‹ Traite complet des maladies des femmes (volume 2)Chapitre 97 sur 102 · CHUTE DE LA MEMBRANE INTERNE DU VAGIN · texte numérisé non relu

CHUTE DE LA MEMBRANE INTERNE DU VAGIN

chute est complète et surtout quand toute la circonférence du vagin forme la tumeur. Cependant cet heureux résultat a été obtenu accidentellement à la suite d’une inflammation produite par la présence d’un pessaire dans le vagin. Morand en a rapporté un exemple dans les mémoires de Y Académie de chirurgie et S c hacher (de pr olap su vag. uter .) , fait mention d’une femme qui, pour remédier aux inconvénients d’une inversion du vagin , introduisit dans cette cavité un petit pot de porcelaine qui y resta un an et ne put en être sorti qu’avec beaucoup de peine et par morceaux , tellement était vive l’inflammation qui survint. Cette circonstance que l’on croyait d’abord devoir être préjudiciable à la malade, fut cause de la parfaite guérison qui se fit très peu attendre.

Le traitement d’un prolapsus simple et incomplet consiste dans l’emploi des antiphlogistiques appliqués surtout localement , jusqu’à ce que les symp» tomes inflammatoires soient dissipés. Si l’inflammation avait une cause spéciale, et dépendait d’une disposition générale de la constitution , on aurait recours à un traitement approprié ; et c’est même le seul cas où les remèdes internes sont utiles. Soit qu’on ait commencé par la réduction de la membrane déplacée, soit qu’on ait préféré attendre, ce qui est plus rationnel , que la pblogose looale et le gonflement fussent dissipés, on devra seulement à cette époque avoir recours aux lotions et aux injections

388 LESIONS DE SITUATION.

toniques et astringentes; la décoction préparée d’après la formule suivante, remplit parfaitement l’indication : Pr. quinquina jaune en poudre et écorce de chêne concassée, de chaque 3 gros; faites bouillir dans une demi bouteille de vin rouge; ajoutez, sulfate d’alumine 2 gros, et fdtrez. On devra d’abord faire usage de cette décoction en la coupant avec moitié d’eau, puis un tiers, un quart, enfin on l’emploiera sans y ajouter aucune quantité de ce liquide. On pourra, pour augmenter encore l’eflîcacité de ces moyens, avoir aussi recours aux éxutoires, et surtout à l’application de petits cautères ou de quelques moxas sur le sacrum, comme le pratique M. le baron Larrey. A moins que le relâchement ne soit extrême, lorsque le traitement est bien dirigé , il est rare qu’on soit obligé de recourir à l’emploi des pessaires pour soutenir la membrane relâchée.

Pour remédier à la chute complète de toute la circonférence du vagin , on devra réduire la tumeur le plus tôt possible, en ayant toutefois la précaution de différer toute tentative de réduction , jusqu’à ce qu’on ait combattu par des moyens appropriés , l’inflammation et le gonflement qui pourraient exister. On préviendra ensuite un relâchement ultérieur , et on s’opposera au renouvellement du déplacement, non seulement par l’emploi des lotions astringentes et toniques que nous avons indiquées pour les chutes partielles et incomplètes du vagin, mais encore par

CHUTE DE LA. MEMBRANE INTERNE DU. VAGIN. 38g

l’introduction dans ce canal , d’éponges imbibées des mêmes liquides, et de petits sachets remplis des subtances qui ont servi à préparer les lotions. On pourra également recourir à l'usage d’un pessaire adapté à la forme de la cavité vaginale, et laissé en place jusqu’à ce qu’il se soit déterminé un peu d'inflammation qui, ainsi que dans l’exemple que nous avons rapporté d’après Schacher (loc. cit.), peut suffire pour obtenir une guérison radicale. Si la membrane déplacée élaitle siège d’eschares gangréneuses étendues, les scarifications recommandées par Heistei\\) ne pourraient qu’être avantageuses. Dans ce cas et dans tous les autres, il sera bon de tonifier toute la constitution par l’usage interne des eaux ferrugineuses acidulés froides, telles que celles de Passy,de Spa, de Forges etc.

