne foi de ses procédés lui concilièrent un grand nombre de médecins qui se livrèrent avec zèle. à la pratique du magnétisme et en publièrent partout les heureux résultats.

Traité sans égard, je dirai presque ignominieusement, par les sociétés savantes, Mesmer était en revanche recherché avec empressement par un grand nombre de personnages distingués. Cet accueil lui donna l’idée d'ouvrir un traitement où les malades accoururent en foule pour se faire traiter par la nouvelle méthode, et les guérisons éclatantes qui s’y firent achevèrent la réputation de Mesmer.

Messieurs, si les premiers propagateurs du magnétisme animal eussent suivi l’exemple d'un ancien philosophe, qui se contenta de marcher devant quelqu’un qui niait le mouvement, s’ils se fussent bornés à produire des faits, au lieu de chercher à les expliquer, il y a longtemps que la cause du magnétisme serait gagnée ; mais ils n’ont pas suiyi cette

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inardie , ils se sont trop hâtés de bâtir des systèmes et de les présenter comme renfermant tous les secrets de leur art. Emportés par l'enthousiasme, les partisans de la doctrine magnétique ne surent point mettre de bornes à leur croyance. La guérison de quelques maladies leur fit croire à la possibilité de les guérir toutes. Ils eurent l’imprudence d’écrire qu’il n’y avait qu’une vie, qu’une santé, qu’une maladie, et par conséquent qu’un remède, et que cet unique remède était le magnétisme.

Portant leurs prévisions dans l’avenir, ils crurent devoir prédire (pie l’agent de Mesmer opérerait un grand changement dans nos mœurs, et une modification complète de notre organisation.

« Nos pères, disaient-ils, ne tomberont plus qu’à l’extré- » mité de la décrépitude. Il n'y aura plus rien dans les a hôpitaux qui révolte l’humanité; on parcourra douce- » ment la carrière de ses jours, et la mort sera moins triste » parce qu’on y arrivera de la même manière qu’on s’avance » dans la vie.

» Les peuples sains et robustes pourront écarter les épi- » démies, les maladies amenées par les cours des siècles, etc. a Les hommes ne connaîtront nos maux que par l’histoire; » leurs jours prolongés agrandiront leurs projets et les » consommeront; ils jouiront de cet âge si vanté, où le » travail se faisait sans peine , la vie passait sans chagrin et a la mort approchait sans horreurs, a

Et enfin, Messieurs, ces belles promesses étaient publiées et accompagnées de réflexions non moins étranges.

» Ce que nous venons d’annoncer parait respirer l’ena thousiasme, disaient-ils, mais on saura, un jour, que nous a avons ménagé la disposition des esprits et que nous a sommes demeurés au-dessous du sujet que nous avions » à peindre. »

Vous comprene*, Messieurs, tout ce que de telles asser-

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tions avaient alors de révoltant et de cl)iioérii|ue ; et pourtant elles étaient soutenues, appuyées, par des hommes de mérite: tant la passion peut quelquefois nous aveugler et fausser notre jugement !

Ce qui ne vous étonnera pas moins que l'enthousiasme des magnétiseurs, c'est la conduite des corps savants de cette époque, qui ne surent pas mieux que les premiers conserver assez de sang-froid pour prononcer sans passion sur le magnétisme.

Vous savez que des commissions nombreuses furent nommées d'office par Louis XVI [tour examiner le système de Mesmer, et que ces commissions furent composées des Lavoisier, des Bailly, des Franklin , des Jussieu et d’une foule d'autres savants non moins illustres : on était donc en droit de tout attendre d’un semblable aréopage ; à coup sûr, la lumière devait en sortir, et pourtant cela n'arriva pas.

Mais, Messieurs, il faudrait vous reporter à cette époque, et en feuilleter les archives, pour avoir une idée de l’agitation dans laquelle cette simple question de magnétisme avait jeté la France.

D'un côté, on voyait les corps savants, aveuglés par l’esprit de parti, chercher à proscrire cette découverte; de l’autre, une partie de la cour et de la ville embrasser avec chaleur la nouvelle doctrine , et prendre fait et cause pour Mesmer, dont le caractère avait su se concilier l’estime générale.

Les uns niaient tous les faits de la magnétisation, ou les expliquaient par des causes erronées que je vous ferai connaître plus tard; les autres, au contraire, adoptaient tout ce qu’avait dit et écrit leur chef, et par cela même allaient beaucoup trop loin dans leurs croyances.

Là guerre était vive des deux côtés : Paris était inondé de brochures (il en a paru plus de cinq cents dans l’espace

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de dix-huit mois); l'esprit, ( érudition et le sarcasme y brillaient tour à tour,. On croirait difficilement aujourd'hui à tant d'irritation , si des témoignages irrécusables n’étaient là pour nous révéler l’acharnement des deux partis.

La querelle s'envenimait de plus en plus, et c’est le moment où les esprits étaient ainsi disposés , que les membres de la commission choisissent pour examiner la question du magnétisme : aussi , Messieurs , je dois le dire avec douleur, leur rapport se trouve partout empreint de leurs préventions, et partout nous voyons les commissaires aux prises avec la vérité, que toujours ils éludent ; tous les arguments leur sont bons pour expliquer des faits qui étaient alors inexplicables, et ils ne craignent pas de comprorhètlre une réputation justement acquise, pour laisser à la postérité un monument qui doit signaler un jour les écuetlé'du génie, lorsqu’il est animé par la passion. Cependant, malgré les rapports passionnés des commissaires, les faits se multiplient, ils parlent, et le magnétisme sort triomphant d’une lutte dans laquelle on s’était promis peut-être de l’étouffer.

