‹ Traite complet des maladies des femmes (volume 3)Chapitre 3 sur 86 · DES DÉRANGEMENTS DE LA .MENSTRUATION, ETC. 9 KJ · texte numérisé non relu

DES DÉRANGEMENTS DE LA .MENSTRUATION, ETC. 9 KJ

la première menstruation, 3° la rnênostasie (1), ou aménorrhée par rétention; 4° Y aménorrhée proprement dite, ou suppression des régies; 5° la dysménorrhée , ou écoulement incomplet et douloureux du lluide menstruel ; 6° la mènomètcistasie (2), ou la déviation des règles ; 7° la ménojpausie (3), ou la cessation des règles à l’époque critique.

La seconde classe ou Y hyperménorrhée , comprend la ménorrhagie et les divers écoulements sanguins de la matrice.

Tous les désordres menstruels que nous venons de signaler, au lieu de former toujours des maladies distinctes ne sont le plus souvent, comme les autres dérangements de fonctions, que des symptômes ou groupes de symptômes résultant d'une foule d'affections latentes, de diverses réactions sympathiques ou de quelque altération organique qu’on découvre presque toujours à l’aide d’un examen attentif.

Quoique sous le rapport de l’ étiologie, du pronostic et du traitement, l’absence ou ia suppression plus ou moins complète des règles, présentent des différences assez notables , nous croyons devoir étudier collectivement ces divers dérangements de la menstruation et les comprendre sous le nom général d ’aménorrhée , en nous réservant toutefois la faculté de

(1 ) De (j.Y|voç et de stagnation , rétention.

(3) De (/Y|vôç et de [ASTScr-uacriç, déplacement.

(3) De pivoç et de touctu;, cessation.

les séparer dans la recherche des causes qui leur donnent naissance et dans les indications curatives qui conviennent plus particulièrement à chacune d’elles. De cette manière nous éviterons les répétitions et les longueurs qui résultent des divisions multipliées sans nécessité.,

DE L’AMÊNORRIIÉE.

L’aménorrhée qui, dans son acception la plus étendue, embrasse tous les cas où il y a défaut de l’écoulement des menstrues , doit être divisée en primitive et consécutive. L’aménorrhée primitive comprenant la non apparition des règles à l’époque de la puberté, et l’aménorrhée consécutive qui indique leur suppression accidentelle et plus ou moins complète après que la menstruation a été établie, peuvent dépendre d’un état général de la constitution , d’une lésion physique ou vitale de l’utérus, enfin de la réaction sympathique d’un des viscères contenus dans les cavités splanchniques. En nous basant sur ces trois principales origines des dérangements menstruels , nous avons V aménorrhée constitutionnelle , V aménorrhée sympathique et T aménorrhée par cause locale.

Les causes de l’aménorrhée constitutionnelle primitive, sont prédisposantes et occasionnelles, laimi les premières , on range 1 0 le. tempérament sanguin ,

DE l’amÉNORTUIÉE. Q2I

qui s’annonce par toutes les apparences d’un état pléthorique et d’une plénitude extrême des vaisseaux sanguins, déterminant des congestions locales dans les différents organes, et favorisant par cela même la suppression ou la diminution de celle dont la matrice doit être le siège ; 2° le tempérament lymphatique, caractérisé par un état de faiblesse générale et par le peu d’activité du système circulatoire, doit être également rangé parmi les causes prédisposantes de l’aménorrhée primitive et consécutive. En effet; ne voit-on pas tous les jours , que les filles qui sont d’une constitution lymphatique, surtout celles qui présentent des symptômes d’affection scrophuleuse, sont plus tardivement et plus péniblement réglées que les autres. Ne sait-on pas aussi que les femmes déjà réglées qui se trouvent dans des conditions semblables, voient diminuer peu à peu ou se supprimer tout-à-fait leur écoulement menstruel ; les époques de retour , s’éloignent de plus en plus ; les retards se prolongent toujours davantage, jusqu’à ce qu’une aménorrhée complète se soit établie.

La faiblesse générale qui est si souvent la cause et la compagne de l’aménorrhée, n’a pas toujours son origine dans la constitution primitive de la femme ; souvent elle est le résultat fâcheux d’une foule de causes débilitantes, telles que l’habitation dans un lieu bas, humide et privé des rayons solaires, les aliments de mauvaise qualité, les boissons aqueuses

rpjï lésions r>F fonctions.

chaudes, une nourriture insuffisante, le défaut d’exercice, ou la fatigue produite par des travaux qui excèdent les forces , les maladies et les convalescences prolongées , l’abus des évacuations sanguines, une leucorrhée habituelle (1), les chagrins et toutes les affections tristes, enfin toutes les causes qui appauvrissent le sang et le rendent incapable d’imprimer aux organes l’énergie indispensable pour le libre exercice des fonctions. Si l’excès contraire, c’est-à-dire l’état de pléthore, produit un effet analogue, c’est parce que le sang trop riche en fibrine se fait obstacle à lui-même et s'oppose à l’exhalation périodique qui constitue la menstruation.

Nous pensons avec MM. Pioche et Sansoti (2), Désormeaux et Paul Dubois (3), Louis Delabèrge et Monnerel (4), que c’est à tort qu’on a attribué au tempérament nerveux une trop grande influence sur

le développement de l’aménorrhée. En effet, l’ob-

(1) Notre jeune confrère et ami le docteur Marc d’JEspine, de Genève, dit, dans un Mémoire inséré dans les archives générales de médecine, année 1835, que sur quatre-vingts femmes observées à Paris , vingt-sept seulement n’avaient jamais eudeflueurs-blanches; il ajoute que sur les cinquante-trois autres, vingt-six les avaient vues débuter avant la puberté, dixhuit pendant cette époque et neuf seulement après celte révolution physiologique.

(2) Nouveaux éléments de pathologie, t. IT, p. 492 .

(5) Dict. de méd., t. II, part. Aménorrhée , 2. édition.

(4) Compendium de med. prat., t I, p. 57, 183G.

de l’aménorrhée. 923

servation prouve que les femmes chez lesquelles le tempérament nerveux prédomine , sont réglées plus tôt et plus abondamment que les autres, et que toutes les causes qui peuvent exalter ce tempérament , telles que les passions vives , la culture des arts , les lectures érotiques, les jouissances précoces ou trop répétées , enfin les excitants de tout genre , loin de déterminer la suppression des règles , ne font que hâter la puberté et augmenter la menstruation. D’ailleurs ne sait-on pas, ainsi que le font remarquer dans leur excellent compendium (loc. cit.) MM. L. Delaberge et Monneret, que dans les climats chauds où les femmes sont douées en général d’une constitution nerveuse portée à son maximum , la menstruation est très précoce, très active et ne se dérange que très rarement. Ce qui avait sans doute fait regarder le tempérament nerveux comme étant une cause prédisposante de l’affection qui nous occupe , c’est qu’elle n’est pas rare chez les femmes hystériques , épileptiques etc.; on aurait certainement évité cette erreur, et l’on n’aurait pas pris les effets de l’aménorrhée pour la cause de ce phénomène morbide , si l’on avait remarqué que le flux menstruel peut être suspendu par toutes les affections chroniques, inflammatoires ou nerveuses, et que très souvent une foule de névroses et de névralgies ne se manifestent pour la première fois que lorsque les règles sont sup-

$9-4 LESIONS DE FONCTIONS.

primées. Enfin on a rangé avec raison la chlorose et l’anémie parmi les causes prédisposantes de l’aménorrhée constitutionnelle.

Les causes occasionnelles de l’aménorrhée constitutionnelle , ne sont autres que les causes prédisposantes que nous venons de signaler , et qui ayant une longue durée ou étant parvenues progressivement à un haut degré d’intensité, peuvent produire une aménorrhée plus ou moins complète qui dans ce cas est la plus opiniâtre, la plus rebelle et la plus féconde en accidents.

