DE L’ÉCOULEMENT IMMODÉRÉ DES REGLES ET DES AUTRES PERTES UTÉRUNES
On ne doit comprendre sous les noms de pertes ou hémorrhagie utérine que les écoulements sanguins surabondants ou intempestifs qui ont lieu par l’orifice externe de la matrice, soit à l’état de vacuité de cet organe, soit pendant la grossesse et l'accouchement. Comme notre intention est de traiter seulement dans cet ouvrage des hémorrhagies qui ont rapport aux maladies de l’utérus proprement dites , nous passerons sous silence les pertes qui peuvent résulter de la gestation et de la délivrance dont il sera question dans un autre traité indépendant de celui-ci , que nous nous proposons de publier plus tard.
Les hémorrhagies utérines peuvent survenir chez
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les femmes qui sont encore réglées et chez celles qui ont cessé de l’être, lorsqu’elles se lient à l’apparition des règles , c’est-à-dire quand le flux sanguin n’est autre chose que la menstruation elle-même portée au delà de sa mesure normale , l’écoulement est plus spécialement désigné sous le nom de ménorrhagie , de même qu’il prend celui de métroirhagie quand il se manifeste à toute autre époque que celle des règles : dans la ménorrhagie ou hyperménorrhée , le sang s’écoule à chaque époque menstruelle en plus grande abondance qu’à l’ordinaire ; il est des cas où la quantité du fluide sanguin reste la même dans un temps donné ; mais néanmoins l’écoulement devient surabondan t, parce qu’il se prolonge un plus ou moins grand nombre de jours ; chez quelques femmes les époques des règles se rapprochent quelquefois de telle sorte qu’il ne reste presque pas d’intervalle entre elles. Chez quelques autres ces diverses variétés d’hyperménorrhée se combinent entr’elles , de telle sorte que les menstrues reviennent non seulement plus souvent , mais encore plus abondamment et pendant un temps plus prolongé qu’à l’ordinaire. Enfin il est une autre espèce de ménorrhagie qu’^/etius a désignée sous le stillicidium uteri , et d’autres auteurs sous celui de menorrhagia stillatitia , qui consiste dans une excrétion sanguine peu abondante , mais tellement prolongée qu’elle est en quelque sorte continuelle, et que les époques correspondantes aux périodes menstruelles ne sont plus si-
de l’écoulement immodéré des règles, etc. 963 gnalées que par l’abondance plus considérable de l’écoulement et par la couleur plus rouge et la consistance plus grande du fluide exhalé.
Si les femmes chargées d’embonpoint perdent ordinairement très peu , celles qui sont maigres et chétives ont en général des règles très abondantes et sont plus exposées à la ménorrhagie que les femmes fortes et sanguines, il en est qu'on pourrait suivre à la trace pendant quelques jours, lors même qu’elles se garnissent de serviettes et de chciuffoirs. Le sang, qui s’échappe en quelque sorte à plein vagin, les force de garderie lit, d’autant plus que la perte les réduità un étatde faiblesse extrême. Celles qui présentent cette constitution ont l'habitude de se dire très sanguines, parce qu’elles jugent de leur tempérament par l’exubérance de leur menstruation.
La considération de l’abondance du sang que perd une femme à chaque époque périodique est un mauvais moyen de juger si l’exhalation utérine est à l’état normal, ou si au contraire l’ hypermènorrkèe commence. Comme à cet égard il est impossible de partir d’un terme fixe, nous pensons que la quantité du flux sanguin est une mesure d’autant plus inexacte, que souvent une perte considérable n’entraîne à sa suite aucun symptôme fâcheux chez une femme pléthorique, tandis que un écoulement menstruel peu abondant suffit quelquefois pour affaiblir une femme débile. Cependant on devra regarder comme morbides
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les hémorrhagies utérines qui se manifestent à une autre époque que celle des règles, ainsi que toutes les exhalations sanguines de la matrice, qui, loin de soulager et de procurer du bien-être , déterminent la faiblesse, la pâleur, le malaise, et qui, se prolongeant au-delà du terme ordinaire, sont suivies du froid des extrémités, de syncopes, de convulsions. La boussole qui peut guider le médecin pour juger du flux immodéré des règles est donc moins la quantité du sang qui s'écoule, que la force et la langueur des malades. On ne devra donc pas regarder comme morbide l’écoulement menstruel, qui, quoique très abondant, n’exerce pas une influence fâcheuse sur la santé des femmes.
