LIVRE I
Le fer pur, à l'état compacte, a été très-imparfaitement étudié. Plusieurs variétés de fer forgé se rapprochent du métal pur, mais toutes contiennent plus ou moins d'impuretés. Toutes les fois qu'on emploiera le mot fer sans autre qualification, on entendra parler du fer pur ou du fer forgé. Sous la forme pulvérulente, quand il provient du sesquioxyde de fer chauffé dans l'hydrogène à une température relativement basse, il est de couleur gris terne, mais il acquiert immédiatement un éclat métallique sous le brunissoir. D'après M. Péligot, le protochlorure de fer chauffé dans l'hydrogène se réduit facilement; le métal est alors filamenteux, compacte, malléable et presque aussi blanc que l'argent (1). Berzélius recommande le procédé suivant pour préparer du fer chimiquement pur avec le fer forgé du commerce. On fait chauffer pendant une heure, à un feu de forge au coke, dans un creuset de Hesse couvert et bien luté, un mélange de tournures ou copeaux de fer avec 1/5 en poids de sesquioxyde de fer, le tout recouvert de verre pilé exempt d'impuretés métalliques. Le fer ainsi obtenu se rapproche de l'argent par sa blancheur ; il est extrêmement tenace, plus doux que le fer en barres ordinaire, à cassure esquilleuse, conchoïde et parfois cristalline (2). Les résultats que nous avons constatés, en répétant ce procédé,
(i) Berzélius, Rapp. ann., 5« année, trad. par Plantâraour, p. 76; 1845. (2) Berzélius, Traité, t. H, p. 655.
il. 1
diffèrent un peu de ceux de Berzélius. En traitant de la même manière, sous du verre pilé, du fil de fer très-fin, coupé en morceaux, nous avons obtenu un culot bien fondu au fond du creuset. Ce culot, entamé par le milieu et brisé, offrait une cassure très7cristalline, de couleur blanc grisâtre; le métal était relativement doux et malléable ; une partie martelée, puis laminée à froid en feuille mince, montrait des ébarbures; sa densité, avant le laminage, était de 7.8707, et après le laminage, de 7.865. Ce fer n'était certainement pas pur, car il se dissolvait facilement dans l'acide chlorhydrique ou dans l'acide sulfurique dilué, en donnant lieu à un dégagement d'hydrogène fétide. Broling avait déjà remarqué les mêmes différences de densité : ainsi, du fer en barre dont le poids spécifique était 7.8439, pesait 7.6 après avoir été réduit en feuille très-mince, et 7.75 après avoir été étiré en fil d'un diamètre inférieur àOm.002 (1). Berzélius fait observer que « ces anomalies sem- « bleraient provenir de la répulsion entre l'eau et la surface « métallique, puisque la densité diminue proportionnellece ment à la surface du métal. Cette surface cependant avait « été débarrassée par de la potasse caustique, des matières « étrangères qui pouvaient empêcher l'adhésion du métal et « de l'eau. » Il en conclut que le phénomène est dû au traitement mécanique du métal après fusion. Le poids spécifique du cuivre est également modifié par ce traitement. Le seul fer pur que nous ayons obtenu à l'état compacte, avait été précipité par la pile. M. Henri Bradbury nous a remis de minces lamelles de fer provenant de l aciérage qui consiste à protéger les planches de cuivre gravées par une couverte de fer déposé à la pile, afin qu'elles résistent mieux à l'usure de la presse. La solution contenait du protochlorure de fer et du chlorure d'ammonium (2). Le métal se précipite en faible couche, bril-
(1) Berzélius, Traité, t. II, p. 656.
(2) Spécification, A. D. 1858, n° 667, au nom de E.-A. Jacquln; communication de M. Garnier, de Paris.