‹ Traité complet de métallurgie (volume 2)Chapitre 108 sur 159 · FONTE DU FER A MADAGASCAR · texte numérisé non relu

FONTE DU FER A MADAGASCAR

« tement, à une fourniture de trois cents poissons tous les « matins (1). »

Ce singulier mode de payement surprendra assez nos fondeurs et nos forgerons, qui sans doute préféreraient quelque nourriture plus substantielle , même sous le climat torride de l'Afrique .

Fonte du fer a Madagascar.

On pratique le traitement direct dans cette île, où il a atteint un grand développement. Nous avons puisé nos renseignements dans l'ouvrage du missionnaire le révérend William Ellis, auteur des Recherches polynésiennes (2). Le minerai de fer, d'excellente qualité, abonde dans les provinces centrales, aux environs de la capitale; il est si riche, qu'une des montagnes, Ambohimiangavo, qui le renferme, s'appelle la montagne de Fer : il est tellement abondant à la surface , qu'on creuse à peine quelques pieds pour l'extraire. Les indigènes sont habitués à se servir du fer depuis bien des générations (3). Leurs fourneaux de fusion sont toujours situés près d'un cours d'eau; le minerai, extrait en gros morceaux, est réduit en plus petits et débarrassé des matières terreuses par des lavages successifs. Les murs des fourneaux, qui sont d'ordinaire enfoncés de 0m.60 à 0m.90 dans le sol, sont en pierre et enduits extérieurement d'argile. On allume une petite quantité de combustible au bas du fourneau; on le remplit de minerai stratifié avec du charbon ; puis on bouche le haut avec une épaisse calotte

(1) Missionary Travels and Researches in south Africa. (Voyages de missionnaire et recherches dans l'Afrique méridionale, par David Livingstone, etc.) London, p. 402; 1857.

(2) Three Visils to Madagascar during the years 1853, 1854, 1856. By the Rev. William SUis. (Trois visites à Madagascar pendant les années 1855, 1854, 1856, parle révérend W. Ellis.) London, John Murray, p. 264; 1858.

(3) Notre ami, M. Crawford, ex -gouverneur de Singapore, nous apprend que le mot malgache, pour désigner le fer, est le même que le mot malais, et par cette raison surtout il pense que l'art de la fonte du fer à Madagascar est d'origine malaise. Cet art, ajoutet— il encore, est généralement connu et pratiqué dans toute l'étendue de l'archipel Indien.

d'argile. Le vent est fourni par deux paires de soufflets, dont les pistons fonctionnent dans des cylindres de bois formés de troncs d'arbres évidés. Du fond de chaque cylindre, un tube de bambou ou un vieux .canon de fusil s'adapte dans un trou percé dans le fourneau à ras du sol, à travers les pierres. Après avoir entretenu quelque temps le fourneau à une température élevée, blanche, on le laisse refroidir, et quand on découvre l'appareil, on trouve au fond le fer converti en masses. Sous cette forme , ou bien lorsqu'il a été réchauffé et forgé en barres rondes ou plates, on le porte au marché ou dans les magasins du gouvernement.

L'atelier d'un forgeron indigène est très-simple. Le sol en terre de sa maison constitue le foyer de la forge, emprisonné entre trois ou quatre grosses pierres. Le soufflet consiste en deux cylindres de bois avec pistons, pareils à ceux qui fournissent le vent au fourneau. L'enclume, d'environ 0"\35 sur 0m.i5 de hauteur, se fixe sur un bloc de bois enterré dans le sol ; auprès se trouvent l'auge, les pinces, les marteaux et les autres outils. Le forgeron s'accroupit sur une planche posée à terre, et ses aides se tiennent debout ou assis du côté opposé, les marteaux à la main, prêts à frapper quand il est nécessaire.

M. Ellis a orné sa description d'une gravure qui, sans avoir grand intérêt pour le métallurgiste, donne cependant une idée assez exacte d'une forge madécasse.

Procédé catalan.

