DU SPASME GASTRO-INTESTINAL
La gastrospasmie attaque principalement les personnes qui usent fréquemment des substances aromatiques , des mets épicés , salés et excitants , tels que les truffes , les champigons , les viandes et les poissons salés; des boissons alcooliques , du thé, du café, du chocolat à la vanille, etc. L'administration fréquente des purgatifs , des narcotiques, des amers, des astringents , des toniques , des vomitifs , dispose aussi à cette affection. Les femmes nerveuses, mélancoliques, celles dont l’estomac est faible, délicat, irritable et sujet aux crampes nerveuses , enfin celles qui ont été soumises à une diète prolongée , sont également plus que les autres exposées à |la gastrospasmie.
Les causes déterminantes de la gastrospasmie sont: l’injection dans l’estomac d’une boisson glacée, d’un sorbet, du sirop d’orgeat ou d’une limonade, surtout après le repas ; les aliments lourds, indigestes, principalement ceux pour lesquels on a de la répugnance, l’administration d’un vomitif, d’un purgatif drastique, ou d’un médicament dont l’action perturbatrice est très-puissante, ont souvent déterminé les phénomènes nerveux dont l’ensemble constitue la gastrospasmie. M. Bràchet (loc. cit., p. 135) rapporte l’observation d’une dame de 26 ans, qui fut prise subitement d’un accès hystériforme , après avoir mangé, sans le savoir, d’un mets assaisonné au fromage pour lequel elle avait une grande antipathie. Nous avons vu, l’année dernière, une dame ordinairement bien réglée et jouissant d’une bonne santé, être atteinte subitement d’une gastrospasmie après avoir pris quelquescuillerées d’une glace à la vanille: nous avons vu aussi le sirop d’orgeat chez une dame de 31 ans, et l’émétique en. lavage chez une autre de 23, produire le même effet. Il est bon de dire que ces dames n’étaient pas à l’époque de leurs règles, qui reparurent comme à l'ordinaire , sans offrir rien de particulier.
Les prodromes de la gastrospasmie hystériforme sont, un malaise général, une lassitude dans les membres abdominaux et un sentiment d’oppression à l’épigastre. A ces signes précurseurs , succèdent une gastralgie intense, une sorte de torsion douloureuse
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et des tiraillements dans l’estomac accompagnés de gargouillements et de l’émission d’une grande quantité de gaz, avec des efforts de vomissements et la sensation de constriction à la gorge. Dans ces sortes d’accès, on observe des convulsions dans les membres, et quelquefois des convulsions générales ; les battements du cœur sont forts et tumultueux, la respiration pénible , entrecoupée, bruyante et même sterloreuse; la face, qui est d’une extrême pâleur , et surtout la région de l’estomac qui est le siège d’un gonflement , se couvrent d’une sueur froide et visqueuse, que remplace une sueur douce et tiède lorsque l’accès touche à sa fin.
Les personnes les plusexposéesàces sortes d’attaque sont ordinairement sujettes à des crampes d’estomac , à des troubles dans les fonctions digestives, à la gastrite chronique, aux engorgements des organes abdominaux. Ces divers phénomènes et l’absence de tous symptômes nerveux du côté de la matrice, indiquent, selon nous, d’une manière assez évidente, que ces sortes d’accès ont leur point de départ dans l’estomac. On voit que pour établir la distinction que nous avons faite et pour rechercher les différentes sources des affections spasmodiques chez la femme , nous nous sommes attaché à l’étude des causes et à l’analyse des symptômes.
Cette dernière variété de spasme gastro-intestinal cède soit à l’emploi des anti-spasmodiques et des to-
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niques, soit à celui des antiphlogistiques, des saignées locales, des bains généraux, des cataplasmes chauds , des dérivatifs et surtout des frictions à l’épigastre avec la pommade stibiée. Le spasme cérébral réclame les moyens moraux, les bains chauds avec des applications ou des affusions froides sur la tête, les sangsues au cou , les laxatifs , les dérivatifs sur les membres et le canal digestif. Nous ajouterons que l’emploi de ces divers agents thérapeutiques doit être modifié selon les causes , les symptômes et les complications, et qu’on doit en continuer l’usage long-temps après que les accès ont cessé, c’est à-dire jusqu’à ce que la constitution ait été modifiée de manière à ne plus craindre les récidives. On obtiendra d’autant mieux cet heureux résultat, que les malades apporteront plus d’attention à éviter les causes qui peuvent donner naissance aux attaques (1).
(1) L’Histoire de l’Académie des Sciences (anne'e 1752, p, ^3), fait mention de plusieurs cas d’hystérie et d’autres affections spasmodiques guéries par l’emploi d’une musique vive , brusque et improvisée : Pomme et Tissot en rapportent plusieurs exemples. Goubelly, qui est l’auteur d’une savante dissertation ( an liystericis insullibus prœcavendis musice , Paris 177». Collection de thèses érotico-médicales) , a retiré beaucoup d’avantages de l’emploi de la musique dans le traitement de l’hystérie et de toutes les affections vaporeuses chez les femmes. Nous nous étendrons longuement sur ce sujet dans un ouvrage que nous nous proposons de publier, et qui aura pour titre." De l' histoire philosophique de la musique et de V influence de cet art sur les passions cl sur la santé de l’homme.
