‹ Traité complet de métallurgie (volume 2)Chapitre 121 sur 159 · FOYER SUÉDOIS OU A OSMUND · texte numérisé non relu

FOYER SUÉDOIS OU A OSMUND

Nous sommes redevable à M. André Grill des renseignements que nous publions sur ce fourneau. En 1732, le Conseil royal des forges chargea un inspecteur des mines de lui présenter un rapport détaillé sur le procédé à osmund, qui ne se pratiquait à cette époque que dans un des comtés de la Suède. Le rapport de cet inspecteur était accompagné d'un dessin original qui représentait le fourneau, les ustensiles en usage, etc.; c'est d'après un calque de ce dessin, que M. Grill a bien voulu nous communiquer, qu'a été exécutée la gravure (fig. 28). Swedenborg a donné, dans son Traité du fer, une description du fourneau à osmund, qu'il avait empruntée au rapport fait par un Suédois, Peter Laxholm (1); il a aussi reproduit une gravure identique, dans tous les détails essentiels, au dessin communiqué par M. Grill, y et qui, sans aucun doute, avait été copiée d'après le dessin original.

Description de la gravure (fig. 28). — A . Tas de minerai de marais non grillé. B. Tas de minerai en grillage sur du bois. C. Tas de minerai grillé. D. Sonde pour la recherche des minerais. E. Râteau à charbon de bois. F. Pelle en fer. G. Pinces pour tirer le massiau (osmund) du fourneau. H. Crochet servant aussi à l'extraction du massiau. K. Ringard pour nettoyer le trou de coulée et l'orifice de la tuyère. L. Gros marteau pour

(1) Regtum tubterraneum six* minérale, 1734, p. 119.

forger le massiau à peine extrait. M, M. Loupe de fer « blaslra » ou osmund, eu partie fendue. N. Hache. 0. Pédales du souf-

fig, 38. — Fourneau è aumund, 4'apite un ancien destin orlgiMl.

flet. P. Pont de planches. (). Trou de coulée du laitier. R. Tuyère. S. Pelle en bois pour charger le minerai.

Le minerai traité au fourneau à osmund était du minerai de

Fig, 19. — Fourneau a oaarané. Coupe rertleale par la tuyère, copie d*aprèa Swedenfaorf .

marais, composé essentiellement de sesquioxyde hydraté de fer. Swedenborg décrit en détail le mode de gisement et d ex-

traction de ce minerai; nous en extrayons les particularités suivantes :

Partout en Suède, au nord comme au sud, on extrait le minerai du fond des lacs et des rivières. On le désigne sous le nom de minerai de lao (venu lacustris ferri). Celui d'Àngermanie (ancienne province de la Suède) a une forme irrégulière ; une sorte d'épongé, d'une couleur brune (coloris bruni), friable sous le doigt et dont la cassure ressemble à celle du cuir fraîchement coupé ; les portions détachées du gisement sont de forme variable et quelquefois de la largeur de la paume de la main, en grains arrondis, de la dimension de grains d'orge ou de blé et même de haricots ; on le trouve non loin du rivage et il se reconstitue dans le cours de vingt ou trente ans. Pendant l'été, on ramasse dans des bateaux le minerai, au moyen de dragues ; et pendant l'hiver, on l'extrait par des trous pratiqués dans la glace. Dans tout le Smaland, on tirait ainsi des lacs le minerai qu'on convertissait en fer brut dans les fourneaux ordinaires. Le minerai est si abondant dans le Smaland et les provinces environnantes, qu'on en fait d'amples approvisionnements; et, comme Swedenborg le fait remarquer spirituellement : « Hic Mars uvidus amat fundos lacuum. » Sec, le minerai est léger et poreux, et quoiqu'il ne renferme pas beaucoup de métal, il en rend pourtant de grandes quantités. Sa richesse varie beaucoup, de même que sa qualité ; une sorte produit le meilleur fer, et l'autre, du fer de qualité inférieure.

A l'Exposition de 1862, on remarquait, dans le département suédois, une collection intéressante de minerais de lac, accompagnée d'une notice dont nous tirons les renseignements suivants (1) :

On connaît jusqu'à cinq variétés de ces minerais ; leur structure est concrétionnée, et on les désigne d'après leur ressem-

(i) On th$ Swtiih lAke-0r$$, M illustration of sompUs to the Gnat Exhibition in Londony 1802, by C. W. Sjogréen. Ekesjo, 1862. Voir aussi : Btitrage wr gmauerm Kmntnûs des Eismhiiiten wesent m Schwedtn. Von d* Morili Mcyer. Berlin, p. 101 et suit.; 1829.

blance, comme forme et comme dimension, avec certains objets familiers, sous les noms suivants :

r Minerai perle. Il rend 45 pour 100 de fer; il est très-dur et très-lourd et présente une cassure d'un brun foncé, huileuse et éclatante ; il se rencontre généralement dans les lits boueux ou argileux.

2° Minerai bardane. Ce nom lui vient de son analogie avec la tête de cette plante ; il est un peu spongieux, très-léger et rend rarement plus de 30 pour 100 de fer; il est friable et tombe en poussière en séchant ; on le trouve surtout au fond des lits recouverts d'herbes.

3° Minerai monnaie. Il est en petites plaques rondes comme des pièces de monnaie ; il est plus dense que les deux premiers; sa cassure est pareille à celle du minerai de perle; il rend jusqu'à 40 pour 100 de fer.

