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I. Mouvement du suc nourricier dans les animaux

$ 249. La plupartdes animaux, les mammifères, les o1seaux, les reptiles, les poissons, les mollusques, les crustacés, les arachnides, les insectes même d’après les observations récentes de Carus, les annélides, et, parmi les radiaires, les holothuries, les oursins et les astéries, renferment des espaces particuliers, dans lesquels le sang se meut en cercle. Les anımaux inferieurs, au contraire, n’ont point de vaisseaux pour la circulation du sang. Chez les meduses , les lucernaires , etc., il n'existe que des appendices rameux de la cavité digestive, qui se distribuent dans le corps, et qui, après avoir reçu Île sang, le conduisent aux parties. Il ya egalement, chez

quelques entozoaires, d’apres les recherches de Rudolphi, des canaux déliés qui partent du tube intestinal. Bojanus a vu, dans l’ascaride lombricoïde (1), deux vaisseaux marchant longitudinalement sur les côtés du corps, qui paraissaient s'unir ensemble à l'extrémité céphalique. Peut-être sont-ce là les premiers rudimens du système vasculaire pour la circulation du suc. Cependant, le plus grand nombre des vers intestinaux, comme aussi les actinies et les polypes, manquent même tout-à-fait d’appendices rameux et vasculiformes qui éconduisent le suc nourricier de la cavité digestive : ce suc paraît donc être immédiatement absorbé par les parois du sac alimentaire et épanché dans la substance homogène de leur corps.

$ 250. On appelle système vasculaire sanguin les espaces dans lesquels le sang se meut circulairement. Ce système est composé de canaux ramifiés dans l’intérieur du corps et toujours remplis de sang ($ 115). Ses troncs communiquent librement ensemble, de manière que le sang peut s’epancher de l’un dans l’autre, ou bien leur communication a lieu par lintermede d’un muscle creux, le cœur, d@ht la cavité alternativement recoit du sang de l’un et chasse ce liquide dans l’autre. Dans une classe de vaisseaux, les artères ($ 116), le sang se meut des troncs vers la périphérie et les organes, en traversant les branches, rameaux et ramuscules: dans une autre, les veines ($ 117), il revient de la périphérie et des organes aux troncs, en passant par les ramuscules , rameaux et branches. Ces deux classes de vaisseaux communiquent ensemble à leurs dernières ramifications, les capillaires, de manière que le sang peut s’epancher des artères dans les veines.

(2) Fsts., 1848, cah. 8, p. 1431.

$ 251. Chez le plus grand nombre des animaux, les mammifères , les oiseaux , les reptiles , les poissons, les. mollusques et les crustacés, la communication entre les troncs veineux et artériels a lieu, en totalité ou en partie, par un cœur, et même, chez quelques animaux, par deux ou trois cœurs. Les parois d’un cœur sont composées de faisceaux charnus, denses, qui s'étendent en sens très-différens, sont entrelacés ensemble de la manière la plus intime, et forment généralement plusieurs couches superposées. À l'extérieur, cet organe est entouré d’une membrane séreuse fermée de toutes parts, en manière de sac, qu'on appelle périearde , et qui favorise ses mouvemens, par le liquide quelle sécrète. La cavité du cœur est tapissée par la membrane interne, lisse, du système vasculaire sanguin, qui se répand des troncs veineux sur ses parois, auxquelles elle est unie par du tissu cellulaire , etquise prolonge ensuite dans les troncs artériels. Cette membrane produit, aux orifices des troncs vasculaires, des plis diversement configurés, souvent fixés à des faisceaux musculeux saillans, qu'on nomme valvules du cœur, et qui determinent la direction suivant laquelle se eut le sang chassé par le resserrement des parois contractiles du cœur. Les parois elles-mêmes de ce muscle reçoivent des ramifications de l'aorte, qui leur apportent le sang nécessaire à leur nutrition. Des nerfs nombreux et fort déliés, qui se répandent aussi dans la substance musculeuse du cœur, semblent présider à sa nutrition, et par elle à son impressionnabilité pour la stimulation que produit le sang, ainsi qu à sa faculté contractile.

$ 252. La présence d’un ou plusieurs cœurs, leur situation et leur composition, la disposition de leurs valvules, et leur mode d'union avec les troncs vasculaires, sont autant de circonstances qui varient beaucoup chez les anı-

ET LES VÉGETAUX. 333

maux, et qui se rattachent par d’intimes connexions aux combinaisons diverses de leur structure, de leur séjour, du mode de respiration, de l'intensité des phénomènes de la vie, et de leur dépendance des actes de la nutrition, eux-mêmes placés sous l'influence de la circulation du sang. Nous allons indiquer en peu de mots la composition du cœur dans les différens groupes d’animaux.

Tantöt un cœur ne contient qu'une seule cavité, et tantôt 1l en renferme deux, trois ou quatre. Quand il ny en a qu'une , en se dilatant elle reçoit le sang des troncs veineux, et en se contractant elle le chasse dans les troncs artériels. Le reflux du sang du cœur dans les veines, quand il se contracte, ou des artères dans le cœur , lorsque celui-ci se dilate, est empêché par des valvules. Cette forme, la plus simple de toutes, existe chez les crustacés, où le cœur est placé entre les veines branchiales et les artères du corps. Les céphalopodes ont trois de ces cœurs, deux entre les veines du corps et les artères branchiales , le troisième entre les veines branchiales et l'aorte. |

Lorsqu'il y a deux cavités dans le cœur, l’une d’elles reçoit le sang des troncs veineux, en se dilatant,, et le chasse, en se contractant, dans la seconde , qui le fait passer de même dans le tronc artériel. Son retour de la seconde dans la première est prévenu par des valvules situées au point de jonction. Cette première cavité a toujours des parois minces, et on lui dorine le nom d'oreillette (sinus, atrium). L'autre , au contraire, est, pourvue de parois plus épaisses et plus denses : on la nomme ventricule (ventriculus). Les contractions et les expansions de ces deux cavités ne se font Jamais d’une manière simultanée, mais alternativement. Un cœur ainsi conformé est dit simple. Tantöt on en trouve un

semblable entre les troncs veineux des organes respiratoires et les artères du corps, comme dans la plupart des mollusques, et ıl préside au mouvement du sang dans le corps ; c’est ce qu'on appelle cœur aortique. Tantôt il y en a un entre les troncs des veines du corps et le tronc artériel des organes respiratoires , dans l’intérieur desquels il détermine le cours du sang, ainsi qu'on le voit chez les poissons ; c'est ce qu'on nomme cœur respiratoire. Il y a aussi un cœur simple entre les troncs veineux du corps et les organes de la respiration, et entre les artères de ceux-ci et celles du corps, pour regler la circulation du sang dans le corps et les organes respiratoires, disposition qui se rencontre chez les reptiles batraciens. Dans les autres reptiles, les chéloniens, les sauriens et les ophidiens, le cœur a deux oreillettes, dont l'une reçoit le sang des veines du corps, et l’autre celui des veines pulmonaires. Ces deux oreillettes versent le liquide, par deux ouver- ‚tures, dans un ventricule unique, qui souvent est partagé, par un commencement de cloison , en plusieurs compartimens imparfaitement délimités, d'où naissent les troncs artériels des poumons et du corps, quireçoivent le sang au moment de la contraction du ventricule. C’est là le cœur demi-double. Enfin le cœur présente deux oreillettes et deux ventricules, dont une oreillette et un ventricule communiquent ensemble par une ouverture, pendant qu'une cloison complète les sépare des deux cavités correspondantes du côté opposé. C'est là le cœur véritablement double , qui existe dans les oiseaux et les mammifères. La moitié droite de l'organe reçoit le sang veineux qui revient du corps, mêlé avec la lymphe et le sang, et le chasse dans l’artere pulmonaire; la gauche, au contraire, reçoit celui qui revient des veines pulmonaires, et l'envoie dans l'aorte.

any, r r ET LES VÉGÉTAUX. 335

$ 255. Le liquide contenu dans le système vasculaire. ou le sang, aune pesanteur spécifique plus considérable que celle de l’eau. Il est un peu visqueux , répand une odeur particulière, a presque toujours une saveur un peu salée, et présente une couleur différente suivant les animaux. Celui des mammifères, des oiseaux, des reptiles, des poissons et des annélides , est rouge. Dans les mollusques, il est blanc ou tirant sur le bleuätre. Chez les crustacés et les insectes, il est limpide et elair comme de l’eau. Le sang des holothuries, des astéries et des oursins, est jaunâtre ou orangé.