Cette circonstance nous rappelle que bien des questions importantes ont été décidées sans le concours des savants, et souvent même en opposition formelle avec la vérité. Tout le monde se souvient que les premiers qui prétendirent avoir vu tomber des aérolitlies ne purent faire croire à la réalité de leur récit. Mais enfin des faits semblables furent attestés par d’autres témoins, et personne ne conteste aujourd'hui un phénomène alors nié par ce qu’il y avait de plus savant.

Ce qui est arrivé à l’occasion des aérolitlies arrivera indubitablement à l’égard du magnétisme animal , et le moment n’en est pas éloigné. Mais continuons notre récit.

A côté de la force se trouve presque toujours i'iutolé-

HISTORIQUE

rance :les corps savants, qui pouvaient impunément imposer au public leurs croyances ou leurs opinions, n'ignoraient pas le mal qu'ils pouvaient faire à Mesmer; aussi commencèrent-ils, longtemps avant de présenter leur rapport, à persécuter les partisans de la nouvelle doctrine, et un grand nombre de médecins furent-ils victimes de leur zèle pour la propagation du magnétisme; on poussa l'impudeur jusqu'à vouloir les faire mentir à'îeur propre conscience. Aujourd'hui ces faits nous paraîtraient incroyables , s’ils n’étaient consignés dans une foule de mémoires écrits dans le temps par les médecins persécutés.

Permettez-moi de vous citer un fragment de l’un de ces mémoires, pour donner une idée de l’animosité qui existait alors contre Mesmer et ses partisans.

J’extrais ce passage d’une brochure intitulée : Rapport au public de quelques abus auxquels le magnétisme a donné lieu , par M. Donglé, docteur régent (1).

■ On dénonce trente docteurs magnétisants, on donne un » vcniat à chacun en particulier, ils arrivent presque tous » et sont relégués dans une salle séparée de l'assemblée. » Chacun attendait avec impatience l'appel général, et se

■ promenait en long et en large avec sa façon de penser et » d’agir. On m’apprend qu’il est question de nous faire « signer une espèce de formulaire. Nous verrons ce qu'il » contient, dis-je alors, et nous signerons, ou nous ne si-

■ gncrons pas.

> L'appariteur parait enfin et m'appelle : comme le plus » ancien , j'avais cet honneur-là. J’entre, fort surpris de » n’étre suivi d'aucun de mes compagnons. On me fait

■ asseoir, et M. le doyen commence par demander si j'ai » donné de l’argent pour me faire instruire du magnétisme. » Surpris encore plus de cette question, je répondis , par

(l) Celle brochure a rtc publiée en i - 8 .'î .

COÜIVS DE MAGHÉTISME.

» respect, que M. Deslong ne prenait point d’argent, qu’il » ne recevait que des médecins pour observer et l’aider; » qu'il était on ne peut plus honnête, ttiodeste et complai-

* sant, et que d’ailleurs la Faculté ne l’ignorait pas.

» Je ne fatiguerai point le lecteur par le détail des » attires questions. Je fus interrogé en criminel, et je me » croyais transféré eu la grande chambre de la Tour- ■> nelle. On finit enfin par me présenter une formule à la- » quelle je ne crus pas devoir m'assujettir. Je ne voulus » point signer, et répétai à la Faculté, pour lui prouver mon » zèle et ma soumission, qile je n’avais pas encore trouvé » dans cette méthode un degré d’utilité suffisant pour lui » en rendre compte, que j’y avais observé quelques effets » pouvant être attribués A l’action delà chaleur d'un homme » sain sur un infirme; qu!il fallait , pour magnétiser les

• malades dans leur lit , beaucoup de courage, de force et » de santé, etc. Je sortis, un autre me succéda. »

Voici quelle était la formule qu’on voulait faire signer à chaque docteur régent :

Aucun docteur ne se déclarera partisan du magnétisme animal, ni par ses écrits ni par sa pratique , sous peine (tétre rayé du tableau des docteurs régents.

Cet arrêté est du 27 août 1784.

Vous le voyez, Messieurs . il est aisé de vous démontrer que les corps savants n’ont jamais suivi d’autre système que de combattre aveuglément tout ce qui était vrai, tout ce qui était utile. Je pourrais, à l'appui de cette assertion, vous citer l’exemple si connu de Galilée persécuté pour avoir mis en évidence le vrai système des deux; celui de Christophe Colomb, annonçant en vain le nouveau monde; celui de llarvey, démontrant pendant trente années la circulation du sang, sans pouvoir y faire croire Plus tard, on a vu combien de temps la Faculté de médecine a condamné la pratique duquinquiuu,si précieux daus les fièvres intermit-

HISTORIQUE

tentes ; celle de l'untimoine, dont on fait un usage si fréquent aujourd’hui. On sait qu’en 1636, après de longues discussions et d’iriutiles efforts de la part des partisans du nouveau médicament, la Faculté flétrit et chassa de son sein un célèbre médecin , parce que ce médecin avait , contre sa défense, fait usage de l'émétique réprouvé. N’a-t-on pas, même de notre temps, vu Y inoculation proscrite par la Faculté, qui, dans un décret de l’année 17 45, la traita de meurtrière , de criminelle et de magique?

