MÉTALLURGIE DU ZINC
Basile Valentin passe pour avoir d'abord employé le mot Zinc; mais ce fut Paracelse, le célèbre chimiste du XVP siècle, qui le premier appliqua ce terme à un métal possédant les caractères distinctifs du zinc (1).
Beckmann et d'autres auteurs admettent cependant, que le zinc a été décrit dès le XIIP siècle, par un moine dominicain, Albert de BoUstedt, plus connu sous le nom d'Albert-le-Grand. Mais, d'après Strabon (2), on est autorisé à croire que le zinc métallique n'était pas inconnu aux anciens; selon lui, on le trouvait dans le voisinage d'Andira et de Tendus (3). Les anciens le désignaient sous le nom de faux argent ou d'orichalque.
L'Orichalque, ou comme on dit aussi \q clinquant (4) était une substance métallique en apparence, si parfaitement semblable à l'or, que Cicéron assurait qu'il était facile de faire prendre une pièce de cette composition pour une pièce d'or (5). De nos jours, la seule substance métallique qu'on croit avoir été prise par les anciens pour de l'or, est l'alliage du cuivre et du zinc, désigné par le terme laiton.
(1) Geschiehte derMetalle. Zippej Wien, 1857^ p. 241; Un exposé détaillé de Thistoire de ce métal se trouve dans Touvrage suivant : Geschiehte des Zinks, in Absicht seinss Verhaliens gegen andere K'ôrper, etc., G. F. C. Puchs, Erfurth. 1788.
(2) Introduction. Tome I, page xxi.
(3) Livre xiii.
(4) Dérivé de opit;^a>xôc, composé de opoç, montagne et xo().xor> cuivrai
(5) Tiré des Essais chimiques de Watson, 1786, t. IV p. 85.
L'alliage de cuivre et d'étain, autrement dit le bronze, bien connu des anciens, n'a jamais pu être confondu avec l'or, à moins de supposer que Cicéron Tait assimilé à un métal doré ou doublé d'or. Il est en effet prouvé que la dorure sur bronze était pratiquée, à une époque très-reculée, par ce fait, qu'on voit au Musée Britannique des vases de bronze, de Ninive, sur la surface desquels on discerne encore des traces distinctes d'or.
Le mot faux argent est assez curieux : il paraît avoir été adopté pour indiquer un certain métal, ayant un peu la couleur de l'argent et probablement aussi fusible et aussi dur que celui-ci. Les seuls métaux connus alors, qui peuvent avoir par leur aspect quelque ressemblance avec l'argent, étaient le mercure, le plomb et l'étain. Or, comme ces métaux sont très-reconnaissables, on les aurait certainement distingués par leur nom propre, plutôt que de les désigner sous celui de faux argent. 11 faut, de plus, faire remarquer que cette dénomination ne pouvait s'appliquer à deux de ces métaux, le mercure et le plomb, car il est clair qu'aucun d'eux ne peut communiquer au cuivre les propriétés attribuées à l'orichalque.
Les anciens avaient-ils recours pour produire le zinc qui est trèsvolatil, à des fours pourvus de cornues, comme nos fours modernes, avec des appareils de condensation? La chose est douteuse. Quels que soient les arguments invoqués d'après le texte de Strabon, il n'y a pas, que nous sachions, dans aucun des écrits laissés par les auteurs anciens , traces d'un seul fait qui prouverait que les Grecs et les Romains aient eu la moindre connaissance du zinc pur. Il est possible, après tout, que cet auteur ait décrit d'une manière incorrecte la méthode de fabriquer l'orichalque ou laiton. Ne voit-on pas, en effet, de nos jours, des hommes instruits incapables de décrire d'une manière intelligible leurs observations et les procédés métallurgiques les plus simples. Il ne serait d'ailleurs pas improbable que ce métal ait été découvert à une époque beaucoup plus éloignée que celle que l'on suppose.
On assure que le zinc fut apporté du Levant par les Portugais, un siècle avant l'époque où il fut répandu en Europe comme objet de
commerce; il faudrait toutefois en excepter Goslar, où, selon Lohneiss, il était fabriqué dès avant Tannée 1617 (1).