$ 254. Quand on examine au microscope du sang qui vient de sortir des vaisseaux, ou qui est encore contenu dans ceux de parties transparentes, on aperçoit un liquide renfermant des corpuscules colorés, qu’on appelle globules du sang. Ces petits corps, dont la découverte est due à Leeuwenhoek et à Malpighi, ont été observés dans le sang des mammifères, des oiseaux, des reptiles et des poissons, par Baker, Haller, Della Torre, Hewson, Fontana, Spallanzani, etc., et tout récemment par Villar, Home et Baur, Deellinger, Prevost et Dumas, Dutrochet et autres. Lister, Baker, Prevost et Dumas, Milne-Edwards et Carus, en ont vu dans l2 sang des mollusques; Leeuwenhoek, dans celui des squilles; Carus, dans celui de l’écrevisse commune ; Lyonnet, dans le liquide du vaisseau dorsal des chenilles; Gruithuisen , dans les nervures de la sauterelle verte, et Carus dans les vaisseaux des larves de libellule. Les globules paraissent donc exister dans le sang de tous les animaux.

Leur grosseur et leur forme présentent des différences chez les animaux. Dans-le sang des repüles et des poissons, ils ont un volume supérieur à celui qu'ils présentent dans les oiseaux et les mammifères. Chez ces derniers, ıls ont une forme arrondie, et sont un peu

aplatis. Ils paraissent ovalaires dans le sang des reptiles et des poissons. [ls sont ronds, suivant Carus, Prevost et Dumas, dans la limace et dans l’écrevisse ordinaire. Ils ont une figure ovalaire dans les larves de hbellule.

Leur quantité varie également. Le sang des oiseaux et des mammifères est celui qui en contient le plus; ils sont moins nombreux dans celui des reptiles et des poissons ; le sang des mollusques en contient moins aussi que celui des animaux vertébrés. Leur nombre est plus considérable dans le sang des animaux bien nourris que dans celui des animaux épuisés par la faim. Ceux : des animaux à sang rouge sont composés d'un noyau incolore et d’une couche corticale colorée , qui se détache pendant la coagulation du sang. Cette couche corticale paraît ne point exister dans les globules du sang des animaux sans vertèbres.

Les globules du sang proviennent sans doute des matières organiques des alimens dissoutes par la digestion, et qui possèdent la propriété de prendre en certaines circonstance une figure globuleuse, On en trouve déjà dans le chyle, mais ils y sont privés d’écorce colorée. Cette croûte ne paraît se former que dans les vaisseaux des organes respiratoires.

$ 255. Le sang qui coule hors des vaisseaux se coagule ; les globules, qui étaient isolés les uns des autres pendant la vie, se réunissent en une seule masse , et se séparent de la partie aqueuse. La portion coagulée du sang, qui est plus pesante, et qui se précipite au fond, porte le nom de caillot (crassamentum sanguinis), tandis que la partie aqueuse, qui surnage, reçoit celui de sérum. La proportion respective de ces deux parties varie chez les animaux. Le sang des mammifères et des oiseaux contient plus de parties coagulables que celui des reptiles et des poissons. I] paraît y en avoir moins aussi dans le

sang des animaux sans vertèbres que dans celui des poissons et des reptiles. Le sérum est composé d’une dissolution d’albumine , d’un peu de graisse, de matière salivaire et de différens sels. Le caillot, au contraire, l’est de fibrine,, et, chez les animaux à sang rouge, d’une matière colorante particulière , le eruor, qui contient un peu de fer.

$ 256. Le sang des animaux vertébrés offre, dans les diverses sections du système vasculaire, des différences qui sont plus prononcées chez les mammifères et les oiseaux que chez les reptiles et les poissons. Le sang contenu dans les veines du corps, de toutes les parties diquel il revient, et qui coule dans le cœur respiratoire, mêlé avec de la lÿmphe et du chyle, a une couleur rouge tirant sur le noir, contient beaucoup d’eau, mais peu de parties coagulables , et porte le nom de sang veineux. Celui qu'on trouve dans les troncs artériels des organes respiratoires est de même nature. Celui qui revient des organes respiratoires par les veines, se distingue, ainsi que celui du cœur aortique et des artères du corps, par une teinte rouge vermeille. Il est trèsriche en globules, et contient moins d’eau. Ce sang , préparé par l'acte de la respiration, et qu’on appelle arteriel, est un liquide absolument nécessaire pour l’entretien de la vie. Il contient les matières destinées à la nutrition des parties solides, qui les reçoivent par les artéréoles disséminées dans leur tissu, les attirent dans l'acte de la nutrition, et se combinent avec elles. Par la nutrition toutes les parties d’un corps animal sont entretenues dans l'état de composition chimique et d’organisation qui leur appartient en propre, et dans les conditions qui les rendent aptes à exercer leurs différentes manifestations de force ou d'activité. Le sang artériel fournit, en outre , à la sécrétion de nombreux

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liquides, dont les uns sont essentiels à la conservation de la vie, soit qu'ils s’épanchent dans le sac alimentaire, où ils opèrent la dissolution et l'assimilation des alimens, soit qu'ils humectent la face interne des membranes séreuses et synoviales, et facilitent l'exercice des mouvemens automatiques ou volontaires, tandis que les autres sont destinés à la production de nouveaux êtres.

Le sang est le liquide dans lequel se rendent toutes les matières venant du dehors et entrant dans la composition des parties solides, et auquel retournent tous les matériaux des organes qui repassent à l’état fluide par les manifestations d'action de ces mêmes organes, et qui sont pris par l’absorption. De lui se séparent les différentes matières excrémentitielles, dont l’élimination a pour but le maintien de la composition chimique qui lui est propre. Quelques-unes de ces excrétions, comme celles des organes respiratoires et la bile émanent du sang veineux, tandis que d’autres, par exemple l’urine et les matières exhalées par la peau, sortent dn sang artériel.

$ 257. Le sang, comme source de tous les actes de nutrition , de formation et de sécrétion , est en réciprocité d'action avec toutes les parties du corps. Il entretient les changemens de composition qui accompagnent les manifestations de la vie des organes ‚etil est la condition indispensable de Fexistence des animaux. Sa soustraction ou la destruction de ses propriétés par diverses influences extérieures ou substances vénéneuses, entraine la perte de la vie. Necessaire à l’accomplissement et à l'exercice de toutes les opérations animales: et de toutes les manifestations d'activité des animaux, de la digestion, de l'absorption, de la respiration, de lanutrition , des sécrétions , des mouvemens , des actions nerveuses et de la génération, le sang est assujetti à des

changemens continuels. Sa quantité, sa composition et ses qualités sont modifiées par les actes de la nutrition et de la sécrétion. Ce qu'il perd en quantité, il le recouvre par la susception et l'assimilation des alimens. Les changemens qu'il éprouve dans sa composition, sont réparés par la respiration et par le rejet des matieres excrémentitielles. C’est ainsi que, continuellement variable sous tous les rapports , il est la source de tous les changemens de composition qui accompagnent l'exercice de la vie des animaux, et la condition indispensable du maintien de leur existence.

S 258. Le sang est agité d’un mouvement continuel pendant la vie. Il coule du cœur par les troncs, les branches, les rameaux et les ramifications des artères , arrive ainsi aux organes, revient de ceux-ci dans les cavités du cœur, par les racines, les rameaux „des branches et les troncs des veines, puis repasse de nouveau dans les artères. On appelle circulation ce mouvement, de la non-interruption duquel dépend la durée de la vie. Celui qui a lieu dans les vaisseaux des organes de la respiration porte le nom de petite circulation ou-circulation respiratoire , tandis que celui qui a lieu dans le reste, du corps reçoit celui de grande circulation ou circulation aortique. Une troisième circulation , accomplie par des vaisseaux seulement, a lieu encore dans le foie, chez les animaux vertébrés, les mammifères, les oiseaux les reptiles et les poissons : les veines de l'estomac et du canal intestinal, du pancréas et de la rate se réunissent en un seul tronc, la veine porte, qui se distribue dans le foie à la manière des artères, et communique avec la veine cave inférieure par le moyen des veines hépatiques. Chez les reptiles et les poissons , la veine porte

reçoit en outre les veines de plusieurs auires organes. Ce mouvement du sang veineux à travers le foie , a pour

but la sécrétion de la bile, qui est un liquide en partie excrémentitiel , et dont l'élimination entretient la masse du sang dans les conditions de composition chimique nécessaires à l’accomplissement de la nutrition.

$ 259. Quant à ce qui concerne les causes de la circulation du sang, sujet sur lequel les physiologistes ont beaucoup disputé depuis la découverte de Harvey, on peut regarder comme prouvé qu'elle est due tant aux manifestations d'activité des parois des espaces dans lesquels le sang se trouve contenu, que par la propriété inhérente au sang vivant lui-même, c'est-à-dire, à ses globules, de se mouvoir par une impulsion propre. Il paraît, en outre, que les organes , dont la substance est soumise à un changement continuel, exercent sur le sang une attraction qui favorise aussi son mouvement. Nous allons examiner d’une manière rapide ces diverses conditions de la circulation. I en sera traité plus amplement à l'occasion de la circulation du sang chez homme.

