‹ Traité complet de métallurgie (volume 2)Chapitre 54 sur 159 · FER ET MANGANÈSE · texte numérisé non relu

FER ET MANGANÈSE

Nous avons déjà examiné les alliages carbures de fer et de manganèse ; la présence du carbone> il est à peine besoin de le faire remarquer, modifie, à un degré remarquable, les propriétés de tout alliage. Quant aux alliages de fer pur et de manganèse pur, nous ignorons s'il a été fait quelque essai concluant; nous n'avons rien trouvé d'écrit à ce sujet.

L'affinité du fer pour l'étain est bien connue. Le fer-blanc ordinaire n'est que de la tôle recouverte d'étain par simple immersion dans un bain d'étain fondu. L'étain, dans des conditions convenables, adhère fortement à la surface du fer. Un alliage de fer et d'étain, ou de fer, d'étain et d'arsenic se forme dans le procédé ordinaire de la fonte de l'étain. Berthier a décrit spécialement les deux alliages suivants (1) : l'un contient 35.1 pour i 00 d'étain et correspond à la formule Pe4Sn ; il est d'un gris de fer clair, cristallin et assez cassant pour qu'on puisse le réduire en poudre impalpable. L'autre, composé de 50 pour 1 00 d'étain, est fusible à 50° (pyromètre de Wedgwood) , d'un blanc grisâtre, très-fragile et à cassure grenue. Le premier de ces alliages a été étudié dans notre laboratoire ; on l'avait préparé en fondant ensemble à la chaleur blanche : 1 120 grammes de tôle de fer mince et 590 d'étain. L'alliage était dur et fragile, à cassure d'un gris clair, cristalline, avec de petites facettes sous des angles variables ; chaque facette était à grain fin, d'un éclat terne, identique à celui du zinc renfermant beaucoup de fer ; il était magnétique. L'acide chlorhydrique l'attaquait faiblement sans l'aide de la chaleur, et l'acide azotique l'atta-

(1) Traité, t. II, p. 539.

quait énergiquement d'abord, puis son action cessait bientôt. MM. Deville et Caron ont décrit un alliage de la formule FeSn ; il cristallise en larges lamelles dans une solution contenant un excès d'étain et n'est que faiblement attaqué par l'acide chlorhydrique (1). Nôllner a décrit un alliage de la formule FeSn1 cristallisé en petits prismes à quatre pans (*). En faisant dissoudre de l'étain des Indes dans l'acide chlorhydrique, on retire un résidu insoluble où l'on retrouve ces cristaux. L'alliage a une densité de 7.446; il est presque insoluble dans les acides chlorhydrique et azotique, mais facilement soluble dans l'acide nitro-chlorhydrique ; en le projetant dans la flamme d'une chandelle, il brûle avec des étincelles et une fumée blanche; il fond à une chaleur blanche, et la masse solidifiée cristalline est magnétique, bien que les cristaux primitifs ne le soient pas (2). L'étain et le fer se fondent ensemble en toutes proportions et forment des alliages d'un aspect homogène ; mais quand un alliage contenant sensiblement plus d'un tiers de son poids d'étain est chauffé légèrement au point de fusion de l'étain ou audessus, la liquation de l'étain se produit jusqu'à ce que l'alliage Fe4Sn, plus ou moins défini, soit laissé comme résidu. L'étain liquéfié entraîne cependant du fer.

Karsten a étudié l'effet de l'addition de 1 pour 100 d'étain anglais le plus pur à une charge de fonte pendant le procédé de conversion en fer malléable au foyer d'affinage. Le fer n'était pas précisément rouverain, car il se mar-

(*) Parmi les produits provenant du traitement des minerais d'étain à Schlackenwalde, M. Rammelsberg a décrit un alliage cristallisé renfermant de l'étain et du fer dans les rapports indiqués par l'une des formules FeSn* ou FeSn6. Cet alliage forme de fines aiguilles d'un gris clair, appartenant, selon toute apparence, au système du prisme à base carrée ; leur densité est de 7.534, L'acide chlorhydrique dissout lentement cet alliage. (PoggendorfTs, Arm. d. Phys. u. Chem., t. CXX, p. 54 ; 1863.) {Note des Traducteurs.)

