DOUBLAGE EN CUIVRE
On consomme de grandes quantités de cuivre dans la marine poui* le doublage des navires, et Ton a remarqué, suivant la qualité des diverses variétés du métal, des différences extraordinaires dans le mode, le degré et la rapidité des corrosions causées par Peau de mer. Le doublage peut être attaqué uniformément sur toute la coque, ou çà et là sur quelques feuilles seulement; l'attaque peut encore donner lieu à des trous irréguliers, qui atteignent parfois des dimensions considérables ; enfin le navire peut séjourner pendant nombre d'années à la mer sans présenter aucun indice de corrosion, tandis que dans l'espace de quelques mois il se perfore au point de ne pouvoir plus servir. Nous avons examiné un grand nombre dé feuilles détachées des navires ayant plus ou moins na* vigué, et voici les résultats de nos observations.
Le cuivre exposé à la mer se revêt à la surface d'une couche
(1) Dans un second mémoire publié par M. F. Field, dans le Quarterly journal of the Chem, Soc,, ce chimiste établit qu'il a vériâé> par de nombreuses analyses de cuivre, que le bismuth se rencontre rarement, dans les minerais exempts de soufre, tandis qu'il accompagne presque invariablement les sulfurest
verte qui consiste surtout, croyons- nous, en oxychlonire de cuivre déterminé par l'action combinée des chlorures de l'eau et de Tair atmosphérique. Cette couche une fois formée, donne naissance à des actions ' électriques locales et complexes qui peuvent occasionner la formation de composés nouveaux, ou peu étudiés jusqu'ici. Nos expériences sur ces actions diverses nous ont conduit à des résultats assez compliqués et souvent embarrassants; une étude approfondie de la composition de ces produits serait très-instructive. Il est possible qu'on ait fait des recherches de cette nature, mais nous ne les connaissons pas.
Il a été prouvé^ que dans certaines localités la corrosion marche plus activement que dans d'autres; ce qu'on a attribué à la diversité des mers et des eaux .Ainsi le professeur Daniel, de King^s Collège, en étudiant les causes de la destruction rapide du doublage sur la côte d'Afrique, est arrivé à cette conclusion, qu'elle était due à la présence de l'hydrogène sulfuré (1). Son successeur, le docteur Miller, a attribué au même agent la corrosion du laiton (Voir larticle Laiton) qui a lieu si vite dans les Docks de Londres. Les fondeurs et ceux qui élaborent le cuivre sont si convaincus des effets destructifs de ces eaux , qu'ils résolurent de repousser la garantie habituelle de durée que les constructeurs exigeaient d'eux. M. Miller, qui les appuyait, déclara que ces eaux étant fortement imprégnées d'hydrogène sulfuré, devaient nécessairement attaquer le métal par la formation d'un sulfure métallique. Or, il faut dire que dans le même moment, la Compagnie des Docks prouvait que le laiton mis en œuvre était, par lui-môme, plus ou moins rapidement attaqué. Tout en admettant que l'action des eaux de mer est plus active dans certaines localités que dans d'autres, il a été également bien constaté que la résistance des cuivres du commerce à cette action
(1) On affirme (p. 57) dans le Rapport de la commission d'enquête sur Tétat des mines et du commerce du cuivre dans le royaume (imprimé en 1799, 7 mai) qu*au navi^ marchand de Liverpool, doublé en cuivre au mois d'avril 1785, avait fait 16 voyages de Liverpool k la oôte d'Afrique, et de là aux Indes orientales» après des réparations insignifiantes, sans que le cuivre^ en avril 1799» eut souffert.
est elle-même très-variable. Nous invoquerons à cet égard de nombreuses observations et les expériences comparatives qui ont été faites dans nos arsenaux (!)•
Le 5 octobre \Si&i\eVanguard fut doublé, en même temps, à tribord avec 400 feuilles de cuivre (marquées C) provenant exclusivement de minerais des Cornouailles fondus chez MM. Grenfeli et G**, et à bâbord avec 400 feuilles de cuivre (marquées F) provenant d'un mélange de minerais anglais et étrangers. Au bout de' quatre ans on enleva de chaque côté, dix-neuf feuilles qui avaient d^abord été pesées et marquées d'un signe particulier, pour être facilement retrouvées, et on les pesa. Le poids primitif de chaque feuille (C) variait de 3^*'-400 à 4^"-300, et celui des feuilles (F) de 3^"- 800 à 4'^"-500.