Les causes de l’aménorrhée sympathique primitive et consécutive, doivent être rapportées à trois chefs principaux, savoir : les causes morales , les causes physiques et les causes symptomatiques d’une affection viscérale ou dépendantes d’une vive irritation sur un point quelconque de l’économie.

Parmi les causes morales , on doit ranger les émotions vives de l’âme, la colère, l'amour contrarié, le célibat, le désespoir, la jalousie , une joie immodérée, un chagrin profond, l’annonce non ménagée d’une mauvaise nouvelle, une frayeur subite (I), une crainte extrême, une contrariété soudaine. Une

(1) Au rapport de Baudelocque ( loco citato ) soixante-deux femmes furent frappées soit de pertes , soit de suppressions , lors de l’explosion de la poudrière de Grenelle; M . fhtssori a recueilli aussi l’observation d’une femme qui , à plusieurs reprises , fut atteinte de suppressions menstruelles, sous l’influence de coups de tonnerre. Nous avons été à même d’observer qu’en juillet 1830, les de'tonations résultant des feux de

DE l’ AMÉNORRHÉE. 92?)

femme tuberculeuse qui était dans le service de M. Rostati, vit ses règles se supprimer tout-à-coup en apprenant qu’on lui avait prescrit l'application d’un séton sur les parois thoraciques (1). Nous pourrions citer un très grand nombre d’observations du même genre , si l’influence sympathique du système nerveux et de l’encéphale en particulier, n’était pas aussi généralement reconnue.

Les causes physiques qui peuvent arrêter plus brusquement encore l’écoulement menstruel, sont : l’exposition brusque à un air froid et humide , l’immersion des pieds ou des mains dans de l’eau froide, les ablutions froides sur les organes sexuels, l’action de s'asseoir sur le gazon, sur la terre ou sur un banc de pierre, l’ingestion des glaces, des sorbets, des boissons très froides et prises surtout quand le corps est en sueur, une saignée intempestive , l’application d’un large vésicatoire, d’un sinapisme, des ventouses , etc. ; une blessure , une brûlure ; une hémorrhagie ; l’emploi des purgatifs, de l’émétique, du quinquina à haute dose ; l’action des odeurs fortes , particulièrement, au dire de Haller, d’une espèce de menthe qu’on nomme pouliot ; enfin toutes les

peloton et clés coups de canon , ont produit le même effet sur plusieurs femmes , entre autres sur une jeune personne de dix-huit ans.

(1) Il a quelque mois, une de nos parentes dont la menstruation est ordinairement bien régulière et abondante fut atteinte d une suppression subite , à la suite d’un rêve très pénible, d une sorte de cauchemar.

circonstances capables d’attirer brusquement ailleurs que vers la matrice, le sang qui doit être exhalé par elle à cette époque.

Parmi les causes de l’aménorrhée sympathique , on doit également ranger la phthysie pulmonaire , l’hypertrophie du cœur , les diverses hydropisies, les affections scrophuleuses, tuberculeuses, le ramollissement des os, les inflammations aiguës et chroniques de la peau, de l’estomac , des plèvres, des poumons , du foie , de la rate, du péritoine, du cerveau et de ses membranes, de la moelle, et toutes les irritations viscérales qui retiennent le sang et l’empêchent de se porter vers l’utérus. Enfin la suppression subite de la transpiration ou une augmentation considérable de cette sécrétion ou de toute autre (1), peuvent aussi déterminer la non apparition , la suppression ou la diminution des menstrues.

Les causes de V aménorrhée dépendant d’un état local des organes gém'taua?, doivent être rapportées également à trois chefs principaux savoir : les lésions vitales, les lésions de situations, enfin les lésions de forme et de développement de la matrice et de ses annexes.

(1) C’est pour cette raison sans doute que les danseuses de profession sont en général à peine réglées, ainsi que toutes les femmes qui par état se livrent à des exercices pénibles, qui provoquent chez elles des sueurs abondantes et presque continuelles. D ailleurs, ne sait-on pas que la lactation, le diabètes et toutes les hydropisies déterminent presque toujours-la suppression des règles.

DE l’ AMÉNORRHÉE. 9^7

Parmi les causes dépendant de lésions vitales des organes sexuels, nous devons signaler l’inflammation aiguë et chronique, l’induration, les divers engorgements , l’ulcération , l’excès de la sensibilité , et l’état d’anémie de l’organe gestateur, et des ovaires ; enfin, l’existence des fausses membranes, la physométrie, l’hydrométrie, les hydatides utérines produisent aussi la suppression des règles.

Les causes dépendant de lésions de situations sont, l’antéversion, la rétroversion, les flexions et les prolapsus incomplets de la matrice. Si ces divers déplacements ne s’opposent pas à l’exhalation du fluide menstruel, ils sont souvent des obstacles temporaires à son excrétion, parce que le museau de tanche étant fortement appuyé sur le sacrum ou le pubis , il en résulte l’obturation plus ou moins complète de l’orifice utérin. Enfin parmi les causes dépendant d’une lésion de formes et de développement , nous rangeons l’absence, l’atrophie, le manque de développement de l’utérus et des ovaires, ainsi que nous en avons rapporté des exemples , pages 128, 1 51 , 200 , l'imper foration du museau de tanche et de la membrane de 1 hymen , l'oblitération du vagin et celle de l’orifice utérin , l’agglutination primitive ou accidentelle des grandes lèvres et des parois vaginales , enfin les différentes sortes d’atrétisme des cavités sexuelles dont il a été question pages 124 à 202, doivent être éga-

lement comptées parmi les lésions locales , qui peuvent empêcher l’exhalation, le plus souvent même, l’excrétion des règles. Nous ajouterons que souvent il est impossible de découvrir la cause de la non apparition ou de la suppression consécutive de la menstruation.

Les symptômes de T aménorrhée, qui varient selon les causes de la maladie , doivent être divisés en deux séries. A la première appartiennent les symptômes locaux , tels que des douleurs plus ou moins vives et des tiraillements à la région lombaire, un sentiment de pesanteur dans le bassin et surtout derrière le pubis. L’aménorrhée qui est due à un engorgement de la matrice, est annonce'e par un sentiment de sensibilité locale assez vive qui porte souvent les femmes à l’onanisme et surtout qui leur fait désirer le coït lors même qu’il est très douloureux pour elles. Si la non apparition des règles dépend d’un vice congénial de conformation qui du reste ne se révèle qu’à l’époque de la puberté, le sang menstruel s’accumule dans le vagin ou dans la matrice, et il forme au dessus de l’obstacle, une tumeur dont le caractère le plus tranché est de s’accroître périodiquement tous les mois , c’est-à-dire aux époques où les règles devraient être excrétées , et de rester ensuite stationnaire pendant l'intervalle de l’exhalation sanguine. Dans le cas où la rétention est due à l’imperforation ou à l’oblitération accidentelle de l’orifice utérin , la

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tumeur ou plutôt la matrice distendue se manifeste d’abord au niveau du pubis, puis remontant graduellement de l’hypogastre jusqu'à l’ombilic, elle peut simuler d’autant plus facilement la grossesse , qu elle en présente la plupart des phénomènes sympathiques et surtout le gonflement des seins. Si 1 obstacle est situé à l’orifice de la vulve et que ce soit l’hymen par exemple qui se trouve imperforé , cette membrane refoulée par le sang accumulé dans le vagin , forme entre les grandes lèvres, une tumeur emi - sphérique , livide ou bleuâtre, molle, fluctuante et rendue plus saillante lorsque la femme est debout. (Voyez ce que nous disons à cet égard, p. 1 29 et 156.) Dans la plupart des cas, l’exploration des parties génitales , et surtout le toucher par le vagin, le rectum et l’hypogastre, suffisent pour reconnaître la nature et le siège de l’obstacle et pour établir un diagnostic précis. Nous ajouterons que la pression de la tumeur sur les nerfs sciatiques , le plexus sacré, le rectum et la vessie, détermine souvent l’engorgement, les crampes et l’engourdissement des membres abdominaux, une pesanteur incommode dans le bassin, et quelquefois même la gêne et la fréquence dans l’expulsion de l’urine et des matières fécales. (Voyez pour plus de détails, pages 154 et suivantes.)

