‹ Traite complet des maladies des femmes (volume 3)Chapitre 11 sur 86 · DE L’HYSTÊRIE ET D ES AUTRES AFFECTIONS SPAS- MODIQUES CHEZ LA FEMME · texte numérisé non relu

DE L’HYSTÊRIE ET D ES AUTRES AFFECTIONS SPAS- MODIQUES CHEZ LA FEMME

Depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, la plupart des médecins qui ont écrit sur la maladie désignée le plus ordinairement sous le nom & hystérie (1 ), se sont égarés dans de vains raisonnements, dans des explications spécieuses et des théories plus ou moins hasardées sur la nature, le siège et les causes de cette affection. Sans vouloir rappeler ici tout ce qui a été dit à cet égard , nous allons rapporter en quelques mots les diverses opinions qui ont été émises par les auteurs. Nous devons cependant prévenir nos lecteurs que , pour éviter les longueurs et les répétitions , et surtout pour procéder d’une manière plus méthodique , nous avons pensé qu’au lieu de suivre l’ordre chronologique , il valait mieux procéder par analogie , c’est-à-dire en groupant ensemble les

(1) Cette'affection a été désignée sous diverses dénoininations5 enlr’ autres : u<mpix.Cjv, hystericd , hystericie, spasme hystérique ; Suffocation de matrice, vapeurs hystériques , maux de nerfs, attaques de nerfs, métronervic , mal delà mère, hyste'ricisme , enccphalie spasmodique, etc., etc.

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opinions qui ont plus ou moins de ressemblance et de rapports entr’elles.

Les principales opinions des auteurs sur le siège de l’hystérie, peuvent se réduire à quatre : 1° les uns ont placé le siège du mal dans la matrice , soit qu’il fût l’effet des voyages ou des altérations de cet organe, comme le pensaient Hippocrate , Platon, Arétée , Cœlius-A urelianus , Soranus , Primerose , Haller , Duret; soit que l’affection dépendit delà rétention ou de F altération du sperme ou du sang retenu dans le viscère d’où s’exhalaient des vapeurs malignes dans tout le corps, comme le pensaient Galien , Ahrum , Fernel , Pitcarn , Charleton , Zacutus-Luzilanus , Forcstus , Guillaume de Baillou, Thomas Bumet, Mer cal us, Sennert, JS. Chesneau , Laz. Rivière ; soit enfin que la maladie fût le résultat d’une modification du système nerveux de l’utérus, réagissant sympathiquement sur le système nerveux en général, ainsi que l’ont avancé A étais , As truc, Cullen, Pinel, Lieutaud , Figarous, Remîmes, Louyer- P illerrnay , Rapou, Dugès , Foville , Dubois d’Amiens, et la plupart des auteurs modernes Pujol de Castres et M. Lisfranc , qui se rattachent à cette opinion, admettent néanmoins l inflammation chronique de l’utérus ou des ovaires (1 ) , comme pou-

(1) V ésale (de hmn. Corp. fabr. lib. V, cap. 15) , dit avoir trouvé les ovaires de femmes hystériques plus gros qu’une

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vant être souvent l’origine primitive de l’hystérie.

2° D’autres auteurs ont placé cette affection dans le système nerveux en général ; les uns n’ont vu dans la maladie qu’une irritation ou des mouvements irréguliers des nerfs ; les autres ont pensé que le mal devait être attribué à une altération du fluide nerveux, ou à une viciation quelconque des esprits animaux. On doit rapporter à ces diverses opinions celles de Dumoulin , de Loob , de Boerhaave , d' Alberty , de N eu ter , de G or ter , Junker , Paulin , Pomme, Lory , Tissot , Ridley , F. Hoffmann, Blachmor , Pressavin, TVliylt, F iridet , Sauvage , P erry, Linnée , Gardien , etc. On peut également rattacher à l’opinion de ces auteurs, l’atonie des esprits ( à™Ei'a spirituum animalium ) de Sydenham, la lésion quelconque du système ganglionnaire de Bichat, et l’af-

balle à jouer, et remplis d’une liqueur jaune. Riolan (Ànthropol. lib II p. 55), assure avoir vu un ovaire plus gros qu’un poing, sur une femme affectée d e la m ême maladie . D icmerbrock. (Ànat. lib. de ventre inferiore , cap. 24), rapporte e'galement qu’il a rencontré autour de la matrice d'une personne ayant succombe à un accès hystérique, une tumeur remplie d’un liquide jaune ; enfin, J. N. Binninger (Observ. et curât. Med. Ant. II, obs. 90), dit aussi qu’il a vu les ovaires et les trompes cl’une femme morte de la même maladie, être très-renforcés et farcis d’une humeur blanche et épaisse. Rivière, (loc. cit. cent. r. obs. 6o) a trouvé un ovaire de couleur noire et de la grosseur d’un petit œuf; enfin, Morgagni ( epist. 65, n° 21 ) a rencontré Jes deux ovaires à l’état squirrheux , et M. Rallier , (dissert, inaug. ) a constate qu’ils étaient tuméfiés chez une fille qui avait succombé à une attaque d’hystérie.

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faiblissement du système entier des forces du principe vital , auquel Barthez fait jouer un si grand rôle.

3° Parmi lesmédecins qui ont placé le pointde départ de l'hystérie dans le cerveau, on compte : Ch. Lepois , fV illis et Georget. Barbeyrac pensait que cette affection était l’effet d’un principe âcre et bilieux répandu dans le cerveau ; Schacht supposait qu’elle dépendait du cours déréglé des esprits dont la source est dans le sensorium commune et dans les nerfs ; enfin , M. Amard a placé l’origine de l’hystérie dans lapartie inférieure de la moelle vertébrale. M. B racket de Lyon (, Recherches sur l'hystérie, etc. p. 143, 1832), pense que cette maladie a son siège dans le système nerveux cérébral , et qu’elle consiste dans un mode particulier d’excitation et de perversion de ce système ; Gardien a supposé que le point de départ du mal pouvait bien être dans les plexus pulmonaires et cardiaques.

4° Quelques auteurs ont fixé l’origine primitive de l'affection qui nous occupe dans l’estomac et dans son voisinage ( Purcel , Hunault , Pilcarn, J^ogel); dans les intestins et l’estomac (Jean- Maria , Hamilton); dans les poumons et le cœur ( Hyghmor ) ; dans le système veineux, abdominal, et surtout dans le système de la veine-porte ( Stahl ).

Comme parmi ces opinions, la plupart ne reposent que sur des hypothèses , des erreurs et des faits isolés ou observés dans le sens d’une idée arrêtée

d avance , comme d ailleurs , les inductions physiologiques qui les ont fait naître, n’ont pu être éclairées par le flambeau de l’anatomie pathologique, nous croyons devoir nous abstenir d’en discuter la valeur, et nous borner à dire que si jamais on parvient à avoir une connaissance plus précise du siège du mal , on ne pourra y parvenir qu’en analysant mieux les symptômes , et en cherchant à découvrir quels sont les organes qui reçoivent plus particulièrement l’influence de toutes les causes pathogéniques. Néanmoins , nous devons ajouter que la grande majorité des médecins de notre époque, regardent la matrice comme étant le point de départ des divers phénomènes dont l’ensemble constitue l’hystérie. Quelques praticiens , entr’autres M. Boisseau , pensent que cette affection est le résultat d'’une irritation simultanée de l’utérus et de l’encéphale. Si nous devions émettre une opinion sur les sources probables du mal , en nous fondant sur les faits qui se sont présentés à notre observation, et que nous avons comparés entr’eux et avec un grand nombre d’autres rapportés parles auteurs, nous dirions que l’hystérie proprement dite a son siège principal dans le système nerveux de l’appareil utérin , et quelle consiste dans un mode spécial et sui generis d’excitation et de perversion de ce système réagissant sympathiquement sur le système nerveux en général; nous ajouterions aussi que cette excitation particulière,

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que cette modification morbide de l’innervation utérine, peut elle-même avoir pour origine, soit une irritation locale, souvent inappréciable , soit une irriiation sympathique, résultant d’une cause morale ou de l’état pathologique d’un organe ou de divers appareils avec lesquels la matrice a des rapports d’action plus ou moins directs.