Au commencement du XVII* siècle, les Hollandais capturèrent un vaisseau portugais chargé d'une cargaison de zinc, qui fut vendue sous le nom de speautre^ spiauter^ speauter ou spialter; de là, lemotspellrum, introduit par Boyle, et le mot anglais spelter^ qui est presque le seul appliqué aujourd'hui au zinc, dans les ateliers anglais (2).
Dans le siècle dernier, le zinc était importé en abondance des Indes Orientales en Europe, sous le nom de tutenag (3). Plusieurs contrées de TOrient sont citées comme ayant produit ce métal ; en première ligne, la Chine, où les connaissances métallurgiques sont très-avancées.
Bergmann rapporte, d'après une tradition, qu'un Anglais visita la Chine dans le dernier siècle, uniquement pour apprendre à fabrir quer le zinc ; qu'il atteignit son but et put revenir en Angleterre avec le secret de cette fabrication, et que quelque temps après on vit des ateliers se construire à Bristol pour la fabrication du zinc per descensum (4).
Ces faits seraient faciles à vérifier, et dès l'instant que le zinc était, chez les Chinois, un article de trafic, il est plus que probable qu'ils connaissaient, depuis fort longtemps, l'art de l'extraire; peut-être bien depuis les derniers temps de l'ère grecque ou romaine.
En 1721 , Henckel annonça que le zinc pouvait être extrait de la calamine à l'aide du phlogistiquCy mais il ne divulgua pas ses procédés.
En 1742, A. Van Swab parvint à l'extraire dans la Dalécarlie, en distillant les minerais, à Westerwick, où il fut question d'étar
(i) Estait physiques et chimiques de Bergmann^ traduits à Londres 1784, t. S, p. 313
(2) Histoire des inventUms par Beckmann. Londres 1814, t. 3 p.p. 91-2. — Essais chi" miquet d« Watson. t. 4, p. 2. Watson assure que le métal dont ce vaisseau était chargé était appelé ealaem, nom qui aurait quelque rapport avec le mot calamine.
(3) Beckmann, op. cit,
(4) Op. cit. page 311.
blir des usines sur un très-grand pied ; mais ce projet n'eut pas de suites. En 1746, Margraaf, ignorant ces tentatives, fit connaître un nouveau procédé qu'il avait découvert {<).
On assure que le docteur Isaac Lawson inventa le premier une méthode pratique pour extraire le zinc de la calamine , et qu'il fit même, à cet effet, construire des usines (2). L'évêque Watson croit que ce docteur Lawson pourrait bien être cet anglais qtii avait été en Chine, pour apprendre les secrets de cette fabrication, mais cette supposition n'est appuyée d'aucune preuve. Suivant le même auteur, les premières usines à zinc furent établies à Bristol , vers Tan 4743, par un sieur Champion, qui obtint un brevet pour son procédé. En 1739 (3), un autre brevet lui avait été accordé pour une nouvelle invention relative à l'extraction des métaux, mais il n'est pas dit que ce soit pour le zinc. Plus tard, en 1758 (4), le même personnage prit encore une autre patente pour produire avec le sulfure de zinc, OMblende^ qu'on désignait sous les noms de black-jack^ mock-iack ou hrazilU du zinc et du laiton. Soumise d'abord au lavage, ensuite triée et broyée en poudre fine, la blende était enfin grillée, puis mélangée en cet état, avec du charbon de bois; on la substituait à la calamine et elle servait, comme celle-ci, soit à produire du zinc métallique, soit à fabriquer du laiton. On ne trouve nulle part, à la date citée par Watson, mention de ce brevet, bien qu'on ne puisse pas mettre en doute , par la description de ces détails , que Champion n'ait, depuis quelque temps déjà, produit du zinc sur une vaste échelle.
Vers l'année 4766, Watson visita les fabriques de cuivre de Champion , près de Bristol, et vit réduire le zinc par une méthode dont le secret était alors rigoureusement gardé. Plusieurs
(1) Bergmann ; op. cit. p. 313. Les faits mentionnés dans ce paragraphe sont pris dans le même auteur.
(2) Price, minera/. Cwnvib.^ p. A& .hitHonnairt de Chamber'i, 1753. note par Watson ; Essais chimiques, t. 4, p. 36.
(3) 13 septembre, n** 369.
(4) 28 juillet, n*" 726.
HISTORIQUE Vtl
années après , il publia la description exacte de ce procédé; c*est le même qui sera décrit plus loin sous le nom de méthode anglaise, et qui est encore appliqué aujourd'hui à Bristol.
