SITUATION DES FORGES CATALANES
France. —Il n'y a pas un demi-sièclo, les forges catalanes étaient extrêmement multipliées en France. Les Corbières et les montagnes Noires, dans l'Aude, en possédaient plusieurs en état de prospérité, et Ton en connaissait, eu 1807, jusqu'aux environs de Castres (h Monségur), ainsi que plusieurs autres dans le département du Lot, près d'Arqués.
Ces dernières, malgré le prix du bois déjà trts- élevé h cette époque, marchaient pourtant avec des minerais limoneux no rendant en moyenne et dans des petits foyers que 22 pour 100 et consommant 14 de charbon de bois pour 1 de fer produit! Ces fers, il est vrai, étaient d'excellente qualité: ils revenaient à 55 francs les 100 kilogrammes et se vendaient 80 francs. La question commerciale de la méthode directe, malgré ces prix exorbitants, se trouvait résolue par la différence entre le prix de revient et celui de la vente.
En 1824,168 forges de Gincla, consommant des minerais de Fillols (belles hématites manganésées) ne produisaient que 31 pour 100 de minerai et brûlaient en même temps 1 00 de charbon de hêtre, c'est-à-dire plus de 3 de charbon pour 1 de fer. Sahorre, dans les Pyrénées-Orientales, près de brades, arrivait
aux mômes résultats avec un mélange de minerai provenant de Fillols, Torren, Àytua et Escarro.
Depuis cette époque, ces rendements ont varié aussi peu que les méthodes, tant dans le Gapsire que dans le Vallespire.
Aujourd'hui encore, les forges sont assez nombreuses dans ces deux régions. D'après la dernière statistique de l'administration des mines, on comptait en France, en 1858, 88 foyers, qui se répartissaient de la manière suivante :
Ariége 45
Pyrénées-Orientales 24
Aude 9
Haute-Garonne 4
Basses-Pyrénées 3
Hautes-Pyrénées 1
Lot-et- Garonne 1
Tarn !
Nombre total des foyers. 88
L'administration n'indique pas les forges en activité ni leur production.
Les consommations de minerai et de charbon et le prix de revient indiqués par M. François, s'appliquent à des forges existant dans des circonstances favorables, puisqu'elles appartenaient à des propriétaires intelligents. Gomme comparaison, il suffit de rappeler que :
Par la méthode du Vallespire, dans le
Roussillon, on emploie 3.35 de charbon pour 1 de fer.
Par la méthode corse, avec du minerai
de l'Ile d'Elbe, etc 8 — —
Italie. — Les minerais de l'Ile d'Elbe ont été traités de tout temps, on peut dire, sur la côte de la Méditerranée, en Ligurie et dans les provinces napolitaines. On conçoit que ces minerais, d'un rendement moyen de 50 pour iOO, exigeant do 4 à 7 quintaux de charbon pour 1 de fer produit, suivant les différences du travail, aient été transportés, même avec peine, vers les lieux boisés où Ton pouvait disposer d'une force hydraulique suffisante.
Les forges liguriennes, c'est-à-dire des arrondissements de Gènes, de Savone et d'Albenga étaient, il y a trente ans, au nombre de quarante-trois ; elles étaient situées, les unes sur le versant méridional de l'Apennin, les autres sur la crête et sur le versant nord, couvert de châtaigniers. Le minerai de l'île d'Elbe, transporté à dos de mulets depuis le rivage, coûtait à la forge de 4 fr. 50 c. à 5 francs le quintal métrique. Le prix du charbon variait entre 4 et 5 francs ; on en consommait, en moyenne, 4 quintaux pour 1 de fer, y compris la quantité nécessaire au réchauffage et à l'étirage. La main-d'œuvre se payait à forfait 4 francs par quintal. Le prix de revient s'établissait alors, à la faveur d'un droit protecteur de 25 francs, de la manière suivante par quintal :
Minerai, 2 quiolaux à 5 francs 10 francs.
Charbon, 4 quintaux à 4 francs 16 —
Main-d'œuvre 4 —
Total 30 francs.
Ces fers se vendaient à Gênes et sur le littoral, de 42 à 45 francs. En 1840, le droit fut réduit à 20 francs; en 1842, à 16 francs; eu 1851, à 10 francs, et en 1 856, à 5 francs. Grâce à cette réduction, les fers étrangers arrivant à G unes amenèrent un abaissement équivalent dans les prix des fers catalans; d'ailleurs, le charbon valut bientôt 5 fr. 50 c; pour économiser le minerai, les propriétaires durent mélanger des fontes et des ferrailles, et la qualité du fer diminuant, la production ne tarda pas à s'amoindrir rapidement :
Forge»
Annéfli. on aellTité. Production.
1836 35 32.861 quintaux.
On n'importe plus aujourd'hui dans la rivière de Gênes que quelques milliers de quintaux de minerai. Les seules forges qui aient survécu traitent des fontes et des vieux fers pour utiliser leur matériel et les bois dont elles disposent.