Ce procédé tire son nom de la Catalogne, province du nord de l'Espagne, où il fut probablement introduit pour la première fois dans l'Europe occidentale. Il a été, jusqu'à ces derniers temps, en grande faveur dans le midi de la France, surtout dans le département de l'Ariége, séparé de la Catalo-

Çne par les Pyréuées. Un établissement, comprenant un foyer et les accessoires nécessaires, est désigné sous le nom de forge catalane. On a des publications nombreuses sur ce sujet; mais nous avons surtout puisé nos renseignements dans les traités spéciaux de Richard et de M. François (1). Nous profiterons des travaux de ces auteurs , en n'hésitant pas à citer des passages entiers ou des paragraphes tirés de leurs ouvrages. Une foïge catalane, comparée à une usine à fer moderne, n'est qu'un établissement insignifiant. En 1845, nous étions à Cierp, dans les Pyrénées, et en suivant le versant de la vallée qui mène à Bagnères-de-Luchon , nous marchions à côté de la forge de Guran, située à peu de distance, sans nous douter d'abord fie son existence, quoique occupé de sa recherche.

Une forge catalane se compose essentiellement d'un foyer ouvert, d'une soufflerie et d'un lourd marteau ; si l'on emploie, pour donner le vent, l'appareil appelé trompe, la forge doit s'établir dans une localité pourvue d'une chute d'eau de 3m.30 à 3n,65 au moins. L'hématite brune, pas trop compacte, est le minerai ordinairement préféré ; cependant on traite aussi les minerais apathiques et les hématites compactes brunes ou rouges. Le combustible est invariablement le charbon de bois. Le choix de la position est déterminé d'après les circonstances locales; la plupart des vallées des Pyrénées sont convenables sous tous les rapports. Si l'on ne peut disposer d'une chute d'eau d'une hauteur considérable, la trompe est remplacée par un autre appareil soufflant.

Des documents historiques prouvent que le procédé direct d'extraction du fer était pratiqué dès 1293 dans les Pyrénées françaises , où depuis il a toujours fonctionné. Mais il est probable qu'il existait dans ces localités bien

(t) Etudes sur Vart d'extraire immédiatement le fer de ses minerais sans convertir le métal en fonte, par T. Richard, in-4°, p. 370, avec un atlas in-folio de neuf planches lithographiées, Paris, 1838. Recherches sur le gisement et le traitement direct des minerais de fer dans les Pyrénées et particulièrement dans VAriége. par M. Jules François, in -4°, p. 404, avec atlas de dix planches. Paris, 1813.

longtemps avant cette époque. A l'origine, il paraît avoir été établi sur une très-petite échelle, dans le genre des installations actuelles des Hindous. Un creuset fut mis à découvert, en 1823, dans une forêt de sapins de Bielsa (Haut Aragon). Ce creuset était circulaire ; il avait 0".65 de hauteur ; il était cylindrique sur 0m.30, puis se terminait en tronc de cône renversé; son diamètre était detT.Sô au bas, et de 0m.48 à la partie supérieure. Il avait deux sièges de tuyères à (T. 30 du fond (*). Près du creuset, on remarquait des scories du fond du feu et deux massés de fer qui paraissaient être des massés bruts et qui pesaient de 14 à 16 kilogrammes. La tradition rapporte que ces feux étaient alimentés par des soufflets en peau. Sur les versants des. vallées des Pyrénées, même vers la haute chaîne, loin de tout cours d'eaû, ou remarque des amas de scories qui y accusent la présence d'anciennes forges à bras (1).

Le creuset déjà en usage au dix-septième siècle dans les provinces espagnoles de la Navarre et du Guipuscoa, ainsi que sur la frontière française, au bord de la Bidassoa, consistait en une petite cavité ovale, plus large en haut qu'en bas, de manière à présenter la forme d'un tronc de cône aplati et renversé. Il n'y avait qu'une tuyère débordant à l'intérieur et à l'extérieur, au-dessus et au milieu de l'une des longues faces de l'ovale. Le creuset était en maçonnerie revêtue de bandes de fer et fixée dans une cuve en cuivre qui le garantissait de l'humidité. M. François et d'autres observateurs considèrent cette forme comme le passage graduel du fourneau catalan primitif à celui de nos jours (2). .

(*) Nous avons découvert un foyer semblable dans la chaîne des Àlbères (Pyrénées-Orientales), à 2 kilomètres environ du village de Laroque, au milieu de scories amoncelées près d'un petit ruisseau qui va se jeter dans le Massanne, affluent du Tech. (Les Traducteurs.)

(1) François, p. 317.

(2) François, p, 317.

