‹ Traite complet des maladies des femmes (volume 2)Chapitre 31 sur 102 · ANOMALIES DES ORGANES SEXUELS · texte numérisé non relu

ANOMALIES DES ORGANES SEXUELS

de graves accidents en empêchant l'écoulement des règles. La double cavité du vagin séparée par une cloison longitudinale et correspondant à un utérus bilobé et divisé en deux parties distinctes et pourvues de leurs annexes peut déterminer la superfétation , qui sans cette anomalie nous parait difficile à expliquer.

Les adhérences du col de la matrice avec le vagin, ainsi que son occlusion, s’opposent presque toujours à la conception , de même que les adhérences des trompes et des ovaires avec le péritoine favorisent les conceptions extra-utérines, mais disposent le plus souvent à la stérilité. Enfin les ouvertures contre nature de l’organe geslateur dans le rectum, celles de ce dernier dans le vagin , et celles du vagin dans la vessie, servent à donner une explication rationnelle de certaines anomalies que présentent chez quelques femmes soit l’écoulement des règles, soit l’émission de l’urine et les déjections alvines.

Comme les vices primitifs de conformation des organes sexuels de la femme sont aussi nombreux que variés, et que d’ailleurs la plupart d’entre eux n’exposent pas la vie des personnes qui en sont affectées, nous croyons nous être assez étendu actuellement sur ce sujet, d'autant plus que bientôt, dans le cours de ce traité, nous aurons occasion d’en parler avec de plus longs détails et d’indiquer les moyens chirurgicaux propres à remédier à la plupart d’entr’ eux.

En physiologie et en thérapeutique, on entend par sympathies le rapport de deux ou de plusieurs organes plus ou moins éloignés qui établissent entre eux une sorte d’association, au moyen de laquelle la vitalité des uns se trouve modifiée par l’état morbide ou physiologique des autres. Rien n’est plus positif que l’existence des liens sympathiques qui impriment certaines modifications vitales à un ou a plusieurs organes éloignés à l’occasion d’une impression reçue par un autre organe. Ces modifications, qui ne sont pas partagées par les parties intermédiaires ne peuvent être rapportées aux connexions mécaniques ou à l’enchaînement ordinaire des fonctions , mais paraissent dépendre d’une certaine organisation particulière qui fait vibrer à l’unisson toutes les parties, disposées de manière à s’irradier les impressions qu’ils reçoivent, soit directement par l’anastomose des nerfs, soit indirectement par l’intermédiaire du cerveau. En faisant connaître les sympathies de Fulérus avec la plupart des organes, nous nous bornerons à signaler des faits sans chercher à en expliquer les causes, parce qu’elles sont couvertes d’un voile aussi impé nétrable que celui qui nous cache Faction nerveuse.

Les anciens , qui méconnaissaient les sympathies de la matrice avec les autres parties du corps, avaient imaginé que cet organe jouissait d’une existence par-

ticulière et d’un tempérament indépendant de la constitution générale. Ils croyaient que le corps n’était à proprement parler qu’une cage dans laquelle il avait la faculté de se mouvoir en tous sens et d’affecter dans ses mouvements les organes vers lesquels il se portait, sans que ceux-ci eussent sur lui la moindre influence.

Platon entre autres dit : « que la matrice est un )) animal sauvage qui n’obéit point à la raison, mais » qui, lorsque ses désirs sont satisfaits, erre dans l in- » térieur du corps, et excite toutes sortes de mouve-

» ments irréguliers ». {Tira. pag. 500).

Les phénomènes sympathiques de la matrice, résultat de l’organisation de la femme, sont d'une évidence telle qu’il serait plus qu’absurde de vouloir les contester. Il est donc indispensable, surtout au médecin qui s’occupe principalement des maladies des femmes, d’avoir une connaissance aussi exacte que possible de la connexion intime de l'utérus avec tous les autres organes et de la réaction de ceux-ci sur

ce viscère; cette étude est de la plus haute importance, car la vie des malades peut souvent en dépendre. En effet, il arrive quelquefois que ce n’est que par des phénomènes sympathiques que l’on soupçonne l'existence de certaines maladies de l’utérus. Dans tous ces cas difficiles, le médecin qui a une parfaite connaissance des irradiations sympathiques de cet organe, peut seul porter un diagnostic certain et prescrire un traitement rationnel.

