LE FLUIDE ET L’AME
Une polémique intéressant la science, s’est ouverte entre plusieurs hommes de mérite, sur celte question. Un fluide, un agent venant de nos orgaues, peut-il être démontré; sqn action sur les magnétisés, s’il existe, est-elle la cause réelle des phénomènes ; ou plutôt, les phénomènes magnétiques sont-ils déterminés seulement par les facultés de l'âme humaine?
On peut résumer ainsi les opinions contradictoires qui se sont produites dans les livres et dans le Journal du magnétisme. Chaque écrivain apporte des preuves, et, après un combat assez long, nul ne peut être vaincu. Le fluide, terrassé, se relève plus fort et plus dispos qu’avant sa chute. L’âme, qui a chancelé un instant, revient dans la lice, comme si nulle blessure ne l’eût atteinte.
On aime à voir cette lutte pacifique, où les armes, quoique courtoises, font jaillir des éclairs. Spectateur intéressé à la victoire des fluidistes, car nous déclarâmes tout d’abord qu’ils seraient vainqueurs, nous n’en rendons pas moins
EXISTENCE DU MAGNÉTISME
justice à la valeur déployée dans ce champ clos par un ter* rible adversaire. Nous l'aimions bien , et pourtant nous voulions qu'il succombât. C’est que sa cbule doit être avantageuse à notre parti, sa défaite un triomphe pour lui— ipéme; car, en tombaut, il aura répandu beaucoup de lumière sur ce qui était plus contestable que le fluide magnétique : il a débrouillé làme, ce souffle divin qui, en nous, organise la matière, et que l'on représente trônant nu milieu de son édifice, non pas comme le chef d’une monarchie entourée d'institutions républicaines, mais d’un brillant cortège, et se servant, pour transmettre ses volontés, ses ordres dans tout le royaume, d'un vaste réseau de vyies de communication dont la télégraphie électrique ne peut offrir qu’une bien faible image. Mais l aine, comme ses messagers, n’a point encore cessé d'être invisible.
M. le docteur Ordinaire a donc raison ; ses adversaires n'ont point tort. Pourquoi, alors, cette mêlée, §i l'on ne peut s’entendre après comme avant : c'est qu’il ne faut point écouter son sentiment seulement, et dire: ceci est ou n’est pas, en considérant un seul fait, mais voir l’ensemble. U s’agit de savoir si l'agent magnétique n’emporte point avec lui de quoi satisfaire toutes les opinions par le double effet qu’il produit. En effet, si vous prenez seulement pour élude le sommeil lucide ou somnambulique, vous n’obtenez qu'un résultat plutôt moral que physique; mais si, au contraire, vous étudiez simplement tous les singuliers phénomènes que la magnétisation produit sans amener le sommeil, vous êtes tenté de reconnaître un agent semblable à celui dit électrique; car les corps magnétisés accusent la succession rapide ou lente de tous les faits dus à cet agent. En vain vous cherchez en eux les facultés de lame : elles n’y sont point alors, et ne peuvent y être.
Faisons quelques expériences.
J’approche mon pied d’un animal endormi, il ne bouge
coins DE MAGNÉTISME.
point ; je dirige, par raa volonté, la force magnétique à cette extrémité, elle obéit; et qu'apercevons-nous? Un envahissement gradué de tout le système nerveux de l'animal; il se charge vraiment comme une bouteille de Leyde; et lorsque sa capacité ne peut plus recevoir cet écoulement, il s'agite, se convulse et se réveille. L’ai-je touché? Non. Est-ce mon âme qui a agi ? Oui, dites-vous; mais alors pourquoi le temps est-il nécessaire? comment les phénomènes sont-ils gradués, et suivent-ils toujours la même marche, marche en tout identique avec celle produite par des agents physiques purs? L’âme n’est point encore ici, pas plus que dans le courant qui convulse une grenouille soumise au galvanisme.
Si je soumets un être humain, dormant du sommeil naturel, à la même épreuve, l’effet est identique avec celui éprouvé par l’animal.
On peut objecter qu’on ne voit point ce fluide ou celte force; ce n’est pastine raison. Il me sulfit deconstater la loi d’une circulation certaine, d’en pouvoir graduer les effets. Je n ai pas besoin d’un autre témoignage que celui qui s’offre à moi; car il vient de la nature elle-même; mon imagination n’y peut rien.
Qu’importe que cet agent soit capricieux dans son action, ou qu’il passe d’un corps dans un autre, quittant celui-ci pour affecter celui-là, et qu'il produise, dans certains cas, des effets que je n’ai point d’avance voulus et même soupçonnés? Il n'en devient que plus évident que mon âme y est tout à fait étrangère. L’électricité lancée de l'espace vers la terre, n’est point dirigée par une âme; c’est une force aveugle, mais qui pourtant subit une loi d'affinité: elle est soumise à des attractions et à des répulsions, comme l’est l’agent magnétique.
Le malheur des magnétiseurs, c’est de vouloir et d!avoir voulu, dès le principe, Caire de la philosophie transcendante.
EXISTENCE !>U MAGNÉTISME
A peine Mesmer a-t-il parlé physique magnétique, que nous voyons uaitre les martinistes. Cependant il n'était point encore question de somnambulisme. Pnységur arrive; c’est le fluide; Deleuze : c’est déjà quelque chose d’animi que ; Billot: de purs esprits; Faria : la seule volonté ; d'Hénin de Cuvilliers : l’imagination ; Bertrand : une épidémie morale ; Chardel : quelque chose entre lame et la matière; Rostan : un agent nerveux ; Georget crut y voir d’abord le fluide nerveux, puis quelque chose comme lame; pour la commission de l’Académie de médecine (1831), c’est un agent nerveux; enfin d’autres ne virent plus d’agent, plus de force, mais des âmes de morts.
Nous en passons, et des meilleurs !
Oh! oh! messieurs, de grâce, n’allez pas chez les trépassés chercher la chose; mais considérez vos efforts tout humains. Je vous le' répète, sans agent vous ne pouvez rien; avec lui-méme vous serez impuissants à produire d'autres fruits que ceux de sa nature. Je ris de vos superbes puissances. A vous entendre, on vous croirait capables d'opérer les plus grandes merveilles; en vous voyant agir, on constate votre infériorité relative. C’est que vous quittez le droit chemin, c’est que vous allez chercher cette foudre humaine où elle n’est pas ; votre organisation la produit et la sécrète, il ne vous faut avoir recours à ceux qui ne peuvent vous la donner, parce qu’en mourant ils l’ont perdue pour jamais.
Comment! je communique le calorique de mon sang, et je réchauffe ainsi ceux qui m’approchent, ayant plus froid que moi! et je ne pourrais point de même, me dépouillant de ma richesse nerveuse, enrichir pour un instant l’étre moins heureux que moi ! lorsque je vois surtout les émissions de ce fluide, tout involontaires, agiter, convulser tout ce qui se trouve dans mon rayon ou inon atmosphère, vous voulez faire intervenir je ne sais plus quelle divinité pour
COURS DE MAGNÉTISME
des œuvres si simples : c’est que vous vous croyez des vases d'élection, des esprits d élite ayant parenté avec un inonde invisible d’où vient toute puissance. Prenez garde, bientôt les êtres les plus matériels vous dépasseront de cent coudées, car ils auront trouvé le véritable secret pour agir; et celui qui, dans un pugilat, terrasse sou adversaire et l'assomme, était plus fort que lui. Tout s'agit en cela d'étre bien organisé et de savoir porter des coups : en magnétisme, c’est l'emploi de la meme force uerveuse par un mécanisme différent.
Mais je m'éloigne de mon sujet ; aussi bien ce n'était pas inutile : il faut ôter toute ressource à son antagoniste, et lui couper les vivres. Revenons au fluide et à l aine; il faut avouer que l’on fait cette dernière un peu matière ; voyez comme tous les ressorts s’affaiblissent après des magnétisations successives. L’âme serait donc susceptible d'usure? Elle se complairait sans doute à produire ces soubresauts, ces trisinus de muscles, ces convulsions, toutes ces agitations des magnétisés? Non, l'âme n'apparait point encore dans cet ordre de phénomènes; c’est la force brute, l’ageut simple, celui-là même qui excite en nous les mëpies mouvements lorsque nous sommes malades, et que sa circulation souffre quelque dérangement. Je n'ai pas besoin qu'une somnambule me dise : il est ou il n’est pas; je m'en rapporte au fait lui-méme, qui me démontre rigoureusement son existence. Sans lui, je ne pourrais absolument rien au dehors de moi, et rien au dedans, si les nerfs qui le conduisent ont reçu quelque atteinte. En vain vous m'objecterez la pensée qui produit, même au loin ; ce sera pour moi une émission du meme agent, ayant lieu par d'autres voies. Il est alors porté pur les milieux, comme le pollen des plantes, qui, séparé de la fleur, porte la fécondation à de grandes distances.
Je dis plus : le même agent existe dans toute l'animalité.
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La torpille, chez les poissons; plusieurs espèces de reptiles; quelques oiseaux même nous le montrent. L'homme seul, de tous les êtres, est celui à qui il a été départi avec le plus de libéralité, et bientôt cette vérité sera démontrée.
Pour moi, l'agent magnétique est celui-là même des mouvements, et je ne m’étonne point si dernièrement, à l'Académie, un savant prétendait, avec la seule contraction de quelques-uns de ses muscles, faire mouvoir une aiguille.
Il esl l'agent même de toute digestion comme de toute circulation; car c'est ainsi que par lui nous allons chez les autres activer, régulariser ces fonctions.
Je-ne doute point qu’il ne s’introduise en nous tous par l'acte respiratoire; mais nous le recevons cru; il est alors soumis à la vie, qui en sépare lés parties trop grossières avant de l'employer. Sa base est donc une électricité composée, et si l’on n’avait point déjà prouvé que ^électricité, le galvanisme, l'aimant, sont une seule et même chose, cette preuve serait acquise par les effets que nous produisons naturellement ; car il est tout cela ensemble, quoique ce pendant modifié.
Bien mieux, on peut prouver qu’il s’échappe de nous par ondées ; chaque acte de volonté agit avec la régularité de coups de piston, soit qu’il soit destiné à des oeuvres intérieures, ou qu’il aille au loin se perdre. Notre nature s’en débarrasse le plus qu’elle peut. C’est ainsi que nous voyons dans l’enfance, où il est abondant, cette multiplicité de mouvements, ce besoin irrésistible d’aller et de venir, de parier et de chanter. Plus tard, dans l’âge adulte, n’excitet-il point tous les désirs, en tourmentant la vie de l’être qui ne veut point obéir; ne produit-il pas, et souvent, un véri table somnambulisme?
C’est lui encore qui détermine la danse de saint Guy, l’épilepsie, l’hystérie, les convulsions, et toute une longue
kk COL' K S »t MAUISÊT1SMK.
série d'autres désordres où la science officielle s’embrouille à plaisir.
Dans un âge avancé, sa source se tarit; il se montre avec difficulté : c’est alors un privilège de le posséder; il faut pour cela n’avoir point tnésusé de la vie. Puis un jour il nous délaisse tout à fait; c’est la fin de la journée, le terme de notre labeur. Souvent encore, en s’enfuyant, il donne des preuves nouvelles de sa puissance : il remue le corps, l’agite en tous sens; mais ce n’est plus alors la volonté qui le meut et lui donne essor; il ne connaît plus de frein ; la volonté humaine est sans puissance sur lui, les soupapes qui le retenaient sont brisées; il est semblable au feu souterrain qui remue parfois la terre. La chaleur baissant eu laisse voir à peine les effets; le froid est le signal de sa fuite.
