I)F. LA GROSSESSE EXTRA-UTÉRINE
Le développement du fœtus et de ses annexes hors de la matrice a reçu le nom de grossesse extrautérine,quel’on divise en grossesse tubaire, ovarique, péritonéale et interstitielle , suivant que le produit de la conception se trouve dans les trompes, les ovaires, le péritoine, ou dans une cavité formée aux dépens du tissu propre de l’utérus.
Les anciens ont tout à fait méconnu ces différentes espèces de grossesses, dont l’histoire ne remonte pas au delà de deux cents ans. Nous ajouterons même que, pendant longtemps, la plupart des auteurs ont regardé comme chimériques les premières observations qui ont été publiées sur ce sujet.
La plus commune et la plus anciennement connue des grossesses extra-utérines est la grossesse tubaire; car, d’après lliolan, professeur d'anatomie sous Louis XIII, un chirurgien avaitobservé en 1 590unegrossesse de ce genre à laquelle on fit alors peu d’attention. Le même auteur qui eut occasion d’en voir lui- même une sur le cadavre d’une blanchisseuse de la reine Anne d’Autriche, dit aussi qu’un chirurgien de sou temps en avait rencontré une seconde dans l’année 1640. Mais bientôt Reinier de Graaf. \ Duvernoy ,
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Bussière, Blanchi, Louis Léger de Gouey , Jiunge, B re/er, de Leipsick, J. Clark, Wilson , Martin , Petit, Cha lissier, MM. Bry, de Bouillon, Bannie, Fallerand , el une foule d'autres, publièrent, des observations de grossesse tubaire qui ne laissent aucun doute à cet égard.
D’après les expériences nombreuses qui ont été faites pour expliquer le mécanismede la conception, et d’après les connaissances presque positives qu’on a acquises sur cette importante question, il est facile de se rendre compte de l’arrêt d’un ovule dans un point quelconque de l une des trompes, et par conséquent de comprendre la formation d’une grossesse tubaire. Il est aussi facile de concevoir que, si dans cette espèce de grossesse, le produit de la conception peut s’arrêter sur tous les points du trajet de la trompe, c’est surtout dans le pavillon qu’il se fixera le plus souvent, et qu’il sera difficile de distinguer, après un laps de temps assez court, si la grossesse est tubaire, ovarique ou abdominale , parce qu’alors la tumeur se trouve confondue avec les organes voisins.
Les grossesses ovarique s ou ovariennes sont extrêmement rares, et ne sont pas même admises dans la science par plusieurs auteurs, entre autres, par M. Velpeau, qui se fonde sur ce que tous les faits publiés n’ont pas été assez bien décrits et assez bien étudiés pour établir d’une manière incontestable l’existence de ces sortes de grossesses. D’autres personnes ont
Iï5o LÉSIONS RELATIVES A LA REPRODUCTION, soutenu qu’elles étaient impossibles, parce qu’au moment de la fécondation la membrane de l’ovaire se déchirait, et que d’ailleurs, dans les observations toutes anciennes qu’on avait publiées, il avait été d’autant plus facile de confondre ces espèces de grossesses avec des grossesses péritonéales, que l’anatomie pathologique était alors peu avancée. Quoi qu'il en soit, la première observation authentique dont il soit question dans les annales de la science est celle qui fut publiée en 1682 par St-Maurice, médecin du Périgord, dans la bibliothèque anatomique de Man get, tome 1 , page 623. La seconde observation a été rapportée par Pieussens (1), qui dit que Montanier , médecin de Lambesc, en Provence, ayant été appelé auprès d’une femme morte presque subitement avec de vives douleurs dans le ventre, la fit ouvrir pour découvrir la cause d’une mort si surprenante. Il trouva dans le bas-ventre un fœtus d’environ deux mois, nageant dans beaucoup de sang, sans aucune lésion de la matrice et des trompes ; mais il observa que l’ovaire droit était fort enflé et déchiré dans sa partie inférieure, d’où il était visible que l’embryon s’était échappé.
Dans les mémoires de l’Académie des sciences (2), Litre assure avoir trouvé dans l'ovaire gauche une
(1) Anatomie de Yerheven. De structura et usu uteri et placentæ.
(2) Mémoires de l’Acad. des sciences. Année 1701, p. 109.