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IL. Mouvement du suc nourricier dans les vBbtaux

3 278. Il est peu d’objets en botanique sur lesquels on ait tant discuté que sur le mouvement du suc nourricier des végétaux. Les botanistes ne tardèrent point à

4). Ce système vasculaire de P’holothurie est représenté tab. 2,

.) 4, celui de l’asterie tab. 8, et celui de l’oursin tab. 40, fie. 2-3.

\ his.

s’accorder sur un point, celui que la sève pompée par les racines parvient dans les feuilles, et que là elle acquiert, sous l'influence de la lumière, de la chaleur et de l’air, les qualités nécessaires pour servir à la nutrition. Mais la question de savoir s’il existe un courant rétrograde des feuilles vers les diverses parties, et dans quels organes il a lieu, n’est point encore résolue. Grew et Malpighi, les fondateurs de la physiologie végétale, se fiant à l’analogie des plantes avec les animaux, ont conjecturé qu'il existe chez elles un mouvement du suc nourricier semblable à la circulation du sang. Malpighi (1) pensait que la sève montée dans les feuilles est assimilée par l'évaporation de ses parties aqueuses, et qu'elle revient ensuite par des vaisseaux particuliers , qui la conduisent aux divers organes des végétaux, à l’accroissement desquels elle sert. Major, Perrault (2), Parent, Mariotte (3), Delabaisse (4), Duhamel (5), Van Marum (6), Carradori (7) et autres se prononcerent en faveur de l'hypothèse d'une circulation dans les plantes. D'autres physiologistes, d’une autorité non moinsgrande, Dodart, Magnol, Hales, Duclos, Bonnet, etc., rejettèrent cette idée, et n’admirent qu’une fluctuation ascendante et descendante du suc dans les mêmes vaisseaux.

Dans ces derniers temps, Knight (8) a soutenu avec

(1) Anatome plantarum, t. I, p. 84.

(2) Mem. de, l'Ac. de Paris, 1709, p. 44. OEuvres de Physique et mécanique, t. 1, p. 69.

(3) Mem. de l'Ac. de Paris, 1709.

(4) Diss. sur la circulation de la sève dans les plantes, 1735, in-8.

(3) Physique des arbres, t. I, p. 85.

(6) Diss. quä disquiritur, quousque motus fluidorum et cœteræ queedam animalium et plantarum functiones consentiunt. Groningue,

(7) Atti della Societa econom. di Firenza, t. III, p. 211.

(8) Philos. trans. 1801, p. 556. 1805, P. II, p. 273. 1804, P. I, p. 183. 1808, P. I, p. 88. 1808, P. II, p. 313.

force l’idée d'un coufant du suc végétal des feuilles vers les parties. D'après son opinion , qui repose sur des expériences, la sève qui monte dans les feuilles, à travers le jeune bois des arbres, devient , par l'évaporation de ses parties aqueuses ‚plus riche en matériaux combustibles, et coule ensuite, au moyen de vaisseaux particuliers des pétioles, dans la couche interne de l'écorce et dans l’aubier. De là elle est répartie dans le tronc et dans la racine, où elle sert à l'accroissement. Une partie du suc nourricier s’amasse dans l’aubier vers la fin de l'été, et contribue, avec la sève qui monte, au printemps, des racines, à former les nouvelles feuilles et: fleurs. Knight rapporte les expériences suivantes à l'appui de son opinion. Si l’on applique sur un jeune arbre une ligature qui pénètre dans l'écorce, Farbre croît davantage au-dessus du lien qu’au-dessous. Le même effet a lieu quand on pratique deux incisions circulaires autour du tronc, et qu'on enlève la portion d’écorce qu’elles interceptent. Knight a montré, en outre, que les racines, comme l'ont observé aussi d’autres physiciens, notamment Duhamel, croissent en longueur par leurs ramifications les plus déliées, ce qui suppose la descente de la sève. Ces expériences et beaucoup d’autres l’ont determiné à admettre le retour de la sève des feuilles au tronc. Bell (r)et autres ont cherché également à prouver ce mouvement rétrograde du suc végétal.

$ 279. Avec le secours du microscope on observe un mouvement du sue nourricier dans les plantes. Les parties transparentes des conferves laissent apercevoir des grains ou globules verts, qui se meuvent, ainsi que l'ont vu Ingenhouss (2), Vaucher (3), Girod-Chan-

(4) Manchester Mem. t. II, p. 402.

(2) Vermischte Schriften, t.1, p. 218. 3) Histoire des conferves d'eau douce.