C’est lui qui donne à la jeunesse une auréole, en se portant à la face. Il illumine le continent, et c'est ainsi qu'il est facile à l’observateur de reconnaître le vice ou la chasteté ; par l'une il se conserve, par l’autre il est détruit. Puis, comme le flux et le reflux de la mer, il élève ou abaisse nos forces.
Lorsque l’on comprime un des mille canaux où il circule, le membre s’engourdit ; si l’on fait plus : une section du nerf, on donne lieu à une paralysie instantanée; lu volonté alors perd son empire dans la partie lésée.
Maintenant, que penser de cet agent? Est-ce un fluide? Pour moi, la question est résolue affirmativement; à moins que tous les autres fluides ne changent de nom, je lui conserve celui qu’il a reçu à sa naissance.
Plus fluide que la lumière elle-même, il passe au travers de tous les corps, et nous pouvons ajouter qu’il lui faut celte subtilité pour l'usage auquel la nature l’a destiné. L'âme s’en revêt, elle en forme son atmosphère, il donne et subit ses impressions, rien n’arrive à l'âme sans l'affecter, les instruments où il n’est plus deviennent inutiles :
EXISTENCE DD MAGNÉTISME
son foyer est le cerveau; lorsqu’il y est abondant, les yeux brillent d’un vif éclat, et je ne m’étonne plus si les anciens peignaient les dieux et les héros autrement que les autres hommes, et les représentaient entourés de rayons lumineux.
Mais c’est trop s’élever, il nous fout redescendre. Ne sent-on pas quand il s'écoule? Il ne faut pour cela que faire quelques expériences; les malades savent parfaitement la inain qui en fournit davantage, ils vous en avertissent. Une digestion laborieuse ne diminue-t-elle point la faculté de magnétiser? La crainte, en agissant sur les instruments de transmission, empêche sa sortie, et c'est pour cela que tous les magnétiseurs irrésolus ont manqué leurs expériences devant les autorités de la science.
Non, l’âme n’est point dans les faits simples du magnétisme, le sommeil même s’opère sans son concours ; c’est le fluide qui monte au cerveau et le comprime doucement. L’opium, le chloroforme, etc., agissent différemment, aussi ne produisent-ils point le même sommeil.
L’âme n’est point non plus dans les faits de guérison; ils sont dus à des opérations de chimie et de physique transcendante. Nous cherchons à vous le démontrer!
L’âme humaine n'est point encore dans les instincts surprenants des dormeurs; car ils sont du domaine de l'animalité. Lui attribuer toutes nos erreurs, toutes ces prophéties démenties, c’est détruire ses attributions d’essence immortelle. Le sommeil lucide est plein de déceptions, il nous trompe et nous aveugle sans raison, parce que nous ne savons voir les choses avec philosophie et distinguer le vrai du faux. Les sens ont plus servi l’étude du magnétisme que toutes les révélations; et, si quelques magnétistes donnent des preuves de folie, ce n’est certes pas lame de leurs extatiques qui les trompèrent, mais les créations toutes fantastiques de leur imagination. Le magnétisme perce le voile qui entoure l'âme, il sort alors quelques éclairs
colins DE MAGNÉTISME.
qui éblouissent; ces secousses ébranlent le sens moral, tuais presque tout ce qui vient de lumière passe au travers de la couche de préjugés et d'ignorance ; on nous rend en paholes cê qui n’a point de lungage pour se traduire; delà 1rs fausses notions et ces enluminures que l’on retrouve dans tous les écrits.
Est-ce donc uinsi que la science peut se créer et s’établir? Quoi! on voit chaque jour des faits physiques, résultats certains d’un agent, d’une force; les mouvements produits sont identiques avec ceux déterminés par d’autres agents, aussi physiques, et cela ne suffit point pour admettre la cause réelle de leur production ! Il faut recourir à l’âme. Les sorciers admettaient le démon. Je n’ose pas dire s'ils furent plus raisonnables; moi- même, plus d’une fois, plein d’enthousiasme à la vue de mes œuvres, j’ai cru à l’intervention des génies, car j’ignorais alors toute l’étendue du pouvoir humain. Séparant avec plus de justesse ce qui est vrai de ce qui est faux, je vais me trouver aujourd'hui en désaccord avec les hommes qui sont sur le même chemin ; mon crime sera de les avoir devancés.
O faiblesse de notre vue et de notre entendement ! Que voyons- nous , que sentons-nous et qu’expliquons-nous? Presque rien; la nature nous est encore inconnue. Notre enveloppe cache à l’œil les mystères de la vie; un bruit sourd se fait entendre à notre oreille, c’est le ccfcur qui bat ; par ses mouvements redoublés, un liquide épais circule de l’une à l’autre extrémité de notre corps, sans que nous connaissions quel est l’agent moteur. Peut-être est-il bien cet agent magnétique? Nous empruntons à la nature le fer, le soufre, le phosphore, tous les métaux; et, dans cette four* naisc intérieure, tout se fond, se volatilise, tandis que les parties les plus grossières, conduites avec sagesse vers des égouts, sont expulsées comme impropres à la vie; des matières fluides sont dirigées jusqu'à la peau, des sels précieux
EXISTENCE DU MAGNÉTISME
se répandent «finis tout lé domaine conduits par des millions de canaux, et deviennent bientôt île leur côté des produits composés destinés aux besoins de chaque organe, comme s'il fallait à chacun de ceux-ci un aliment particulier.
Pas un instant d’arrêt dans cette république; Dieu, pour elle, ne fit point de dimanche; le sommeil même n’interrompt rien. Voyez comme, ou moindre embarras, tout bouillonne en nous, et comme notre surface exhale des fluides, tantôt âcres et brûlants, tantôt aqueux, huileux, etc., tous ayant une essence odorante, dont nos sens sont frappés. Des fluides plus subtils encore circulent alors en nousmèrae, etnos membres sont tortillés, déjetés; notre poitrine se gonfle comme un vaste soufflet, notre haleine, chaude et empestée, rend l'air passé sur un brasier où tout se transmue; l’écume arrive à la bouche, les yeux se convulsent; c’est alors que le vertige éclate, comme si la mort était prochaine, la dissolution imminente; il n’en est rien, pourtant; c’est un suprême effort, un travail de géant : Hercule, peut-être, nettoie les écuries d'Augias! — O médecins, qui vouiez venir en aide à la nature en travail, j’ai pitié de votre ignorance!
Toutes ces opérations sont pour entretenir la vie, mais lorsqu’il s'agit de préparer les germes qui la transmettent, \oyez que de ressorts, que d’appareils fonctionnent, et, lorsque tout est préparé, c’est encore par un suprême effort et au milieu des convulsions, qu elle extrait de tous ces laboratoires le principe inconnu. L’électricité circule alors par torrents, puis le corps épuisé succombe anéanti. L’âme est là, cette fois, souvent contre son gré.
Le magnétisme s’extrait aussi de la fournaise humaine, il est teint de la vie, et c’est là ce qui lui donne ses grandes vertus; résumé parfait, il est la semence éthérée dont Dieu se servit pour animer le inonde, et c’est ainsi que tout ce qu'il produit se ressent de sa céleste origine. A peine intro-
COURS DE MAGNÉTISME
duit dans un corps froid, il le réchauffe, l’anime; les fluides stagnants circulent, et puis, s'accumulant de plus en plus, il vous avertit par de fortes secousses qu’il est temps de cesser vos émissions magnétiques. Si vous continuez, le corps se convulse, tout s'exalte; la vie commence à être opprimée.
Nier ou mettre en doute des résultats si évidents, croire que lame humaine est la seule cause de tout ceci, autant vaudrait dire que l’on n’a pas besoin de tourner la manivelle d'une machine électrique pour obtenir l’électricité, ou bien que dans celte opération l'âme du monde est en jeu.
On arrivera tin jour à constater en nous l’existence de véritables appareils électriques, puis on s’étonnera d’avoir été si longtemps dans le doute à ce sujet. L’agent que l’on nomme magnétisme animal n'est pas autre chose que cette production singulière, résultant de l’air que nous respirons et des matériaux divers qui nous constituent. Une seule contraction de muscle suffit pour le démontrer; les secousses que nous déterminons, les courants qui s’établissent et se font sentir chez les magnétisés, doivent lever les doutes des plus sceptiques. H s'agit seulement d’observer; mois qui donc observe? On aime mieux entendre les récits d’une lucide que de recueillir le témoignage de ses propres sens; c’est un mauvais système, il conduit aux erreurs; puissé-je déterminer quelques magnétiseurs à suivre le droit chemin.
Doit-on, pour cela, négliger l'étude des facultés de l ame? Non, sans doute; le magnétisme nousen fournit les moyens, et nous devons profiter de cet avantage. Voir Dieu partout, cela est bien, parce qu’il remplit l’univers; mais lame humaine est plus circonscrite; soudée pour un temps è la matière, ellecherrhe constammentà s’en dégager. Aborder ces questions est chose difficile et périlleuse. M le docteur
existence; du magnétisme. 49
Ordinaire a ses coudées franches; mois moi, la peur me saisit rien que d'y penser.
O hommes distingués, noirs ou blancs de notre globe, si vous savez ce que c’est que l'âme, dites-le. Créez des prix sur ce sujet, encouragez les recherches, ne nous laissez plus dans l'ignorance; car le doute donne encore lieu aux plus grandes disputes. Autrefois, le fanatique sans âme employait le couteau sacré pour convaincre; servez- vous de meilleurs arguments. Prouvez-nous, sans réplique, que l’âme existe, non par la tradition ou la foi, la science récuse les arguments qui viennent de cette source, mais par des œuvres qui lui soient propres, sans qu'elle se soit aidée de la matière. Moutrez-nous l'âine dans sa ravissante beauté, nue et dépouillée. On dit que les yeux ne sauraient supporter la clarté qu’elle jette ; c’est une erreur : elle doit être plus douce qu’un rayon du soleil, transparente comme le cristal et conservant cependant sa forme humaine. 11 me prend parfois l’envie de vous donner mon sentiment sur un sujet si grave; je dois attendre pourtant les hautes révélations de nos grands mngnétistes, sachant que le dernier a quelquefois raison lorsqu'il n’a pas tort. J’attends.
Je vais vous tracer brièvement les effets qui résultent de la magnétisation.
Quand un homme se soumet à faction d’un autre homme, quand on lui applique ce qu'on a coutume d’appeler le magnétisme animal, voici ce qu’on observe le plus communément: légers picotements et clignotements des paupières, les battements du cœur augmentent ou se ralentissent, la température du corps varie sensiblement, les pommettes des joues se colorent ou pâlissent; des pandiculations se manifestent, des bâillements ont lieu, on entend parfois des borborygmes ; le besoin de se mouvoir se fait sentir, ou bien un état de calme avec un sentiment de bien-être inaccoutumé; il semble an magnétisé que son sang circule avec
COUUS UE MAGNÉTISME.
plus du facilité, il se complaît dans cet étal; les inspirations éprouvent (les modifications marquées, et souvent, par une qpomalie qui parait bizarre, la circulation augmente de force, tqndis que la respiration diminue et que l'ampliatiou (Je la poitrine a lieu plus rarement.
Mous avons constaté dans un cas l’énorme changement que je vais citer : le pouls donnait 65 pulsations, et les inspirations étaient de 2 û par minute, avant l’opération; après la magnétisation, 011 comptait de 115 à 120 pulsations, et les jnspirntions étaient réduites à 12.
On sent quelquefois des picotements dans les membres, un léger fourmillement dans les intestins, d'anciennes douleurs se réveillent ; dans certains cas, l’agent magnétique semble pe rien produire, le patient ne sent absolument rien, cependant vous reconnaîtrez plus lard que l'on ne magnétise jamais sans que des modifications aient lieu dans l'organisation de celui qui s’est soumis à vos expériences.
