Assimilation dans les premières voies chez les plantes
$ 177. Les liquides absorbés par les racines, et constituant la sève, montent le long de la tige ou du tronc,
jusqu'aux feuilles , où, sous l'influence de l'air et de la lumière, 1ls sont convertis en suc formateur ou nourricier proprement dit. Indiquons rapidement la structure de la tige, faisons connaître les espaces dans lesquels le suc végétal se meut , et enfin examinons la nature de ce suc, ainsi que les changemens qu'il subit dans son ascension vers les feuilles. HE
$ 178. En adoptant les déterminations de Decandolle (1), on voit que toutes les plantes vasculaires sont pourvues d'une tige (caulis), c’est-à-dire, d'une partie qui s'élève de la racine, se dirige vers la lumière, porte les feuilles et les fleurs, et varie beaucoup tant dans ses proportions que dans ses formes. Il n’y a qu'un petit nombre de végétaux chez lesquels elle soit fort courte et cachée en terre. Les excellentes remarques de Desfontaines (2) ont constaté que, dans les monocotylédonées et dans les dicotylédonées, elle offre des différences sous le rapport de la structure, de la nature et du mode d'origine et d’accroissement. Elle a une organisation moins compliquée dans les premières que dans les autres.
$ 179. La tige des arbres et des arbrisseaux est composée du corps ligneux et de l'écorce. Le premier s'étend en remontant dans les branches et rameaux, et il est formé de couches concentriques. Chaque couche contient des faisceaux de fibres ligneuses et une couche mince de tissu cellulaire. Au centre de la tige, le tissu cellulaire représente presque toujours la moelle spongieuse , composée d'un grand nombre de cellules membraneuses et arrondies, qui tantôt se continue sans interruption dans le tronc et les branches, à partir de la racine, tantôt, comme dans certains arbres, est divisée
1) Organographıe végétale, t.T, p. 14%, 5 5 / Oo 2 } | (2) Mem. de l'Institut, t. I, p. 478.
par des cloisons correspondantes aux pousses annuelles. A la face externe du canal médullaire , parfois dans la moelle même, on aperçoit, chez quelques végétaux, des fibres isolées (1). Les fonctions de la moelle, sur lesquelles les physiologistes ont bâti plusieurs hypothèses, ne sont point encore assez connues. Cependant elle paraît surtout jouer un rôle important dans les jeunes plantes, où elle est très-chargée de sucs, et peut-être contient-elle, comme l admettent Decandolle et Du Petit Thouars (2), les matières nutritives destinées aux bourgeons et aux jeunes pousses. Dans les plantes âgées, elle est dépouillée de suc et sèche. On peut alors la détruire sans compromettre la vie du sujet. De cette moelle partent des rayons horizontaux de tissu cellulaire condensé qui, passant entre les faisceaux ligneux , gagnent la périphérie et l'écorce. On les appelle rayons médullaires. Après la moelle centrale viennent les couches ligneuses, qui sont concentriques et unies ensemble par du tissu cellulaire condensé. Les couches situées immédiatement sur la moelle contiennent presque toujours des vaisseaux spiraux proprement dits, tandis qu’on ne trouve plus que des vaisseaux ponctués dans les suivantes. Les plus extérieures sont molles, tendres, peu denses, et la plupart du temps blanchâtres. Elles constituent l’aubier, qui, en se durcissant peu à peu, devient du bois. Chaque année il se forme une nouvelle couche d'aubier, d'où résultent les cercles concentriques que l’on aperçoit sur le bois, cercles dont le nombre indique l’âge de la plante, et dont l'épaisseur fait connaître
(1) Hedwig les cite comme wvasa fibrosa. Decandolle les appelle fibres médullaires. Ces fibres, et non toutefois les cellules de la moclle elle-même, se colarent quelquefois, d’après les recherches de Labaisse, quand on plonge de jeunes branches dans de l’eau colorée.
(2) Essais sur la végétation, t. I, p. 52.
ET LES VEGÉTAUX. 253
l'énergie avec laquelle elle a poussé chaque année.
$ 180. L’écorce, ou corps cortical, qui forme l’enveloppe des arbres et arbrisseaux, est composée de la substance corticale , la plupart du temps verte et succulente, et de l’épiderme endurci. La première résulte de plusieurs couches superposées, dont chacune se résout à son tour en une couche interne fibreuse et une autre extérieure celluleuse. Entre ces couches se répandent des rayons médullaires semblables à ceux du corps ligneux, seulement moins prononcés. Chaque année il se forme une nouvelle couche à la face interne de l’écorce. On doflne le nom de liber aux couches d’abord tendres et molles. C’est dans les couches internes vertes et succulentes de la substance corticale , que paraissent se trouver les vaisseaux nourriciers proprement dhiis, ceux qui contiennent la sève élaborée dans les feuilles, sous l'influence de l’air et de la lumière, et qui la distribuent dans le corps de la plante, ainsi que Schultz l’a démontré. Enfin, on rencontre fréquemment dans les couches corticales de grands espaces particuliers, remplis de divers liquides sécrétés, et qu’on nomme réser-voirs du suc propre. Le tissu cellulaire situé sur la couche corticale externe , qui résulte d’un assemblage de cellules arrondies, et qui est exposé à l’air et à la lumière, se condense et s'endurcit, d’où résulte un épiderme diversement coloré. Cependant on ne parvient à constater l'existence de cet épiderme que sur les jeunes tiges et les pousses vertes des arbres et arbrisseaux, ainsi que l'a fait voir L.-C. Treviranus (1). Chez les végétaux âgés, les couches extérieures de l'écorce acquièrent peu à peu une couleur plus foncée ; elles se crevassent, se fendillent, meurent et se séparent du tronc, à mesure
(4) Ueber die Oberhaut der Gewaechse ; dans Vermischte Schriften, t, IV, P: 1.
qu’elles sont repoussées par les nouvelles couches qui se forment dans la profondeur , et que leur étroitesse ne leur permet pas de contenir.
$ 181. La tige, portant branches, feuilles et fleurs, qui, dans le cours d’une même année, naît et meurt, soit en totalité, comme dans les plantes herbacées annuelles, soit jusqu'au collet de la racine, comme dans les plantes herbacées vivaces, est également formée d’un système ligneux et d’un système cortical. Les faisceaux de bois ou de fibres ligneuses qui sont situés dans l'intérieur, et qui, presque toujours, circonscrivent la moelle ou un canal médullaire plein af, contiennent les vaisseaux spiraux montant de la racine. Ces faisceaux sont réunis par du tissu cellulaire, dans lequel se trouvent des conduits intercellulaires. C’est dans l’ecorce , qui est ordinairement verte et succulente, et qui résulte d'un assemblage de fibres diverses réunies par du tissu cellulaire, que se trouvent les vaisseaux nourriciers provenant des feuilles. La tige verte et charnue des cactus et des stapelia, qui est imprégnée de la substance des feuilles, remplit en même temps l'office de ces dernieres, et se trouve garnie de pores alongés.