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tras (1) et L.-C. Treviranus (2). B. Corti (3) a le premier reconnu, dansune plante aquatique (probablement le caulınia fragilis, W ılld.), un liquide contenant des globules et produisant des courans réguliers, ascendans et descendans. Ce liquide se mouvait dans les internœuds séparés par des cloisons , où ıl paraissait renfermé dans des vaisseaux ; d’un côté ıl montait jusqu'au nœud ou renflement, puis là se courbait sur lui-même, et descendait de l’autre côté, pour ensuite remonter. Corti assure avoir remarqué des mouvemens semblables dans plusieurs autres plantes aquatiques et terrestres , dans le cresson de fontaine , dans les feuilles de la sagittaire , et dans diverses cucurbitacées. Fontana (4) a confirmé les observations qu'ilavait recueillies. L.-C.Treviranus (5), a vu également dans les utricules des internœuds des charagnes (chara flexilis , vulgaris et hispida), le mouvement circulaire, ascendant et descendant , d’un liquide qui contient des grains verts. Un mouvement pareil du suc végétal a été vu, non seulement dans les charagnes, par Gozzi (6),

Amici (7), Schultz (8), Kaulfuss (9) et G.-G. Bischoff (ro),

(1) Recherches chimiques et microscopiques sur les conferves, bisses, tremelles, etc. Paris, 1802, p. 88.

(2) Beytraegen zur Pflanzenphysiologie. Gettingue, 1814, p. 73.

(3) Osservaziont microscopiche sulla tremella e sulla circolazione del fluido in una pianta acquajola. Lucques, 1774. — Lettera sulla circolazione del fluido scoperta in varie piante. Modène, 1778.

(4) Journal de physique, 1776, t. IX, p. 288.

(5) Loc. cit, t. IE, p. 73. à

(6) Giornale di fisica, 4819, t. 1, p. 299. Il dit avoir observé que l'ascension et la descente du suc persistent, dans chaque partie, après la ligature des internœuds.

(7) Memorie della societa italiana in Modena. 1820, t. XVIII, p. 183. 1823, t. XIX.

(8) Die Natur der lebendigen Pflanze, t. I, p. 543.

(9) Erfahrungen ueber das Keimen der Charen.

(10) Die Charen und Equiseten, Nuremberg, 1828, p. 47. — Bischoff a cu la complaisance de me montrer le mouvement du suc dans le Chara hispida.

mais encore dans les caulinies par Amiei, dans les nitelles par Agardh (1), et dans les cellules du vellisneria et de l’Aydrocharis par Meyen (2). La chaleur accélère ce mouvement ; le froid le ralentit, et finit par l’arrêter tout-à-fait. Les liqueurs acides dont l’action s'exerce sur les plantes, le suspendent aussi. Quand l'accroissement du végétal marche bien, le suc se meut avec plus de rapidité. On n'a point encore observé qu'il parvint des racines dans les internœuds, ni qu'il montât d’un internœud dans l’autre, à travers la cloison. Probablement il n'y a que la partie la plus déliée de ce suc qui traverse les cloisons transversales, et c’est seulement dans les intervalles de celles-ci qu’elle prend la forme de globules,

$ 280. Schulz (3) a reconnu l'existence du mouvement du suc nourricier dans les plantes d'organisation plus compliquée, ou les plantes vasculaires proprement dites, en particulier dans la grande chelidoine , le rhus typhinum , Vangelique , le liguier, le mürier, etc. Il résulte de ses observations mieroscopiques que la sève, parvenue des racines aux feuilles , ou elle se convertit en suc nourricier par l'action de l’air, passe dans les vaisseaux de la nutrition ($ 109), au moyen d’anastomoses nombreuses que contiennent les réseaux les plus delies des feuilles, et qu'ensuite elle est conduite, à travers le pétiole , dans l'écorce des rameaux, des branches et du tronc. Les vaisseaux s’anastomosent fréquem-

(4) Verhandlungen der Akademie der Naturforscher. 1827, t. XIIL, PD. Ip. 115.

z Ibid ,P. II, p. 841.

) Ueber den Kreislauf’ des Safts im Schællkra ‚aut und in mehreren er Pflanzen. Berlin, 1812, in-8°.—Nachtraege ueber die Cirkulation des Safts in den Phaser: Berlin, 4824.— Die Natur der lebendigen Pflanze, t. I, p. 587. — Schultz ma fait voir, ainsi qu’à Decandolle, le mouvement du suc végétal dans les feuilles du figuier.

ment dans l'écorce , et se répandent dans le hber, l’aubier et le bois, comme aussi dans les racines, parties auxquelles ils amènent le liquide nourricier proprement dit , pour servir à l'accroissement. Schulz prétend qu'une fois parti des feuilles, le suc n’y est plus ramené. Savi (1) dit avoir observé un mouvement semblable du suc vegetal. Meyen (2) l’a vu aussi dans les musa, zea, canna , maranla, arum, calla, campanula, papaver, chelidonium, rhus, ficus et autres plantes.