« Dès le milieu du dix-septième siècle, dans l'Ariége, les feux s'aplatirent et se rapprochèrent de la forme rectangulaire; ils furent d'ailleurs plus évasés à la partie supérieure, afin d'augmenter le chargement en minerai, et pendant longtemps la partie inférieure ou la zone <^e fusion resta circulaire. Les restes de feux et de massés mis à découvert il y a quelques années dans la haute vallée de Suc (Pyrénées françaises) indiquent qu'au commencement du dix-huitième siècle les feux présentaient sensiblement la forme que l'on retrouve dans la vallée de Tech (Vallespir, Pyrénées-Orientales). Ils étaient quadrangulaires et s'arrondissaient aux angles, ils avaient (T^ de largeur, 0n.49 de profondeur, et G". 52 de hauteur. Chaque opération durait de quatre à cinq heures, et donnait de 60 à 80 kilogrammes de fer forgé. Pendant longtemps la tuyère resta de 0m.23 à 0m.32 au-dessus du fond; elle agissait sous une inclinaison de 35 à 40 degrés, quand (1771 à 1786) M. Vergnies la fixa à 0m.52, sous une inclinaison de 35 degrés. Par cette modification importante, il éleva le rendement par foyer de 120 à 150 kilogrammes de fer forgé (1). » Ces faits sont très-instructifs, parce qu'ils démontrent à quels résultats importants dans la pratique peuvent conduire de légères modifications. En poursuivant l'histoire de la métallurgie du fer, nous trouverons encore des exemples plus frappants de cette vérité. On peut hardiment affirmer que quelquefois une innovation de l'espèce la plus ordinaire a réagi sur les destinées de la race humaine ; nous faisons ici allusion à l'emploi de l'air chaud, dont nous exposerons plus loin et avec détails la merveilleuse influence. La morale que les métallurgistes peuvent tirer de faits de cette nature, est qu'ils ne doivent jamais dédaigner les innovations, sous prétexte que tout d'abord elles semblent avoir peu d'importance.

Dans les premiers foyers, le vent était injecté par deux souf-

(i) Ouvr. cité, p. 319.

flets à jeu alternatif; ce ne fut, suivant M. François, qu a la fin du dix-septième siècle qu'on employa pour la première fois, dans les Pyrénées, la trompe. Le marteau était léger, manœuvré sr-r. ^^^ p à bras, et construit d'après le même ^'•^•' *-'nv^ a principe que celui de la figure 13, re-

i ■ ;» présentant un vieux marteau biscayen,

t^. ■ . ■ y :" encore en bon état de conservation. Ce

■eh«iu «4<n*.« , o».«o» dernier était en fer et n'agissait que par

Fi§. 18 - Ancien marteau biscayen. SOU poids ; il OSCÎllait autour d'un aXC/?,

et la hauteur de chute était obtenue en soulevant le front h. Un marteau de ce genre pesait de 1 200 à 1 600 kilogrammes.

Composition du minerai. — Tout le minerai traité dans les forges de TAriége est extrait des mines du mont Rancié, qui forme une partie du versant oriental de la petite vallée de Sem, à 2 kilomètres environ de Vicdessos. Le minerai se rencontre dans des calcaires de transition reposant sur le granit. Ces mines sont très-anciennes. Voici les analyses des minerais traités avec avantage, dans les Pyrénées, par le procédé catalan :

Sesquioxyde de fer. 62.474 Peroxyde de manganèse 6.213

Chaux 3*790

Magnésie 0.545

Alumine 1.014

Silice 14.715

*" i2.142iPertoparlai4320 {^Q

. Perte 0.137 rcalcination.)

Richesse en ferpour 100. 43.752 45.87 44.82

N° 1. Analyse dé Richard (1). Composition moyenne d'un chargement normal de 487 kilogrammes de minerai en morceaux gros et petits (greillade), pendant les années 1833, 1834,

(1) Ouvrage cilé, p. 107.

1835. N0,2, 3. Analyses de M. François (1). N°2. Composition moyenne, d'après deux analyses, de mélanges de minerais pris, en 1841, dans les forges de Vicdessos, de Niaux, de Lacour et Mas-d'Azil. N° 3, îd., en 1842. Selon cet ingénieur, ces variétés de minerais rendirent dans quelques établissements, jusqu'à 32.78 pour 100, et furent déclarés bons, quoique la* perte en fer ne s'élevât pas à moins de 12 à 15 pour 100. En examinant les analyses précédentes, on verra qu'il y doit y avoir une grande quantité de silice à l'état libre.