$ 182. La tige des monocotylédonées, qui varie suivant les familles, diffère généralement de celle des dicotylédonées en ce qu'elle représente davantage une masse homogène, n'étant jamais composée d’un corps ligneux et d’un corps cortical distincts, qui eroissent en augmentant de masse en sens contraire l’un de l’autre. Elle ne contient pas non plus de rayons médullaires. Les fibres les plus anciennes y sont situées à l’extérieur, et les plus jeunes dans l'intérieur. La coupe transversale du tronc des palmiers ne présente que des faisceaux de fibres longitudinales éparses et réunies par du tissu cellulaire, faisceaux dont les externes sont durs et d’un tissu serré,
ET LES VEGETAUX. 229
tandis que les internes sont, au contraire, mous et semblables à de l'aubier. Chaque faisceau de fibres contient des vaisseaux spiraux et ponctués, qui sont unis par du tissu cellulaire. Le chaume des graminées se distingue en ce qu'il est composé d’un plus ou moins grand nombre de segmens, réunis par des renflemens ou nœuds, d'où naissent des feuilles engaînantes. Ces internœuds sont composés de fibres longitudinales et parallèles, circonscrivant un tissu cellulaire lâche. Dans les nœuds, ces fibres sont serrées les unes contre les autres et entrelacées en sens horizontal, de sorte que le canal rempli de moelle se trouve interrompu par des cloisons transversales, etc. 7%
$ 185. La tige des plantes cellulaires. quand elle existe, comme dans les mousses (surculus), quelques lichens (!hallus, podelium) et certains champignons ({hallus, peridium, cormus), est composée d’un tissu cellulaire homogene, sans autre tissu quelconque ni écorce. Le tissu cellulaire contient.quelquefois des cellules allongées,ou des cavités en forme de sac. Dans la plupart des hepatiques (marchantia, riccia), on n’apercoit qu'un disque foliacé (frons), qui remplit à la fois l'office de la ige et des feuilles, et qui n’est composé que de cellules arrondies et oblongues. Les algues aquatiques représentent une réunion de petits sacs. Toutes ces plantes sont dépourvues d’épiderme proprement dit, qui ne commence à se développer que dans les mousses (1). Dans les végétaux cellulaires, les liquides absorbés, soit par les racines et les prolongemens capillaires situés à la base du thallus, soit par la surface, parviennent dans le tıssu cellulaire, et montent dans les espaces en forme de sac. L'ascension des liqueurs colorées le long de la
(4) L.-C. Treviranus, Won der. Oberhaut der kryptogamischen Gewaechse; dans Vermischte Schriften, t. IV, p- 34.
tige est souvent très-facile à voir dans les champignons. On aperçoit aussi ce phénomène dans les ulves, les fucus, les lichens et les mousses. C’est dans le tissu cellulaire que s'effectuent l'assimilation de la sève et sa conversion en la substance propre du végétal.
$ 184. Dans les plantes vasculaires les liquides absorbes par les racines traversent la tige ou le tronc, les branches et les rameaux, pour arriver aux feuilles. Ce qui Le démontre, c'estque quand, au printemps, on pratique à différentes hauteurs, sur la tige des arbres ou des arbrisseaux, des incisions pénétrant jusqu’au bois, la sève s'écoule d’abord de linferieure et ensuite de la supérieure. Duhamel et Bonnet ont vu aussi, dans leurs expériences sur les liqueurs colorées mises en contact avec les racines, qu'elles paraissaient peu à peu de bas en haut. Mais les physiologistes sont partagés à l'égard des parties qui président à la progression des u Les uns ont admis que la sève monte dans le corps Iıgneux. D’autres pensent que c'est l’aubier qui contient les vaisseaux séveux, et d'autres encore soutiennent que l'ascension de la sève se fait à la fois dans la moelle, le bois , l’aubier et le liber. La première opinion, celle que la sève monte dans le corps ligneux des arbres et arbrisseaux, et dans les faisceaux ligneux des herbes et graminées, devient chaque jour de plus en plus vraisembiable. Les argumens suivant militent en sa faveur :
1°. Il est prouvé par les expériences de Coulomb (1),
Knight (2), NEON En (3), Walker (4) et autres,
(1) Expériences relatives à lacirculatıon de la sève dans les arbres; dans Mem. de l’Institut, t. II, p. 246. — Rozrer , Journal de phys. t. XLIX, p. 392.
(2) Philos. Transact., 1804, p. 556; 1808, t. Il, P. 315.
(3) Magazin der naturf. Gesellschaft in Berlin Jahrg., 6 quart. 8 p- 25.
(4) Trans. ofthe royal society of Edinburgh, v.T, p. 5.
qu'au printemps le bois, les faisceaux ligneux et Paubier sont gorgés de sève, qui parvient peu à peu des r ines aux feuilles, en passant par la tige, les branches êt les rameaux. -
2° Les expériences de Magnol (1), Labaisse (2), Duhamel (5), Bonnet (4), Reichel (5), Comparetti (6), Knight (7), Cotta (8) et autres, sur les liquides colorés mis en rapport avec des racines ou des branches coupées, ont appris que ces liqueurs se répandent dans le bois, et que souvent même elles parviennent dans les nervures des feuilles et des fleurs.
3°. Il est suffisamment démontré que les arbres poussent des feuilles même après qu’on a coupé circulaire ment leur écorce et leur liber jusqu'au’ bois.
Comme le bois des arbres et les faisceaux ligneux des plantes herbacées sont principalement composés de vaisseaux spiraux , qui se prolongent depuis la racine jusque dans les feuilles, en passant par le tronc, les branches et les rameaux. que ces vaisseaux forment probablement une cavité dont la continuité n’offre pas d'interruption, et que ce sont eux surtout qui, dans les expériences sur les liquides colorés, contenaient les matıeres colorantes , il est très-probable que la sève monte dans leur intérieur, ainsi que l'ont admis Ray, Labaisse, Duhamel, Bonnet, Reichel, Schwagermann, Knight,
(1) Mém. de U’ Ac. des sc. de Paris. 1709, p. 103:
(2) Sur la circulation de la sève des plantes. Bordeaux, 1753, in-8°.
(3) Physique des arbres, t. II, p. 286.
(4) Recherches sur l'usage des feuilles, p. 112.
(5) De vasis plantarum spiralibus. Leipzick, 1758.
(6) Prodromo, p. 60.
(7) Natur-Beobachtungen ueber die Dewegung und Function des Safts in den Gewaechsen. Weimar, 1806, in-4o.
(8) Biologie, t. IV, p. 20. Ueber die Gefaesse und den Bildungssaft der Pflanzen ;dans Vermischte Schriften
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Link, G.-R. Treviranus (1), Dutrochet (2), Schultz (3) et autres. Kieser, Amici (4), Decandolle (5) et OR: autres pensent, au contraire, qu'elle monte dans les conduits intercellulaires, et ils admettent que sa progression est déterminée par le tissu cellulaire, qui a la propriété de s’imbiber de liquides.
$ 185. La sève, qui monte des racines, en grande quantité surtout au printemps, etmoins abondamment en été, où la lymphe, comme V’appelait Duhamel, n’a guère été recueillie jusqu'à présent que sur des arbres, dont onperforait letronc. Celle du bouleau, du hêtre, de l'érable, del’orme, de la vigne, etc., est, d’ après les recherches de es Deyeux (7), Vauquelin (8), Proust (9) et Scherer (10), ün liquide eher et limpide, dont la pesanteur spécifique l'emporte un peu sur celle de l'eau. Elle à une saveur douceätre, qui chatouille la langue- Toujours elle contient un acide, assez souvent libre, qui est le carbonique ou l’acétique. Le premier, suivant les observations de Coulomb , se dégage souvent sous la forme de bulles , au moment même où la sève coule de la plaie faite à l'arbre. La plupart du temps, les acides
(4) Recherches sur la structure végétale. Paris , 1824.
(2) Die Natur der lebendigen Pflanze, t. I, p. 485.
(3) Osservaziont microscopiche.
(4) Organographie végétale, t. I, p. 28.
(3) Statique des pla
(6) Mém. sur la sève des plantes et principalement sur celle de la vigne et du charme, avec une analyse de ce fluide ; dans Mem. présentés à l’Institut, t. I, p. 85. Il a examiné la sève du bouléat.