C’est au milieu du xviti' siècle que la Faculté parlait ainsi de l'inoculation ! non moins animée, alors, contre les inoculateurs qu elle ne l'a été depuis contre les magnétiseurs, elle les appelait bourreaux et imposteurs, et donnait aux inoculés les qualifications de dupes et d'imbéciles.

Tant de vérités méconnues et persécutées devraient, ce me semble, nous rendre plus circonspects et nous empêcher de nier, sans examen, des faits attestés, quelque étranges qu’ils puissent nous paraître.

Mais ce n’est pas ainsi que nous procédons : « L’expé- » rience des siècles passés est perdue pour nous, ou du » moins nous n’en tirons que des instructions stériles et qui » ne nous servent plus de rien, qnnnd l’occasion se présente » d’en faire usage; car telle est la nature de notre esprit, » que les choses qui nous paraissent les plus claires, quand » nous les considérons en elles-mêmes et d’une manière » générale, nous ne savons plus en faire l’application dans » les cas particuliers , quand nous sommes égarés par nos » préjugés et nos préventions. »

Je reviens, Messieurs, au jugement inique prononcé par l’ancienne Faculté contre quelques-uns de ses membres , accusés de croire et de pratiquer le magnétisme.

Plusieurs docteurs régents ne se soumirent point au jugement prononcé contre eux : ils ne voulurent point transiger avec leur conscience; ils furent impitoyablement

COi;itS DE MAGNÉTISME.

rayés delà liste des docteurs régents, et privés des honneurs et des émoluments qui étaient attachés à leurs fonctions. De ce nombre étaient le docteur Desion, premier médecin du comte d’Artois, et M. Varnier, autre docteur régent, qui, disait-on, montrait dans sa pratique, dans ses discours et ses écrits, trop d’obstination pour le prétendu magnétisme animal. Ce décret est du 2 S avril 1784.

Il donna lieu à un mémoire de M. Varnier qui se rendit appelant. Ce mémoire, rédigé par M. Fournel, avocat, est un monument précieux où la sagesse et la prudence sont mises en opposition avec la sottise et le délire de la Faculté. Ce mémoire est appuyé d’une consultation de dix-sept avocats des plus distingués, qui tous blâment la conduite de la Faculté, surtout lorsqu’elle exigeait le sermentde ne jamais croire au magnétisme, etde ne s’endéclarer jamais partisan !

L’acte d’iniquité d’un corps qui devait se respecter contribua beaucoup à augmenter les partisans de la nouvelle doctrine; et ce qui devait encore donner plus de fondement au système de Mesmer, et ébranler le respect que quelques personnes conservaient encore pour la décision des savants qui l’avaient jugé, ce fut la résolution de M. de Jussieu, qui ne voulut pas signer le rapport lait par Mauduyt, Andry et Caille , avec lesquels il avait également été chargé de l’examen. M. de Jussieu fit un rapport particulier, dans lequel , sans admettre entièrement le système de Mesmer, il semble pourtant y reconnaître quelque fondement (1).

M. de Jussieu fit un acte de grand courage en se séparant

(i) Mesmer, écrivant à un île ses amis, en 1783, disait : ■ Mon esis-

• lence ressemble absolument à celle de tous les hommes, qui en combi» % nant des idées fortes et d'une vaste étendue, sont arrivés à une grande u vérité; ils appartiennent à cette erreur ou à celte vérité ; et selon quelle

• est accueillie ou rejetée, ils vivent admirés ou meurent malheureux.

• Mais quoi qu'ils tentent pour recouvrer leur indépendance primitive.

HISTORIQUE

(le ses confrères , et ne craignit pas de braver les traits du ridicule qui poursuivait, dans le monde savant, tous les partisans du magnétisme , et peut-être même les menaces du pouvoir.

Partout en France se formaient des sociétés sous le nom deSociélés de C harmonie : beaucoup de personnes distinguées étaient initiées aux secrets de Mesmer; Lyon , Bordeaux , Rouen, Strasbourg, Nantes , avaient des traitements publics où étaient guéris gratis un grand nombre de malades.

La société de la seule ville de Strasbourg comptait cent quatre-vingts membres.

Des procès-verbaux constatant les guérisons qui s’opé raient dans ces traitements étaient imprimés et répandus avec profusion (1).

Malgré les faits éclatants et positifs de l'existence du magnétisme , Mesmer était joué sur la scène ; des poèmes burlesques étaient imprimes contre sa doctrine , et des chansons où lui-méme était travesti circulaient dans Paris.

Le magnétisme était le sujet de toutes les conversations.