$ 281. Si ces observations sont exactes,, ıl en résulte bien que , chez les plantes, un mouvement du suc s’effectue, à travers le végétal entier , dans des vaisseaux de différentes sortes, et en deux sens opposés, des racines aux feuilles, et de celles-ci aux diverses parties de la plante. Cependant les deux sortes de vaisseaux ne sont pas tellement unies ensemble , que le suc végétal, comme le sang des animaux, se meuve dans des carrières circulairement closes. Le système vasculaire des plantes diffère encore de celui des animaux, en ce qu'il n’existe en lui aucun tronc vasculaire , aucun organe chargé d’accomplir le mouvement du liquide , un cœur ou quelque chose qui en tienne lieu. En outre, chez la plupart des animaux , il y a des courans doubles du sang, dans des artères et des veines , à travers les organes respiratoires et le corps entier, et les troncs ramifés des artères et des veines se réunissent en cercles fermés, puisqu'ils sont joints ensemble tant par les plus déliés d’entre les vaisseaux , que par les troncs eux-mêmes, dernière communication qui a lieu presque toujours par le moyen des cavités du cœur. Dans les végétaux, au contraire, on ne rencontre que des courans du suc dans des rami-

(4) Nuovo Giornale de 'i letterati. 1825, n° 9. (2) Dans la Linnæa. 1827, t. IT, p. 632.

fications vasculaires tres-nombreuses, analogues aux vaisseaux capillaires des animaux, et sans troncs qui degenèrent les uns dans les autres. Les vaisseaux qui conduisent le suc des racines aux feuilles, par le tronc, et de lä aux parties, sont unis ensemble, dans les feuilles , par des anastomoses , mais ne forment pas de carrières circulaires proprement dites et closes de toutes parts. Par consequent aussi les parties et les tissus qui entrent dans la composition d'une plante sont moins étroitement enchaines par le système vasculaire et le mouvement du suc, et moins concentrés en un seul tout organique , qu'on ne le voit chez les animaux , dont les parties sont plus intimement unies par la connexion des troncs vasculaires avec les cœurs spécialement chargés d’eniretenir le mouvement du sang, et dont l'existence parait tenir aux manifestations d'action de cet organe. C'est sans doute en partie de cela qu’il dépend que le caractère de lindivisibilite organique soit plus saillant dans les animaux que dans les plantes. Tandis que, chez les anımaux pourvus d’un systeme vasculaire sanguin complet et d'un cœur, les parties séparées de leur corps meurent, parce que le mouvement du sang, qui est la condition de leur vie, se trouve supprimé en elles, des parties arrachées d’une plante peuvent continuer à vivre, parce que le mouvement du suc qui préside à leur nutrition n'est point aussi concentré, et ne dépend pas d’un organe central , comme chez les animaux.

$ 282. Le suc que les vaisseaux nourriciers ramènent des feuilles et conduisent aux parties, paraît différer par ses propriétés de la sève qui monte des racines aux feuilles. Il représente le s4c propre attribué aux plantes par Malpıghi, qui le comparait au sang des animaux, et le regardait comme le liquide nourricier proprement dit des plantes. La plupart des physiciens, et tout »e-

cemment encore L.-C. Treviranus (1), ont vu en lui un liquide sécrétoire versé dans des aréoles particulières du tissu cellulaire. G.-R. Treviranus (2) a donné le nom de suc plastique des végétaux au liquide spécial qui diffère des autres humeurs végétales par sa couleur et sa consistance. Schulz (3) le distingue également des sucs sécrétés dans certains espaces, et lui donne le nom de suc vital, parce qu'étant employé à la nutrition des plantes , il entretient par là leur vie. Ce suc serait donc comparable au sang artériel qui revient des organes respiratoires des animaux pour aller gagner les diverses parties du corps; et, de même que lui, il paraît, en raison de son assimilation complète, être destiné à la nutrition et à l'accroissement des plantes.

