CHAPITRE III
Exploration des organes sexuels de la femme, au moyen du toucher, et d*
spéculum uteri.
DU TOUCHER VAGINAL.
Ce n’est pas une chose aussi facile qu’on pourrait d'abord le croire que de pratiquer le toucher; et ce n’est même qu’après une longue pratique ou après s'être exercé souvent sur le cadavre et sur des personnes vivantes, qu’on peut acquérir l’habitude nécessaire pour bien apprécier avec le doigt, les différentes lésions siégeant sur les organes génitaux internes de la femme.
Comme la plupart des auteurs modernes et les traités généraux de chirurgie les plus estimés gardent un silence presque complet sur ce point le plus important du diagnostic des maladies des organes génitaux de la femme, nous pensons qu’il ne sera pas déplacé d’indiquer ici les règles du toucher et les différentes manières de pratiquer cette opération.
La vessie et le rectum étant préalablement vidées, la malade doit être couchée en travers sur le bord de son lit, et avoir un coussin sous la tête, de telle
sorte qu’elle soit un peu plus élevée que le bassin. Il faut avoir soin de la placer de manière que le coccix déborde le matelas de quelques pouces, et que ses deux pieds soient posés sur deux chaises distantes l’une de l’autre de dix à douze pouees. L’opérateur, assis sur l’une d’elles, introduit dans le vagin, doucement et avec précaution, d’avant en arrière et un peu de bas en haut, le doigt indicateur enduit d’huile (1 ) ou d’un liquide mucilagineux; ce qui, conjointement avec quelques légers mouvements de rotation, rend l’introduction plus facile et moins douloureuse. Le toucher doit être pratiqué avec l’index de la main droite si on est assis à droite, et vice v crsâ si on est du côté opposé, et pour ne point blesser les parois vaginales, l’ongle devra être coupé avec soin. On pourra également procéder au toucher vaginal, la malade étant couchée en long dans son lit, la tête soutenue, les épaules un peu élevées, les talons appuyés sur lu matelas, les cuisses demi-fléchies et écartées sans efforts, de manière à laisser agir librement la main de l’opérateur. Afin de rendre la matrice plus accessible, et l’introduction du doigt plus facile, et pour éviter des tâtonnements désagréables,
(1) Le cérat, conseillé par presque tous les auteurs , a l’inconvénient de masquer à la vue les parois- vaginales, lorsqu’apvès le toucher on a recours au spéculum. Le beurre qu’on emploie quelquefois laisse des grumeaux blanchâtres, qu’on peut confondre avec une alte'ration ou une sécrétion pathologique : l’huile est donc sous tous les rapports préférable.
TOUCHER VAGINAL. g5
on fera tenir le bassin élevé, soit en recommandantà la malade de le soulever un peu, soit en plaçant sous le siège un petit coussin ou une alaise pliée en huit. Tout étant disposé comme nous venons de l’indiquer, on se placera au côté du lit vers le bord duquel la femme se sera plus avancée, puis après s’être tourné dans la direction de la face de la malade, on passera sous les vêtements de cette dernière , et entre ses membres inférieurs, la main correspondant au côté où l’on se trouve; enfin, on achèvera l'opération avec les précautions et d’après les préceptes qui sont indiqués plus haut. Cette manière de pratiquer le toucher qui permet d’agir sous les vêtements, est surtoutavantageuse lorsqu’on veut en même temps procéder à la palpation suspubienne.
Il est une troisième méthode que nous préférons aux deux autres, soit parce qu elle permet de mieux apprécier le poids, le volume, la direction et la hauteur de la matrice , soit aussi parce qu’elle alarme moins la pudeur des femmes qui sont soumises au toucher pour la première fois. Cette méthode consiste à faire placer la femme debout, le dos appuyé contre un lit ou contreun mur, ayant soin de lui faire écarter convenablement les cuisses, et de mettre les muscles dans le plus grand relâchement possible. Le chirurgien, après avoir mis un genou en terre et porté une main sur l’hypogastre pour refouler la matrice en bas, introduit dans le vagin, le doigt indicateur enduit d’huile,
de bas en haut et d’avant en arrière, jusqu’à ce qu’il soit parvenu au museau de tanche qui se présente, à l’état normal, comme un anneau circulaire, dur et résistant, et produit, comme ^judicieusement observé le professeur Dubois , le père, une sensation semblable à celle qu’on éprouve en touchant le lobule du nez.
