CHAPITRE Y
Vices primitifs et accidentels des organes sexuels de la femme.
S’il est des vices de conformation des parties génitales de la femme qui sont au-dessus des ressources de l’art, tels que l’absence de la matrice et du vagin, l’ouverture de ce canal dans la vessie ou le rectum , l’imperforation de la trompe de Fallope> l’absence de l’ovaire, etc., etc., il en est d’autres auxquels il est possible de remédier, dans un assez grand nombre de cas • parmi les lésions de cette dernière espèce, nous rangeons l’union complète ou partielle des grandes lèvres , celle des nymphes , leur longueur excessive, le trop grand développement du clitoris, l’occlusion du méat urinaire , l’imperforation , l’oblitération , l’obturation, l'étroitesse congéniale et le rétrécissement accidentel du vagin ; enfin l’occlusion du col de la matrice.
L’occlusion des organes génitaux de la femme , observée dès la plus haute antiquité par les mé-
decins de la Grèce (1), était appelée c lausura par les Latins (2), alratica par les Arabes (3), phymosis par Galien et Paul d' Egine (f), phymon par A. Paré (5); enfin, la plupart des auteurs français de notre époque l’ont désignée par les mots atrètisme (6) , atrésie , imperforation .
Quoique les mots union , imperforation , oblitération et obturation ne soient pas des synonymes et présentent à l’esprit des idées tout-à-fait différentes, on désigne souvent par l'une de ces trois expressions, l'occlusion des parties génitales, quels qu’en soient le siège , la nature et les causes.
Afin d’établir une division plus exacte et pour donner aux mots union , imperforation , oblitération et obturation le sens véritable qu’ils doivent exprimer , nous les distinguerons de la manière suivante :
Nous consacrerons le mot union, pour exprimer
(1) Les filles qui présentaient ce vice de conformation recevaient, chez les Grecs, l’épithète de àTpyivat; chez les Romains, elles avaient celle de imperforalœ , clausce, velatœ. Cicéron , de divinat, lib. 111, parle d’un songe où l’on avaitvu unefemme, quœ ob signât am habebal naturam , et Pline rapporte que Cornélie, la mère des Gracques , était née avec une imperforation des parties sexuelles ; concrclo genitali nata fuit (Hist. natur., lib. 7, cap. 16).
(2) Celse , lib. 7, cap. 28. Aelius , lib. 16, cap. 97.
(5) Avicennes , 21 , 5, tract. 4, cap. 1, et Albucasis, lib. 2, cap. 72.
(4) P nul d’ Egine, lib. 3, cap. 73, et lib. 6, cap. 71 et 72.
(5) A. Paré, liv. 4, chap. 59, page 998.
(6) Du grec a, privatif et de Tpvyroi;, troué, sans ouverture.
l’adhérence congéniale et accidentelle des grandes lèvres et des nymphes.
Les mots imperforation , atrètisme , atrésie , irnperforatio , atresia, indiqueront l’occlusion de la partie inférieure et antérieure du vagin, qui est complète ou incomplète, accidentelle ou congéniale, et qui peut être occasionnée soit par la présence de l’hymen ou un autre repli membraneux imperforé, soit par des brides celluleuses ou cellulo-fibreuses , présentant diverses directions et placées à une hauteur variable dans le canal vulvo-utérin.
Le mot oblitération, du verbe latin obliterare , exprimera, non seulement le rétrécissement accidentel du vagin, mais encore l’adhérence immédiate des parois de ce canal, dans toute sa longueur , dans sa partie moyenne ou vers l’une de ses extrémités. L’oblitération qui est toujours accidentelle , peut donc comme l’imperforation, être complète ou incomplète.
Enfin, le mot obturation , du latin obturare , sera destiné à indiquer l’occlusion plus ou moins complète de la matrice ou du vagin qui peut être déterminée lorsqu’elle est accidentelle , par des excroissances, des polypes, des hydatides , des tumeurs de différente nature, ou lorsqu’elle est congéniale, par une substance intermédiaire , fibreuse, celluleuse ou cellulo-fibreuse.
L’occlusion des organes génitaux de la femme , quelles qu’en soient la nature et la cause, mérite d’au-
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tant plus de fixer l’attention des médecins , qu’elle s’oppose à l’exercice de plusieurs fonctions importantes et que souvent elle peut non seulement compromettre la santé, mais même la vie et l’honneur du sexe intéressant qui est destiné par la nature à faire presque tous les frais de la reproduction.
Comme ce sujet a été très peu étudié et qu’on en fait à peine mention dans tous les ouvrages qui traitent des maladies des femmes, nous nous étendrons plus longuement que tous nos devanciers , sur l'histoire , l'étiologie , les signes différentiels , le diagnostic et le traitement des diverses occlusions primitives ou accidentelles des organes sexuels. Nous traiterons également dans le même chapitre de tous les autres vices de conformation congéniaux ou développés après la naissance et à toutes les époques de la vie.
DE L’UNION DES GRANDS LEVRES ET DES AUTRES VICES DE CONFORMATION DE L \ VULVE ET DE TOUTES LES PARTIES GÉNITALES EXTERNES DE LA FEMME.
Quelquefois on voit naître des petites filles avec une adhérence plus ou moins complète des grandes lèvres , de telle sorte que ces deux replis de la vulve se trouvent réunis dans une partie ou dans la totalité de leur étendue.
Lorsque l’adhérence est complète, on n’aperçoit
qu’une sorte de raphë sans clitoris, ni vagin, ni orifice urétral; les grandes lèvres qui sont proéminentes forment une tumeur molle, élastique, fluctuante, et l’on remarque au-dessus du pubis une élévation arrondie , qui est produite par l’accumulation de l’urine dans la vessie, et qui, à la moindre pression détermine de vives douleurs.
Cette absence complète de la fente vulvaire , résultat d’un vice congénial, est annoncée dans les premiers jours de la vie par des cris continuels de l’enfant et par tous les symptômes propres à la rétention d’urine. Dans ce cas la mort est certaine si l’on n’a promptement recours à une opération qui consiste à rétablir les ouvertures naturelles.
Chez quelques sujets dont la vulve n’est pas imperforée dans toute son étendue, l’urètre est assez ouvert pour donner passage à burine ; chez quelques autres, ce liquide ne sort que goutte à goutte et avec d’autant plus de difficulté, que l’adhérence des grandes lèvres est plus considérable et laisse plus ou moins libre l’orifice du méat urinaire. Dans le premier cas, c’est-à-dire lorsque l’urine peut être évacuée facilement, l’infirmité dont il s’agit ne trouble pas la santé de la jeune fille, et ce n’est qu’à l’époque de la puberté qu’elle donne lieu à des accidents causés par la rétention du fluide menstruel dont nous nous occuperons dans un autre chapitre.
Lorsque l’union partielle des grandes lèvres oc-