$ 260. Le cœur vivant, dent la disposition et la structure résultent de l’activité plastique qui se manifeste dans le germe fécondé, est doué à un haut degré d'une faculté contractile, qu'onsappelle force musculaire ou irritabilite. Cette force subsiste dans le cœur d'un animal aussi long-temps que les vaisseaux nourriciers portent du sang artériel à sa substance, et qu'ils en nourrit. Elle diminue rapidement, et ne tarde pas à s éteindre tout-a-fait, dans un cœur séparé du corps. Le stimulus qui excite les parois irritables du cœur à se contracter est le sang, comme Haller l'a suffisamment établi par de nombreuses expériences. Ge liquide s’épanche des troncs veineux dans les oreillettes, quand celles-e1 se relächent et se dilatent; ensuite leurs parois musculeuses reviennent sur elles-mêmes, et poussent le sang qu'elles eirconserivent dans les ventricules, qui se dila-

tent pour le recevoir. Le reflux de ce liquide des oreillettes dans les troncs veineux est empêché par la contraction de faisceaux musculeux circulaires qui entourent ceux-ci, ou par des valvules. Les parois distendues des ventricules , stimulées par le sang qu’elles ont reçu, se contractent également dans tous les sens, suivant la direction de leurs faisceaux charnus, avec beaucoup de force et de rapidité, et chassent le sang, par secousses ou ondées, dans les troncs artériels. Le sang refluerait des ventricules dans les oreillettes, si de fortes valvules n'y mettaient obstacle. Au moment où les ventricules se contractent, les oreillettes, qui sont vides, se dilatent de nouveau, et admeitent d’autre sang provenant des irones veineux, qu'elles lancent dans les ventricules, dont l'expansion coïncide avec leur resserrement. Les contractions et expansiôns des oreillettes et des ventricules continuent ainsi alternativement pendant toute la vie, d'où 1l résulte que continuellement du sang est reçu des troncs veineux et chassé dans les troncs artériels ; tandıs que les troncs des veines versent ce liquide dans les oreillettes, qui se dilatent, ilrevient des rameaux et des branches dans les troncs. Le sang chassé par saccades, et avec une grande force, dans les artères, est conduit aux organes par les branches, les rameaux et les ramuscules de ces vaisseaux, aux dernières extrémités desquelles il rentre , mais après avoir changé de propriétés , dans les veines, qui le ramènent au cœur. Le cours du sang dans la direction qui vient d’être indiquée, et dans des carrières circulaires, a été démontré par les expériences de Harvey relativement aux effets que la compression et la ligature, des artères et des veines produisent sur le mouvement de ce liquide, ainsi que par les conclusions qui en découlent. Les artères que l’on comprime , ou autour desquelles on serre

une ligature, se gonflent au-dessus de l'obstacle , du côté du cœur, tandis qu’elles demeurent affaissées et rétrécies au-dessous. Les veines, au contraire, quand on les soumet à la même épreuve, se distendent au-dessous de l'obstacle, et s’affaissent au-dessus. D'ailleurs, le mouvement circulaire du sang a été observé sur les animaux vivans, avec le secours du microscope, par Malpighi, Leeuwenhoek, Baker, Haller, Spallanzani et beaucoup d’autres naturalistes.

$ 261. Dans les artères, le sang coule, par ondées ou saccades, des troncs vers les branches, et de celles-ci vers les rameaux et les ramuscules, jusqu’à ce qu’enfin

il se meuve uniformément dans les ramifications les plus

déliées. Ce mouvement est produit par la contraction énergique des ventricules du cœur, de laquelle il résulte que le sang, chassé par secousses des ventricules dans les artères, pousse devant lui celui qui est déjà contenu dans les troncs, en sorte qu'à chaque contraction des ventricules la, colonne de sang qui remplit les troncs artériels se trouve refoulée vers les ramifications péri-

phériques parune nouvelle ondée. À chaque contraction: des ventricules, on sent, en comprimant l'artère, un

battement qui tient à l’afflux de la colonne liquide poussée en avant, et qui soulève même le doigt quand la pression n'est pas forte. On voit aussi, en piquant

une artère, le sang sortir par jets isochrones avec les

‘contractions des ventricules. Enfin, le mouvement imprimé à ce liquide par l’action du cœur est facile à apercevoir avec le secours du microscope, dans les ‘artères des parties transparentes, du mésentère , des poumons et des membranes natatoires de petits animaux vivans:

Ainsi, lécœur irritable est le principal agent du flux du sang dans les artères, à raison de la contractions énergique de ses ventricules et du mouvement saccadé qua

se trouve imprimé par là au liquide. Cependant, cette cause n’est point lagseule , Re plusieurs physiologistes l'ont prétendu : les parois des artères y prennent part aussi.

$ 262. Les artères, qui consistent en une membrane fibreuse particulière, sont extensibles, élastiques et douées d’un pouvoir vital de se contracter ; mais cette faculté n’est point identique avec l'irritabilité musculaire, comme l’ont admis quelques physiologistes. Quand on applique: des agens mécaniques ou chimiques sur les artères vivantes , elles ne se contractent pas à l’égal des muscles soumis au même traitement, comme je le dirai plus tard en traitant des propriétés de ces vaisseaux chez l’homme. Cependant, toute artère coupée en travers ou exposée à l'influence de l'air, sur un animal vivant, se resserre un peu sur élle-même, ce qui n'a point lieu dans le cadavre, et ne peut par conséquent pas être attribué à l’élasticité seulement. existence d'une faculté contractile vivante dans les parois des artères ressort aussi de ce qu'après les émissions sanguines, leur calibre diminue en proportion de la quantité de sang qui a été soustraite à l'animal. Nous désignerons provisoirement sous le nom de contractilité organique ou de tonicité, le pouvoir dont elles jouissent de se rétrécir, indépendamment de leur élasticité.

Au moment où les ventricules se contractent et se vident avec une grande force, les artères, qui sont extensibles et toujours pleines de sang, se dilatent, par l’afflux d’une nouvelle quantit de liquide, un peu au-delà de leur diamètre moyen, mais à un faible degré seulement. Leurs parois élastiques et contractiles font ensuite effort pour revenir à ce diamètre moyen, phénomène qui a lieu pendant que les ventricules se dilatent et reçoivent une nouvelle ondée de sang des oreillettes,

Comme les valvules situées à la base des troncs artériels ne permettent point au sang, de refluer dans les ventricules, quand ils se dilatent, ce liquide est obligé, par suite du rétrécissement que les artères éprouvent en reprenant leur diamètre moyen, de cheminer vers leurs ramifications les plus déliées. Cette réaction des artères élastiques et contractiles, que plusieurs physiologistes ont, observée, a été rejetée à tort par quelquesuns , ou aitribuée non moins faussement à la seule élas- He Dans les petites artères, le sang ne coule plus par saccades, mais d’une manière uniforme, ainsi que Ja plupart des physiologistes s’ sen sont Convaincus avec le secours du microscope. Cette différence dépend de ce que la force des ventricules qui se contractent, et l'impulsion saccadée qu'ils donnent à la colonne de liquide, sont affaiblies par la distension des parois artérielles. Le mouvement du sang dans les ramuscules ne peut point être attribué au cœur seul : il faut plutôt le considérer comme un effet dü à la contractilite des parois artérielles et à la propriété qu’a le sang de se mouvoir par une impulsion propre. La meilleure preuve qu'on puisse en donner, c'est que le sang coule dans les artères chez des animaux qui n’ont point de cœur.

& 203, „be sang passe des ramifications les plus deliees des artères dans je: veines. Outre qu'il a été souvent

10e) à a en | micr oscope, sur des parties ans d'animaux vivans, par un grand nombre de naturalistes, tels que Malpighi Leeuwenhoek , Cowper , Moliney , Cheselden, Baker, Hales, Haller, Reichel, Spallanzani

et autres. Ges physiciens ont vu le sang couler des ar-

teres dans les veines. Dœllinger et Pander (1) ont récemment fait la même observation dans la figure veineuse de l'œuf de poule couve. Villar (2) a vu, dans la queue des tétards, le sang passer des artères dans les veines. F. Thomson (3) a été témoin du même phénomène dans les membranes natatoires des grenouilles. Erman (4) a vu, dans les branchies frangées de grenouilles à l'état de développement, des séries de globules du sang qui passaient des artérioles dans les veines. Le même fait a été observé par Cuvier (5) dans les branchies des tétards de tritons, et par Configliachi et Busconi (6) dans celles du protée. Deellinger (7)a vu, sur des embryons de poisson, le sang couler le long d’arterioles qui se repliaient sur elles-mêmes pour produire des veines. Enfin Carus (8) a remarqué un courant artériel et veineux dans les lames de la queue des larves de libellule , et reconnu que le premier s’inflechissait sur lui-même pour donner lieu au second. Il est donc impossible, d'après ces témoignages, de révoquer en doute la conversion des artérioles en veines, et le passage du sang de celles-lä dans celles-ci. La communication entre les deux ordres de vaisseaux est la plupart du temps si étroite , qu’elle ne permet qu’à une seule série de globules sanguins de passer; il est plus rare qu'on voie

(A) Beitraege zur Eintwickelungsgeschichte des Huehnchens im Eye. Wurzbourg, 4847, in-fol. |

(2) Journal de physique, t. LVIIL, p- 406.