Les oxydes hydratés, pulvérulents, poreux ou peu compactes, peuvent être chargés directement dans le creuset; mais les minerais spath iques, ou ceux contenant beaucoup de carbonate de chaux; et les hématites brunes, riches et compactes, exigent un traitement préparatoire. Pour les oxydes hydratés ou les variétés légèrement calcaires , une simple calcination suffit; mais les oxydes siliceux et anhydres doivent être calcinés au rouge, étonnés par l'extinction dans l'eau et abandonnés à une exposition prolongée à l'air. M. François prétend que, par ces opérations, les minerais s'hydratent lentement et à un haut degré, surtout si elles sont répétées deux ou trois fois (*).

La calcination se fait dans des fours en moellons de granit ou de calcaire et quelquefois en briques, carrés, circulaires, ou ovales, de ln.70 à 2*.30 de hauteur, et de 2 mètres à 2m.50 de diamètre en œuvre. On enfourne de 300 à 400 quintaux métriques de minerai ; on charge par couches et alternant avec la mine 6 stères de bois sec et 7.50 de bois vert. Dans le premier cas, la calcination durera deux jours, et trois dans le second (2). La température du four doit être réglée avec soin pour empêcher la coagulation, c'est-à-dire le commence-

(*) Ce qui est fort rare dans les Pyrénées et ne se pratique que accidentellement. (Les Traducteurs.)

(1) Ouvrage cité, p. 138.

(2) Ouvrage cité, p. 258.

ment de fusion du minerai, sans quoi on manquerait entièrement le but de cette opération, qui est de désagréger le minerai pour que les gaz produits dans le creuset puissent l'attaquer.

M* François constate qu'il a obtenu d'excellents résultats d'un minerai pyritifere, en le soumettant à un léger grillage répété deux ou trois fois, et suivi de l'exposition à l'air et à l'eau (1). Le sulfure passe ainsi en grande partie à l'état de sulfate de fer.

Selon Richard, le traitement par la méthode directe convient de préférence à tout minerai contenant 50 pour 100 environ de fer, exempt de matières nuisibles, se présentant sous un état assez compacte pour être extrait en gros morceaux, et d'une nature poreuse ou pouvant l'acquérir par le grillage. Mais de tous les minerais il n'en est pas de meilleur dans ce procédé que l'hématite brune compacte, qui perd, par la chaleur, l'eau qu'elle renferme et se désagrège plus ou moins.

Creuset. — Le creuset, feu ou foyer, consiste simplement en une cavité formée par quatre faces. Il est renfermé dans une halle, sur un des murs de laquelle il s'appuie toujours, et dont il est seulement séparé par un petit mur v, fig.- 14, nommé piech d'el foc. Ses dimensions ont varié, dans différentes forges, souvent dans les mêmes à diverses époques ; car, malgré l'insistance des directeurs d'usines pour s'astreindre à des proportions déterminées, on le construit en réalité suivant l'idée du forgeron, et souvent il s'écarte beaucoup des dimensions prescrites (2). Nous désignerons chacune des quatre faces par les nM 1, 2, 3, 4, en partant de la gauche. Le n° 1 est la face d'avant, LL, fig. 13 a, la main, le latairol ou la face de chio; le n° 2, P, sur le côté gauche, par laquelle le vent est donné,

(1) Ouvrage cité, p. 256.

(2) Richard, p. 250.

s'appelle lesporges; le n° 3, à l'arrière, G,C, est la cave, et le n° 4, à droite, 0, est Yore ou le contrevent.

Fi g. 14. — Trompe et foyer , coupe verticale en long.

Face n° 1. Le latairol est vertical et généralement formé de deux fortes pièces en fer de Om.07 à Om.08 d'épaisseur, et OM5 à (T.20 de largeur; elles s'enfoncent de Om.20 à 0n.25 au-dessous du fond du feu, et s'élèvent' au-dessus de près de (T.52. L'espace de 0m.06 de largeur (1) compris entre elles est occupé par une pièce également en fer, le restanque. Cette

Fiq. 14 a. — Tioe et foyer; plan.

dernière ne pénètre pas dans le sol aussi profondément que les deux autres; elle l'arrase seulement de quelques centimètres et

(J) M. François donne (K19 comme largeur de l'intervalle. Les autres dimensions ne s'accordent pas tout à fait avec celles indiquées par Richard.