Mesmer, avant de quitter la France, se rendit à Spa, où le dérangement de sa santé le retint quelque temps. Plusieurs malades d’un rang distingué et d’une fortune considérable, avaient suivi Mesmer à Spa pour 11e pas interrompre leurs traitements : ces malades partageaient vivement la douleur de celui auquel ils croyaient devoir le

» c'est-à-dire pour séparer leur destinée de celle du syslème dont ils sont

■ les auteurs, ils ne font que d'inutiles efforts. Leur travail est celui de * Sy.dphe, qui roule malgré lui le rocher qui l'écrase ; rien ne peut les

■ soustraire à la tache qu'ils se sont imposée. ■

(1) Ce qui prouve bien la bonne foi des partisans de Mesmer et la réalité des cures qu'ils opéraient, c'est qu'en même temps qu'ils déposaient chez le notaire les originaux des certificats constatant les guérisons de maladies, ils déposaient également des fonds spécialement destinés à la vérification des faits et à leur réfutation, s’ils étaient tronqués. La médecine ordinaire ne nous a jamais offert de semblables exemples.

COURS OU MAGNÉTISME

soulagement de leurs maux. Attachés au magnétisme, dont ils ressentaient les effets bienfaisants, ils résolurent d’assurer su propagation en France, en procurant , au moyen d’une souscription, à l'auteur de la découverte, une fortune indépendante qoi le mit à même de la répandre de la manière qu’il jugerait le plus convenahlç.

Celle souscription eut lieu en effet : Mesmer accepta la proposition qui lui fut faite de former des. élèves ; et le nombre de souscripteurs, qui devait être de cent, dépassa de beaucoup ce nombre, quoique le prix de chaque souscription fût de cent louis.

Les membres de celte société, instruits de la doctrine de Mesmer, exécutèrent le projet qu’ils avaient formé ; ils répandirent gratuitement la connaissance du magnétisme dans les provinces , et Mesmer quitta la Fiance pour n’y plus revenir.

Vous devez trouver étrange , qu’après avoir fait tant de bruit, il se soit éclipsé tout à coup. Eh ! Messieurs ! vous savez tous qu’une agitation bien autrement grande que celle qu’il avait causée survint en France : on eut alors d’autres intérêts à défendre que ceux de la science; chacun, dans le tumulte des affaires publiques, songea à soi, et s'occupa peu d’une vérité qui n’était plus rien, en présence des événements majeurs qui captivaient toutes les attentions et changeaient toutes les existences.

Le magnétisme , abandonné comme toutes les sciences libérales, fut oublié avec les membres qui en possédaient la connaissance ; les élèves de Mesmer, tous riches et titrés , furent obligés de s’expatrier pour sauver leur vie, qui n’était plus en sûreté dans leur pays; ils reportèrent la découverte du magnétisme a son berceau : l’Allemagne, la Hollande profitèrent de ses bienfaits , et quelques-ups des élèves de Mesmer la portèrent même en Amérique.

Aussi pendant un espace de plusieurs années, nous ne

HISTORIQUE

voyons en France nulle trace du magnétisme : seulement quelques individus isolés agissaient dans le silence et faisaient le bien autour d'eux, sans publier le résultat de leur pratique.

Bientôtarrivèrentles Puységur, animés d'une philanthropie que des infortunes personnelles u 'avaient point altérée ; iis rapportèrent et entretinrent le feu sacré qu'ils avaient reçu de leur maître Mesmer. Avec eux on vit bientôt s’quvrir de nouveaux traitements, et malgré les sarcasmes et les railleries des gens qui, sans avoir rien vu, nient tous les faits, ils publièrent de très bons ouvrages, où ils exposèrent une doctrine nouvelle, appuyée par de nouveaux et nombreux faits (1). La découverte du somnambulisme par M. de Puységur prêtait mille charmes ù l'étude de la magnétisation ; et la physiologie, et lu psychologie s’enrichirent d une découverte qui fera bientôt votre admiration.

Si l’enthousiasme qui accompagua la seconde apparition du magnétisme parmi nous fut moins grand , il fut aussi plus durable; ou fit moins parade de cette vérité nouvelle , et plus d'hommes s’occupèrent, dans le silence du cabinet, à méditer sur ses résultats.

Quelques hommes osèrent cependant rompre des lances avec les incrédules, mais n'ayant eux-mëmes aucunes règles pour se conduire, et ne sachant pas d'une manière certaine reconnaître les faits vrais de ceux qui pouvaient n’étre que simulés, ils ne purent faire le bien qu’à demi. L’abbé Faria fut un de ces derniers : il ouvrit un cours public de magné-

(i) Pi-T*V;GUB. Mémoires pour urvir à l'histoire et à rétablissement du magnétisme animal, 3* cdniun, 1 830. — Du magnétisme animal considéré liant ses rapports avec diverses branches de la physique, 1807, 1 vol. in-8. — Recherches , expériences et observations physiologiques sur r homme dans létal de somnambulisme naturel et élans le somnambulisme provoqué pat üaete magnétique. 1 8 1 1 , I vol. in-8., M,, «le.

COtllS DE MAGNÉTISME.

tisme et attira chez lui beaucoup «le savants. Sans juger encore les doctrines de ce magnétiseur, nous devons lui rendre pleine justice; il contribua beaucoup» répandre le magnétisme en France. Doué d'une puissance presque incroyable (si l’on ne savait que cette puissance augmente par l'exercice), il força quelques savants à reconnaître une force qui leur était inconnue : nous étions alors dans un siècle plus positif; et comme, plus que jamais, on reconnaissait qu’il n’y avait point d’effet sans cause, les nouveaux convertis au magnétisme crurent qu’il était de leur dignité de ne pas dédaigner l'étude de cette découverte. Ils s'attachèrent donc et suivirent de plus en plus l’homme à prodiges; ils apprirent eux-mémesà magnétiser; ils reconnurent bientôt que ces effets magnétiques se produisaient par une cause naturelle, dépendante de notre volonté; que cette faculté était commune à tous, et que l’abbé Faria ne fuisait que la mettre en jeu avec plus d’énergie , mais sans privilège spécial .