(3) Lectures on inflammation. Edimbourg, 1815, p. 78.

(4) Schriften der Berliner 4kademie, 1816-4817, p. 213.

(8) Recherches sur les Amphibies douteux, p. 22.

(6) Del proteo anguino, p. 7%, tab. 4, fig. 18.

(7) Denkschriften der Muenchner Akademie, 1818-1820, t. VI, p. 169. :

(8) Blutumlauf in den Larven netzfluegeliger Insekten, Leipzick , 1827, p. 12.

deux ou trois globules la franchir simultanément. Au reste, le courant du sang a lieu d’une manière uniforme, et non par saccades , ce quis’élève contre l’opinion des physiologistes aux yeux desquels le sang traverse les vaisseaux capillaires en vertu des contractions du cœur. Mais on est encore dans le doute de savoir si les petits courans sanguins sont entourés de parois vasculaires au moment de leur passage des artères dans les veines , comme Leeuwenhoek, Haller, Spallanzanı et autres, l'admettaient et disaient l'avoir observé, ou s'ils sont contenus seulement dans des conduits creusés au milieu du tissu muqueux, ainsi que le prétendent Gruithuisen, Deellinger, Carus et autres. Cependant on peut regarder comme un fait avéré, qu'à sa première apparition dans la figure veineuse de l'œuf d’oiseau couvé, le sang n'est point encore entouré de parois vasculaires.

$ 264. Le sang marche dans les veines des ramifications vers les branches et les troncs. Son cours y est régulier et plus lent que dans les artères. Il se meut dans les troncs par saccades , qui sont isochrones à la distension des oreillettes. La progression dans les veines est le résultat de V’afflux continuel du sang par les artères, de l’élasticité et de la contractilité vitale des parois veineuses , et des expansions alternatives des oreillettes. Le sang qui s’épanche des artères distend les veines. Celles-ci, en vertu de l élasticité et de la contractilité de leur tunique fibreuse, propriété qui ressemble à celle dont les artères sont douées, et sur laquelle je reviendrai plus tard, en traitant des propriétés des veines, réagissent sur le liquide, et tendent à se rétrécir. Il résulte de là que le sang s’avance des rameaux vers les branches, mouvement durant lequel les valvules s'opposent à sa rétrogradation et soutiennent la colonne du liquide, partagée par elles en nombreuses sections. L'af-

flux du sang vers le cœur est favorisé, en outre, par la distension des oreillettes, car il se précipite des troncs dans le vide produit par cette distension, en même temps que celui des rameaux et des branches arrive dans les troncs qui se vident. Haller, Wilson, Platner et Blumenbach ont admis déjà que les oseiletten, en se dilatant, agissent comme une pompe aspirante sur le sang contenu dans les veines. Cette opinion peut être considérée comme ayant été démontrée, tant par les argumens de Carson ; Jugenbuehler et Schubarth , que par les observations de Deellinger, qui, en étudiant l’embryon d'oiseau, a vu le sang avancer dans les veines tandis que les troncs le versaient dans les oreillettes au moment où celles-ci se dilataient.

$ 265. Outre les mouvemens communiqués au sang par les contractions et expansions alternatives du cœur irritable, qui agit en cela comme une pompe foulante et aspirante, indépendamment de ceux qui lui sont imprimés par les parois élastiques et contractiles des artères et des veines , il possède encore la propriété de se mouvoir de lui-même. Cette propriété lui a été attribuée par plusieurs physiologistes, tandis que d’autres ont élevé des doutes sur sa réalité. Harvey, Glisson, Bohn etautres, ont prétendu que le sang est un liquide vivant et susceptible d'un mouvement qui lui appartient en propre ; et Albinus, VVilson, Rosa, Jean Hunter, Galhui, etc., ont allégué des raisons péremptoires en fayeur de cette opinion. Heidmann (1), en examinant des gouttes de sang frais au microscope, a vu se former au milieu du liquide , pendant sa coagulation, un tissu réticulaire qui exécutait, durant quelques minutes, des mouvemens semblables aux faibles contractions et ex-

(4) Rein, Archiv fuer die Physiologie, t. X, p. 447.

pansions des fibres musculaires. G.-R. Treviranus (1)a observé, avec le secours du microscope , deux sortes de mouvement dans le sang coulant des vaisseaux d’un animal vivant. L'un consistait en un tourbillonnement des globules sanguins, tandis que l’autre se manifestait

pendant la coagulation, par une contraction ones tante du caillot entier, Cavolini (2) a même vu , dans les tubes du tronc et des ramifications du squelette corné des sertulaires, un liquide contenant des grains qui se mouvaient en tourbillonnant. Haller (), Spallanzani ,

Wilson Philipp (4), G.-R. Treviranus (5) et autres, ont remarqué, à l’aide du microscope, que le sang continuait à se mouvoir dans les vaisseaux de divers animaux, principalement de grenouilles , quelque temps ‘encore après que les gros vaisseaux cardiaques avaient été liés, ou le cœur lui-même arraché, phénomène dont j'ai également été témoin plusieurs fois. C.-F. Wolff, Drellinger et Pander, Prevost et Dumas, etc., ont vu,

même avant la formation des vaisseaux et du cœur, paraître dans l'œuf d'oiseau couvé des globules sanguins qui étaient en mouvement. Jean Hunter, Gruithuisen , Kaltenbrunner , etc., ont observé, au milieu du tissu muqueux , dans les parties enflammées, dans les tissus qui se régénéraient, et pendant la cicatrisation des plaies, des points sanguins qui se plaçaient à la suite les uns des autres, formant ainsi de petits COUrans ,

lesquels représentaient de nouveaux vaisseaux et s’unissaient aux anciens vaisseaux déjà existans. Tous ces

(1) Biologie, t. IV, p. 654.

(2) Abhandlungen ueber Pflanzenthiere des Mittelmeers, p. 36.

(5) Opp. min., t. I, p. UBS, sect. 8.

(4) Philos. Pro 1815, 1. If, p. 224. Med. chir. Trans., t. XI, PL

(5) Vermischte Schrifien, t. I, p. 102.

phénomènes témoignent que les globules sanguins, en leur qualité de parties organiques , possèdent la faculté de se mouvoir que Wolff leur avait déjà attribuée. Mais , quoiqu on ne puisse refuser cette faculté au sang, et que les premiers mouvemens qu'il exécute, avant la formation du cœur et des parois vasculaires, ne puissent être que le résultat d’une force inhérente à lui-même \ cependant, chez les animaux pourvus d'un cœur, sa progression @&t principalement le résultat de l’action de cet organe, après l'extinction de l'énergie duquel la circulation s'arrête promptement. Enfin le sang ne demeure liquide et ne conserve la faculté de se mouvoir qu'aussi long-temps qu’il est en rapport avec les corps vivans; sorti des vaisseaux, il se coagule et ne tarde pas à perdre ses mouvemens,

$ 266. Les organes paraissent exercer aussi une attraction vitale sur le sang artériel. Si une partie quelconque vient à redoubler d'action, que ce soit à la suite d’une excitation interne ou externe , ou par l'influence du Système nerveux, il se porte davantage de sang vers elle. Que l'on soumette une partie externe, par exemple la conjonctive, ou une portion de la peau, à une stimulation mécanique, qu'on la frotte, qu’on Vexpose à une température élevée, qu’on fasse tomber sur elle une elincelle électrique , ou qu on la metie en contact avec les deux pôles d'une pile galvanique , aussitôt le sang y afllue en plus grande quantité, et elle rougit. La même chose arrive dans le cas de blessure. Toutes les mem branes qui sécrètent de la mucosité ou de la sérosité tous les organes sécrétoires et autres, admettent également plus de sang, quand ils viennent à étre stimulés. Ce phénomène ne peut être attribué à un redoublement d'action du cœur , puisque celui-ci n’exerce d'influence que sur le mouvement du sang en général, et qu'il ne

saurait rien changer à la quantité de ce liquide qui se rend dans chaque partie du corps. Il paraît plutôt tenir à ce que l'organe, dont l’action devient plus vive, éprouve des changemens plus prompts dans sa composition materielle, et à ce que, par cela même, il attire plus rapidement eten plus grande abondance le sang artériel, qui seul est capable , en raison de son influence sur la nutrition , de rendre la partie apte à déployer un surcroît d'énergie. Lorsque 7 je traiterai de la Circulation du sang chez l’homme, j'exposerai plus en detail les argumens qui parlent en faveur d’une attraction exercée sur le sang par les organes vivans.