Si les symptômes que nous venons d’exposer se manifestaient pour la première fois, et si surtout ils

g3o LÉSIONS DL FONCTIONS.

n’étaient pas suivis d accidents trop graves, il serait prudent d attendre une autre période menstruelle; car il arrive fréquemment que l’exhalation sanguine ne s’établit complètement , ou ne reparaît après avoir été supprimée, qu'à la seconde ou à la troisième époque ou même après un temps plus reculé; cependant, s’il résultait de l’aménorrhée un véritable état de maladie , il serait important de s’assurer au plus tôt si les organes de la génération et la cavité pelvienne sont convenablement développés , enfin si le gonflement et la sensibilité des mamelles ainsi que tous les symptômes locaux de la menstruation se manifestent à des époques réglées.

Les symptômes généraux ou sympathiques qui souvent sont les seuls qui annoncent la ménophanie primitive ou la suppression accidentelle des règles, varient par leur nature, leur modification, leur opiniâtreté et leur terminaison , suivant un grand nombre de circonstances individuelles , telles que l’âge , le tempérament , la disposition habituelle, l’éducation et le genre de vie plus ou moins contraire aux lois de l’hygiène. Ainsi, la femme jeune qui avant était brillante de fraîcheur, de force et de santé, voit tout-à-coup ses traits prendre l’empreinte de la faiblesse , de l’accablement et de la langueur ; les roses de son visage se flétrissent; le feu de ses yeux s éteint, une auréole noirâtre les entoure; enfin les symptômes les plus fréquents sont une céphalalgie ha

DE l’aménorrhée. g3i

bituelle, unedyspnéeplusou moins pénible, des étourdissements, des suffocations, des douleurs dans les membres surtout aux jointures , une susceptibilité excessive qui change son caractère et le rend impatient et irascible. L’altération morale n’est pas moindre que l’altération physique (1). Les idées deviennent tristes, l’imagination est sombre; tantôt la sensibilité exagérée fait rechercher la solitude et répandre des larmes sans motifs; tantôt au contraire les malades se passionnent pour la musique, les spectacles et les amusements de tous les genres.

S il est un très petit nombre de femmes qui semblent jouir d’une assez bonne santé quoique n’ayant jamais été réglées , la très grande majorité de celles qui sont dans ce cas, éprouvent à des époques périodiques la plupart des symptômes que nous venons de signaler , puis sans qu’il apparaisse d’écoulement menstruel , le calme revient , les symptômes généraux et locaux se dissipent en partie jusqu’à une autre époque qui se manifeste chaque mois. D autres femmes parviennent à un certain âge sans éprouver des indispositions périodiques , mais leur santé est

(l) Suivant M. Broussais ( Cours de pathologie , tome II, p. 230), cela se conçoit anatomiquement par les rapports intimes de l’utérus avec le rachis , et conséquemment avec les portions cérébrales destinées aux penchants affectils; ainsi que l’a démontré M .Ollivier d’Angers, dans son traité des maladies de la moelle.

habituellement dérangée , elles sont sujettes à des écoulements leucorrheïques , à des coliques , à la diarrhée, à des palpitations, à des maux de tête; leurs tissus sont mous , flasques et décolorés , enfin , tout en elles , porte le cachet de la langueur et de la souffrance.Trop heureuses,si à tous ces symptômes généraux ne viennent pas se joindre des affections cutanées, des hémorrhagies supplémentaires, la chlorose, l infiltration du tissu cellulaire , l’hydropisie ascite , et une foule de névroses , telles que l’hystérie , la nymphomanie, l’épilepsie, la manie , les convulsions, la chorrée et tout le cortège des maladies nerveuses.

Les femmes qui n’ont jamais été réglées et qui jouissent néanmoins d’une santé parfaite, sont en général plus ou moins privées des attributs de leur sexe; chez elles les seins, la matrice et les ovaires sont à peine développés et manquent même tout à fait. Leur constitution physique ainsi que leur vie morale se rapprochent de celle de l’homme , dont elles offrent le plus souvent la taille, la force, le courage , les goûts, les inclinations, les passions etc (\).Baudelocquc. (art des accouch. T. I., p. 183), parle d'une

(I) Ne peut-on passe demander si ces héroïnes dont nous admirons les hauts faits dans les fastes de l’histoire , et qui se sont éloiguées d'une manière si étonnante des personnes de leur sexe, si ces liéroines, disons-nous, qui n’ont aimé que les combats et les camps, n’étaient pas privées de matrice et d’ovaires, ou si du moins ces organes n’étaient pas restés dans l’inertie où ils se trouvent naturellement plongés pendant les premières années de la vie.

ue l'aménorrhée. q33

femme qui était privée de matrice; elle aimait la chasse, les chevaux, les armes; cultivait les belleslettres, et n’avait jamais rien ressenti qui annonçât la rétention du sang menstruel , ni même le besoin d’éprouver cette évacuation. Elle était mariée, ne remplissait que très imparfaitement les devoirs de femme, et sans en goûter les douceurs.

L’aménorrhée dépendant de la maladie d'un viscère, se manifeste au début de cette maladie, ou dans une période assez avancée; quoiqu’il soit impossible de fixer rien de précis à cet égard, on peut dire cependant qu’en général, le dérangement menstruel se déclare d’autant plus promptement que les organes lésés ont une sympathie plus intime avec l’utérus ; ainsi lorsque l’estomac, le cerveau, le cœur sont affectés, l’aménorrhée survient de très bonne heure, tandis que dans la phthisie pulmonaire , la suspension complète des règles n’a lieu en général, qu’ au moment où les tubercules commencent à se ramollir. Nous dirons aussi que la constitution pléthorique et nerveuse exerce également une influence marquée sur la suppression symptomatique ou sympathique de la menstruation, qui a lieu souvent en même temps que l’inflammation d’un viscère et d’un organe membraneux , chez les personnes qui présentent les conditions individuelles que nous venons de signaler.

Avant de terminer ce que nous avons à dire sur les

g34 LÉSIONS DE FONCTIONS.

symptômes de l’aménorrhée, nous ajouterons que lorsqu’elle est accidentelle et surtout si la suppression a été subite, la femme éprouve aussitôt une sensation de chaleur, de douleur et de pesanteur dans le bassin ; des tranchées utérines plus ou moins violentes, et une tension incommode dans les régions inguinales et lombaires et dans le haut des cuisses ; enfin il vient se joindre à ces symptômes , le gonflement du ventre , celui des mamelles ; un sentiment inexprimable de malaise et de lassitude,- un dégoût extrême , des nausées, des vomissements, des maux de tête, des vertiges, des tintements d’oreilles, de l’oppression, des palpitations fréquentes , et souvent une douleur cuisante pendant l’expulsion de l’urine. Indépendamment de tous ces symptômes, qui sont plus spécialement propres au tempérament sanguin , on voit survenir lorsque la suppression date déjà de quelque temps, on voit, disons-nous , survenir des affections chroniques , telles que la chlorose , la leucorrhée , la mélrite , les engorgements , le squirrhe et le cancer de l’utérus. Nous ferons remarquer aussi que l’aménorrhée symptomatique d’une autre affection , surtout celle qui s’est établie d’une manière lente et progressive, aggrave quelquefois la maladie dont elle dépend, tandis que dans d’autres circonstances elle lui devient favorable. Il est inutile de dire que dans le premier cas elle doit être combattue et que dans le second on doit la respecter.