Des ouvrages majeurs parureut ; le nom de leurs auteurs, la réputntion dont ils jouissaient dans le inonde, fixèrent enfin d’une manière durable l’opinion de beaucoup de gens instruits: non que ces derniers crussent pour cela à tout ce qu’on racontait de la faculté magnétique; mais, prenant en considération le mérite bien connu des gens qui disaient a voir expérimenté, leur bonne foi et leur désintéressement, ils ne pouvaient sans témérité taxer de mensonges des faits si bien attestés. L’incrédulité fléchit devant la vérité ; le doute pénétra de toutes parts dans les rungs des corps savants. Chacun fut alors plus soigneux- de sa renommée : on n'osa plus écrire contre ce que l’on ne connaissait pas; on abandonna les épithètes peu honorables dont ou se servait habituellement pour désigner les personnes qui s'occupaient à répandre la connaissance du magnétisme.

Mais seulement ou opposa une force d’inertie désespé-

HISTOKlyllE.

rante; ou se refusait à voir des faits, il les examiner. U y avait bien çà et là quelques individus qui , à force d'instances, consentaient à voir; mais la majeure partie des savants qui se souvenaient d'avoir été juges dans cette question et de s’étre prononcés pour la négative , n’osaient pas courir le risque d’être forcés de donner une rétractation : ils craignaient d’être convaincus et accusés de légèreté.

M. de Puységur leur facilitait pourtant les moyens de revenir de leur première décision.

Voici quel était le langage de cet homme estimable.

« Toute découverte dans les sciences , disait-il , devant , |>our être admise, être revêtue de la sanction des savants, c’est à eux seuls qu’il appartient de prononcer, tant sur l'existence que sur l'utilité du magnétisme animal; certain de la réalité des faits que j’ai observés, autant je mets du prix à les en persuader, autant je leur soumets avec docilité tous les aperçus et toutes les conséquences que mon esprit ou mon sentiment en auraient pu tirer. Quelque sévère que soit leur jugement à inon égard, il ne pourra que satisfaire nu désir que j’ai de n’admettre que des vérités ; mais qu’il n'en soit généralement reconnu qu’autant qu’elles seront sanctionnées par leur'iumière et revêtues de leur autorité. L’utilité des sciences et l’estime que je leur porte me feront toujours être flatté des leçons que je recevrai des savants et n’étre affligé que de leur indifférence. »

M. de Puységur est mort sans être parvenu à son but ; les savants ont gardé le silence.

Les mêmes hommes cependant se sont enquis avec ardeur des phénomènes de la lumière, de ceux de l’électricité, etc., et aujourd’hui même ils recherchent avec empres sèment ceux que présente le galvanisme, et ils ferment opiniâtrément les yeux sur les phénomènes qui proviennent de la vie elle-même; ils ont complètement approfondi ou s'occupent d'approfondir la nature de tous ces fluides

COURS DE MAGNÉTISME

étrangers à la vitalité , et les effets surprenants du fluide vital leur sont entièrement inconnus : ces effets, si importants à étudier pour parvenir à la connaissance véritable de l'homme, n'ont encore obtenu que leur dédain.

Aussi nous voyous se confirmer ce que je vous disais en commençant, que c'est aux jeunes gens à progager la découverte du magnétisme. Vous verrez qu’au sein même de nos Académies, ce sont les plus jeunes membres qui se sont prononcés pour l’examen, que ce sont eux seuls qui ont expérimenté et reconnu les vieilles erreurs de leurs devanciers , et qui ont osé, secouant le joug d'un préjugé qui pesait sur eux de toute l'autorité de la chose jugée, reconnaître et proclamer hautement la vérité.

Lorsque nous vous aurons convaincus de l’existence du magnétisme animal, nous espérons que vous joindrez votre voix à la nôtre pour en propager la connaissance et l’usage.

Vous accuserez la tiédeur des savants et surtout des médecins, car rien de ce qui intéresse la vie des hommes ne doit leur être indifférent ; vous leur reprocherez de laisser dans l'oubli une vérité aussi importante que l’est celle du magnétisme. Appelés chaque jour à prononcer sur des effets dont la cause leur échuppe, chaque jour ils se voient réduits à la nécessité malheureuse de corriger la nature , qu’ils ne connaissent point , par les procédés d’un art que souvent ils ne connaissent pas davantage ; chaque jour ils ont donc des souhaits à former, pour qu’une révolution avantageuse au progrès des sciences développe enfin quelques germes de vérité sur le sol ingrat qu’ils cultivent depuis si longtemps avec tant de constance et si peu de succès (1). Vous vous plaindrez hautement de les voir reculer devant un examen sérieux et attentif.