4° Minerai gâteau. Il a la forme de gâteaux ronds de 0",05 à 0"\15 de diamètre, mous, très-légers et d'un gris foncé; on le regarde comme très-pauvre; il ne contient, en effet, pas plus de 25 pour 100 de fer et on l'emploie rarement; on le trouve dans les lits sableux ou argileux.

5° Minerai poudre à canon. Il a la forme de grains de poudre dont la couleur varie depuis le jaune verdâtre jusqu'au noir brillant; il est très-lourd à l'état pur et rend jusqu'à 50 pour 100 de fer approprié aux moulages; il repose sur du sable si fin, qu'il est parfois impossible de le séparer du minerai après l'avoir sorti de l'eau.

Les minerais de lac sont toujours plus ou moins mélangés d'impuretés, surtout de sable ; ils en renferment quelquefois jusqu'à 30 ou 40 pour 100. Ils tiennent aussi de 20 à 60 pour 100 de sesquioxyde de fer, et de protoxyde de fer et de manganèse, jusqu'à 10 pour 100 de silice, de 0.05 à 4 pour 100 d'acide phosphorique et de 7 à 30 pour 100 d'eau hygroscopique. En certains endroits on extrait du minerai qui renferme jusqu'à 20 pour 100 de manganèse.

On trouve généralement ces minerais près des bords couverts de roseaux et sur les pentes les moins profondes, en couches de 10 à 200 mètres de longueur, de 5 à 15 mètres de largeur et de 0".20 à 0".75 d'épaisseur. On ne les rencontre jamais dans les courants rapides ; la même variété ne se présente pas sur le parcours d'un même cours d'eau : ainsi, on trouvera en tête du dépôt la variété poudre à canon, plus loin du minerai perle et enfin du minerai gâteau ou monnaie. Le minerai se foriùe de nouveau très-rapidement, et on connaît tels lacs où le minerai, épuisé complètement, s'est accumulé de nouveau dans l'espace d'une vingtaine d'années, de manière à constituer des couches de plusieurs centimètres d'épaisseur. On attribue sa formation à des infusoires.

L'extraction de ces minerais mérite d'être décrite. Vers la fin de l'automne, quand les lacs sont gelés sur 5 ou 10 centimètres d'épaisseur, on procède à la recherche du minerai. On introduit une longue perche par des petits ' trous faits dans la glace, au-dessus des endroits peu profonds, et on en frappe le fond ; on s'assure ainsi, par le son et par la résistance, s'il y a ou non du minerai ; le mineur doit être bien rompu à cette pratique pour opérer le sondage avec succès. Il marque, au moyen de branchages plantés dans la glace, les limites de la couche qu'il découvre et acquiert ainsi la possession légale du gisement. Après avoir délimité autant de gisements . qu'il se propose d'en exploiter pendant l'hiver, il attend que la glace soit devenue assez résistante; à la limite extrême de sa concession il pratique un trou d'environ 0m.90 de diamètre, et par ce trou il fait glisser jusqu'au fond une longue perche munie d'un crible en tôle de fer perforée ; puis, avec un râteau de fer de 0".60 de largeur, fixé de même à une longue perche, il ramasse le minerai en tas, et, avec un autre râteau, large de 0m.15, il remplit le crible dont il vide le contenu sur la glace. Le minerai est mélangé de boue, d'argile et de sable; pour l'en séparer, il le met dans un autre crible qu'il plonge à 5 ou

10 centimètres de profondeur dans l'eau et qu'il agite de façon que les matières impures passent par le crible et laissent le minerai pur. Deux hommes sont d'ordinaire em* ployés à ce travail ; l'un ramasse le minerai, l'autre le lave. Si le minerai est assez abondant, un homme en extrait généralement dune demi-tonne à une tonne par jour ; ce résultat dépend non-seulement de son habileté, mais encore de la nature du minerai et du fond du lac. Pendant la plus grande partie de l'hiver, l'extraction du minerai s'opère, dans la province de Smaland, sur de grandes masses.

En 1855, la quantité totale de minerais de lac et de marais extraits s'élevait a 290 000 ctrs, ou, en chiffres ronds, de 1 4 000 à 1 5 000 tonnes (1), et en 1 860, à 22 000 tonnes (2).

Voici les analyses des minerais de marais de différentes localités :

Silice 9.20 8.12 7.00

Acide phosphorique 10 99 3.44 0.67

Acide ralfurique » » 3.07

Sesquioxyde de fer i 162.92 67.46

Protoxyde de manganèse. . . I (4.18 3.49

Alumine 0.44 4.60 »

Chaux » » 0.90

Eau 28.80 48.40 47.00

N° 1 . Minerai de Leipziok, brun jaunâtre, analyse de O. Erdmann. N° 2. Minerai de Schleswig; densité = 2.432; analyse de Pfaff. N° 3. Minerai d'Auer, Moritzburg; analyse de Bischof. La proportion d'acide phosphorique est très-faible et doit être exceptionnelle.

(1) Dos EisenhMenwesen m Schweden. P. Tunncr. Freiberg, p. 12, 1858.

(2) Siceâish board of Traâê Report for 1860 (Rapport du Conseti du commerce de Suéde pour 1860; 18 ieptembre 1861).

Analyses des minerais suédois de lac et de marais, par le professeur X.-F. Svanberg.

Ban.

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