Comme la métrorrhagie proprement dite revêt souvent le caractère périodique de la menstruation , et peut se confondre avec elle , il est difficile de bien distinguer ces deux flux sanguins; quelques auteurs regardant cette distinction comme étant très importante, et se fondant d’ailleurs sur l’opinion de Celse , ae Hunier, d eDionis, sur les expériences de MM. Moj°n, Dawy , H ronde , Lcivagna , Julia b'ontenelle , etc., ont avancé que le sang des règles ne se coagulait pas, et était dépourvu de fibrine. Quoique les travaux des chimistes et des médecins modernes semblent ne laisser aucun doute sur la liquidité permanente du sang des règles, nous sommes loin de croire à tout ce qu on a dit a ce sujet ; car loutes les femmes
dk l’écoulement immodéré des règles, etc. ^65 bien portantes que nous avons consultées à ce sujet, nous ont dit qu’elles rendaient quelquefois des caillots ; d’ailleurs, M. Lecanut (Etud. chim. sur le sang, 1 837) a prouvé que le sang menstruel ne diffère du sang ordinaire que parce qu’il contient du mucus.
Comme lediagnostic différentiel de l’écoulementimmodéré des règles et de la métrorrhagie proprement dite n’est pas toujours facile à établir, et que d’ailleurs ces deux hémorrhagies utérines confondues par la plupart des auteurs se rapportent aux mêmes points de doctrine et exigent à peu près les mêmesindications thérapeutiques, nous croyons devoir ne pas les séparer dans leur étude, pour ne pas être exposé à des répétitions continuelles, en leur consacrant à chacun un chapitre particulier. Nous allons donc actuellement nous borner adiré que les femmes qui voudront modérer la trop grande abondance de leurs menstrues devront pendant tout le temps de leur écoulement s’abstenir de tout exercice violent et quelquefois même rester dans une position horizontale, de manière à ce que le bassin soit un peu plus élevé que la tête et le tronc; celles qui sont d’une forte constitution feront usage d’une alimentation végétale et lactée, de boissons délayantes, rafraîchissantes et acidulées, telles que l’eau de groseille, le petit lait, la limonade légère, les décoctions d’orge ou de chiendent nitré, l’eau de gomme arabique édulcorée avec du sirop de limon, ou de vinaigre. Les femmes d’un tempérament nervoso-
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lymphatique se nourriront d’aliments toniques, principalement de viandes rôties, et useront pour boissons pendant leurs repas, d’eau rougie avec un peu devin généreux du Rhin ou de Bordeaux. On leur prescrira également avec avantage les narcotiques et les antispasmodiques administrés à doses fractionnées pendant l’écoulement des règles , et l’usage des bains frais ou tièdes , si la saison ne le permet pas pendant leur intervalle, dans l’un et l’autre cas, les petites saignées révulsives pratiquées à l’un des bras quelques jours après le flux menstruel et réitérées entre chaque époque périodique , contribueront pour beaucoup à modérer l’exhalation sanguine de la matrice.
DE LA METRORRHAGIE.
D’après les motifs que nous venons de donner en parlant de l’écoulement excessif des règles, nous comprendrons sous la dénomination de métrorrhagie tous les écoulements sanguins de l’utérus qui ont lieu hors le temps de la grossesse et de la délivrance et que nous divisons en hémorrhagies essentielles, sympathiques et symptomatiques .
Les deux premières classes comprennent les exhalations sanguines qui ont lieu sans plaie, érosions ni ruptures appréciables des tissus , et dans la dernière se trouvent celles qui constituent un phénomène secondaire ou une complication accidentelle d’une