(l) On lit dans la plupart des livres modernes qu’à l'époque du renouvellement des sciences, la médecine s’csl perfectionnée; que les décou-

HISTORIQUE

Vous interrogeant, vous vous demandez sans doute, pourquoi l'Académie de. médecine n’a pas encore pris de résolution sur ce sujet, bien qu'un rapport, où tous les intérêts de corps ont été ménagés, lui ait été lu le 28 juin 1831, pur M. Hussein, nommé rapporteur parla commission du magnétisme.

Vous chercherez les motifs d’un semblable refus d’examen ! d’un semblable déni de justice ! et votre étouneinent sera grand lorsque je vous donnerai connaissance des faits que contient ce rapport : ils sont d’une telle nature, que la commission , composée de onze membres de l’A endémie, s’est déclarée convaincue, bien que la plupart des membres de cette commission fussent incrédules avant l’examen.

Vous verrez que l’un des commissaires soumis lui-méme à la magnétisation (1) en a éprouvé les effets les plus évidents et les moins contestables, non-seulement dans une séance, mais dans plusieurs, toujours devant ses confrères et dans des circonstances qui n’étaient cependant nullement favorables aux expériences.

Tous ces faits que je vous signalerai ont été consignés dans des procès-verbaux qui furent signés par tous les membres de la commission.

Vous penserez que ce n’est pas remplir son mandat que de taire une vérité qui peut être utile à l’avancement de la science, et à notre bonheur, s’il est vrai toutefois que

vertes immenses qu'on a faites en anatomie, eu physique, en chimie, ne permettent pas de révoquer ses progrès en doute; qu'elles ont appris aux praticiens des routes nouvelles ; qu'elles lui ont fait voir de nouvelles forces; que l'économie animale est mieux connue, et qu’il est [dus aisé d'en rétablir les ressorts lorsqu’ils sont dérangés. Mais si cela est vrai, pourquoi dqnr, malgré les secours d’une théorie lumineuse, la pratique a-t-elle si peu changé ? guérit-on plus sûrement? prévoit-on mieux la terminaison des maladies? Desèzk, d. n».

(i) C'est moi qui le magnétisais.

COURS DE MAGNÉTISME

l'action magnétique exerce une influence salutaire sur l'économie animale.

Négliger d’approfondir la théorie du magnétisme et les moyens de rendre ses efFets plus sensibles, ne point chercher si son influence plus ou moins grande ne pourrait déterminer le siège de nos maux, c’est ressembler aux habitants d’Éphèse. — « Si parmi nous , disaient-ils, quelqu’un veut exceller ou trouver un nouvel art, qu’il soit banni; qu'il aille porter ailleurs sa supériorité et scs lumières. »

Ce langage est dur, mais la conduite des savants et des médecins semble le justifier complètement. Car quels sout les motifs qui pourraient s'opposer à l'adoption du magnétisme? Serait-ce parce qu’on a crié au miracle en apercevant quelques phénomènes étranges ?

« Eh ! Messieurs , il n’y a rien de merveilleux dans le » magnétisme animal. C’est un agent naturel , encore ina- » perçu, inouï pour plusieurs, et voilà tout. Il n’y a de » merveilles, de miracles que pour les sots. Plus les peuples » sont ignorants, plus il y a de miracles, parce que, » ignorant la plupart des phénomènes de la nature, il y a » un plus grand nombre de faits qui échappent à leurs » connaissances, et leur paraissent étrangers à scs lois :

> plus les peuples s’instruisent , plus leurs connaissances » s’étendent, moins il existe de faits qui les surprennent.

» Lorsqu’ils en rencontrent de nouveaux, ils ne s'étonnent

> plus, ils ne crient pas au miracle , ils ne les nient même » pas, mais ils les étudient et les rapprochent d'autres faits » analogues déjà connus. Ainsi s’accroît par des anneaux

> successifs la chaîne des connaissances humaines. Il esta* » remarquer que tout ce qui est nouveau et surtout inac- » coutumé, excite en nous le rire, le mépris ou l’étonnement.

» Le sage ne doit ni mépriser, ni s'étonner, il doit examiner.

» La plupart des phénomènes de la nature sont tous au » moins aussi surprenants que ceux du magnétisme animal :

HISTORIQUE

» certes la lumière parcourant à millions de lieues par

• minute, nous donnant la faculté de reconnaître l’existence •'d'objets placés à plusieurs milliards de lieues de nous, et » cela dans un instant, faisant pénétrer le S|>ectacle de

> l’immensité de la nature entière par une ouverture de la » grandeur d’une tête d'épingle, est un miracle bien autre- » ment surprenant que l’influc-nce d’un individu sur un » autre à la distance de quelques pieds.

» L’attraction régissant l’univers, se faisant sentir sans

> intermédiaire des distances énormes d’uu astre à un » autre, maintenant ainsi dans leur cours les globes célestes, » n’est-elle pas encore une merveille bien autrement sur- » prenante? Et cependant qui fuit attention à la magie de la

• lumière et de l’attraction? A peine quelques hommes s’en » occupent-ils ; le reste jouit de leurs bienfaits sans s’en » étonner et même sans y songer. Pourquoi ? Parce que ce » sont des choses habituelles. •

II est téméraire, il est même insensé de vouloir imposer des bornes à la nature, et il n’y a plus aujourd'hui que l’hypocrisie qui se serve de ces moyens pour arrêter l’essor du magnétisme, car rien dans ses effets ne viole les lois de la nature. On a dit et répété que le magnétisme favorisait la superstition. Eh! messieurs, qui ne reconnaît que cette assertion est un mensonge intéressé. Le magnétisme, au contraire, détruit toute espèce de superstition, et c’est un de ses grands bienfaits. Mais que ne dit-on pas d’une chose dont on ne veut pas reconnaître l’utilité?