de l’amènoruhéf. • gli5

Parmi les phénomènes les plus singuliers qui succèdent à la suppression des menstrues, on doit ranger les hémorrhagies et autres évacuations supplémenîaires; on ne peut en trouver un exemple plus remarquable que celui rapporté par Gardien (Traité d’accoucli. T. l.J et observé chez une fille de la Salpétrière qui, à la suite d'une suppression des règles, eut un écoulement sanguin et périodique : 1° pendant six mois, par de petits ulcères aux jambes; 2° pendant un an, par des ulcères aux bras ; 3° pendant six mois, par la crevasse d’un panaris au pouce gauche; 4° pendant deux ans par des ulcères à l’angle de l’œil , suite d’un érysipèle à la face ; 5° pendant cinq mois, par le nombril, où il s'était manifesté un autre érysipèle; C° pendant quatre mois, par la malléole interne du pied gauche; 7° enfin pendant deux mois par l'oreille gauche. Lorsque le sang cessa de coller par une voie fixe , il survint des hémorrhagies nazales et des hémoptysies précédées de convulsions, de maux de tète et d’étourdissements. Le docteur Châtelain de Nancy, dans sa thèse (Essai sur la menstruation, 1827.), parle d’une fille publique observée par M. Bonfils à la maison de secours de la même ville , qui , par suite de dérangements dans la menstruation , eut des écoulements sanguins, successivement par l’aisselle, le mamelon, le liane gauche, le dos, l’épigastre et la cuisse. M. Châtelain cite également un fait observé par M. Bcgin , concernant une

jeune personne dont, à la suite d’une suppression, J’index delà main gauche se tuméfiait et se couvrait d’une dartre vive â la surface de laquelle s’écoulaient chaque mois et à époque fixe quelques gouttes de sang. La dartre et l’écoulement qui ne duraient que trois à quatre jours étaient accompagnés d’un prurit incommode . Ce n’est que trois ans après que la matrice revint à ses fonctions habituelles et que la santé de la malade se rétablit tout-à-fait.

Le lieu où s’opère l'hémorrhagie supplémentaire, varie en général suivant l’âge de la femme ; pendant la jeunesse, c’est vers les narines et la poitrine. ; plus tard, ce sont les vaisseaux hémorrhoïdaux, l’estomac, et la vessie. D’après Stahl(de mensium insolit. viis.), une indigestion ou un catarrhe pulmonaire survenus pendant la menstruation , suffisent pour établir l’afflux du sang dans les voies digestives et respiratoires. Cependant quoique l’épistaxis, l’hémathémèfe , l’hémoptysie et l’hématurie soient les plus fréquentes de ces hémorrhagies, nous pouvons citer d'autres exemples de ces déviations menstruelles ayant eu lieu sur d’autres points fixes de l’économie. Baudouin Ronssœas (Opuseul. med. de morb. millier.), rapporte qu’une femme s’étant fait arracher une dent molaire, eut une suppression , et qu’il s’établit par l’alvéole de cette dent un écoulement de sang qui se renouvelait tous les mois. Raymond parle d une demoiselle qui, a 1 âge de 48 ans, avait tous les mois

DE L* AMENORRHEE. C)3y

une petite hémorrhagie par l’alvéole d’une dent molaire qui lui manquait. Le même auteur ajoute que l’écoulement sanguin qui durait trois jours était d’environ trois onces par jour. J. N. Pechlin (Observ. physic. med. lib. III.), parle d’une hémorrhagie menstruelle qui avait lieu par un ulcère au pied. Théod, Kerckring, (Spicilegium anat. cont. observ. anat. rar.), cite l’observation d'une fdle qui était réglée périodiquement par une plaie faite à la main droite. Louis Mercatus , ( de morb. mulier. lib. IV.), parle d’une femme non réglée , dont les joues se couvraient chaque mois d’une rougeur très prononcée. Enfin , à la longue énumération des écarts menstruels rapportés par Haller (Elément, physiol. corp. human.), Freind (Emmcnol. cap. VIII.), Royer- Collard (Essai sur l’aménorrhée p. 28), nous ajouterons que Baudelocque (Traité des accouch.), a connu une femme de 45 ans qui n’avait jamais été réglée et qui tous les mois était sujette pendant trois jours à un dévoiement. M. Bréra (Essai clin, sur l’iode), parle d’une femme qui, à la suite d’une suppression menstruelle, fui sujette tous les mois pendant deux ans à un flux dissentérique qui durait cinq ou six jours ; nous ajouterons aussi que nous avons observé un cas analogue chez une femme qui était en 1 830 dans le service de M. Fouquier.

Le diagnostic de l’aménorrhée n’est pas toujours facile à établir. Aussi, pensons-nous qu’en pareil

C)38 LESIONS DE FONCTIONS.

cas, un médecin doit user d’une grande réserve et se conduire avec prudence et circonspection pour éviter les erreurs et surtout les pièges qu’on pourrait lui tendre. En effet, ne peut-il pas arriver que des jeunes filles et des jeunes veuves intéressées à cacher leur grossesse cherchent , dans des intentions criminelles, à donner le change à leur médecin sur leur véritable situation , dans l’espoir que les remèdes et surtout les saignées qui seront ordonnés contre la suppression des règles , les conduiront au but criminel qu’elles veulent atteindre. D'ailleurs, les femmes ne peuvent-elles pas se tromper elles-mêmes involontairement sur leur état de grossesse, et croire seulement â une suppression qu’elles attribuent à une cause accidentelle. Ne sait-on pas aussi , que des femmes, averties du retour de l’âge par la cessation du flux menstruel, cherchent , par des moyens qui ne sont pas toujours sans danger, à prolonger les marques de leur jeunesse passée, en rappelant les signes d’une fécondité qui n’est plus ? Donner des remèdes en pareil cas sans précaution , serait s’exposer d’un côté à provoquer l’avortement et de l’autre à déterminer des hémorrhagies dangereuses et des inflammations qui peuvent avoir les plus graves conséquences. Pour éviter les méprises lâcheuses et les pièges que tendent la crainte du déshonneur et 1 envie de dissimuler les ravages des années, le médecin qui aurait quelqu incertitude, tâchera de tem-

DR l’aMKNORIUTÉR. Ç)3()

poriser autant que possible jusqu à ce qu'il ait pu découvrir la véritable cause de la suppression , et se bornera à prescrire gravement des remèdes insignifiants , surtout dans le cas où la santé d’abord troublée sera rétablie. Si de cette manière il ne fait pas du bien assez promptement, il évitera de faire du mal et de compromettre sa réputation par défaut de prudence. Cette conduite nous semble d'autant plus rationnelle qu'il n’existe pas de signes positifs de la grossesse commençante , et qu après le cinquième mois, le ballottement, les mouvements spontanés du fœtus et l’application du stétoscope , ne permettent pas de conserver des doutes à cet égard.

En supposant que, par une série de questions adroitement faites, on ait pu s’assurer de la bonne foi de la malade qui serait d’ailleurs au-dessus de tous soupçons par sa position sociale et sa moralité bien reconnue, la première chose à rechercher serait de savoir si l’utérus est. primitivement ou sympathiquement affecté. A l’aide de l’exploration des organes sexuels, on reconnaîtra toujours les lésions locales qui pourraient donner lieu à l’aménorrhée dépendant de cette cause; on devra surtout insister sur ce moyen de diagnostic avant de commencer un traitement, si la suppression, déjà ancienne, a résisté aux moyens ordinaires. Cependant, ainsique le conseille M. Lis franc ( 1 ), on devra user de mé-

(1) Bulletin clinique par MM. Piorry , Rameaux , L’héritier ,

g40 LÉSIONS PR FONCTIONS.

nagemcnt à l’égard de la jeune fille, encore %ierge, et l’on se contentera, dans ce cas, d’explorer seulement par le rectum le canal vaginal et l’utérus.