Le liquide nutritif ou le suc plastique diffère de la sève qui monte aux feuilles, et-qui est presque toujours limpide, en ce qu'il a une couleur différente , avec plus de consistance et de pesanteur spécifique, contient des globules, et jouit de la coagulabilité Aun plus haut degré. Du reste , il offre un grand nombre de différences dans les divers familles, genres et espèces de végétaux. Quant à ce qui concerne la couleur, il est blanc ou laiteux dans les asclépiadées, les euphorbiacées , les campanulacées (campanula , lobelia , phyteuma), les chicoracées (/acluca , Scorzonera , leontodon, cichorium , etc.), dans les genres rhus,, morus, ficus , papaver, carıca , galactodendrum, etc. ; jaune à différens degrés dans les genres chelidonium, œnanthe, aloe, ornilhogalım > etc.; rouge dans les sanguinaria, bocconia, etc. Relativement à sa composition et aux élémens qui y prédominent, il offre aussi beaucoup de différences. Il est riche en sucre dans

(1) Zeitschrift fuer Physiologie, t. 1, p. 147. (2) Vermischte Schriften, t. I, p. 456.

(3) Die Natur der lebendigen Pflanze,t. 1, p.850.

la canne à sucre , le mais, la carotte, la betterave; il contient beaucoup de mucus végétal dans les malvacées ; on y trouve une grande quantité d’albumine végétale dans les carıca, hewaa caoutchouc, galaclodendrum trichotomum, jatropha elastica , etc. Celui du chêne et du sumac renferme du tannin ; celui des conifères, des substances résineuses, balsamiques et térébenthinacées. C'est aussi dans ce suc que paraissent être contenus les principes narcotiques et äcres appartenant à divers végétaux, de même que les alcalis végétaux ou bases salifiables végétales.

Le suc nourricier diffère principalement de la sève par la présence de globules. Fontana.(1) a vu ces globules, avec le secours du microscope, dans le suc laiteux du rhus toxicodendron, et il les comparait à ceux du sang. Rafn (2) a reconnu des globules dans le suc des euphorbes, du bananier, de la grande chélidoine, du potentilla anserina, etc. G.-R. Treviranus a constaté leur existence dans celui des rhus cotinus et vinca major. Schulz les a observés dans le suc de la chelidoine ei d’autres plantes. L.-C. Treviranus a remarqué la structure grenue du suc des chelidonium, leontodon, boccoma frutescens , lobelia longiflora , rhus typhinum , etc. Il est probable que ces globules sont composés de grains de fécule (3).

S 285. Si les physiologistes sont partagés d'opinion relativement au mouvement du suc végétal et aux espaces dans lesquels il a lieu, ils le sont bien davantage encore sur les causes et les forces d’où il dépend. Malgré les observations et les expériences faites par des hommes de mérite, ces causes ne sont point encore

(1) Ueber das Viperngift, p. 56.

(2) Pflanzenphysiologie, p. 87. Danmarks Flora, 1796. 3) Raspaïx, dans Annales des sc. natur., t. VI, p. 388.

connues. On à émis diverses conjectures par rapport à elles. Quelques botanistes font mouvoir le suc par l’attraction capillaire des vaisseaux. D’autres attribuent à ces derniers une contractilite vitale, et même une irritabilité, qui les rend susceptibles de contractions et d’expansions alternatives. D’autres encore cherchent la cause du mouvement du suc dans le suc lui -même et dans sa propriété de se mouvoir, par une force à lui propre , sous l'influence d’excitations du dehors. Soumettons ces diverses opinions à un rapide examen.

3 284. La plupart des anciens physiciens, Grew, Mariotte, Delahire, Tournefort et autres , qui faisaient dépendre l'absorption des liquides de l'attraction capillaire exercée par les racines, regardaient également la capillarité des vaisseaux comme la cause motrice du suc. Quoiqu’on ne puisse disconvenir que les vaisseaux qui contiennent le suc des plantes paraissent, en vertu de leur structure analogue à celle des tubes capillaires, être propres à élever ce suc jusqu'à une certaine hauteur, puisque même les parties végétales mortes exercent une attraction sur les liquides, les admettent et les font cheminer en elles, cependant l'attraction capillaire n’explique pas d’une manière satisfaisante l’ascension et le mouvement du suc. Van Marum {2) a démontré par des calculs que le suc ne peut monter que jusqu'à une hauteur de huit pouces en vertu de la seule capillarité. Les expériences de Hales (3), Walker (4) et autres ont

(1) De motu fluidorum in plantis experimentis et observationibus indagato. Groningue, 1775, in-4°.