(1) Jahres-Berkht, «., p. 190; 1858.

p) Jahres-Bericht, L. u. K., p. 188; 1860.

telait très-bien ; mais, chauffé à blanc, il émettait des vapeurs qui se condensaient sous forme de dépôt blanc sur le marteau et sur l'enclume. Par une forte chaleur, le fer tombait rapidement en morceaux sous le marteau, de sorte que pour lui donner de la qualité, il fallait lui faire subir plusieurs chauffes; il avait donc perdu de sasoudabilité et il était devenu rouverain à un haut degré. Aucune barre ne soutint répreuve ordinaire; toutes se rompirent en plusieurs morceaux dès qu'on les frappa sur l'enclume. Ce fer sans aucune utilité ne contenait, d'après l'analyse, que 0.19 pour 100 d'étain (1).

M. Levick, des forges de Blaina, nous a communiqué les résultats suivants de ses essais sur le procédé breveté de Stirling pour durcir les champignons des rails avec de l'étain,

« On ajouta à chaque charge, soit 240 kilogrammes de fonte à puddler, de 1 kilogramme à lk,30 d'étain en saumon. L'étain, introduit dès que le fer fut en fusion, ne parut pas nuire au puddlage ; mais, à peine chargé, une grande quantité de fumée blanche s'échappait au sommet de la cheminée jusqu'à ce que le puddlage fût achevé. Le fer n'exige pas le même degré de chaleur pour former la loupe que s'il était sans étain. Cinglé sous le squeezer, il s'égrène davantage et est plus difficile à laminer. En roulant en barres puddlées, comme dans le cas des laminoirs, les pinces des ouvriers se couvrent d'un dépôt blanc provenant de la fumée blanche dégagée pendant le travail. Ce dépôt s'enlève aisément par le frottement ou par l'eau, quand les pinces sont rafraîchies dans la bâche. En mettant en paquet et en chauffant les barres puddlées pour faire la couverte des champignons des rails, le fer ne supporte pas une température aussi élevée que celui sans étain ; car, à la chaleur ordinaire, il s'égrène et se crique sous l'action des cylindres. Lorsque la couverte durcie à l'étain est employée dans les paquets à rails, de grandes précautions sont néces-

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saires pour la souder, le champignon ne pouvant être soumis à la môme température que le reste du paquet. La barre puddlée est très-cassante et cristalline, mais la couverte Test plutôt moins; lorsque le rail est fini, une grande partie de Tétain s'est évaporée, et c'est avec difficulté que la couverte peut conserver son grain.

M. Longmaid a pris un brevet pour l'addition dune petite quantité d'étain dans la fonte pendant l'affinage ou le puddlage (1). De 0k,45 à 0k,90 d'étain par tonne dé fer sont des quantités convenables; mais, dans aucun cas, la proportion ne doit excéder lk,80, car alors le fer est rendu dur et cassant. Le breveté déclare d'ailleurs « qu'en employant la petite quantité indiquée, on augmente la dureté et que l'on donne de la force au fer sans améliorer (affaiblir?) sa ténacité » (sic). Le style des spécifications de brevets ne fait pas toujours l'éloge de leurs rédacteurs ; cette phrase le prouve.

MM. Faraday et Stodart se bornent à remarquer, dans leur mémoire sur les alliages d'acier, que « l'acier s'allie aussi avec Tétain, » et ils expriment des doutes sur la valeur de cet alliage (2).