Comme les caractères de l'hystérie sont trop nombreux et trop variés pour que nous puissions en donner une définition courte et précise, nous nous bornerons à dire qu elle consiste dans une lésion nerveuse de l’appareil utérin , revenant par accès apyrétiques qui se manifestent moins par des symptômes locaux que par un sentiment de suffocation et de strangulation, suivie d’une perte plus ou moins complète de connaissance, et accompagnée de phénomènes convulsifs et spasmodiques des organes de la vie organique et de la vie de relation.

Les causes de l’hystérie peuvent être divisées en prédisposantes et en déterminantes. Quoique les premières soient sujettes à beaucoup d’objections, on admet généralement que l’hérédité signalée par TVillis et Pomme , une constitution faible , le séjour des grandes villes , l’oisiveté , une éducation physique et morale molle, une sensibilité nerveuse exquise, un tempérament ardent, 1 idiosyncrasie érotique, sont autant de circonstances qui favorisent le développement de la maladie. Il est bon de dire aussi que

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cette affection est plus commune depuis l’époque de la puberté jusqu’à la cessation des règles ; cependant on l’a observée quelquefois chez des jeunes filles qui n’étaient pas encore menstruées et chez des ferrâmes qui avaient passé le temps critique. Chambon rapporte da ns son Traité des maladies des femmes, qu’une de ses parentes était devenue hystérique à 85 ans. Nous ajouterons aussi que cette affection afflige plus particulièrement les filles qui sont sur le point d’avoir leurs règles , les jeunes veuves , les femmes qui n’ont point eu d’enfants , celles qui approchent le temps critique, enfin celles qui sont grasses, pléthoriques , sanguines , chez qui la menstruation est ordinairement pénible et irrégulière.

Les causes déterminantes de l’hystériesont : l’effort menstruel à l’époque de la puberté, la suppression des règles (1 ), ou leur écoulement difficile, la pléthore utérine, la continence forcée, l’abus du coït, la masturbation et toutes les circonstances capables de produire, d’entretenir ou d’augmenter l’irritation de la matrice

et surtout des ovaires. Cette maladie peut aussi avoir

(1) La suppression des règles est souvent un phénomène prdcurseur ou coincidant , et non la cause de l'hystérie ; ce qui le prouve , c’est que l’on a vu dans un grand nombre de cas, la maladie persister sans le plus léger amendement, lors même qu’on était parvenu à rétablir l'écoulement périodique. Nous dirons aussi que la suppression des locliies, qu’on a regardée comme pouvant être une cause de l’hystérie, n’est ellemême qu’un symptôme d’une affection puerpérale compliquée d’accidents nerveux.

pour cause déterminante l’imitation ( 1 ), les affections morales vives, telles qu’un accès de colère, une frayeur, un chagrin violent et subit, les peines de l’âme relatives à l’amour, une lecture passionnée, une conversation érotique, la vue d’un spectacle lugubre et sanglant, d’une scène licencieuse ; l’impression d’une représentation tragique , d’une musique sombre , mYStérieuse, pathétique ou trop animée ; enfin toutes les circonstances qui impriment de grands mouvements à l’économie, ou qui rappellent brusquement des impressions pénibles et fortement senties.

Quelles que soient les causes de l’hystérie, les femmes qui en sont affectées ou qui sont prédisposées à celte maladie, présentent en général tous les traits d’une constitution très impressionable; leur caractère est empreint d’une teinte de légèreté, de frivolité ou d’opiniâtreté remarquable; le plus souvent elles sont capricieuses et irascibles ; leur humeur est incon-

(1) M. Amiral rapporte dans son cours, l’observation d’une jeune fille qui, dans un pensionnat , tomba frappée d’un accès d’hystérie en présence de ses compagnes; bientôt il y en eut un si grand nombre qui furent atteintes de la même maladie, qu’on fut obligé de fermer le pensionnat pendant quelque temps. Thouret et Bailly citent un fait tout à fait analogue, qui eut lieu le jour d’une première communion à Sl-Roch. Une jeune fille fut atteinte d’une attaque hystérique, et bientôt le même accident se manifesta chez plusieurs jeunes personnes qui en furent témoins. Il est probable que ces accès étaient le résultat d’un spasme cérébral dont nous parlerons bientôt , et non d’une véritable hystérie, qui ne se manifeste presque jamais avant l’âge de la puberté.

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stante et mobile , et un rien les fait passer de la joie la plus vive , des éclats de rire les plus bruyants , des caresses les plus affectueuses, à une tristesse mêlée de soupirs, à des larmes, à des sanglots, et aux reproches les plus amers; enfin, elles éprouvent au dernier point l’état d’anxiété , de mélancolie et de souffrance indéfinissable, dont se plaignent les personnes éminemment nerveuses.

Les symptômes de l’hystérie sont aussi variés que les causes qui les produisent.1 Si nous devions les décrire et les retracer avec toutes les variétés indiquées dans les auteurs , un volume entier ne suffirait pas , car nous serions en quelque sorte obligé de faire l’histoire de presque toutes les maladies , ce qui justifierait ce qu’a dit F. Hoffmann en parlant ' de l’hystérie : non est morbus unus , sed potius morhorurn cohors. D’ailleurs, ne sait-on pas que la multitude et la variété des symptômes et des diverses formes de cette affection les ont fait comparer par Sydenham aux métamorphoses de Protée et aux couleurs variées du caméléon. Nous allons donc nous borner à décrire les phénomènes les plus constants que présente la maladie dans son invasion et dans sa marche.

Quoique les accès hystériques se déclarent quelquefois subitement, sans signes précurseurs, le plus souvent, pendant quelques minutes, une ou plusieurs heures et même un ou deux jours d’avance, ils

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sont annoncés par un trouble de l’économie, un sentiment de malaise, d’accablement et d’agitation; à ces phénomènes avant-coureurs, viennent encore se joindre des bâillements fréquents, despendiculations, des bouffées de chaleur, la rougeur de la face, la pâleur et le froid des extrémités , des palpitations, de l’engourdissement, des tiraillements dans les membres, une céphalalgie intense, un état de morosité et de tristesse accompagnée de pleurs , de soupirs qui alternent dans certains cas avec des rires immodérés et sans aucun motif.

Lorsque le paroxisme commence , les malades ressentent une sorte de tension sourde et de consti iction spasmodique faisant éprouver une sensation analogue à celle que produit le mouvement d’un corps globuleux, qui, après avoir parcouru diverses circonvolutions dans la cavité abdominale, remonte en se dirigeant principalement du coté gauche , vers l’estomac, la poitrine, et en suivant le trajet de l’œsophage, va produire une espèce de constriction à la gorge, qui, dans les cas très-violents, fait craindre la suffocation. Cetye sorte de boule mystérieuse qui, par un mouvement oscillatoire , se porte de l’hypogastre au cou , détermine le sentiment d’un poids en passant dans la région épigastrique, et un resserrement douloureux et des palpitations fatigantes à la région précordiale. Lorsque l’accès est peu intense , on observe des convulsions légères, et assez souvent

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une paresse de l’ouïe et un affaiblissement momentané des facultés intellectuelles. Quand l’attaque est plus violente, il survient des défaillances et même des syncopes qui ne durent que quelques instans, après lesquelles l’accès cesse quelquefois. Dans certains cas il se manifeste dans les muscles des membres et du tronc des mouvements convulsifs ordinairement si violents , que plusieurs personnes ont peine à contenir lés femmes les plus faibles, qui , malgré les efforts des assistants, sautent, s’agitent se débattent sur leur lit; lorsqu’elles n’en sont pas empêchées, elles font des chutes épouvantables, se frappent la poitrine , s’arrachent les cheveux et repoussent avec force tous les objets qu’elles rencontrent. Le corps , qui se raidit , se porte en avant , en arrière , à droite et à gauche , de meme que dans l’épilepsie. Les mâchoires sont resserrées , et les paupières qui , pendant l’accès, recouvrent presque constamment tout le globe oculaire , se contractent et s’agitent d’un frémissement continuel et précipité. Les narines sont largement ouvertes , mais les joues et les autres parties de la face n’éprouvent que les mouvements de coordination avec les cris et la respiration forcée des malades.

