DE LA MAGIE DANS L’INDE
un sang-froid et une dextérité admirables, il pliera le drap en très petits plis tout près du corps, de manière à occuper la moindre surface possible. Cela fuit, il passe de l'autre côté et chatouille légèrement le dormeur, qu'il semble magnétiser; de manière qu'il se retire instinctivement et finit par se retourner en laissant le drap plié derrière lui. S'il se réveille et qu’il veuille saisir le voleur, il trouve un corps glissant qui lui échappe comme une anguille. Si pourtant il parvient à le saisir, malheur à lui ! le poignard le frappe au coeur; il tombe baigné dans son sang, et l'assassin disparaît. »
Outre ces maraudeurs qui tuent pour le butin qu’ils espèrent réaliser, il en est d’autre qui le font par pitié?... C’est la secte des phanségars, ou étrangleurs, qui adorent Bohwanie , déesse ennemie de l'humanité.
Les Anglais donnant aux pratiques occultes des uns et des autres le même nom de charme, il est difficile de décider à quel ordre de ces brigands appartient le barbier dont parle M. Esdaiie ; cependant tout porte à voir dans ces vols d’êtres humains l'aliment de sacrifices à la sombre divinité. Quant au moyen dont ils se servent pour consommer ces crimes, notre auteur prouve, tout le monde l’a deviné déjà, que c’est le magnétisme! Cruel abus, étrange perversion : l'élément du bien devenir l'iustrument du mal! Rien n’est sacré pour l'homme dont on a laissé prédominer les instincts mauvais.
Ces digressions nous ont éloignés de la scène primitive. Il y aurait encore bien des choses à dire, des faits à citer; mais il est temps de revenir, nous n’avons qu’à faire une analyse; laissez donc M. Esdaiie continuer son curieux récit :
« Ayant été, dit-il, accidentellement témoin de cette affaire, je présumai qu’on m’interrogerait sur la possibilité d’un tel mode d’enlèvement, et comme j’ignorais entière-
COURS DE MAGNÉTISME
ment le sujet, je résolus de faire des expériences pour m'éclairer. Je pensais que si c’était un effet magnétique, je pourrais peut-être l’imiter, parce que le plus grand pouvoir renferme le moindre; je n’avais pour cela qu’à magnétiser moins que pour produire l’insensibilité.
» Je me rendis donc à l’hôpital de la prison et j’y magnétisai un homme que j’avais endormi plusieurs fois déjà; mais je 11e l’amenai qu’aux portes du sommeil, lui laissant la faculté de marcher et d’ouïr d’une manière très imparfaite. lin cet état je m’en fis suivre quelque temps, puis l’abandonnant, il alla en ligne droite jusqu’au bout de l’enclos, où il se heurta contre le mur; je le retournai, il marcha de nouveau jusqu’à un autre obstacle où il resta comme cloué. En l’y laissant tranquille quelques minutes, le sommeil augmenta; il devenait insensible aux sons. Je le ramenai au degré primitif en soufflant sur les yeux et lui parlant sans cesse ; alors il répéta avec la plus grande exactitude ce que je lui disais en anglais et en indostan. Au réveil, il n’avait nulle connaissance de ce qui s'était passé, et disait n’avoir pas bougé de place, quoiqu’il se trouvât à l’extrémité tle l’enceinte opposée à celle où nous avions commencé.
» Ainsi que je l’avais prévu, on m'assigna comme témoin devant le tribunal de police. Le magistral me demanda si je croyais possible un enlèvement pareil ; je répondis que oui, parce que j’avais fait quelque chose d'analogue en me faisant suivre d’un prisonnier de l’hôpital sans qu’il le sût. L’affaire fut renvoyée au juge ; mais quand elle fut soumise au moulavis (conseillers indigènes), il me fut impossible de leur faire comprendre ma pensée; c’est pourquoi le juge me demanda si je voulais leur montrer qu’une personne peut se faire suivre d’une autre qui n’y consent pas, ainsi que je l'avançai9. Ma réponse fut que je tenterais volontiers l’expérience, mais que je ne voulais pas en garantir