V. On pourrait donc faire du mal eu magnétisant
fi. Sans doute. Si I on touche un malade sans intention ou sans attention, ou ne lui fait ni bien ni mal; mais lorsque, après lui avoir fait effet, on contrarie la première impression donnée par une autre, on occasionne alors en lui, nécessairement, du trouble et du désordre. Si, par indifférence ensuite ou par crainte, on ne remédie pas à ce désordre, il peut s’ensuivre les plus fâcheux résultats. Il n'est qu'une maniéré de magnétiser toujours utilement, c'est de vouloir fortement et constamment le bien et l'avantage de son malade, et de ne jamais changer ni varier la direction de sa volonté.
D. Mais avec la volonté ferme et constante de procurer le plus de bien possible â un malade, ne pourrait-on pas quelquefois produire trop d’action eu lui ?
fi. Jamais.
D. Gomment jamais? Cependant les meilleurs tnédica-
COURS DE MAGNÉTISME
tnents nuisent souvent, lorsqu'ils sont administrés sans mesure et sans discernement.
IL Un ne doit jamais comparer l’effet des médicaments à l’effet de l’action magnétique, puisque les premiers agissent d’abord sur des organes, tandis que le deuxième agit toujours immédiatement sur le principe vital , auquel il communique l’impression d’un mouvement qui lui est analogue, et qui ne vient qu’ajouter aux efforts qu’il fait sans cesse de lui-même pour entretenir ( équilibre ou la santé.
D. Quoique tous les hommes aient plus ou moins la puissance magnétique, ne croyez-vous pas cependant que les médecins en feraient toujours usage avec plus de discernement que d’autres?
R, Cela serait vrai, si le magnétisme animal était une science ou un art; mais dès lors que ce n’est qu’une faculté, tous les hommes, indistinctement, la peuvent exercer également bien.
D. Mais n’est-il pas des cas où il faut augmenter, et d’autres où il faut diminuer l’action du principe vital dans un malade ?
R. Oui, certainement.
Z). Qui peut mieux donc qu'un médecin juger d'avance s’il faut augmenter ou tempérer l’action du principe vital d’un malade?
R. La science de l’observation de l'état du principe vital des malades, jointe à la connaissance des médicaments propres à lui procurer le ton du mouvement qui lui est nécessaire, est en effet l art de la médecine ordinaire, aussi les médecin:, guérissent-ils beaucoup de maladies ; mais les plus instruits et les plus expérimentés conviennent en même temps que la nature en sait encore plus qu’eux. Or, le magnétisme animal étant l’agent de la nature, il est tout naturel qu’il agisse toujours plus sciemment qu’eux.
PROCÉDÉS MAGNÉTISES. 357
D. Il n'est donc pas nécessaire de connaître ni l’espèce ni la cause des maladies pour s’employer à les guérir par le magnétisme animal ?
R. Nullement: l'action magnétique, dirigée et soutenue par la volonté ferme de soulager les maux d'un malade, donnera toujours à son principe vital une action qui lui sera le plus favorable.
D. Et le fluide universel, vous n’en parlez pas?
R. C’est que cela est inutile.
D. Est-ce que vous ne croyez pas qu’il y ait un fluide universel?
R. Je n’ai jamais dit qu’il y avait ou qu’il n’y'avait pas de fluide universelle ne sais pas davantage s’il y a des fluides magnétique, électrique, lumineux, etc. Ce dont seulement je suis sûr et très certain, c’est qu’il est absolument inutile de savoir s’il existe ou s’il n’existe pas un seul de ces fluides-là pour bien magnétiser.
D. Comment admettre l’effet de l'action d’un corps sur un autre corps, sans l'intermédiaire d'un milieu qui lui communique et transmette son impulsion?
R. Le magnétisme animal n’est point l'action d’un corps sur un autre corps, mais l'action de la pensée sur le principe vital des corps.
D. C’est justement cela qui peut encore le moins se comprendre.
R. J'en conviens, aussi ne doit-on pas chercher à se l’expliquer. Cela est parce que cela est : la pensée meut la matière. C'est cette vérité que Virgile a si bien rendue par ce beau vers de l’ Enéide, que vous avez adopté pour l'inscription de vos salles de traitement :
Mens agitai molem et magno se corpore misuet.
L). Si la pensée meut la matière, elle est donc d’une essence supérieure à la matière ?
COURS DE MAGNÉTISME
B. Je ne vous répondrai point à cette question, qui ne vous instruirait que de mon opinion particulière; chacun doit être libre de la résoudre selon la mesure et les aperçus de son intelligence, tour terminer cette première partie d’instruction aux nouveaux magnétiseurs, il suffit de leur répéter que n’importe la manière de se rendre raison du principe de toutes nos volontés et de nos actions, tout homme qui, avec l’esprit sage et le cœur compatissant, croira à sa puissance magnétique, et voudra l’exercer, se procurera les jouissances les plus douces qu'il soit possible de goûter.
§ II. Mon opinion sur la cause de l'action magnétique de l'homme.
L’observation que j’ai faite qu’une boule ne roule que lorsqu’une tnaiu la détermine à ce mouvement, m’a porté à juger que, puisque la terre et les planètes roulent dans l'espace, il faut de même qu'un agent quelconque leur ait communiqué l’impulsion qui détermine leurs révolutions.
Mais une boule roulante s’arrête au moment où cesse l’action de la force d'impulsion quelle a reçue; donc, puisque les planètes ne s’arrêtent pas, c’est la preuve, à mon sens , que l’impulsion de l’agent principe de leur mouvement ne discontinue pas.
Je vois, de plus, un mouvement tonique ou intestin, tant dans la masse entière de la terre, que dans toutes les parties qui la composent : les vents, les orages, les marées, les intempéries, les feux souterrains, les météores, etc., d’une part; la cristallisation des minéraux, la végétation des plantes, la génération des êtres, de l’autre, en sont pour moi la manifestation ; tout enfin m’annonce un mouvement imprimé à la matière, et la continuité de l’action principe de ce mouvement.
Mais au lieu d’admettre un agent moteur du mouvement
dans la matière, ne serait-ce pas la matière elle-même qui serait la cause et le principe de tous ses effets? Non, cela n’est pas possible ; mon intelligence et mes sens me disent que rien ne se meut de soi-mërae. Dès lors donc que la matière est en mouvement, elle est nécessairement soumise à l’action d’un principe supérieur à elle, et ce principe supérieur à la matière est Dieu, que je ne puis comprendre, il est vrai, n’étant qu'un des produits de sa toute-puissance, mais de l'existence duquel je suis certain.
Voici donc, jusqu’ici, deux réalités pour moi : 1° Dieu; 2° son action : Dieu principe et cause; la vie de l’univers, son action .
Voyons, à présent, ce qui se passe lorsque je magnétise : la compassion que m’inspire un malade fait naître en moi le désir ou la pensée de lui être utile, et du moment que je me détermine à tenter de le soulager, son principe vital reçoit l’impression de l’action de ma volonté.
N'apercevez-vous pas encore ici deux réalités : 1° le principe de ma volonté ; 2° son action ; le principe de ma volonté, autrement dit mon âme, cause de mon action ; l’effet ressenti par le malade, le résultat de cette action ?
L’effet de l’action de Dieu est le mouvement dans la matière indéfinie.
L’effet de l'action de mon âme est le mouvement dans la matière finie.
De la similitude dans les effets, je conclus qu’il y a similitude dans les causes.
Donc Dieu et mon âme sont de la même essence.
Or, Dieu est supérieur à la matière, par conséquent immatériel ; donc mon âme est de même immatérielle.
Dieu, cause première, dont l’essence immatérielle n’est point renfermée dans les limites des formes , de l’espace et du temps, ayant tout créé et tout formé, peut tout détruire et tout conserver.
COURS DE MAGNÉTISME
Mon âme, cause seconde, dont l’essence immatérielle est renfermée dans des limites des formes, de l'espace et du temps, ne peut rien créer, rien former, et ne peut seulement qu’entretenir et restaurer.