(7) Expériences sur la sève des végétaux. Paris, an VII (1799), in-8o, Annales de chimie, t. XXXI, p. 20. — Il a analysé la sève de Porme, du hêtre, du charme et du bouleau.
(8) Annals of philosophy, t. I, p. 409. I] a analysé la sève de la vigne.
©) Schweiscer’s Journal, t. IV, p. 362. Analyse de la sève de l'érable commun.
(10) Journal de physique, t. XLIX, p. 392.
sont combinés avec de la chaux ou de la potasse. On trouve encore dans la sève diverses matières végétales, du sucre et du mucus. La quantité de sucre contenue dans celle de l'acer saccharinum, s'élève à environ cinq pour cent de son poids. On rencontre quelquefois aussi de l’albumine et une substance analogue au gluten dans la sève. Il ne paraît pas qu'on y ait encore aperçu de formes organiques , de globules : du moins G.-R. Treviranus (1) et Schultz (2) n'en ont point vu. Schultz dit seulement en avoir découvert quelques vestiges dans de la sève prise à une hauteur considérable de la tige. La sève que l’on recueille entre en fermentation sous l’influence de l'air atmosphérique : il s'en dégage du gaz acide carbonique, le mélange se trouble, des flocons blanchâtres se précipitent, et la liqueur devient aigre. Ce ne sont pas seulement les'arbres qui contiennent de la sève au printemps, et l’on trouve aussi à cette époque une liqueur analogue dans les fibres ligneuses d’autres plantes. Elle est fort abondante dans les palmiers, parmi les monocotylédonées. La sève des herbes n'a point encore été examinée à l'état de pureté, et les analyses des sucs obtenus de diverses plantes par expression ne peuvent fournir aucune conclusion certaine, parce que la sève qu’on se procure de cette manière est mêlée avec d'autres humeurs.
$186. Les matières nutritives grossières que les racines absorbent paraissent éprouver un certain degré d’assimilation par leur mélange avec une liqueur que sécrètent les fibres radiculaires. Ce qui indique qu’une sécrétion de ce genre a lieu dans les radicules des hyacinthes, des tulipes et des autres ognons qui sont plon-
(4) Vermischte Schriften, t. I, p. 453.
2) Natur der lebenden Pflanze, i. I, p. 466.
ges dans l'eau, c’est qu’elles sont entourées d’un liquide “ mucilagineux où albumineux , que Duhamel, Bonnet, Senebier et autres ont observé. La liqueur que les racines d'une plante répandent dans la terre paraît même nuire à la végétation d’autres plantes, assertion à l'appui de laquelle Brugmans (1) et Mirbel (2) ont rapporté des observations.
La sève s’assimile de plus en plus à mesure qu’elle monte dans la tige. I résulte des recherches de Knight (3) et de WVahlenberg (4), que sa pesanteur spécifique augmente en raison de son élévation. Dans le même temps, elle contient davantage de matière mucoso-sucrée. La sève de l’érable prise à la partie supérieure de tronc est plus chargée de sucre que celle qui provient de la partie inférieure. Mais une profonde obseurite règne encore sur la manière dont cette assimilation s'opère , et dont les matières que les racines absorbent avec l’eau acquièrent peu à peu les qualités du sucre, du mucus, de l'albumine et d’une substance azotée analogue au gluten. Knight a émis sur ce point une opinion quiparaitvraisemblable:il pense que les plantes annuelles, une fois arrivées au terme de leur développement, déposent, à la fin de l'été , le superflu des matières nutritives dans l’aubier et les racines, où il reste jusqu'au printemps suivant, époque à laquelle il se combine avec la nouvelle sève ascendante, dont il opère l'assimilation, en se mêlant avec elle. Les plantes non vivaces qui proviennent de graines, d’ognons ou de tu-
(1) Covzon, Diss. de mutata humorum indole a vi vitali derivanda , p- 77.
(2) Phys. veget., t. I, p. 148.
(3) Philos. Transact., 1805, t. I, p. 90, 1805, p. 2.
(4) De sedibus materiarum immediatarum in plantis. Upsal, 1806,
ET LES VÉGÉTAUX. 201 bercules, contiennent déjà, dans ces organes, autant qu'il en faut pour leur développement de matière nutritive, associée ainsi à leur germe par les végétaux d’où elles proviennent. Enfin il paraît que, danses deux groupes de végétaux, une partie du cambium préparé par la respiration passe directement des vaisseaux nourriciers dans la sève, à l’assimilation de laquelle elle contribue. On ne voit pas trop comment, sans cette addition, le sève pourrait s’assimiler dans le cours de son ascension des racines aux branches et rameaux.
ll. Assimilation dans les premières voies des anuınanx.
5 187. Les alimens des animaux, quoique d’une nature moins simple, et d’une composition chimique plus rapprochée de celle des êtres qu'ils nourrissent, que ne le sont ceux des végétaux , ne passent pas non plus immediatement dans la masse des parties solides. Es ont besoin, avant d'être propres à cetusage , de subir certains changemens, qui varient suivant le degré de complication organique des animaux, ainsi que suivant la somme et l'énergie des manifestations d'activité qu’exercent ces derniers. Chez les animaux les plus simples, ceux qui sont formés d'une substance homogène , d’une simple mucosité, comme la plupart des infusoires, la susception des alimens liquides paraît n’avoir lieu qu'à la surface du corps, par absorption. Dès que les matières alimentaires sont parvenues dans leur substance ,sur-le-champ elles y sont assimilées et peuvent servir aux besoins de la nutrition, parce qu'il n’y a point d'organes particuliers qui soient chargés d'accomplir l'assimilation. Chez . les autres animaux, il existe une cavité spéciale , le sac alimentaire ou canal intestinal, dans lequel les alımens sont assimilés après leur ingestion. Les plantes n'ont
point ce réservoir pour les alimens qu'Aristote regardait déjà comme un caractère de l'animalité.
$ 188. Le sac alimentaire et les organes qui s’y rattachent sont appelés appareil digestif. Cet appareil pré-
sente une étonnante diversité dans les différens groupes :
d'animaux, relativement à sa disposition, à sa structure et au nombre des organes entrant dans sa composition. En général, on remarque que, depuis sa première apparition dans quelques infusoires et dans les polypes
jusqu'aux animaux à sang Chaud, les oiseaux et les’
mammifères, c’est-à-dire, dans les classes des méduses, des entozoaires, des radiaires, des annélides, des mollusques, des insectes, des arachnides, des crustacés, des poissons et des reptiles , il se montre d'autant plus complet, d’autant plus riche en parties diverses , d’autant plus développé en un mot, que lorganisation elle-même est plus compliquée , que les manifestations d'activité ont plus d'énergie et de diversité, et que le besoin des matières alimentaires se fait sentir à des intervalles plus rapprochés. On ne peut méconnaître que la complication de l'appareil digestif a dintimes connexions avec le développement du système nerveux, le nombre des crganes des sens et le développement des organes de la locomotion. Ce sont les manifestations d'activité de ces trois séries d'organes qui contribuent surtout à accélérer la consommation et le renouvellement de matière que nécessite Pexercice de la vie. Par conséquent, plus lés phénomènes de la vie animale sont multipliés et énergiques dans un animal, plus aussi il a besoin que l'action de son appareil digestif soit puissante et développée pour préparer de nouveaux matériaux qui conservent les organes de la vie animale et entretiennent leur jeu sans interruption.