Vous vous livrerez donc, Messieurs, à l’examen que nous venons vous proposer ; vous y apporterez cet esprit de doute qui consiste à ne croire on à nier que lorsqu’on a examiné, vu, appliqué ses sens. C’est la seule règle, la seule cause de toute connaissance positive et de tout progrès dans les sciences.

.Messieurs, la pratique du magnétisme nous dispose à la

COURS DE MAGNÉTISME

philosophie; non à celte philosophie orgueilleuse qui veut dominer l'opinion, mais A cette philosophie douce et tranquille qui rapproche les hommes, qui nous fait voir un frère dans celui qui a besoin de nous; qui, après les devoirs que nous avons A remplir, nous inspire le besoin de consacrer nos moments de loisir à des actes de charité ; qui nous éloigne des discussions politiques, nous porte à ne pas nous attacher à des systèmes, mois à rectifier notre jugement par des faits; qui nous démontre la spiritualité de l'âme, la puissance de la volonté, l’usage (pie nous pouvons faire de cette volonté; qui nous détache des plaisirs frivoles et nous inspire le goût des bonnes mœurs; qui nous montre enfin que les hommes sont fils d’un même père, unis par des relations physiques et morales ; qu’ils sont comme les membres d’un même corps, qu’ils sympathisent les uns avec les autres, et qu’ils peuvent tous exercer une influence salutaire sur leurs semblables.

On peut ajouter que l’étude du magnétisme joint à la véiité de l’histoire l’intérêt du roman et le merveilleux de la féerie; qu’il produit les effets les plus curieux, les plus intéressants et les plus utiles; qu’il procure les plus grandes jouissances; qu’il faut même de grands efforts pour ne pas s’exalter au dernier point, à la vue de toutes les merveilles du magnétisme de l'homme.

Il fait voir un nouvel ordre de choses, il vous transporte dans un nouvel univers, répand un nouveau jour sur tons les objets du ressort de la physique, agrandit le domaine de nos connaissances dont on peut dire qu'il est la clef; il manifeste d’une manière éclatante la toute-puissance et les merveilles du souverain Être, et remplit le cœur de l’homme de la plus profonde vénération pour l'ordre, l'harmonie et les rapports qui régnent dans l’univers, d’où dérivent plusieurs lois tant physiques que morales, lois primitives et essentielles qu’on ne peut transgresser sans éprouver les

HISTORIQUE

ai

peines attachées à celle transgression. Il procure des plaisirs (pii sont amant au-dessus des autres plaisirs que la science du magnétisme est au-dessus des nuires sciences : plaisirs si vifs, qu'ils ont fait dire à l’illustre auteur des mémoires de Busancy, qu’ils donnaient trop d’existence.

Avant de terminer cette leçon, je dois vous entretenir des causes particulières qui m’ont engagé à prendre la défense du magnétisme et à m’y dévouer sans réserve.

Il y a trente-cinq ans qu’un étudiant en médecine eut occasion de faire devant une nombreuse assemblée de médecins une série d’expériences dont le résultat a été très connu. Voici le fait :

On parlait un jotirdevontM. Husson, médecin de l’Hôtel- Dieu, d’expériences magnétiques faites dans le monde suides malades qu’on prétendait avoir guéris de cette manière. On contestait devant ce savant médecin l’existence du magnétisme, pensant qu'il partageait le doute manifesté par les personnes qui composaient alors sa clinique. Mais M. Husson répondit qu’avant de nier une chose, il fallait avant tout l’examiner, et que si on lui amenait un magnétiseur, il s’empresserait de le mettre à l’épreüve, pour juger si, en effet, le magnétisme existe, ou si ce n’était qu’une jonglerie.

On pensait généralement que la hardiesse des partisans du magnétisme n’irait pas jusqu à s’exposera venir, en face d’aussi bons juges, jouer un rôle qui ne pouvait que faire naître le dédain et le ridicule.

Mais contre tou te attente, le magnétiseur, prévenu de cette disposition, arriva le lendemain à la visite du professeur ; vous dire comment il fut reçu, vous pouvez le deviner : il n’y eut que M. Husson qui conserva sa gravité.

Bref, une malade fut choisie, non par le magnétiseur, mais par les assistants : on prit une jeune fille extrêmement malade, pensant que si le magnétisme la guérissait, ce ne

32 COURS DE MAGNÉTISME

serait qu’un jeu pour lui de guérir’ tout l’hôpital. Tous les moyens que fournit la médecine avaient été employés sans succès. Douze cents sangsues, vingt saignées, autant de vésicatoires, l'eau glacée, les affusions froides, l’opium, le musc, la diète la plus rigoureuse, etc., etc., rien n'avait pu arrêter des vomissements de sang qui menaçaient les jours de la malade; et réduite au dernier degré de marasme, ellealtendait sa fin prochaine. Placée sur un brancard, on la porta dans une chambre séparée, où les expériences devaient commencer. L’étudiant magnétiseur s’approcha d’elle sans cependant la toucher, étendant simplement la main en face de la région épigastrique et la dirigeant sur les principaux viscères des cavités splanchniques ; il continua cette manœuvre pendant vingt minutes seulement.

