‹ Traité complet de mécanique appliquée aux arts, contenant l'exposition méthodique des théories et des expériences les plus utiles pour diriger le choix, l'invention, la construction et l'emploi de toutes les espèces de machines;Chapitre 51 sur 94 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Des colonnes d’eau et des vis communicatrices.

GEN R E TROISIÈME. — Des communicateurs.

Colonne d’eau de M. Baader (a).

658. La méthode de transmettre le mouvement à de grandes distances, au moyen des varlets et de bièles, comme dans les machines connues sous le nom de feld - gestangen , et dans l’ancienne machine de Marly, est extrêmement coûteuse,

(a) Rapport tait à l’Institut par MM. Monge , Coulomb et (te Prony .

Delà composition des Machines. 56

*82 DES COLONNES D'EAU COMMUNICATRICES, et a le grave inconvénient d’absorber par des frottemens multipliés la plus grande partie de la force motrice. M. Baader, pour éviter de telles défectuosités, a imaginé les moyens de transmettre le mouvement à un éloignement quelconque, au moyen d’une colonne d’eau. 11 parait que l’idée d’employer l’eau comme conducteur de forces motrices , appartient originairement à Pascal; mais, si la priorité de la découverte du principe n’appartient pas à M. Baader, du- moins il a celle de l’application.

65g. Soit un tuyau d’une longueur quelconque ; à l’extrémité de ce tuyau est un cylindre ; sa force agissaifte sur le piston , contenu dans ce cylindre, que M. Baader appelle piston actif, fera mouvoir la colonne d’eau qui agira sur la surface d’un autre piston, qu’il nomme piston passif, et qui est placé dans la branche verticale, adaptée à l’autre bout du tuyau horizontal.

11 est évident que l'énergie avec laquelle l’extrémité de la colonne d’eau agira sur la surface du piston passif, sera toujours égale à la pression qui lui est communiquée à l’entrée de la conduite par un ou plusieurs pistons actifs, déduction faite de la résistance qu’oppose le frottement de l’eau dans les tuyaux de conduite. Si donc cette pression est représentée par une colonne verticale d’une hauteur donnée, la force agissante sur le piston de la machine sera la même que s’il y avait un réservoir duquel l’eau tomberait continuellement par un tuyau recourbé ;; c’est - à - dire, la force correspondra à la hauteur de la charge due à cette hauteur, moins le déchet inévitable que cause le frottement ou l’adhésion de l’eau dans son passage à travers la conduite : résistance qu’on peut cependant réduire à peu de chose, en faisant les tuyaux assez larges, et en donnant à la masse d’eau qui doit y passer un mouvement très - lent , continuel et égal.

DES COLONNES D'EAU COMMUNICATRICES. 283 660. II est évident, dit M. Bander, que ce nouveau moyen de conduire les. forces motrices et le mouvement, sera susceptible d’une infinité d’applications aussi utiles qu étonnantes. C’est ainsi, par exemple, que, parle mécanisme dont on se sert pour produire un mouvement rotatif dans les machines à vapeur, o» pourrait établir au milieu d’une ville un grand moulin ou autre usine quelconque, dont l’action continuelle serait effectuée par un courant d’eau, et une roue située à une lieue de distance , sans qu’il y eût aucun mécanisme de communication visible à la surface, et sans que les maisons, les murs, les jardins, les routes, etc., qui se trouveraient entre la machine et la roue, en pussent empêcher l’effet, puisque les tuyaux de conduite peuvent être posés à deux ou trois pieds sous terre.

Page 1