Tels sont les effets les plus simples et les plus fréquents, mais dans certaines circonstances, qu'il est impossible de détermiuer d’avance, le magnétisé éprouve une série de phénomèues que nous allons parcourir.
Les effets résultant du magnétisme continuant, les paupières sont agitées d’un mouvement convulsif; elles se ferment bientôt, contre la volonté du magnétisé, il veut les ouvrir et ne peut y parvenir : en vain fait-il des efforts, si le magnétiseur persiste dans sa volonté; la clôture des paupières continue pendant un certain temps. Ces symptômes desommed sont, dans quelques cas, accompagnés d’un sentiment de plaisir indéfinissable.
Parfois le magnétisé sent ses membres s’engourdir, il . éprouve le besoin de dormir, il se sent obligé de changer de place s’il veut s’y soustraire; lorsqu'il reste dans lu position qu’il affectait, sa tête devient extrêmement pesante; entraînée par son poids, elle tombe sur sa poitrine; quelquefois,
EXISTENCE WJ MAGNÉTISME.
mais plus rarement, elle est portée «n arrière, ses paupières sont à demi fermées, le globe «le l’œil se meut dans son orbite, on peut en suivre le mouvement : il est porté de bas en hapt, s’incline, demeure immobile et convulsé. Les membres du magnétisé fléchissent et deviennent froids, sa respiration se fait entendit*, quelquefois des mucosités tombent des commissures des lèvres, le magnétisé dort alors d'un sommeil profond ou léger. Si vous lui parlez dans cet état, vous le voyez faire des efforts pour vous répoudre; tantôt il ne peut y parvenir, mulot aussi il se réveille tout ù coup, Frotte ses yeux, vous regarde avec étonnement, se rappelle ce que vous avez dit devant lui comme on se rappelle un rêve, il pourra vous raconter les diverses sensations qui l'auront agité. Dans cet état, évitez de le laisser toucher par quelqu’un, car il pourrait, avant ou après sou réveil, éprouver des convulsions.
D'autres fois, messieurs, le maguciisé ne peut se réveiller; c’est alors que, pour lui, commence une nouvelle existence, et, pour l observateur, une suite de phénomènes qui n’intéressent pas mutas le physiologiste que le psychologiste. Quelle que soit la cause qui ait produit un semblable effet, nu u s n allons considérer que le phénomène en iui-iuéme, et chercher à le constater.
Puisque ces phénomènes sont les premiers qui s’ol frirent dès l'origine de la découverte du magnétisme, je dois vous citer les nombreux témoignages qu iis reçurent de leur existence, vous ne pouvez les récuser. Je vous ai dit, dans 1a dernière séance, que plusieurs commissions avaient été nommées en 178è pour examiner lu magnétisme. Je vous ai dit que les commissaires avaieul déclaré que le magnétisme animal n existait pas, et cependant ils avaient reconnu et constaté les nombreux effets qui résultaient de l’emploi des procédés qui étaient censés favoriser l’émission du principe magnétique. Vous jugerez bientôt si les causes
COURS DE MAGNÉTISME
nouvelles que les commissaires adoptèrent étaient plus propres à rendre raison des phénomènes qu'ils étaient ap* pelés à reconnaître.
Lisons leur déclaration, qui reçut une grande publicité, puisqu'on prétend que le rapport où elle était consignée Fut tiré à vingt mille exemplaires.
« [.es malades, disent les commissaires, offrent un » tableau très varié par les différents états où ils se trou* » vent; quelques-uns, calmes et tranquilles, n’éprouvent » rien ; d’autres toussent, crachent, sentent quelques légères ■ douleurs, une chaleur locale ou universelle, et ont des » sueurs ; d'autres sont tourmentés et agités par des con- » vulsions. Ces convulsions sont extraordinaires par leur » durée et leur force, dès qu’une convulsion commence, » plusieurs autres se déclarent. I.es commissaires en ont vu » durer quatre heures, ltien n'est plus étonnant (ajoutent- » ils) que le spectacle de ces convulsions; quand on ne l’a » pas vu, on ne peut s’en faire une idée, et en le voyant, on » est également surpris et du repos profond d’une partie » de ces mulades et de l’agitation qui anime les autres; on * ne peut s'empêcher de reconnaître à ces effets constants » une grande puissance qui agite les malades, qui les maî- » trise, et dont celui qui magnétise semble être ledéposi- » taire. »
Quels hommes attestèrent ces faits, messieurs? les Lavoisier, les Bailly, les Franklin, les Bory, etc., et trente autres savants qu’il est inutile de vous nommer, tous gens dont la réputation était à l'abri du moindre soupçon et connus par une renommée plus qu’européenne.
Comme je vous le disais tout à l’heure, ces témoignages, qui seraient suffisants pour établir lu réalité des effets que Mesmer produisait, nous sont inutiles aujourd’hui; il ne s’agit plus de faits jKtssés. Je vous les rappelle seulement pour vous faire remarquer l’identité qui existe entre eux et
EXISTENCE DU MAGNÉTISME
ceux que nous produisons maintenant, afin que, lorsque nous expliquerons les derniers, ceux-là sc trouvent tout naturellement éclaircis.
Reprenons notre exposé des effets du magnétisme.
L'individu que vous avez magnétisé, ou, si vous l'aimez mieux, letre devant lequel vous avez étendu simplement les mains et fait des passes, avec l'intention d’agir sur lui magnétiquement, est tombé dans un état particulier, il dort (I): j’emploie ce mot parce qu’il a été consacré par le temps, mais ce n’est pas un véritable sommeil , il vous entend, ne peut quelquefois vous répondre que par signes; ses mâchoires sont fortement serrées, il éprouve île la difficulté à les ouvrir; sa peau conserve parfois sa sensibilité habituelle, dans certains cas elle est même augmentée, mais souvent aussi elle est entièrement éteinte; on peut impunément piquer le dormeur, le pincer, lui faire même des brûlures, il ne se réveille point et la sensibilité ne se montre nulle part.
L’ammoniaque concentrée, portée parla respiration dans les voies aériennes, ne détermine aucuns changements, et
(i) Extrait d’une conversation de M. de Puységur avec M. de Pootleroy, officier général mis en état de somnambulisme :
■ Pourquoi, me demanda-t-il, désignez-vous ainsi l’état où je suif? Le mot somnambulisme porte avec lui l’idée de sommeil, et certainement je ne dors pas... Il faudrait, ajouta-t-il, trouver un moi composé qui exprimât les diverses sensations que j’éprouve. D’abord un état de calme et de bonheur qui se sent mieux qu’il ne peut se rendre; ensuite, un oubli total de toute affection étrangère à mon bien-être; troisièmement, un rapport intime avec vous; en quatrième lieu, une connaissance parfaite de moi-même. A l’aide du grec ou du latin, vous pourriez composer un mot; mais, ajoutait-il, tous les mots possibles ne vous donneraient jamais qu’un bien faible aperçu de tout ce que j’éprouve. Il faut être dans l’état où je suis pour pouvoir l’apprendre. »
« C’est plus qu’entendre, c’est plus que voir, mais je ne connais aucun mot qui puisse expliquer cette perception.»
(U« AUTRE SOMRAUBULg).
COURS l)E MAGNÉTISME*
ce qui, dans l'état habituel, pourrait donner la mort, reste sans effet dans cette espèce de somnambulisme.
Le patient est néanmoins dans un état où la vitalité se montre d'une manière remarquable, mais seulement dans quelques .parties de l’organe de l’intelligence; mais cet isolement si extraordinaire, si incompréhensible, par un mystère qui vous sera expliqué bientôt, n’existe que pour tout ce qui n’est pas le magnétiseur, car ce dernier est vivement senti, le contact le plus léger de sa part est perceptible au somnambule, et c'est souvent la seule voie de communication qu’il ait avec les corps extérieurs.
Si la sensibilité est éteinte, l'ouïe ne semble pas moins dépourvue d'action. Aucun bruit ne peut se faire entendre ; la voix, la chute ou l’agitation des corps sonores ne communiquent aucun son aux nerfs acoustiques; ils semblent être dans un état complet de paralysie; des coups de pistolet tirés à l’orifice du conduit auditif, tout en meurtrissant les chairs, laissent croire encore à la privation de ce sens. Mais cet état existe seulement pour tout ce qui n’est pas le magnétiseur, car ce dernier peut faire entendre les moindres modulations de sa voix; sa parole arrive de loin et se fait comprendre à des distances où nue personne dans l’état naturel n’entendrait rien et ne pourrait même voir le mouvement des lèvres.
L'odorat n'existe également que pour les choses que le magnétiseur présente lui-inéme à percevoir; de l’agaric brûlé dans les fosses nasalesd'un somnambule, tombé dans l’état qtie nous venons de décrire, n’a pas été senti, et les membranes muqueuses qui tapissent ces parties ont été altérées dans leur structure, sans communiquer au cerveau la moindre perception.
Je sens, messieurs, qu’avant d’entrer plus avant dans la description des faits, il est besoin de vous donner l’assurance que les phénomènes que je viens de vous exposer ont
EXISTENCE DU MAGNÉTISME
été vérifiés, car ils sortent tellement de l’ordre des choses habituelles de la vie, que vous pourriez me prendre pour tin rêveur, si je ne les appuyais à l’instant de preuves authen* tiques.
Vous savez déjà que de nombreuses expériences sur le magnétisme furent faites par moi à l’Hôtel-Dieu de Paris en 1820. Vous savez que le somnambulisme s'offrit à notre observation, et qu’un grand nombre de médecins incrédules, attirés par la nouveauté du spectacle, furent témoins et demandèrent à s’assurer par enx-mémes de la vérité de ce que je leur annonçais. Je les laissai faire tout ce qu’ils voulurent, car pour des phénomènes extraordinaires, on ne doit croire que le témoignage de ses sens. La présence de beaucoup de monde n’empécha point la production du somnambulisme, et une fois cet état produit, les assistants mirent tout en usage pour constater la non sensibilité des magnétisés. On commença par leur passer des barbes de plume très légères sur les lèvres et sur les ailes du nez; puis on leur pinça la peau, de telle sorte que des ecchymoses en étaient les suites ; puis on introduisit de la fumée dans les fosses nasales; on mit dans un bain de moutarde fortement sinapisé, et dont l'eau était à un très haut degré de chaleur, les pieds d’une somnambule.
Aucun de ces moyens ne détermina le plus léger changement, pas la plus légère marque de souffrance; le pouls, interrogé, n’offruit aucune altération. Mais au moment du réveil, toutes les douleurs qui devaient être la suite immédiate de ces expériences furent vivement senties, et les malades s'indignèrent du traitement qu’on leur avait fait subir.
P.appelez-vous ce que je vous ai dit tout à l’heure, que ces expériences étaient faites par des incrédules et non par moi.
Toutes les personnes qui eh furent témoins les trouvèrent concluantes; j’ai leur témoignage écrit.
COliltS DE MAGNÉTISME.
Quelques-uns îles médecins qui assistèrent à ces expériences apprirent de moi le moyen de faire naître des phénomènes magnétiques, et ils ne tardèrent pas à en produire de semblables à ceux qu’ils avaient vus. Mais avec eux * naquit chez le magnétiseur le désir d’explorer et de pousser plus avant leurs recherches, sans attendre ce que le hasard viendrait offrir. Ils voulurent, obtenir des preuves de l'extinction de la sensibilité; ils cherchèrent donc des moyens qui dussent, par leur nature, ne laisser aucun doute dans leurs esprits.
Ici, messieurs, vous allez entendre les observateurs euxmêmes; ce n’est plus moi, et le blâme ou la louange, si vous en accordez, ne m’appartiennent pas.