Pendant la durée de l’accès la tête est presque toujur s portée en arrière; la région antérieure du cou est le siège d’une tension, qui fait que les femmes portent souvent la main sur la région laryngienne quelles

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pressent et égratignent comme si elles voulaient en écarter un obstacle. Lorsque la malade est maigre et d’une faible constitution , les joues , les lèvres et les ailes du nez sont pâles et froides; dans quelques cas, surtout quand la femme est grasse et pléthorique, la face est vultueuse, chaude et rouge, principalement sur les pommettes. Le ventre et la poitrine sont distendus ou contractés d’une manière permanente ou alternative, et le plus souvent le bord des fausses côtes est le siège d’une compression douloureuse qui tient à la contraction du diaphragme. Quelques malades conservent leur connaissance et leurs facultés intellectuelles pendant toute la durée de l’accès ; d’autres, au contraire, ne les perdent que pendant quelques instants, tandis qu’il en est chez lesquelles ces fonctions sont suspendues jusqu'à ce que l’accès soit complètement terminé. Souvent diverses parties du corps sont le siège de douleurs très- vives ; quelques femmes disent qu’il leur semble que leur tète est comprimée dans un étau ou brisée à coups de marteau; quelques autres se plaignent de tiraillements très-douloureux à l’épigastre et de déchirements et de crampes horribles à la région du cœur.

Si le plus souvent l’action des sens et de l’intelligence est momentanément affaiblie ou même suspendue, il arrive aussi, dans certains cas, que les facultés sensitives sont extrêmement développées; en effet, on a vu des femmes hystériques dont l’odorat , le tou-

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cher , l’audition et la vue sont plus délicats pendant l’accès que dans l’état de santé, et qui entendent tout ce que l’on dit, même à voix basse, et voient tout ce qui se passe autour d’elles. Parmi celles-ci, il en est qui répondent aux questions qu’on leur adresse ; d’autres , au contraire, ne peuvent parler , mais elles indiquent avec la main où elles souffrent, et rendent compte après l'accès de tout ce qu’elles ont entendu, vu et éprouvé sans omettre la plus petite circonstance. Souvent, après tous ces symptômes, il survient un instant de calme qui peut faire croire que l’accès est arrivé à son terme ; si l’on interroge la malade à cet. égard, elle répond, sans presque jamais se tromper, que l’attaque est ou n’est pas terminée. En effet, tant que les hystériques n’ont pas affirmé que l’accès est fini , le plus souvent les symptômes se manifestent de nouveau; il est rare que les femmes se trompent, lors même que c’est leur premier accès; à plus forte raison quand elles en ont déjà éprouvé plusieurs. Nous ajouterons que dans les cas les plus tranchés , les malades, dès le début des accès, poussent des cris aigus, précipités et qui ont quelque chose de particulier, qui fait de suite reconnaître la maladie , lorsqu’on a déjà eu occasion de l’observer.

Après chaque secousse violente, il y a ordinairement émission de gaz inodores par la bouche, précédée de borborygmes bruyants et accompagnée de vomissements. La respiration est haute, fréquente,

laborieuse et entrecoupée, et paraît même quelquefois comme anéantie. Les pulsations du cœur sont le plus souvent tumultueuses, précipitées, et douloureuses. L’état du pouls est très variable ; il est petit , serré, fréquent, irrégulier, et se trouve effacé dans certains cas par les mouvements convulsifs des muscles et les soubresauts des tendons ; nous devons dire cependant que les pulsations artérielles diffèrent suivant les régions du corps; car lors même que le pouls présente les diverses modifications que nous venons d’indiquer , les carotides battent avec véhémence, et l’on sent que les veines jugulaires sont très tuméfiées. Les malades éprouvent souvent une douleur vive et poignante sur un point fixe et très circonscrit de la tête, que les auteurs ont désignée sous le nom de clou hystérique. Chez quelques-unes, l’expuition est fréquente, et quelquefois même la salive est un peu mousseuse mais sans écume à la bouche : ces divers phénomènes sont accompagnés de bourdonnements dans les oreilles , de vertiges , d’étourdissements, d’éblouissements et d’une sensation de bluettes qui voltigent devant les yeux ou d’une sorte de brouillard épais qui diminue et quelquefois obscurcit tout-à-fait la vision. La plupart des malades poussent des cris et des hurlements affreux qu’on a comparés à ceux du loup ; elles se livrent aussi à des éclats de rire immodérés qui alternent avec des sanglots et des pleurs. Ces derniers

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symptômes, qui souvent sont des signesprécurseurs de l’attaque, annoncent également que l’accès touche à sa fin. Nous devons ajouter que si, dans le plus grand nombre des cas, pendant la rémission des symptômes , les malades sont encore haletantes et agitées au moindre bruit et au moindre choc, il arrive quelquefois qu’elles restent immobiles comme si elles se trouvaient dans une sorte d’extase ou dans un état de somnambulisme.

Lorsque l’accès hystérique a parcouru toutes ses périodes, les malades recouvrent l’usage de leurs facultés intellectuelles et sensitives; elles ouvrent les yeux, poussent de profonds soupirs et des gémissements plaintifs ; l’exercice des fonctions se rétablit peu à peu; le pouls redevient souple, ondoyant, régulier; la respiration reprend son rythme normal ; une douce chaleur et une légère moiteur se manifestent sur toute la périphérie du corps ; le col de la matrice, le vagin et la vulve qui pendant l’accès étaient secs et spasmodiquement contractés, deviennent alors plus dilatables et sont lubréfiés par une sécrétion abondante : enfin , après le paroxisme qui le plus souvent se termine par des larmes involontaires, un rire sardonique, des éructations et quelquefois par un besoin pressant d’expulser les urines qui sont alors abondantes et limpides, il ne reste qu'un brisement

des membres, une sorte d'affaissement et un abattement général.

Comme il n’est aucun des phénomènes morbides dont nous venons de parler qui ne puisse à db verses époques être très léger ou très violent , soit chez la même malade, soit chez des personnes différentes , nous avons cru qu’il était inutile, comme on l’a presque toujours fait jusqu’à présent, de diviser p^r périodes la marche des symptômes qui, n ’offrantrien de précis , rendraient arbitraires et inexactes les délimitations que nous assignerions à chaque degré des accès hystériques. Nous devons également prévenir nos lecteurs que nous avons cru devoir nous dispenser de décrire ici deux autres formes d’affections spasmodiques dont nous parlerons plus tard, parce que nous avons voulu les séparer tout-à-fait de l’hystérie, avec laquelle elles se compliquent souvent, mais dont elles diffèrent par quelques caractères essentiels. D’après l’étude et l’analyse des symptômes, que nous avons faites au lit des malades, les affections spasmodiques dont il est question, qui comme l’hystérie, ne sont pas exclusives à la femme quoique infiniment plus fréquentes chez elles, nous semblent émaner de deux sources primitives, qui sont l’encéphale , l’estomac et la partie supérieure des intestins. Afin d’établir une méthode de traitement plus rationnelle pour le lieu de l’application des agents thérapeutiques, et surtout pour mettre plus d’exactitude dans le langage et éviter la confusion des idées, nous avons désigné ces lésions dont, selon nous, on a

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fait mal à propos des variétés de l’hystérie , par des mots qui feront connaître leur nature, et les viscères , que nous supposons être primitivement affectés : telles sont les expressions de cérébrospasmie et de gastrospasmie dont il sera question après avoir terminé ce que nous avions à dire sur l’hystérie proprement dite ou métrospasmie.