Je m’arrête à ce dernier aperçu d’une théorie métaphysique, qui non-seulement s’accorde avec celle que je vous ai précédemment donnée de l’action et des effets physiques du magnétisme animal, mais qui, de plus, en est véritablement la preuve et le complément.
Je laisse à des esprits plus éclairés que moi à déduire de la certitude de l'existence de Dieu et de celle de notre âme, les règles de nos devoirs moraux, politiques et religieux; mon but n’est que de prouver la réalité du magnétisme animal, et je ne sortirai pas des bornes que je me suis prescrites.
§ III. Des procédés que j'emploie pour magnétiser.
D. Quelle est la manière de s'y prendre pour magnétiser?
R. Je vous ai dit, dans la première section de cette instruction, que, pour magnétiser, il n'était nullement nécessaire de savoir s’il existait ou non un fluide magnétique ; je vous le répète encore, cela est parfaitement inutile; néanmoins, pour mieux fixer son attention en magnétisant, on peut en admettre l’hypothèse.
D. Pourquoi dites-vous en admettre l’hypothèse?
R. C’est que je ne suis pas aussi certain de l’existence du fluide magnétique, que je le suis de l’existence de Dieu et de celle de mon àiue ; dès lors ce fluide n’est pour moi qu’une hypothèse, et non une réalité.
D. Cependant l'opinion générale est qu’il existe un fluide magnétique?
R. Vous pouvez y croire aussi, si bon vous semble; il n’y a aucun inconvénient à cela. Bien mieux, cette convic-
tion pourra même vous servir à fixer votre attention, lorsque vous magnétiserez.
D. Comment cela?
R. Considérez-vous comme un aimant dont vos bras et surtout vos mains sont les deux pôles ; touchez ensuite un malade, en lui posant une main sur le dos, et l'autre en opposition sur l’estomac; figurez-vous ensuite qu’un fluide magnétique tend à circuler d’une main à l’autre , en traversant le corps du malade.
JD. Ne peut-on pas varier cette position?
R. Oui, on peut porter une main sur la tête sans déranger l’autre main; et, continuant toujours, faire la même attention et avoir la même volonté de faire du bien. La circulation d'une main à 1 autre continuera ; la tête et le bas de l'estomac étant les parties du corps où il aboutit le plus de nerfs, ce sont les deux endroits où il faut porter le plus d’action.
D. Faut-il frotter fortement ces parties?
R. Cela n’est point nécessaire; il suffit de les toucher avec attention, en cherchant à reconnaître une impression de chaleur dans le creux des mains, ce qui, toujours, est la preuve qu’on produit un effet.
D. Quel est l’effet le plus désirable à obtenir en magnétisant?
R. Tous les effets sont également salutaires. Un des plus satisfaisants est le somnambulisme ; mais il n'est pas le plus fréquent, et les malades, sans entrer dans cet état, peuvent également guérir.
D. Ne doit-on pas toujours avoir la volonté de produire le somnambulisme ?
R. Non, car le désir de produire un effet quelconque est presque toujours une raison pour n’en produire aucun. Un magnétiseur doit aveuglément s’en reposer sur la nature.
362 COURS DE MAGNÉTISME
du soin de régler el de diriger les effets de son action magnétique.
D A quelle indication peut-on reconnaître qu’un malade est susceptible d’entrer dans l'état de somnambulisme?
R. Lorsqu’en magnétisant un malade , on s’aperçoit qu'il éprouve de l’engourdissement ou de légers spasmes accompagnés de secousses nerveuses ; si alors on lui voit fermer les veux, il faut les lui frotter légèrement avec les pouces, de même que les deux sourcils, pour empêcher le clignotement. Quelquefois même il n’est pas nécessaire de toucher les yeux ; à une petite distance, l’action pénètre avec autant d'activité.
D. Quoi, il n’y a pas autre chose à faire pour mettre un malade dans l’état de somnambulisme?
R. Non. En touchant un malade de la façon que je viens d’indiquer, avec beaucoup d’attention et avec une volonté bien ferme de lui faire du bien, vous obtiendrez souvent ce satisfaisant résultat.
D. A quoi pourrai-je reconnaître qu’un malade est dans l’état magnétique?
R. Lorsque vous le verrez sensible, de loin, à vos émanations, soit en présentant le pouce devant le creux de son estomac, soit en le lui portant devant le nez.
D. N’y a-t-il pas encore d’indication plus forte?
R. Un malade en crise magnétique ne doit répondre qu’à son magnétiseur, et ne doit pas souffrir qu’un autre le, touche; l'approche des chiens et de tous les êtres animés doit lui être insupportable; et lorsque, par hasard, il en a été touché, le magnétiseur seul peut calmer la douleur que cela lui a occasionné.
D. Le magnétiseur a donc un empire absolu sur le malade qu’il a mis en crise magnétique?
R. Cet empire est absolu en tout, ce qui peut concerner le bien-être et la santé du malade , il peut encore obtenir
de lui des choses indifférentes en elles-mêmes, telles que de le foire marcher, boire et manger, écrire, etc., enfin tout ce que l'on pourrait obtenir de la complaisance d'une personne dans l'état naturel ; mais si l'on voulait en exiger des choses faites pour lui déplaire, alors on le contrarierait beaucoup, et il n'obéirait pas.
D. Si l’on s'obstinait à lui vouloir faire exécuter des choses qui ne lui conviendraient pas, qu’en résulterait-il?
R. Le malade, après beaucoup de souffrances, sortirait subitement de l'état magnétique, et le mal qui en résulterait pour lui aurait bien de la peine à être réparé par son magnétiseur.
D. L’état magnétique, autrement dit le somnambulisme , est donc un état qui exige les plus grands ménagements?
R. Il faut considérer l'homme en état magnétique comme l’être le plus intéressant qui existe par rapport à son magnétiseur ; c'est la confiance qu’il a en vous qui l’a mis dans le cas de vous en rendre maître ; ce n’est que pour son bien seul que vous pouvez jouir de votre pouvoir : le tromper dans cet état, vouloir abuser de sa confiance, c’est faire une action malhonnête ; c'est enfin agir en sens contraire à celui de son bien, d’où doit s’ensuivre par conséquent un effet contraire à celui que l'on a produit en lui.
D. Y a-t-il différents degrés de somnambulisme?
R. Oui ; quelquefois on procure seulement à un malade un simple assoupissement; à un autre, l’effet du magnétisme est de lui faire fermer les yeux sans qu’il puisse les ouvrir de lui-même ; alors il entend tout le monde, et n’est point complètement dans l’état magnétique. Cet état de demi-crise est très commun.
D. Ces deux effets sont-ils aussi salutaires que le somnambulisme complet?
R. Ils ne sont pas aussi satisfaisants pour le magnéti-
COURS DE MAGNÉTISME
senr, parce qu’il ne peut rien apprendre du malade; mais ils sont aussi très salutaires.
D. Y a-t-il quelques précautions à prendre envers un malade qui entre dans l'état de somnambulisme magnétique?
Ji. Sitôt que l’on s’aperçoit qu’uu malade a fermé les yeux et a manifesté de la sensibilité à l’émanation magnétique, il ne faut pas d’abord l’accabler de questions, encore moins vouloir le faire agir d'aucune manière. L’étal où il se trouve est nouveau pour lui ; il faut, pour ainsi dire, lui en laisser prendre connaissance. La première question doit éîre : Comment vous trouvez-vous F ensuite : Sentez-vous si je vous jais du bien ? Exprimez-lui ensuite le plaisir que vous ressentez à lui en procurer. De là, peu à peu, vous venez aux détails de sa maladie, et l'objet de vos premières questions ne doit pas s’étendre au delà de sa santé.
ü. Pourquoi cela?
R. C’est que votre but étant, en magnétisant, de guérir, toutes les facultés du malade se tournent vers l’objet qui vous a intéressé en le magnétisant. C’est donc de sa santé seule qu’il s’occupe, et, en raison de sa plus ou moins grande sensibilité, il est plus ou moins clairvoyant sur son état présent, comme sur sa guérison future.
