‹ Traite complet des maladies des femmes (volume 3)Chapitre 32 sur 86 · DE L’AVORTEMENT OU FAUSSE COLCUE · texte numérisé non relu

DE L’AVORTEMENT OU FAUSSE COLCUE

On doit entendre par avortement, l’expulsion du fœtus hors du sein de sa mère avant d’avoir atteint un développement nécessaire pour être viable. Ce qui distingue l’avortement de l’accouchement prématuré, c'est que dans ce dernier, le fœtus, quoique étant expulsé avant terme, a acquis une organisation assez parfaite pour vivre séparé de sa mère.

D’après madame Lachapelle, l’avortement est plus fréquent à six mois, puis à cinq, puis à trois qu’à tout autre époque de la grossesse.

Dèsormeaux, d’accord en cela avec l’observation et l’opinion de presque tous les auteurs, pense au contraire que cet accident est d’autant plus commun que la gestation est moins avancée. Morgagni a observé qu’il y avait plus d’embryons avortés parmi les filles que parmi les garçons, et à cet égard il est d’accord avec la plupart des auteurs qui ont écrit sur ce sujet.

Les causes de l’avortement sont divisées en efficientes et en déterminantes. Les causes efficientes ne sont autres que les contractions de l’utérus et les efforts musculaires des parois de l’abdomen ; les causes déterminantes doivent être subdivisées en prédisposai!-

(es et en oeasionelles. Chez quelques femmes ces premières causes agissent d’une manière si prononcée que l’avortement a lieu spontanément, sans causes occasionelles appréciables.

Les femmes les plus exposées à l’avortement sont

celles d’une constitution nerveuse , hystérique, irritable, celles qui ont des règles abondantes ou irrégulières, ou qui sont affectées de leucorrhée, de syphilis, de scorbut, de rachitisme, d’hydropisie, de cancer ou d’une maladie organique de .la matrice ; les femmes qui ont un embonpoint excessif, les boiteuses, celles qui ont le bassin mal conformé, qui ont l’utérus trop relâché ou trop peu extensible, ou qui sont devenues enceintes avant d’avoiracquis toutleur accroissement; enfin celles qui se nourrissent mal ou qui prennent une nourriture insuffisante, sont aussi plus exposées que les autres aux avortements ; il en est de même de celles qui offrent une disposition héréditaire, ou qui ont eu plusieurs fausses couches antérieures, enfin de celles qui se serrent trop la taille dans des corsets ou qui portent des vêtements trop étroits.

On doit encore ranger parmi les causes prédisposantes de l’avortement, l’habitation des pays marécageux et certaines constitutions atmosphériques qui ont été mentionnées par Hippocrate , et qui dans certaines années ont rendu l’avortement réellement épidémique ; Growii-Hcuin parle d’une épidémie de

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ce genre qui eut lieu pendant l'année 1f>85; Bert/iu/d, Bsherens en ont observé une semb’able en 1695 et A. Gcnsêlius une autre en 1712, enfui Stull a décrit une épidémie de fausses couches qui régna à Vienne eu 1778 et 1779. Nous avons été à même d’observer à Paris en 1832 que le choléra était une cause fréquente d’avortement ; nous devons dire ^ cependant qu’à cette époque nous avons donné des soins à deux dames cholériques enceintes, qui ont été saignées plusieurs fois au début de la maladie, et qui sont accouchées à terme d’enfants forts et bien constitués.

Aux causes prédisposantes que nous venons de signaler, il faut a jouter celles qui ont rapport au fœtus ou à ses annexes; ainsi l’avortement peut être une conséquence de la faiblesse du fœtus, de l’une deses maladies ou dune conformation monstrueuse; il peut en être de même du peu d’adhérence du placenta à la surface interne delà matrice, de son implantation sur le col utérin, de sa dégénérescence squirrheuse, hydatique, variqueuse, anévrismale ; de son manque de proportion avec le fœtus, de son atrophie, de la trop grande brièveté du cordon ou de son excès de longueur, enfin de toutes les maladies pouvant s’opposer au développement normal de l’embryon ou du fœtus.