Voici le texte d’un procès-verbal rédigé en présence de3 faits, par le docteur Roboam, qui était alors attaché à l’Hôtel -Dieu de Paris. « Je soussigné, certifie que le 6 janvier 1821, M. Récatnier, à sa visite, m’a prié de meure dans le sommeil magnétique le nommé Stnrin, couche au n* 8 de la salle Sainte-Madeleine; il l'a menacé auparavant de l'application d’un moxa, s’il se laissait endormir; contre la volonté du malade, moi, Iloboam, l’ai fait passer dans le sommeil magnétique, pendant lequel M. Récatnier a luimême appliqué un moxa sur la partie antérieure un peu externe et supérieure de la cuisse droite, lequel a produit une eschare de 17 lignes de longueur et de 11 lignes de largeur; que Stnrin n’a pas donné la plus légère marque de sensibilité, soit par cris, mouvements, ou variations du pouls; tpi il n'a ressenti les douleurs résultant de l’application du moxu que lorsque je l’eus fait sortir du sommeil magnétique. Étaient présents à cette séance, madame Sainte- Monique, tnpi e de la salle, MM. Gibert, La Peyre, Bergcret, Carquet, Truche, etc., etc. »
Voici encore un autre procès-verbal du même médecin.
« Je soussigné, certifie que le 8 janvier 1821, à la prière
EXISTENCE DU MAGNÉTISME
de M. Récamier, j’ai mis clans le sommeil magnétique la nommée Le Roy (Lise), couchée au n° ‘2 2 de la salle Sainte- Agnès; il l’avait auparavant tneûacée de l’application d’un inoxa, si elle se laissait endormir. Contre la volonté de la malade, moi, Roboam, l’ai fait passer dans le sommeil magnétique, pendant lequel M. Gibert a brûlé de l'agaric à l’ouverture des fosses nasales, et cette fumée désagréable n’a rien produit de remarquable; qu’ensoite M. Récamier a nppliqué lui-même, sur la région épigastrique, un inoxa qui a produit une eschare de 1 5 lignes de longueur sur 9 lignes de largeur; que pendant son application, la malade n’a pas témoigné la plus légère souffrance, soit par cris, mouvements, ou variation du pouls ; qu’elle est restée dans un état d’insensibilité parfaite ; que, sortie du sommeil, elle a témoigné beaucoup de douleur.
» Étaient présents à cette séance MM. Gibert, Créqui, etc.
» Signé : Roboam, docteur médecin. »
S'il vous restait quelque doute sur l’authenticité du fait, j'ai ici le discours de M. Récamier à l'Académie de médecine, qui justifie complètement la relation que je viens de vous faire d'un phénomène jusqu’ici sans exemple.
Voici, messieurs, d’autres expériences qui feront naître bien des réflexions dans vos esprits.
Quelques chirurgiens de ( Hôtel-Dieu changèrent de résidence. Un d'entre eux, M. M argue, fut placé dans le vaste hospice de la Salpêtrière. Là M. Margue s’occupa du magnétisme, et bientôt encore le somnambulisme se développa, non sur une seule malade, mais sur plusieurs. M. Esquiroi, alors médecin en chef de cet hospice, ne s’opposa pas d’abord à ces expériences; il souffrit méinequ'eiles devinssent publiques, la foule des curieux était grande, et les incrédules nombreux.
COURS DR MAGNÉTISME
On répéta sur ces pauvres femmes les expériences de l’Hôtel-Dieu ; puis ensuite, croyant sans doute que, jusqu'à un certain point, on pouvait sentir la douleur sans la manifester, que la brûlure la plus forte pouvait encore se dissimuler, on ne crut mieux faire que de présenter aux somnambules de l'ammoniaque concentrée. A cet effet, on en fut chercher, à la pharmacie de l'hospice, un bocal qui en contenait quatre onces, et on le déposa plusieurs minutes de suite sous le nez de chaque somnambule, en s'assurant toutefois que l'inspiration portait bien dans la poitrine le gaz délétère qui s'échappait du vase. Un répéta cette expérience à plusieurs reprises, et jamais il ne fut possible aux observateurs de surprendre la plus légère manifestation de gène et de douleur.
J'abandonne encore cette expérience à vos réflexions, messieurs; cependant je dois ajouter à mon récit une circonstance singulière : un médecin, sans doute plus incrédule que les autres médecins présents, voulut s’assurer par lui-tnéme si réellement le bocal contenait bien de l’ammoniaque, et, s'étant approché pour le sentir, Faillit payer de sa vie cette imprudente curiosité.
Vous penserez comme moi, messieurs, que ces expériences étaient suffisantes, et ne devaient laisser aucun doute chez ceux qui en étaient les témoins : cependant plusieurs des donneuses furent encore soumises à de nouvelles épreuves; on les piqua, à l improviste, avec de grandes épingles que l’on enfonçait profondément dans leurs membres.
Les somnambules réveillées n’avaient point le moindre soupçon des dangers quelles avaient couru, elles sentaient seulement les douleurs résultant des déchirures et des contusions occasionnées par les pincements et les piqûres d’épingle, et jamais il ne leur vint dans l'esprit de les attribuer aux causes qui les avaient fait naître.
EXISTENCE DU MAGNÉTISME
J’avoue que je voudrais passer rapidement sur ces expériences, car elles ne peuvent s’excuser que par un très grand désir d’acquérir la preuve d’une vérité longtemps contestée. Malheureusement , nous ne sommes pas encore arrivés au pointoii les expérimentateurs s’en rapportent à la parole de ceux qui les ont devancés dans l'affirmation des faits; je crains beaucoup que des accidents ne viennent bientôt troubler la sécurité des faiseurs d’expériences, et justifier mes prévisions ; car je suis loin de croire que l’on puisse agir ainsi, sans faire courir de grands dangers aux patients. Avant la fin de tnes leçons, vous verrez, messieurs, que mes appréhensions n’étaient que trop fondées.
Voilà donc un phénomène bien constant pour un grand nombre de personnes: il est certain que beaucoup de somnambules perdent avec leur état naturel leur sensibilité et la faculté de percevoir physiquement ce qui intéresse leur organisation.
Je vais maintenant vous démontrer qu’il est aussi impossible de les faire entendre que de les faire sentir.
Voici de nouvelles preuves de ces phénomènes.
Tous lès moyens avaient été employés à l’Hôtel-Dieu pour faire entendre une somnambule: un bruit aigu et instantané ne put rien produire; on pouvait impunément injurier la somnambule, l’insulter, sans que la plus petite émotion se fit apercevoir sur les traits de la malade, et cette malade était une jeune fille de dix-sept ans de la plus grande timidité.
Écoutez le rapport des témoins (1).
« Catherine Samson endormie au bout de quinze mi- » nutes, plusieurs des spectateurs essaient de se faire en- » tendre de la somnambule en criuut fortement dans ses » oreilles, collectivement ou séparément. On frappe à
(l) Du Pool, Expériences publiques sur le magnétisme animal, faites a l’Hôitl-Dieu de Paris. i8ai, in-8, p.lgo 20.
» grands coups de poing sur des meubles, on n'obtient au- » cun signe d'audition.
» 7 septembre. La somnambule endormie en trois mi- » nutes, M. Récamier lui lève les paupières, la secoue for- » tement, la prend par les mains, frappe sur les meubles, » pince cinq fois la malade, la soulève de son siège et la » laisse retomber ; on n’aperçoit aucun changement, et rien » qui puisse faire croire que la malade a entendu ou senti. » Le magnétiseur lui parle, elle l’entend ; M. Récamier en- ■ trccoupe de ses questions les demandes du magnétiseur, » la somnambule reste muette pour lui.
» 10 novembre. La malade endormie en uue minute, on > lui passe aussitôt des barbes de plume sur les lèvres et » sur les ailes du nez, elle ne sent rien; on lui dit alors » qu’elle s’amuse à tromper, que cette conduite est indigne, » qu’elle joue la comédie, et qu’on va la mettre à la porte, » on contrefait la voix du magnétiseur, on ne peut obtenir
* de réponse, aucune altération ne se fait remarquer dans » ses traits.
» 1 0 novembre au soir. La malade est magnétisée dans
* son lit. Au bout de quelques iniuutes elle est endormie, et « on la laisse toute la nuit en somnambulisme, les |ter-
* sonnes chargées de la surveiller pendant son sommeil re- » marquent qu’elle n’exécute pas un mouvement. On lui » chatouille la plante des pieds, on lui tire et arrache des
* cheveux, mais on ne remarque rien d'apparent. »
Tous ces faits, messieurs, ont été examinés avec la plus scrupuleuse attention, et, si vous en doutiez, MM. Husson, Bricheteau, Delens, et une foule de médecins, pourraient les certifier au besoin. J'ai, au reste, leur lémoigtiage écrit. Les procès-verbaux rédigés par eux-mémes ont été déposés chez un notaire à Paris. L’expédition en a été insérée dans une brochure qui a reçu la plus grande publicité. Au sur-
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plus, jamais aucun désaveu n’est venu contester l'authenticité de ces faits.
Je continue. Voulez- vous de nouvelles preuves de l’extinction de la sensibilité, en voici une que je tire d’une lettre qui m’a été adressée il y a quelques années par un de nos anciens professeurs les plus distingues, non moins versé dans l'étude des phénomènes physiques que dans les sciences métaphysiques, M. Bouillet, ancien professeur de philosophie au collège de Sainte-Barbe, savant auteur de deux dictionnaires très estimés (1).
Il rend compte des observations qu’il avait laites sur une malade somnambule. Sa lettre est du mois de septembre 1825 ; je l'ai aussi publiée.
• Plusieurs personnes (dit M. bouillet) m’ayant manifesté » le désir d’être témoins de quelques phénomènes magnéti- » ques,jefisvenirchez moi la somnambule, après avoir réuni » plus de vingt personnes. Ce fut à peu près une répétition » des séances les plus orageuses de l'Hôtel- Dieu; on employa » tous les moyens de se faire entendre d’elle ou de l’empé- » cher de m’entendre, on la tourmenta de mille manières » sans vaincre son insensibilité. Un jeune homme, M.Alexan- » dre Bautier, présent à cette séance, voulant faire une » expérience décisive, s’était muni, sans m’en prévenir, ■ d’un pistolet, et lui tira à l’oreille au moment où personne » ne s’y attendait. Tous les assistants, surpris de cette détob nation inattendue, tressaillirent, plusieurs dames poussè- » rent des cris d’effroi; pour notre somnambule, ellecontib nua paisiblement une phrase qu elle m’adressait, sans se b douter de rien. Cependant le coup avait été tiré de si près, b que le bonnet et la collerette de la pauvre fille avaient été b brûlés, et qu’il lui était entré dans le cou un grand nom-
(i) Bouillet, Dictionnaire universel <Vhisloire et de géographie , etc, lo* cdii., i vol. grand in-8. — • Dictionnaire universel des sciences , des lettres et des artSy i vol. grand in-8.
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» bre de grains de poudre; nu réveil, la sensibilité ayant été » rendue aux parties qui en avaient été momentanément » privées, elle éprouva dans le cou de vives douleurs qui » lui durèrent plus de quinze jours, et découvrit bientôt » avec indignation l’état oü on l'avait mise, à mon grand » regret. »
Vous le voyez, messieurs, ce n’est plus sur un fait isolé que vous avez à porter voire attention, mais sur un grand nombre présentant tous les mêmes caractères.