D. Quelle est la conduite qu’il faut tenir avec un somnambule magnétique?
R. C’est de ne jamais rien faire qu’avec sûreté, de ne pas le contrarier; c’est ensuite de le consulter sur les heures où il veut être magnétisé, sur le temps qu’il veut rester en crise, sur les médicaments dont il a besoin, et de suivre à la lettre ses indications, sans y jamais manquer d’une minute.
D. Est-ce qu’une personne en état magnétique ne peut pas s’ordonner des médicaments contraires à son état?
R. Jamais cela ne peut être : quelque éloignée que soit l’ordonnance d’un somnambule des idées que l’on peut avoir
prises en médecine, sa sensation est plus sûre ipie toutes les données résultantes de l’observation; la nature s’exprime, pour ainsi «lire, par sa bouche. C’est un instinct lucide qui lui dicte ses demandes ; n’y point obéir h la lettre, serait manquer le but qu’on se propose, qui est de le guérir.
D. Comment fait-on sortir un malade de l’état magnétique?
R. Lorsque vous l’avez magnétisé, votre but était de l’endormir, et vous y avez réussi par le seul acte de votre volonté; c’est de même par un autre acte de volonté que vous le réveillez.
D. Quoi, il n’est besoin que de vouloir qu’il ouvre les yeux pour opérer son réveil ?
H. C’est la principale opération; ensuite, pour mieux attacher votre idée à l’objet qui vous occupe, vous pouvez lui frotter légèrement les yeux, en voulant qu'il les ouvre, et jamais cet effet ne manquera d’arriver.
D. Est-il d’autres renseignements à prendre dans la conduite du magnétisme?
R. Il peut arriver quelquefois qu'un malade prenne des tremblements ou de légers mouvements convulsifs, la première fois qu’il est magnétisé : dans ce cas, il faut tout de suite cesser sa première action pour ne plus s’occuper que de calmer ses souffrances.
D. Quel moyen employer pour cela?
R. D’abord la volonté que ses maux s’apaisent et qu’il ne souffre plus ; porter ensuite toute votre attention, vos attouchements aux parties souffrantes; étendre pour ainsi dire le fluide dans toute l’étendue de son corps, et ne jamais abandonner le malade qu’il ne soit dans un état calme et tranquille.
D. Est-on toujours le maître d’arrêter les convulsions ou les souffrances d’un malade? ,
R. Oui, lorsqu'elles sont causées par votre magnétisme ;
COURS DE MAGNÉTISME
car vous devez vous rappeler que nous avons dit que le magnétisme animal, prenant toujours le caractère de la volonté du magnétiseur, doit apaiser les maux accidentels provenant de la première impression que l'on adonnée.
D. Et les souffrances habituelles d’un malade sont-elles de même dans le cas d’être anéanties par l’influence du magnétisme?
if. Non, parce que quelquefois le mal a fait de si grands progrès et a jeté de si profondes racines, que l’influence du magnétisme ne peut en détruire les symptômes qu’à force de temps et de soins.
D. Si, après avoir fait tous ses efforts pour arrêter les convulsions que le magnétisme a produites, on n’en vient point à bout, que faut-il faire?
R. Alors il faut ne pas s’en effrayer, et croire qu'apparemment la nature de la maladie exige une pareille crise pour débarrasser entièrement le mulade; mais cette tranquillité ne doit être entière qu’après que l’on se sera senti véritablement innocent sur la conduite que l’on a tenue. En général, le cas où un malade conserve des impressions fâcheuses, malgré son magnétiseur, est très rare : cela ne m'est jamais arrivé qu'une fois ; et l’on sera toujours dans le cas de douter des bonnes dispositions d'un magnétiseur, quand plusieurs fois de suite on saura qu'il n’a pu empêcher les convulsions non prevues de se manifester.
D. N’avez-vous plus rien d intéressant à m’apprendre sur la pratique du magnétisme?
R. Non, si ce n’est de vous ressouvenir de la grande base sur laquelle est fondée la doctrine du magnétisme animal, telle que je l’ai conçue et telle que je vous en ai fait part dans nos leçons. Souvenez-vous que Ihouime «agissant jamais que pour son plus grand intérêt, il fera rarement du bien s’il ne trouve pas un grand intérêt à le faire, et ce n’est qu’en reconnaissant en lui un principe spirituel émané im-
médiatement du principe créateur de tout l'univers qu'il peut sentir la nécessité de satisfaire le besoin continuel de son âme, laquelle, de même que son principe, ne peut se plaire que dans le bien, l’ordre et la vérité. Rapprochez quelquefois votre âme de son principe, que votre pensée le reconnaisse sans cesse, ce sera l'hommage le plus pur que vous puissiez lui rendre, et cette conviction intime augmentera beaucoup votre pouvoir de faire du bien.
Ce changement presque complet dans la manière de magnétiser modifia singulièrement les effets du magnétisme. Les crises effrayantes cessèrent presque complètement ; la toux, le hoquet, les rires immodérés, si fréquemment dus au traitement de Mesmer, ne parurent que rarement; et lorsqu'ils avaient lieu, on les faisait cesser facilement.
Tous les magnétiseurs n'étaient cependant pas d'accord sur cette nouvelle méthode. Les uns prétendaient que les gestes exécutés sans être accompagnés de la volonté d’agir, et même avec une volonté contraire, n'en étaient pas moins magnétiques et produisaient les effets accoutumés; les autres magnétistes croyaient au contraire que la volonté d’agir devait constamment accompagner les gestes, et que, sans elle, ceux-ci étaient impuissants ; il y en avait même qui regardaient les gestes comme inutiles au développement du magnétisme, et n’y voyaient qu'un moyen mécanique, bon pour fixer l'attention du magnétiseur et soutenir sa volonté, laquelle était sensée être la seule cause des phénomènes.
Mais, malgré la grande divergence d’opinions, les gestes n’en formaient pas moins la base du traitement et des expériences. Les procédés de Puységur étaient presque généralement suivis.
Ce dernier avait remarqué que les malades qui ne tom-
cours ne magnétisme.
baient point en crise étaient plutôt guéris que ceux qui en étaient pris ; et, par suite de ces nombreuses observations, il crut pouvoir établir, contradictoirement à son maitre, que les convulsions étaient un état contre nature; que bien loin de servira la guérison des muladies, elles s’y opposaient sensiblement , et qu’enhn on devait chercher plutôt à les calmer qu’à les faire naître.
Ainsi se forma une doctrine nouvelle : malheureusement pour le magnétisme, cette doctrine était aussi peu satisfaisante que celle de Mesmer ; et cette vérité, méconnue par Puységur, fut signalée par ses adversaires. Ce ne fut que plus tard, et longtemps après la publication de ses mémoires, que cet auteur reconnut que ses explications étaient fausses. .
La pratique du magnétisme avait beaucoup gagné à cette publication; mais les personnes qui aiment ù raisonner ne furent point satisfaites de la physique de Puységur. Plusieurs savauts rejetèrent encore le magnétisme, faute de pouvoir s’en expliquer les effets d'une manière satisfaisante.
Les magnétiseurs qui suivirent l’école de Puységur s'emparèrent cependant des nouvelles idées, les développèrent et fondèrent les doctrines qui régnent aujourd'hui.
Je dois vous citer ici le fait magnétique qui éclaira Puységur, en lui faisant reconnaître combien les procédés qu'il avait enseignés étaient peu d'accord avec les lois du magnétisme.