Rinmann a fait de nombreux essais sur les alliages de fonte et d'étain. Avec 1/11 d'étain, le métal en fusion coulait comme de l'eau ; il était très-fragile et dur, à cassure gris clair, et aussi dense que l'acier fondu de la meilleure qualité; il était attirable à l'aimant comme du fer pur. Rinmann appelle l'attention sur ce fait que cet alliage ne se rouille pas, bien qu'il l'ait laissé plus d'une année dans un lieu humide. Par cette raison, il le considérait comme propre à la fabrication d'ornements et de miroirs, d'autant plus qu'il se fond plus facilement que la fonte, qu'il coule mince et prend l'empreinte exacte du moule ; il est plus blanc que la fonte, de structure très-compacte; il reçoit un beau poli et ne tache pas du tout les

(1) A. D., 1861, no 1863.

(2) Quarlerly Journal, déjà cité, p. 329.

mains ni le linge par le frottement. Il donne un son aussi net que le métal de cloche. Rinmann fit fondre dans du sable une cloche en fonte additionnée d un peu d'étain ; l'expérience ne réussit pas très-bien, mais il parvint pourtant à améliorer le son du fer, A l'Exposition internationale de 1851, on voyait une grande cloche en fonte, qu'on disait alliée avec une petite proportion d'étain.

M, Denison nous a communiqué sur cette cloche les remarques suivantes : « La clocho de métal Union-Stirling, avait une forme presque hémisphérique, d'environ 1"\37 de diamètre; elle était beaucoup plus mince que les cloches de forme ordinaire et de diamètre égal, ou môme que des cloches plus petites et de poids égal. Le son était inférieur à celui du métal de cloche sous la môme forme, ou sous la forme ordinaire, et elle exigeait un battant beaucoup plus .gros pour produire le son. On finit par la rompre en la frappant avec un marteau. »

Elle était exposée par Morries Stirling, qui avait fait de cet alliage l'objet d'un brevet (1). Une petite sonnette de cet alliage fait partie de la collection métallurgique du Muséum de géologie pratique. Nous avons coulé une cloche avec de la fonte blanche mêlée de 5 pour 100 d'étain; le son paraît assez bon, mais il est plus perçant et très-inférieur à celui d'une cloche de mômes dimensions, composée de cuivre allié à 24 pour 100 d'étain. Avec 20 pour 100 d'étain, l'alliage ressemble au dernier, mais il est plus blanc et un peu plus dur. La qualité de la fonte n'est pas spécifiée, mais sans doute elle est blanche, car si elle avait été grise, il en aurait été fait mention spéciale. De la fonte grise et de l'étain fondus ensemble à poids égal ne s'allient pas bien ; le premier métal repose à l'état de culot sur le dernier, de manière à pouvoir s'en détacher au marteau. On parvient au même résultat en fon-

dant de la fonte avec deux fois son poids d'étain. Un mélange de 3 parties en poids de fonte et de 10 parties d'étain donne un culot d'apparence assez homogène; il est demi-malléable et sa cassure ressemble tant soit peu à celle de l'acier brut fondu ; des grains de fer sont disséminés dans la masse. De la fonte mêlée avec deux fois son poids d'étain forme un alliage d'aspect homogène, qu'on peut battre en feuilles minces; mais il contient encore de nombreux grains de fonte. Dans des essais entrepris à Liège, on a constaté que l'addition de 2 à 5 pour 100 d'étain dans de la fonte produisait un métal homogène, très-dur, fragile et peu tenace (1).

M. Eyferth a expérimenté l'action de 1 etain sur la fonte (2). Suivant cet observateur, si l'on ajoute 25 pour 100 d'étain à de la fonte grise en fusion et qu'on brasse le mélange, tout le carbone dissous, c'est-à-dire non combiné ou graphitique, s'élève à la surface à l'état de graphite très-léger et volumineux. Il se forme ainsi un alliage très -fluide et tenace, quoique fragile, et ressemblant par la cassure aux alliages de plomb, d'antimoine et d'arsenic. Après l'avoir coulé, il reste dans le creuset une masse graphiteuse, et au fond un autre alliage plus riche en étain, dont la surface est presque couverte d'une couche adhérente d'une trèsfine poussière graphiteuse: cet alliage est plus doux que le précédent, mais tout aussi fragile ; la cassure est seulement plus brillante. Lorsque, après avoir introduit 1 etain dans un creuset et l'avoir brassé à différentes reprises, on le tient au chaud pendant quelque temps, les métaux s'associent avec séparation de silicium et forment un alliage très-fluide qui rejette souvent des flocons de silice et dont la cassure ressemble à celle de l'acier fondu le plus compacte. Il semble que l'étain déplace seulement le carbone non combiné ou graphitique, et que tout le carbone combiné est retenu dans l'alliage