On a répandu le bruit qu'il n'y avait que les personnes placées daus une position malheureuse qui fussent susceptibles de l’état somnambulique. C'est une erreur grave, si ce n’est une imposture manifeste. Les lois de la nature ne font ncception de personne. Le magnétisme a produit le somnambulisme chez des individus qui, pur leur caractère et leur mérite, ne le cédaient eu rien à des hommes dont on vante aujourd’hui les rares capacités. Dans cet état, véritables automates, ils n’avaient de volonté que celle qu'on leur imprimait, de sentiments que ce qu'on leur en accordait. Rien ne les affectait que leur magnétiseur, alors devenu pour eux un centre vers lequel toutes leurs facultés allaient aboutir.
Messieurs, le magnétisme est une decouverte si certaine et si grande que je dois, avant d aller plus loin, vous faire connaître les écrits où se montrent la sagesse et la raison. En voici un qui abrégera ma tache, car il répond à toutes les objections et contient des allégations bien propres à corroborer tout ce que déjà je vous ai fait connaître. Lu date de cette pièce est déjà ancienne, mais qu’importe; elle est d'ailleurs trop peu connue du monde magnétique pour être négligée, et n’ai-je pas besoin d’effacer de vos esprits les doutes qui pourraient encore y être restés. Si parfois mon courroux contre les corps savants éclate, ne dois-je pas
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vous convaincre que la lumière ne leur a jamais manqué, mais seulement la vertu et la bonne foi?
Mon devoir, ainsi que mon intérêt, le désir que j'ai de faire de vous les soutiens du magnétisme, tout me commande de ne rien négliger afin d'arriver à mon but. Je dois donc mettre sous vos yeux des pièces authentiques, afin que, si jamais vous aviez à soutenir une discussion avec des ennemis de la vérité, vous puissiez les accabler de preuves qui justifient de nos efforts et de notre sincérité.
Le magnétisme devait tôt ou tard être porté à l'Académie de médecine, mais son destin était d’en être pour longtemps rejeté.
Voici comment l’affaire s’engagea. Le début est plein d’espérance, hélas'. Nous constaterons tout à l'heure un des plus grands dénis de justice dont l'histoire des sciences fasse mention.
Le H octobre 1825, M. le docteur Foissac écrivit la lettre suivunte à l’Académie de médecine.
A Messieurs les Membres île F Académie royale de médecine ( section de médecine).
Messieuhs,
Vous connaissez toutes les expériences qui furent faites il y a quarante ans sur le magnétisme animal par les commissaires de la Société royale de médecine; leur rapport, vous le savez, ne fut point favorable au magnétisme; mais un des membres, M. de Jussieu, s'isola de la commission et fit un rapport contradictoire. Depuis, malgré la réprobation dont il était frnppé, le magnétisme donna lieu à de laborieuses recherches, à des observations multipliées. Assez récemment encore, des membres de l'Académie actuelle de médecine s’en occupèrent spécialement, et le résultat de
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Gà
leurs expériences fait vivement désirer qu'elles soient continuées avec la même sagesse et la même impartialité.
L'Académie royale de médecine, qui s'occupe avec tant de zèle et d 'éclat de tout ce qui est relatif à l'avancement de la science et au soulagement de l'humanité, ne croiraitelle pus qu'il est dans ses attributions de recommencer l'examen du magnétisme animal? Si elle se décide pour l'affirmative, j'ai l'honneur de la prévenir que j'ai actuellement à ina disposition une somnambule, et j'offre à MM. les commissaires qu’il lui plaira nommer de faire sur elle les expériences qu’ils jugeront convenables.
Je suis avec respect, etc.,
Foissac, D. M. F.
A lu lecture de cette lettre, M. Marc fit sentir la nécessité de procéder à l’examen du magnétisme animal, soit pour en constater la réalité, soit pour en proclamer la fausseté. « Il est d'autant plus urgent, dit il, de prendre cette décision, que la pratique du magnétisme est depuis longtemps abandonnée à des charlatans, à des gens pour la plupart étrangers à la médecine, et qui en font un objet de lucre et de spéculation. » Il proposa donc de nommer une commission chargée de faire à l'Académie un rapport à ce sujet.
M. Renauldin repoussa la proposition de M. Marc. « Nous ne devons pas, dit-il, nous occuper de bêtises ; le magnétisme animal est mort cl enterré depuis longtemps, et ce n’est pus à l’Académie h l'exhumer. ■
Cette assertion ayant excité des réclamations dans l'assemblée, le président annuel de la section, M. Double, fit observer que l'Académie n'étant pas préparée à la proposition qu’on venait de lui faire, il serait peut-être à propos de nommer seulement uue commission chargée de faire un rapport sur la question de savoir s’il convenait que l’Acadé-
mie s'occupât tle magnétisme animal. Celte proposition fut adoptée à une immense majorité, et le président désigna MM. Adelon, Pariset, Marc, Husson et Burdin aîné pour faire partie de celte commission. M. Renauldin fut d’abord compris au nombre des commissaires, mais il se récusa en protestant contre la convenance d’une semblable mesure.
Le 13 décembre 1825, la commission fit le rapport suivant à l'Académie royale de médecine par l’organe de M. Husson, dont l'esprit observateur, l'exactitude et le zèle s’étaient fait notablement remarquer vingt-cinq ans auparavant, lorsqu’il s’était agi d’étudier et de naturaliser en France la salutaire pratique de la vaccine.
Rapport de l a commission sur la question de l’examen du magnétisme animal, fait à l’Académie royale de médecine, le 13 décembre 1825, par M. Husson, rapporteur.
Messieurs,
Vous avez chargé, dans la séance du 11 octobre dernier, une commission composée de MM. Marc, Adelon, Pariset, Burdin et moi, de vous faire un rapport sur une lettre que M. Foissac, docteur en médecine de la Faculté de Paris, a écrite à la section de médecine pour l’engager à renouveler les expériences faites en 1785 sur le magnétisme animal, et pour mettre à sa disposition, si elle jugeait convenable de les répéter, une somnambule qui servirait aux recherches que des commissaires pris parmi vous croiraient à propos de tenter.
Avant de prendre une détermination sur l’objet de cette lettre, vous avez désiré être éclairés sur la question de savoir s’il était convenable que l’Académie soumit à un nouvel examen une question scientifique jugée et frappée de réprobation, il y a quarante ans, par l’Académie royale des sciences, la Société royale de médecine et la Faculté de
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médecine, poursuivie depuis celle époque par le ridicule, enfin abandonnée ou plutôt délaissée par plusieurs de ses partisans.
PdUr mëttre l’Académie à même dé prononcer dans cette cause, la commission a cru devoir comparer les renseignements Qu’elle a pu recueillit Sur les expériences Faites par ordre du roi en 1784, avec les ouvrages publiés en dernier lieu sur le magnétisme, avec les expériences dont plusieurs deses membres et plusieurs d’entre vous ont été les témoins. Elle a établi d'abord que quanti bien même les iravaux modernes ne seraient que la répétition de ceux qui Furent jugés par les corps savants investis en 1784 de la confiance du roi, un nouvel examen pourrait cependant être encore utile, parce que, dans cette affaire du magnétisme animal, on peut, comme dans (butés belles qui sont soumises aux jugements de la faible humanité, en appelër des décisions prises par nos devanciers à un nouvel et plus rigoureux examen. Eh! quelle science plus que la médecine a été aussi sujette à ees variétidns qui en ont si souvent changé les doctrines! Nous de pouvons pas ouvrir les fastes de notre art sans être frappés tiou-seulement de la diversité des opinions (jüi Se sbnt partagées son domaine, mais encore du peu de solidité de ces jugements, qu’on croyait inattaquables à l’instant où on les portait, et qué des jugements nouveaux sont venus réformer. Ainsi, de nos jours, pour ainsi dirè; nous avons vu successivement la circulation du sang déclarée impossible ; l’inoculation de la petite vérole considérée comme un crime; ces énormes perruques , dont plusieurs d’entre nous ont eu la tête surchargée, être proclamées comme infiniment plus salubres que la chevelure naturelle; et pourtant il a été bien reconnu que le sang circule, nous ne voyons pas qu’on intente de procès aux personnes qui inoculent la petite vérole, et nous avons tous la conviction qu'oti peut se très bien porter sans avoir la
RAPPORT A l’académie DE MÉDECINE EN 1825. 67
tête recouverte de l'attirail grotesque qui occupe le tiers au moins de la surface de chacun des portraits qui nous restent de nos anciens maîtres.
Si des opinions nous passons aux jugements, qui n’a encore présent à la pensée la proscription qui frappa toutes les préparations de lantimoine sous le décanat du fameux Gui Patin? Qui a pu oublier qu’un arrêt du parlement, sollicité par la Faculté de médecine de Paris, défendit l’usage de l’émétique, et que, quelques années après, Louis XIV étant tombé malade et ayant dit sa guérison à ce médicament, l’arrêt du parlement fut révoqué par suite d’un décret de la même Faculté, et l’émétique replacé au rang qu’il tient encore dans la matière médicale? Enfin, ce même parlement n’a-t-il pas défendu en 1763 que l’on pratiquât l’inoculation de la petite vérole dans les villes et faubourgs de son ressort? Et onze ans après, en 1776, à quatre lieues de la salle de ses séances, Louis XVI, ses deux frères Louis XVIII et Charles X, ne se firent-ils pas inoculer à Versailles dans le ressort du parlement de Paris?
Vous voyez donc, messieurs, que le principe de l’autorité de la chose jugée, si respectable dans une autre sphère que la nôtre, peut être abrogé, et que par conséquent, duns cette circonstance d’un nouvel examen du magnétisme, votre sollicitude pour la science ne doit point être enchaînée par un jugement qui aurait été porté précédemment, en admettant même que, comme dans les deux questions précédentes, l’objet à juger fût identiquement semblable avec celui sur lequel il a déjà été prononcé.