Voici cette expérience :
« Selon mon usage accoutumé, dit Puységur, je magnéti- » sais un jeune homme en lui mettant une main sur la > tète et l'autre sur l'estomac. Au bout d'un quart d’heure » d’attention etde concentration de ma part, et de tranquil- » lité de la sienne, il me dit qu’il n’éprouvait rien. Comme
* il n'était pas malade, cela me paraissait tout simple;
* néanmoins je le repris encore entre mes deux mains,
» pour essayer si je ne serais pas plus heureux; mais il » n’éprouva pas plus cette seconde fois que la première;
» et j’allais enfin le quitter, quand en éloignant lentement » ma main de son estomac, il ht un soupir et se plaignit que v je lui faisais mal ; comme je ne le touchais pas, je n'en x crus rien : mais lui, de me saisir la main avec précipita- » tion et de l’abaisser en me disant qu’elle l’empêchait de » respirer. Je me remets bien vite en contact immédiat » avec lui, croyant qu’il allait éprouver un effet plus mar- » qué, ce fut tout le contraire, la pression de ma main ne » lui fit plus aucun effet; je l’éloigne à un pied environ de » lui, il se plaint de nouveau : à deux pieds, su poitrine x s’oppresse, et il me prie de me retirer ; je me recule grax duellement et je ne m’arrête que lorsqu’il me dit ne x plus souffrir et ne rien éprouver; je me trouvais ù cinq x pas de lui, je le magnétisai à cette distance, en oscillant x la main lentement et circulairement; aussitôt sa tôte se x penche sur son épaule, et le somnambulisme se déclare, x
Depuis l’époque de cette belle expérieuce, c’était en 1811, Puységur ne magnétisa plus qu’à distance tous les malades auxquels il donnait des soins ; et dans son dernier mémoire, il assure qu’un grand nombre de faits ne lui ont laissé aucun doute sur l’efficacité de cette nouvelle manière de magnétiser.
Vous reconnaîtrez bientôt, Messieurs, que toutes les doctrines enseignées sont prématurées, et que bien qu’elles reposent sur un grand nombre de faits, ces faits ont été pour la plupart mal observés, les méthodes qui en découlent ont du nécessairement entraver la marche du magnétisme.
En parcourant tous les ouvrages qui ont été publiés pour expliquer le magnétisme, on ne trouve qu’une métaphysique obscure et des hypothèses qui n’ont fait que rendre inintelligible ou ridicule cette nouvelle vé-'té ; et les gens qui eussent été disposés à l’examiner, l’ont repoussée
COURS DE MAGNÉTISME
parce qu’ils ne voyaient souvent en elle qu'une erreur de i’esprit humain, une chose mystique et sans fondement. On disait dans le monde que pour être magnétiseur, il fallait posséder les trois vertus théologales, la Foi, [Espérance et la Charité.
Jamais découverte n'a prêté autant au ridicule que le magnétisme animal ; et nous devons avouer que les contradictions sans nombre dans lesquelles tombaient ceux qui voulaient en expliquer les effets, devaient nécessairement donner aux adversaires du magnétisme des moyens de le combattre avec avantage.
Instruction dcDelcuze. — Je néglige de vous parler d’une foule d'auteurs qui préconisèrent des méthodes particulières: le comte de Lutzelbourg, le chevalier Burbariu Fariat, de Mont-Ferrier, etc. Je ne dois m'attacher qu’à ceux qui ont fait quelque sensation par leurs écrits. Tel fut, parmi ces derniers, IJeleuze. Je vais vous donner les procédés enseignés dans ses ouvrages (1), et je les accompagnerai de quelques réflexions, qui vous seront utiles pour en juger le mérite.
« Lorsqu'un malade désire que vous essayiez de le guérir par le magnétisme, dit Deleuze, et que sa famille et son médecin n'y mettent aucune opposition ; lorsque vous vous sentez le désir de seconder ses vœux, et que vous êtes bien résolu de continuer le traitement autant qu'il sera nécessaire, fixez avec lui l'heure des séances, faites-lui promettre d’élre exact, de ne pas se borner à un essai de quelques jours, de se conformer à vos conseils pour son régime, de ne parler du parti qu’il, a pris qu'aux personnes qui doivent naturellement en être informées.
» Une fois que vous serez uinsi d'accord et bien convenus de traiter gravemeut la chose, éloignez du malade toutes
(i) Deleuif, Instruction pratique sur le magnétisme animal. Nouvelle édition, i853, i vol. gr- io-i8.
PltOCÉDÉS MAGNÉTIQUES. 371
Jes personnes qui pourraient vous gêner, ne gardez auprès de vous que les témoins nécessaires (un seul s’il se peut), demandez-leur de ne s’occuper nullement des procédés que vous employez et des effets qui en sont la suite, mais de s’unir d'intention avec vous pour faire du bien au malade ; arrangez-vous de manière à n'avoir ni trop chaud ni trop froid, à ce que rien ne gène la liberté de vos mouvements, et prenez des précautions pour ne pas être interrompu pendant la séance.
» Faites ensuite asseoir votre malade le plus commodément possible, et placez-vous vis-à-vis de lui, sur un siège un peu plus élevé, et de manière que ses genoux soient eu ire les vôtres et que vos pieds soient à côté des siens. Demandezlui d’abord de s’abandonner, de ne penser à rien, de ne pas se distraire pour examiner les effets qu'il éprouvera, d ecarter toute crainte, de se livrer à l’espérance, et de ne pas s'inquiéter ou se décourager si l’action du magnétisme produit chez lui des douleurs momentanées.
» Après vous être recueilli, prenez ses pouces entre vos deux doigts de manière que l’intérieur de vos pouces touche l’intérieur des siens, et fixez vos yeux sur lui. Vous resterez de deux à cinq minutes dans cette situation , ou jusqu’à ce que vous sentiez qu’il s’est établi une chaleur égale entre ses pouces et les vôtres. Cela fait, vous retirerez vos mains, en les écartant à droite et à gauche, et les tournant de manière que leurs surfaces intérieures soient en dehors, et vous les élèverez jusqu’à la hauteur de la tête ; alors vous les poserez sur les deux épaules, vous les y laisserez environ une minute, et vous les ramènerez le long des bras jusqu’à l’extrémité des doigts, en touchant légèrement. Vous recommencerez cette passe cinq à six fois, toujours en détournant vos mains et les éloignant un peu du corps pour remonter. Vous placerez ensuite vos mains au-dessus de la tête. Vous les y tiendrez un moment et vous les descendrez, en passant
COCUS DE MAGNÉTISME
devant le visage à la distance d’un à deux pouces, jusqu'au creux de l’estomac : là vous vous arrêterez encore environ deux minutes, en posant les pouces sur le creux de l'estomac et les autres doigts au-dessous des côtes ; puis vous descendrez lentement le long du corps, jusqu’aux genoux. Vous répéterez les mêmes procédés pendant in plus grande partie de la séance. Vous vous rapprocherez aussi quelquefois du malade, de manière à poser vos mains derrière ses épaules, pour descendre lentement le long de l’épine du dos, et de là sur les hanches et le long des cuisses jusqu’aux genoux ou jusqu'aux pieds.
» Lorsque vous voudrez terminer la séance, vous aurez soin d'attirer vers l’extrémité des mains et vers l’extrémité des pieds en prolongeant vos passes au delà de ces extrémités, en secouant vos doigts à chaque fois. Enfin, vous ferez devant le visage et même devant la poitrine quelques passes en travers, à la distance de trois ou quatre pouces.
» Il est essentiel de magnétiser toujours en descendant de la tète aux extrémités, et jamais en remontant des extrémités à la tête.
» Les passes qu’on fait en descendant sont magnétiques, c’est-à-dire quelles sont accompagnées de l'intention de magnétiser. Les mouvements que l’on fait en remontant ne le sont pas.
» Lorsque le magnétiseur agit sur le magnétisé, on dit qu'ils sont en rapport ; c’est-à-dire qu’on entend par le mot rapport une disposition particulière et acquise, qui fait que le magnétiseur exerce une influence sur le magnétisé; qu’il y u entre eux une communication de principe vital.
» Une fois que le rapport est bien établi , l’action magnétique se renouvelle dans les séances suivantes, à l'instant où l’on commence à magnétiser. »
Réflexions. Je vous fais grâce, Messieurs, d’une foule
PItOCÉDÉS MAGNÉTIQUES. 375
d'autres détails sur les passes à faire pour porter le fluide sur telle ou telle partie, loter quand il est en trop grande abondance, etc., etc.