Dans le cas où l’aménorrhée coexisterait en mêmetemps qu’une lésion quelconque d’un autre organe, il faudrait tâcher de découvrir si cet organe est affecté primitivement et réagit sympathiquement sur l’utérus, ou si au contraire c’est un état morbide de ce dernier viscère qui fait sentir sa fâcheuse influence sur une partie ou sur tout l'ensemble de l’économie. On pourra en général reconnaître l’origine de la maladie en étudiant avec soin le tempérament , la constitution de la femme , ainsi que les modifications et la succession des symptômes. Nous devons convenir néanmoins qu’il est des cas très-embarrassants, où l’on ne découvre aucune lésion et aucune cause qui puisse éclairer le diagnostic.

Le Pronostic de l’aménorrhée doit nécessairement varier selon les causes qui l’ont déterminée, suivant son ancienneté et la gravité des symptômes qui 1 accompagnent. L’aménorrhée qui se lie à l’influence d une constitution pléthorique ne se complique pas toujours d’accidents graves , souvent même elle n est accompagnée que de symptômes légers qu’il e->t ordinairement facile de combattre; cependant

Thibcrt , n° 5 , 1. septembre 1835, et Compendium de méd. pratiq. de MM. Drtabergc et Monneret, t. I, p. 62. 18.36.

DE l’aMÉWORTIHÉE. 9/| I

l’état plétliorique fortement prononcé, peut donner naissance à des phlegmasies aiguës qui résistent quelquefois aux moyens les plus énergiques , mais qui cessent toujours lors de l’apparition des règles. Lorsque la non apparition ou la suppression menstruelle est le résultat d’une débilité constitutionnelle, la maladie suit une marche lente , et revêt un caractère de langueur et d’inertie qui porte obstacle à la guérison , qu’on obtient toujours plus difficilement que lorsque le mal dépend d’un état de pléthore générale. Dans l’année qui suit la première irruption menstruelle, à l’époque de la puberté, l'aménorrhée est moins inquiétante et n’est presque jamais due à un état morbide grave de l’utérus. Celle qui survient subitement détermine des symptômes inflammatoires qu’il est ordinairement d’autant plus facile de combattre que le diagnostic ne laisse presque jamais d’incertitude. Il arrive même quelquefois que les règles se rétablissent à la période suivante, et que cette indisposition , que les femmes désignent sous le nom de retard , cède à des moyens simples ou aux seuls efforts de la nature. Souvent dans ce cas le retour des menstrues se manifeste avec une telle abondance , que ce flux forme une véritable hémorrhagie.

Le pronostic de l’aménorrhée qui a pour cause une affection locale, est toujours subordonné à la nature de la lésion qui lui a donné naissance. En

G)/j2 LÉSIONS DE FONCTIONS.

général, il est d’autant plus fâcheux que la suppression menstruelle dépend d’un engorgement chronique simple , ou d’une induration du col ou du corps de l’organe gestateur. Lorsque la congestion sanguine a provoqué l’aménorrhée, et que le médecin a reconnu la nature du mal, il est rare qu’il ne puisse y porter un prompt remède , à moins que l’engorgement ne soit la première phase d’une dégénérescence de l’utérus.

Lorsque la suppression est ancienne, lors-même que la femme n’éprouverait aucun accident grave , il faut y apporter la plus grande attention. Si dans ce cas il est très-difficile de reconnaître quel est l’organe primitivement affecté, et d’établir par conséquent les bases d’une thérapeutique rationnelle , on y parvient souvent en étudiant tous les signes commémoratifs, et en les comparant avec soin aux symptômes actuels. Plua l’aménorrhée est ancienne, plus elle est rebelle aux agents thérapeutiques. Celle qui remonte à plusieurs années , offre peu de chances de guérison; et l’on sait que le père de la médecine a porté un pronostic encore plus fâcheux , qui , du reste, est démenti par l’expérience, lorsqu’il a dit (demorb. rîitdiet. ) : « Sexto mense insanabilis morts bas redditur , qui antea curari poterat. » On a vu quelquefois des femmes s’habituer à la privation du flux menstruel, et n’éprouver dans la suite aucune incommodité. Dans les cas de ce genre, on devra

de l’aménorrhée. g/|3

ne pas fatiguer les malades par un traitement inutile, et se borner à prévenir et à combattre les accidents qui peuvent survenir. Dans certains cas où les moyens les plus rationnels avaient échoué , le retour des régies a été le résultat d’une grossesse. Quant au * pronostic à établir relativement à l’aménorrhée , dépendant de la maladie d’un viscère, nous nous bornerons à dire, qu’il est tout-à-fait subordonné à la nature du mal ; si la suppression se rattache à une phthisie pulmonaire , ou à une autre désorganisation profonde, les chances de guérison sont les mêmes que celles des maladies primitives. Comme nous aurions besoin de passer en revue un cadre nosologique tout entier pour indiquer des données positives à cet égard, nous nous contenterons d’ajouter que le pronostic varie suivant l’importance de l’organe primitivement ou secondairement affecté, et selon les circonstances plus ou moins favorables où la malade se trouve placée.

Le pronostic de l’aménorrhée par non excrétion est en général peu grave, parce que le plus souvent il est possible de corriger la disposition vicieuse et l’obstacle qui s’oppose à l’écoulement du fluide menstruel. Cependant la cure est difficile à obtenir, lorsque l’occlusion est profondément située, surtout lorsqu’elle résulte d'une adhérence plus ou moins étendue des parois du vagin ou de la matrice. Dans des cas de ce genre on a vu la rupture des trompes

g/|4 LÉSIONS DE FONCTIONS.

avoir lieu par l’accumulation du sang. Il est inutile de dire que l’épanchement de ce liquide dans l’abdomen a toujours eu la mort de la malade pour conséauence inévitable et presque immédiate. Enfin , nous terminerons en disant qu’on doit toujours respecter les hémorrhagies supplémentaires et les autres écoulements, qui, jusqu’à un certain point, remplacent les règles, et qu’on ne saurait trop surveiller la menstruation chez les jeunes filles délicates, dont les membres sont frêles , la poitrine étroite et la corfstilution disposée aux affections tuberculeuses.

Le traitement de l’aménorrhée doit être approprié aux circonstances et aux causes physiques et morales qui ont donné naissance ou qui entretiennent la maladie.

Lorsque l’aménorrhée est simple et qu’elle se manifeste chez une femme ou une fille d’une constitution détériorée, avec prédominance du système lymphatique, on devra conseiller une insolation prolongée, un air sec et vif, surtout celui des montagnes , l’usage d’une alimentation tonique, principalement les bouillons gras et les viandes rôties chargées d’osmazone et riches de fibrine. On prescrira pour boisson les vins vieux et toniques de Bourgogne ou ceux de Bordeaux et du Rhin , coupés avec les eaux minérales de Forges, de Passy , de Provins, de Rouen , de Bussang , de Spa , de Bussiares [( 1 ) et

(1) Bussiares est un village situé dans le département de

de l’aménorrhée. q45

toutes les eaux ferrugineuses. Il sera bon également de recourir à l’usage des boissons amères et légèrement excitantes , des frictions sèches , des vêtemens de flanelle sur la peau; enfin les bains froids de rivière, la natation , les promenades à pied et en voiture, l’équitation , le séjour à la campagne , les exercices modérés, les jeux de volants, de la corde, du cerceau, la course et surtout la danse sont encore des moyens puissants de guérison qui ne devront pas être négligés, et que les femmes se refuseront le moins de mettre en pratique. On devra aussi tacher de faire cesser la tristesse des malades, en remédiant autant que possible à leurs chagrins et aux affections morales, qui sont souvent les principales causes de la débilité de leur constitution. C’est à l’éloquence persuasive de l’amitié qu'il appartiendra de ramener le calme et la paix de l’âme , sans lesquels tous les autres moyens seraient infructueux.

