‹ Traite complet des maladies des femmes (volume 3)Chapitre 9 sur 86 · DE LA NYMPHOMANIE · texte numérisé non relu

DE LA NYMPHOMANIE

occupe. Il est encore une cause fréquente et non moins puissante de l’exaltation érotique exagérée, qui n’est autre chose que la présence des vers ascarides , qui , en titillant le rectum , les nymphes , le i clitoris , les grandes lèvres et le vagin , déterminent sur l’appareil génital une excitation et une démangeaison qui forcent les malades à se gratter au point de donner naissance à des désirs érotiques les plus immodérés. Enfin, l’emploi des purgatifs drastiques, les fluxions hémorroïdales et surtout l’usage interne ou l’application externe des cantharides, ont quelquefois provoqué l’exagération de l’excitation génitale.

Symptômes. — Au début de la maladie la femme éprouve des désirs vénériens qui sont plus vifs aux époques menstruelles , mais que la pudeur lui fait dissimuler. Le soin qu’elle met à cacher les idées obscènes dont son imagination est sans cesse agitée, ainsi que les illusions d’un amour platonique qui a pour elle des charmes irrésistibles, exalte son imagination , la rend triste , taciturne , mélancolique ; elle perd l’appétit, le sommeil, et recherche la solitude pour ne pas être distraite des pensées dont son imagination est sans cesse préoccupée. Lorsque l’alfection fait des progrès, loin de chercher à cacher son penchant irrésistible, la malade emploie toute son adresse à le faire connaître par de fréquents soupirs , des propos encourageants , des attitudes voluptueuses , enfin par l’oubli complet de toute pudeur. A la

vue d’un homme le pouls de la nymphomane s’agite, sa face est plus rouge et plus animée , sa respiration devient tumultueuse , ses sens se troublent, elle tient des propos et fait souvent des gestes indécents; enfin, lorsque l’irritation est parvenue au plus haut degré, elle frappe, déchire tout ce qui lui résiste et tombe enfin dans un délire furieux. Outre les symptômes essentiels et caractéristiques de la maladie, il y a ordinairement des signes de véritable folie qui peuvent être rémittents, ou complètement intermittents, jusqu’à ce que de nouvelles causes les reproduisent. La femme toujours en proie à un état spasmodique général ou local , éprouve des lassitudes dans les membres, et un sentiment d’ardeur prurigineuse dans les lombes, l’hypogastre , les seins; ses urines plus ou moins abondantes sont toujours claires , et ses parties génitales, qui sont rouges, gonflées et sans cesse irritées par des attouchements et des manœuvres illicites, sont ordinairement le siège d’un écoulement sanieux et fétide, et quelquefois même purulent. Enfin une respiration précipitée, des palpitations pénibles , une soif ardente, un grincement de dents, le spasme de l’œsophage avec un sentiment de strangulation et parfois une sorte d’hydrophobie, sont encore des phénomènes qui accompagnent l’érotomanie. La terminaison de cette maladie est quelquefois luneste, surtout quand elle coïncide avec des alleclions organiques des ovaires , de la matrice et de

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ses dépendances , ainsi que Blancarcl, G-esnev, Morgagni en citent des exemples. Dans quelques cas les accès de la fureur utérine se succèdent aussi régulièrement et se terminent d’une manière aussi funeste qu’une lièvre pernicieuse intermittente. Le docteur /o//j(Dict. demed .et ch. pr. t. XII, p. 9G. \ 834.) rapporte un fait de ce genre d’après M. Jauzion. On sait aussi qu ’Èusébie, femme de l’empereur Constantin, fils de Constantin le Grand, mourut dans un accès de fureur utérine ( Apud Zonarum , hist. grœcum. annal. t. III. p. 23.). Nicolas Blegny , qui fonda en 1 678 l’Académie des nouvelles découvertes en médecine , rapporte qu’une religieuse qui avait été atteinte de plusieurs accès de fureur utérine , en eut un si violent , qu’elle mourut comme suffoquée. Paul d’Égine cite également l’observation d’une belle femme de Delphes, qui mourut dans un accès du môme genre. Quoiqu’on ait vu quelquefois le mariage mettre fin à la nymphomanie (1) , on ne doit cependant recourir à ce moyen que lorsqu’on est bien fixé sur l’étiologie du mal et sur l’opportunité du remède. C’est assez dire qu’on ne saurait apporter trop de réserve et de prudence , si l’on devait donner un conseil sur un point aussi délicat.

