DE LA DIARRHÉE, DE LA DYSENTERIE ET DU TÉNESME
La diarrhée des femmes en couches, qui consiste dans une évacuation plus ou moins fréquente de matières muqueuses, séreuses ou bilieuses, tient presque toujours à une cause nerveuse, c’est-à-dire qu elle dépend de l’influence sympathique de l’utérus sur le canal digestif. Dans quelques cas , cependant, la diarrhée est produite par une irritation intestinale qui se reconnaît par la sensibilité de l’abdomen, la pesanteur de la tête, l’état sabural , l’enduit muqueux de la langue, la difficulté de la digestion, et l’élévation du pouls. Dans la diarrhée sympathique ou nerveuse, les malades sont sans fièvre, sans coliques; leur bouche, leur langue et leur appétit conservent leur état normal.
Lorsque l’évacuation des matières est mêlée avec une certaine quantité de sang, elle prend alors le nom
de dysenterie, qui est toujours! le résultat d’une irritation des intestins, et qui est le plus souvent accompagnée de fièvre, de coliques, de tension et de sensibilité du ventre. Enfin la maladie prend le nom de ténesme lorsqu’elle ne consiste que dans une envie continuelle, douloureuse et presqu’inutile d’aller à la selle, et accompagnée de chaleur brûlante au fondement. Cette dernière affection survient le plus ordinairement vers la fin de la grossesse, et l’on a vu même les efforts qui en résultent, provoquer l’avortement. La compression exercée sur le rectum par la matrice et la constipation qui en résulte, peut donner quelquefois naissance au ténesme ; mais le plus souvent cette affection dépend de la diarrhée ou de la dysenterie.
La diarrhée qui survient dans le commencement de la grossesse est en général peu grave ; comme les femmes conservent leur appétit et leurs forces, on peut l’abandonner à la nature, ou du moins , ne lui opposer que quelques soins de régime, de la tisane de riz et quelques lavements émollients. Dans le cas où il y aurait quelques signes d’irritation gastrique ou intestinale, si surtout la langue était chargée et indiquait un état de sabure, on aurait recours à l’emploi des lavements adoucissants et opiacés, aux boissons de même nature, aux bains, aux fomentations ou aux catasplasmes, et même à une application de sangsues à l’anus, surtout chez les femmes d’une
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constitution forte et pléthorique. Dans quelques cas on emploie aussi les évacuants, l’ipécacuanha à la dose de quelques grains, et l’infusion de rhubarbe avec addition de seize grammes de sulfate de soude. Si malgré l’emploi de tous ces moyens, la diarrhée persiste, et si surtout la femme perd ses forces, on peut recourir aux amers, tels que la gentiane, la petite centaurée, la rhubarbe, lacamomilleen infusion, et plus tard au vin d’absinthe, au vin de Bordeaux, au diascordium, à la thériaque, et aux opiacés. Il sera bon aussi de donner des lavements toniques et calmants, préparés avec une décoction légère de kinkina et quelques gouttes de laudanum.
Pour combattre la dysenterie, c’est surtout aux préparations opiacées qii’on devra recourir. Ainsi, on prescrira l’opium sous toutes les formes. Pour boissons ordinaires les malades feront usage d'une décoction de riz gommée avec addition de 15 gouttes de laudanum de Sydenham; elles prendront deux ou trois lavements par jour préparés avec une décoction de guimauve ou de graines de lin, et 25 gouttes de laudanum; enfin il est un moyen qui nous a constamment réussi , qui consiste à prendre en lavement et en boisson un mélange de six blancs d’œuf battus dans un litre d’eau. Il faut avoir le soin de ne prendre que des demi lavements plusieurs fois par jour, que l’on doit tâcher de garder; on sucrera la partie du même liquide que l’on voudra boire, ou encore mieux
on édulcorera chaque verre avec une demi cuillerée de sirop de diacode. Ces deux derniers moyens, sont surtout très efficaces lorsque la dyssenterie est compliquée de ténesme, qui ne réclame à peu près que le traitement de la dysenterie.
On secondera l’effet de ces moyens, par la diète ou par un régime analeptique, composé principalement de petits potages au gras, de fécules, de gelées animales, de viandes blanches, d’œufs frais à la coque et de toutes les substances qui exigent le moins d’efiorts pour être digérées.