Pendant ce temps aucun changement ne s’était fait apercevoir chez la malade ; elle fut reportée à son lit, et chacun pensait qu’elle avait été déplacée inutilement.

Mais, Messieurs, à dater de ce moment, plus de vomissements. Quelle était donc la cause d’un aussi grand changement? La malade suivait son régime habituel, et depuis plus de neuf mois on n’avait rien vu de semblable.

Le magnétisme était encore récusé, car on n’avait pas aperçu de changement apparent pendant son application; dans le doute, les expériences recommencèrent, et l’on vit bientôt naître tous les phénomènes les plus extraordinaires du somnambulisme. L'insensibilité auxmoxas, aux piqûres, A l'ammoniaque, et enfin un isolement complet pour tout ce qui n’était pas le magnétiseur. Des faits si étranges, racontés par des médecins qui en avaient été les témoins, attirèrent une alfluence considérable. Pnrmi les curieux, il y en eut plusieurs qui furent mécontents de ces expériences, et qui, quoique convaincus, disaient-ils, de la réalité du magnétisme, jurèrent cependant d’employer leur crédit à en arrêter la propagation. Ils ne se bornèrent pas à cette menace,

HISTORIQUE

ils cherchèrent bientôt à faire planer sur l’étudiant en médecine, des soupçons injurieux à son caractère et à sa franchise. Cette conduite répréhensible ne fit qu'enflammer le zèle de l’étudiant pour la vérité. Il se promit, à son tour, d’employer ses facultés et tout son temps à la répandre et de se venger par la publicité, des moyens qui, dans cette circonstance, venaient de lui faire remporter le plus beau triomphe que tout homme généreux puisse envier.

La malade fut guérie, elle sortit de l’Hôtel-Dieu au bout de viugt-sept jours.

Messieurs, la personne qui fit ces expériences vient remplir son vœu; heureuse si elle peut vous déterminer à essayer vous-mêmes le moyen qui lui fit obtenir quelque succès ; vous’l’aiderez de cette manière à justifier le magnétisme et les magnétiseurs tics calomnies sans nombre qu’on s’est plu à répandre sur eux.

Vous l’aiderez à répandre une vérité consolante et à faire connaître à tous les hommes la richesse inconnue que leur organisation recèle.

Vous nous aiderez à les tirer de cette ignorance profonde où ils sont encore touchant les merveilleuses facultés de l’âme humaine.

Messieurs, dans la prochaine leçon, je vous entretiendrai des faits qui prouvent d’une manière évidente l’existence du principe que l'on appelle magnétisme animal.

Vous jugerez de la valeur des grands mots employés par nos adversaires pour servir à expliquer ses effets, t imagination, la chaleur animale, l'imitation, l'éréthisme de la peau, et tout récemment le mot extase.

Vous reconnaîtrez que le magnétisme a une manière d’agir qui lui est propre, et se trouve tout à fait indépendante des causes qui lui ont été assignées;

Qu'il ne faut point de foi pour l’employer ou le recevoir, qu’il n’est le privilège de personne en particulier;

COLRS DE MAGNÉTISME.

Que nous le possédons tous, cl qu’étnnt le résultnt dé notre organisation, la mort seule peut nous en priver.

Lorsque cette vérité vous sera déitiontrée, nous vous parlerons des phénomènes particuliers qu’il produit sur nous, et notamment du somnambulisme et des facultés que l’on acquiert dans cet état, facultés les plus étranges de toutes.

Nous rechercherons le magnétisme dans l’antiquité, et nous eu trouverons de nombreuses traces dans les auteurs anciens et modernes et dans les iraditions populaires de tous les pays : les Oracles, la Pythie, sur son trépied, les Sibylles , les Possédés, les Visions, les Prédictions, les Magiciens, les sortilèges, les sorts, les charmes, offrent des indices assez évidents pour les hommes qui examinent suns prévention.

Nous vous ferons connaître ensuite les dangers qui résultent d’une application irréfléchie et exercée comme elle l’est maintenant par une foule de personnes qui ne l’ont pas étudiée d’une manière spéciale.

Nous examinerons les doctrines qui ont servi de base au magnétisme, celles surtout qui régnent aujourd’hui, et nous vous traceroos des procédés qui nous semblent plus en harmonie avec l’état actuel de cette science et la seule route à suivre pour arriver à une conviction solide, conviction qui ne doit être basée que sur des faits physiques et purement matériels.

Pour vous faire bien comprendre les procédés enseignés par moi, je magnétiserai devant vous quelques personnes, pour vous montrer comment on peut obtenir la production des phénomènes magnétiques, en vous mettant en évidence cette vérité, que chaque individu porte en soi-même sa vie et sa mort comme la santé et la maladie.

Que tout ce qui se peut connaître de la nature est manifesté en nous.

Et enfin, que l’on peut, en imitant la nature, l’obliger I

KXISTENCK Dr MAGNÉTISME.

Faire un effort au delà de ses productions ordinaires en l’aidant par industrie et obtenirainsi la guérison d’une foule de maladies que la nature seule, ou aidée d’un liabile médecin, ne pourrait guérir.

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