Si dans quelques cas simples le traitement hygié-

1 Aisne, à trois lieues de Château-Thierry et à vingt-une lieues de Paris. Ses eaux, dontles sources principales appartiennent à M. V dlacros.sc et dont M. Corriol , pharmacien distingué de I aris, a fait dernièrement une excellente analyse, se trouvent dans un lieu charmant, où l’on respire l’air le plus pur. Sous ce dernier rapport, elles sont préférables , étant prises sur les lieux, à la plupart des autres sources ferrugineuses, qui, presquesans exception, sontdans des pays humides, malsains et marécageux. Nous avons été à même, ainsi quele Dl E y doux, de constater plusieurs fois les heureux effets des eaux de Bussiarcs, dans des cas d’aménorrhée , de chlorose, d’hydropisie , etc.

nique suffît pour faire cesser l’aménorrhée dépendant d’une débilité générale de la constitution , le plus souvent, il faut en même-temps recourir aux médicaments toniques qui portent leur action sur tous les systèmes, principalement sur celui delà circulation. Parmi les agents thérapeutiques de cette nature, on doit ranger en première ligne le fer et ses diverses préparations telles que la limaille, les oxides , les tartrates , les carbonates de ce métal employés seuls ou unis à des poudres ou à des extraits amers, au savon médicinal, à la crème de tartre, à un sel de potasse , etc. Nous devons dire cependant que le sous-carbonate de fer est de tous les sels ferrugineux celui dont l’effîcaeité est le plus généralement reconnue pour combattre l’aménorrhée primitive ou consécutive, dépendant d’une débilité constitutionnelle. Ce médicament qu’on prescrit graduellement, depuis la dose de quelques grains jusqu’à deux ou trois gros par jour , donne du ton à l’économie tout entière, perfectionne l’hématose, régularise la circulation , et , en rétablissant comme par enchantement F équilibre de toutes les fonctions, dirige, par une action spéciale , un afflux sanguin vers 1 utérus. Nous avons employé dans ce cas, et toujours avec avantage, les pilules du docteur Blaud de Beaucaire , composées et administrées comme nous 1 indiquerons en parlant de la chlorose. On pourrait egalement , dans le même cas, prescrire les pilules

DE L’AMÉNORRHÉE.

de JF herlqft, composées d’après la formule suivante : sulfate de fer, 2 gros; extrait d’absinthe, 4 gros; sirop de safran, q. s., pour 150 pilules. Si la maladie paraissait être liée à un vice scrofuleux , il serait bon de recourir aux pilules de M. Lugol. Pr. protoiodure de fer, 6 grains; amidon, 24 grains; sirop de gomme q. s., pour 25 pilules, dont on prend une matin et soir. Dans le cas où l’aménorrhée serait compliquée d’une leucorrhée chronique qui, quelquefois, remplace l’écoulement menstruel, on aurait recours aux injections vaginales faites avec les eaux ferrugineuses de Forges, de Spa, de Passy, etc., et l’on prescrirait en même temps nos dragées balsamiques, toniques et ferrurées, qui ont le double avantage d’être très - efficaces dans la leucorrhée chronique et dans l’aménorrhée dépendant d’une débilité constitutionnelle (1).

(1) Ces dragées se composent d’après la formule suivante : % Gentiane en poudre 1 once — 30 grammes : canelle, rhubarbe, oxyde noir de fer, de chaque 3 gros — 12 grammes: copahu solidifié avec de la magnésie 2 onces — 60 grammes ; mêlez, faites des pilules de 4 grains, à prendre 4 le matin, l\ le soir et 4 dans le milieu de la journée. On les convertit en dragées en les humectant dans un mucilage à l’eau de canelle, et en les roulant ensuite dans un mélange pulvérulent de gomme adragant, de gomme arabique, de sucre aromatisé avec de l’essence de canelle; en les humectant de nouveau dans le mucilage et en les roulant dans du sucre aromatise avec de l’essence de canelle et coloré avec du carmin.

Pour combattre l’aménorrhée qui nous occupe, on a non-seulement employé une foule d’autres préparations martiales, telles que le vin chalybé , les pilules martiales, etc., mais encore un grand nombre d’autres médicaments toniques ou excitants, entre autres le quinquina, le quassia-amara, la gentiane, la centaurée, le treffle d’eau, la canelle, l’amome, le cardamome, l’absintbe, la menthe, la mélisse, la sauge, etc., etc. Si la plupart de ces substances sont efficaces dans quelques cas d’aménorrhée, nous pensons qu’on ne doit y avoir recours que lorsqu’on est sûr que les voies gastro-intestinales peuvent, sans inconvénient, supporter leur action.

On devra s’abstenir des moyens que nous venons de signaler quand l’aménorrhée constitutionnelle dépendra d’un excès de force et d’un état pléthorique général. Dans les cas de ce genre, on parvient le plus souvent à établir le flux menstruel en diminuant la richesse et l’exubérance du sang et des autres fluides, au moyen d’une dicte plus ou moins sévère, d’un régime végétal, de boissons aqueuses, de quelques légers purgatifs, et surtout à l aide de saignées plusieurs fois répétées et pratiquées principalement quelques jours avant l’époque présumée de l’exhalation menstruelle.

Si , après avoir modifié la constitution comme nous venons de le dire, les règles ne reparaissaient pas, on pourrait avoir recours, mais avec la plus

DK l'aménorrhée. 9^9

grande circonspection , aux médicaments rangés parmi les emménagogues, tels que la rue, l'armoise, l’absinthe, le safran, la sabine, les pilules bénites de Fuller, et celles de Ruffus , qu’on prescrirait seulement aux approches de l’époque menstruelle. A l’usage très- ménagé de ces substances, il serait bon de joindre l’emploi des moyens locaux capables d’appeler le sang vers la matrice, entr’autres les bains de pieds , les bains de siège, les lavements chauds, les fumigations aromatiques, les fomentations' de même nature dirigées vers les organes sexuels externes , les ventouses autour du bassin , les saiguées locales à la vulve ou générales sur les membres inférieurs, enfin une foule d’autres moyens sur lesquels nous reviendrons. Nous ajouterons seulement que pour habituer de bonne heure les parties génitales à une fluxion sanguine, on devra recourir à l cmploi des moyens locaux que nous venons d’indiquer , en même-temps qu’on prescrira le traitement général. Dans les cas réfractaires, il faudrait surtout insister sur l’emploi des sangsues, appliquées au nombre de quatre à six, à la partie interne des cuisses ou à la face externe des grandes lèvres, en ayant le soin de renouveler plusieurs fois l’application de ces vers aquatiques aux approches de l’époque présumée des règles. M. Lis franc ( bulletin déclin. N° 5*. P. 148.) qui donne le conseil de

ne pas laisser couler les piqûres au-delà d'un quart

d’heure , préfère , dans ces circonstances , une saignée au pied de deux à quatre onces. Cet habile praticien dit , avec raison , que ce traitement a souvent besoin pour réussir d’être employé pendant plusieurs mois de suite , à chaque époque menstruelle.

Pour déterminer sympathiquement un flux sanguin vers la matrice, plusieurs praticiens ont conseillé l’irritation des mamelles , soit au moyen des ventouses, soit à l’aide des sangsues en petit nombre (Ch. Loitdon (1), ou par l’application des sinapismes sur les globes mammaires (2). Divers exemples de l’emploi de ces moyens avec succès ont été publiés dans les recueils indiqués en note et dans le tome IV des Archives générales de médecine de l’année 1851 .

Le traitement de V aménorrhée dépendant d’un état particulier de l'organe utérin varie selon que le trouble menstruel est dû à l’engorgement , à l’atonie ou à un vice accidentel ou congénial de l’organe gestateur.

V engorgement utérin qui contr’indique tous les emménagogues et les autres médicaments excitants que nous avons déjà signalés , doit être combattu à l’aide du repos , d’un régime doux , des saignées au bras , des bains , des boissons émollientes , des cataplasmes, des lavements adoucissants et narcotiques,

(1) Ch. Loudon , on tlie cure of amenorrliœa 1832. — Répert. de clinique par Carron du Villards , 1834, p. 304.

(2) Patterson , Gazet. méd. 1833, p. 866.

de l’aménorrhée. C)5 l

enfin tous les moyens que nous avons déjà indiqués page 567, en parlant de l’engorgement simple de la matrice.