(2) Vegetab. Statik. V. 1, p. 108.—FHales a trouvé que la force de la sève ascendante dans un pied de vigne coupé au printemps faisait équilibre a une colonne de mercure de trente-trois pouces de hauteur,

(3) Trans. of the Edinburg society, t. I,p. 7.— Le mouvement du suc dans les jeunes plantes est bien plus rapide que dans les végétau

âgés.

prouvé aussi que son mouvement s'opère, au printemps, avec trop de vélocité et de force pour qu'on puisse le regarder comme un simple effet de l’attraction capillaire , ainsi que Knight en a fait judicieusement la remarque. D'ailleurs ıl n’est pas facile de concilier avec la capillarité l'influence de la lumière, de la chaleur et d’autres excitations extérieures, qui accelerent le mouvement du suc végétal. Enfin, d’après la théorie que Laplace a donnée de ce phénomène, le suc qui monte dans les plantes ne devrait point s’&couler par une ouverture faite aux vaisseaux, Ce qui arrive néanmoins. Ces motifs nous obligent à rejeter la théorie qui explique le mouvement du suc végétal par l'attraction capillaire.

$ 285. Des physiologistes modernes, Saussure (1), Brugmans et Coulon (2), Decandolle (3), Carradori (4) et autres, cherchent la cause du mouvement du suc végétal dans une faculté contractile vivante, inhérente aux parois des vaisseaux, et analogue à l'irritabilité musculaire , sinon même identique avec elle. Le suc absorbé par les racines excite, suivant eux, les vaisseaux à se contracter, ce qui le pousse en avant. Brugmans et Coulon allèguent en faveur de celte théorie des expériences relatives à l’action que les substances astringentes exercent sur les végétaux blessés. Ils prétendent que l’ecoulement du suc est supprimé par l'application d’une solution de vitriol martial ou d’alun sur une plaie faite à une plante, par exemple à une euphorbe , ce qui semble annoncer une constriction opérée dans cette dernière.

(4) Encycl. method. Physiologie végétale, p. 267.

(2) Diss. de mutato humorum in regno organico indole a vi vital: vasorum derivando. Leyde, 1789, p. 12.

(3) Mem de l’Institut, 4807, t. VIII, p. 68.

(4) Mem. della societa italiana, t. XII, P. I, p. 30.

Cependant van Marum (1), Link (2) et L.-C. Treviranus (5), en répétant l'expérience , n’ont point observé cet effet de la part des substances astringentes. Carradori dit avoir remarqué un haut degré d’irritabilite dans la laitue commune, à l’époque de sa floraison. Il lui suffisait de toucher légèrement avec le doigt les petites feuilles tombantes éparses le long de la tige, ou les calices, pour voir un suc laiteux suinter, par suite de l'irritation, des points qui avaient éprouvé le contact. L.-C. Treviranus, qui aobservé un phénomène semblable sur le calice des laitues, des laitrons, etc., attribue aussi aux réservoirs du suc laiteux l’irritabilité, qui est plus prononcée dans les parties jeunes que dans celles avancées en âge, qui se manifeste davantage au chaud qu'au froid , et qui est mise en jeu par le contact, la déchirure partielle et autres stimulations analogues.

Il est très-vraisemblable que les parois des espaces dans lesquels le suc se trouve contenu, concourent, comme chez les animaux, au mouvement de ce liquide, quoiqu on n’aperçoive jamais dans les vaisseaux, même à l’aide du microscope , de contractions comparables à celles des muscles vivans. D'ailleurs la disposition et la nature des vaisseaux contenus dans le bois et dans l’écorce ne paraissent pas permettre les mêmes expansion et contraction que dans les muscles doués de la vie. Si les vaisseaux des plantes sont réellement doués d’une faculté contractile vivante, celle-ci n’est probablement analogue qu'à la contractilité organique ou à la tonicité qui , dans le tissu cellulaire, les parois des artères, des veines et des lymphatiques, ainsi que dans diverses

(4) Journal de physique, t. IL, p. 17.— GREN, Journal der Physik, 1792, t. VI, p. 360.

(2) Grundlehren, p. 271.

(3) Loc. cit., p. 174.

membranes des animaux, se manifeste , en certaines circonstances , par une faible contraction , sans cependant être identique avec l’irritabilité musculaire. On peut , d’après la judicieuse remarque de van Marum, alléguer, en faveur d’une faculté contractile vivante dévolue aux vaisseaux des plantes, l’écoulement abondant du suc laiteux par la partie supérieure d’une tige d’euphorbe , ou d’une feuille, soit de figuier , soit de mürier , qu’on tient dans une situation verticale, après l'avoir coupée en travers. Sı les vaisseaux conservaient le même diamètre qu'ils avaient auparavant , on ne voit pas pourquoi le suc sortirait. Cet écoulement a de l’analogie avec la sortie de la lymphe à travers une piqüre faite à un vaisseau lymphatique , ou à celle du sang par une plaie pratiquée à une veine, quand l'ouverture se trouve tournée en haut et que les liquides coulent contre leur propre poids.