elle sert de point d'appui aux leviers pour soulever la loupe et la détacher de la pierre de fond. Tout le reste de l'intervalle est garni de terre à fourneau, d'argile ou de tout autre mélange convenable. A la partie inférieure sont ménagées des ouvertures,

Fig. 45. — Vue d'un foyer; sortie du massé. Dessiné par Justyne, d'après an croquis de Richard.

trous de chio, pour l'écoulement des scories, comme l'indique la figure 1 5 . Les têtes des latairoles ou des deux pièces verticales en fer de la face n° 1 , sont reliées horizontalement par une forte pièce en fer, nommée lapZ/e, qui s'implante dans le mur de gauche et s'appuie à droite sur le mur opposé. Soumise à de fortes réactions pendant le travail, celle-ci doit être établie très-solidement; elle pénètre, à gauche, dans le piech (Tel foc, tandis que l'autre extrémité est maintenue par une vieille tête de marteau (voir fig. 15) ou une lourde pierre, q, ronde, cerclée de fer, fig. 20. En dehors de la plie, on établit, au moyen de deux ou trois larges bandes de fer, une banquette inclinée vers l'intérieur du creuset, sous un angle de 10 degrés au plus ; la longueur totale de l'avant à l'arrière eôt généralement de 0m.40

environ. Cette banquette a lm.15 à peu près de largeur, à l'extérieur, et (T.805 à l'intérieur du feu. L'espace entre les lalairôles, le restanque et la plie est garni d'argile où l'on peut pratiquer des ouvertures pour écouler les scories.

Face n° 2. Elle se compose, au-dessous de la tuyère, de pièces rectangulaires en fer, également appelées porges, placées de champ les unes sur les autres, de manière à former une face verticale, et au-dessus de la tuyère un ouvrage grossier en pierre, nommé parédou (fig. 14). La section de ces pièces est de 0m.12 à 0m.15 de côté. La tuyère repose sur la plaque supérieure en fer et traverse une petite voûte ménagée dans le piech d'el foc, à 0m.50 environ du fond du n° 2 (les porges).

Face n° 3. Elle est entièrement construite en maçonnerie reliée par de l'argile, et diffère, sous ce rapport, des trois autres faces. Elle n'est pas verticale comme le n° 1, mais toujours inclinée vers l'arrière, d'à peu près 9 degrés, depuis sa base jusqu'au sommet dun°4, où elle devient verticale. Sa base est sensiblement parallèle à celle du n° 1, et à cet endroit la distance entre les deux côtés est de 0m.60. Sa hauteur totale varie de lm.50 à 2 mètres. Sous l'influence du travail, cette face se creuse plus ou moins ; et, suivant quelques praticiens, on devrait l'établir en matériaux qui puissent donner au feu la facilité de s'étendre, suivant la marche du vent (1).

Face n° 4. Elle se compose de plusieurs fortes pièces en fer, dont les extrémités reposent sur la maçonnerie : celles qui occupent la partie supérieure peuvent être en fonte. Sa surface est courbée et fortement renversée vers le dehors, surtout au sommet. A sa base, elle est sensiblement parallèle à là face n° 2 . La distance du fond du n° 2 à celui du n° 4 est de 0". 61. Le fond du feu est presque un rectangle, dont les côtés n°* 2 et 4 surmontent toujours les deux autres de quelques centimètres.

(1) Ouvrage cilé, p. 284.

Le creuset ne doit pas être exactement d'équerre avec le mur MM, fig. 20, mais s'incliner légèrement vers la droite, de sorte que, à leur partie inférieure, l'extrémité du côté n° i s'avance de 0m.03, et l'extrémité du n° 2, au point où il s'assemble avec le n° 3, est portée en avant de la môme quantité vers la droite. Les extrémités des pièces en fer, qui forment les trois faces du creuset, pénètrent plus ou moins profondément dans les côtés avec lesquels elles sont respectivement en contact ; elles donnent ainsi de la solidité à toute la construction.

Le fond du creuset est formé par une pierre réfractaire en granit , gneiss , micaschiste , grès ou même pierre à chaux. Il ne doit pas être trop grand, pour permettre de retirer cette pierre et de la remplacer par une neuve. Sa surface supérieure doit être plate ou plutôt légèrement concave. Ces pierres durent de trois à six mois, et quelquefois plus longtemps; cela dépend de l'habileté du forgeron.