Lorsque la suppression ou la non apparition des règles dépendra d’un état de torpeur inhérent à l’utérus, la femme étant d’ailleurs bien portante sous tous les autres rapports , on pourra, dans le but de les stimuler , conseiller les ventouses sur l’hypogastre, aux aines et aux cuisses; les douches chaudes des eaux de Barèges ou d’Aix en Savoie, dirigées autour du bassin et dans le vagin , les lavements excitants, les pessaires médicamenteux, l’électricité (1), le galvanisme (. Andrieux ), le coït (2), les caleçons de flanelle, les bains aromatiques de siège, les bains de jambes jusqu’aux genoux, l'application d’une petite ventouse sur le col de l’utérus ( 3 ) quand la membrane de l’hymen le permet; on devra en même temps recourir à l’emploi méthodique des emménagogues actifs, tels que la rue, la Sabine, le safran , l’armoise, l’ellébore, l’aloès , les cantharides dont

(1) Sigaud-Lafond (de l’électr. méd. p. 565 ), Mauduyt (trait, de l’élect. méd. ) , Nauche p. 659, Ch. Loudon (on tlie cure of amen ovrhoa ) , 1832.

(2) Hippocrate , Platon (in prax. cap. XIY). Hoffman (med. rat. syst. t. IV , p. 401 ). Cullen ( Elém. de méd. trad. par Bosquillon , t. II , p. 137 ), et quelques autres auteurs disent que souvent la première apparition des règles a eu lieu après les premiers rapprochements conjugaux.

(3) MM. Cliaponnier , Piorry et Amussat ont employé ce moyen, qui, selon nous , est loin d’être sans inconvénients.

q52 LÉSIONS DK FONCTIONS.

les effets qu’il faut surveiller attentivement, sont rendus encore plus efficaces par la fréquentation des personnes d’un autre sexe , celle des bals , des théâtres, enfin toutes les circonstances capables de réveiller les organes génitaux.

Parmi les autres moyens préconisés pour combattre l'aménorrhée chronique , nous devons citer l’iode dont’MM. Coinclet, Duméril , Brèra de Padoue, Magendie , S ciblai rôles , Récamier , Trousseau ont pu, ainsi que nous-même, constater P efficacité. Le docteur Canon du Villards ( Bulletin thér. 1 5 oct. 1835) dit avpir vu plusieurs aménorrhées céder à l’usage interne du cyanure d’or, préparé à la dose de 3 grains dans 8 onces d’eau alcoolisée. On commence à prendre matin et soir, quinze jours avant l’époque présumée des règles , une cuillerée à café de cette solution, puis deux, puis trois progressivement. On a aussi employé avec avantage le seigle ergoté, à la dose de 5 à 6 grains par jour (Pauly) , et l’extrait aqueux d’aconit (M. TVest ), à la dose de I à 8 grains progressivement.

Si l’aménorrhée était liée à un état d'irritabilité extrême, ou à la prédominance d’action de la mairiee, on prescrirait l’abstinence du coït, la saignée révulsive aux bras, les injections, les lavements et les cataplasmes émollients et narcotiques, enfin les calmants de tous les genres et surtout l'opium. Les symptômes nerveux , hystériques , les accidents

df. t.’aménorrfiiîe. 953

névropathiques seront combattus par les antispasmodiques, l assa fœtida, le camphre, le musc, le castoréum , les préparations opiacées administrées surtout dans un demi-lavement. Enfin, nous terminerons ce que nous avions à dire sur le traitement de l’aménorrhée dépendant d’une cause locale, en ajoutant que celle qui est due à l’atrésie utérine , vaginale ou vulvaire , ou à une lésion de situation de l’organe gestateur exige des opérations que nous avons fait connaître ailleurs (1).

Le traitement de V aménorrhée sympathique doit varier suivant les causes qui ont donné naissance à la suppression. Quand l’aménorrhée aura succédé à l une des circonstances qui peuvent la provoquer instantanément, entr’autres l’impression su-

(1) Dans la séance du 20 mars 1808, M. le professeur Roux a lu à l’Académie de médecine, la relation de son voyage scientifique en Allemagne où il est question d’un fait curieux observé à Prague , à la clinique de M. Fritz , sur une jeune personne de vingt-six ans, dont la matrice offrait un développement pareil à celui d’une femme enceinte de sept mois ; cet état anormal était produit par une accumulation du sang menstruel, qui ne pouvait pas s’écouler au dehors à cause de l’oblitération congéniale du col utérin , et de l’absence de la portion inférieure du vagin. Ayant été consulté par M. Fritz M. Roux conseilla d’ouvrir la poche du côté du vagin, en incisant avec soin à l’aide d’un bistouri. Ce conseil du célèbre chirurgien français fut mis en pratique avec un succès complet. Des opérations analogues ont été pratiquées pai M. le professeur Flammand , MM. Willciume de Metz , Amussat , Sloltz, et quelques autres chirurgiens que nous avons cités dans le chapitre Y, Ire section (lésions de forme).

bite du froid, il faudra, si l’on est appelé dès les premiers moments, prescrire l’usage des boissons chaudes légèrement excitantes et sudorifiques, telles que des infusions de mélisse, de menthe, de fleurs de sureau, etc., le séjour au lit, la chaleur des cuisses et des jambes entretenue au moyen de bouteilles pleines d’eau chaude ou encore mieux avec un cataplasme de farine de graine de lin, enveloppant toute l’étendue des membres inférieurs et renouvelé aussitôt qu’il commence à n’être plus chaud ; dans des cas de ce genre la potion suivante nous a presque toujours paru efficace; Pr. Eau distillée de mélisse, et de fleurs d’oranger , de chaque , 2 onces; acétate d’ammoniaque liquide, 3 gros ; teinture de safran , 30 gouttes ; sirop de tolu et d’écorce d’orange, une once de chaque, à prendre par cuillerée toutes les demi - heures. On pourra également employer avec avantage, les ventouses sèches, à l’hypogastre et à la partie supérieure des cuisses, et surtout les ventouses monstres , c’està-dire, l’appareil du docteur JunotÇ 1), dans lequel

(1) On trouvera des détails intéressants sur l’application des ventouses monstres dans un Mémoire publié par le docteur Junot , dans le n° de septembre 1834- de la .Revue médicale, sous le titre de Recherches physiologiques et thérapeutiques sur les effets de la compression et de la raréfaction de V air , tant sur le corps que sur les membres isolés. Nous sommes heureux de trouver ici l’occasion de remercier l’inventeur de cet ingénieux appareil , pour le zèle désintéressé qu’il a mis à en faire 1 application sur nous-mème , dans un cas de céphalalgie et d’in-

de l’aménorrhée. g55

devront être engagés les membres abdominaux jusqu’au bassin ; ce moyen est si puissant , que dans un cas de congestion cérébrale, nous l’avons vu déterminer une hémorrhagie utérine chez une femme de 50 ans qui avait cessé d’être réglée depuis plusieurs années. Pour éviter les inconvénients qui pourraient résulter de l’application de cet ingénieux moyen , celui surtout d’une dérivation trop brusque, on devra toujours avoir la précaution d’agir lentement et de n’opérer la raréfaction de l’air que d’une manière graduée. La méthode de M. Patterson, qui avait déjà été employée avec avantage par M. Velpeau, et qui consiste à appliquer des sinapismes sur les seins, pourra également avoir de bons effets. Si la suppression avait été le résultat d’une émotion vive de lame, on devrait joindre à ces moyens les antispasmodiques et les calmants.