$ 286. Les physiologistes qui cherchent la cause du mouvement du suc végétal dans ce dernier lui-même, admettent l'influence sur lui d’agens extérieurs qui le forcent à monter des racines, ou lui attribuent une motilite propre. Les premiers, au nombre desquels se rangent Malpighi, et en partie aussi Grew, Delahire, Linné, Hales, Bonnet, Dupetithouars et autres, pensent que le suc, absorbé en vertu de l'attraction capıllaire, est dilaté ou même vaporisé par la chaleur extérieure qui agit sur les plantes , et qu'il monte aux feuilles par suite de cette expansion. Mustel (1) prétend que les vaisseaux se distendent par la chaleur, et que le suc se précipite dans le vide qui résulte de là. En supposant que le mouvement ascensionnel du suc, des racines aux feuilles, s’opérât réellement de cette manière, ce qui n’est point prouvé, on ne peut nullement expliquer par-

(1) Traité de la végétation, t. Il, p. 264.

là son mouvement descendant à partir des feuilles, ni sa distribution dans le corps des végétaux pour y servir à la nutrition.

$ 287. Quelques physiologistes attribuent au suc luimême, ou plutôt à ses globules, une faculté motrice propre, et regardent le mouvement qu’il exécute comme une manifestation vitale de sa part. Kielmeyer (1) a soupçonné le premier l'existence d’une force semblable dans le suc des végétaux, de même que dans le sang. G.-R. Treviranus (2) a observé des mouvemens dans le suc de quelques plantes. En contemplant au microscope le suc laiteux qui s'écoule par le sommet d’une branche de rhus cotinus ou de vinca major, il a vu les globules quil contient exécuter des mouvemens lents. Schultz (3) dit avoir reconnu aussi, à l’aide du microscope, que le suc nourricier qui s’épanche des vaisseaux d’une plante vivante, estcomposé de particules offrant des mouvemens qui durent souvent une minute encore après l’écoulement. Ce phénomène a donc beaucoup d’analogie avec les mouvemens des globules du sang qui vient de sortir des veines d’un animal vivant. Schrank (4) et L.-C. Treviranus (5) assurent cependant n'avoir point remarqué de mouvemens propres dans les sucs végétaux. Mais comme le microscope fait voir les globules du suc vé-

(4) Ueber das Verhaeltniss der organıschen Kraefte unter einander in der Reihe der verschiedenen Organisationen. Tubingue, 1814, p. 12.

(2) Fermischte Schriften, t. I, p. 137.

(3) Der Lebensprocess im Blute. Berlin, 1822. — Die Natur der Le. bendigen Pflanze, t. 1, p. 334.

(4) Landshut sche Nebenstunden zur Erweiterung der Naturgeschichte. Landshut, 1802, cah. I. p. 78. Il n’a pas vu se mouvoir les corps qui existent dans le suc des chelidonium majus , glaucium, tragopogon picroides et rhus typhinum.

(3) Zeitschrift fuer Physiologie, t. II, p. 147.—Il n'a pas vu de mouvement dans le suc laiteux des leontodon taraxacum, rhus iyphinum , chelidonium majus, lobelia longiflora, euphorbia cespilosa et autres,

gétal en mouvement, tant dans les internœuds des charagnes, des caulinies et des nitelles, que dans les cellules des vallisnéries , par conséquent ici hors des vaisseaux, cette circonstance paraît être favorable à l'hypothèse d'un mouvement appartenant en propre à ces mêmes globules. Ceux-ci coulent aussi en divers sens, par les vaisseaux anastomotiques, dans les pétioles des feuilles, sans que jusqu'ici aucun observateur soit parvenu à voir des contractions dans les vaisseaux.

5 288. Que le mouvement du suc dans les végétaux dépende d'une faculté motrice propre et inhérente à ce suc , qu'il résulte de la contraction vivante des parois vasculaires douées d'une faculté analogue ou semblable, soit à la tonicité, soit à l’irritabilité musculaire , ou que peut-être ıl soit l'effet de ces deux causes réunies, on ne saurait méconnaître que la chaleur, la lumière, l’électricité et autres excitations du dehors exercentune grande influence sur lui. Duhamel (1) a vu la sève couler fort abondamment, par un temps chaud, des trous pratiqués à des arbres, sortir en moindre quantité quand l’air était frais, et ne pas couler du tout par un temps froid. Le mouvement du suc s'exécutait déjà plus lentement lorsque le ciel était couvert de nuages. Bonnet et Walker ont reconnu également cette influence des variations de la température. Hales a prouvé, par ses expériences, que la rapidité de l'ascension de la sève est en raison directe de l’évaporation, et que la chaleur, qui favorise celle-c1, accélère aussi la première. Les expériences de

Van-Marum (2), Willdenow (3), Barton (4), Hum-

(1) Physique des arbres, t. I, p. 71.