$ 267. La disposition du système vasculaire sanguin, son degré de complication, et la direction qui suit de là pour le sang dans son cours, sont en connexion intime, dans les différens groupes d'animaux, avec le degré de complication de leur structure, avec celui de diversité et d'intensité de leurs phénomènes vitaux.

Chez les mammifères et les oiseaux, qui ont l’organisation la plus compliquée, et chez lesquels nous observons les manifestations d'action les plus variées et les plus intenses du système nerveux, ainsi que les mouvemens les plus énergiques et les plus durables, le mouvement du sang à travers les organes respiratoires et le corps entier est déterminé par des segmens particuliers du cœur. Les routes frayées à ce liquide dans les poumons et dans le corps sont tellement distinctes l'une de l'autre, qu'il ne peut point arriver une seule goutte de chyle ou de sang au parenchyme des organes, sans qu'elle ait été préalablement soumise à l'action de l'air dans les poumons. +

Chez les reptiles , qui sont moins sensibles , et dont les mouvemens n’ont pas autant de vivacité ni de durée, la circulation du sang à travers les poumons n'est point

aussi exactement séparée de celle à travers le reste du corps que chez les animaux précédens, car le sang artériel et le sang veineux se mêlent ensemble dans le cœur. Cependant ce dernier organe est encore l’agent principal du mouvement du sang dans les. deux carrières qu'il parcourt.

Chez les poissons, les crustacés et les mollusques, dont le système nerveux offre un degré moindre de déploiement , et dont le sySème musculaire exécute des mouvemens moins énergiques, les deux carrières du sang sont bien séparées l’une de l’autre par les organes respiratoires et par le corps , mais le mouvement de ce liquide n'est entretenu que dans l’une d'elles par un cœur, savoir par un cœur branchial chez les poissons , par un cœur aortique chez les crustacés et la plupart des mollusques.

. Dans les annelides et les radiaires , les deux carrières du sang ne sont plus aussi nettement distinctes que dans les animaux qui précèdent ; le cœur, chargé d'être le principal agent impulsif de ce liquide, disparaît, et les vaisseaux seuls accomplissent la circulation sanguine. $ 268. Le volume du cœur, en proportion de la masse du corps, la force avec laquelle ıl entretient le mouvement du sang par sa contraction, et la vélocité de la circulation sanguine, sont également, chez les animaux, dans un rapport parfait avec la complication de leur structure et l'intensité des manifestations d'action de leurs systèmes nerveux et musculaire. C'est chez les mammifères et les oiseaux que le sang se meut avec le plus de rapidité et de force dans ses deux carrières; il a plus de lenteur chez les reptiles et chez les poissons ; c'est chez les crustacés, les mollusques, les annelides et les radiaires, qu'il marche le plus lentement. Les circonstances qui exaltent les phénomènes de la vie dans

les animaux , accélèrent le mouvement du sang pour la plupart, tandis que celles qui dépriment ces mêmes phénomènes, rendent la circulation plus lente et moins énergique. Enfin la durée de la vie dépend d'autant plus ı de la circulation du sang, dans les animaux , que les. phénomènes qui les caractérisent, c’est-à site les actions du système nerveux et les mouvemens Ar res, ont plus d'intensité chez eux. La vie des mammi-feres et des oiseaux s'éteint pour peu que la circulation éprouve une interruption de quelques minutes. Au contraire , les reptiles, les poissons , les mollusques et les vers, continuent de vivre pendant plusieurs heures, et même , en certaines circonstances , durant des jours entiers, quoique le mouvement du sang soit supprimé chez eux, qu'on leur ait arraché le cœur, ou qu'on ait détruit la continuité de leurs gros troncs vasculaires.

A l'appui de ce qui vient d’être dit, exposons rapidement la disposition du système vasculaire sanguin dans les diverses classes d'animaux.

$ 269. Les animaux à sang chaud parvenus au terme de leur développement, les mammifères et les oiseaux, qui ont la structure la plus compliquée , le système nerveux le plus développé, les actions nerveuses les plus intenses et les mouvemens animaux les plus durables , qui éprouvent le besoin des alimens aux intervalles les plus rapprochés, et qui les digèrent avec le plus de promptitude ; chez lesquels la vie dépend au plus haut degré du renouvellement de Fair dans les poumons ; chez lesquels la rénovation des matériaux de l'organisme se faitavec le plus de rapidité , et qui offrent les sécrétions les plus variées et les plus abondantes; chez lesquels, en un mot, les manifestations de la vie présentent à la fois le plus de diversité et le plus d'intensité : ces animaux sont ceux qui ont le système vasculaire sanguin le

plus développé. Leur cœur volumineux se compose de deux moitiés séparées par une cloison, ou résulte de deux cœurs adossés l’un à l’autre. Chaque moitié de ce cœur contient une cavité à parois minces, communiquant avec les troncs veineux, qu'on appelle oreillette, et une autre à parois épaisses, communiquant d’une ‚ part avec une oreillette, de l’autre avec un tronc artériel, et qu'on nomme ventricule.

Le sang noir qui revient des divers organes est versé, par les troncs veineux du corps, les veines caves , dans l'oreillette de la moitié droite du cœur. Avec lui se trouvent mêlés le chyle et la lymphe , amenés par les troncs Iymphatiques. Par l'effet de la contraction de l'oreillette , le sang est poussé dans le ventricule droit, dont la contraction le fait ensuite parvenir dans l'artère pulmonaire. Celle-ci, qui se répand dans les poumons, et qui se convertit en un réseau délié à la surface des petites et très-nombreuses cellules pulmonaires, expose le sang veineux mêlé avec le chyle à l’action de l'air atmosphérique, qui le change en sang artériel. Le sang vermeil, repris par les veines des poumons, qui se réunissent peu à peu en troncs, est amené par elles dans la moitié gauche du cœur, pourvue de parois plus épaisses et plus robustes. De l'oreillette gauche, ce liquide passe dans le ventricule Correspondant, d’où 1l est chassé avec une grande force dans l'aorte, dont les ramifications le conduisent à toutes les parties, qui seen nourrissent, et qui sont entretenues par lui dans l'exercice de leurs propriétés vitales. C’est du sang artériel que toutes les humeurs , à l'exception de la bile , sont extraites. Ce qui n’a pu servir, ni à la nutrition, nı aux sécrétions, passe des artérioles les plus deliees des organes dans les veines, qui se réunissent successivement en rameaux, branches et troncs, et versent dans

l'oreillette. droite le sang devenu noir. Les veines de l'estomac, du canal intestinal, de la rate et du pancréas, forment la veine porte , qui se ramifie dans le foie, à la manière d’une artère, et qui préside principalement à la sécrétion de la bile. Les veines chargées de ramener le sang du foie s’abouchent dans la veine cave inférieure.

La circulation du sang a lieu d'une manière très-rapide chez les oiseaux et les mammifères. Prevost et Dumas (1) ont compté, dans l’espace d'une minute , cent dix pulsations chez un corbeau etun canard, cent trentesix chez un pigeon, cent quarante chez une poule, et près de deux cents chez un héron. Le nombre des pulsations par minute s'élève, d’après Parry (2) et Greve (3), de trente-huit à cinquante-deux dans le cheval, et de soixante-quatre à soixante-dix dans le bœuf. Prevost et Dumas ont observé cinquante-six pulsations dans la brebis, quatre-vingt-quatre dans la chèvre, quatrevingt-dix dans le chien et chez un singe, cent dans le chat, cent vingt dans un lapin, et cent quarante dans un cabıaı. |

$ 270. Dans les reptiles , la circulation pulmonaire et la circulation générale sont moins séparées que chez les mammifères et les oiseaux. Le cœur des chéloniens, des sauriens et des ophidiens se compose de deux oreillettes, séparées par une cloison, et d’un ventricule qui contient , chez les chéloniens et les sauriens , la plupart du temps trois, chez les ophidiens , deux cavités communiquant ensemble, desquelles les artères pulmonaires

et celles du corps tirent leur origine. Le sang veineux qui

(1) Bibliothèque universelle, t. XVII, p. 294.