Mais aujourd’hui le magnétisme ne se présente plus à votre examen tel qu’il a été soumis à celui des corporations savantes qui l’ont jugé; et sans vouloir rechercher jusqu’à quel point ces jugements ont été précédés d’une élude impartiale des faits, jusqu'à quel point la manière de procéder dans cette étude a clé conforme aux principes d’une
COURS DE MAGNÉTISME
observation sape et éclairée, la commission s'en rapporte à vous, messieurs, du soin d’établir si l'on doit ajouter une confiance exclusive et'irré vocable aux conclusions d’un rapport dans lequel on trouve cet étrange avertissement, ce singulier exposé du plan d’après lequel les commissaires se proposent d’opérer :
« Les malades distingués qui viennent au traitement pour leur santé, disent les commissaires du roi, pourraient être importunés par les questions; le soin de les observer pourrait ou les gêner ou leur déplaire; les commissaires euxmémes seraient gênés par leur discrétion. Ils ont donc arrêté que leur assiduité n’étant point nécessaire à ce traitement, il suffisait que quelques-uns d’eux y vinssent de temps en temps pour confirmer les premières observations générales, en faire de nouvelles s’il y avait lieu, et en rendre compte à la commission assemblée. »
Ainsi, on établit en principe que, dans l’examen d’un fait aussi important, les commissaires 11e feront point de questions aux personnes soumises aux épreuves; qu’ils ne prendront pas le soin de les observer; qu’ils ne seront pas assidus aux séances dans lesquelles se feront les expériences; qu’ils y viendront de temps en temps, et qu’ils rendront compte de ce qu'ils auront vu isolément à la commission assemblée. Votre commission, messieurs, ne peut s'empêcher de reconnaître que ce n’est pas de cette manière que l’on fait à présent les expériences, que l’on observe les faits nouveaux; et quel que soit l’éclat que la réputation de Franklin, Bailly, Darcet, Lavoisier, réfléchisse encore sur une génération qui n’est plus la leur, quel que soit le respect qui environne leur mémoire, quel qu’ait été l’assentiment général qui, pendant quarante ans, a été accordé à leur rapport, il est certain que le jugement qu’ils ont porté pèche par la base radicale, par une manière peu rigoureuse de procéder dans l'étude de la question qu’ils étaient
chargés d’examiner. Et si nous les suivons près des personnes qu’ils magnétisent ou font magnétiser, surtout les commissaires de la Société royale de médecine, nous les voyons dans une disposition peu bienveillante, nous les voyons, malgré toutes les représentations qui leur sont faites, faire des essais, tenter des expériences dans lesquelles ils omettent les conditions morales exigées et annoncées comme indispensables aux succès ; nous voyons enfin l'un de ces derniers, celui qui a été le plus assidu à toutes les expériences, dont nous connaissons tous la probité, l’exactitude, la candeur, M. de Jussieu, se séparer de ses collègues, et publier un rapport particulier, contradictoire, qu’il termine en déclarant « que les expériences qu’il a faites, et dont il a été témoin, prouvent que l’homme produit sur son semblable une action sensible par le frottement, par le contact, et plus rarement par un simple rapprochement à quelque distance; que cette action, attribuée à un fluide universel non démontré, lui semble appartenir à la chaleur animale existante dans les corps; que cette chaleur émane d’eux continuellement, se porte assez loin, et peut passer • d’un corps dans un autre; quelle est développée, augmentée ou diminuée dans un corps par des causes morales et par des causes physiques; que, jugée par des effets, elle participe de la propriété des remèdes toniques et produit comme eux des effets salutaires ou nuisibles, selon la quantité de chaleur communiquée et selon les circonstances où elle est employée; qu’enfin un usage plus étendu et plus réfléchi de cet agent fera mieux connaître sa véritable action et son degré d’utilité. »
Dans cette position, messieurs, quel est celui des deux rapports qui doit fixer votre indécision? Est-ce celui dans lequel on annonce que l’on ne questionnera pas les malades,que l’on ne s'astreindra pas à les observer exactement, qu'on peut ne point être assidu aux épreuves, ou celui d’un
COURS DE MAGNÉTISME
homme laborieux, attentif, scrupuleux, exact, qui a le courage de se détacher de ses collègues, de mépriser le ridicule dont il sait qu’il va être couvert, de braver l’influence du pouvoir et de publier un rapport particulier dont les conclusions sont diamétralement opposées à celles des autres commissaires? Votre commission n’est pas instituée pour se prononcer à cet égard, mais elle trouve dans cette divergence d'opinions un motif nouveau [tour prendre en considération la proposition de M. Foissac.
Ainsi, Messieurs, voilà déjà deux raisons pour soumettre le magnétisme à un nouvel examen; l’une, vous l’avez senti, est fondée sur cette vérité, qu’en fait de science un jugement quelconque n’est qu'une chose transitoire ; l’autre, que les commissaires chargés par le roi d’examiner le magnétisme animal, ne nous paraissent pas avoir scrupuleusement rempli leur mandat, et que l'un d'eux a fait un rapport contradictoire. Voyons à présent si nous n’en trouverons pas une troisième dans la différence qui existe entre le magnétisme de 1784 et celui sur lequel on veut fixer aujourd’hui l’attention de l’Académie.
Notre devoir n’est pas d'entrer dans des détails sur l’histoire de cette découverte, sur la manière dont elle a été accueillie en Allemagne et en France; nous devons seulement établir que la théorie, les procédés et les résultats qui ont été jugés en 1784 ne sont pas les mêmes que ceux que les magnétiseurs modernes nous annoncent, et sur lesquels ils appellent votre examen. D’abord la théorie de Mesmef, fidèlement exposée par les commissaires et copiée textuellement par eux dans son premier ouvrage, est celle-ci :
« Le magnétisme animal est un fluide universellement répandu. Il est le moyen d’une influence mutuelle entre les corps célestes, la terre et les corps animés. U est continué de manière à ne souffrir aucun vide. Sa subtilité ne permet aucune comparaison. Il est capable de recevoir, propager,
RAPPORT A l’académie UE MÉDECINE EN 1825. 71
communiquer toutps les impressions du mouvement. Il est susceptible de fltfx et reflux. Le corps animal éprouve les effets de cet agent; et c'est en s'insinuant dans la substance des nerfs qu'il les affecte immédiatement. On reconnaît particulièrement dans le corps humain des propriétés analogues à celles de l’aimant; on y distingue des pôles également divers et opposés. L’action et la vertu du magnétjspie animal peuvent être communiquées d’un corps à d'autres corps auimés et inanimés; cette action a lieu è une distance éloignée, sans le secours d’aucun corps intermédiaire : elle est augmentée, féflécbie par les glaces, comraqniquée, propagée, augmentée par le son; cetfp vertu ppqt être accumulée, concentrée, transportée. Quoique ce fluide soit uni'; versel, tous |es corps animés n’en sont pas également susceptibles. H en est même, quoiqu’eu très petit noiqbrei (|ü‘ ont une propriété opposée, que leur seule préseqpe détruit tous les effets de ce fluide dans les autres corps.
» Le magnétisme animal peut guérir immédiatement lés maux de nerfs et raédiatement les autres; il perfectionne l’actiop des médicaments; il provoque et dirige les prises salutaires, de manière qu’on peut s’en rendre maître : par son moyen, le médecin connaît l'étal de santé de chaque individu, et juge avec certitude l'origine, la nature, et les progrès des maladies les plus compliquées; il en empêche l’accroissement et parvient à leur guérison sans jamais exposer le malade à dps effets dangereux ou à des suites fâcheuses, quels que spient l’âge, le tempérament et le seje: la nature offre dans le magnétisme un mpypq universel de guérir et de préserver les hommes. »
Ainsi, Messieurs, cette théorie était liée 3 un système général du monde. Dans ce système, tous les corps avaient une influence réciproque les nps sur les autres ; le moyen de cette iufluence était un fluide universel qui pénétrait également les astres, les corps animés et la terre, qui ne
COliKS DE MAGNÉTISME.
souffrait aucun vide. Tous les corps avaient des pôles opposés, et les courants rentrants et sortants prenaient une direction différente selon ces pôles, que Mesmer comparait à ceux de l'aimant.
Aujourd'hui les personnes qui ont écrit sur le magnétisme et celles qui le pratiquent n’admeltent point l’existence ni l’action de ce fluide universel, ni cette influence mutuelle entre les corps célestes, la terre et les êtres animés, ni ces pôles, ni ces courants opposés. Les uns n’admettent l’existence d’aucun fluide, d’autres établissent que l’agent magnétique qui produit tous les phénomènes dont il a été question, est un fluide qui existe dans tous les individus, mais qui ne se sécrète et n'en émane que d’après la volonté de celui qui veut en imprégner pour ainsi dire un autre individu; que d’après cet acte de sa volonté il met ce fluide en mouvement, le dirige, le fixe à son gré, et l’enveloppe de cette atmosphère ; que s’il rencontre dans cet individu les dispositions morales analogues à celles qui l’animent, letuémefluidesedéveloppedans l’individu magnétisé; que les deux atmosphères se confondent, et que de là naissent ces rapports qui les identifient l’un avec l’autre, rapports qui font que les sensations du premier se communiquent au second, et qui, selon les magnétiseurs modernes, peuvent expliquer cette clairvoyance que des observateurs assurent avoir vue très fréquemment chez les personnes que le magnétisme a fait tomber en somnambulisme.
Voilà donc une première différence établie, et qui a paru à votre commission d’autant plus digne d’examen, qu’à présent la structure et les fonctions du système nerveux deviennent l’objet de l’étude des physiologistes, et que l’opinion de Reil, d’Autenrieth, et de M. de Humboldt, ainsi que les travaux récents de M. Bogros paraissent donner la certitude, non-seulement de l’existence d’une circulation nerveuse. mais même de I expansion au dehors de ce fluide
circulant, expansion qui a lieu avec une force et une énergie qui forment une sphère d’action qu’on peut comparer à celle où l’on observe l'action des corps électrisés.
Si de la théorie du magnétisme nous passons aux procédés, nous verrons encore une différence totale entre ceux dont se servaient Mesmer, Desion, et ceux qui sont mis en usage aujourd’hui. Ce seront encore les commissaires du roi qui nousfourniront les renseignements sur les procédés qu’ils ont vu mettre en usage. « Ils ont vu, au milieu d’une grande salle, une caisse circulaire faite de bois de chêne, et élevée d’un pied ou d’un pied et demi, qu’on nomme le baquet. Le couvercle de cette caisse est percé d’un nombre de trous d’où sortent des branches de fer coudées et mobiles. Les malades sont placés à plusieurs raugs autour de ce baquet; et chacun a sa branche de fer, laquelle, au moyen du coude, peut être appliquée directement sur la partie du malade. Une corde passée autour de leur corps, les unit les uns les autres ; quelquefois on forme une seconde chaîne en se communiquant par les mains, c’est-à-dire en appliquant le pouce entre le pouce et l’index de son voisin, et en pressant le pouce que l'on tient ainsi. L’impression reçue à la gauche se rend par la droite et circule à la ronde. Un piano est placé dans un coin de la salle, et on y joue différents airs sur des mouvements variés ; l’on y joint quelquefois le son de la voix et le chant. Tous ceux qui magnétisent ont à la main une baguette de fer longue de dix à douze pouces. Cette baguette, qui est le conducteur du magnétisme, le concentre dans sa pointe, et en rend les émanations plus puissantes. Le son du piauo est aussi conducteur du magnétisme ; les malades, rangés en très grand nombre et à plusieurs rangs autour du baquet, reçoivent donc à la fois le magnétisme par tous ces moyens, par les branches de fer qui leur transmettent celui du baquet, par la corde enlacée autour du corps, par l’union des pouces, par le son du
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piano. Les malades sont encore magnétisés directement, au moyen du doigt et de la baguette de fer promenés devant le visage, dessus ou derrière la tête, et sur les parties malades ; mais surtout ils sont magnétisés par l'application des mains et par la pression sur les hypochondres et sur les ré gions du bas-ventre : application souvent continuée pendant plusieurs heures.
Ainsi, Messieurs, les expériences consistaient alors dans une pression mécanique exercée et répétée sur les lombes et sur le ventre, depuis l’appendice sternale jusqu'au pubis ; elles se faisaient alors, ces expériences, dans de grandes réunions, sur un grand nombre de personnes en même temps, en présence d'une foule de témoins; et ij était impossible que l’imagination ne fût pas vivement excitée parla vue des appareils, le son de la musique et le spectacle des crises ou plutôt des convulsions, qui ne manquaient jamais de se développer, que l'imitation répétait, et qui avaient souventdes formes tellement effrayantes, que les salles de magnétisme avaient reçu dans le monde le nom d 'enfer à convulsions.
Aujourd'hui, au contraire, nos magnétiseurs ne cherchent plus de témoins de leurs expériences ; ils n’appellent à leur aide ni l’influence de la musique, ni la puissance de l’imitation ; les magnétisés restent seuls ou dans la compagnie d’un ou deux parents ; on ne les enveloppe plus de cordes, on a entièrement abandonné le baquet ainsi que les branches de fer coudées et mobiles qui en sortaient. Au lieu de la pression qu’on exerçait sur les hypochondres, sur l’abdomen, on se borne h des mouvements qui semblent au premier coup d’œil insignifiants, qui ne produisent aucun effet mécanique ; on promène doucement les mains sur la longueur des bras, des avant-bras, des cuisses et des jambes ; on touche légèrement le front, l'épigastre ; on projette vers ces parties ce que les magnétiseurs appellent leur atmosphère magnétique. Ces espèces d’attouchements n’ont rien
qui puisse blesser la décence, puisqu’ils ont lieu par.de$sus les habits, et que souvent même il n est pas nécessaire que le contact ait lieu, car on a vu et l’on voit très fréquemment l'état magnétique obtenu en promenant les mains à une distance de plusieurs pouces du corps du magnétisé, et même de plusieurs pieds, quelquefois trtémeà son insu, par le seul acte île la volonté, par conséquent sans contact.