Vous êtes naturellement portés à croire qu’en suivant rigoureusement les procédés que je viens de vous faire connaître vous devez obtenir des effets, car il est impossible de mieux décrire une méthode, rien ne paraît y être oublié; les passes que vous devez faire sont notées avec une attention minutieuse ; il semble que vous n’ayez plus qu’à tourner la manivelle, pour obtenir le somnambulisme avec toutes ses merveilles, et qu’il vous suffirait d’un peu de mémoire, de patience et de résignation, pour être un bon magnétiseur.
Gardez-vous cependant de le croire, car il n’en est pas toujours ainsi.
L’action magnétique ne réside pas dans les gestes, il faut un intermédiaire, que les mouvements ne font que mettre en jeu, quand la volonté l’ordonne; cet intermédiaire, ce sera ce qu’on voudra, le principe vital, la vie spiritualisée, l'éther, le spiritus, le fluide uuiversel, le fluide magnétique et le fluide nerveux, etc., etc. Peu importe. Mais à coup sûr, il y a émission d’un agent quelconque, car rien ne fait rien. Vos passes faites avec le plus grand soin ne produiront pas le plus petit effet magnétique, si vous ignorez les conditions qui doivent les accompagner.
Si nous n'avions pas besoin de monter notre moral d’une manière particulière, si les conditions propres à favoriser l’émission du principe magnétique se développaient dans l'état habituel delà vie, il y a longtemps que le magnétisme serait reconnu et devenu vulgaire; mais il n’en est point ainsi, Messieurs, il faut une opération intellectuelle, qui ne peut exister que lorsqu’elle est commandée ou lorsque le hasard la fait naître. Il faut enfin apprendre à vouloir, et à connaître l’énergie de sa volonté ; car sans ces deux condi-
tions réunies, on n’obtiendra du magnétisme que de médiocres résultats.
On peut reprocher à Deleuze d’avoir attaché trop d’importance à la manière de magnétiser. Les personnes qui veulent se livrer à cette pratique, sont effrayées lorsqu'elles considèrent combien il leur faut d'attention pour réussir, et il arrive à plusieurs d’entre elles de se récuser avant même d’a\oir tenté un essai.
Nous voyons tous les jours des magnétiseurs produire promptement des effets par des procédés beaucoup moins compliqués, fis se bornent à diriger les mains comme le docteur Rostan l’enseigne. Ils actionnent le trajet des nerfs en touchant légèrement l’individu à la tête et à lepigastre.
Je connais d’autres magnétiseurs qui ne touchent jamais leurs malades ; ils agissent à la distance de quelques pouces, et ils ont une règle de conduite particulière pour diriger les effets qu’ils font ainsi naître. Ces derniers expérimentateurs paraissent obtenir plus de succès que ceux qui ont une méthode plus compliquée.
Ainsi, Messieurs, vous reconnaîtrez qu’il n’est pas indifférent de magnétiser d’après tels ou tels principes, et vous apprendrez à choisir la meilleure méthode.
Vous éviterez le grand défaut des magnétiseurs en général, qui est d'écouter plutôt leur imagination que la nature ; ils vont prétendant dicter des lois à cette dernière, sans avoir, au préalable, étudié ses forces. Ils sont à cet égard dans la même erreur où serait un physicien qui prétendrait maîtriser et conduire le fluide électrique lorsqu'il est une fois parvenu dans le système nerveux d’un animal.
Ils vous disent avec assurance : si vous voulez obtenir tel effet, magnétisez de telle manière ; magnétisez de telle autre, si vous voulez produire tel résultat.
Aussi, ne voyons-nous pus dans la pratique du magnétisme, pour ne vous avoir cité que quelques exemples, combien les magnétiseurs raisonnent rnal et combien les conseils qu'ils vous donnent sont peu éclairés?
Vous voulez obtenir le somnambulisme, et vous guidant d'après leurs principes, vous vous empressez de magnétiser le cerveau du patient, Eh bien ! loin que cette manoeuvre augmente la tendance au sommeil, elle le neutralise et l’empéche quelquefois complètement, en produisant un état d’agitation qui tient 1 individu dans un élut de veille plus prononcé que celui qui existuit avant l'opération (1).
Tandis que si vous aviez magnétisé le même homme sans actionner la tête plus que les autres parties de son corps, il se serait peut-être endormi. Quelquefois même, pour obtenir cette crise, il faut magnétiser des organes qui sont loin du cerveau, car ceux-ci exercent une action sympathique sur cet organe, et déterminent la crise que vous n’auriez pu obtenir autrement.
il en est de même de certaine sécrétion que l’on prétend pouvoir activer ou ralentir par certains procédés, tandis que l’on produit souvent le contraire de ce qu'on voulait obtenir.
Il en est encore de même pour le réveil d’un somnambule; je me ruppelle avoir été souvent fort embarrassé, car il est convenu entre les magnétiseurs que l'un peut quand on le veut réveiller un somnambule en lui faisant des passes en travers sur les yeux et sur la face. Eh bien, messieurs, il m'est arrivé bien souvent d'être forcé de laisser dormir le somnambule, faute de pouvoir le réveiller, malgré l'emploi de tous les moyens indiqués en pareils cas; j'avais beau lui frotter les paupières, quelquefois même ce manège produisait des ecchymoses sur ces parties très sensibles, et
(i) La volonté, disait une somnambule, doit toujours laisser le commandement à U nature.
COURS DE MAGNÉTISME
malgré la cuisson qui devait en résulter, le sommeil persistait bien au delà de la durée que je lui avais assignée ; et, chose remarquable, son intensité était plus grande que lorsque le sommeil magnétique habituel n’avait pas été dérangé.
Il faut bien le répéter, nous avons un très petit nombre de bons traités sur le magnétisme; tout reste encore à faire et à enseigner; et malgré ses quatre vingts années de date et ses cinq cents volumes, cette science est encore dans l’enfance.Vous acquerrez à chaque instant des preuves de la fausseté des règles enseignées. C’est surtout lorsque vous voulez employer le magnétisme comme moyen thérapeutique, que vous pouvez reconnaître combien est vrai ce que j’avance ; ici, tout est confusion ; tant qu'il ne s'est agi que de produire des effets quelconques, vous pouviez jusqu a un certain point suivre les indications qui vous avaient été fournies : ou plus tôt ou plus tard vous obteniez toujours quelques phénomènes; mais dans le cas que j’indique et que je veux vous signaler, les règles pèchent essentiellement et varient à l'infini.
Les plus sages magnétiseurs sont ceux qui, sans prétentions s’abandonnent à la nature, qui n'aspirent point à lui dicter des lois; mais le nombre en est petit, comparativement aux autres : c'est à qui fera le plus de tours de force, et s'exagérera le plus sa puissance ; cependant cette puissance a des bornes qu’il ne nous est pas donné de franchir: car s'il en était autrement, nous serions des dieux.
L'exercice du magnétisme a gagné cependant: nous ne voyons plus que rarement, dans les traitements, le développement de ces crises affreuses qui étaient regardées comme critiques et jugées nécessaires. Aujourd’hui, on les fait cesser aussitôt quelles se manifestent; on fait bien dans beaucoup de cas, mais il est des circonstances où elles seraient très urgentes. On regrette alors que les magnétiseurs n’aient pas appris à les distinguer.
Digiti:
Tout magnétiseur doit, comme le médecin, « savoir que » tantôt il faut accroître l'intensité des crises, d’autres fois » en diminuer la force, dans certaines occasions les exciter,
» lorsque la nature, accablée sous le poids du mal, est » presque impuissante pour réagir. C’est à la faveur de ces » sortes d’insurrections organiques bien conduites, que l’on » parvient à faire lutter avec avantage la nature, et quelle » se débarrasse du principe morbifique. » Mais une telle direction n’appartient qu’à celui qui a fait une élude suivie du magnétisme, et peu de magnétiseurs sont dans ce cas; on peut dire sans crainte detre démenti, qu’ils ne savent jamais s'ils font bien ou mal (1).