(2) An experimental inquiry into the nature, causes and varieties of the arierial pulse.

(3) Bruchstuecke zur vergleichenden Anatomie und Physiologie, p. 29.

rhin —

revient du corps, mêlé avec le chyle et la lymphe, est versé par les veines caves dans l'oreilletie droite ; tandis que le sang artériel qui arrive des poumons a conduit par les veines pulmonaires dans l'oreillette gauche. Lorsque les oreillettes viennent à se contracter, les deux sortes de sang sont chassées dans les compartimens du ventricule cardiaque, où elles se mélent l’une avec l'autre , après quoi la contraction de cette cavité les fait parvenir dans les artères pulmonaires et dans celles du corps. Cette disposition a été démontrée par l'examen que Caldesi (1), Duverney (2), Méry (3), Buissière (4), Morgagnı (5), Wrisberg (6) et autres. ont fait du cœur des tortues, Duverney (7) et Cuvier (8), de celui du erocodile, et Schlemm (9) de celui des serpens.

Le coeur des grenouilles (10), des crapauds, des salamandres et des tritons, n’est formé que d’une seule oreillette et d'un seul ventricule. La première reçoit le sang des poumons et du çœur, qui passe de là dans le ventricule, et ensuite dans l’artère du corps : les artères pulmonaires ne sont que de simples branches de l'aorte. On trouve une disposition semblable dans le cœur des reptiles munis de branchies, la sirène et le protée.

(1) Osservazioni HERREN: intorno alle tartar ughe maritime, d dqua dolce e terrestri. Florence , 4687, in-4°, p. 59, tab. 7

(2) Mem. de U’ dcad. des sciences, 1699, p. 227.

(5) Ibid, 1703, p. 348, 405, 457, 451, 137.

(4) Philosophical Trans., 1710, p. 470.

(8) Jdvers. anat., t. V, p. 24.

(6) Comment. soc. reg. Goelting, t. XVI, p. 18.

7) Mem. de l’Acad. des sciences, 1703 , p. 390.

(8) Anatomie comparée, t. IV, p. 222

(9) Tiedemann's und Treviranus Zeitschrift fuer Physiologie, t. II, p. 101.

(40) Swammerdam a décrit le cœur et le système vasculaire sanguin de la grenouille commune, dans sa Bible de la nature, et il en a donné la figure, tab. 49, Hg. 5, 4.

D’après les observations de Cuvier (1), l'artère qui naît du ventricule chez la sirena lacertina, se ramifie tout entière dans les branchies, et les veines branchiales forment l'aorte par leur réunion , comme chez les poissons. Dans le proteus anguinus, au contraire, l'artère qui sort du ventricule cardiaque se partage, suivant les recherches de Configliachi et de Rusconi (2), en deux troncs, qui donnent des branches aux branchies, a la tête et aux poumons, et qui se réunissent ensuite pour produire l'aorte descendante. Les veines branchiales s’abouchent en partie avec les artères de la tête, et en partie avec l'aorte descendante , tandis que les pulmonaires s'ouvrent dans les troncs veineux du corps. Rusconi (3) a rencontré une disposition semblable dans les tétards des salamandres aquatiques.

Chez les reptiles, comme chez les mammifères et les oiseaux, il existe un système de la veine porte, mais qui a bien plus d'extension , puisque, d’après les recherches de Bojanus (4), ce ne sont pas seulement les veines de l'estomac , du canal intestinal, de la rate et du pancréas, mais encore celles des extrémités postérieures et des tegumens du bas-venire, qui contribuent à former le tronc de la veine porte.

Si l’on en juge d’après les mouvemens du cœur, la circulation du sang a lieu, chez les reptiles, d’une manière moins rapide et moins vive que chez les mammifères et les oiseaux. La température des milieux dans lesquels ces animaux vivent , et l'interruption des mouvemens respiratoires, exercent une grande influence sur

(1) Recherches sur les amphibies douteux, p. 21.

(2) Del proteo anguino, p. 69, tab. 4, fig. 8.

(3) Descrizione anatomica degli organi della circolazione delle Zarve delle salamandre aquatiche. Pavie , 4847, in-4°, fig. 6.

(4) Anatome testudinis europwae, p. 429 , tab. 28.

la rapidité et la lenteur des contractions du cœur. Le cœur des tortues ne se contracte que treize à vingt fois par minute, d'après les observations de Caldesi, et. même seulement dix fois suivant celles de Fontana. Wilford a compté quinze à vingt-cinq pulsations par minute dans le cœur d’un boa(1); Fontana soixante-dix et quelques dans celui des grenouilles. Lorsque les animaux sont épuisés par la faim , les mouvemens du cœur deviennent fort lents. Fontana a vu le cœur d’une tortue qui n'avait pas pris de nourriture depuis long-temps, ne battre que dix fois dans l’espace de vingt-deux minutes : celui de grenouilles se contracta dix fois dans les mêmes circonstances. La vie des reptiles ne dépend pas autant de la circulation du sang que celle des mammifères et des oiseaux; car les tortues, les serpens et les grenouilles se meuvent long-temps encore après que le cœur leur a été arraché.

$ 271. Chez les poissons, la circulation, du sang dans les branchies est accomplie par un cœur, et celle dans le corps ne l’est que par les seuls vaisseaux. Le cœur, peu volumineux en proportion de la masse du Corps, est placé derrière les branchies. Il se compose d’une oreillette et d’un ventricule. La premiere recoit des veines le sang noir qui revient des diverses parties du corps, avec le chyle et la Iymphe, et le fait passer dans le ventricule. Celui-ci le chasse dans l'artère branchiale , qui, à son origine, forme une dilatation contractile. Cette artère se ramifie dans les branchies, sur les nombreuses lamelles desquelles elle se réduit en un réseau délié, où le sang veineux se change en sang vermeil. Toutes les veines branchiales se réunissent en un gros tronc situé le long de la face inférieure de la co-

(4) Annals of philosophy, t. IL, p. 26.

lonne vertébrale. Ce tronc , ou l'aorte (1), conduit aux organes, par de nombreuses ramifications , le sang nécessaire à la nutrition. La plupart des veines revenant des organes, forment la veine cave supérieure et l’inférieure, qui s'ouvrent dans l'oreillette simple (2). Les veines de l'estomac, du canal intestinal et de la rate, comme aussi, chez plusieurs poissons, d’après les recherches de Rathke (3), celles des parties génitales et de la vessie natatoire , conduisent le sang au foie.

La circulation est moins rapide que chez les mammifères et les oiseaux, car le cœur ne se contracte que vingt à trente fois par minute. Suivant les observations de Fontana, le cœur de Yanguille bat vingt-quatre fois, et deux ou trois fois seulement lorsque l'animal est épuisé par la faim.

272. Il y a deux circulations chez les mollusques, l'une dans les organes respiratoires, et l’autre dans le corps. La première est entretenue par un Cœur, et la seconde, accomplie par des vaisseaux. Le cœur est généralement formé d’une oreillette et d’un ventricule. Sa situation varie d’après la disposition des organes respiratoires. Quand ceux-ci sont placés aux deux côtés du corps, le cœur occupe la ligne médiane du corps, comme dans les genres scyllæa, telhys, trilonia, et autres. S ils n'existent que d’un seul côté, c’est aussi de ce côté que le cœur se trouve. Dans les gastéropodes à coquille enroulée , le cœur a une situation opposée à la direction du corps. Le sang ramené des organes respiratoires par des veines, coule dans l'oreillette, d’où ıl

(A) TırpemAnN, Anatomie des Fischherzens. Landshut, 1809, in-4°.

(2) Duveaney, dans Mém: de l'Acad. des sciences, 1699, P- 240, fig. 16.

(3) Meckeı, Archiv fuer Anatomie und Physiologie , 1826, p. 126-

Le,

passe dans le ventricule, qui le disperse dans le corps, au moyen des ramifications de l'aorte. Il se rassemble ensuite des divers organes dans les troncs veineux du corps, qui se ramifient de nouveau, à la manière d’artères, dans l'appareil de la respiration (1). Du reste, le système vasculaire sanguin offre quelques particularités dans les différens groupes de mollusques. Ainsi, les céphalopodes n ont pas d’oreillette , et chez eux, à la conversion des deux branches de la veine du corps en artères branchiales, se trouve, de chaque côté, un cœur special, chargé d'effectuer le mouvement du sang dans les branchies (2). Chez quelques acéphales, par exemple, dans les genres arca et pinna , le ventricule est partagé en deux segmens, de chacun desquels naît une aorte, ce qui a lieu aussi dans les tarets, d'après Home (3). Les acéphalés nus et le genre Zingula sont privés d’oreillette. Les acéphales à coquille, et parmi les gastéropodes, ceux des genres patella et haliotis , ont au contraire deux oreillettes, qui reçoivent le sang des branchies, et le font passer dans le ventricule (4).