Le massif doit être établi sur une fondation solide et sèche, et être garanti contre les inondations torrentielles qui se déclarent dans les vallées montagneuses. La pierre du fond repose sur un lit de scories pilées et d'argile brasquée de 0".40 à 0m.58 d'épaisseur; en dessous se trouve encore une grande pierre, généralement une vieille meule de moulin.

Aucun de ces feux n'est pourvu de cheminée ; mais un trou de 4 ou 5 mètres carrés, ménagé dans le toit, sert pour l'échappement des gaz produits par la combustion.

Tuyère. — C'est un tube en cuivre rouge, conique et un peu aplati, de 0m.48 de longueur, formé par une feuille simplement pliée en rapprochant les bords sans les souder ensemble. Au bout le plus large et sur la surface supérieure , les bords de la plaque sont très-écartés l'un de l'autre et se rapprochent graduellement jusqu'à se toucher à 0m.75 de cette extrémité; à ce point, la section du tube est une petite ellipse dont les axes ont 0B.10 et 0m.08. A la plus grande ouverture, le petit diamètre vertical a 0". 13, et le long diamètre transversal mesure

0B.23. L'épaisseur de la plaque de cuivre qui forme la tuyère est d'environ 0m.002 à cette extrémité, et croît jusqua 0B.008 ou 0m.013 vers le sommet du tronc de cône. Vœil de la tuyère est légèrement entaillé pour former une lèvre supérieure dépassant l'inférieure de 0".(M à 0*.02 ; sa section est un petit rectangle irrégulier, dont le grand côté est horizontal et représente une longueur de (T.042, tandis que l'autre n'a que 0m.033. Mais il faut remarquer que les dimensions et la forme de l'œil sont sujettes à de grandes variations dans le cours du travail. L'angle d'inclinaison du grand axe de la tuyère est de près de 40°. La saillie dans le creuset, mesurée de la lèvre supérieure au mur sur la face n° 2, est de 0m.225 : l'emploi du charbon de bois fort exige une saillie plus prononcée que le charbon de bois léger (1). La direction de la tuyère incline toujours plus ou moins vers la face n° 3. Un plan vertical passant par 6on axe ne divise pas le fond du feu en deux parties égales, mais est invariablement plus porté vers la cave que vers le latairol.

L'écartement entre le nez de la buse et l'œil de la tuyère varie entre 0B.30 et 0".53. Si la buse ne pénètre pas assez profondément, cette dernière n'est plus suffisamment rafraîchie et se fond, surtout lorsque le vent est faible.

Une quantité considérable d'air (souvent avec la vitesse de 2 mètres par seconde) peut pénétrer dans le creuset par le vide, entre la tuyère et la buse, entraîné par le courant que celle-ci détermine.

Trompe. — A une ou deux exceptions près, c'était le seul système de soufflerie employé dans les forges catalanes des Pyrénées (2). Elle fut, dit-on, inventée en Italie vers 1640. C'est une disposition simple, ingénieuse et efficace pour obtenir un courant d'air égal et continu ; mais son usage est res-

(i) François, p. 286.

(2) Richard, p. 100.

tremt aux localités où l'on peut disposer d'une chute d'eau de plusieurs mètres de hauteur.

Elle se compose d'un robuste bassin en. bois (paicherou), d'une contenance de 10 mètres cubes d eau environ, B, fig. 16, 1 7 ; d'une caisse inférieure en bois ou caisse à vent C ; et généralement de deux conduits verticaux ou arbres AA, reliant B et C ensemble.

Les arbres AA sont étranglés à leur orifice supérieur par deux planches en bois b (étranguillons), maintenues par des tringles transversales également en bois c, et à l'extérieur par des coins, fig. 16. On forme ainsi un étranglement étroit et rectangulaire au sommet de chacun des arbres ; immédiatement au-dessous de cet orifice, les parois sont percées de deux autres trous rectangulaires, placés vis-à-vis l'un de l'autre, ou aspirateurs ce, qui s'abaissent vers l'intérieur sous une inclinaison de 40 ou 50 degrés.

