DES VARICES
Parmi les complications de la grossesse, il n’en est pas de plus communes que les varices. Elles sg développent le plus ordinairement vers la fin de la gestation, et affectent surtout les membres inférieurs et plus particulièrement la veine saphène ; cependant on les voit quelquefois s’étendre sur toutes les branches superficielles des jambes, des cuisses, des grandes lèvres, du vagin et du col de la matrice. On a vu même des femmes enceintes dont toutes les veines étaient gonflées et noueuses sans en excepter cel les des membres supérieurs, et qui offraient même une diathèse variqueuse générale. Nous devons dire cependant qu’ordinairemenl un des côtés est plus affecté que l’autre, probablement parce que c'est vers lui que se porte la matrice.
Quel que soit leur siège, les varices se manifestent sous la forme de bosselures qui simulent des grains de chapelet, ou une agglomération de sangsues entrelacées, ou enfin des nodosités obiongues, rondes, inégales, indolentes, disparaissant ordinairement à la pression, et se reproduisant ensuite, diminuant par le séjour au lit, grossissant par la position verticale, n’offrant aucune pulsation et ayant le plus souvent l’aspect d’une sorte d’arborisation.
Si dans quelques cas la rupture d’une petite varice
12^0 LÉSIONS RELATIVES A LA REPUODUCTlOiV.
est un accident peu grave, auquel il est possible de remédier par la compression, il arrive aussi que cet accident peut devenir promptement mortel, surtout s'il y a diathèse variqueuse et si la rupture a eu lieu sur une grosse veine, entre autres sur l'iliaque interne et la veine cave supérieure.
Lesjcauses de cette dilatation veineuse, peuvent dépendre de la faiblesse naturelle ou accidentelle des vaisseaux et d’une certaine disposition qu'ils ont à se laisser facilement distendre par le sang dont la circulation est gênée par la compression du globe utérin sur les veines iliaques.
Pour prévenir cette distension démesurée des veines et la rupture des tumeurs qu’elles forment, on doit consedler la liberté du ventre, la position horizontale, le repos, enfin la compression des m embres au moyen d’un bandage circulaire ou d’un bas lacé qu’il faut avoir le soin de n’appliquer que le m a tin avant de se lever, parcequ’alors les veines sont moins distendues par le sang. La saignée, chez les femmes pléthoriques, est un des moyens utiles auquel il sera bon de recourir. En général les varices cessent après raccouchement ; aussi les ressources de la chirurgie n’ont-elles jamais été employées pour le traitement des varices des femmes enceintes, qui ne persistent après l’accouchement, que lorsqu’elles se sont renouvelées pendant plusieurs grossesses successives et très rapprochées.
DES HF.ftIORttNOÏDES.
Les varices qui siègent sur le col delà matrice peuvent gêner dans l'accouchement ; comme elles peuvent se rompre pendant le travail et causer une hémorrhagie considérable, on doit tâcher d'en prévenir la rupture en les soutenant et en les repoussant doucement avec le bout des doigts. Si malgré lesprécautions que nous venons d’indiquer, la rupture d une veine variqueuse avait lieu, on devrait en tamponner l’orifice avec un linge imbibé d’eau alumineuse ou de toute autre liqueur stvptique.
DES HÉMORRMOÏDFS.
On a généralement attribué le développement des hémorrhoïdes chez les femmes enceintes, aux causes qui produisent les varices. Ce qu'il y a de certain, c'est que la constipation à laquelle les femmes grosses sont si sujettes en est une des causes la plus fréquente et la moins douteuse. Elles peuvent à la vérité dépendre aussi du volume de la matrice dont la compression sur les veines du bassin gêne la circulation et provoque l'engorgement des vaisseaux hémorrhoïdaux. Quoi qu’il en soit, cette affection se manifeste à toutes les époques de la grossesse ; rare ment dans les premiers mois, plus souvent vers le milieu et plus souvent encore vers la fin, surtout chez les femmes habituellement constipées.
Lorsque les hémorrhoïdes sont indolentes et peu
I l!\l LÉSIONS REL.4TIVF.S A LA P.FPRODÏJCTION.
douloureuses, elles consl i tuent une simple incommodité que les femmes supportent sans consulter de médecins ; mais dans certains cas elles déterminent une inflammation vive, des douleurs très aiguës, une grande gêne dans la marche, une impossibilité de s’asseoir, des ténesmes, des efforts infructueux pour rendre les excréments, et quelquefois enfin la chute du rectum, l’inflammation, la suppuration et l’ulcération du bourrelet hémorrhoïdal, et même des contractions utérines et l’avortement. A ces symptômes ou doit encore joindre la dyspnée, l’insomnie, l’agitation, le mal de tête et une fièvre plus ou moins intense.
On voit, d’après le tableau que nous venons de tracer, que les suites des hémorrhoïdes peuvent être très graves ; cependant ces tumeurs ne nuisent point en général à la grossesse, surtout lorsqu’elles fluenl, et si l’écoulement est modéré. Au contraire, si la perte de sang était abondante et surtout prolongée, il pourrait en résulter l’épuisement de la femme et la mort de l’enfant.