DE l’hYSTÉR ALGIE. 107$
Nous terminerons en disant avec Th. W 'illis ( de morbis convulsivis, cap. X, Pathol, cereb. et nerv. 1667 ) que l’affection hystérique jouit d’une si mauvaise répu talion ( passio hysterlca pessimœ adeo famce exisiit ) , qu’elle supporte tout ce qu’on trouve de vicieux parmi les femmes. Lorsque nous ne pouvons trouver la cause et le traitement d’une affection qui paraît extraordinaire , nous accusons aussitôt la mauvaise influence de la matrice qui le plus souvent est innocente ( plerumque insons est ) et nous disons gravement qu’il y a là dessous quelque chose d' hystérique ( aliquid hystericum subesse prononciamus ) ; puis nous prescrivons un traitement dans le sens de l’explication évasive et commode qui voile notre ignorance (qui sœpe tantum ignorantiœ subterfugium est).
Il nous reste actuellement à parler de la névralgie utérine, à laquelle M. houyer-Villermay a donné le nom à’hyslér algie.
DE L’IIYSTÉR ALGIE,
On désigne généralement par ce mot, qui est formé du grec ucxepa utérus et aXyoç douleur , toute douleur de l’organe gestateur , indépendante de l inflammation de ce viscère. Cette affection , qui est pour la matrice ce que la gastralgie est pour l’estomac , ne se manifeste presque jamais que pendant la vie sexuelle,
c’est-à-dire, depuis la puberté jusqu’à l’âge critique. Ou a observé que beaucoup de jeunes filles pubères , et meme des femmes mariées y sont sujettes à chaque retour des règles. Dans certains cas, les douleurs hystéralgiques sont déterminées par les premières approches conjugales , souvent même elles succèdent au sentiment de spasme voluptueux qui préside à l’iinion sexuelle. Sans être les conséquences de la leucorrhée, d’une déviation utérine, d’un rhumatisme,etc,., l’hystéralgie est un symptôme qui accompagne fréquemment ces diverses affections , mais qui, au heu d’ètre continu comme elles, offre des fpériodes plus ou moins longues de calme parfait. L’hystéralgie coïncide aussi quelquefois avec des accès de fièvre intermittente ; souvent pendant l’intervalle du paroxysme, il ne reste qu’un peu de sensibilité à l’hypogastre, qui pourrait faire croire à l’existence d’une métrite légère, que, du reste, on a vu survenir quand l’affection nerveuse de la matrice s’est prolongée pendant long-temps.
Les symptômes de cette névralgie utérine sont des douleurs plus ou moins violentes , accompagnées d’une sensation de pincement et de tortillement, et souvent même de chaleur ardente, ayant leur siège au centre de l’excavation pelvienne, s’irradiant, dans quelques cas, jusque dans le rectum, l'anus, les aines et les lombes, surtout dans le vagin et la vulve. L’exploration au moyen du toucher et du
DE l’hYSTÉUALGIE.
spéculum, permet de constater que les organes génitaux ne présentent ni rougeur ni gonflement , ni sensibilité anormale. Cependant les douleurs peuvent être portées à un tel degré d’intensité, que les malades sont quelquefois dans un état d’agitation et de désespoir capable de faire supposer qu'elles sont atteintes d’aliénation mentale.
Le traitement de l’hystéralgie consiste dans l’usage des bains, des lavements et des injections émollientes et narcotiques, des cataplasmes et des liniments de même nature appliqués sur la région hypogastrique; enfin le repos, la continence, les boissons adoucissantes, les exutoires aux cuisses ou aux bras, et surtout les frictions sur l’hypogastre avec la pommade stibiée, sont autant de moyens qu’on ne devra pas négliger. Si la maladie affectait une marche périodique, avec ou sans fièvre, on aurait recours aux préparations de quinquina, et surtout au sulfate de quinine combiné avec l’opium. Dans le cas où l’hystéralgie serait le symptôme d’une autre affection de l’utérus, on devrait avant tout s’attacher à combattre la maladie primitive.
Ici se termine ce que nous avions à dire sur les maladies particulières aux femmes hors le temps puerpéral, et sur les divers moyens thérapeutiques propres à les combattre.
Avant de nous occuper de celles qui sont relatives
à la reproduction, et que nous avons classées dans la sixième section de notre tableau synoptique, nous croyons faire précéder leur histoire de quelques conseils hygiéniques, pour prévenir, autant que possible, les affections nombreuses qui surviennent hors le temps de ia grossesse, de L’accouchement et de la lactation. Puis, après avoir parlé de la nature, des causes, des symptômes, du diagnostic et du traitement de toutes les lésions ayant rapport aux fonctions pénibles et orageuses qui, chez la femme, préparent et accomplissent la reproduction , nous nous occuperons des préceptes d’hygiène qui s’y rattachent plus spécialement, et qui sont assez importants pour que nous terminions cet ouvrage en leur consacrant un chapitre particulier.