(1) Ann. dit Mènes, 3* série, t. III, p. 233; 4835.

(2) Jahres-Bmcht, Wagner, 1861, p. 22.

stannifere. En ajoutant environ 1 0 pour 100 d'étain, le carbone non combiné est partiellement entraîné et l'alliage, qui est très-liquide, se distingue à peine, par la cassure, de la fonte grise brillante; on peut le limer et il se trempe comme de l'acier ordinaire. Cependant, par un refroidissement très-lent, il se produit de la fonte blanche renfermant des agrégats de lamelles graphiteuses. Lorsqu'on ajoute de l'étain à de la fonte grise en fusion, il ne se sépare pas de trace de carbone ; M. Eyferth n'a fait que quelques essais dans ce sens.

Nous ne possédons des connaissances exactes sur le titane métallique que depuis quelques années, grâce aux travaux de l'infatigable M. Wôhler (1). Préparé en réduisant le fluo-titanate de potasse par du potassium , le titane est une poussière grise amorphe, qui ressemble au fer réduit par l'hydrogène à une basse température. Grossie deux cents fois au microscope, elle apparaît en masses frittées, ayant la couleur du fer et un éclat métallique ; chauffée à l'air, elle brûle avec projection de vives étincelles ; la plus petite parcelle de métal exposée à la flamme produit une étincelle comme une étoile. Chauffé dans l'oxygène, le titane donne naissance à une flamme instantanée qui jaillit comme un éclair, et il résulte de l'acide titanique(TiOf) de la combustion. Suivant M. Wôhler, il n'y a pas d'autre corps qui brûle aussi énergiquement dans le gaz oxygène. 11 décompose faiblement l'eau à 100° C. M. Wôhler ne croit pas au soidisant titane jaune bronzé ou couleur cuivre, décrit par Berthier, Laugier et d'autres chimistes, et obtenu au feu de forge, en réduisant l'acide titanique dans des creusets brasqués, à moins qu'il ne soit établi que ce métal existe à deux états allotropiques. A des températures élevées, le titane se combine non-seule-

(1) A*n. de Chim. et de Phys., 3" série, U XXIX, p. 181 ; 1850.

ment avec l'oxygène, mais encore avec l'azote; et même dans ce gaz, chose singulière, la combinaison a lieu avec dégagement de chaleur et de lumière (1). M. Wôhler a décrit trois azotures des formules TiN, TiW, TiW. Il y en a aussi un quatrième, de la formule Ti'N, qui n'a pas été isolé, et que l'on suppose exister dans le produit des hauts fourneaux ; il en sera question plus loin. Les azotures des formules TisN8 et Ti*N peuvent, suivant M. Wôhler, se représenter par les formules 2TiN 4- TiaN et 3TiN + Ti'N. .

Le titane, comme on le verra par la suite, est souvent présent en petite quantité dans les minerais de fer traités en Angleterre ; un composé remarquable de titane se rencontre en cristaux cubiques , couleur cuivre , dans la masse des crasses qui s'accumulent au fond du creuset des hauts fourneaux. M. Wôhler s'est assuré le premier que c'était un cyanoazoture de titane de la formule TiCy+3TisN(2). Wollaston l'avait examiné longtemps auparavant et l'avait pris pour du titane pur. Selon Karsten, il existe des traces de titane dans beaucoup de variétés de fonte, mais il reste à savoir si dans ce cas le métal est réellement allié au fer ou dissous, et s'il n'est pas plutôt à l'état de cyano-azoture mécaniquement disséminé dans le fer qui constitue les crasses du creuset. Il peut y être très-finement divisé, comme le prouverait l'action des acides sur des « crasses » ; titanifef es ; le fer est dissous, et le composé de titane reste en liberté (*).