Lorsque les hémorrhoïdes sont rouges, tendues, douloureuses et enflammées, on prescrit, des baius, des fomentations émollientes et narcotiques, des lavements huileux, des suppositoires de beurre de cacao, le cérat opiacé, l’onguent populéum, un régime adoucissant, et la saignée au bras si la femme est pléihorique et si la douleur et la turgescence sont ron-
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sidérables. Quand les tumeurs hémorrhoïdales sont internes et enflammées, on injecte dans le rectum du lait tiède avec quelques gouttes de laudanum, on tient l’intestin vide au moyen de légers laxatifs et de lavements émollients; s’il survient un écoulement sanguin peu abondant, on le respectera ; mais s’il est excessif, on tâchera de l’arrêter ou au moins de le modérer, au moyen de fomentations astringentes faites avec une décoction d’écorces de grenades, de racines de bistortes, de noix de galle, à laquelle on pourra ajouter un peu de sulfate d’alumine ou de l’acétatede plomb; enfin, dansles cas les plus graves, on pourrait tamponner avec un cylindre de linge introduit dans le rectum : mais on doit se rappeler que la présence du tampon, qui est toujours très pénible, peut provoquer l’avortement, et que ce moyen, auquel il ne faut recourir que comme à un moyen extrême, peut laisser s’accumuler le sang dans l’intestin, et ne pas arrêter une hémorragie interne qui, quoique n’ayant plus lieu par l’anus, est cependant capable de causer la mort.de la femme.
de l’oedème.
La plupart des médecins de nos jours placent la cause de l'œdème, dans le système veineux et dans le système lymphatique ; aussi nous n’avons pas hésité à le ranger parmi les lésions de l’appareil ci rcu-
I a/|4 LÉSIONS RELATIVES A LA REPRODUCTION.
Intoire produites parla compression des vaisseaux. On remarque, en effet, que cette affection se manifeste surtout vers la fin delà grossesse, c’est-à-dire à l’époque où la matrice- offre le plus de volume; qu’elle affecte en général les membres inferieurs, surtout dans les grossesses doubles, enfin qu’elle diminue par la position horizontale et augmente par la marche et la station verticale. Quoi qu il en soit, les femmes faibles et lymphatiques, celles dont le système vasculaire a peu d’énergie, ou qui ont le bassin étroit, sont plus que les autres exposées à l’œdème des membres abdominaux, qui commence ordinairement par les pieds et les jambes, puis s’étend souvent sur les cuisses et même jusqu’à la vulve, aux aines et aux parois abdominales.
L’œdème est tantôt une tuméfaction non circonscrite, indolente, d’une couleur blanchâtre, qui conserve l’impression du doigt, et qui augmente le soir et diminue le matin ; tantôt c’est un engorgement plus ou moins étendu el| accompagné de douleur, de de chaleur, et quelquefois de rougeur et d’une sorte de rénitence qui l’empêche de conserver l’empreinte du toucher.
L’œdème qui tient à l’état de grossesse n’offre en général rien de dangereux, et se dissipe spontanément après l’accouchement. Lorsqu’il est peu étendu, il détermine une simple gène et une pesanteur plus ou moins incommode; quand il se prolonge
DR l/OEDKME.
jusque sur les cuisses et. les parties génitales, non seulement il ."ène la marche et la station assise et cause
beaucoup de douleurs et de malaises, mais encore il arrive quelquefois que la peau, distendue outre mesure, s’enflamme, se couvre de plaques érysipélateuses, et même, dans quelques cas, on a vu le tissu cellulaire sous-cutané devenir le siège d’une inflammation qui se termine alors par la gangrène de la peau. Du reste, le simple gonflement œdémateux peut être assez étendu pournuire à l’exécution des mouvements, gêner la respiration, et même être un obstacle à l’accouchement. Nous devons dire, d'ailleurs, quel’œdème quelque considérable qu’il soit, est en général une maladie peu grave chez les femmes enceintes. Delà motte assure qu’il n’a jamais vu périr de femmes par ces enflures, même les plus étendues, et que celles qui en sont affectées ne sont généralement pas sujettes aux vomissements.
Si l’œdème est accompagné de signes de pléthore, et si la tuméfaction est rouge et rénitente, la saignée est le meilleur moyen à mettre en usage, conjointement avec de doux purgatifs et des diurétiques, qui seraient seuls employés s'il n’existait pas de pléthore, et si l’œdème consistait dans une simple infiltration de sérosité dans le tissu cellulaire. On pourrait également, dans ce cas, recommander les frictions sèches, des lotions aromatiques, une légère compression avec un bandage roulé, et la position horizontale. Si
2/j C> LÉSIONS RKLATISVE A L\ RF.PRODUCTi0N
cependant celte situation déterminait une oppression considérable, il vaudrait mieux que la malade restât assise sur un fauteuil, et surtout sur une chaise longue. Enfin si ces moyens étaient insuffisants, et si le gonflement était très-étendu, on pourrait pratiquer quelques légères mouchetures, et appliquer, selon le conseil de Levret, un vésicatoire entre la cuisse et la grande lèvre. On devra, dans tous les cas tenir le ventre libre à l’aide de lavements et de purgatifs doux, conseiller des vêtements chauds, et surtout de porter de la flanelle; enfin, soutenir les forces chez les femmes faibles et lymphatiques par une nourriture fortifiante, et par l’usage du vin de Bordeaux pendant les repas.