Les symptômes de l’hystérie , ainsi que nous venons de le dire, sont loin de présenter toujours le même degré d’intensité. Quelquefois les attaques sont très légères et se bornent à un resserrement de la gorge et quelques mouvements spasmodiques viscéraux, sans convulsions et sans les autres symptômes secondaires qui effrayent les assistants. Il arrive même, dans certains cas, que quelques signes caractéristiques ne se manifestent pas , et que dans d’autres on observe des phénomènes tout-à-fait insolites, tels que l’envie de mordre, l’hydrophobie, deshoquets fréquents, etc. La durée des accès ne présente également rien de régulier; elle peut varier depuis quelques minutes, jusqu’à une ou plusieurs heures , un ou plusieurs jours. L’époque des attaques est aussi presque toujours indéterminée, néanmoins on les a vu revenir dans certains cas d’une manière périodique et intermittente. Le nombre des accès est également très variable; s’il est des personnes qui n’y sont sujettes que toutes les semaines , ou après l’espace de un ou plusieurs mois, il en est d’autres qui en sont

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atteintes une ou plusieurs fois par jour ; nous devons dire aussi que les attaques d’hystérie diminuent de violence et de fréquence avec les progrès de l’âge.

Dans l’intervalle des accès la santé semble souvent être parfaite ; quelques malades conservent non seulement leur embonpoint , mais même de\iennent plus grasses et plus fraîches. Cependant , dans le plus grand nombre des cas , les femmes hystériques éprouvent une sorte de tension douloureuse vers la cavité pelvienne, et offrent sur tous leurs traits l’empreinte de l’abattement qui est encore augmenté par une leucorrhée habituelle.

La terminaison de l’hystérie s’annonce par la diminution progressive du nombre et de l’intensité des accès , mais on ne peut compter sur la disparition complète de la maladie , qu’autant qu’il n’y a point eu de récidive pendant plusieurs années. Quand on n’est pas parvenu à détruire les causes prédisposantes et occasionnelles, quand surtout le traitement hygiénique et pharmaceutique est mal dirigé, la maladie continue de faire des progrès, devient rebelle à tous les agents curatifs qu’on lui oppose, et peut se prolonger indéfiniment, si elle ne dégénère pas en diverses lésions qui par leur progrès rapprochent de beaucoup le terme de la vie. Les principales maladies qui peuvent être les suites ou des complications de l’hystérie sont : l hypochondrie , 1 épilepsie , la métrite chronique , l’aménor-

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rhée , la nymphomanie et toutes les lésions organiques de l’utérus et des ovaires. C’est seulement dans des cas de ce genre, que l’affection qui nous occupe fait, succomber les malades (1 ). Nousajouterons que la maladie a quelquefois cessé spontanément après un seul accès et d’autres fois après un grand nombre d’attaques. On l’a vue se terminer par des sueurs, une leucorrhée abondante, la diarrhée, enfin par l’apparition de furoncles et diverses éruptions cutanées. D’après Georget , la cessation des accès a été aussi le résultat d’une frayeur subite.

Lorsque les attaques sont de longue durée et surtout quand les malades restent immobiles , pendant long-temps cet état offre dans certains cas tellement les apparences delà mort, qu’il en est résulté quelquefois les plus fâcheuses méprises (2). Pour éviter

( 1 ) Dans sa thèse inaugurale (Paris 1808) , Rullicr a consigné l’observation intéressante d’une jeune fille qui succomba à une affection hystérique , survenue à la suite d’une vive frayeur pendant l’époque menstruelle. Comme cette malade présentait, avec les symptômes hystériques, divers symptômes que l’on peut rapporter à l’hydrophobie , tels que l’horreur des liquides , l’impossibilité d’avaler les boissons , de violentes douleurs à la gorge, l’envie de mordre, l’intégrité parfaite de l’intelligence, etc, on ne peut pas affirmer si la maladie était réellement due à un spasme utérin.

(2 ) Le Journal des Savants de l’année 1745, rapporte l’observation de Lady Roussel , dont le corps resta huit jours sans donner la plus légère apparence de vie, et le moindre signe d’altération. Cette malade , qui vécut encore long-temps, sc réveilla au son des cloches d’une église voisine, pendant que

une aussi funeste erreur , on devra non seulement suivre le sage conseil de Klein : pro mortuis habites ante diem tertiam terrœ non sunt mandandæ, mais encore ne permettre l’inhumation des femmes hystériques en état de mort apparente , que lorsque un commencement de décomposition aura donné la certitude que tout retour à la vie est impossible.

Le diagnostic de l’hystérie est en général facile, quoique cette affection ait été prise pour l’épilepsie, l’hypocondrie, la syncope, la catalepsie, l’apoplexie. Plusieurs auteurs, entr’ autres, Ch.Lepois, Hygmore , Boerhaave , Sydenham , Syhuus , Kari-Swieten , JVhytt , Lorry, Tissot, Pomme, A Iberti,' on t con fon du

son mari , qui s'était opposé vivement à son inhumation , lui tenait la main qu’il baignait île ses larmes. Joseph RauJin ( Traité des affect, vapor. 1758 ) parle d’une fdle hystérique , dont il retarda les funérailles parce que sa couleur n’était pas totalement changée. Cet auteur ajoute que quelques heures après, cette prétendue morte reprit connaissance. A. Paré (liv. XIV, p. gg2. chap. 54.) dit qu’un grand anatomiste, « lequel estant pour lors résident en Espagne, fut mandé pour ouvrir une femme de maison , qu’on estimait estre morte par une suffocation de matrice. Le deuxième coup de rasoir qu'il lui donna, commença ladite femme à se mouvoir et démontrer qu’elle vivait encore. » Cette méprise qui fut. faite ‘en 1564 , par Vèsale , appelé à la cour cl’Espagne par Charles- Quint , fit intenter un procès criminel à cet illustre anatomiste, qui fut condamné par la sainte inquisition à une peine infamante que le roi Philippe II commua en un pèlerinage à la Terre Sainte. Nous devons dire que ces états de mort apparente prolongée, dont Arctce, Aélius , Diogène-Lacrcc , Pline le naturaliste , J.-M. Lancisi , etc, citent des exemples , sont extrêmement rares, surtout à la suite d’une attaque d’hystérie.