On constata :
Porte moyenne ptr feuille. Perte moyenne par feuille et par année. .
C «64 gr 76 gr.
En 1 847, la c Sapho » fut complètement doublée avec du cuivre fabriqué à Chalham (marqué C); c'était sans doute du cuivre de diverses sources, refondu et laminé à Chatham, à Pexception de cinquante feuilles, fournies par les usines de MM. William Poster et Cie, àSwansea (marqué H). Dans le rapport, ce cuivre est désigné, métal dur à doublage dont Tcmploi avait été conseillé par M. Moyle, fondeur habile, attaché aujourd hui à Tarsenal de Chatham. On sépare ce cuivre dur du cuivre mou, à un certain moment de la fonte, et Ton peut croire qu'il provient des fonds cuivreux employés à la fabrication du best selected. En 1846, on en fit affmer trente tonnesà Swansea, sous l'inspection de M. Owen, en ajoutant dans le raffinage beaucoup moins de plomb que d'habitude; il fut laminé et soumis à diverses expériences. M. Pri« deaux y a trouvé les matières indiquées d'autre part :
(1) Quand on n*indique pas de sources particulièresi pour ce qui va suivre, on doit en conclure qu*on a puisé dans les documents officiels;
FABRICATION DU CUIVRK
Analyse du métal dur à doublage.
Pour 400.
Zinc o.îOO
Fer 0.076
Nickel 0.040
Étain 0.019
Plomb 0.007
Argent O.OOi
Antimoine 0.024
Arsenic 0.124
Manganèse traces
Silicium , 0.035
Aluminium 0.010
Calcium 0.055
Magnésium 0.007
Potassium et sodium. . 0.047 ]
Cet expérimentateur fait remarquer que le silicium et les corps terreux peuvent provenir du verre dans lequel on avait fait bouillir le cuivre avec Pacide. Cette source d^erreur n'a pu être révélée à M. Prideaux, qu'après avoir terminé cette très-délicate analyse, car il n'eût pas passé son temps à déterminer, quantitativement, ces éléments complexes.
La Sapho resta douze mois seulement dans le port de Ports* mouth ; son doublage était tellement détérioré, qu'il avait disparu en certains endroits et qu'il fallut en enlever jusqu'à cinquante feuilles. La perte moyenne par feuille (marquée G) était de 475 grammes, tandis que la perte moyenne des feuilles (marquées H) était seulement de 78 grammes.
Le même métal dur employé sur un vaisseau marchand, appartenant à M. Broklbank, donna des résultats très-satisfaisants.
Le navire de la marine royale, le Uowef à Sheemess, dont le doublage se composait de deux espèces de cuivre, du vieux cuivre laminé à Portsmouth, et du nouveau dû à la fonte d'un mélange de minerais anglais et étrangers, fut visité en 1 847» Le premier, fabriqué probablement vers 1 832 ou 1 833, avait éprouvé une perte moyenne, par année et par feuille, de 32 grammes, ou de
310 grammes en quatorze ans; tandis que, pour le dernier» laminé en 4843, la perte totale par année et par feuille s'élevait à 122 grammes, ou 427 grammes en trois ans et demi.
Le doublage en cuivre fut appliqué pour la première fois en 1761, sur un navire de la marine royale; un second fut doublé en 1765, puis un troisième en 1770; quatre en 1776, et enfin neuf en 1777. Trois ans après, tous les vaisseaux de la marine anglaise étaient doublés.