Nous remarquons, en outre, que la complication de
l'appareil digestif est en rapport intime avec la nature des alimens eux-mêmes dont l'instinct pousse les animaux à se nourrir. Ceux qui vivent de liquides ont un appareil digestif moins complexe que ceux dont la nourriture est composée d’alimens solides. Plus les alimens sont durs et différens du corps à l'entretien duquel ils doivent servir, plus aussi les organes de la digestion sont compliqués. Plus, au contraire, ces mêmes alimens sont mous et rapprochés de l'animal, quant à la composition, plus aussi la structure des organes assimiläteurs est simple. Voilà pourquoi ces organes sont plus complexes chez les animaux qui vivent de plantes, et principalement d herbages crus, que chez ceux qui se nourrissent d’alimens tirés du règne animal.
On peut donc, en ayant égard à ces diverses circonstances, déterminer d'avance si l'appareil digestif d'un animal est simple ou compliqué.
$ 189. Le sac alimentaire des animaux les plussimples, de ceux qui sont composés d’une substance gélatineuse homogène, représente une simple cavité, contenue dans la masse du corps, qui n'est ni formée ni limitée par des membranes particulières, et à laquelle conduit une ouverture appelée bouche. Nitzsch (1) aobservé, chez des cercaires, un sucoir conduisant à un vaisseau fourchu qui se perdait dans, la substance de leur corps. Il résulte des observations de Spallanzani (2) et de Dutrochet (3), que les rotifères ont une ouverture buccale extensible et contractjle, qui mène à un sac en forme d'estomac,
(4) Beytraege zur Infusorienkunde oder Naturgeschichte der Cercarien und Bacillarien. Halle, 4817, p. 8.
(2) Opuscules de physique, t. I, p. 244.
(3) Sur les rotiferes (furcularia et tubularia, Lam.); dans.les Annales du mus. d'hist. nat., t. XIX, p. 555. Gopendantil est fort douteux qu’un canal intestinal court parte de cette cavité, etse termine par une ouverture anale particulière.
dans lequel ils reçoivent des infusoires. Chez les polypes, tant ceux d'eau douce, les hydres, que ceux de mer, qui forment les coraux, il n'existe également qu'une cavité stomacale'en manière de sac, avec une ouverture par laquelle ils ingèrent d’autres petits animaux aquatıques dont ils se sont emparés à l’aide de leurs bras, et rejettent les débris non digérés de leurs alimens, d’où il suit que cette ouverture fait office à la fois de bouche et d'anus. Chez les polypes qui vivent sur un axe commun et fixé, de même que chez les pennatules, on voit presque toujours un canal délié partir de la cavité stomacale de chaque polype, et traverser le pédicule de celui-ci, pour gagner la masse commune, de manière que la nourriture de chaque individu profite au tronc tout entier (1). Les meduses présentent des différences relativement aux organes de la digestion. Dans celles que Péron (2) appelait agastriques (eudora , berenice), il n'existe que des vaisseaux absorbans , qui, du milieu de la face inférieure de l'animal, se répandent en rayonnant dans toute sa substance. Dans d’autres, au contraire, on aperçoit au milieu du corps une cavité stomacale spacieuse, à laquelle tantôt conduisent plusieurs canaux absorbans, comme dans les rhizostomes de Cuvier, tantôt aboutit une grande ouverture buccale, souvent prolongée en tube , comme dans les méduses proprement dites. L’estomac a quelquefois des dilatations latérales ou appendices en cul-de-sac , comme dans les cyanées de Guvier, et de cet organe ou de ces appendices partent des vaisseaux qui se ramifient vers la périphérie ou le disque de l'animal, et entraînent le suc
(4) Cavolini (Zoe. eit., p. 86,94.) a vu "dans lesÄsertulaires , ces canaux remplis d’un liquide laiteux , dans lequel se trouvaient de petits
grains qui étaient em mouvement.
(2) Annales du Museum, t, XIV ,.p: 328.
nourricier. Les actinies (actinia, zoanthes, Cuv. lucernaria, Mull.) ont une grande cavité stomacale, à laquelle conduit une large ouverture buccale, par laquelle elles introduisent en elles différens animaux marins, des crustacés, des mollusques et de petits poissons, dont elles dissolvent rapidement les parties molles, tandis que les parties dures, qu'elles ne digèrent point, sont rejetées par la même ouverture. Parmi les radiaires , une disposition analogue se rencontre dans les asteries, chez lesquelles il n’y a également qu’une large bouche, située au milieu de la face inférieure de l'animal et conduisant à un grand sac d’où partent des appendices rameux et en cul-de-sac qui s’enfoncent dans les rayons. Ces animaux, au moyen de leurs tentacules, et souvent à laide de leur estomac renversé sur lui-même, s’emparent d'animaux marins, d’actinies par exemple, qu'ils digèrent rapidement, et dont ils rejettent par la bouche les parties insolubles dans le suc digestif.
$ 190. La disposition des organes varie beaucoup dans les entozoaires, qui présentent des formes si diversifiées relativement au degré de complication organique. La cavité destinée à recevoir les alimens est disposée en manière tantôt de vaisseau et tantôt de vrai sac. Le canal intestinal vasculiforme part d'ouvertures ou de renflemens faisant office de suçoirs, et consiste en canaux simples, qui traversent le corps dans le sens de la longueur, comme chez les vers vésiculaires (echinococcus, cœænurus , cyslicercus); ou bien les quatre petits canaux naissant des quatre suçoirs se réunissent en deux tubes, comme dans les ténias, et traversent tous les anneaux , dans lesquels ils sont la plupart du temps liés par un canal transversal; ou enfin les vaisseaux, à partir des ouvertures de succion , se ramifient dans le corps, en s’anastomosant souvent ensemble , comme dans les vers
suceurs ( polysloma , iristoma, distoma, amphistoma }. Les vers ronds ont un canal intestinal en forme de sac, pourvu tantôt d'une seule ouverture, comme dans les filaires, tantôt d’un anus et d'une bouche distincts, comme dans les genres ascaris, oxyurus, cucullanus, ete. $ 191. Dans les autres animaux, dont l’organisation est plus compliquée, les holothuries et les oursins, parmi les radiaires , les annélides , les mollusques, les insectes, les arachnides, les crustacés, les poissons, les reptiles, les oiseaux et les mammifères, la cavité alimentaire représente un sac plus ou moins long, formé par plusieurs membranes superposées , et qu'on appelle canal intestinal. A ce sac mène une ouverture placée à la partie antérieure de la tête de l'animal, la bouche, et ıl se termine par une autre ouverture, située presque toujours à l’extrémité opposée des corps, l'anus, par laquelle sont rejetés les restes non digérés des el&mens , mêlés avec des humeurs excrémentielles. La base du canal intestinal est une membrane celluleuse parsemée de vaisseaux et de nerfs, dont une membrane sécrétant de la mucosité tapisse la face interne. Extérieurement cette membrane celluleuse est couverte d’une tunique musculeuse composée de fibres longitudinales et circulaires. Enfin , la plus grande partie du canal intestinal est encore enveloppée d’une membrane séreuse. La membrane muqueuse du sac alimentaire décrit souvent des plis et des valvules, qui font que les alimens ingérés s’y trouvent retenus pendant quelque temps dans des porlions différentes et plus amples que le reste. Elle sécrète, par l’effet de la stimulation que les matières alimentaires exercent sur elle, des liquides qui exercent sur ces dernières une influence dissolvante et assimilatrice. C'est aussi à la surface de cette membrane que s'effectue l'absorption des alimens devenus liquides. La
membrane muqueuse excitée à se contracter par les substances alimentaires, les fait cheminer dans le canal intestinal. Enfin, la tunique séreuse qui enveloppe le sac alimentaire déposé dans une cavité particulière du corps, l'abdomen , et qu'on appelle le péritoine , s'avance en forme de plaques et de plis, les mésentères et les épiploons, vers le canal, avec la face externe de la membrane musculeuse duquel elle s’unit. D'une part le péritoine fournit des attaches au canal intestinal, et de l'autre ıl favorise, par le liquide qu'il sécrète, ou la sérosité péritonéale, le mouvement vermiculaire et automatique de cet organe.