Ainsi, sous le rapport des procédés nécessaires à la production desefFets magnétiques, vous voyez qu’il existe une très grande différence entre le mode suivi autrefois et celui adopté de nos jours.
Mais c'est surtout dans la comparaison des résultats obtenus en 1784, avec ceux que les magnétiseurs modernes disent observer constamment, que votre commission a cru trouver un des plus puissants motifs de votre détermination à soumettre le magnétisme à un nouvel examen. Les commissaires, dont nous empruntons encore les expressions, nous disent « que dans les expériences dont ils ont été les témoins, les malades offrent un tableau très varié par les différents états où ils se trouvent : quelques-uns sont calmes, tranquilles, et n’éprouvent rien; d’autres toussent, crachent, sentent quelque légère douleur, une chaleur locale ou universelle, et ont des sueurs ; d’autres sont tqurmentés et agités par des convulsions. Ces convulsions sont extraordinaires par leup durée et par leur force : dès qu’une convulsion commence, plusieurs autres sp déclarent. Les commissaires en ont vu durer plus de trois heures : elles sont accompagnées d’expectorations d une eau trouble et visqueuse arrachée par lu violence des efforts ; on y a vu quelquefois des filets de sang. Elles sont caractérisées par des mouvements précipités, involontaires, de tous les membres du corps entier, par le resserrement de la gorge, par des soubresauts des liypochondres et de l’épigastre, par le trouble et l égareinent tjes yeux, par des cris perçants, des
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pleurs, des hoquets et des rires immodérés ; elles sont pré cédées ou suivies d'un état de langueur et de rêverie, d'une sorte d’abattement et même d'assoupissement. Le moindre bruit imprévu cause des tressaillements, et l’on a remarqué que le changement de ton et de mesure dans les airs joués sur le piano influait sur les malades, en sorte qu'un mouvement plus vif les agitait davantage et renouvelait la vivacité de leurs convulsions. Rien n'est plus étonnant que le spectacle de ces convulsions ; quand on ne l a point vu on ne peut s'en faire une idée, et en le voyant on est également surpris et du repos profond d'une partie de ces malades, et de l'agitation qui anime les autres ; des accidents variés qui se répètent, des sympathies qui s'établissent. On voit des malades se chercher exclusivement, et en se précipitant l’un vers l'autre, se sourire, se parler avec affection, et adoucir mutuellement leurs crises. Tous sont soumis à celui qui magnétise ; ils ont beau être dans un assoupissement apparent, sa voix, un regard, un signe, les en retire. On ne peut s’empêcher de reconnaître à ces effets constants une grande puissance qui agile les malades, qui les maîtrise, et dont celui qui magnétise semble être le dépositaire. Cet état convulsif est appelé improprement crise dans la théorie du magnétisme animal. »
Aujourd'hui il n’y a plus de convulsions ; si quelque mouvement nerveux se déclare, on cherche à l'arrêter; on prend toutes les précautions possibles pour ne point troubler les personnes soumises à l'action du magnétisme animal ; on n’en fait plus un sujet de spectacle. Mais si l’on n’observe plus ces crises, ces cris, ces plaintes, ce spectacle de convulsions, que les commissaires avouent être si extraordinaires, on a, depuis la publication de leur rapport, observé un phénomène que les magnétiseurs disent tenir presque du prodige, votre commission veut parler du somnambulisme produit par l’action magnétique.
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C’est M. de Puységur qui l’a observé le premier dans sa terre de Busancy, et qui l’a fait connaître à la fin de 1784, quatre mois après la publication du rapport des commissaires du roi.
Vingt-neuf ansaprès, en 1813, le respectable M. Deleuze, à la véracité, à la probité, à l'honneur duquel votre commission se plaît à rendre hommage, lui a consacré un chapitre entier dans son Histoire critique du magnétisme animal, ouvrage dans lequel l’auteur a exposé avec autant de sagacité que de talent et de méthode, tout ce qu'on recueillait péniblement dans les nombreux écrits publiés sur ce sujet à la fin du siècle dernier.
Plus tard, au mois de mai 1819, un ancien élève, et un élève distingué, de l’École polytechnique, qui venait de recevoir le doctorat à la Faculté de médecine de Paris, M. Bertrand, fit, avec un grand éclat, et devant un nombreux auditoire, un cours public sur le magnétisme et le somnambulisme. II le recommença, avec le même succès, à la fin de cette même année, en 1820 et en 1821 ; puis l’état de sa santé ne lui permettant plus de se livrer à l’enseignement public, il fit paraître, en 1822, son Traité du somnambulisme, qui fut le premier ouvrage ex professo sur ce sujet, ouvrage dans lequel, outre les expériences propres à l’auteur, on trouve réunis un très grand nombre de faits peu connus sur les possédés, les prétendus inspirés, et les illuminés des différentes sectes. Avant M. Bertrand, notre estimable, laborieux et modeste collègue, M. Georget, avait analysé cet étonnant phénomène d’une manière véritablement philosophique et médicale dans son important ouvrage intitulé : de la Physiologie du système nerveux , et c’est dans cet ouvrage, ainsi que dans le traité du docteur Bertrand et dans le travail de M. Deleuze, que vos commissaires ont puisé les notions suivantes sur le somnambulisme.
Si l’on en croit les magnétiseurs modernes, et à cet égard
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leur accord est unanime, lorsque le magnétisme produit le somnambulisme, l’être qui se trouve dans cet état acquiert une extension prodigieuse dans la faculté de Sentir. Plusieurs de ses organes extérieurs, ordinairement ceux de la vue et de l'ouïe, sont assoupis, et toutes les sensations qui en dépendent s’opèrent intérieurement. Le somnambule a les yeux fermés et il ne voit pas par les yeux, il n’ehtënd point par les oreilles ; mais il voit et entend mieux que l’homme éveillé. Il ne voit et n’entend que ceux avec lesquels il est en rapport, et ne regarde ordinairement que les objets sur lesquels on dirige son attention. Il est soumis à la volonté de son magnétiseur pour tout ce qui ne peut lui nuire, et pour tout ce qui ne contrarie pas en lui les idées de justice et de vérité. Il sent la volonté de son magnétiseur; il aperçoit le fluide magnétique; il voit, ou plutôt il sent l’intérieur de son corps et celui des autres ; mais il n’y remarque ordinairement que les parties qui ne sont pas dans l'état naturel, et dont l'harmonie est troublée. Il retrouve dans sa mémoire le souVehir des choses qii’il avait oubliées pendant la veille. Il a des prévisions, des pressentiments qui peuvent être erronés dans plusieurs circonstances, et qui sont limités dans leur étendue. Il s’énonce avec une facilité surprenante ; il n’est point exempt d'une vanité qui naît de la conscience du développement de cette singulière faculté. Il se perfectionne de lui-méme, pendant un certain temps, s’il est conduit avec sagesse ; mais il s’égare, s’il est mal dirigé. Lorsqu’il rentre dans l’état naturel, il perd absolument le souvenir de toutes les sensations et de toutes les idées qu'il a eues dans l’état de somnambulisme ; tellement que ces deux états sont aussi étrangers l’un à l’autre que si le somnambule et l’homme éveille étaient deux êtres différents. Souvent, dans ce singulier état, on est parvenu à paralyser, à fermer entièrement les sens aux impressions extérieures, à tel point qu’un flacou contenant plu-
sieurs onces d'ammoniaque concentrée a pu être tenu sous le nez, pendant 5, 10, 15 minutes et plus, sans produire le moindre effet, sans'empécher aucunement la respiration, sans même provoquer l’éternument ; à tel point que la peau était également d'une insensibilité complète, lorsqu’on la pinçait de manière à la faire devenir noire, lorsqu’on la piquait : bien plus, elle a été absolument insensible à la brûlure du moxa, à la vive irritation déterminée par l’eau chaude très chargée de farine de moutarde, brûlure et irritation qui étaient vivement senties et extrêmement douloureuses lorsque la peau reprenait sa sensibilité norinale.
Certes, Messieurs, tous ces phénomènes, s’ils sont réels, ihériteht bien qu’on en fasse une étude particulière, et c’est précisémeht parte que votre commission les a trouvés ,tout à fait extraordinaires, et jusqu’à présent inexpliqués, nous ajoutonsmêmeincrbyables, quand on n’en a pas été témoin, qu’elle h’a pas balancé à vous les exposer, bien convaincue tjüe, comme elle, vous jugerez convenable de les soumettre â un exameri sérieux et réfléchi. Nous ajouterons que les Commissaires du roi n’en ayant pas eu connaissance, puisque le somnambulisme ne fut observé qu’après la publicatiûhdeleur rapport, il devient instant d’étudier cet étonnant phénomêhë, et d’éclaircir Un fait qui unit d’une manière si intime la psychologie et la physiologie; un fait, en un mot, qui, s’il est exact, peut jeter un si grand jour sur la thérapeutique.
Et s’il est prouvé, comme l'assufent les observateurs modernes, que dans cet état du somnambulisme dont nous véhons de vous exposer analytiquement les principaux phénomènes, les persondes magnétisées aient une lucidité qui leur donne des idées positives sur la nature de leurs maladies, sur la nature dés affections des persorities avec lesquelles on les met en rapport, et sur le genre de traitement
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à opposer dans ces deux cas ; s’il est constamment vrai, comme on prétend l’avoir observé en 1820, à l’Hôtel -Dieu de Paris, que pendant ce singulier état, la sensibilité soit tellement assoupie, qu'on puisse impunément cautériser les somnambules ; s’il est également vrai que, comme on assure l’avoir vu à la Salpétrière en 1821, les somnambules jouissent d'une prévisiou telle, que des femmes bien reconnues comme épileptiques, et comme telles traitées depuis longtemps, aient pu prévoir, vingt jours d’avance, le jour, l'heure, la minute où l’accès épileptique devait leur arriver, et arrivait en effet ; si, enfin, il est également reconnu par les mêmes magnétiseurs que cette singulière faculté peut être employée avec avantage dans la pratique de la médecine, il n’y a aucune espèce de doute que ce seul point de vue ne mérite l’attention et l’examen de l’Académie.
A ces considérations, toutes prises dans l’intérêt de la science, permettez-nous d’en ajouter une que nous pui- • sons dans l’amour-propre national. Les médecins français doivent-ils rester étrangers aux recherches que font sur le magnétisme les médecins du nord de l’Europe? Votre commission ne le pense pas. Dans presque tous les royaumes de ces contrées le magnétisme est étudié et exercé par des hommes fort habiles, fort peu crédules; et si son utilité n’y est pas généralement reconnue, on assure du moins que sa réalité n’y est pas mise en doute. Ce ne sont plus seulement des écrivains enthousiastes qui donnent des théories ou qui rapportent des faits , ce sont des médecins et des savants d’un ordre distingué.
En Prusse, M. Hufeland, après s’être prononcé contre le magnétisme, s’est rendu à ce qu’il appelle l’évidence, et s’en est déclaré le partisan. On a établi à Berlin une clinique considérable dans laquelle on traite avec succès les malades par cette méthode; et plusieurs médecins ont aussi des traitements avec l'autorisation du gouvernement : car il n’est
permis qu’à des médecins approuvés d’exercer publiquement le magnétisme.
