DES MÔLES OU CONCEPTIONS DEPRAVEES
Il est d’autres espèces de fausses grossesses qui sont toujours le résultat d’une conception bonne dans son origine, mais dont le produit s’est dénaturé sous l’influence d’un état morbide quelconque, et s’est dénaturé après la mort de l’embryon.
Les productions qui résultent de ces conceptions dépravées ont reçu le nom de môles, que l’on distingue en trois sortes , et qui forment par conséquent trois fausses grossesses, savoir. 1° le faux germe ou môle embryonnaire, 2° la môle charnue, 30 la môle hydatique.
On doit entendre par môle, du latin mola et du grec meule, ou de moles , masse, un corps organisé , charnu , insensible , ordinairement mollasse , quelquefois plus ou moins dur, d’une forme variable et indéterminée, qui, après avoir pris naissance et s’ètre développé dans la matrice à la place du fœtus, est expulsé de ce viscère plus ou moins longtemps après sa formation.
Les môles ont été confondues avec les polypes et toutes les autres tumeurs dévéloppées dans l’utérus ; cependant il y a une différence très importante qui
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les distingue, c’est que les môles sont toujours les résultats d’une conception dépravée et un produit de la génération troublé dans sa formation et altéré dans sa composition, tandis que les autres tumeurs sont des corps parasites, développés spontanément et sans causes bien appréciables.
Fernel, médecin de Henri II, est le premier auteur qui ait reproduit cette idée que le coït était nécessaire pour la formation des môles; Nusquam visa est mulier molam sine mare concepisse. Cette opinion fut soutenue plus tard par Mauriceau, qui l’appuya sur des faits que personne depuis lui n’a pu combattre victorieusement. Hippocrate , Galien , Aristote, Moschion, Mercurialis, Roderic à Cas tro , regardaient les môles comme une masse de chair développée dans l'utérus, à la suite d’une conception imparfaite; mais cependant Hippocrate a parlé de certains corps qui s’organisent dans l’utérus des filles fortes et robustes; et Galien a sou tenu également que, de même que les poules faisaient des œufs sans le concours du coq, les femmes pouvaient faire des môles sans mari; enfin Mercurialis (De morb. mul., lib. 1, cap. 4, pag. 24, 1597) a prétendu que souvent un rêve voluptueux suffisait pour faire développer une môle dans l’utérus d'une jeune fille. fVeinrich de Breslan pensait qu’une môle pouvait se former chez une vierge ou une femelle châtrée (Comment, de Monstris, 1595); enfin Stalpart van
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der JViel a décrit une môle virginale (Observ. rariores med., 1687) et Hannemann a publié un mémoire sur les môles des filles (Ovum harv. gener., 1675) ; cette opinion est en partie admise par M. P'el peau , qui reconnaît la possibilité des môles chez les filles, mais qui les regarde comme très rares.
Pour concilier toutes ces opinions diverses , Lamzweerde (Hist. nat. molarum uteri, 1686) distingua les môles en môles de génération et en môles de nutrition. Le même auteur combattit victorieusement tous les préjugés ridicules qui régnaient alors sur les môles, et que quelques médecins favorisaient par l’histoire merveilleuse qu’ils racontaient des môles vitales et des animaux fantastiques, vivants ou morts, tels que des chats-huants, des grenouilles , des lézards, des chauves-souris , des dragons, des singes, etc., que des femmes avaient mis au monde. Quelques auteurs ont admis aussi des môles vraies et des môles fausses, c’est-à-dire que les unes étaient le résultat d’une conception avortée, tandis que les autres s’étaient formées spontanément sans causes appréciables; parmi ces derniers, ils rangeaient les môles venteuses, aqueuses, humorales, qui n’étaient autre chose que les maladies que nous avons décrites sous les noms d’hydrométrie et de physométrie ou tympanite utérine.
Quoi qu’il en soit de toutes ces opinions, il est généralement admis aujourd’hui par les pathologistes