La tunique muqueuse et la tunique musculeuse varient beaucoup, chez les animaux, quant à leur disposition. C’est principalement des modifications qu'elles présentent sous ce rapport que dépendent les différences qui existent dans le sac alimentaire et qu’enseigne l’anatomie comparée. Elles produisent des valvules saillantes et des constrictions , qui partagent cet organe en divers compartimens, estomac , intestin grêle et gros intestin, dans lesquels les matières alimentaires séjournent pendant quelque temps, afin de subir des changemens particuliers par l’action des sucs digestifs qui y sont sécrétés.
$ 192. L'action la plus générale que le sac intestinal, chez les animaux qui en ont un, exerce sur les alimens admis dans son intérieur , consiste dans la sécrétion de liquides que sollicite la stimulation produite à la face interne par la présence de matières étrangères. Ces sucs exercent une influence dissolvante et liquefiante sur les alimens, dont ils opèrent en même temps l'assimilation, ens’associant à eux. Nous voyons dans tous les animaux, depuis les polypes jusqu'aux mammifères, que les alimens doués d'une certaine consistance deviennent, plus mous, pulpeux et enfin liquides, par suite de leur
séjour dans le sac alimentaire. L'agent à l'aide duquel les sucs digestifs opèrent la dissolution, est en partie l'eau qu'ils contiennent, et dans laquelle sont solubles un grand nombre de combinaisons organiques simples contenues dans les matières alimentaires, comme l’albumine non coagulée, la gélatine , le sucre, le mucus végétal et l’amidon. Mais il consiste aussi en partie dans les acides, notamment l’acétique et l'hydrochlorique , que contient le suc stomacal des mammifères, des oiseaux , des reptiles, des poissons (1), et probablement aussi des autres animaux, acides par lesquels sont dissous les autres composés organiques, tels que l’albumine concrète, la fibrine, la matière caséeuse, le gluten, etc. Les alimens végétaux et animaux plus ou moins composes de ces combinaisons simples sont mis par là à l’état de dissolution.
Chez tous les animaux, même les polypes, les alimens sont dans le même temps tenus en mouvement par la réaction que les parois contractiles du sac exercent en se contractant à l'occasion de la stimulation qu'ils occasionnent. Les matières dissoutes et mues par le sac digestif sont absorbées par sa face interne , tandis que les parties qui n’ont pu être dissoutes sont rejetées, comme indigestes , soit par la bouche, soit par l'anus.
$ 195. Chez la plupart des animaux qui prennent des alimens solides, et qui ont besoin, pour leur conservation, que l’acte de la digestion et de l'assimilation marche avec célérité, la nature a joint encore au sac alimentaire divers organes dont les mouvemens ou les sécrétions contribuent à la préparation du suc nourricier. À cette classe d'organes appartiennent ceux de la
(4) 'TIEDEMANN et GMELIN, Expériences sur la dieestion, traduit. 7 y î 2 per A.-J.-L. Jourdan, Paris, 4826,
ET LES VÉGÉTAUX. 26q
mastication, et différentes glandes qui sécrètent des liquides et les versent, par le moyen de canaux, dans diverses portions du sac alimentaire, comme la salive, le suc pancréatique et la bile. Nous ne ferons qu'indiquer d'une manière sommaire la part qu'ils prennent à l'assimilation.
$ 194. Les animaux qui vivent d’alimens encore erganisés ou même encore vivans, ont des instrumens pour détruire en eux l’organisation et la vie. Ce sont les or ganes masticatoires, qui varient plus qu'aucune autre partie de l’organisation animale, sous le rapport des parties entrant dans leur composition, de leur nombre , de leur forme, de leur disposition et de leurs connexions. Ils offrent en même temps, dans les diverses classes , ordres, genres et espèces, des particularités si prononcées et si constantes, que les zoologistes s’en sont servis comme de caractères propres à diviser les animaux. On trouve ces organes dans les mammifères, les OISEAUX , les reptiles, les poissons, les crustacés , beaucoup d’insectes, notamment les coléoptères.et les orthoptères, dans les céphalopodes et plusieurs gastéropodes, chez les mollusques, dans les néréides chez les annélides, et même encore chez les oursins parmi les radiaires. Ils consistent en os attachés au crâne , ou en pièces soit calcaires, soit cornées, qu’on appelle mâchoires et mandibules , et auxquelles s’ingèrent des muscles qui peuvent les mouvoir en différentes directions. Chez les mammifères, les reptiles et les poissons , à un très-petit nombre d’exceptions près, les mächoires sont garnies de parties dures qu'on nomme dents. Ces dents varient infiniment aussi en raison de la nature des alimens dont les animaux font usage. Celles des carnivores sont pour la plupart pointues, tranchantes, anguleuses ou crochues, afin de pouvoir saisir et égorger les animaux.
Les herbivores, au contraire, ont des dents plus aplaties, qui leur permettent d’écraser et de broyer les alimens. Au lieu de dents, les mächoires des oiseaux et des chéloniens sont garnies d'une enveloppe cornée, appelée bec. Les mouvemens des mächoires présentent également desdifférences. Dans lesmammiferes, les oiseaux, les reptiles, les poissons, les céphalopodes et plusieurs gastéropodes, elles se meuvent perpendiculairement, tandis que leur mouvement se fait d’une manière horizontale dans les crustacés et les écrevisses. Dans la classe des mammifères, chez les espèces carnassieres, c'est par le mouvement de bas en haut de la mâchoire inférieure que les alimens sont déchirés et broyés. Chez les animaux qui divisent leurs alimens en les rongeant au moyen de dents en forme de ciseaux, la mâchoire inférieure se meut d’arriere en avant et d’avant en ar-. rière. Les ruminans qui se nourrissent d’herbes et de substances très-cohérentes, la meuvent latéralement, ce qui leur permet d’écraser les matières saisies entre les dents. Enfin, chez les singes et plusieurs pachydermes, qui vivent d’alimens variés, la mâchoire inférieure se meut dans plusieurs directions à la fois.
$ 195. Les mouvemens que les organes masticateurs exécutent en obéissant aux ordres de la volonté, anéantissent la vie dans les alimens, s’ıls en jouissent encore, et détruisent plus ou moins leur texture organique , circonstances sans lesquelles ils résisteraient à l’action dissolvante des sucs digestifs. La division des alimens en petits morceaux les rend aptes aussi à être transportés dans le sac alimentaire par le mouvement vermiculaire. Elle permet d’ailleurs aux substances dissolvantes de les pénétrer et de les hquéfer plus facilement. |
Les animaux different essentiellement par ces mou-
vemens des végétaux, qui ne senourrissent que de combinaisons organiques dissoutes et plus ou moins decomposées, dont ils s'emparent par absorption. Comme les végétaux ne prennent jamais d'alimens vivans , ils n'ont jamais ni force vivante ni texture organique à vaincre dans leur travail d’assimilation, dont l’unique but est de changer les affinités inhérentes aux alimens liquides. Au contraire, les animaux , qui se nourrissent de substances animales et végétales, ont d'abord à écarter la resistance de la vie et de l’organisation des parties soli-. des, après quoi seulement ils peuvent modifier, par leurs sucs digestifs, l’affinité des matières organiques. L'acte d'assimilation est donc, sous ce rapport, plus compliqué chez les animaux que chez les plantes.
