‹ Traite complet des maladies des femmes (volume 2)Chapitre 78 sur 102 · INCONVÉNIENTS DES PESS AIRES · texte numérisé non relu

INCONVÉNIENTS DES PESS AIRES

Grenier, dans sa dissertation inaugurale, rapporte l’observation suivante : pendant le mois de mai \ 833, M. Brody de Londres, l’un des plus célèbres chirurgiens anglais, fut appelé pour une dame qui avait oublié une petite éponge dans le vagin. Lorsque ce praticien la vit, cette malade offrait déjà les signes incontestables de la fièvre typhoïde: prostration marquée, fétidité des excrétions, etc.; à la nature et à l’abondance de l'écoulement vulvaire, il soupçonna, et finit par découvrir la cause de la maladie. Il fit aussitôt l’extraction de ce qui restait de l’éponge qu’il amena par dé. bris, prescrivit des injections chlorurées fréquentes et traita la maladie comme s’il avait eu à combattre une affection typhoïde. Les symptômes s’amendèrent dès que la cause fut connue et éloignée, mais la malade ne se rétablit que lentement. Enfin si nous ne craignions pas de trop nous étendre sur ce sujet , nous pourrions encore ajouter aux faits nombreux que

Inous avons déjà cités, une ‘foule d’autres observations, qui tendraient toutes à signaler les accidents qui peuvent survenir à la suite de l’application des pessaires.

Puisque l’emploi de ces instruments est loin d’être toujours inoffensif, on ne doit avoir recours à leur application que dans les cas d’absolue nécessité ; ils peuvent même être remplacés dans beaucoup de cas soit par des sachets astringents, comme le conseil le le professeur Osiander , soit par des éponges fines, qu’on aurait soin d oter pendant la nuit, et de laver chaque

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fois qu’on voudrait les replacer. Nous avons fait confectionner des espèces de poches en caoutchouc pur insufflées d’air, qui, quoique ayant beaucoup de souplesse et de légèreté, contiennent assez bien les parties sans les irriter. D’ailleurs comme ces poches ont la forme d’un membre viril (1), et qu’on peut les faire varier de diamètre et de longueur, elles s’adaptent parfaitement au vagin, ou elles sont maintenues avec un bandage en T ou des serviettes arrangées comme le font les femmes pendant leurs règles. Ces sortes de pessaires priapif ormes , étant faciles à ôter et à replacer, ne devront être employés que pendant le jour lorsque la femme sera levée ; mais pour éviter que la matrice ne se déplace, même pendant quelques instants, il faudra que la malade les réintroduise toujours dans la cavité vaginale avant de descendre de son lit. Si les autres pessaires avaient pu être employés de cette manière, on aurait souvent obtenu après quelques mois la cure radicale de la plupart des prolapsus , au premier ou au second degré.

L'irritation et les accidents inflammatoires déterminés par l’application des pessaires, devront être

(1) Les anciens médecins grecs, employaient des pessaires, qui, comme ceux que nous proposons, avaient la forme et la longueur du pe'nis de l’homme ; c’est pour cette raison qu il les appelaient 7rptaTrtcj>ccoTà, priapiscota , priap formes.

INCONVÉNIENTS DES PESSAIRES.

combattus, par le repos, la diète, les bains , les lavements , les injections émollientes et opiacées , et toujours par la suspension momentanée de l’emploi de ces instruments sustentateurs.

Les femmes habituées à l’usage des pessaires ne doivent jamais perdre de vue que leur présence dans le vagin exige de grands soins de propreté et qu’elles doivent fréquemment faire usage des bains et avoir recours deux fois par jour à des injections d’eau froide ou encore mieux avec un mélange d’eau et de vin. Il faut également qu’elles se rappellent que ces instruments devront être retirés le plus souvent possible, au moins tous les quinze jours , et renouvellés aussitôt qu’ils commenceront à s’altérer ou se déformer.