MM. Faraday et Stodart n'ont pas réussi à introduire le titane dans l'acier. Un mélange de limaille d'acier et d'oxyde de titane (TiO*) fut chauffé violemment avec un peu de charbon ;

(*) Le fluotitanate de fer, étudié par M. Weber, s'obtient par la dissolution du fer titane dans l'acide fluorbydrique ; il forme des cristaux prismatiques d'un jaune verdâtre, inaltérables à l'air ; sa composition est exprimée par la formule FeFl + TiFlf+ 6HO. (Note des Traducteurs.)

(1) Recherches sur le titane et son efficacité spéciale pour ïatoU, par MM. Wôhler et H. Sainte-Claire Deville, Ann. de Chimie et de Phys.} 3- série, t. LU, p. 92 ; 1858.

(2) Ann. de Chim. et de Phys., S« série, t. IXIX, p. 166; 1850.

l'acier se fondit en un petit globule recouvert d'un verre mince qui adhérait aux parois du creuset; l'acier ne contenait pas de titane. La température avait suffi pour amollir et presque liquéfier les creusets dans l'espace de Quinze minutes (1). On se servit dans un des essais de menachanite ; le culot ne contenait pas « un atome de titane, » bien qu'il fût damassé à la surface (2).

Karsten avait affirmé que des traces de titane se trouvent dans beaucoup de variétés de fonte (3). M. Riley s'est dernièrement occupé de la recherche de ce corps, et il est parvenu à en trouver notamment dans les argiles réfractaires ; tout récemment il l'a doBé dans certaines variétés de fonte en quantité appréciable (*).

M, Hochstatter a fait dans notre laboratoire l'expérience suivante. 8r.10 de sesquioxyde de fer à peu près pur et artificiellement préparé furent intimement mélangés avec 8^,23

(*) Les deux analyses suivantes de M. Riley 6ur des minerais de Norwége destinés au haut fourneau, démontreraient que la proportion de titane y est cependant quelquefois fort considérable (4) :

Oxyde de fer magnétique 46.14 54.7*2

Acide titanique 56.88 40.80

Silice 13.32 1.68

Chaux 0.78 2.13

Pyrite 1.05 »

M. Riley a également acquis la certitude que l'acide titanique fait constamment partie des minerais silico-argileux. Mais il est difficile, le titane n'étant pas susceptible de s'allier avec le fer, d'admettre la présence de l'acide titanique (0.470, 1.150 et 1.629 pour 100) dans les fontes produites soitavec des minerais de Norwége, soit avec des minerais également titanifères de Belfast, et surtout de comparer l'action du titane dans la fabrication du fer à celle du manganèse.

Nous croyons savoir que, dans des essais pratiqués dans des hauts fourneaux du comté de Durham, dans le but de contrôler cette influence du titane compati) Quarterly Journ. déjà cité, p. 522.

(2) PhU. Trans., déjà cité, p. 267.

(4) PtoCêédtogs of thé Chem. Soc, 2« série, 1. 1, p. 387 ; 1863.