Dans les provinces napolitaines les forges sont situées môme assez avant dans les terres. Quelques-unes travaillent plus ou moins activement à Fuscaldo, près de Paola (Calabre citérieure), à Montella et à Atripalda, près d'Avellino, à Vietri, à Araalfi et à Razzona. On compte en tout dix-sept forges avec deux ou trois feux chacune. Au lieu de 25 000 quintaux que les quarante-cinq feux pourraient produire, s'ils ne chômaient pas, ils ne livrent aujourd'hui que 7 000 quintaux. On traite rarement le minerai de l'île d'Elbe sans le mélanger avec un quart de sables ferrifères d'Ischia ou de Pozzuoli et avec de la fonte. Le minerai, qui revient à 4 fr. 60 c. aux forges, n'est pas grillé, mais concassé et débarrassé des pyrites qu'il renferme. Le charbon le plus communément employé est fait avec du châtaigner; il vaut de 4 francs à 5 fr. 40 c. le quintal à Fuscaldo ; le charbon de hêtre ne vaut que 3 fr. 50. La consommation atteint 4 1/4 à Mantella et 6 à Fuscaldo pour 1 de fer. La maind'œuvre se paye de 6 à 7 francs. Les fers en barres se vendaient 42 et 46 francs, tandis que le prix de revient se maintenait avec peine entre 35 et 40 francs; mais rabaissement des droits étendu aux usines napolitaines leur réserve le même sort qu'aux forges liguriennes (1).
Espagne. — Dans les provinces du nord de l'Espagne et de Tolède et dans la vallée du Tage, on trouve encore de nombreuses forges catalanes en lutte avec les nouveaux procédés. Depuis Pline le naturaliste, ces forges échelonnées de la Navarre jusqu'à la Galice emploient divers minerais , parmi
(1) Induttria del ferro (F. Giordano rrtriorv), Torino, 1864.
lesquels celui de Sommorostro a été le plus recherché. Ce minerai se divise en plusieurs classes que chaque propriétaire sait demander pour en faire les mélanges les plus favorables. C'est le vena negra, oligiste de couleur noire bleuâtre, à structure écailleuse, fournissant du fer un peu aigre. Le vena roja, hydroxyde rouge, tendre, tachant fortement les doigts, plus facile à fondre que le n° 1, mais moins riche. Le vena roja azulada, mélange des nM i et 2, mine la plus riche et la plus avantageuse pour les forges catalanes, mais peu abondante. Le campanil aiulado, fer carbonate, altéré ou mélangé; le ruhio% oxyde de fer brun, compacte; le calon, minerai argileux, très-siliceux; le toba, ocre jaune de formation vraisemblablement moderne. Quelques-uns de ces minerais ont rendu, par voie sèche :
Veoa negra 46 pour 100 fonte.
Vena roja 49 —
Rubie 61 -
talon.. 58.90 —
Toba 49 —
Don Rafaël Àmar de la Torre, inspecteur général des mines., a donné pour le roulement d'une forge située non loin de Vittoria, sur le Rio-Àraya, les chiffres suivants : 475 à 460 de charbon de bois pour 69 à 70 kilogrammes de fer à chaque massé. Cette forge, il est vrai, était intermittente, n'ayant pas toute l'eau qu'il lui fallait pour une marche constante. On y comptait d'une manière absurde par feux de six heures ; la main-d'œuvre n'y était pas en raison du poids du fer produit, les ouvriers n'avaient pour obligation que de façonner 4 zamarras (massés) par vingt-quatre heures, et faisaient payer au minerai et au charbon leur manque de soins. Ici, le sommorostro rendait effectivement 30 pour 100 au lieu de 40.
Paillette a constaté dans une forge, à Tolosa, une consommation de 3 de minerai et de 4 à 4.5 de charbon pour 1 de fer, et dans une autre forge de la même localité, pour 30 quintaux de minerai, une consommation de 27 à 30 quintaux de charbon avec production de 7 quintaux de fer. À Mon dragon, des feux de quatre heures de durée, marchant par le procédé Vallesepire, donnaient pour :
ï^r??1 kV8^ r'KÏT U de fer employé à foire de hurler. Et 4 a 5 de charbon (hêtre et chêne). \ v J
Le massé (zamarra), comme dans beaucoup de petites forges, ne dépassait pas le poids de 69 à 80 kilogrammes. Yoici, d'après le propriétaire* quels étaient les frais dans oette usine pour 1 quintal de 46 kilogrammes de fer du premier choix i
158 kilogrammes de minerai Sommorostro trié. . . 5fr. 55
Grillage dn minerai 0 59
W) kilogrammes de obarbon de bots choisi 14 80
Façon ajoutée à l'année (?) » 6 »
Total pour 45 kilogrammes de fer excellent. . . 96fr*86 Soit, pour 100 kilogrammes, environ 58 francs,
Ce prix, évidemment exagéré dans tous les détails, bien qu'il s'applique à des fers renommés, ne sautait être admis pour celui du fer marchand n la catalane qui valait alors de 40 à 45 francs les 100 kilogrammes sur les marchés de la Biscaye.
La forge de Luarca est une des plus anciennes et de celles qui marchent le mieux, en tant que qualité, puisque le fer se vend près de 20 pour iOO plus cher que celui de Biscaye et du Guipuzcoa. Les feux varient en durée do quatre heures à quatre heures et demie. Les frais établis en 1843 par Paillette, en rapportant tout à 1 00 kilogrammes de fer produit, dans le but de comparer la méthode de Luarca avec son analogue des Pyrénées françaises, étaient :
Achat de minerai à Bllbao 8 fr. 34 \
Fret 6 49 j 15 45
Transport de Luarca à l'usine 0 60 ;
GriUag$.
Bois pour le las, <<* 1 80) ~ .-
Main-d'œuvre 1 25)
Fabrication.
3 de 'minerai valant 16 fr. 96 c 50 88