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l’hystérie avec l’hypochondrie , et les ont considérées comme étant des maladies identiques. Les médecins de notre époque s’accordent généralement à considérer ces deux affections comme étant tout-à-fait différentes (1); en effet , l’une et l’autre ont des caractères si distinctifs , qu’il n’est pas possible de les confondre. L’hypochondrie ne se déclare guère qu’à un âge avancé et presque exclusivement chez les hommes , tandis que l'hystérie se manifeste souvent , même avant l’époque de la puberté, et n’affecte jamais que les femmes. Cette maladie se déclare toujours par accès qui apportent un trouble considérable dans presque toute l’économie , dont les fonctions s’exécutent comme dans l’état de santé aussitôt que l’attaque est terminée ; dans l’hypochondrie , l’invasion est lente et graduée , et le principal caractère de la maladie est de produire des dérangements dans les fonctions digestives , d’être continue ou de ne présenter que quelques légères rémissions, enfin de produire une^tournure vicieuse dans les idées. D’ailleurs, dans cette dernière affection , on n’observe pas des contractions spasmodiques et convulsives, et surtout

(1) M. Dubois (d’Amiens), est de tous les auteurs, tant anciens que modernes , celui qui a le mieux établi les différences et les caractères distinctifs de l’hystérie et de l’hypochondrie. Les travaux de ce jeune et savant médecin, qui ont été couronnés par la Société Royale de médecine de Bordeaux, méritent à tous égards cette honorable distinction, par la critique judicieuse, les raisonnements philosophiques, et la vaste érudition qu’on y remarque. L’ouvrage de M. Dubois a pour litre : Histoire philosophique de V hrpochondrie et de l'hystérie ,

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DE l’ïïYSTiSrIF.

les pleurs, les rires, les soupirs , les dégagements de gaz inodores, les éructations qui annoncent la fin des paroxismes chez les hystériques. D’ailleurs après la mort des personnes qui ont succombé à l’hystérie , on rencontre rarement, comme chez les hypochondriaques, de grandes altérations viscérales, surtout dans l’estomac , les intestins , le foie et la rate.

L'épilepsie diffère de l’hystérie sous plusieurs rapports très tranchés. Dans l’épilepsie il y a perte subite de connaissance, et suppression complète de l’exercice des sens; la face est constamment d’un rouge foncé , livide ou violet ; la salive sort par la bouche et forme une écume sur les lèvres. Le pouls est fort et élevé, la respiration est accompagnée d’un râle affreux et saccadé ; les yeux sont contournés , convulsés, ternis et saillants; les pupilles sont dilatées et les lèvres hideusement gonflées ; enfin l'aura epileptica semble quelquefois partir d’un point quelconque du corps, surtout d’un orteil ou d’un doigt, et avec tous ces symptômes qui manquent dans l’hystérie, se manifestent en même temps des mouvements convulsifs qui affectent plus particulièrement les muscles du tronc et de la face, et qui sont ordinairement plus prononcés d’un côté que de l’autre. D’ailleurs, dans l’épilepsie, il n’y a jamais comme dans lhystérie, des soupirs, des cris, des sanglots, des larmes, des éclats de rire , le sentiment d’étranglement et de houle partant de l’hypogastre. Ces en-

ractères distinctifs ont déjà été très anciennement signalés. Celse (lib. IV. cap. XX), les a tracés d’une manière exacte et concise lorsqu’il a dit , « neque ocuU vertuntur, nec spumee profluunt, nec nei'vi distcndnntur ; sopor tantum est. Cœlius Aurelianus qui Fut à peu près le contemporain de Galien , en parlant des différences de l’épilepsie et de l’hystérie , s’exprime ainsi : « fréquenter simile pâli epilepticis et à rnatricis prœ foc aies midieres inveniuntur ; si quideni non aliter sensibus pnvantur, sed disccrnuntur quod in ulti/nâ accessionis parte per os atque nares spumarum fluoré non afjiciantur ». (De morb. acut. lib. 2 ).

La syncope diffère de 1 liystérie par la cessation complète des battements du cœur et des pulsations artérielles, par la pâleur de la face , le froid glacial des membres , l’absence des mouvements convulsifs et la courte durée de l’attaque dont le prolongement aurait la mort pour conséquence inévitable.

Jj apoplexie se distingue du spasme utérin , par la paralysie de la moitié du corps, ou d'un membre, par celle de la langue , la distorsion de la bouche , la plénitude remarquable du pouls et une grande difficulté de respirer , accompagnée d’une sorte de ronflement. Ces divers symptômes ne s’observent pas dans l’hystérie.

luifin, dans la catalepsie , les yeux sont ouverts et fixes, les membres sont raides, immobiles et conservent la position dans laquelle ils se trouvaient avant

de l’hystérie. io53

l’accès. Cependant si le paroxisme n’est pas très violent, les membres peuvent être fléchis et étendus, mais dans ce cas ils conservent l’attitude qu’on leur donne.

Il peut arriver quelquefois que les femmes aient intérêt à simuler les accès hystériques, soit' pour faire croire qu’elles ont été maltraitées, ou pour obtenir le consentement de leurs parents à une union qu’elles désirent, soit pour prolonger leur séjour dans un hôpital ou pour avoir des secours des assistants , etc. Lorsqu’on aura quelques soupçons, on évitera d’être la dupe de cette ruse , en s’informant d’abord des personnes qui entourent la malade, si elle n’a pas des motifs de feindre cette affection ; puis on étudiera attentivement les symptômes, et pendant les paroyismes et les intervalles des accès, on demandera à la femme si elle n’éprouve pas des phénomènes incompatibles avec ceux qu elle présente et ceux qui sont essentiels à la maladie. On tachera de la faire tomber en contradiction avec elle-même ; enfin on acquerra presque toujours la certitude que les attaques sont simulées, si la malade refuse de se soumettre à un traitement, parce que les personnes qui sont réellement hystériques demandent ordinairement avec instance qu’on leur prescrive des remèdes propres à les débarrasser de leur mal. Il est bon de dire aussi qu’on devra éviter avec le plus grand soin de laisser apercevoir le moindre doute sur la maladie; car

dans le cas où elle existe véritablement, non seulement les femmes sont vivement affligées des soupçons qu’on laisse apercevoir , mais encore leur état en est presque toujours aggravé.

Le pronostic de l’hystérie varie suivant une infinité de circonstances ; cependant il est en général regardé comme étant peu fâcheux, et on est surpris que les symptômes les plus affreux et une sorte d’agonie soient souvent en quelques instants remplacés par un calme parfait et tous les attributs de la santé. En effet, cette affection est plus effrayante que dangereuse; aussi Sennert (prat. méd. lib. IV, 1632), dit en parlant de l’hystérie : « malum quiclem plerumque feminis lethale non est »- néanmoins il ajoute « aliquando tamen , supervenienie syncope, aut graçibus consuls ionibus aut colore nativo extincto , œgrœ è vita tolluntur. Le même pronostic fut porté par Rivière qui suivit pas à pas Sennert et qui le copia souvent sans le citer ; cet auteur s’exprime ainsi dans son traité (prax. med. lib. XV, cap. 6. 1640) : raro hic affeclus interficit œgrotantes . Dans sa dissertation ( de jncdo hysterico) Frédéric Hoffmann a, comme les auteurs que nous venons de citer, établi un pronostic peu fâcheux lorsqu’il a dit : « vera passio hysterica, ut valdè dira et terribilis videatur , in se nonadeo periculosa sit ». Lorsque la maladie est récente, surtout si la personne est jeune et peu irritable, si la cause déterminante est instantanée, ou

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si elle est suceptible d’être détruite , enfin si les accès sont éloignés les uns des autres et de courte durée , et si, dans leurs intervalles, toutes les fonctions s’exécutent bien , il est à peu près certain que la cessation définitive des attaques ne se fera pas longtemps attendre. Au contraire, quand les femmes sont âgées et d une constitution débile et très-irritable ; quand les attaques sont fréquentes , rapprochées , de longue durée et accompagnées de symptômes violents, le traitement est long , et la guérison douteuse , quoique cependant on ne doive pas toujours désespérer de l’obtenir. Le pronostic est également peu favorable lorsque l’hystérie se complique de symptômes épileptiques, qui ont déplus l’inconvénient d’apporter souvent de l’obscurité dans le diagnostic. Si le mal semblait lié à une irritation chronique, ou à une altération organique de la matrice et des ovaires , l’affection, qui alors serait secondaire , présenterait un pronostic qui devrait être en rapport avec celui de la maladie primitive. Néanmoins , dans certains cas où l’hystérie semblait dépendre de l’aménorrhée ou d’un dérangement des régies , on a vu les symptômes hystériques persister avec la même violence , lors même qu’on était parvenu à rétablir et à régulariser le flux menstruel. Il en a été de même de la suppression des lochies , qui ., comme celle des menstrues , est peut-être aussi souvent l’effet que la cause de l'affection qui fait le sujet de ce chapitre. L’état

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spasmodique léger et presque permanent, désigné sous le nom d'hystèricisme par M. Louyer-V Hiermay , et qui s’annonce principalement par une sensation toute particulière de resserrement à la gorge, et une sorte de malaise général qu’éprouvent quelques femmes dont la menstruation est pénible ou qui sont affectées d’une lésion utérine, constitue un phénomène secondaire, qui ne mérite de fixer l’attention, que comme étant un signe pathognomonique. 11 suffit de dire que le spasme borné à la matrice, est ordinairement de peu de durée, et qu'il ne se manifeste, le plus souvent , que pendant l’écoulement des règles ou quelques jours avant leur apparition.