La circulation se fait lentement chez les mollusques. Gaspard (5) a vu le cœur d’un limacon des vignes battre, en été, vingt-cinq à vingt-huit fois par minute.

(4) Aïnsi que Swammerdam l’a reconnu pour la première fois dans le genre limax ( Bibl. naturæ, tab. 8, fig. 4, 8). La même chose a lieu dans les mollusques acéphales, suivant Bojanus (Ueber die Athmenund Kreislaufswerkzeuge der zweischaligen Muscheln. Jena , 1824).

(2) Figuré par Swammerdam (Loc. cit., tab. 52 dig. 4), ee ès le sepia officinalis, Monro (Physiologie der Fische, tab. 31, fig. 1,2), Cuvier (Mémoires pour servir à l’histoire et à l'anatomie des Mollus- Le pl. 2, fig. 3), et Home ( Philos. Trans., 1847. ).

5) Philosoph. Trans., 1806, p. 184.

(4) De Testacea sl Siciliæ , tab. 9, fig. 14, 12, tab, 40, fig. 1 (3) et Journal de physiologie, 1. II, p. 295.

Gelui d'une moule d’&tang se contractait, d’apres Pfeiffer (1), quinze fois par minute. Du reste, la vivacité des mouvemens du cœur est très-variable , selon la température de l'air ou de l’eau qui sert de séjour à ces animaux.

3 275. L'existence de la circulation du sang dans les crustacés était déjà connue de Harvey (2) et de Willis (3). L'un avait vu les mouvemens du cœur dans une squille, et l’autre a représenté le cœur et les vaisseaux de l’écrevisse ordinaire. Le cœur des crustacés décapodes, que Rœsel aussi a décrit (4), est situé sous le bouclier dorsal, derrière l'estomac; c’est un cœur aortique. Voici comment s'effectue la circulation, d’après les observations d’Audouin et de Milne Edwards (5). Le sang sort par six Vaisseaux du cœur, qui est volumineux et pourvu de minces parois musculaires. Trois de ces vaißseaux le conduisent aux parties antérieures du corps, aux yeux, aux antennes, etc. ; deux autres le mènent au foie, et le dernier, qui est d’un gros calibre, l'aorte, parcourt la poitrine et le ventre, d’où il envoie des branches aux membres. Les veines, qui ont des parois extrémement minces (6), se réunissent en un ou deux troncs ou

(4) Naturgeschichte der deutschen Land-und Suesswasser-Mollus ken: Abth. II, p. 22.

(2) De motu cordis et sanguinis in animalibus. Francfort, 1628, in-A°, p. 29. Est hic apud nos minima squilla (que anglice dicitur a Shrimp , Belgice en Gerneel) in mari et in Thamesi capi solita, cujus corpus omnino pellueidum est. Eam aqua impositam sæpius prebui spectandam dmicissimis quibusdam meis, ut cordis illius animalculi motus liquidissime perspiceremus, dum exteriores illius corporis partes visui nıhil officerent, quo minus cordis palpitationem quasi per fenesiram intueremur., | (3) De anima brutorum. Amsterdam , 1674, in-42, p. 48, tab. 5, bg. 1.

(4) Insektenbelustigungen, 1. IIL, tab. 38, fig. 9, 44.

(5) Annales des sciences naturelles, t. XI, 1827, p. 283.

(6) Lund (Isis, 4823, cah. 3, p. 395) s’est trompé en niant l’exis-

réservoirs, renfermés dans les pièces calcaires du thorax. De ces troncs naissent les vaisseaux qui se rendent aux branchies. Ces vaisseaux conducteurs du sang aux organes branchiaux, tiennent par conséquent lieu d’artères, et se ramifient dans les lames branchiales. Des branchies partent d’autres veines quis’ouvrent dans le cœur. A l'embouchure des deux principaux troncs veineux se trouvent des valvules, qui empêchent le sang de rétrograder pendant la contraction du cœur.

Il y a également une circulation dans les autres crustacés. Degeer (1), et O.-F. Muller (2), ont observé un double courant en sens opposé dans les antennes et les pattes des squilles. Schaeffer a vu, dans le Zmulus lacus - /rıs, un Canal cardiaque offrant des contractions et expansions alternatives (3). Jurine le jeune a été témoin de la circulation du sang dans l’argulus follaceus (4). Lui et Ramdohr (5) ont trouvé dans les daphnies un canal cardiaque exécutant de vifs mouvemens. Enfin, G.-R. Treviranus a trouvé aussi un canal semblable dans les oniscus, les armadilla et les idotea (6). Le sang paraît, comme dans les crustacés décapodes, aller du cœur aux organes, et revenir de ceux-ci au cœur par les branchies. |

$ 274. Dans les arachnides , les araignées, les pha-

tence des veines dans les crustacés. G.-R. Treviranus a cependant fait des objections à ce sujet (Zeitschrift fuer Physiologie, t. Il, p- 152.

(4) Mem. pour servir a l'Hist. nat. des Insectes, t. VII, p. 312.

(2) Zoologia danica, t. II, p. 48.

(3) Der krebsartige Kiefenfuss, p. 64.

(4) Annal. du, Mus. d’Hist. nat., t. VII, p. 451. — Hist. nat. des Monocles. Geneve, 1820.

(5) Mikrographische Beitræge zur Entomologie und Felminthologie, t. I, p. 22.

(6) Vermischte Schriften, t. I, p. 58, 78.

langium et les scorpions, Cuvier (1), J.-F. Meckel (2) et G.-R. Treviranus (3), ont reconnu la présence d’un système vasculaire pour le mouvement du suc nourricier. Le cœur traverse le corps, sous la forme d’un sac oblong, rétréci aux deux extrémités, et il est pourvu d'une couche mince de fibres musculaires circulaires. De ce sac partent des vaisseaux qui se distribuent dans le corps et dans les organes respiratoires. Pendant la vie ıl est dans un état alternatif de contraction et d’expansion. Probablement , il reçoit, durant son expansion , le sang des organes respiratoires, et, par sa contraction, 1l envoie ce liquide aux diverses parties du corps. Peut-être les vaisseaux revenant des organes se ramifient-ils dans l’appareil respiratoire , comme chez les crustacés. Leeuwenhoek (4), Baker (5) et Degeer (6), ont, avec le secours du microscope, aperçu un courant du sang en deux directions opposées, comme sil parcourait des artères et des veines, dans les parties transparentes des araignées.

$ 276. Il ya aussi un mouvement circulatoire d’humeurs dans les insectes. Malpighi (7) a observé le premier, dans le ver à soie, de même que dans d’autres chenilles et dans des papillons, un canal étendu le long du

(4) Anat. comparée, t. IV, p. 419.

(2) Beytræge zur vergleichenden Anatomie, t.I, cah. 2, p. 108; dans le scorpion.

(3) Il décrit le canal cardiaque et ses vaisseaux dans les Aranea domestica, atrox (Ueber den innern Bau der Arachniden. Nuremberg 1824, p. 28, tab. 5. fig. 28, 50 ) et diadema ( Vermischte Schriften , t. I, p. 4, tab. 4, fig. 1), le scorpion ( premier ouvrage, p.9, tab. 1, fig. 4), et les phalangium (dernier ouvrage, t. 4, p.54, tab. 5, fig. 16, 18).

(4) Arcan. nature, t. IV, p. 331.

(8) On the use of the microscope, t. A, p. 130.

(6) Loc. cit.

(7) Opp. omn., t. II, de bombycibus, p. 20, 42.

corps, sous la peau du dos, rempli d’un liquide et agité de vives pulsations, quil appelait cœur. Swammerdam et Lyonnet (1) se sont convaincus de l'existence de canal; mais comme ils ne purent découvrir de ramifications qui en partissent et se distribuassent dans le corps, ils hésitèrent à le prendre pour un cœur. Cuvier (2), Marcel de Serres (3), J.-F. Meckel (4), Herold (5) et autres, n ont pas été plus heureux. J. Mueller (6) a vu le vaisseau dorsal envoyer des branches à la tête, et un grand nombre de filamens déliés et creux aux tubes ovariens. Quoique ce vaisseau ait, dans sa situation, sa disposition et ses manifestations de vie, la plus grande analogie avec le cœur des crustacés et des arachnıdes , les physiologistes se refuserent néanmoins à lui en attribuer les fonctions.

Des mouvemens d’humeurs dans diverses parties du corps des insectes ont été observés, à l’aide du microscope, par un anonyme (7), Nitzsch (6), Gruithuisen (9), Ehrenberg et Hemprich (10). Carus (11) a prouvé le

(1) Traité anat. de la chenille du saule. La Haye , 4762, in-A°, p- 104, pl. 4, fig. 4. p. 425.