de rutile (TiO*) en poussière, et exposés pendant une heure et demie dans un creuset brasqué couvert, à la chaleur blanche. Le produit était en partie fondu et en partie fritte; la surface externe était dune couleur rouge-cuivre. On chauffa de nouveau à blanc, pendant une heure et demie, dans un creuset brasqué couvert, après avoir ajouté 2^,60 de chaux et 3*r.90 de verre pilé. Ce deuxième produit était imparfaitement fondu, mais il renfermait de nombreux globules de métal disséminé. Ceux-ci étaient d'un blanc grisâtre sur leur cassure, légèrement malléables et fortement magnétiques. L'acide chlorhydrique bouillant les dissout lentement, à l'exception d'un petit résidu noir, qui disparaît complètement par la calcination à l'air. On ne découvrit pas de traces de titane dans les globules, soit en précipitant par l'ammoniaque leur solution dans l'eau régale, soit en redissolvant le précipité dans l'acide sulfurique à froid, ou enfin en faisant bouillir ensuite pendant longtemps la solution ainsi obtenue ; il n'y eut pas le plus léger précipité; le titane n'était donc pas présent en quantité appréciable (*).

rable à celle du manganèse , il a été constaté que le titane passait tout entier dans les scories et laissait des traces à peine dosables dans la fonte qui, d'ailleurs, n'acquérait aucune qualité spéciale. Dans une aciérie importante du môme comté, le titane n'a donné également que des résultats négatifs ou à peu près. (Note des Traducteurs.)

(*) Extraction de l'acide titanique du fer titane. — Le minerai, rinement pulvérisé, est mélangé avec deux parties de spath fluor et chauffé avec assez d'acide sulfurique légèrement étendu pour former une bouillie liquide. On décante le liquide clair et on le verse dans un excès d'eau ; le sulfate de chaux qui se dépose est séparé par fîltration. La liqueur filtrée est verte et renferme le fer et le titane, qu'on précipite à la fois par l'ammoniaque; on dissout ensuite ce précipité dans aussi peu d'acide sulfurique étendu que possible et l'on ramène le fer à l'état de protoxyde par l'acide sulfureux ; puis on verse la liqueur dans de l'eau bouillante et Ton entretient pendant quelque temps l'ébullition. L'acide titanique se précipite ainsi en entraînant un peu de fer. Pour l'avoir exempt de fer, on est obligé de le transformer en fluotitanate de potassium, qu'on purifie par cristallisation et dont on précipite l'acide par l'ammoniaque. (Weber, Journ. f. Prak. chem., t. XC, p. 212; 1863.)

(Note des Traducteurs.)

FER ET TÏTÀNE. 281

De mars 1859 à décembre 1861 , il a été délivré à M. Robert Mushet jusqu'à treize brevets pour des perfectionnements apportés à la fabrication du fer et de l'acier, et dans tous l'application du titane joue le rôle principal.

C'est une besogne assez fastidieuse, on le conçoit, que de feuilleter une pareille masse de spécifications. Dans la première (4), l'usage du titane est breveté pour l'alliage avec l'acier fondu, et dans la deuxième (2),pour la production directe de l'acier titanifère en fondant ensemble du fer malléable, du charbon et certaines matières titan ifères. Le but du troisième brevet (3) est expliqué ainsi : a L'objet, essentiel de mon invention consiste à fondre de a l'acier cémenté, de l'acier en barre puddlé, etc., ou des mélanges de ces « variétés d'acier ou encore un mélange de fer malléable et de matière « charbonneuse en proportions telles, qu'une fois en fusion il se produise de « l'acier fondu, avec de l'isérine de la Nouvelle-Zélande ou toute autre isérine, ce ou avec un sable ferrugineux titanifère et de la matière charbonneuse; ou en ce ajoutant ledit sable ferrugineux titanifère et la matière charbonneuse à ce l'acier, ou au mélange de fer malléable et de matière charbonneuse, ou aux a matières pouvant produire l'acier, qu'on se propose de convertir en acier ce fondu. Ce mélange devra s'opérer pendant la fusion dudit acier ou dudit ce fer malléable avec la matière charbonneuse, ou des matières pouvant pro- « duire de l'acier, ou après que? ledit acier ou fer malléable, etc., auront été « fondus et réduits à l'état liquide, et enfin, en ajoutant à l'acier très-carburé, ce de l'isérine de la Nouvelle-Zélande ou toute autre, ou du sable ferrugineux ce titanifère, sans mélange additionnel de matière charbonneuse et en fondant ce ensemble dans un creuset ledit acier très-carburé et le sable ferrugineux « titanifère. Dans ce cas, l'excès du carbone dudit acier très-carburé suffit, a sans aucune autre addition de matière charbonneuse, pour réduire à l'état « métallique l'isérine ou le sable ferrugineux titanifère, soit partiellement, ce soit entièrement. »