$ 196. Il est digne de remarque, en outre, que certains animaux, qui n'ont point d'organes masticateurs pour diviser leurs alimens et les réduire en une masse pultacée, possédent dans le sac lui-même des organes au moyen desquels ils peuvent parvenir à les atténuer, afin de procurer accès aux sucs digestifs et dissolvans. Ainsi, chez le pangolin (manis), qui vit d'insectes, on trouve un estomac très-musculeux, par les puissantes contractions duquel la nourriture est écrasée. Les 01seaux granivores et insectivores sont pourvus d'un estomac musculeux fort robuste, dont la face interne est calleuse.et broye les alimens, action de sa part qu'ils favorisent encore en avalant de petites pierres. On rencontre un estomac analogue chez le crocodile. Il yen a un semblable, dans la classe des mollusques, chez les onchidies, et, dans celle des annélides, chez les aphrodites. Enfin l'estomac de certains animaux est armé de parties dures, calcaires ou cornées, qui atténuent les alimens, comme chez les blattes, les dytisques , les forficules, les sauterelles et autres, dans la classe des
insectes , les bulles , les aplysies, parmi les mollusques , et les néréides parmi les annélides.
$ 197. Enfin, les différentes humeurs, telles que la salive , le suc pancréatique et la bile , que certains organes tirent du fluide nourricier des animaux et mêlent aux alimens dans diverses portions du canal intestinal, sont de la plus grande importance pour l'acte de l’assimilation.
Quant à ce qui concerne d'abord la salive , ce liquide se mêle , chez beaucoup d'animaux, aux alimens reçus dans la bouche. On trouve des glandes chargées de la sécréter dans tous les mammifères (probablement même sans excepter les cétacés}), les oiseaux et les reptiles. Elles sont surtout très-grosses chez les serpens, parmi ces derniers. Il faut y rapporter aussi les glandes qui sécrètent une humeur vénéneuse, chez beaucoup d’ophidiens , et qui communiquent avec l'intérieur des crochets à venin (1). Dans la classe des poissons, il en est plusieurs qui ont des glandes analogues aux salivaires. Tels sont entr'autres , suivant Rathke (2), les carpes, les anguilles, les brochets, les silures, etc. Spallanzani (3) regardait aussi comme analogue à la salive le liquide qui se sécrète à la face interne du pharynx chez les carpes, les barbeaux et les brochets. Parmi les mollusques, ıl y a des glandes salivaires dans les céphalopodes , les ptéropodes (c/o) et plusieurs gastéropodes (max, helix, doris, aplysia, tritonia, onchidium, bulimus , murex et autres) (4). Les insectes ont des or-
(1) Fontana, Traité sur le venin de la vipere. Florence, 1784, in-80. — Tu. Smiru, On the structure ofthe poisonous fangs of serpents ; dans Philos. Transact. 4818, p.1, p.471.
(2) Ueber den Darmkanal und die Zeugungsorgane der Fische. Halle, 1824, in-4°., p. 1.
(3) Versuche ueber das Verdauungsgeschaeft, p. 41, 49, 71.
(4) Cuvier, Mémoires pour servir a l'histoire et à l’anatomıie des mollusques. Paris, 1817, in-A°.
ganes en forme de sac qui sécrètent de la salive et qui s ouvrent dans la cavité buccale. Ramdohr (1), Posselt (2), G.-R. Treviranus (3), Rengger (4), Leon Dufour (5) et autres ont trouvé de ces vaisseaux dans les papillons, les abeilles, la plupart des diptères, les libellules, les cicadaires, beaucoup d’hemipteres, les orthoptères et certains coléoptères , dans divers aptères (pulex), enfin dans les araignées, les scorpions et les cloportes.
La salive , liqueur aqueuse , presque toujours faiblement alcaline, est composée, chez les mammifères, d’eau, d'une matière animale particulière, qu'on appelle salivaire , de mucus, d’osmazöme , peut-être d'un peu d’albumine et de plusieurs sels. Elle contient aussi, chez certains animaux, de sulfocyanure de potassium. Ses effets sur les alimens sont de plusieurs sortes. Par l'eau et les carbonate , acétate et hydrochlorate de potasse et de soude qu'elle contient, elle contribue à ramollir et dissoudre les matières alimentaires. Elle anéantit aussi les phénomènes de la vie dans les alimens, ce qui est surtout sensible chez les serpens venimeux, dont la morsure tue rapidement les animaux. Elle paraît en outre favoriser l'assimilation des alimens par les matières azotées, matière salivaire et albumineuse ‚quelle y ajoute. On peut alléguer, en faveur de son action assimilatrice, que les animaux destinés à vivre de végétaux ont
(1) Abhandlung ueber die Verdauungs-W‘ erkzeuge der Insekten. Halle, 1811 , in-%o, (2) Diss. sistens tentamen circa anatomen forficule auricularie.
Jena, 1800. — Beitraege zur Anatomie der Insekten. Heidelberg, 1804 , cah. 1.
(3) Biologie, t. IV, p. 323,
(4) Physiologische Untersuchungen ueber die Insekten. Tubingue, 1817, in-8°., p. 8.
(8) Annales des sc. nat., juin 1825, p. 155. Vaisseaux salivaires des cigales.
des glandes salivaires plus volumineuses que ceux qui se nourrissent de substances animales. Enfin l'addition de la salive aux alimens les rend plus faciles à avaler, en les humectant et les ramollissant. | $198. Chez beaucoup d'animaux, lorsque les alimens dissous par le suc gastrique acide sortent de Vestomac et passent dans lintestin grêle , ıl s'y mêle deux liquides de nature particulière, le suc pancréatique et la bile. Le suc pancréatique est sécrété, chez les mammifères , les oiseaux et les reptiles , ainsi que chez les raies et les squales, parmi les poissons cartilagineux, par une glande conglomeree , semblable aux salivaires, et qu'on ap- “ pelle pancréas. Le canal excréteur, simple, double ou multiple, de cette glande, tantôt s'ouvre immédiatement dans la première portion de l'intestin grêle, tantôt unit avec les conduits biliaires ; quelquefois l'une de ses branches s’anastomose avec ceux-ci, tandis que l'autre s’abouche avec l'intestin. Chez la plupart des poissons osseux, le pancréas des animaux supérieurs paraît être remplacé par des appendices en cul-de-sac, et plus ou moins nombreux, de l'intestin grêle, dont
Swammerdam (1) a donné la premiere description exacte,
sous le nom d’appendices pyloriques, et qui, dans les esturgeons, sont réunis et confondus en une masse analogue à une glande. A l'égard des mollusques , Grant (2) a dernièrement aperçu, dans quelques céphalopodes (loligo sagiliaria) , deux glandes d'un rouge clair, lo-
(4) Observat.anatom. selectiores collegit privati Amstoledam. Amst., 4667, in-12, P. 14. — Ratlıke (Ueber den Darmkanal der Fische, p.383) a traité tout récemment des appendices pyloriques.
(2) On the existence of the pancreas in some species of the euitlefish-tribe; et On the existence of a pancreas in the doris Argo; dans The Edinb. philos. journal, jul., 4825, p. 197.
bées et unies au canal biliaire , qu'il présume être analogues au pancréas. Ilregarde aussi les appendices glanduleux qui communiquent avec l'estomac dans les aplysies et les doris, comme analogues aux appendices pyloriques des poissons. Les recherches de Ramdohr (1) ont appris que, dans la classe des insectes, le canal intestinal est garni, chez plusieurs coléoptères (carabus, cicindela , dytiscus , staphylinus , tenebrio, sylpha, necrophorus, hister et altelabus), d’appendices en cul-de-sac semblables à ceux des poissons.