(2) Mem. de la société d’hist. nat., An VII, p. 34.—Anat. comparée, t. IV, p. 417.

(3) Mémoires du Mus. d’hist. nat.,t. IV, p. 149, 313; t. V, p. 59.

(4) Archiv fuer die Physiologie, t. I, p. 469.

(3) Physiologische Untersuchungen ueber das Rueckengefaess der Insekten. Marbourg, 1823, in-8°.

(6) Nova act. Acad. nat. curios. V.12, P. II, p. 333.

(7) Dans Baker, Beytraegen zu nuetzlichenund vergnuegenden Gebrauch und Verbesserung des Mikroscops. Augsbourg, 1754, p. 306.

(8) Commentat. de respiratione animalium. Wittenberg , 1808, p. 27. In larva tipulæ plumos@ qua tracheis caret, vasa sanguifera ipse mihi animadvertisse videor.

(9) Salzburg. med. chir. Zeitung, 1848, n° 92. Il a vu la circulation dans des larves d'insectes aquatiques.

(40) Humsozpr, Bericht ueber die naturhistorische Reise der Herrn Ehrenberg und Hemprich, p. 22. Ils ont vu le mouvement du sang dans les ailes d’une espece de mante.

(14) Entdeckung eines einfachen vom Herzen aus beschleunigten

premier l'existence d’une circulation complète, ayant son point de départ et celui de retour au vaisseau dorsal. Î a vu, dans les parties transparentes des lames de libellules et d'éphémères, un courant artériel périphérique et un courant veineux efférent , et il a reconnu l'inflexion , le passage immédiat des globules sanguins de l’un dans l’autre. Le mouvement de la masse des humeurs a lieu sans interruption, mais cependant avec une vitesse manifestement accélérée par saccades, en partant du vaisseau dorsal. Le liquide chassé par les contractions de ce vaisseau est conduit, par des branches, dans la tête, les antennes et les membres. Les courans artériels les plus déliés se convertissent en courans veineux, et ceux-ci versent leur contenu dans un vaisseau situé à la face ventrale , qui, vers la partie postérieure du corps, s’unit au vaisseau dorsal ou canal cardiaque. Par conséquent, 1l paraît que le suc préparé avec les alimens dans le canal intestinal, arrive par des voies inconnues dans le canal cardiaque , d’où il est conduit aux diverses parties, Pour y servir aux besoins de la nutrition. L'air, amené aux organes eux-mêmes par les trachées, communique sans doute au hquide nourricier grossier les qualités nécessaires pour qu'il puisse, dans l'acte de la nutrition , se combiner avec les parties solides. Le résidu du suc nourricier paraît retourner au Canal cardiaque.

Les pulsations du cœur des insectes ont lieu avec une rapidité diverse. D’après les observations de Herold, le vaisseau dorsal bat plus vite chez les jeunes chenilles que chez celles qui sont adultes. Ainsi, il a remarqué quarante-six à quarante-huit pulsations par minute chez

Bluikreislaufes in den Larven netzflueglicher Insekten. Léipsick, 1827, in-4°. Il a vu aussi une circulation du suc noärricier dans les élytres de quelques coléoptères, notamment des lampyres.

les vers à soie, après la première mue, à une température de 22,50 degrés C., et trente-six seulement dans les mêmes chenilles adultes. Les pulsations sont beaucoup plus rapides et plus vives au chaud qu’au froid.

$ 276. Quoiqu'il y ait chez les annélides un système vasculaire qui contient un liquide rouge, coagulable et mu sous la forme de courans, la disposition de ce système n'est point encore parfaitement connue, malgré les recherches faites sur diverses sortes de vers par Cuvier (1), Viviani (2), Thomas (3), Spix (4), Home (5), Kunzmann (6), Bojanus (7) et Leo (8). Ces naturalistes ne sont d'accord que sur un seul point, c’est que le sang se meut dans plusieurs troncs vasculaires qui traversent le corps et s’anastomosent ensemble, sans qu’ilexiste une dilatation musculeuse particulière, semblable à un cœur. Dans la sangsue, celui de tous les annélides dont le SySteme vasculaire a été le mieux étudié, trois troncs, l’un médian etles deux autres latéraux, parcourent le corps, dans le sens de sa longueur. À chaque anneau du Corps, les troncs latéraux communiquent tant entre eux qu'avec le médian , par le moyen de vaisseaux anastomotiques. D'après les observations microscopiques de J. Mueller( 9), la circulation s'effectue de la manière suivante ; dans un temps, l'un des troncs latéraux et le médian, comme

(4) Anatomie comparée, t. IV, p. 410.

(2) De phosphorescentia maris. Gênes, 1803, in-4°, p. 44. Sur les vaisseaux du sabella.

(3) Mem. pour servir à l'hist. nat. des sangsues. Paris, 1806, in-8°.

(4) Denkschriften der Muenchner Akademie. 18135, p. 183.

(8) Philos. Trans. 1817, P. 4, p. 1.

(6) Anatomisch-physiologische Untersuchungen ueber den Blutigel. Berlin, 1817.

(7) Isis. 1818, p. 2089.

(8) Diss. de structura lumbrici terrestris. Koenigsberg, 1820, in-Ao.

(9) MecxeL, Archiv fuer Anatomie und Physiologie. 1828, n° 4, p- 22, tab. 4, fig: 4,2.

aussi les vaisseaux d’anastomose compris entre eux, sont pleins de sang, tandis que l’autre tronc latéral et ses branches sont vides et rétrécis. Dans le moment qui suit, ce dernier paraît rempli et l’autre vide. Pendant la contraction d’un des troncs latéraux, le sang passe de l’autre côté en traversant les vaisseaux intermédiaires, et dans le second temps , il revient du côté d’où ıl était parti. Cependant la contraction et le courant commencent en arrière, et s’avancent peu à peu en devant, comme par ondulation. Le tronc latéral et le médian se vident done d’abord en arrière, et le tronc qui était vide auparavant, commence par sa partie antérieure à se remplir. D'après cela, il n’y a dans les annelides, entre la peau chargée d'entretenir la respiration et les autres parties du corps, qu'une circulation effectuée par des vaisseaux.

S 277. Les radiaires, tels que les astéries, les oursins de mer et les holothuries , ont un système de vaisseaux dans lequel un liquide se meut en cercle, mais

ui est borné seulement au sac alimentaire et aux ovaires (1). Dans les étoiles de mer, des veines nombreuses, à parois très-minces, qui viennent de l'estomac, des appendices cœcaux et des ovaires, se réunissent en un seul tronc. Celui-ci produit une dilatation analogue à un cœur , et se ramifie ensuite à la manière des artères. Dans les oursins de mer, on trouve, aux deux côtés des circonvolutions du canal intestinal , deux troncs vasculaires, dont l’externe paraît être une veine, et l'interne une artère. Ces deux trones communiquent ensemble par le moyen d’une dilatation analogue à un cœur, ou par leurs ramifications les plus déliées. Le canal intes-

(4) TIEDEMANN ; Anatomie der Roehren-Holothurie, des pomeranzfarbigen Seesterns und Stein-Seeigels, Landshut, 1816, in-fol. — Le système vasculaire sanguin de l'holothurie est représenté tab. 5, celui de Pasterie tab. 8, et celui de l’oursin, tab. 10, fig. 1.

tinal des holothuries offre également un tronc artériel et un tronc veineux, qui sont liés l’un avec l’autre, tant par leurs ramifications les plus déliées que par un grand réseau vasculaire étendu sur une des branches de l’organe respiratoire.

Indépendamment de ce système vasculaire, il en existe encore chez les radiaires un autre, d'espèce particulière, qui se rapporte à l'exercice de la locomotion. Ce système est composé de vaisseaux qui, partant d’un canal situé autour de la bouche, ‚se répandent en rayonnant à la face interne de la peau , comme dans les holothuries, ou vont à l'enveloppe crétacée, comme dans les oursins et les astéries. Ges vaisseaux s'ouvrent dans les tentacules creux et dans leurs dilatations vésiculaires. Ils contiennent un liquide limpide qui , durant les mouvemens de l'animal , s’épanche dans les tentacules, dont il produit le gonflement et le redressement. Quand l’animal retire ses tentacules , la contraction de leurs parois musculeuses fait rentrer le liquide dans les vaisseaux. Le fluide contenu dans ce système vasculaire n’est donc point agité d'un mouvement circulatoire, et il ne fait que couler de dedans en dehors , puis de dehors en dedans (1). Ce liquide, qui est vraisemblablement tiré du sang, pavait servir en même temps à la nutrition de la peau, de l'enveloppe crétacée et des organes locomoteurs.

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