Le ejuatrième brevet a pour titre : Perfectionnement dans la fabrication d'un alliage ou des alliages de titane et de fer (4). Le breveté déclare que son invention consiste à obtenir par l'isérine ou du sable ferrugineux titanifère un alliage ou des alliages de fer et de titane en fondant ces minéraux, après un mélange préalable avec certaines matières résineuses ou bitumineuses, dans un fourneau à vent ou de préférence à coupole, alimenté à l'air chaud. Le métal réduit, affirme-t-il, est un alliage de fer et de titane qui contient aussi du carbone. Il recommande le charbon de bois comme combustible lorsque le métal doit servir à faire l'alliage avec de l'acier fondu.

(1) A. D., 1859, mars, n» 703.

(2) A. D., 1859, mai, n» 1115.

(3) A. D., 1860, 29 septembre, n» 2365, Amélioration dans la fabrication de Tacier fondu.

(4) A. D., 1860, 8 décembre, n« 5010.

Le cinquième v brevet (1) a le même titre que le quatrième, et l'invention « consiste à fondre les minerais composés de titane, appelés par les minéralogistes ilménites et communément minerais de fer titanifère, » afin d'obtenir un alliage de fer titanifère qui contient aussi du carbone.

Le sixième brevet (2) mentionne des « perfectionnements » aux premiers brevets pour l'application du titane à l'acier fondu.

Le septième brevet (3) est destiné à améliorer la qualité des fers malléables, et aciéreux ou celle des aciers fondus, tels qu'on les fabrique en injectant ou en refoulant l'air à travers de la fonte à l'état de fusion. Le but de cette a invention» est uniquement d'empêcher M. Bessemer d'ajouter aucune matière titanifère au produit fondu par son procédé.

« L'invention (4) » du huitième brevet réside 4° dans l'addition à l'acier ou à tout mélange de matières qui une fois fondues donnent de l'acier fondu, d'un mélange de fonte granulée ou de fer affiné, et du minerai de titane en poussière, du minerai de fer titanifère, de l'acide titanique ou de l'oxyde de titane; on fond ensemble dans ledit creuset, ledit acier ou matières produisant de l'acier et ledit mélange de fonte granulée, ou de fer affiné et de minerai de titane en poussière, d'acide ou d'oxyde, afin d'allier le titane ou une portion du titane contenue dans ledit minerai de titane, acide ou oxyde, avec l'acier fondu provenant de l'acier ou du mélange de matières produisant l'acier, de façon à améliorer la qualité ou les qualités de l'acier fondu, et 2* dans l'addition à l'acier ou à, tout mélange do matières qui, une fois fondues, donnent de l'acior fondu, d'un mélange de fonte et de fer affiné granulaire et d'ilménite désoxydé ou de minerai composé do titane et de fer, on fond ensemble ces diverses matières dans un creuset, afin d'améliorer la qualité de l'acier fondu résultant.

L'objet de l'invention spécifiée dans le neuvième brevet (5) consiste essentiellement à fondre du spiegeleisen ou tout autre composé semblable, avec de l'acier fondu, principalement pour combattre la propriété rouveraine ou, autrement, améliorer la qualité. Ce brevet comprend le spiegeleisen « gris » (6). C'est sans doute une cause de nullité, car le spiegeleisen gris n'est pas du spiegeleisen.