Quels que soient les doutes sur Tancienneté de la découverte du zinc, il ne peut y en avoir sur celle du laiton, qui est un alliage jaune de cuivre et de zinc, connu dès les premiers temps de Tère chrétienne et peut-être même bien avant cette époque. Uanalyse d'objets d'une date bien constatée prouve ce fait, qui peut d'ailleurs se déduire de la description des procédés alors en usage.
Preuves analytiques. — 11 y quelques années, le duc de Northumberland offrit au Musée de géologie pratique, un duplicata de plusieurs pièces de monnaie de sa xollection. Nous avons pris pour l'analyser, une de ces pièces qui avait la couleur jaune particuh'ère du laiton.
Cette pièce fut examinée à notre demande, par une des plus hautes autorités en numismatique du Musée Britannique, M. Burgon, qui déclara que c'était bien une véritable médaille antique. C'était une monnaie grecque impériale de Trajan, frappée en Carie, vers l'an 110 après J.-C. et portant le nom du magistrat Théodore ; on y constata, jusqu'à un certain point, à l'aide du chalumeau, la présence du zinc. Elle avait, d'après l'analyse de M. Tookey, la composition suivante :
Cuivre 77.690
Zinc «0 . 700
Etain 0.386
Fer 0.273
Nous avons été à même d'examiner, dans la même collection, une médaille de Geta, frappée à Milet , en Carie, entre les années 189 et 21 2 de J.-C. ; elle avait, sans qu'on puisse s'y méprendre, la couleur du laiton.
Deux autres médailles contenant du zinc et appartenant à la collection Northumberland furent analysées, il y a quelques années, daps le LfJ)orf^toire métallurgique, par M. T. Philipps. Elles furent
examinées par l'amiral Smyth, si versé dans la connaissance des monnaies romaines, et qui nous a donné à ce sujet les détails suivants. La première était une médaille de laiton , à TefTigie de Vespasien, frappée à Rome Tan 71 de J.-C; sur la face, on voit le profil impérial ; à droite sur le revers, une inscription effacée; dans le champ, S. C. (senatus-consultu), une femme drapée , portant avec une corne d'abondance, une coupe. On peut observer dans la collection du Musée Britannique, plusieurs pièces semblables qui sont exemptes de patine et présentent la couleur jaune du laiton ordinaire. La seconde, également en laiton, était une grande pièce impériale grecque, à Peffigie de Caracalla, frappée^ l'an 199 après J.-C. Sur la face, CEovHPoc ANTûNEiNoc; la têtc laurée de Caracalla; le revers était effacé. Des médailles de Sévère (collection du Musée Britannique), antérieures de dix ans environ à celle que nous venons de mentionner, avaient la couleur franche, jaune du laiton.
Cuivre 81.97 74.24
Zinc 18.68 14.41
Etain 5.28
Plomb 0.14 6.57
Fer...., 0.12 0.40
M. J. A. Philipps a publié les analyses suivantes, d'anciennes monnaies contenant une quantité considérable de zinc(l). Chaque pièce a été soumise à deux analyses,
Zinc 17.31 17.81 15.84 10.85 6.27
Etain i.05 .. 1.14 4.97
Plomb 1.73 9.18
Fer.. 0.35 .. 0.50 0.74 0.23
• Pesanteur spécifique 8.52 8.59 8.60 8.30 8.83
(1) Quart, Journal, de la société chimique de Londres, 18.'»«, t. 4, p. 252 et sui?.
N* 1. Une médaille de laiton jaune de la famille Cassia. N" 2. Autre pièce d'airain, métal d'un jaune brillant, représentant Néron, an 60 de J.-G. ; sur le revers, Rome assise. N* 3. Titus, an 79 de J.-C; métal jaune et doux. N' 4, Adrien, an 420 de J.-C; Fortunœ reduci; couverte d'une patine fine, métal d'une jolie couleur jaune. N* 5. FaustinUy jim, an 4 65 de J.-C.; Pietas sans patine; métal d'une couleur légèrement blanchâtre et très-fragile.
Genth (1) a donné les deux analyses suivantes de deux monnaies romaines frappées, contenant du zinc.
Cuivre. . .
Zinc
Ktain...
Plomb...
i.lO
Fer
Argent . .
Arsenic e
t aitimoine.
traces