DE L’UNION DES NYMPHES OU PETITES LÈVRES
L’adhérence congéniale des nymphes, qui accompagne toujours l’union complète des grandes lèvres, peut exister isolément et être le résultat d’un vice primitif ou accidentel.
l36 LÉSIONS DK FORME ET DE DEVELOPPEMENT.
Nous avons eu occasion d’opérer celle année ( février 1 837 ) une petite fille de deux ans que l’on croyait atteinte de la pierre , parce qu’elle éprouvait un grand obstacle dans l’émission de son urine. Ayant reconnu, jiar un examen attentif, que cette difficulté avait pour cause l’union congéniale des petites lèvres qui semblaient manquer tout à fait, ou plutôt être remplacées par une membrane charnue de forme triangulaire, d’un rouge vif, et fixée à angle droit sur le lieu qu’occupe ordinairement le méat urinaire en présentant à sa base légèrement écliancrée, une petite ouverture dirigée obliquement du bas en haut. Une petite sonde de gomme élastique, introduite dans cette sorte d’orifice urétral, fut promptement arrêté par un cul de sac étroit et de quatre ou cinq lignes de profondeur. Cette disposition anatomique explique pourquoi l’urine ne pouvait s’échapper en avant et était force'e de s’écouler en nappe obliquement en arrière et de haut en bas, en baignant continuellement la face interne des grandes lèvres et la fosse naviculaire, qui était devenue le siège d’une vive inflammation déterminée par le contact presque permanent du fluide vésical.
Ayant porté derrière l’adossement des petites lèvres l’extrémité d’une très petite sonde à lame cachée, inventée par nous pour opérer les fistules à l’anus, et débrider toutes les hernies , nous détruisîmes l’adhérence d’un seul coup en faisant basculer la
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lame de l’instrument qui agit à la manière du lithotome. Pour éviter le plus possible l’adhésion consécutive des surfaces sanglantes, nous touchâmes d’un seul côté un des bords libres de la plaie avec le nitrate d’argent : cependant cette précaution ne nous paraît pas indispensable, parce que le contact fréquent de l’urine , probablement doit suffire pour s’opposer à une nouvelle agglutination.
M. le professeur Dugès dit, dans le Traité des maladies de l'utérus qu'il a publié avec madame Bomn , qu’on lui présenta une jeune fille pour examiner à quelle cause tenait la difficulté d’uriner qui lui était habituelle. L’urine s’échappait par un étroit pertuis au voisinage du clitoris ; un stylet porté dans ce trou ne pénétra pas dans la vessie,- mais dirigé horizontalement d’avant en arrière, il se porta dans le vagin tout près de son orifice externe ; les nymphes n’existaient point en apparence; nous reconnûmes , ajoute M. Dugès , qu elles étaient soudées , et faisaient un canal étroit et comme posé à angle droit sur l'orifice de l’urètre , de manière â recevoir les urines, à les arrêter dans leur émission, pour les laisser échapper partie en avant, partie en arrière. » Cette observation ne diffère de celle que nous avons donnée plus haut , qu’en ce sens seulement, que l’écoulement de l’urine avait lieu tout à la fois en avant et en arrière, tandis que chez la jeune fille que nous avons opérée, le fluide cystique
s’échappait en nappe d’un seul côté , c’est-à-dire, obliquement d’avant en arrière. Nous ajouterons que le docteur Buet a publié une observation qui diffère peu de celles que nous venons de faire connaître ( Journ . compl., t. 39, p. 223).
Les moyens chirurgicaux , propres à remédier à ces vices de conformation , consistent simplement à séparer par une incision les petites lèvres sur le trajet de leur adossement, en dirigeant le bistouri, comme l’a fait M . Dugès, sur une sonde canelée, et avec les précautions que nous avons indiquées en pariant de la symphise des grandes lèvres. La sonde à lame cachée dont nous nous sommes servi, qui offre à peine une demi-ligne de diamètre, remplit parfaitement cette indication et rend l’opération plus prompte et exempte de tout danger, malgré les mouvements de l’enfant.