Quoique les causes prédisposantes que nous venons de signaler puissent dans la plupart des cas déter-

ï I 74 LÉSIONS relatives a la reproduction. miner seules l’expulsion du produit de la conception, ce qui constitue X avortement spontané , on attribue presque toujours cet accident à des circonstances particulières qui passent en général pour en être les eau" ses principales et occasionnelles. Parmi celles-ci, dont quelques unes sont insignifiantes, sont lesbâillements , l’action d’aller à la garderobe, de rendreles urines, de tousser; les diverses impressions, celles de la joie, du chagrin, de la colère, d’une contrariété; celle produite par une odeur forte, par une chandelle qu’on vient d’éteindre, par le coït et par une foule d’autres circonstances qui agissent plus fortement ; telles que les mouvements violents elles secousses qui résultent de l’action de danser, d’aller en voiture, à cheval, de , courir, de sauter, de crier, de tousser, d’éternuer, de vomir, enfin tous les mouvements du corps trop brusques, les chutes et les coups sur l’abdomen, sur le siège ou sur les lombes. %

Aux causes occasionnelles déjà indiquées, on doit encore ajouter toutes les maladies aiguës, telles que les fièvres , les inflammations, et surtout celles de la matrice, la diarrhée, la dysenterie, les coliques, la constipation, la strangurie, les convulsions, les attaques d’hystérie et d’épilepsie.

Parmi les causes occasionnelles de l’avortement, il faut ranger aussi l’usage des bains, surtout ceux de siège et de jambes, l’émétique* les purgatifs drastiques, principalement ceux dont laloës est la base -,

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les emménagogues , entre autres la rhue , la sabine et le safran , etc.; la saignée, surtout celle du pied, enfin l’emploi des moyens mécaniques, de l'acupuncture et de certaines manœuvres agissant directement sur l'œuf, et qui ont été conseillés dans quelques cas de déformation du bassin, mais qui malheureusement ne sont que trop souvent mis en pratique par des personnes dégradées.

En général, s’il n’y a pas une disposition à l’avortement, la plupart des moyens abortifs et des causes occasionnelles que nous venons de citer n'ont pas le résultat qu’on en attend et n’empêchent pas à la grossesse de parcourir toutes ses phases. Ainsi les auteurs sont remplis d’observations qui prouvent l’inelHcacité des bains, des pédiluves, de la saignée du pied, de la saignée générale. Mauriceau rapporte l’exemple de deux femmes enceintes, dont l une fut saignée dix lois sans avorter; l’autre parvint également au terme de sa grossesse malgré 1 usage de vomitifs et de saignées fréquentes. Nous avons donné nos soinsen 1 839 à une jeune personne qui, dans l'espoir de se faire avorter, s’était fait saigner plusieurs fois par une sage-femme , et que nous trouvâmes sans connaissance, nageant dans une mare de sang échappé d’une varice qu’elle s’était volontairement ouverte à l’une des jambes. Mais loin d’obtenir le résultat qu’elle en attendait, les douleurs de reins dont elle souffrait

îiyG lésions ullativjls a la iiephodiiction. avant cette coupable tentative disparurent tout à l'ait, et elle mit au monde au terme normal un garçon parfaitement bien constitué. Puzos parle de la femme ïfed’un avocat qu’il accoucha d’un enfant bien portant, quoiqu’elle eût été saignée quatorze fois du bras et sept fois du pied; Jamot saigna sa femme quarantehuit fois, ce qui ne l’empêcha pas de mettre au monde à terme un enfant vivant. Enfin Mauriceau parle aussi d’un de ses confrères qui saigna aussi sa femme quatre-vingt-dix fois pendant une grossesse. Astruc dit avec raison que si les saignées, surtout celles du pied, faisaient avorter, il n’y aurait pas autant d’enfants trouvés dans les hospices.

11 en est ainsi des autres moyens abortifs; Maüriceau rapporte l’exemple d’une femme enceinte de sept mois, qui, pour échapper à un incendie, se laissa glisser d’un troisième étage; mais la frayeur lui ayant fait lâcher prise , elle tomba sur des pierres et se fractura l’avant-bras, ce qui n’empêcha pas sa grossesse d’arriver à son terme- Madame Lachapelle cite l’observation d’une jeune sage-femme enceinte et affectée d’angustie pelvienne qui se précipita au has d’un escalier dans le but de se faire avorter et d’éviter ainsi l’opération césarienne; elle mourut peu de jours après des suites de sa chute, mais l’avortement n’eut pas lieu. Nous avons donné des soins à une blanchisseuse enceinte de six mois, qui s’était cou-

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