Quelquefois des ulcérations, ou des engorgements du col ou du corps de l’utérus et même des cancers confirmés de cet organe, ont été traités comme des gastro-entérites chroniques, parce qu'ils présentaient plusieurs symptômes de ces affections qui, en réalité, n’étaient que des phénomènes sympathiques résultant de la réaction de la matrice se trouvant dans un état anormal et pathologique. Ce n’est qu’aprés des pertesutérines, fréquentes et considérables et des douleurs plus vives vers les organes sexuels qu'on se décide à consulter un médecin plus habile , qui alors acquiert souvent trop tard, la triste certitude de la nature du mal.

Plusieurs praticiens distingués , M. Lisfranc entre autres, ont été consultés pour de prétendues maladies, telles que des néphrites, des gastralgies, des gastrites , des entérites, des palpitations , des anévrysmes actifs du ventricule gauche , des lombago, des névralgies sciatiques ou crurales, etc., qui n’étaient réellement que des réactions sympathiques et des symptômes d’un état pathologique de la matrice dont on pourra avoir une conviction mathématique par le toucher et l’application du spéculum, et surtout par la cessation de tous les phénomènes nerveux au moyen du traitement et de la guérison de l’affection utérine.

Nous avons été nous -même souvent consulté pour des aphonies chroniques qui n’étaient que le

résultat d’une action sympathique de l’utérus, déterminée par une lésion physique ou physiologique de cet organe. Comme dans les aphonies de ce genre dont nous avons donné plusieurs observations dans notre traité des Maladies des organes vocaux , le larynx se trouve presque toujours dans un état parfait d’intégrité. Ce n’est que parla connaissance des sympathies utérines, que l’on peut soupçonner et découvrir la cause et le véritable siège du mal. Pour établir un bon diagnostic, dans tous ces cas difficiles, il est donc indispensable de connaître les liaisons presque constantes qu’ont certaines douleurs avec les maladies de la matrice. Sans la connaissance des irradiations sympathiques de cet organe, on est exposé à ne combattre que des symptômes, et non la maladie qui les produit; et souvent, malgré tous les efforts de la thérapeutique, on laisse s’aggraver une affection qui se trouve bientôt au-dessus des ressources de l’art.

Les sympathies et la connexion qui existent entre l’utérus et tous les autres organes peuvent être rendues assez évidentes par les phénomènes suivants.

1° Avec les mamelles : nous allons le prouver par la coïncidence prononcée que l'on remarque à la puberté, dans leur accroissement, le développement des organes génitaux et la première apparition des règles.

Personne n’ignore que la titillation et la succion du mamelon par l’enfant, excitent souvent une sen-

sation plus ou moins voluptueuse vers les organes de la génération. Hippocrate a signalé le premier que les mamelles s'affaissent chez les femmes enceintes, quand le fœtus est mort, ou pendant une hémorrhagie utérine, et que la supression des règles et les lochies, ou la dilatation de la matrice par une môle, un polype, des hydatides, ou tout autre corps étranger dont l’expulsion a lieu par des contractions utérines, déterminent une sécrétion laiteuse et une véritable fièvre de lait, comme après un accouchement naturel.

Les femmes qui nourrissent, et dont le lait coule abondamment, sont rarement réglées, ont peu de lochies, et ne sont presque jamais sujettes à un écoulement muqueux par les parties sexuelles, tandis que celles dont on supprime le lait, et qui ne remplissent qu’à demi leurs devoirs de mère, sont exposées aux fleurs blanches et à des évacuations abondantes des lochies et du flux menstruel.

2° Les sympathies de l’utérus avec l’estomac, sont assez prouvées par les dégoûts, les appétits bizarres, les nausées, les vomissements et certaines affections hystériques que l’on remarque chez les femmes enceintes, et chez celles qui sont mal réglées ou qui ont une maladie quelconque siégeant sur la matrice.

L’inlluence de cet organe sur l’estomac a été reconnue par presque tous les auteurs, notamment par Rega, lorsqu’il dit dans sa brillante dissertation de Sympcilhia, p. 137 : Ergo si ab utero laborante

plara stomcicho continuant incommoda , non est dubitandurn quin ventriculo patiente , pâli debeat et utérus .

Les sympathies actives de la matrice sur l’estomac dans l’état de grossesse disparaissent ordinairement vers la moitié du temps de la gestation, parce que cet organe est plus occupé de lui-même et n’a plus autant d’excès d’activité à répandre sur tous les autres.

