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et les accoucheurs, qu’une môle est le résultat de la conception qui s’est dépravée sous une influence quelconque, et auquel on a donné le nom de faux germe, ou môle embryonnaire, lorsque ce produit ne. séjourne que deux ou trois mois dans l’utérus, et offre encore les enveloppes ordinaires de l’œuf, qui, toujours plus épaisses et plus denses, sont remplies d'un liquide clair ou sanguinolent, au milieu duquel se trouvent souvent les premiers linéaments de l’embryon. Les faux germes ne diffèrent donc des môles charnues que par le temps plus long que ces dernières séjournent dans la matrice, et parce que les enveloppes de l’œuf ont acquis une consistance et une épaisseur beaucoup plus considérables.
Les môles charnues sont tantôt creuses , tantôt compactes. Dans le premier cas, leur volume varie depuis celui d’un œuf d’oie jusqu’à celui de la tête d’un enfant ; leur cavité est lisse et remplie d’eau, et leur surface externe est fongueuse, inégale, arrondie et quelquefois lobée et anguleuse. Dans le deuxième cas, c’est-à-dire lorsque la môle est compacte, elle offre une masse plus irrégulière et un volume plus considérable; on en voit quelquefois d’énormes, mais le plus ordinairement elles ne dépassent pas le volume de deux poings. Leur texture se compose, soit d’un tissu filamenteux et spongieux comme celui du placenta, soit d une substance charnue parenchymateuse mêlée à des caillots sanguins li brin eux.
au milieu desquels on trouve souvent incorporés des restes d’embryons , des os , et même des membres entiers.
Cette dernière circonstance prouve qu’une grossesse gémellaire peut coïncider avec une môle charnue; mais il est très rare que les deux produits soient affectés à la fois et que deux môles se forment simultanément dans l’utérus. Souvent, au contraire, on a vu une môle exister avec un produit normal, et lorsque la gestation était arrivée à son terme, l’expulsion de la môle avait lieu immédiatement après la sortie d’un fœtus vivant ou quelques jours après la naissance de ce dernier. Dans certains cas, elle produit l’avortement, ou bien, ce qui est plus rare encore, elle est expulsée à une époque plus ou moins avancée de la gestation, qui parcourt ensuite toutes ses phases et permet à la femme d'arriver à son terme et d accoucher d un enfant bien conformé. Il est bon d’ajouter qu’on a vu des môles rester de longues années dans l’utérus 5 Pierre Hideux, petit-fils du régent de la faculté de Montpellier, cite dans les mémoires de l’Académie des sciences de l’année 1735, l’observation d’une femme qui avait rendu une môle très volumineuse à l’âge de soixante-dix-sept ans.
11 nous reste à parler de la troisième espèce de môles, c’est-à-dire de la môle hydatique, qui est une dégénérescence du placenta, et qui, comme la môle charnue et le faux germe, est le résultat d’une con-
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ception. Cet état pathologique n’est autre chose que le développement, dans la masse placentaire, d’une quantité plus ou moins considérable de kystes isolés ou réunis ensemble comme des grains de raisin sur leur grappe. Cette espèce de môle, qui est très commune, acquiert ordinairement un volume plus considérable que les autres, et séjourne quelquefois très longtemps dans la matrice , d’où elle s’échappe en masse et souvent en partie. Nous renvoyons, pour de plus longs détails sur cette dégénérescence du placenta, à ce que nous avons dit sur les hydatides de la matrice, page 749 du second volume de cet ouvrage.
Les causes des môles, quelle que soit leur espèce, sont toujours très obscures 5 mais en général on regarde comme pouvant les produire toutes les circonstances capables de troubler la formation du nouvel être. Ainsi on range parmi elles, une frayeur ou une vive émotion éprouvée pendant l’acte génital ou dans les premiers jours de la grossesse. On a également regardé, comme ayant pu donner lieu à cette dépravation du produit de la conception, la mauvaise qualité du sperme et l’exercice du coït pendant l’écoulement des règles. Il est inutile de dire que toutes ces hypothèses ne sont basées sur aucun fondement.