Quelquefois, dans les maladies chroniques, lorsque le mal devient extrême et menace de produire les derniers accidents qui doivent précéder le terme de la vie, on a vu le magnétisme agir et déterminer un si grand changement, que les malades, au lieu de succomber, recouvraient la santé. Il semble même qu’il fallait cette aggravation et ce moment suprême où les deux forces sont en lutte, celle qui conserve et celle qui détruit, pour que la nature pût, par l’aide du puissant agent magnétique, fuire tourner à son avantage les résultats de la bataille.
Je n’insiste pas davantage sur l’application du magnétisme comme moyen de traitement; il faudrait, pour faire cet enseignement avec succès, avoir un hôpital où seraient traités un certain nombre de malades sur lesquels on ferait des expériences comparatives, ce qui ne peut se faire dans le monde, car les malades en général répugnent à se laisser magnétiser en public. C’est un malheur pour la science, mais nous ne sommes pas encore arrivés au point de convaincre le gouvernement des avantages qui pourraient ré-
(i) On peut lire mon Manuel de l'eiudiant magnétiseur, 3* édit., 1 854* l vol. grand in-18, où j’ai indiqué autant qu’il était en moi Ici règle* d’une sage conduite.
COliBS DE MAGNÉTISME.
sulter pour l'humanité de l’emploi du magnétisme comme moyen de traitement; les Facultés de médecine lui laisseront ignorer cette vérité, et pourtant tous les jours des personnes, dont la vie pourrait être prolongée, meurent, d’autres souffrent, délaissées par la médecine, qui pourraient être soulagées (1); mais il faut suivre la routine aveugle et donner la conduite de sa vie à des hommes qui ignorent eux-mémcs comment ils doivent gouverner la leur. Ne sera-ce que pour le magnétisme qu’on fera exception aux règles? ne servit-il qu’à consoler, pourquoi repousser ce bienfait? mais il fuit plus que consoler, il guérit; quel aveuglement domine donc les hommes?
Rendons toutefois justice à quelques membres de l’Académie de médecine, qui ont osé faire l’apologie du magnétisme en face l’Académie assemblée : leurs noms seront un jour glorieusement cités, mais leurs adversaires ne recevront de la postérité que la flétrissure qui accable encore aujourd’hui les juges de Galilée ; car s’il est prouvé que, malgré le sentiment de ces derniers, la terre tourne, il n'est guère moins certain que le magnétisme animal existe et produit les effets contestés par nos savants modernes.
Je reviens aux procédés de Deleuze: cet auteur, pour établir sa doctrine, est parti de l hypothèse d'un agent, comme beaucoup d’écrivains qui 1 avaient précédé.
Vous connaissez les conditions morales que Deleuze exige pour que l’on puisse mettre en œuvre cet agent. Il faut avoir confiance en ses forces, il faut vouloir et être mû surtout par un sentiment de bienveillance. La confiance doit exister chez ceux qui sont appelés à prendre part à vos expériences. Deleuze veut surtout que les incrédules soient éloignés du théâtre de vos opérations; la prière même peut augmenter votre action : erreurs étranges.
(i) Apaiser Ici douleurs des maladies, c'est éloigner par U le temps de la mort, puisque la douleur en est le chemin.
S’il fallait, Messieurs, toutes ces conditions pour réussir, et pour que l'agent magnétique se manifestât, il serait difficile d'en jamais faire une science.
Mais il n'en est point ainsi: vous ne devez attacher que peu d'importance à toutes les règles tracées sous l'influence d’une crainte bien pardonnable mais chimérique.
On ne doit récuser personne pour l'application et l’appréciation des phénomènes magnétiques. L’incrédulité d’un individu n'empêche pas plus le développement des effets du magnétisme sur lui-même, que sur un tiers, quand l'un et l’autre ont une organisation altérée par une maladie; et j'ai donné des preuves évidentes de cette vérité, dans une foule de circonstances où je n’avais pour sujet et pour témoins de mes essais qu’un grand nombre d’iucrédules : lorsqu'on défend la vérité, on doit surmonter toute timidité et suivre cette maxime d'Épictète :
« Lorsque vous avez jugé qu’une chose pouvait se faire, » ne craignez pas d’être vu quand vous la faites, quoique » tout le inonde suppose que vous ayez tort. Si vous u’agissez » pas ainsi, évitez de la faire ; mais si vous la faites, ne » craignez pas d’être censuré mal à propos. «
S’il fui lait réunir toutes les qualités que certaines personnes exigent pour être bon magnétiseur, ces derniers seraient bien rares : il ne faut rien moins qu'être bien organisé au physique comme au moral, jouir d'une santé parfaite,
être de mœurs douces, etc Si ces quulitéssont bonnes, et
s'il est bien de les désirer, elles ne sont pas indispensables. J'ai vu des individus fort mal organisés, même difformes, d une santé délicate, obtenir, par leur action, la production de phénomènes que n’auraient pas toujours pu produire des êtres moins disgraciés par la nature et plus confiants dans leurs forces :
Chacun de cette flamme obtint une étincelle.
COURS DE MAGNÉTISME
Pour rendre concevable le magnétisme, il faut le matérialiser et le présenter sous la forme électrique; voici d'ailleurs ce que les médecins disent de notre corps aujourd’hui. Plus lard ce qu’ils attribueront à cette force changera de nature : prenons seulement pour un instant les hypothèses de nos antagonistes.
Notre corps est une grande pile électrique, ou plutôt un appareil composé d’un nombre immense de petites piles ; le système nerveux en est une des pièces principales. I/électricité développée, modifiée par la vie, aide à la manifestation de toutes les fonctions. Dans l’état de santé, les fluides sont en équilibre, et les éléments organiques se trouvent entre eux dans des rapports déterminés de polarité. Dans l'état de maladie, cet équilibre est dérangé, ces rapports changés, les fonctions viciées, et l’électricité artificielle, patidentité ou analogie de nature, est l’agent qui, bien appliqué, ramène l’éqnilibre et rétablit les véritables rapports.
Il ne faut pas assimiler les magnétiseurs aux saludadores en Espagne, dont Victoria et Crucius ont raconté les miracles.
Pour jouir de leurs privilèges, il fallait être de la famille de sainte Catherine, être né en mars ou en avril, et passer par l’épreuve du feu; si vous étiez véritablement de la famille de sainte Catherine, vous sortiez sain et sauf de cette épreuve, mais on en a vu qui ont été cruellement grillés.
Plusieurs magnétiseurs s’imaginent avoir des vertus plus étendues, des facultés magnétiques plus développées que chez le reste des hommes ; cette façon de voir ramènerait bientôt parmi nous ces croyances en un pouvoir occulte, croyances qui ont conduit au bûcher line foule de malheureux humains, qui n’avaient eu d’autres torts que celui de s’étre reconnu une faculté que nous avons tous, mais une faculté qui ne se développe que dans certaines circon-
stances, que le hasard leur avait fait découvrir en eux. Pour trouver des exemples de ces faits, nous n’avons pas besoin de remonter à l’antiquité la plus reculée ; si nous ouvrons seulement les annales de ces temps barbares qui ont précédé la renaissance des lettres, et si nous suivons même les historiens les plus modernes des temps plus éclairés qui ont succédé presque jusqu’à nos jours, qu’y voyons-nous? Des corps d accusations bien formelles intentées par des cours supérieures contre de prétendus sorciers. Ces corps d'accusation portaient sur des faits réels ; les accusés convenaient des faits qu’on leur imputait, des témoins venaient à l'appui, déclaraient dans la pureté de leur conscience, ce qu’ils avaient éprouvé, ce qu'ils avaient vu ; on condamnait tous ces malheureux, et le supplice le plus cruel était communément la fin tragique qui terminait les jours de ces infortunés (1).
Rappelez-vous Urbain Grandier, et sachez que l'on soutient encore aujourd’hui les doctrines épouvantables qui conduisirent ce malheureux à la mort.
Toutes nos expériences sont regardées comme diaboliques, et nos somnambules comme des personnes ensorcelées et possédées par le démon.
