‹ Traite complet des maladies des femmes (volume 2)Chapitre 54 sur 102 · DU PROLONGEMENT EXCESSIF DES PETITES LÈVRES · texte numérisé non relu

DU PROLONGEMENT EXCESSIF DES PETITES LÈVRES

Ainsi que nous l’avons déjà dit, page 62 , les petites lèvres sont, comme le clitoris, susceptibles de s’alonger d’une manière si considérable, que nonseulement elles gênent dans le coït, mais que, par le frottement qu’elles éprouvent pendant la marche, elles s’enflamment, s’excorient et s’ulcèrent au point qu’on est quelquefois obligé d en faire l’excision.

Cette opéra lion , très-commune en Egypte (1), en

(1) Sonini. Voyage en haute et basse Egypte. Tom. T.

LONGUEUR EXCESSIVE DES PETITES LÈVRES. T 3q

Perse, en Ethiopie (1), en Syrie, chez les Coptes (2), les Arabes et les peuples qui habitent les côtes de Malabar (3;, est passée en usage, et même a pris force de loi (4) chez presque tous les peuples d’Orient, dont les femmes comme celles de l’espèce nègre, ont, en général, des nymphes extrêmement prolongées.

Cependant plusieurs voyageurs rapportent que toutes les femmes ne sont pas soumises à cette opération , et qu’elle n’est pratiquée d’une manière générale que dans certaines contrées de l’Arabie et de la Perse situées vers le golfe Persique et la mer d’Ormus (5); les Abyssines, quoique chrétiennes, et les femmes du royaume de Juida , qui ne sont également ni Juives ni Mahomélanes , conservent encore cette ancienne coutume (6), que la jalousie des Orientaux n’inventa pas , mais dont elle sut du moins profiter. Dans le but de prévenir une prétendue difformité, on opérait toutes les jeunes

filles dès qu’elles étaient nubiles, parce qu’on était

(1) Léon l’Africain. Lib. III. Démarchais. Voyages, Tom III. cliap. VII, page 158.

(2) Belon. Observât., page 426.

(3) Voyages de Tliévcnot , cap. 32.

(4) Pauld’Egine , lib. IV, cap. 70. Ætius , tetrab. lY.Slra.bon, lib. VII.

(5) Chardin , Voyages en Perse, t. III , p. 207, JVlessling , page 149.

(6) Bellon , lib. III, Observ., cap, 38. Démarchais, (loco citât).

j4o lésions de forme et DE DÉVELOPPEMENT, persuadé qu’en raccourcissant les nymphes dans une

juste mesure, et en diminuant d’autant les frottements , on ôtait à l’amour son principal aiguillon. Les Turcs auraient encore un autre but en faisant pratiquer la nymphotomie : ils veulent , suivant la remarque de Soiiini, trouver, dans les plaisirs de l’amour, une surface lisse, polie et dépourvue entièrement d’inégalités et de saillies. Au rapport de Léon V Africain (lib. vm), il y a, dans certaines contrées de l’Afrique, où l’accroissement des nymphes est très-commun, des hommes qui n’ont d’autre métier que de retrancher ce que la nature a trop développé dans les parties externes de la génération. Le même auteur ajoute que ces circonciseurs de femmes crient à haute voix dans les rues : Quelle est celle qui veut être coupée'l Dans son voyage en la haute et la basse Egypte , publié en \ 799, Sonini rapporte également que dans ce pays l’excision des nymphes et du clitoris se pratique encore sur les jeunes filles de sept à huit ans, et que cette opération est faite tous les ans au commencement de la crue du Nil, par des femmes de la haute Egypte qui crient dans les rues du Caire : à la bonne cir concis eus e. Un rasoir et une pincée de cendre suffisent pour opérer ce génre d’excision.

Si la nymphotomie a pu encore avoir pour origine l’incommodité qu’entraîne la longueur démesurée des petites lèvres, il est possible qu’elle ait été établie

longueur excessive des petites lèvres. 1 4 I pour entretenir la propreté des parties sexuelles ; car il s’amasse, entre les nymphes et le clitoris, des matières sébacées, blanches, âcres, stimulantes, qui exhalent des miasmes fétides, surtout chez les négresses et les femmes coptes, dont les nymphes sont très longues.

Les jésuites portugais qui, dans le seizième siècle, convertirent au christianisme les peuples de l'Abyssinie, voulurent abolir cette pratique comme étant un reste de mahométisme; mais les filles non circoncises ne trouvaient plus de maris, et on les regardait comme tellement immondes que l’on brisait les vases dans lesquelles elles avaient mangé. Le pape, d’après l’avis de plusieurs chirurgiens envoyés sur les lieux, autorisa la circoncision, qui fut regardée comme nécessaire et comme un moyen d’hygiène et de propreté pour les femmes.

Quoique le trop grand développement des petites lèvres soit une anomalie assez rare en Europe, surtout dans nos climats, cependant, on voit quelquefois ces replis membraneux dépasser le niveau delà vulve de plusieurs lignes, et même de plusieurs pouces. Lorsque l’augmentation du volume des nymphes est accidentel, il peut dépendre d’un gonflement inflammatoire, d’un relâchement des tissus ou d’un accroissement de nutrition ; dans ce cas, la portion saillante de ces replis membraneux étant irritée et douloureusement affectée par les frottements des vêtements, et

l4a LÉSIONS DE FORME ET DE DÉVELOPPEMENT.

même le mouvement des cuisses, il résulte que le bord libre s’ulcère, et que la femme est forcée de rester dans l'inaction ; le plus souvent, les bains, les fomentations émollientes et narcotiques, le repos, la situation horizontale, etc., suffisent pour dissiper cet alongement accidentel des nymphes; mais, dans quelques cas, ils sont insuffisants et on est forcé d’avoir recours à la nymphotomie. Mauriceau (Observ. clxxiv) rapporte, « qu’une dame le requit fortement de lui faire cette opération , tant parce qu’étant obligée d’aller souvent à cheval , l’alongement de ses nymphes lui causait, par leur froissement, une douloureuse cuisson, que parce que cette indécence lui déplaisait extrêmement, aussi bien qu’à son mari. » (Page 30, Traité des maladies des femmes.)

La longueur excessive des petites lèvres n’est pas la seule circonstance qui rende leur excision nécessaire ; ainsi on doit y avoir recours lorsqu’elles sont fongueuses, squirrheuses, carcinomateuses, ou affectées de gangrène, etc., déterminées soit par une contusion ou une lésion à la suite d'un accouchement laborieux, soit par la maladie vénérienne, ou même sous l’influence d’une cause non appréciable.

L’excision des nymphes, qui a été décrite par Galien (4), Aetius (2), Paul cPEgine (3), Mo-

(1) Gallien, de usu parti uni.

(2) Tetrabibl. Lib. IV. Serin. 4.

(3) Paul d’aine, Lib. VI.

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