Le traitement de l’hystérie présente deux indications fondamentales : una in paroxismos , altéra extra paroxismum , disent Sennert et Biçière. La première indication consiste à agir pendant les accès de manière à en diminuer autant que possible la force et la durée ; la seconde à en prévenir le retour pendant leur intervalle en combattant la maladie ellemême, c’est-à-dire, en cherchant à détruire l’action de ses causes, ses effets, et ses complications.

Pour traiter les paroxismes et en abréger la durée, il faut, avant tout, avoir la précaution d’enlever les liens et les vêtements , tels que les corsets , les ceintures, les jarretières, les colliers qui pourraient gêner la respiration et la circulation , et s’opposer au développement du cou et des cavités thoraciques et abdominales. On devra ensuite faire coucher la malade sur

D 15 l’iiystérie. 1057

un lit ou un large canapé, en ayantsoindc la placer de manière que la tète soit plus haute que le tronc et les membres inférieurs, et de la contenir de telle sorte qu elle ne puisse se frapper la tète , se blesser , s’arracher les cheveux, se mordre ou faire des chutes. Lorsque l’accès est violent, il faudra au moins quatre personnes pour lui maintenir les membres dont on devra suivre les mouvements sans les empêcher complètement, parce que plus ils sont gênés, plus les hystériques sont abattues et fatiguées après l’attaque. Dans les hôpitaux on emploie la camisole de force qui seule suffit pour maintenir les malades; mais nous devons dire que cet appareil a pour elles quelque chose d’humiliant , qui les allècte d’une manière pénible et fâcheuse. Pendant l’attaque on devra éloigner les curieux en ne laissant que les personnes dont l’aide et la présence sont indispensables; il est aussi très-important d’éviter de faire tout haut, sur l’état des malades, des réflexions qui pourraient les irriter ou les inquiéter; car, fort souvent, dans le plus fort du paroxisme , elles ne perdent pas complètement l’usage des sens et entendent parfaitement tout ce qu’on dit autour d’elles.

Pour atténuer la violence des accès et en diminuer la durée , on doit laisser un libre accès à l’air et faire respirer à la malade des odeurs fortes et pénétrantes, telles que l’éther, l’acide acétique, l’ammoniaque liquide ou des vapeurs fétides qui se dégagent des

Io58 LÉSIONS DE FONCTIONS,

plumes, de la corne, des vieux cuirs ou de la laine projetés sur des charbons ardents. Nous avons employé avec quelque avantage des fomentations ou des lotions faites sur les tempes et le front , avec uu mélange de huit parties d’eau et d’une partie d’eau de Cologne ou de vinaigre. Les demi lavements à l’eau froide, surtout avec addition de 3 grains de camphre et de 8 à 10 grains d assa-fœtida dissous dans un jaune d’œuf, et 1 5 à 20 gouttes de laudanum de Sydenham, nous ont toujours paru produire de bons effets, surtout lorsque l’attaque est légère, et quand le spasme est en quelque sorte concentré sur les organes contenus dans le bassin. Un moyen qui souvent réussit à faire cesser l’accès , consiste à introduire dans la bouche , lorsqu’on peut desserrer les mâchoires , une cuillerée d’eau très-froide , à laquelle on ajoute deux ou trois gouttes d’ammoniaque. Nous avons également employé avec avantage , la potion suivante : R. eau distillée de mélisse, 3 onces; eau de fleurs d’oranger , 1 once ; sirop de valériane et de diacode , de chaque, 1 once ; teinture de musc et de castoréum , de chaque , 20 gouttes ; éther sulfurique, 15 gouttes. Mêlez et donnez d’abord deux cuillerées à la fois, ensuite une, d’heure en heure.

Dans les accès très-violents, il est bon de pratiquer sur toutes les parties du corps, principalement sur les membres et la colonne vertébrale, des frictions sèches ou des frictions excitantes faites avec de l'ai-

DE i/HYSTÉKIE.

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cool camphré, ou encore mieux avec le Uniment suivant : huile d’olive , 2 onces ; alcool camphré et essence de térébenthine, de chaque, une once; ammoniaque liquide et laudanum de Sydenham , de l’un et l’autre, 1 gros. On pourra joindre à l’emploi de ces moyens celui des ventouses sèches et surtout celui des cataplasmes de farine de graines de lin saupoudrés de farine de moutarde , et appliqués sur la région hypogastrique, sur les cuisses et même sur les bras ; si les symptômes étaient très-intenses , on pourrait, dans ce cas, employer la moutarde pure et même la pommade de Gondret. Quoique plusieurs auteurs disent avoir souvent fait cesser les accès hystériques par la saignée , nous pensons qu’on ne doit y avoir recours que lorsque la femme est pléthorique et mal réglée, ou lorsqu’il y a menace de congestion vers un organe important à la vie, car nous avons vu ce moyen augmenter l’intensité et la fréquence des accès ; si ces derniers revenaient à des heures fixes et étaient annoncés par quelques prodromes , on devrait tâcher de les prévenir par l’usage de quelques-uns des moyens que nous venons de signaler , surtout par des pédiluves irritants et par l’application de sinapismes sur les cuisses.

Parmi le grand nombre de moyens qu’on a conseillés pour faire cesser les accès hystériques, nous pouvons citer les injections narcotiques ( 1 ) et les

(1) Bichat a traité avec succès, trois filles hystériques au

Iü6o LÉSIONS DK FONCTIONS.

suppositoires anli-spasmodiques portés dans le vagin , les fumigations aromatiques ou fétides dirigées vers les parties génitales, le jet brusque d’un verre d’eau froide sur la figure ; enfin, dans le but d’arrêter tout à coup la crise, par une grande secousse, on a été jusqu’à dire des injures, faire des menaces et même employer des manœuvres les plus indécentes. Le précepte du père de la médecine : nubal ilia et morbum effugiet a conduit à donner le conseil de consommer l’acte vénérien pendant une attaque d’hystérie ; Duret ( In enarrat. acl etc , cap. 59), en parlant d’un mari, s’exprime ainsi : Jus si ut rem cum uxore sua haberet : rem habuit , indèque stalim convaluit. Ætius nous fait connaître aussi une pratique qui était employée dans le même but par certaines matrones : « excreto mullo crasso viscosoque semine ex digitorum contrectatione , etc. A. Paré dit dans son style naïf (liv. 24, chap. 55.)

« A plusieurs d’icelles il s’évacue dehors une

grosse semence principalement à celles à qui les

matrones titillent le col de leur matrice. » Enfin , Jérome Capivaci ( Med . pract. lib. IV. de morb. mulier.), 11e craint pas de donner un conseil encore plus extraordinaire et plus indécent ; cette idée désastreuse pour les mœurs et pour la santé doit toujours être rejetée avec horreur malgré l’opinion de

moyen d’injections qu’il faisait conserver dans le vagin, et auxquelles il ajoutait de 100 à 150 gouttes de laudanum.