Le suc pancréatique des mammifères, du chien, de la brebis et du cheval, est légèrement acide, et composé, d’après lesrecherches que j'ai faites en commun avec L. Gmelin (2), d'eau tenant en dissolution beaucoup d’albumine, une matière analogue au caséum , de l’osmazôme et divers sels. De là résulte qu'il n’y a point identité entre lui et la salive, comme l'ont admis plusieurs physiologistes. Ce liquide paraît servir principalement, par la nature animale richement azotée qu'il ajoute aux alimens dissous dans l'estomac, à assimiler ces derniers et à les amener aux Conditions + la composition chimique animale. On peut alléguer, emfaveur de cette opinion, que le pancréas est beaucoup plus gros chez les mammifères et
les oiseaux herbivores que chez les animaux carnivores, et qu'à en juger d'après son volume il fournit une sécrétion plus abondante. Le suc pancréatique des oiseaux, des reptiles et des poissons cartilagineux n’a point encore été soumis à l'analyse chimique. Le liquide fort abondant que contiennent les appendices pyloriques des poissons est blanchätre, visqueux, mucilagineux ,
et presque toujours ıl rougit très-légèrement le tour-
® Ueber die Verdauungs-W'er kzeuge der Pat p- 20. 2) Expériences sur la digestion, trad. Bar A.-J.-L. Jourdan, t.1
nesol. On peut admettre que, par son mélange avec le chyme , il en opère aussi l’assimilation.
$ 199. La bile, cet autre liquide , qui, versé en abondance dans le Carl intestinal, se mêle avec les alimens après qu'ils ont Été dissous Bus l’estomac, est sécrétée par une glande volumineuse, remarquable par la disposition particulière de ses vaisseaux sanguins, et qui porte le nom de foie. Cette glande existe chez tous les mammifères, oiseaux, reptiles et poissons, de même que, parmi les animaux sans vertèbres, chez tous les mollusques et crustacés, et chez ces derniers elle est souvent composée d'un grand nombre de canaux rameux. Elle paraît être remplacée, dans la classe des insectes, par des vaisseaux plus ou moins nombreux, terminés en cul-de-sac, qui s'ouvrent dans le canal intestinal, contiennentälft liquide jaunätre, de saveur amère , etont été couftderes par Cuvier (1), Posselt (2), Bamdoht (3), Treviranus (4), Carus (5) etJ.-F. Meckel(b), comme organes sécréteurs de la bile. Des vaisseaux analogues se rencontrent chez les aphrodites , dans la classe des annélides.
La bile des animaux vertébrés est‘éomposée d’eau, de mucus et de plusieurs matières animales particulières , la résine biliaire, le cholestérine , le picromel, l'acide cholique , une matière colorante, et probablement de la matière salivaire, de l’osmazôme, du caséum
(4) Anatomie comparée, t. IV, p. 158.
(2) Beitraege zur Anatomie der Insekten, p. 11. (3) Verdauungs-Werkzeuge der Insekten, p. 45. (4) Biologie, t. IV, p. 417.
(3) Zootomie, p. 649.
(6) Ueber die Gallen-und Harn-Organe der Insekten; dans Archiv |
Juer die Anatomie und Physiologie, t. I, p. 21. Je les regarde en même temps comme des organes urinaires, opinion déjà émise par Rengger et Wurzer.
ET LES VÉGÉTAUX. a7
ei beaucoup de sels (1). Chez ces animaux elle est tirée principalement du sang veineux, conduit au foie par un gros tronc veineux, la veine-porte , qui se distribue dans l'intérieur de cette glande à la manière d’une artère. Sa sécrélion paraît avoir pour but, d’un côté, de maintenir la masse du sang dans un état tel, sous le rapport de la composition chimique, qu’eile puisse servir à la nutrition, et, d’un autre côté, de coopérer à l'accomplissement de l’acte assimilateur des matières alimentaires.
La plupart des matériaux de la bile, la résine, la graisse , le principe colorant, le mucus et les sels, sont rejetés avec les restes non digérés des substances alimentaires , conjointement avec lesquels ils constituent les excrémens. Il paraît donc d'après cela que cette sécrétion a un but relatif au maintien de la composition chimique du sang. Quamt au rôle qu'elle joue dans la digestion , il consiste non seulement en ce que , par sa résine amère , elle excite la membrane muqueuse du sac alimentaire à fournir une sécrétion plus abondante , et la tunique musculeuse à exécuter des mouvemens plus vifs, mais encore en ce que les principes azotés qu’elle contient, comme le picromel, l’'osmazôme et l'acide cholique, s’unissant aux alimens dissous , les assimilent et les rapprochent de la composition chimique animale. Ce qui annonce que ces principes sont repris par l’absorption, avec les substances alimentaires dissoutes , c'est qu'on ne les trouve point dans les excrémens.
$ 200. Les changemens que les alimens éprouvent dans le sac alimentaire, pour devenir aptes à être absorbés, consistent donc, en général, dans la destruction des qualités qu'ils pourraient conserver encore d’après leur origine organique , et dans la communication d’au-
(4, Experiences sur la digestion, trad. par 4.-J.-L. Jourdan
tres propriétés, qui les rendent susceptibles de devenir parties constituantes du corps de l'animal qui s'en est emparé. S'ils sont encore vivans et organisés , leur vie et leur organisation sont détruites. En outre, la composition chimique qui leur avait été donnée par d’autres corps vivans change, et ils se résolvent en leurs simples élémens organiques. Enfin ıls sont convertis en un hquide déjà analogue , sous le rapport de la composition chimique , à la masse des liquides de Panimal qui les a ingérés, liquide qu'on appelle chyle, et qui est absorbé. Ce changement est opéré en partie par des mouvemens et en partie par l'addition de liquides sécrétés. Une éjection d’excrémens, qui a lieu chez le plus grand nombre des animaux, est le dernier terme ou résultat de cette série d’operations. Les manifestations d'activité ou de vie qui déterminent ces changeme dans les substances alimentaires, sont désignées sous le nom de digestion ou d’assimilation dans les premières voies.
On n’observe point de digestion proprement, de division, dissolution et fluidification d’alimens solides, chez les plantes (1), qui ne peuvent s'emparer que d’alimens liquides, par la voie de l'absorption. Il paraît n’y avoir chez elles qu’assimilation de ces liquides alimentaires par des sucs qui s’y mêlent. Les plantes ne rendent point non plus d'excrémens. |
Ainsi, la digestion a pour but d'enlever aux alimens les qualités particulières qui leur ont été communiquées par d'autres corps vivans, et de leur en inculquer de nou-
(4) Quelques botanistes ont comparé les racines des végétaux a l'estomac des animaux, et prétendent qu’elles digèrent les alimens dont elles s'emparent par absorption. Cette opinion, que partageait Théophraste, est erronée. Duhamel (Physique des arbres, t. I. p. 489.) a déjà objecté contre elle que les boutures élaborent les li-
quides absorbés par elles, tout aussi bien que le fait la plante entière qui s’en est emparée par le moyen de ses racines.
ET LES VÉGÉTAUX. 279 velles, qui leur permettent de devenir parties constituantes du suc nourricier et des parties solides de l'être qui s'en nourrit.