Après avoir exploré le vagin aussi bien que possible, et lorsqu’on sera arrivé sur le col utérin, on examinera sa température, sa forme, sa situation, la dilatation de son orifice, sa sensibilité, son volume, sa consistance ; enfin on s’assurera s’il n’est pas le siège d’ulcères, d’érosions, de fissures, d’aspérités, d’exubérances, d excroissances, de végétations, d’hémorroïdes, de varices, de polypes envahissant la totalité ou une partie de son pourtour. Il faudra surtout faire attention de ne pas prendre pour une vraie maladie les déchirures qu’on y rencontre fort souvent chez les femmes qui ont eu des enfants : ces solutions de continuité, ne sont autre chose que le résultat du déchirement qu’a éprouvé le col de la matrice pendant les accouchements.
Lorsqu’on a bien exploré le museau de tanche, il faut tâcher de porter le doigt aussi haut que possible entre le col et les parties qui l’environnent, afin de pouvoir bien l’examiner sur toutes ses faces. Ce résultat est plus facilement et plus sûrement obtenu, si, comme il serait utile de le faire toujours, on pra-
TOUCHER VAGINAL.
tiquait le toucher d’abord d’une main, puis de l’autre. La main droite explore le côté droit du vagin et le côté gauche du col, tandis que la main gauche agit en sens inverse et explore les côtés opposés. Lorsqu'on aura suffisamment reconnu l’état de toutes les parties , et qu’on aura noté dans sa mémoire les découvertes qui auront été successivement faites, pour ne pas trop fatiguer la malade , on retirera le doigt le plus tôtetle plusdoucementpossible, ayant soin de remarquer si son extrémité est teinte de sang ; ce qui annonce toujours un état pathologique de l’organe, si la femme n’a pas ses règles. Enfin, pour mieux apprécier la nature et la couleur des matières dont le doigt investigateur pourrait être chargé, on fera bien de l’essuyer sur un linge très-propre avant de se laver les mains.
Lorsqu’on aura à explorer principalement la partie inférieure et antérieure du vagin, la femme devra prendre une position horizontale et se tenir dans ce cas sur ses genoux et ses mains ; et on pourra varier les positions en faisant placer la malade sur l’un ou l’autre côté, suivant les régions qu’on voudra soumettre à l’examen ou selon l’attitude qui ramènera la matrice déviée à une direction plus favorable.
Si le toucher est applicable dans la grande majorité des cas, il y a des circonstances qui doivent faire ■ différer et quelquefois même rejeter cet excellent mode d exploration. Ainsi on devra s’abstenir mo-
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mentanément du toucher vaginal, quelques jours avant et après les règles et surtout pendant leur écoulement, parce que la matrice subit alors des modifications qui pourraient induire en erreur. 11 faudra aussi ne pas pratiquer le toucher, lorsque les malades ressentiront de vives douleurs, lorsque le vagin sera très sensible et irrité par le plus léger frottement. Dans les cas de ce genre, ainsi que le pratique M. Lisfranc ■, on combattra cette irritation anormale, au moyen de petites saignées révulsives au bras, et par l’usage de grands bains prolongés , de demi-lavements opiacés. Enfin on devra s’abstenir du toucher vaginal, ou plutôt ne plus renouveler ce moyen explorateur, lorsqu’on aura la certitude de l incurabilité de la maladie, indiquée par une matrice volumineuse, bosselée, et dont le col est le siège de végétations, de déchirures et de cavernes saignant au moindre contact et répandant une odeur infecte et caractéristique des affections carcinomateuses. Toutes les recherches ultérieures seraient aussi inutiles que dangereuses , puisque dans tous ces cas désespérés , chaque exploration augmente toujours inutilement les souffrances, et devient souvent la cause d’une violente inflammation ou d une hémorrhagie mortelle.
Si, en règle générale, on doit avoir recours au toucher de prime abord, il ne faut y revenir que le moins souvent possible et seulement dans le cas d’absolue nécessité, et en agissant toujours avec la