(1) Swcnck rapporte qu’une Italienne qui dans un accès de folie ''érotique était sortie nue de chez elle, et s’était intioduite dans une maison de débauché, ou plusieurs hommes assouvirent sur elle leur passion, recouvra la santé au milieu de leurs brutales caresses.

Le traitement de la nymphomanie varie selon les causes et le siège primitifde la maladie, c’est-à-dire que les moyens thérapeutiques doivent être dirigés tantôt sur l’encéphale, tantôt sur les organes génitaux auxquels se rapporte l ’appétit vénérien exagéré qui domine les malades. Dans le premier cas, qui selon nous est beaucoup plus fréquent, on devra, surtout lorsque l’érotomanie sera commençante, avoir plus de confiance dans les moyens hygiéniques que dansles médicaments qui sont le plus souvent inefficaces pour combattre une maladie qui prend sa source dans une affection morale. On commencera donc par procurer à la malade des distractions propres à détourner son imagination de toute pensée lascive au moyen d’une occupation sans relâche, des voyages et des promenades.

« Otia si tollas periêre Cupidinis arcus. » (Ovide.)

On évitera avec le plus grand soin toutes les circonstances capables d’entretenir l’exaltation érotique, telles que les statues, les images, la lecture des romans, les bals , les spectacles , la fréquentation des hommes, etc. On tâchera toujours d’occuper leur esprit d’objets étrangers à leur passion, et on fera ensorte qu elles n’aient des rapports et des entretiens qu’avec d’autres femmes; on prescrira en même temps l’usage des grands bains tièdes prolongés, avec des affusions froides sur la tète , pendant le séjour de la malade dans le bain. Les émulsions d’amandes

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avec addition de nitrate de potasse; les boissons tempérantes, froides et édulcorées avec du sirop d’orgeat, de groseilles, de guimauve; celles faites avec de l’eau de laitue, de concombre, de melon , de citrouille , de nénuphar , et les lavements de même nature avec addition de quelques grains de camphre; enfin, le petit lait, les bouillons nitrés, de poirée et d’oseille, ceux de poulet et de veau, les limonades, la diète végétale et lactée , les saignées générales , les applications de sangsues derrière les oreilles et surtout à la nuque, sont autant de moyens qui pourront être appliqués avec avantage dans les cas où la maladie aurait son point de départ dans l’encéphale.

Si la nymphomanie avait pour origine une cause locale d’excitation vénérienne, telle que la masturbation , une affection dartreuse , un prurigo , une leucorrhée, la présence des vers , etc., on devrait chercher à émousser la sensation prurigineuse qui porte les malades à des excès révoltants qui leur sont si funestes, en joignant aux moyens déjà indiqués divers topiques, tels que des injections émollientes et narcotiques et des applications sur les parties génitales de linges imbibés des décoctions de têtes de pavots , de laitues, de morelle, de ciguë, etc. On pourra aussi, dans le même but, avoir recours à des onctions faites avec de la pommade de concombre opiacée, ou du cérat calcaire préparé avec un mélange d’eau de chaux et d’huile d olive , agité avec une spatule. Les

demi lavements de lait avec une addition de quelques grains de camphre, et l’emploi interne du camphre, conseillé surtout par Eitmuler ( de morb. mulier. cap . 2.), à la dose de 5 à \ 5 grains dans une potion, sont des moyens dont l'efficacité reconnue dès la plus haute antiquité a été consacrée par ce vieil adage :

« Camphora per nares castrat oâore mares. »

Pour diminuer l’orgasme vénérien ; quelques auteurs ont conseillé la ciguë , mais la vertu antiaphrodisiaque de cette plante est loin d’être constatée, quoique Saint Basile ait dit ( Homïl . V. supra hexaemer. ) : « Se vidisse quasdam jœminas, quæ potione cicutæ extinxerint rabiosas cupiditates . » Enfin , dans le but d’abattre les désirs érotiques , le docteur Cosler a proposé l’emploi du tartre stibié à petites doses de 1 à 2 grains dans une pinte d’eau à prendre par verrées toutes les heures, de manière à exciter des nausées sans déterminer le vomissement. Selon ce médecin^ les nausées et raffaiblisseinent musculaire qui résulte de l’emploi de ce moyen, ne manquent presque jamais de produire l’effet désiré. 11 est bon de dire aussi qu’on devra enlever de la couche de la malade tout ce qui peut exciter les organes génitaux. Ajnsi les matelas trop mous , les lits de plumes , les édredons seront rejetés, et le lit ne sera composé que d une paillasse et d’un matelas de crin. On rejettera également comme un moyen dangereux et contraire

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