$ 201. Chez les animaux pourvus d'un système lymphatique destiné à recevoir et charrier le chyle , le suc nourricier continue à s élaborer en parcourant ce système. Au chyle et à la lymphe du sang artérielse joignent des liquides sécrétés, qui les rapprochent davantage des conditions du sang. Parmi les organes qui président à la sécrétion de ces liquides, on compte des glandes d’une espèce particulière; les glandes lymphatiques, ainsi que la rate, les capsules surrénales et la thyroïde. Le chyle et la Else se rapprochent d’ autañit plus du sang, sous le rapport de la couleur, de la coagulabilite et des principes constiluans , qu'il s'y joint davantage de liqueurs assimilatrices, comme je le démontrerai plus tard en traitant de l'assimilation des substances absorbées dans le système lymphatique de l’homme. Les glandes lymphatiques, qui paraissent chez les poissons et les reptiles avec le système lui-même, augmentent en nombre et en volume chez les oiseaux et les mammifères, dont les manifestations d'activité , ayant plus d’intensité, ont par cela même besoin d’une préparation plus rapide du sang pour leur maintien.
Ili. Propriétés de Passimilation.
$ 202. La propriété qu'ont tous les corps organiques, végétaux comme animaux, d'assimiler les alimens tirés du dehors, ou de les convertir en un liquide dont la composition Chimique se rapproche de la leur, se manifeste , dans chacun de ces corps, d’une manière particuliere , c'est-à-dire, avec des modifications spéciales. Chaque corps vivañt prépare avec les alimens les plus
disparates un liquide nutritif particulier et approprié à sa conservation, de même que des corps organisés différens produisent , avec les mêmes alimens , des liquides nourriciers qui ne se ressemblent pas. On ne saurait méconnaître dans l'assimilation une opération exclusivement propre aux Corps vivans, qui n’est nullement comparable aux changemens de composition que les forces physiques générales et le jeu des affinités chimiques peuvent produire dans les matières inorganiques. Il faut la considérer comme un acte vital, comme un effet de la vie. Examinons en quoi consiste cette propriété.
L’assiMilation paraît devoir être attribuée à l’action des liquides que les corps vivans sécrètent et ajoutent aux matières alimentaires, dans la composition chimique desquelles ces liquides produisent des changemens particuliers.
Chez les animaux , divers liquides contenant des principes particuliers fort azotés, la salive , le suc gastrique, le suc intestinal , le suc pancréatique et la bile , se mêlent avec les alimens, qui, après s’y être dissous, sont absorbés avec eux. L’addition de ces liquides rend la composition chimique des alimens dissous plus rapprochée de celle du corps animal qui les a soumis à la digestion, et leur procure les qualités qui distinguent ce dernier. Dans les végétaux, la sève que les racines pompent parait être assimilée par son mélange avec des liquides provenant des vaisseaux nourriciers, et contenant des combinaisons végétales particulières , abondamment chargées de carbone, telles que du sucre, du mucus végétal et de ’amıdon.
Les liquides doués de propriétés particulières qui se mêlent avec les alimens, sont comparables à des fermens, qui déterminent dans les substances alimentaires
résultant de combinaisons organiques, des changemens tels que ces substances leur deviennent analogues sous le rapport des propriétés. On peut admettre que chaque corps vivant, lorsqu'il se maintient par sa propre activité, et en vertu de sa composition organique spéciale, possède en quelque sorte aussi son ferment particulier, au moyen duquel il opère lassimilation des alimens qu il introduit dans son corps.
L'action assimilatrice des liquides ajoutés aux alimens peut également être comparée à celle de la liqueur séminale des mâles sur la liqueur produetive de la femelle, dans l'acte de la génération. De même que l’influence vivifiante spécifique de la semence sur la matière génitale détermine des changemens particuliers de forme et de composition en vertu desquels le germe devient semblable en tout à l'espèce végétale ou animale dont les individus ont la faculté de le produire, de même aussi les alimens acquièrent des propriétés spéciales et conformes à celles des individus qui sen emparent.
Enfin le mode d'action des liquides assimilateurs peut être comparé à un phénomène qu'on n’observe que chez les animaux, l'infection par des principes contagieux. De même que des principes contagieux, celui de la petite vérole, par exemple, après s'être développés en certaines circonstances chez un animal, donnent lieu, quand ils sont transplantés dans un autre corps vivant de la même espèce, à une maladie toute semblable et à la production d'un principe contagieux pareil, de même aussi ce sont les liquides assimilateurs qui communiquent aux alimens reçus dans les corps vivans leurs qualités et propriétés spéciales.
Tous les phénomènes dont il vient d’être parlé, et qu'on n’observe que chez les corps vivans, paraissent
reposer, quant au fond, sur les propriétés vivantes des liqueurs organiques, de produire en certaines circonstances ‚dans d’autres corps ou matières organiques, des changemens ou fermentations analogues , qui font que ces Corps acquièrent les propriétés dont elles-mêmes sont douées. |
$ 205. La propriété assimilatrice des liquides que les Corps vivans ajoutent aux alimens dépend-elle d’une force spéciale, ou peut-elle être rapportée à l’action d’une autre force organique? Déjà Galien (1) admettait une force"particulière d’assimilation, et d’autres physiologistes, Grimaud entr’autres (2), parmi les modernes, ont été du même avis. Ils se fondaient principalement sur ce que l'assimilation ne saurait être considérée comme l'effet d’uneautre force, notamment de la force de nutrition ou de formation, celle avec laquelle elle a
d’ailleurs le plus d’analogie, parce qu’elle a pour but |
de produire une substance homogène avec des alimens P Di hétérogènes, tandis que la force de nutrition ou de formation produit, avec le liquide nourricier homogène, des mélanges fort différens les uns des autres. savoir bj les matériaux des parties solides. Cependant il ne paraît pas qu'on ait besoin d'admettre une force assimilatrice
spéciale, d'autant plus que cette hypothèse ne fait pas
mieux connaître: l'assimilation en elle-même. Les li-
quides assimilateurs doivent leurs qualités diverses aux manifestations d'activité des parties solides , c’est-à-dire |
qu'ils sont préparés avec la liqueur nourricière générale,
(1) Galien (De nat. facultat. 1. 5, c. 4) faisait accomplir l’assimila- |
tion (efouoiwass, öuoswais) par une force spéciale, facultas assimila-
irix (ITvvapıs Quoiwrixra). Bacon admettait un motus assimilationis par- |
ticulier.
(2) Grimaud (Cours complet de physiologie, t. I, p. 229), appelait la force d’assimilation force d'affinité vitale, force ou faculté diges-
tive.
par l’action de ces parties, dans lesquelles par conséquent leur sécrétion suppose la force de nutrition et de formation, dont les modifications la modifient à son tour. |
De même qu’en vertu de cette force les parties solides attirent du liquide nourricier général des matières qu’elles font entrer dans leur composition et dans leur structure organique, et auxquelles elles communiquent leurs qualités vitales, de même les organes qui préparent les liquides assimilateurs avec le fluide nourricier général semblent leur communiquer, par le même acte et en vertu de la même force, des qualités qui leur permettent d'agir sur les alimens de manière à en opérer l'assimilation. La force de formation qui, dans la génération de chaque espèce animale ou végétale , produit des composés chimiques, des formes organiques et un mode de développement conforme à ceux des corps générateurs, est aussi celle qui, en préparant les liquides assimilateurs et leur action sur les alimens, produit continuellement une liqueur appropriée au mode particulier de composition, d'organisation et d'activité de ces Corps.
Comme l'origine des espèces animales et vegetales susceptibles de se reproduire par la voie de génération , n'est pas du nombre des choses que nous puissions apercevoir , et que les effets de la force de formation se prolongent, à travers les générations , en une série dont l'esprit humain ne saurait atteindre le terme, il en est de même pour les manifestations de cette force dans la nutrition et l'assimilation. Nous voyons seulement , chez les individus, les effets de la force de formation se prononcer dans la génération, la nutrition et l'assimilation, au milieu de certains phéno-
mènes et de certaines conditions, que nous cherchons à connaître sans pouvoir nous rendre compte de la cause première d’où ils dépendent.