Lorsque la maladie est ancienne, la tumeur devient souvent irréductible ou du moins offre beaucoup de difficulté pour opérer sa réduction, parce qu’alors la membrane procidente se tuméfie et devient le siège de duretés, d’excoriations et même d’ulcérations. Dans ces cas malheureux, on doit tâcher de diminuer, autant que possible, les douleurs et les incommodités qui sont les conséquences de cette affection, en conseillant à la malade de soutenir les parties déplacées, avec une compresse enduite de cérat opiacé

(1) Institut, chirurg. de vnlvæ procidentia. t. II. cap.CLYIII. page 1032.

et maintenue au moyen d’un suspensoire et d’un bandage en T. Le célèbre accoucheur Levret (1) et M. Hoin (2) d’Orléans , rapportent qu’au moyen du repos et de décubitus dorsal, on parvint à réduire tellement une chute du vagin qui faisait une saillie de sept pouces, qu’au bout d’un mois il fut possible de faire rentrer le reste de la tumeur. Richter (3), conseille de réduire le prolapsus vaginal, qui offre des difficultés en employantla méthode suivie par quelques auteurs pour opérer la réduction des hernies épiploïques volumineuses. Cette méthode consiste à faire coucher la malade sur le dos, les fesses un peu élevées, et à maintenir une douce pression sur la tumeur , en même temps qu’on prescrit une diète prolongée et qu’on administre des purgatifs mercuriels.

Au lieu de se borner à réduire la membrane procidente et à la maintenir réduite au moyen d’un pessaire , M. Dieffenbach a pensé qu’on pourrait appliquer dans ce cas la méthode adoptée depuis long-temps par Dupuylren , pour remédier à la chute du rectum.

Cet habile chirurgien de Berlin, après avoir opéré la réduction de la tumeur , excise au moyen de pinces et de bons ciseaux, tous les plis relâchés de la face interne des grandes lèvres. Cette opération , qui est toujours facile , doit être faite de manière que les plis enlevés

(1) Mémoires de l’acad. de chirurgie, tom. II.

(2) Essai sur les hernies rares et peu connues.

(5) Biblioth. and anfangsg derwundarzn. b. VII. cap. IV.

CHUTE DE LA MEMBRANE INTERNE DU VAGIN 3f) I forment autant de rayons convergeants au centre du vagin , de telle sorte que leur extrémité supérieure doit pénétrer d’environ un pouce dans ce canal. Le traitement se borne à déterger chaque jour les petites plaies, ou bien si l’on désire les faire suppurer, à introduire une forte mèche , dont la base disposée en rayon , fournirait un petit faisceau à chacune des incisions. Le but de cette opération est de rétrécir considérablement l’entrée du vagin qui acquiert ainsi le degré de résistance qui lui manque. Pour obtenir le même résultat, MM. Marshall et Heming ont employé avec succès un procédé qui consiste à exciser un large lambeau elliptique de la membrane muqueuse et à réunir immédiatement la plaie par la suture. Ce moyen difficile et douloureux à apppliquer, nous semble moins convenable que celui mis en usage par M. Dieffenbach.

Si la malade voulait absolument être débarrassée de sa dégoûtante infirmité , si cependant la réduction ne pouvait être opérée à cause de la transformation et de la dégénérescence que la tumeur aurait subies, il ne resterait à opposer au mal que la résection de la portion excédente de la membrane, qui, au rapport de Stalpart Van der TViel (1), de J. A. Meckrcn (2) et d’autres auteurs, a été pratiquée avec succès dans des cas semblables. Si Ton se

( 1 ) Observationes rariores medic. t. II.

(2 ) Observationes chirurg. observ. 45.

3c)3 LÉSIONS DF. SITUATION.

décidait à ce moyen extrême, comme l’a faitM. /?<rard jeune ( 1 ) , il faudrait, avant de tenter l’opération, non-seulement s’assurer de la disposition de la vessie et du rectum , mais encore tâcher d’acquérir la certitude que le vagin seul est tombé et que l’utérus n’est pas compris dans la masse; enfin on devrait suivre le conseil du professeur Boyer , c'est-à-dire, ne pas se décider légèrement à recourir à cette dernière ressource , qui est loin d'être sans danger.

Nous ne terminerons pas ce chapitre sans ajouter qu’il faut prendre garde de confondre la chute de la membrane interne du vagin , avec l’invagination de ce canal dont nous allons exposer les caractères différentiels dans le chapitre suivant.

Page 1