Je sais, Messieurs, que ces doctrines sont peu à craindre aujourd’hui, qu'elles ne feront pas fortune dans la classe éclairée ; mais ce n’est pas là non plus qu’on cherche à leur faire prendre racine ; et si je vous mettais au fait des peines infinies qu’on s’est données pour arrêter la propagation du magnétisme et des moyens employés pour y parvenir, vous seriez indignés contre des gens qui, revêtus d’un saint ministère, s’en servent pour paralyser de louables efforts.
(i) Le père Sprée, jésuite, n’a pas craint lui-méme de réclamer contre la manière dont ou procédait conire les sorciers; il atteste que sur différents sorciers qu’il a conduits et exhortés à la mort, il y en avait de l’innocence desquels il était sûr comme de son existence.
COURS I)K MAGNÉTISME
Nous devons travailler constamment à empêcher le renouvellement de ces scènes scandaleuses et déshonorantes pour I humanité.
Nous devons faire connaître hautement, publiquement, les causes véritables de ces prétendues possessions et obsessions, et indiquer les moyens de guérir certaines maladies dont la nature, quoique cachée, ne vient certainement pas du diable.
Combien de fois, Messieurs, le fer ou le feu n'ont-ils pas été employés par des gens aveuglés par un fanatisme imbécile, ou par une politique monstrueuse, contre des malheureux dont tous les torts, comme nous l'avons déjà dit, étaient de s être reconnu une faculté que la nature leur avait accordée. Je ne vous citerai qu'un exemple entre plusieurs milliers. Grégoire de Tours rapporte le fait suivant :
« Un bûcheron du territoire de Bourges était entré dans » une forêt pour y couper du bois ; voilà que tout à coup il » est environné d’un essaim d'abeilles et couvert de leurs » piqûres, ce qui le rendit fou, ou comme fou , pendant deux » ans. Après cet événement, le bûcheron ayant traversé les a villes voisines, il se rendit dans la province d'Arles, et là,
• revêtu de peaux comme un bermite, il se livrait à la
* prière ; mais pour le tromper, le démon lui transmit la » faculté de deviner : bientôt il quitte la province d'Arles et a s’avance dans le Gévaudan. Là, le peuple se portait en » foule auprès de lui, et lui présentait les malades et les a infirmes -, il les guérissait en les touchant. On lui donnait a de l’or, de l'argent, des vêtements: il en faisait des a aumônes aux pauvres, se prosternant par terre et priant a sans cesse. Il prédisait l'avenir, il annonçait uux uns des a maladies, aux autres des pertes. Il faisait tout cela, dit a Grégoire de Tours, par des arts diaboliques, et par je ne a sais quels prestiges. Il séduisait une grande quantité de
» peuple;, ei non -seulement des gens de la campagne, mais » même des ecclésiastiques. »
Quelques bains, des saignées, eussent guéri cet homme prétendu possédé. Aurélius , évêque du Puv, le fit tuer par surprise Mais non, il fallait faire croire au vulgaire ignorant qu’il existait des prestiges, des fascinations, des obsessions de l’esprit des ténèbres avec lesquels de prétendus sorciers auraient fait un pacte et dont ils n’étaient, disait-on, que les vils instruments (1). •
Sous devons élaguer tout le merveilleux que présentent certains effets du magnétisme.
Nous devons détruire toutes espèces de mysticité, employées dans les procédés qui font naître les phénomènes magnétiques et montrer enfin que l’agent que Mesmer a découvert, que Puységur et tant de philosophes ont mis en œuvre, est tout à fait physique, qu’il ne faut point de foi particulière pour croire à ses effets, qu’il ne présente rien de contraire à l'ordre naturel des choses, et que son action, facile â saisir, est accessible à tous et n’attaque en rien la religion.
J’espère contribuer à établir l’évidence de ces vérités, et à faire reconnaître que l’opposition qui existe maintenant contre le magnétisme, ne vient que de la part d’hommes qui obéissent à des haines cachées et puissantes, ou bien égarés par ce fanatisme qui veille toujours à cété des anciennes opinions, pour éterniser leurs empires.
Je vous ai dit, dans une autre séance, que la personne que vous magnétisiez n’avait nullement besoin de croire en votre puissance pour être disposée à éprouver des effets de cette puissance. Je vous ai dit que, toutes choses égales d'ailleurs, un individu tout à fait passif était plus susceptible
(i) Il n’y a que peu de temps encore, Messieurs, qu’un juge, à un tribunal de Paris, traitait en pleine audience les magnétiseur:* d 'assassins. Rétrogradez de deux siècles, et vous aurez uu Laubardemont de plus.
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d’être magnétisé avec succès, que daus aucun des autres états de la vie. J’ai ajouté que les passes servant à conduire l'agent magnétique sur le patient pouvaient, contrairement à ce qui a été avancé par tous les magnétiseurs, être faites eu long, en large, pour produire le même effet ;
Que l’effet sensible du magnétisme, l’effet apparent, semblait ne se produire que lorsqu'il y avait commencement de saturation ou saturation complète du système nerveux du patient, par un fluide qui semblait venir de nos nerfs ;
Que la condition la plus favorable pour recevoir avec fruit cette saturation magnétique, n'était pas encore bien déterminée ; que cependant l’état maladif nous y disposait, mais que des individus qui paraissent bien portants en avaient parfois senti vivement les effets;
Qu’il n 'était plus question aujourd'hui de pôles dans le corps humain, que l’on pouvait magnétiser dans toutes les circonstances de la vie ; qu’il fallait seulement que les organes de l'entendement fussent assez sains pour pouvoir permettre à la volonté d’élre bien déterminée. J'ajouterai cependant ici, qu’il est évident pour moi que l’individu continent possède, toutes choses égales d’ailleurs, une action plus énergique que celui qui fait abus de ses forces.
J'appuie sur une autre vérité : Je vous ai dit que le plus petit effet magnétique, comme le plus développé de ces phénomènes, n’étaient que des manières d’étre du même principe, agissant en raison de l’idiosyncrasie de chaque individu ;
Qu’il n’appartenait poiut aux magnétiseurs de pouvoir changer les dispositions existantes chez le magnétisé; et enfin, que le magnétisme agissait bien évidemment en vertu de lois qui lui étaient particulières, de lois différentes, sous beaucoup de rapports, de celles qui régissent les corps inorganiques ; mais que cependant les recherches de MM. Provost, Dumas, de Humboldt et de beaucoup d’autres obser-
valeurs, semblaient disposées à faire croire que l'électricité, le galvanisme, le magnétisme minéral et le magnétisme animal, n’étaient c|iu: des modifications d'un seul et même principe répandu généralement dans l’atmosphère, différant seulement parce qu’il traverse des milieux qui le modifient.
Ainsi, Messieurs, il n’est nullement besoin de prière pour l’œuvre magnétique. II ne faut pas recourir à une puissance occulte, qui ne vous obéit pas toujours. Lorsque vous avez en vous tout ce qu’il faut pour agir, les bonnes intentions, la bienveillance ne nuisent pas, mais elles ne servent pas autant que certains magnétiseurs se l’imaginent. Ce n’est pas tout cela qu’il vous faut, c’est de ['énergie, c’est de la violence morale ; « et tout ainsi qu’en un mirouere se venant à resserer les raiz du soleil, fut-ce en plein cœur de l'yver, qui auparavant espandus n’échauffoient que bien lâchement, et en ce racueil ils enflamment les étoffes qu’on leur expose ; est semblable l’intellect humain, qui est en lieu de mirouere venant» recueillir ses raiz, enflamme son âme conjointe â soi, etc. » Il faut vouloir avec persévérance, avec entêtement même. Il ne faut pas plaindre, lorsque vous pouvez secourir; ne faites pas de vœux, mais croyez en votre puissance et agissez.