On prétend que les cuivres anciennement fabriqués résistaient beaucoup mieux à l'action corrosive de la mer, que ceux de fabrication plus récente ; cette détérioration manifeste dans la qualité des doublages s'est révélée vers 1 832 et 1 833. Depuis la paix de 1815, jusqu'en 1832, la marine n'avait pas acheté de cuivre, car on en trouvait une provision suffisante dans la refonte des vieilles feuilles. C'est vers les années 1833, 1834 et 1835 qu'onacom*mencé à fondre des mélanges de minerais anglais et étrangers, et la détérioration du cuivre coincide précisément avec l'importation des minerais étrangers en Angleterre, ou du moins avec l'emploi de ces cuivres dans la marine. Le tableau qu'on lira à la page suivante, est extrait des documents officiels ; il peut offrir quelqu'intérêt aux fondeurs de cuivre et aux armateurs.
TABLEAU DU DEGRÂ DR CORROSION DES DOUBLAGES PROVENAUT DE DIFFÉRENTES VARIÉTÉS DE CUIVRE
D'après les expériences du mois de juillet 1843 au mois de décembre 1845.
Nom des navires
Armada
Fontaine (réservoir)
Chatham (brise-lame)..
Sémiramis
Néreée
Netly (vaisseau matelot)
Armada
Chatham
Imprégnable
Netly (vaisseau matelot)
Béresford
Staç
Cyclops (S. V.)
Phare flottant
America
Forth
Grecian
Falmouth (lesteur)
Cyclops (S. V.)
Nimrod
Forth
Endymiou
Calcutta
Vauguard
Indus
Clarence
Volage
Superbe
Royal William
Pandora
Melampus
Id..
Persian
Acorn
Daring
Station.
Hamoaze
Plymouth détroit
Id
Port et mer
Hamoaze
Port et mer
Hamoaze
Plymouth détroit
Port et mer
Id
Plymouth
Hamoaze
Mer
Jetée
Hamoaze
Id
Mer.
Port et mer
Mer
Hamoaze
Mer
Id
Id
Id
Hamoaze
Mer
Hamoaze
Id
Id
Mer
Id
Hamoaze
Id
Mer
Dau
Perl*
delà
hbrinUM
par faoilta
àm dmblaf*
«cpar n
il. 2
Ce tableau prouve que la transition du bon au mauvais cuivre a été subite et qu'elle a commencé, ainsi qu'on Ta dit, vers 1833. Il ne faut pourtant pas en conclure que tout le vieux cuivre soit bon et tout le nouveau mauvais. A Tappui de la première proposition , on peut citer le relevé suivant ,
tiré des papiers de sir Samuel Bentham, consultés par M. Owen,
Nom do navire.
Dateâe l'enlèvement du cuivre
Durée du doublage.
Remarques.
Repuise. , ,
Dragon
Enoounter
Melpomene
Dryad
Dec. 1808
Fév. 1807
Janv. 1808
Janv. 1808
Juin 1208
Sept. 1808
Ans. Mois.
Cuivre ronçé.
Usé trop mince.
Id.
Cuivre rongé.
Id. très-mince.
Id. mince.
Lark
Extraits des rapports des arsenaux.
Arsenal de Portsmouth. — Vlntrepid , dégarni en décembre 1796, présentait un très-bon cuivre, qui n'avait été placé que depuis quatre ans ; mais un quart du cuivre était très-rongé, trèsdéfectueux et en général très-mauvais.
Chantier de Sheemess. — Rapport des officiers de la marine, en date du 9 mars 1797.
Nom du vaisseau.
Marqie des feuilles.
Durée, années.
Perte par feuille et par an.
Observations.
Adamant
OWi-793 -, etc.
0 793 sans marq.
0 793 Id.
0 906 Id.