La caisse à vent en bois, C9 affecte une forme trapézoïdale ; les arbres pénètrent dans ce réservoir du côté de la paroi la plus large, et du côté opposé se dresse verticalement un conduit quadrangulaire p (l'homme). Sur ce dernier s'attache le portevent o (burle), fixé lui-même par un conduit en peau de mouton r (le bourec) sur la buse s (canon de bourec), généralement en fer et quelquefois en cuivre rouge. On enroule autour des joints une ficelle que l'on serre fortement au moyen d'un petit levier en bois, fig. 20. Derrière l'homme p, se trouve une ouverture pour permettre à un ouvrier de pénétrer dans l'intérieur et de faire les réparations : elle est fermée par un couvercle maintenu par une contrefiche appuyée sur le conduit p. Une autre ouverture w est pratiquée au bas de l'une des parois pour la sortie de l'eau ; les charpentiers qui construisent la trompe éprouvent de grandes difficultés à régler la section de cet orifice, de manière à ne laisser écouler que la quantité d'eau nécessaire. Mais, comme Richard le fait remarquer, cette difficulté peut être surmontée en ajustant sur cette ouverture

Coupe longitudinale

de l'extrémité inférieure

de l'arbre.

Eehelle »é<rlqa« i Oa.OI6.

Fig. 16. — Trompe. EléTallon ; d'après les planches de Richard, représentant la trompe de Montgafllard (Ariége). La moitié h droite est tuo en coupo.

une porte à coulisse. Immédiatement en dessous des arbres, une forte traverse en bois / (banquette) s'étend d une paroi à l'autre. Une pierre plate ou une plaque de fonte m est encastrée dans sa face supérieure, afin de protéger le bois contre les dégradations résultant du choc, au travers de6 arbres, de l'eau qui tombe directement d'une grande hauteur.

Fonctionnement de la trompe. — En levant les coins d, l'eau se précipite le long des arbres A A, et l'air est immédiatement appelé par les trous aspirateurs ee; de manière que la caisse à air se trouve pourvue d'un courant continu et mélangé d'eau et d air. L'eau s'échappe en dessous par l'ouverture latérale n, et l'air au-dessus, par le conduit p. Il faut évidemment que C contienne toujours une nappe d'eau assez profonde pour obstruer l'ouverture n, car autrement l'air s'en échapperait aussi bien que l'eau. La figure 19 montre clairement comment on peut réaliser cette condition d'après le même principe que

celui des fontaines de volières. La séparation de l'eau d'avec l'air est en partie causée par la banquette /. 11 y a lieu de croire qu'un très-grand volume d'air s'échappe parfois avec l'eau (1).

Détails spéciaux de construction. — Les arbres A A sont faits ainsi qu'il suit : on scie longitudinalement en deux parties égales un tronc droit, et l'on en évide les faces plates. On réunit alors les deux moitiés dans leur position primitive, et on les serre étroitement avec des anneaux de fer bien calés (ç, q, qr, ç, fig. 16). La coupe transversale du creux de ces arbres est généralement carrée, 0m.189 de côté, quand la chute est trèshaute, comme à Montgaillard, mais elle est de 0".216 de côté lorsque la chute est faible. Quelques trompes ont des arbres évidés en cylindre.

Les aspirateurs ee ont 0m.08 de largeur sur 0".05 d'épaisseur. Dans les arbres de la trompe représentée fig. 16, il y avait d'autres aspirateurs de 2m.10 au-dessous des autres, avec

(1) Kichard, p. 223.

une section carrée de 0m.04; l'eau y était souvent refoulée et

Fig. 17. — Caisse h eau ; eoope longitudinale entre les arbres A A, fig, 16.

toujours avec intermittence. Richard affirme que, d'après son expérience, le nombre et les dimensions des aspirateurs n'ont pas d'influence sur la tension du vent.

La dimension de l'étranglement b peut se régler au moyen des tiges transversales c et des coins dont nous avons déjà parlé. Dans la trompe de Montgaillard, il était aussi large que le creux de l'arbre, soit 0ta. 189 sur O"\067 dans l'autre direction.

Le volume du vent est déterminé par la quantité d'eau que l'on laisse couler par les arbres ; on le règle en levant ou en baissant plus ou moins

Fig. 18. — Trompe : plan; la partie lofé-

les coins a, suspendus a un levier par »;•;«• ;,élé «>•*•; * «*■ eD poin-

7 * * tillé indiquent la position des arbres,

une chaîne (voir flg. 17). Ce levier »— ***—■.««•■• «w. fonctionne par une longue chaîne qui va jusque près du four-

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