C’est une grande hérésie que j’émets là ; certains magnétiseurs vont se récrier, mais j’ai pour moi des faits en très grand nombre : mon opinion vous paraîtra donc de quelque poids. Moi , j’ose croire qu’elle est entièrement fondée : lorsque je vous demande de l’énergie, ce n’est pas de la colère, il n'est pas nécessaire que vous roidissiez vos membres, comme quelques magnétiseurs le font. Vous apprendrez bientôt que cette disposition neutralise les effets en consumant le principe qui doit les faire naître. U faut au contraire un certain abandon, et tout en envoyant à vos extrémités le mobile ou la force qui serait nécessaire pour lever un fardeau considérable, il faut n’avoir à mouvoir que
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le poids de vos membres. C’est le surplus de cette force qui frappe le patient et produit tous les phénomènes magnétiques. Rejetez les procédés de Delenze, parce qu’avec eux vous n’obtenez pas tout ce que vous pouvez obtenir et que vous ne savez jamais, vous qui voulez vous instruire, si les effets que vous obtenez sont le produit de la monotonie des procédés que vous employez, de l'ennui ou de l'imagination. Soyez près de votre malade, ne le touchez pas, mais que vos passes soient faites eu face de lui à une petite distance, etgouvernez-vouspour le reste comme je vous l’ai enseigné; vous réussirez, je n'en doute nullement.
Tous les magnétiseurs n’obtiennent cependant pas les mêmes effets. Ces empêchements en général peuvent venir de l'impuissance naturelle du magnétiseur, impuissance causée par des organes faibles ou viciés, ou elle vient de son esprit qui ne peut agir librement, soit par la même disposition des mêmes organes, soit parce que l’esprit se trouve rempli de fantaisie, et qu’il passe facilement d'une opinion à une autre toute contraire, soit enfin qu'il ne sache ce qu’il veut précisément.
Un plus grand obstacle au développement des forces magnétiques, c’est 1 orgueil (1)
Lorsque nous nous sommes reconnu la puissance magnétique à certain degré, nous nous croyons des dieux, nous voulons sortir de i humanité. Pieius de vanité, nous nous contemplons dans nous-mêmes, nous admirons nos œuvres, et nous ne nous apercevons de notre faiblesse que lorsque notre impuissance devient trop manifeste.
Nosfacultés en rapport avec nos organes acquièrent tout
(i) Un homme réunira A l’aisance qui permet de consacrer du temps au soulagement dea pauvres les conditions de désintéressement, d’application soutenue, de force, de charité; cependant il ne réuissira que faiblement. I.iset dans son rtrur, l’orgueil du succès J- énerve la faculté de taire la bien. ( Extrait <f un entretien avec un de mes somnambules.)
PKOCÉDKS MAGNÉTIQUES 387
lenr développement par l’état de simplicité de l’âme : mais, dès le moment que nous voulons jouer un rôle sur la scène du monde, lorsqu’en nous apercevant on s’écrie: ■ C’est lui, et qu'en notre orgueil nous répétons c'est uous^ » lions n’obtenons plus alors que de médiocres résultats. Il faut que le magnétiseur sache « qu'il est un serviteur inutile quoiqu'il fiasse toutes ces choses; » qu’il ait en outre <■ une sérénité d'esprit et une simplicité de pensée. » Mais, dans notre siècle, où trouver des gens qui fassent abnégation de leur personne et qui suivent tes maximes enseignées par la sagesse ? Ecoutez ce qu'ont dit à ce sujet ceux qui ont eu le plus de puissance magnétique :
« Celui qui désire être introduit en cette sagesse que nous » possédons, doit fuir le vice d’arrogance, être pieux, être » homme de bien, d’un profond raisonnement, et garder les » secrets qui lui ont été découverts. »
Emploi du magnétisme. — « La philanthropie, le désir d’être utile à son semblable souffrant, a sans doute fait exagérer la puissance du magnétisme; mais cette puissance existe, elle est indubitable; c’est au médecin de l’étudier sans prévention, c’est au physiologiste d’en poser les justes bornes. L’influence directe de ce nouvel agent sur le système nerveux porte à croire que son action doit d’abord s’exercer efficacement dans les maladies nerveuses générales : \’hyi± térie, Y hypochondrie , la mélancolie, la catalepsie, Yépilepsie, pourront en recevoir et en ont en effet reçu tes influences les plus salutaires; les spasmes de toute espèce, les crampes des muscles de la vie animale, tes convulsions, une multitude de douleurs, quelques surdités, peut-être quelques paralysies, doivent éprouver de la part du magnétisme des modifications quelconques. Dans ces affections diverses, le système nerveux étant principalement lésé, et le magnétisme influençant surtout ce système, on conçoit facilement qu'on doit obtenir des résultats dignes d’attention.
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» Aussi cst-ce parmi ces maladies, que les partisans du magnétisme affirment avoir obtenu les succès les plus surprenants. Il serait beaucoup trop long d’en citer des exemples, mais tous les ouvrages sur le magnétisme en sont remplis.
» Il n'existe pas de panacée, et nous ne prétendons pas que le magnétisme en soit une. Ainsi, s'il est utile dans quelques circonstances, on peut craindre qu'il ne soit nuisible dans quelques autres.
• il faut étudier avec soin la nature de son actiou, savoir si elle est excitante, débilitante, sédative. Si l'on parvient à déterminer rigoureusement cette action physiologique, alors on procédera avec philosophie, on précisera les cas où l’on pourra s'en servir avec avantage ; on pourra être utile, du moins on cessera d être nuisible.
s Mais la puissance du magnétisme sera-t-elle bornée aux maladies du système nerveux ? Nous savons que le cerveau étend son empire sur tous nos organes, sur toutes nos parties. Cet organe-roi étant par ce moyen profondément modifié, ne peut-il pas à son tour opérer quelques changements avantageux dans uu organe souffrant ? En suspendant la douleur, ne produira-t-il pas d'abord uu premier bienfait? La douleur étant suspendue, l'appel des fluides quelle détermine ne sera-t-il pus aussi suspendu? les matériaux de congestion, d’irritation, d’engorgement, que ces fluides apportent, et qui augmentent le mal local, parce que l'effet augmente la cause, ne cesseront-ils pas alors d’arriver? ne s’opposera-t-on pas de cette manière aux progrès ultérieurs du mal, et ne favorisera-t-on pas sa résolution? Nous supposons seulement la douleur suspendue, et cet effet est incontestable, et déjà nous voyons que les résultats sont immenses : que sera-ce si les expériences physiologiques prouvent d'une manière incontestable que le magnétisme active l’absorption? »
Ainsi, clans 1rs maladies aiguës, le magnétisme peut produire des effets heureux. Nous devons cependant vous faire observer que, si dans l’état de santé, la nature connaît seule ses poids et mesures, et si la marche harmonique prescrite par la sagesse infinie se fait remarquer, il n’en est point de même dans quelques états aigus, où la nature se trouble, devient folle, et semble abandonner au hasard l’individu qu’elle croit ne plus pouvoir gouverner ; il serait alors dangereux de vous en rapporter enlièrement au magnétisme, vous devez y joindre une médecine active, capable d'arrêter ou de diminuer le trouble existant ; car ce n’est qu'alors cpie les matériaux de réparation que vous versez dans l’individu peuvent être employés avec avantage par la puissance conservatrice ; dans le cas contraire, ils peuvent augmenter le trouble et le désordre existant. Ce que je dis ici n’est pas applicable aux maladies syncopales, maladies que l’on ne peut confondre qu’avec la mort. C’est là surtout que l’on peut attendre d’heureux effets du magnétisme; ces maladies, qui consistent dans un affaiblissement prompt et plus ou moins extrême des mouvements vitaux, et qui ont pour cause, le plus communément, les affections morales, la joie, la frayeur, l'étonnement, lu douleur, l’aversion des sens et surtout de l'imagination pour certains objets.
La médecine ne peut rien dans ces maladies; car comment l’art parviendrait-il à porter son action sur la nature qui, dans cette circonstance, échappe même à ses regards? Quelques organes inconnus conservent de la sensibilité ; ils servent de dernier retranchement it la vie : c’est dans cette retraite que le fluide magnétique irait ranimer la nature, et porter l'aiguillon nécessaire à son réveil, bien plus sûrement qu'aucun des agents connus.
Voici deux lettres de M. le général Cubières contenant le modèle le plus parfait d’un traitement magnétique accompagné de somnambulisme.
COl'RS DE MAGNÉTISME.