(2) Journal de physique, t. XII, p. 218.

(3) Grundriss der Kraeuterkunde, p. 327.

(4) PFAFF et SCHEELE, NVordisches Archiv fuer Naturkundeund Arzneiwissenschaft, t. I, p. 274.

boldt, Coulon, Schnurrer (1), G.-R. Treviranus (2) et autres , relativement à l'influence d’excitans divers sur les plantes, ont démontré aussi que des excitations extérieures modérées accélèrent le mouvement du suc, tandis que de trop fortes l’épuisent.

$ 289. La vélocité et même la direction du courant du suc paraissent dépendre principalement des actes de formation et d’accroissement des plantes, et des circonstances extérieures qui influent sur ces actes, en ce sens que les parties qui se forment et qui s’accroissent exercent une attraction vitale sur le suc. Le printemps, où la température de l'air augmente, où l’action de la lumière solaire devient plus forte et plus prolongée, où le développement et le déploiement des bourgeons à feuilles et à fleurs s’opèrent, est l’époque à laquelle le suc végétal offre le mouvement le plus rapide, et se dirige le plus vers la périphérie. Ensuite il s’opère , dans les arbres et les arbrisseaux , un courant de ce même suc vers le tronc et les racines ; de nouvelles couches ligneuses et corticales se forment, ainsi que de nouvelles fibres radiculaires. Au mois d'août, il survient, dans les arbres et arbrisseaux de nos climats, une seconde ascension du suc, moins vive que la première, dès que les bourgeons à feuilles et à fleurs de l’année suivante commencent à se former, ce qui, d’après les observations de Th. Saussure et de Decandolle (3), n’est sensiblement accéléré

(1) Observata de materiarum quarundam oxydatarum iu germinationem efficentia. Tubingue, 1805.

(2) Biologie, t. V, p. 230.

(3) Rapport sur un Mémoire de Decandolle, intitulé Tableau de la nutrition des végétaux, par Chaptal, Labillardiere et Cuvier; dans Mém. de l'Institut, t. VIII, p.68. «L’auteur remarque que l’ascension de la sève s'effectue au moment où les boutons de l’année suivante commencent à poindre, comme celle de la sève du printemps, au moment où les boutons de l’année tendent à se développer, et qu’il

ni ralenti par la chaleur ou le froid , l'humidité ou la sécheresse, circonstance de laquelle Decandolle conclut que les bourgeons attirent, par une force qui leur est propre, le suc nécessaire à leur formation. Pendant l’hiver, le mouvement du suc parait être tout-à-fait interrompu dans les plantes vivaces, en même temps que les phénomènes de formation sont suspendus chez elles, sans qu'il résulte de là aucune atteinte portée à leur existence.

Un fait bien connu parle en faveur de la dépendance dans laquelle le mouvement du suc est de la formation et du développement des parties végétales. On sait qu'un cep de vigne qui passe dans une chambre échauffée pousse des feuilles et donne des fleurs, même en hiver, tandis que les bourgeons dureste de la tige exposé au froid ne se développent pas. Il faut pour cela que le suc nécessaire au développement et à l'accroissement soit attiré par les bourgeons soumis à l'influence de la chaleur, et mis par elle dans un redoublement d’activité. Les expériences connues sur le renversement des arbres prouvent aussi que la direction suivant laquelle le suc se meut dépend de l'influence de la lumière et de la chaleur sur les parties végétales (1). Lorsqu'on met en terre la couronne d’un jeune arbre, et qu'on expose ses racines à

semble que ces boutons, animés d’une force vitale qui leur est propre , attirent à eux toute la sève environnante. »

(2) Comme le prouvent les expériences faites par Leeuwenhoek (Arc. nat., vol. II, p. 263), Beal et Tongue (Phil. trans., n° 45, p. 885 ), Perrault (OEuvres de physique, t. I, p. 85), Magnol ( Mém. de Paris, 1709, p. 36), Hales (Statique des vegetaux), Duhamel (Phy- .sique des arbres, t. II, p. 310) et autres. Cependant Knight (Phil. Trans., 1804, P.I, p. 188) a observé que l’accroissement des arbres renversés en terre est beaucoup plus lent que celui des arbres qui ont conservé leur situation naturelle. Les plantes annuelles ne peuvent être traitées ainsi sans périr, d’après les expériences de Link (Zusatz zu Willdenow’s Kraeuterkunde, t. I, p. 388.)