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Sauvages, qui parle d’une femme chez qui « clitori dis tUillatio a barbitonsore impudico institula pavoxysmum solvebal. » Pour prouver la fausseté de la doctrine sur laquelle reposent les pratiques immorales que nous venons, d’indiquer, il suffît de dire qu’il y a pour le moins autant de personnes hystériques dans les maisons de prostitution que dans les couvents , et que les femmes mariées sont, plus que les vierges, sujettes aux spasmes de la matrice. Loin de calmer les accès , le coït, qui est la cause excitante la plus directe du système utérin, ne pourrait, le plus souvent, qu’en accroître la violence.

Si le traitement de l’hystérie pendant le paroxysme est à-peu-près tout empirique, celui auquel on doit avoir recours pendant l’intervalle desallaques, c’està-dire le traitement radical, ne peut être suivi de succès, s’il n’a pour premier principe la destruction de la cause du mal, et s’il n’est basé sur la nature de cette même cause. Ainsi, si l’hystérie coexistait avec l’aménorrhée, on chercherait à rappeler les règles par les moyens que nous avons indiqués dans le chapitre consacré à la suppression menstruelle; si, au contraire, les accès arrivaient au moment du flux périodique, on tâcherait de les prévenir par les bains, les boissons émollientes , les lavements anti spasmodiques et narcotiques et une petite saignée révulsive pratiquée entre chaque époque menstruelle. On se conduirait de la même manière , si le spasme utérin

coïncidait avec un engorgement du col, dont on devra toujours constater l’état ( du moins chez les femmes qui ont. usé du coït), avant de commencer le traitement curatif.

Dans le but de combattre le spasme lui-même et de prévenir le retour des accès, on a eu recours à une foule d’agents thérapeutiques , principalement aux antispasmodiques, aux narcotiques, aux toniques, aux antiphlogistiques et aux révulsifs. Les antispasmodiques, qui ont été souvent employés avec avantage, surtout chez les personnes très irritables et douées d’une vive sensibilité, sont: les eaux distillées de mélisse , de menthe , de laurier cerise , de fleurs d’oranger, de tilleul, de pivoine; les infusions de valériane , d’armoise, de camomille; le musc, le castoréum, l’assa-fœtida en teinture ou en substance; l'ambre , le camphre , la myrrhe, l’encens, la gomme ammoniaque , l’esprit de minderérus, le carbonate et l’hydrochlorate d’ammoniaque, l’huile animale de Dippel, les éthers, le sirop d’éther , la liqueur d’Hoffmann , enfin l’oxyde de zinc , l’oxyde de bismuth, le carbonate de potasse; ces divers moyens qu’on administre dans des potions, des lavements, des pilules ou en frictions , sont souvent associés avec avantage à des préparations d’opium, de ciguë, de jusquiame , d’aconït et de laitue vireuse ; nous devons dire aussi que les narcotiques (1 ) prescrits seuls, et même l acide

(1) On voil dans le tome XI, p. 011 de la Revue médicale,

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hydrocyanique médicinal , à la dose d’une ou deux gouttes par jour dans une once d’eau , ont produit quelquefois d’heureux résultats.

Lorsque la malade est d’une constitution détériorée , lorsqu’elle est maigre , faible , cacochyme , mal réglée , qu’elle a perdu beaucoup de sang ou qu’elle habite des lieux bas , humides , mal aérés et marécageux, on retire souvent de grands avantages de l’emploi des toniques, entr’ autres des préparations de fer , de quinquina , de rhubarbe, de gentiane, des infusions de petite centaurée, de serpentaire de Virginie. Si au contraire la femme était forte, pléthorique, chargée d’embonpoint, et si surtout elle était en même temps affectée d'aménorrhée ou de dysménorrhée, on aurait recours à la saignée générale, aux ventouses scarifiées et aux applications de sangsues aux cuisses, qui agissent en même temps comme moyen dérivatif. Les bains généraux, les bains de vapeurs, les bains de siège , les pédiluves , les boissons émollientes et tempérantes , les bouillons de veau , de poulet , de grenouilles , le petit lait , la diète lactée, les cataplasmes sur l’hypogastre , les lavements et les injections avec l’huile d’olives , regardés comme spécifiques par

que le docteur Ch. Coindet n’a pas craint d’injecter dans les veines une préparation d’opium , dans un cas d’hystérie prenant la forme du tétanos. Le succès momentané qui résulta de l’emploi de ce moyen téméraire , ne se soutint pas , car après six semaines , la maladie se manifesta de nouveau.

Pomme et Pressavin , enfui tous les moyens propres à opérer un relâchement général et local, conviennent dans les cas où l’hystérie semble dépendre d’un état de pléthore.

Les révulsifs sont principalement indiqués chez les femmes d’un tempérament lymphatique ou lymphatieo-nerveux , et quelquefois chez celles qui sont pléthoriques ; mais on ne doit jamais y recourir chez ces dernières avant d’avoir satisfait à l’indication d’une ou de plusieurs émissions sanguines. Ces divers moyens , qui comprennent les irritants cutanés , les douches sulfureuses , les bains de même nature , les frictions sèches, ammoniacales , alcooliques , aromatiques ; les sinapismes , les vésicatoires, les sétons, les cautères , les moxas , les cautérisations transcurrentes sur l’abdomen mises en usage avec succès par M. Lisfranc ; enfin tous les agents employés dans le but de déplacer l’action morbide des organes primitivement lésés, conviennent aussi lorsque l’hystérie a succédé à une affection dartreuse , arthritique ou rhumatismale. C’est également dans le but de produire un effet révulsif ou pour remédier à la complication d’un embarras gastrique ou d’une constipation habituelle, qu’on a employé quelquefois avec avantage les purgatifs et les vomitifs. Si le mal paraissait dépendre d’un état de torpeur des organes génitaux, on conseillerait le mariage, tandis qu’on ne pourrait espérer la guérison de la maladie sans la ré-

DE l’jIYSTÉRIE.

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gularisation des mœurs et même la continence plus ou moins absolue , si les accès hystériques étaient dus à l’excitation abusive des organes génitaux.

Les movens curatifs que nous venons de signaler demandent en général d’être employés avec ménagements, parce que la maladie étant ordinairement de longue durée , leur usage abusif et prolongé ne pourrait être supporté par les malades. Il est bon de dire aussi que l’action des agents thérapeutiques ne peut être suivie d’heureux résultats, si elle n’est pas aidée par les moyens diététiques et moraux. Le régime devra être modifié suivant la constitution des malades. Ainsi on prescrira aux personnes fortes et pléthoriques la diète , les potages au maigre , le régime lacté, les légumes herbacés , et l’usage très-modéré des fruits bien mûrs ou cuits , et de quelques viandes blanches ; celles au contraire chez qui la faiblesse et la langueur entretiennent l’extrême sensibilité des organes, devront être soumises à un régime analeptique, à l’usage des aliments nutritifs, surtout des viandes blanches qui sont faciles à digérer. Enfin , l’habitation dans un lieu sain, un air pur et tempéré, les promenades à la campagne le soir et le matin dans la belle saison , les voyages , les bains de rivière et surtout ceux de mer, les occupations agréables, les soins du ménage, les lectures utiles et amusantes, les exercices du corps, l’équitation, les distractions, la fréquentation d’une société choisie , tel est l’en-

Io66 LÉSIONS DE FONCTIONS.

semble des moyens moraux et hygiéniques qui sont capables de seconder efficacement les autres agents thérapeutiques , et même de prévenir le développement de l’hystérie chez les personnes qui offriraient une prédisposition à contracter cette maladie. Nous terminons en disant que pour avoir de plus grands développements sur la nature , le siège , l’histoire littéraire , l’étiologie, la thérapeutique de la maladie qui nous occupe , on fera bien de consulter les travaux récents de MM. Louyer- Villermay , Georget , Ch. Gérard , Brachet de Lyon , Foville , et Dubois d’Amiens.