Le traitement de l’aménorrhée, dépendant d’une lésion viscérale, doit consister à combattr la maladie qui entretient et qui a déterminé la suppression ou la non -apparition primitive des règles. Le moyen le plus efficace et en même temps le plus rationnel consiste à calmer, avant tout, limitation des organes primitivement affectés; on ne devra donc s’occuper de

somme, déterminées par un excès de travail et des veilles prolongées. Ce nouveau dérivateur du sang , dont nous avons éprouvé d’heureux effets, a valu à son auteur un prix de deux mille francs, décerné par l’Académie des sciences de l’Institut.

g56 LÉSIONS DE FOIN' ETIONS.

l’absence du flux menslruel , que pour affaiblir la gravité qu’elle ajoute à l’affection concomitante et pour diminuer les chances défavorables de guérison en détournant autant que possible l’afflux de sang qui se fait sur l’organe dont la lésion est la cause primitive de 1 aménorrhée. L’irritation et la congestion qui sont au cœur, au poumon , à l’estomac, au foie , etc. , exigent d’abord le traitement approprié à ces diverses affections, puis quelques moyens locaux propres à rappeler les régies, et employés principalement à l’époque correspondante aux périodes menstruelles. Les hémorrhagies supplémentaires peu abondantes, qui n’attaquent pas des organes trop délicats, celles surtout qui sont déjà anciennes, doivent être traitées avec prudence et circonspection et souvent même abandonnées aux seuls efforts de la nature ; si au contraire elles se manifestaient sur des organes dont la congestion peut devenir bientôt funeste, il faudrait tâcher d’en débarrasser les malades avec la précaution de ne pas les arrêter brusquement. En rétablissant le flux des règles par les moyens rationels que nous avons signalés , toutes les hémorrhagies anormales disparaîtront d’ellesmêmes ou pourront être supprimées sans inconvénient.

Nous terminerons en disant que les influences morales méritent une attention tout aussi sévère que les divers moyens que nous venons de passer en re-

DR LA. DYSMÉNORRHÉE.

vue, et exigent peut être encore plus de sagacité de la part du médecin. Tant qu’on n’a pas agi sur le moral, les désordres menstruels qui dépendent d'une affection vive de lame et surtout d’un chagrin profond, résistent à toutes les ressources de l'art ; toutes les drogues de la pharmacie sont également impuissantes pour combattre l’aménorrhée d’une jeune fdle qui est tourmentée par un amour contrarié ou malheureux !

« ISullis est amor medicabilis herbis » !

Les consolations d’une mère prudente et éclairée, les conseils d’une amitié plus indulgente que sévère, et surtout le mariage, lorsque la faiblesse n’est pas portée au point de faire craindre des suites funestes de la grossesse et de l’accouchement, tels sont les moyens qui dans ce cas pourront arrêter le mal dans sa source.

UE LA DYSMENORRHEE.

Nous entendons par dysménorrhée l’écoulement menstruel régulièrement établi , mais précédé ou accompagné de douleurs utérines et souvent de symptômes nerveux et hystériques. Cet état anormal, qui est moins une maladie que l’exercice douloureux d une fonction, etqui, selon M. Lisjranc, est souvent héréditaire, peut être idiopathique ou symptomatique d une métrite chronique avec ou sans engorgement.

Les causes de la dysménorrhée idiopathique sont peu connues ; mais on a observé que les femmes qui en fournissent le plus fréquemment des exemples , sont en général d’un tempérament nerveux ou bilieux et d’une complexion ardente et très portée au coït; cependantles constitutions entièrement opposées n’en sont pas exemptes ; et l’on a vu souvent les changements de climat, de manière de vivre, d’habitation et diverses causes débilitantes, qui à la longue, produisent l’aménorrhée, être également les causes de l’écoulement pénible et douloureux du flux menstruel.

Ijes symptômes dont l’ensemble constitue la dysménorrhée sont : des douleurs dans les lombes , les aines , la région hypogastrique , les cuisses et une sorte de contraction dans l’utérus qui accompagnent et précèdent l’écoulement des règles. A ces symptômes qui sont constants, on doit en joindre d’autres qui manquent quelquefois, tels que un étatd’hystéricisme et d’anxiété , un sentiment de constriction à la gorge, des lassitudes dans les membres , une insomnie plus ou moins complète , enfin une grande inégalité d’humeur. La plupart des femmes éprouvent une sensation de chaleur sur le col de la matrice, une sorte de prurit dans le vagin et un resserrement spasmodiques de la vulve faisant naître des désirs érotiques. Cependant le coït , loin d être agréable, est alors très douloureux et irritant ; nous ajouterons

DE LA. DYSMÉNORRHÉE. g5g

que l’écoulement du sang ne se fait que goutte à goutte, et que si parfois il est abondant , c’est toujours avec beaucoup de douleurs.

La dysménorrhée symptomatique est beaucoup plus fréquente que l’idiopatique; elle a pour cause la plus ordinaire l’engorgement du col et surtout du corps de la matrice , qu’on reconnaît au moyen du toucher pratiqué dans l’intervalle des règles. Cet écoulement incomplet et douloureux des règles peut également être symptomatique de la lésion d’un organe éloigné, et de même que l’aménorrhée, il n’est pas de maladies chroniques qui ne puissent lui donner lieu.

Le traitement de la dysménorrhée idiopathique de celle que l’on peut regarder comme dépendant d’une névrose de la matrice, et d’un excès de sensibilité de cet organe , présente pour première indication de calmer l’état nerveux par l’usage des bains tièdes prolongés et surtout des bains de siège employés quelques jours avant l’époque menstruelle; les demi lavements opiacés, les injections narcotiques de ciguë ou de morelle quand le prurit est trop vif , ou simplement d’eau de guimauve et de têtes de pavot, quand la chaleur seule des parties est augmentée; les boissons émollien.tes et abondantes , une diète végétale, un régime doux; enfin si la femme est pléthorique, une saignée révulsive pendant l’intervalle des règles, et, ou encore mieux deux ou trois jours avant leur apparition , tels sont les moyens dont l’expé-

Ç)6o LÉSIONS DK FONCTIONS.

rience a constaté l’efïicacitépour combattre l’affection qui nous occupe. Chez les femmes très irritables , on devra joindre à ces moyens l’usage interne des calmants, entre autres les potions et les émulsions auxquelles on ajoute , soit F extrait gommeux d’opium, à doses fractionnées, soit le sirop de diacode ou l’acétate de morphine à la dose d’un quart de grain dans quatre onces de liquide qu’on devra prendre par cuillerée toutes les heures. Enfin dans le but de déterminer plus vite une action sédative sur l’utérus, et pour combattre les tranchées douloureuses qui accompagnent l’écoulement des règles , on pourra , à l’exemple de M. Mcisuyer (1)M. J. Cloquet (2), Patin de Troyes (3) , et de quelques autres praticiens, on pourra disons nous, comme nous l’avons fait plusieurs fois avec avantage, donner de 40 à 70 gouttes d’acétate d’ammoniaque ( esprit de Minclerus ) dans un verre d’eau pris en deux fois. L’administration de ce médicament fait cesser les douleurs et facilite par cela même l’écoulement des règles. Aussitôt que le malaise et les tranchées utérines de l’époque menstruelle se font sentir, on administre une première dose (25 ou 35 gouttes); une demi heure après on en ordonne une seconde ; enfin si les symptômes ne s’amendent pas , on prescrit

(1) Gazette de santé , novembre 1826.

(2) Archives gén. de méd. t. XII, p. 651.

(3) Clinique des hôpitaux, t. III, n° 15 et 16, 1828.

DE L ECOULEMENT IMMODÉRÉ DES KÈGLES, ETC. 961

une troisième dose ; mais on ne devra le faire qu'avec réserve , pour éviter , comme cela arrive quelquefois , qu’il n’en résulte une diminution dans la quantité des règles. Nous terminerons en disant que l’aménorrhée est souvent rebelle aux moyens thérapeutiques, surtout lorsqu’elle est héréditaire, et en quelques sorte liée à l’organisation intime de la matrice. Celle qui est symptomatique d’une maladie de ce viscère ou d’un organe éloigné, offre le même pronostic que l’affection principale et n’exige par conséquent d’autre traitement que celui de cette dernière.

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