l'air, à la chaleur, à la lumière, les rameaux et les branches produisent des racines, tandis que les anciennes racines poussent des feuilles et des fleurs. Ici donc, le mouvement du suc s'opère dans des directions opposées et inverses, correspondantes aux influences extérieures qui déterminent la formation et le développement des parties végétales. Enfin , on sait que le suc afflue abondamment aux parties des plantes que des irritations morbides provoquent à des formations anormales. C’est ainsi que nous voyons des galles survenir lorsque des espèces de cynips déposent leurs œufs dans le parenchyme des feuilles du chêne , du rosier, du hêtre, du saule, etc., et que des excroissances morbides se manifestent en trèspeu de temps sur les points où ces dépôts ont eu lieu. Il suit de tout cela qu'il n’y a pas de circulation proprement dite dans les plantes comme chez les animaux, et que le mouvement du suc n’est point aussi régulier chez elles que chez ces derniers. Le suc formateur se porte principalement des nombreux vaisseaux nourriciers répandus dans le corps entier, et communiquant tous ensemble, vers les parties dont l'influence d’agens extérieurs, de la lumière et de la chaleur, exalte l’activité et rend la formation plus énergique.

/ Es ARS .

Le mouvement du suc nourricier comme propriété des corps vivans.

& 290. Un mouvement du suc préparé avec les alimens assimilés, mouvement en vertu duquel ce suc parvient aux différentes parties et divers tissus des corps vivans, pour servir à leur formation, à leur accroissement et à leur nutrition, est par conséquent une propriété dévolue à tous les corps organiques , et de laquelle dépend la conservation de ces corps. Aucun corps inorganique n'offre dans son intérieur d’espaces contenant des liqui-

des en mouvemeni. Ce mouvement n’est point explicable par les principes de la mécanique , et l'on ne peut le considérer que comme un phénomène vital. Les forces qui l’accomplissent sont des forces organiques; elles se manifestent tant dans le suc nourricier lui-même, que dans les parois des espaces qui le renferment. La motilit€ inhérente au liquide nutritif lui-même paraît appartenir à ses élémens organiques de forme, aux globules du suc végétal et du sang. Ces globules exécutent des mouvemens dont la direction est vraisemblablement déterminée par les actes de formation et de nutrition des parties solides, et par l'attraction que ces dernières exercent. Cependant ils ne conservent la faculté de se, mouvoir qu'aussi long-temps qu'ils sont en connexion avec le corps vivant. Nous appellerons force propulsive, avec Kielmeyer (1), cette force, énigmatique dans sa manière d'agir, de l'existence de laquelle on ne peut guère plus douter, et que C.-F. Wolff admettait déjà. Celle qui se manifeste, dans les parois des espaces contenant les liquides, dans les vaisseaux des animaux et probablement aussi des plantes, par la contraction et le rétrécissement de ces espaces, à quelque faible degré que ce puisse être, recevra de nous l& nom de contractilité organique ou tonicité. Dans la grande majorité des animaux, ıl existe encore un organe muscu leux uni aux troncs vasculaires, le cœur, qui, aussi long-temps que la vie dure, possède la propriété de se contracter en vertu de l'excitation produite sur lui par

(4) Loc. cit., p. 12. Kielmeyer dit à ce sujet: «Je me sers de ce mot uniquement parce qu'il s’est offert à moi le premier , et peut-être qu’un autre conviendrait mieux. Du reste, il exprime le phénomène qui a besoin d’être indiqué ici, et qui consiste en une poussée des liquides en avant, Sans que la cause du choc soit suffisamment connue, motif pour lequel on la désigne sous le nom de force jusqu’à ce qu’on soit parvenu à résoudre le phénomène.

le sang, et de chasser ainsi dans les artères le sang qu'il avait reçu des veines pendant sa dilatation. La force qui se déploie dans la substance musculeuse du cœur , est appelée irritabilité musculaire ; c’est elle qui, chez les animaux , constitue l’agent principal du mouvement du sang, celui sans lequel il n’y a point de circulation chez les animaux dont l’organisation est compliquée , car la force propulsive des globules du sang , et la tonicité des parois vasculaires, ne sont pas par elles-mêmes en état d'entretenir la progression du suc nourricier. Cependant, chez les embryons, lors de la première apparition du sang , le mouvement de ce liquide doit être attribué immédiatement à la force de propulsion des globules. Dans les animaux qui n’ont point de cœur, la circulation du suc nourricier est le résultat de la faculté motrice inhérente aux globules sanguins , et de la contractilité vitale des parois vasculaires.

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