Le diagnostic des différentes espèces de môles est extrêmement difficile à établir, surtout dans les premiers temps de leur présence dans la matrice, par-
1 i 44 LÉSIONS 11 EL ATI V ES A LA lit P HO MJ CT ION. ce qu’alors tous les symptômes qui leur sont propres sont également ceux de la grossesse. En effet, ainsi que cela a lieu dans ce dernier état physiologique, la conception molaire s'annonce par la suppression des règles , le gonflement des seins, la tuméfaction du ventre, les dégoûts, les nausées et le dérangement de la plupart des fonctions.
L’obscurité est beaucoup moins grande lorsque la môle a séjourné pendant plusieurs mois dans l’utérus. Dans ce cas le volume du ventre est en général plus considérable qu’il ne l’est à la meme époque dans la vraie grossesse; il est ordinairement plus douloureux, plus dur et plus également tendu ; il n’y a point de ballottement , point de mouvements de l’enfant. Le poids de l’utérus semble plus considérable et plus fatigant que lorsqu’il contient un fœtus; et la femme qui éprouve des douleurs de reins, des difficultés d’uriner et des lassitudes plus grandes que dans la grossesse ordinaire, ressent aussi comme le poids d’une boule qui se précipite du côté où elle se tourne. Il faut ajouter à tous ces symptômes l’affaissement des mamelles qui d’abord étaient gonflées, la sécrétion d’un liquide séreux au lieu de lait, enfin la fréquence de pertes irrégulières. En général, après les cinq premiers mois de la conception, si les signes qui sont propres à la vraie grossesse n’existent pas et si les malaises augementeut ainsi que les perles, il est permis de penser que tous ces symptô-
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mes sont dus à la présence d’un corps étranger dans la matrice.
Avant de terminer ce que nous avions à dire sur le diagnostic des môles , . nous ajouterons quelques mots sur les caractères qui feront distinguer les môles charnues d’avec les môles hydatiques.
D’abord, on voit plus rarement la môle hydatique que la môle charnue coexister avec une grossesse normale; et presque toujours la grossesse hydatique est plus longue que celle produite par une môle charnue. Le ventre est aussi plus volumineux, quoiqu’en ge'néral la matrice soit moins pesante et moins dure lorsqu’elle est remplie par une môle hydatique que lorsque sa cavité est occupée par une masse charnue et compacte. Enfui la môle hydatique est plus souvent que l’autre expulsée par lambeaux et en plusieurs fois, et il en résulte des douleurs plus vives et plus prolongées, des hémorrhagies plus fréquentes, plus abondantes et par conséquent plus dangereuses.
Lorsque la môle est parvenue à son degré de maturité, ce qui arrive ordinairement du quatrième au septième mois, la femme éprouve alors des douleurs semblables à celles de l’accouchement ; ia matrice se contracte, le col se dilate et la môle est expulsée. Alors les seins se gonflent et se remplissent de lait ; les lochies s’écoulent et lotis les autres symptômes
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secondaires ont lieu comme dans un accouchement ordinaire. *
Le traitement des môles était anciennement très compliqué; ainsi quelques auteurs, persuadés qu’il fallait s’opposer autant que possible à leur séjour dans la matrice, prescrivaient une foule de moyens et de médicaments destinés à les détacher et à en provoquer l’expulsion. Pour arriver à ce but , ils saignaient au pieds et au bras, ils conseillaient les vomitifs, les sternutatoires, les purgatifs drastiques, les bains, les emménagogues, les fumigations, les lavements irritants. Ils excitaient les contractions de l’utérus au moyen de pessaires dans lesquels ils faisaient entrer la poudre de sabine, de rhue, d’hellébore, d’aristoloche, qu’ils faisaient prendre aussi intérieurement. Enfin pour provoquer îa sortie de la môle, ils conseillaient à la malade de sauter, de se promener, de monter et de descendre les marches d’un escalier.
L’usage de ces moyens est d’autant plus dangereux pour la femme , que les signes de l’existence d’une môle ne sont pas toujours assez caractéristiques pour éviter toute erreur et pour la faire distinguer d’une vraie grossesse.
Le traitement des môles dans la plupart des cas n’exige donc rien de particulier : on attend que la nature expulse ces corps étrangers, puis l’on donne les mêmes soins et l’on prend les mêmes précautions