ACCÈS HYSTÉRIFORMES.

Si les affections vaporeuses ou spasmodiques auxquelles les femmes sont exposées ont le plus souvent leur point de départ dans l’appareil utérin, l’analyse des phénomènes qui les constituent et des causes sous l’influence desquelles elles sont produites, ne laissent pour nous aucun doute qu’elles peuvent avoir leur principe, soit dans l’encéphale, comme l’ont avancé Ch. Lepois , JVillis et Georget, soit dans l’estomac et les intestins, comme le pensaient Purcel , Pitcarn , Hunault , Jean Maria , P ogel , Hamilton et quelques autres.

Pour prouver que la matrice n’est pas toujours le point de départ des affections spasmodiques chez les femmes , nous avons une raison péremptoire , c’est

ACCÈS HYSTKR1F0RMES. 1067

l’existence d’accès liystéri formes , observés chez les hommes par Ch. Lepois, F. Dubois de leBoë, Morgagni , Boerhaave , Rauîin , F. Hoffmann , Pomme, Leroy , Cullen, Haller, Gardien, Georget, Louyer- Villermay , MM. Récamier , Trolliet et Brachet de Lyon , Casimir Broussais , et deux fois par nousmême(1) et plusieurs autres médecins. D’ailleurs, l’étude des causes pathogéniques , la marche de la maladie, l’analyse des symptômes et leur comparaison avec ceux de l’hystérie proprement dite, seraient seuls suffisants pour prouver que les affections spasmodiques peuvent avoir également pour source primitive une excitation particulière de l’encéphale ou de l’estomac. Le spasme du premier de ces organe! ou spasme cérébral, peut être désigné sous le nom d encéphalospasmie ou cérèbrospasmie , de mêmt qu’on peut distinguer le spasme de l’estomac sous la dénomination de gastrospasmie.

Les causes prédisposantes de l'encéphalospasmie indépendante de l’hystérie, sont : un tempérament nerveux , le sexe féminin , la culture des lettres et des arts , surtout de la poésie, une imagination vive, une éducation soignée , un grand développement de l’intelligence, une céphalalgie habituelle, l’abus des

(1) Nous avons vu un exemple de spasme hystériforme en i835, sur un garçon limonadier, et un second, il y a peu de jours ( i5 avril 1838), sur uu jeune homme fondeur en caractères chez M. J. Didot.

parfums, des liqueurs alcooliques , des boissons excitantes, surtout du café; enfui toutes les circonstances capables de produire une excitation fréquente et prolongée de l’encéphale.

Les causes occasionnelles sont : un accès décoléré, une frayeur subite, l’annonce brusqued’une fâcheuse nouvelle , la vue d’un spectacle pénible , d’une scène sanglante, d’une autre femme affectéed’un paroxysme convulsif, le départ d’une personne chérie, l'impression d’un triste souvenir, les sensations fortes et

imprévues, telles que le bruit du tonnerre, du ca-

non, etc., d’une odeur pénétrante et surtout d’une odeur pour laquelle on éprouve de l’antipathie (1), l’audition de certains morceaux de musique , ou de certains cris annonçant un danger imminent, une douleur vive physique ou morale , un incendie , un

( 1 ) M. Orfila c ite l’exemple d’une jeune daine qui ne pouvait se trouver dans lin lieu où l’on préparait une décoction de graines de lin sans éprouver une syncope. M. H. Cfor/uct a observé la même chose. A rcléc a vu l’épilepsie causée par quelques odeurs, ftl. Hostau dit que des accès d’hystérie , la perte île la \ oix , et même la suflocalion ont été déterminés par l’odeur de la (leur du malva moschata, du lobelia Inngiflora, du magnolia iripetala, etc. Nous avons connu une dame à qui l’odeur de la fleur d’oranger donnait sur-le-champ une crise nerveuse ; une de nos patentes , femme d’un député, Madame H. de C**+, éprouvait les mêmes accidents à l’odeur de la violette. Celles du lis, de la tubéreuse, du musc et surtout celle de l’encens ont souvent produit d’aussi fâcheux effets, non-seulement citez des femmes, mais encore cliez des hommes.

ACCÈS HYSTÉRlFORMES. 106g

grand malheur, etc. Nous avons donné des soins, il y a quelques mois, à une femme de 28 ans , jouissant ordinairement d’une bonne santé , n’ayant jamais éprouvé de maladies nerveuses, qui fut prise subitement d’un violent accès de spasme cérébral hystériforme en voyant son fils unique, âgé de cinq ans, tomber d’un troisième étage. M. Th*** fils , ex-prosecteur de la Faculté de médecine, tomba sans connaissance en s'agitantcouvulsivement,parcequ’il rencontra fortuitement le cortège du médecin Castin, qui allait à l’échafaud. M. Brachet de Lyon cite l’observation d’une blanchisseuse bien réglée et jouissant d'une bonne santé, qui fut subitement attaquée d’un spasme cérébral , avec perte de connaissance , agitation convulsive et sentiment de strangulation : en passant sur la planche d’un bateau de lavage, elle avait laissé tomber la balle de linge qu’elle venait de laver. M. B***, l’un de nos jeunes compositeurs des plus distingués, est pris d’un accès hystériforme chaque fois qu’il entend l’admirable final du second acte de la Vestale. Le docteur Vautré cite dans sa thèse l’observation d’une jeune personne de dix-sept ans, qui était atteinte d’un spasme cérébral aussitôt qu’elle entendait sonner cinq heures à la pendule de l’appartement; cette heure était celle à laquelle son père était mort. Nous pourrions, s’il le fallait, rapporter une foule d’autres observations du même genre.

Symptômes. — Ainsi que les accès du spasme hys-

térique, ceux du spasme cérébral se déclarent subitement ou précédés de quelques prodromes , tels que des vertiges, des bourdonnements dans les oreilles, une insomnie opiniâtre, des moments d’absence et quelquefois même d’extase , l’impossibilité de se livrer à un travail intellectuel long-temps soutenu , enfin une grande tristesse alternant avec une gaieté extrême et des éclats de rire sans motifs. Lorsque les phénomènes précurseurs ont duré plus ou moins long-temps, les malades tombent sans connaissance et perdent plus ou moins l’exercice des facultés sensitives et intellectuelles ; cet état persiste souvent pendant toute la durée de l’attaque ; néanmoins , dans certains cas, la suspension des fonctions de l’intelligence n’est que momentanée, et il peut même arriver qu’elles deviennent plus énergiques et que les sens externes se trouvent exaltés et plus délicats que dans l’état normal. Les membres et le tronc se raidissent et éprouvent comme dans l’hystérie des mouvements convulsifs de flexion et d’extension ; mais il est rare que les malades se plaignent de la sensation du globe hystérique ,* si ce dernier phénomène se manifeste , c’est seulement partant de l’hypogastre ; enfin, le pouls , la respiration , la chaleur et les phénomènes qui annoncent la fin des accès, sont à peu prés les mêmes que dans les accès d’hystérie ; nous devons dire cependant que durant le paroxysme du spasme cérébral, il y a rarement dégagement des gaz par la

ACCÈS HYSTÉIUFORMES. IO71

bouche et jamais de borborygmes et de météorisme comme on le remarque souvent dans l’hystérie. La cérébrospasmie se termine fréquemment après un seul accès, qui se prolonge rarement au-delà de quelquès heures ; d’autres fois, comme l’hystérie, elle se reproduit un plus ou moins grand nombre de fois , ou se combine avec cette affection selon que les prédispositions organiques changent. Lorsque les paroxysmes se renouvellent souvent ou se prolongen t longtemps, il peut en résulter la perte de la mémoire, la manie, l’aliénation mentale, des paralysies partielles, et une grande disposition à l’apoplexie.

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