‹ Traité complet de magnétisme animalChapitre 44 sur 59 · DE LA MAGIE DANS L'INDE · texte numérisé non relu

DE LA MAGIE DANS L'INDE

le succès ; que s’il voulait ordonner l’appel de trois hommes que je nommai, j’essaierais d’obtenir ce résultat devant la Cour.

» Les patients furent tenus dans une ignorance absolue de nos intentions; et, un ou deux jours après, je fus mandé à la Cour du juge, qui était remplie d’Européens et d’indigènes. Nizir Mahomed fut amené le premier à la barre; je le magnétisai en peu d’instants, l’emmenai hors de l’audience et le fis marcher assez loin sur la route, en lui maintenant les bras cataleplisés aussi longtemps que je le voulus; ensuite je le ramenai à la barre, où le juge et les moulavis lui adressèrent la parole très haut sans qu’il y prêtât la moindre attention : ils forent obligés de me prier de l’éveiller. J’accédai; alors on lui demanda s’il n’avait pas quitté la salle depuis qu’il y était entré; il répondit : ÏNon, sans hésiter. Pendant qu’on l’interrogeait, je m’approchai de lui par derrière, sans qu’il s’en aperçût, et je le transis au moment de répondre. Les paroles expirèrent sur ses lèvres, et il devint sourd à toutes les voix ; puis je l’éveillai de nouveau.

» Ensuite on introduisit Màdub, qui ne me vit point en entrant. Le juge et les moulavis l’interrogèrent, et il répondit avec intelligence ; mais au moment le plus animé de sa défense, je le cataleptisai si bien, qu’il demeura dans l'attitude suppliante des prisonniers à la barre. L'action fut si prompte, qu’il cessa soudain de parler et d'entendre ; mais les personnes placées en face m’ont assuré qu’après avoir cessé de l’entendre, ou voyait ses lèvres s’agitercomme s’il parlait encore. Il était si profondément influencé, que les mouvements volontaires lui étaient presque interdits, et je fus obligé de le pousser avec la main par derrière pour le faire avancer. Après quelques pas mal assurés, il devint soudainement roide de la tête aux pieds, et tomba la face contre terre d une manière effrayante. Cette rigidité teta-

COURS DE MAGNÉTISME

nique l’avait si promptement envahi, que, ne m’en apercevant pas, la moindre impulsion de ina main causa sa chute. Il ne reviut qu’avec difficulté; il ne s’était heureusement point blessé.

» Enfin on amena Sooroop-Chund. Comme je ne l'avais pas vu depuis un mois, je m'informai de sa santé, tout en le magnétisant d’intention. Au bout de quelques minutes, il cessa de me répondre ; je le fis sortir de la salle et tourner comme un toton, ayant les bras étendus et inflexibles; puis je le ramenai à sa place dans un état d insensibilité totale, n’entendant personne et ne donnant aucun signe de vie. Quand je lui eus soufflé sur les yeux, il recouvra instantanément ses sens et déclara n’avoir jamais quitté sa place.

» Je ne veux pas conclure de cette expérience que le barbier s’est servi du mesmérime pour emmener le garçon, mais ça m’a fourni l’occasion de montrer à tous que la chose est possible. Personne n’a été tenté de nier publiquement que j’aie enlevé ces hommes; avec les facilités que possèdent les barbiers du pays, je pourrais presque sûrement m’engager de voler en plein jour un homme, une femme ou un enfant. Dès que je vis ces effets extrêmes du mesmérisme, je fus convaincu de l’égalité de sa puissance pour le bien et pour le mal, et je n’en ai poussé si loin la démonstration que dans l’espoir d’attirer l’attention publique sur ses avantages et ses dangers. J’espère que le jour n'est pas loin où l’opinion publique flétrira tous ceux qui l'exerceront dans un but autre que l’utilité médicale ou l’investigation philosophique.

» L'évidence du rapt était telle, que le barbier, n’importe comment il l’ait effectué, fut condamné à neuf ans de travaux forcés, et son jugement confirmé par la Cour suprême. Mais le gouvernement , craignant que mes expériences n’eussent trop vivement impressionné les juges, gracia l’individu. »

Page 1