3° La sympathie avec le cerveau est aussi on ne peut plus évidente. Ne voit-on pas des femmes enceintes perdre la mémoire ou l’avoir plus étendue, avoir l’imagination plus vive ou quelquefois moins d’intelligence, présenter quelques symptômes de rage^ vouloir mordre certaines personnes qu’elles affectionnent, commettre un homicide, devenir folles, maniaques, cruelles, voleuses, etc., etc. ? N’a-t-on pas souvent observé qu’un violent accès de colère ou de jalousie , une frayeur subite , une impression vive, ont arrêté le flux des règles ou des lochies et suspendu .la sécrétion du lait ou du moins changé la nature de ce liquide ; tandis qu’on voit couler plus abondamment les fleurs blanches chez les personnes qui éprouvent quelques contrariétés ou qui sont en proie à des chagrins violents.

4° La cessation d’un catarrhe utérin et l’apparition d'un catarrhe pulmonaire ; souvent la disparition de ce dernier occasionée par la présence de l’autre; la dyspnée, les syncopes, les palpitations, les

SYMPATHIES DE LA MATRICE. gi

oppressions , les crachements de sang, et enfin une foule d’autres phénomènes de ce genre que l’on remarque pendant la grossesse et pendant l’existence de presque toutes les affections de l’utérus, prouvent suffisamment la connexion intime qui existe entre ce 4 viscère et les organes pulmonaires.

Le changement de la voix, lors de la puberté et de la cessation des règles, les aphonies, et les dysphonies qui ont lieu quelquefois pendant la grossesse ou une affection utérine ; la sensation qu’éprouvent souvent les organes sexuels delà femme lorsqu’un enfant, ou encore mieux une personne qui lui inspire de l’amour, lui donne un baiser sur les lèvres, ou touche seulement une partie quelconque de son corps; le trouble des digestions, les borborygmes, les coliques, les céphalalgies, les maux de dents, les tintements d’oreilles, et autres symptômes qui surviennent aux diverses époques de la gestation ; la tuméfaction du •ventre avant la menstruation, les vomissements spontanés et tous les phénomènes nerveux qui ont lieu après la rupture de la matrice ou une opération faite sur cet organe ; la cessation d'un catarrhe rebelle de ce viscère due à l’application d’un vésicatoire ou d’un cautère au bras ; la suppression d une hémorrhagie utérine ou du flux menstruel, ayant lieu après l’application d’un sinapisme ou d'une ventouse sous les seins , ou l’immersion des mains ou des pieds dans l’eau froide; l’énergie que l’on donne

à la matrice pendant raccouchement par l’inspiration de l’acide acétique, par les frictions avec des liqueurs alcooliques ou l’application de corps froids sur le ventre, et enfin une foule d’autres phénomènes physiologiques et pathologiques , forment un groupe de preuves capables d’établir la réalité des sympathies et des connexions qui existent entre la matrice et tous les autres organes (1). Ce qui démontre l’exactitude de ces deux aphorismes de Vanhelmont :

Propter solum ulerum, mu/ier est ici quod est

femina omnern bis patitur morbum.

Vouloir expliquer ici les causes de la grande influence de l'utérus sur toute l’économie serait s’engager dans un dédale d’hypothèses plus faciles à imaginer qu’à soutenir. Toutes les recherches que l’on 1er ait à cet égard ne tendraient certainement qu’à

(1) Ceux de nos lecteurs qui voudront de plus grands développements et des aperçus curieux sur la sensibilité de la matrice feront bien de consulter les travaux de Haller , de TH aller , de TH. Hunter , et surtout l’important ouvrage de Frédéric Tiedemann , publie' à Heidelberg en 1822 , sous le titre de Tabuler nervorum uleri , in-folio. Cet auteur a cherché à démontrer anatomiquement les connexions manifestes des nerfs utérins , avec les grands appareils nerveux ganglionnaires et encéphaliques, afin d’expliquer les irradiations sympathiques et les consensus divers qui se font remarquer , soit pendant la menstruation , la conception , la grossesse, l’accouchement, la lactation , soit dans les lésions physiques et vitales de l’utérus , les affections hystériques, et toutes les incommodités auxquelles les femmes sont exposées.

exploration des organes sexuels. g3

prouver encore davantage, que l’homme cherchera toujours en vain à soulever complètement le voile qui recouvre les secrets impénétrables de la nature.

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