Dans le dixième brevet (7), la fonte des minerais titanifères conjointement avec l'hématite fouge, est spécifiée comme le but do l'invention grâce à laquelle on obtient « un métal titanique de meilleure qualité, » qui possède une propriété et un usage spécifiques pour la fabrication de l'acier ou du fer de première qualité, dont ne jouit aucun autre alliage de titane et de fer contenant aussi du carbone ; du moins le breveté le juge ainsi.

(1) A. D., 1860, 10 décembre, n° 3030,

(2) A. D., 1860, 12 décembre, u° 3045.

(3) A. D., 1360, 13 décembre, n* 3070.

(4) A. D., 1861, 21 janvier, n« 163.

(5) A. D., 1861, 23 février, n* 473.

(6) Spécification,}. 12.

(7) A. D., 1861, 19 octobre, n° 2609.

Dans le onzième brevet (4) M. Mushet réclame le droit exclusif de fabriquer un triple composé métallique ou alliage de fer, de titane et de manganèse contenant aussi du carbone.

Le douzième brevet (2) confirme le privilège exclusif d'allier l'acier fondu ou « le fer homogène » au triple alliage spécifié dans le dernier brevet. Cet alliage, d'après l'expérience du breveté, contient ordinairement un peu de silicium, mais en quantité si minime, qu'il « n'est pas du tout nuisible » à la qualité de l'acier fondu ou du fer homogène dans lesquels il peut entrer.

L'invention du dernier et treizième brevet (3) réside dans l'addition dans un four à puddler, « du métal titanique » à de la fonte ordinaire, ou à du fer affiné, ou à tout mélange de ceux-ci, afin d'améliorer la qualité du fer malléable, du fer en barre, ou de l'acier puddlé qui résulte de ces mélanges.

Si la foi dans la valeur d une « invention » doit se mesurer par le nombre de brevets qui en garantissent l'entière propriété, M- Mushet a donné des témoignages exceptionnels de ses vertus. Treize brevets pour la seule application du titane à la fabrication du fer et de l'acier, sous toutes les formes, sont un incident assez remarquable, même dans les annales des brevets ! « L'acier titanique, » défendu par un rempart aussi titanesque de brevets, devait donner de merveilleux résultats à M. Mushet et au monde entier. Tous les moyens ont été mis en œuvre pour proclamer sa supériorité sans égale. Les journaux ont été mis à contribution à Londres , à Birmingham et ailleurs ; des objets en acier « titanique » ont été étalés dans les magasins les plus fastueux, à côté de belles et grandes affiches. Tout ceci est bien et conforme à l'usage ; mais on peut se demander si le public, si crédule pour beaucoup de choses, a formulé une appréciation quelconque sur cette importante invention métallurgique. Quelques chimistes de talent et de réputation déclarent qu'ils ont analysé des échantillons d'acier titanique « sans avoir pu y découvrir la

(i) A. D., 1861, 22 octobre, n» 2637.

(2) A. D., 1861, 1« novembre, n«2744.

(3) A. D., 12 décembre, n«31J6.

moindre trace de titane. » Le titane n'est pas facile à découvrir en si petite quantité dans le fer, de sorte que cette preuve négative pourrait être attribuée à l'imperfection des méthodes analytiques, ou bien les échantillons analysés étaient-ils exceptionnellement pauvres comme certains autres échantillons commerciaux d'acier Wolfram, qui, suivant Wagner, ne contenaient pas de traces de tungstène. Nous apprenons que M. Mushet n'a pas réussi à convaincre les fabricants d'acier de Sheffield de la supériorité incontestable de son « acier titanique. » Cela peut tenir au préjugé, ou bien à une conviction honnête; c'est ce qui paraît plus vraisemblable. Notre ami M. Webster écrit à ce sujet : « Que les manufacturiers soient lents à adopter un changement, c'est naturel ; les découvertes les plus simples et les plus grandes ont à vaincre la résistance de la routine, résistance comparable, en général, à l'importance du résultat ou aux conséquences de l'invention (1). » Espérons que « l'acier titanique » finira par entrer dans cette catégorie de découvertes !

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