A Francfort, M. le docteur Passavant a donné un ouvrage extrêmement remarquable, non-seulement par l’exposition des faits, mais encore par les conséquences morales et psychologiques qu’il en déduit ; à Grouinguc, M. le docteur Bosker, qui jouit d'une grande réputation, a traduit en hollandais fhistoire critique du magnétisme de notre honorable compatriote M. Deleuzc, et il y a joint un volume d’observations faites au traitement qu’il a établi conjointement avec ses confrères. A Stockholm, on soutient pour le grade de docteur en médecine des thèses sur le magnétisme, comme on en soutient dans toutes les Universités sur les diverses parties de la science.
A Pétersbourg, M. le docteur Slolfreghen, premier médecinde l’empereurdeRussie.el plusieurs autres médecins, ont également prononcé leur opinion sur l’existence et l'utilité du magnétisme animal. Quelques abus auxquels on a été exposé lorsqu’on en faisait usage sans précaution ont fait suspendre les traitements publics ; mais les médecins y ont recours dans leur pratique particulière lorsqu’ils le jugent utile. Près de Moscou, M. le comte de Pnnin, ancien ministre de Russie, a établi dans sa terre, sous la direction d’un médecin, un traitement magnétique où se sont opérées, dit-on, plusieurs guérisons importantes.
Resterons-nous en arrière des peuples du Nord, Messieurs; n’accorderons-nous aucune attention à un ensemble de phénomènes qui a fixé celle de nations que nous avons le noble orgueil de croire en arrière de nous pour la civilisation et pour l’avancement dans les sciences 0 Votre commission, Messieurs, vous connaît trop [tour le craindre.
Knfin, n’est-il pas déplorable que le magnétisme s’exerce, se pratique, pour ainsi dire, sous vos yeux par des gens tout à fait étrangers à la médecine ; par des femmes qu’on pro-
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mène clandestinement dans Paris, par des individus qui semblent faire mystère de leur existence? Et l’époque n’estelle pas arrivée où, selon le vœu exprimé depuis longues années par les personnes honnêtes et par les médecins qui n’ont pas cessé d’étudier et d’observer dans le silence des phénomènes du magnétisme, la médecine française doive eufiii, s'affranchissant de la contrainte à laquelle paraissent l'avoir condamnée les jugements de nos devanciers, examiner, juger par elle-même des faits attestés par des personnes à la moralité, à la véracité, à l'indépendance et au talent desquelles tout le mondre s'empresse de rendre hoin- , mage?
Nous ajoutons, Messieurs, que, par le mode de votre institution, vous devez, connaître de tout ce qui peut avoir rapport A l’examen des remèdes extraordinaires et secrets, et ce qu'on vous annonce du magnétisme ne fut-il qu'une jonglerie imaginée par les charlatans pour tromper la foi publique, il suffit que votre surveillance soit avertie pour que vous ne balanciez pas à remplir un de vos premiers devoirs, à user d’une de vos plus honorables prérogatives, celle qui vous est conférée par l'ordonnance royale de votre création , l’examen de ce moyen qui vous est annoncé comme un moyen de guérison.
En se résumant, Messieurs, la Commission pense,
1° Que le jugement porté en 178û par les Commissaires chargés par le Hoi d’examiner le magnétisme animal, ne doit en aucune manière vous dispenser de l’examiner de nouveau, parce que dans les sciences un jugement quelconque n’est point une chose absolue, irrévocable.
2° Farce que les expériences d’après lesquelles ce jugement a été porté paraissent avoir été faites sans ensemble, sans le concours simultané et nécessaire de tous Ie9 Commissaires, et avec des dispositions morales qui devaient,
RAPPORT A l'aCADÊMIK DE MÉDECINE EN 1825. 83
d’après les principes du fait qu'ils étaient chargés d’examiner, les faire complètement échouer.
3° Que le magnétisme jugé ainsi en 1784 diffère entièrement par la théorie, les procédés et les résultats, de celui que des observateurs exacts, probes, attentifs, que des médecins éclairés, laborieux, opiniâtres, ont étudié dans ces dernières années.
4° Qu’il est de l’honneur de la médecine française de ne pas rester en arrière des médecins allemands dans l'étude des phénomènes que les partisans éclairés et impartiaux du magnétisme annoncent être produits par ce nouvel agent.
5° Qu’en considérant le magnétisme comme un remède secret, il est du devoir de l’Académie de l’étudier, de l’expérimenter, afin d’en enlever l'usage et la pratique aux gens tout à fait étrangers à l’art, qui abusent de ce moyen et eu font un objet de lucre et de spéculation.
D après toutes ces considérations, votre Commission est d’avis que la Section doit adopter la proposition de M. Foissac, et charger une Commission spéciale de s'occuper de l’étude et de l'examen du magnétisme animal.
Signé : Adklon, I’ahiset, Mahc, Buhdin ainé.
• Uusson, Rapporteur.
Re flexion s sur ce rapport.
L’affaire était donc sérieusement engagée, un premier nas était fait, on ne pouvait reculer.
Le 10 |anvier!826, Indisctission s’ouvrit, M. Pesgenettes prit le premier la parole, et combattit les conclusions du rapport. « F.e rapport, dit-il, a fait déjà beaucoup de mal en » relevant les espérances du magnétisme, et a porté le trouble » dans la tête de la génération naissante, à laquelle on veut
coulis DE MAGNÉTISME.
ii persuader qu'il est désormais inutile de lire et de faire des n recherches; il ne restera plus bientôt qu'à suspendre nos » cours et à fermer nos écoles, en attendant qu’on les dé- * molisse. »
M. Virev approuve la proposition de la commission.
M. Bailly combat le rapport et termine son discours en signalant les dangers du magnétisme. Il craint que, par suite de l'action du magnétisme à distance, quelque grand magnétiseur ne vienne de son grenier de Paris ébranler les trônes de la Chine et du Japon, etc.
M. Orfila votera pour l'adoption du rapport.
M. Double pariage les magnétiseurs en deux classes, les dupes et les fripons. Il votera contre la nomination d’une commission.
M. Laënnec votera contre les conclusions du rapport, parce que dans le magnétisme tout est déception et jonglerie.
M. Chardel appuie les conclusions du rapport.
M. Rochoux votera contre les conclusions du rapport. « Le magnétisme à sa plus simple expression n’offre rien qui mérite examen. «
M. Marc approuve les conclusions du rapport. Il croit qu’une commission ne pourra produire que des résultats utiles pour la science et honorables pour l'Académie.
M. Nacquart s'attache à prouver que le magnétisme ne doit pas être examiné, et demande que la discussion soit ajournée.
M. Ilard est pour l’examen; il dit que le maguétisme soit un agent réel ou imaginaire, il huit l’examiner; s'y refuser, c’est méconnaître la voie expérimentale, qui seule conduit à la vérité; c’est donner à croire qu’on 11e se détourne de cette voie que par des motifs «pion interprétera d’une manière très défavorable à l’Académie, et très favorable au contraire pour le magnétisme.
Il APPORT A l’académie DE MÉDECINE EN 1825. 85
M. Récamier pense comme MM. Desgenelles, Bailly et Donhle; il croit f/u'il y a une action, mais il ne pense pas qu’on puisse en tirer parti en médecine. Il vote contre le rapport.
M. Georget approuve les conclusions du rapport. Un crie au charlatanisme, dit-il; mais la conduite des magnétiseurs mérite-t-elle un pareil reproche? Un charlatan se cache et lait mystère des moyens qu'il emploie; les magnétiseurs, au contraire, provoquent un examen et répètent sans cesse: Faites comme nous, et vous obtiendrez les mêmes résultats. Parmi ceux qui croient an magnétisme, on ne trouve que des hommes qui ont vu, examiné et expérimenté; parmi leurs adversaires, on ne trouve guère que des gens qui nient ce qu'ils n’ont pas vu, ni voulu voir.
M. Magendie croit à la convenance de l’examen. Mais il votera contre la nomination d’une commission permanente.
M. Guersant vote en faveur du rapport.
M. Gasc ti dit : Que verro-l on dans le magnétisme? des convulsions, des attaques d’hystérie, d’épilepsie chez les femmes, etc.
M. Lerminicr vole en faveur du rappoit. « Dans ma jeu- » nesse, dit-il, lorsque je voulus me faire une idée du ma- » gnétisme animal, mes maîtres me renvoyèrent au juge- » ment de Bailly et de Thouret. L’opinion de ces grands • hommes était alors prépondérante, et je l'acceptai; mais » depuis, de nouveaux phénomènes sont survenus, pour » lesquels les anciens jugements ne peuvent être invoqués; » et quand les jeunes gens me demandent ce qu’ils doivent » penser du magnétisme animal, je ne sais que leur ré- » pondre. Craignons, en refusant d’examiner, de donner une » nouvelle preuve de l’aveuglement île l’esprit de corps. »
La discussion aurait encore longtemps continué; mais, sur la proposition de M. Salmade, on adopte la clôture après de vifs débats.
COURS DE MAGNÉTISME
Lo parole est accordée à M. Husson, rapporteur de la commission, bien «pie plusieurs membres de l'Académie fussent encore inscrits pour parier. Parmi eux, on voyait les noms de MM. Adebm, Guéneaude Mussy, Ferrus, Capurou, Honoré et Bricheteau.
Messieurs, je devrais ici vous lire le remarquable discours de M. Husson; vous y verriez le bon sens, la raison, la logique invoqués tour à tour pour repousser les arguments employés pour combattre la proposition d'examen; l’Académie fut tenue sous le charme de cette dialectique, de cette éloquence persuasive pendant plus d’une heure et demie.
M. Il ussou eut cet honneur, et dans ce lieu, la chose est rare; il fut écouté avec recueillement et chaleureusement applaudi.
On vota immédiatement après sur les conclusions du rapport de la commission, par la voie du scrutin secret. En
voici le résultat :
Nombre des votants 60
Pour la proposition 35
Contre 25
En conséquence, l’Académie de médecine adoptait 'la proposition de nommer une commission permanente pour se livrer à l’étude et à l’examen du magnétisme.
Dans la séance du 28 février 1826, l’Académie s’occupa de former sa commission, et les noms suivants furent proposés : Leroux, Bourdois «le la Mothe, Double, Magendie, Guersant, Laënnec, Thillaye, Marc, ltard, Fouquier et Guéneau de Mussy.
Voilà donc une victoire de gagnée; tout à l’heure même nos ennemis paraîtront en vaincus; le magnétisme va sortir triomphant «le cette lutte sans égale; la vérité désormais régnera sur les esprits ; Mesmer sera réhabilité; le magnétisme va devenir une des branches de la thérapeutique.
RAPPORT A LACAOÉMIt l)E MÉDECINE EN 183 L. 87
Ainsi, vous le pensez, messieurs, niais je ne dois point encore vous détromper, vous allez prendre connaissance de la pièce la plus importante de ce procès, de celle du moins qui condamne à jamais nos ennemis. La vérité pourtant y est encore voilée; ou ne l'aperçoit qu'à demi; mais cette précaution de 1 habile rapporteur était nécessaire : à de faibles yeux, on ne doit donner qu'une faible lumière.
Mous allons donc gagner la partie; mais au moment où nous nous apprêterons à recueillir notre gain légitime, nos adversaires brouilleront et déchireront les cartes; ils accablerout .même de leur dédain et de leur mépris les hommes les plus distingués d’entre eux, ceux qui, par leurs vertus et leur boune foi, conservent seuls les saines traditions et rendent ainsi les savants respectables. Mais c’est anticiper sur ce qu'il nous reste à dire.
Voici d’abord le rapport des onze membres de l’Académie de médecine; voici l’examen du magnétisme : c’est encore par l’organe de M. Ilusson que lu vérité vu s’exprimer.