Nous terminerons ce que nous avions à dire sur ce sujet, en ajoutant que dans un grand nombre de cas on pourrait obvier aux déplacements utérins et vaginaux, surtout s’ils étaient récents, et maintenir en place ces organes , en pratiquant des injections astringentes, et des fomentations faites avec des substances dont le tanin formerait la base , et que l’on rendrait encore plus actives par une addition de sulfate d’alumine, de zinc ou de fer. On pourrait également employer avec avantage des petits tampons de linges ou des éponges fines imbibées des mêmes substances et introduits dans le vagin deux

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ou trois fois par jour en les laissant en place une demi heure chaque fois.

COMPLICATIONS QUI CONTRE -INDIQUENT L’EMPLOI DES PESSAIRES ET INDICATIONS A REMPLÎR DANS QUELQUES CAS PARTICULIERS.

Nous avons dit plus haut que certaines complications doivent faire rejeter l’emploi des pessaires et que la vaginite et la métrite chroniques exigeaient avant l’application de ces instruments un traitement antiphlogistique. Cependant , fes excoriations et les ulcérations superficielles du vagin , sont des complications qui ne contre-indiquent pas toujours l’emploi de ces instruments, comme le pensaient Ruisck et Boyer j car la réduction suffit souvent pour dissiper l’inflammation vaginale qui est déterminée par le prolapsus utérin. Les cancers , siégeant sur le col ou sur le corps d’une matrice procidente contre-indiquent au contraire l’emploi des pessaires, soit parce qu’ils augmenteraient l’irritation et les douleurs, soit aussi parce qu’en faisant la réduction, on se priverait des facilités et des garanties de succès qui résultent de différentes opérations, entr’autres la cautérisation, la résection du col, et même l’ablation complète de l’organe cancéreux.

Si les ulcérations cancéreuses peu étendues, siégeant sur le col, ne contre indiquent pas la réduction,

INDICATIONS PARTICULIÈRES. 25g

on devra pour tenir le viscère réduit, n’avoir recours qu’à une éponge fine, renouvellée souvent.

Lorsqu’il existe en même temps un polype et un prolapsus utérin , on doit extirper ce dernier avant de tenter la réduction qui alors est presque toujours très facile. De même lorsque la présence d’un calcul dans la vessie vient compliquer une chute complète de la matrice , il faut , selon le conseil de Ruyscfi et M. Dugès , enlever d’abord le calcul par une incision directe. Enfin quand le prolapsus a lieu dans les premiers mois de la gestation, on doit opérer la réduction et maintenir la matrice réduite au moyen d’un pessaire ou au moins engager les femmes à rester au lit pendant les premiers mois de la grossesse. Les moyens sustentateurs et le repos sont ordinairement inutiles après le quatrième mois, parce qu'alors l’utérus procident au deuxième degré a acquis un volume assez considérable pour se maintenir au-dessus du détroit supérieur.

Si la précipitation a eu lieu et a subsisté pendant tout le temps de la gestation , il faudra aider la nature pour la terminaison de l’accouchement et suivre l’exemple de Mciuriceciu , de Portai, de Ducreux et de Wagner , qui après avoir dilaté peu à peu les bords amincis de l’orifice utérin, ont porté la main dans la cavité de l’organe gestateur, pour en extraire le fœtus et le placenta, et ont opéré la réduction de la matrice contractée sur son centre et revenue sur

aGo LÉSIONS DE SITUATION.

elle-même. Lorsque les lèvres du museau de tanche seront le siège d une induration s’opposant à la dilatation du col , on agrandira l’orifice par deux ou trois incisions pratiquées avec un bistouri boutonné; les cas de prolapsus compliqués de grossesse et d induration du col utérin , sont extrêmement rares ; car ils n’ont été observés jusqu’à présent que par Marigues de Versailles, Choppart et notre habile accoucheur M. Capuron.

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