DE LA NYMPHOMANIE. IOT
j tiable qui porte les femmes à l’aete vénérien. Cette affection, sur laquelle la plupart des auteurs de l’antiquité , entr’autres Hippocrate , Galien , Celse , Arètée , Oribase , Paul d'Egine , gardent un silence complet , a été décrite d’abord par Soranus , sous le nom de ^xpo^avia ( de utero et mulieb. pudendo ); puis , d’après cet auteur , par Aètius sous celui de furor uterinus, et par Moschion ( de affect, mulieb. cap. 28), sous la dénomination de satjriasis. Les médecins qui ont écrit sur cette névrose, ne sont pas d’accord sur son siège • les uns l’ont placé dans les organes génitaux, et les autres l’ont fixé dans l’encéphale ; la première opinion a été soutenue par Soranus , Aètius , Moschion , Sennert , Louper- Villermay , et la seconde par PV illis , Sydenhan , Boerhaave , Georget, Dugès, etc. Enfin, quelques auteurs
1 modernes , entr’autres MM. Joly et Rech, professeur de Montpellier, à l’opinion desquels nous nous ran- : geons, regardent la nymphomanie comme étant le i résultat de l’irritation simultanée du cerveau et des « organes sexuels. Cette exagération morbidede l’appétit vénérien, cet œstus eroticus , est moins une maladie ; qu’un symptôme dont la manifestation exige à la fois j le concours de l’encéphale et des organes auxquels i se rapportent les sensations érotiques. Le point de départ est tantôt dans le cerveau et tantôt dans la i matrice et ses dépendances ; dans le premier cas, le i mal se développe sous l’influence de causes morales
qui irritent secondairement les parties génitales, et dans le second cas la névrose est le résultat d’une irritation primitive des organes de la génération réagissant sympathiquement sur le cerveau et surtout sur le cervelet.
Cette alTection , qui peut se manifester à tous les âges , attaque principalement les femmes d’un tempérament utérin primitif, qui est déterminé par la prédominance du système sanguin et l'extrême irritabilité des viscères abdominaux. Les femmes de cette constitution présentent quelque chose des traits de Sapho ; leur taille est petite, leur peau est brune et leur teint coloré; chez elles les seins et tous les attributs de la puberté se sont développés de bonne heure ; le clitoris et les nymphes, qui offrent ordinairement une longueur anormale, sont doués d’une trèsgrande sensibilité. Les jeunes veuves qui ont à regretter des jouissances fréquentes, les filles publiques qu’une réclusion forcée prive tout-à-coup des plaisirs vénériens auxquels elles se livraient avec excès, les femmes ardentes qui sont mariées à des hommes dont la constitution débile et froide ne permet pas des rapprochements sexuels souvent répétés, enfin celles qui sont atteintes d’une affection cérébrale chronique, sont les plus exposées à l’affreuse maladie qui nous occupe, surtout quand elles habitent des climats chauds où les passions sont plus vives et 1 imagination plus exaltée.
DE LA jVYMPTTOMANIF.
11 est des femmes chez lesquelles les organes génitaux ont acquis une telle prépondérance, qu’il leur est presque impossible de dompter l'ardeur érotique qui les dévore ,* telle était la jeune fille dont parle Buff 'on. « J'ai vu, et je l’ai vu comme un phénomène, une fille de douze ans , très-brune , d’un tein vif et fort coloré, d’une petite taille , mais déjà formée, avec de la gorge et de l’embonpoint, faire les actions les plus indécentes au seul aspect d’un homme ; rien n’était capable de l’en empêcher, ni la présence de sa mère, ni les remontrances , ni les châtiments. Elle ne perdait cependant pas la raison, et son accès, qui était marqué au point d’en être affreux , cessait dans le moment qu’elle demeurait seule avec des femmes. (Histoire naturelle de l’homme, de la puberté.)» Telle était encore la fameuse Messaline , dont Juvérial et Pline le naturaliste nous donnent l’impudique et dégoûtante histoire. Elle s’échappe la nuit du. lit où dort l'empereur Claude , son stupide époux, et déguisée sous les habits de la courtisane Lycisca , elle court affronter la brutalité des plus vils débauchés :
« Et lassata vins, sed non satiata recessit. »
Parmi les causes qui agissent primitivement sur l’encéphale et consécutivement sur les organes sexuels, on doit ranger toutes les circonstances capables de déterminer un surcroît d’excitation sur le ccn-
tre sensitif et d’augmenter l’exaltation des sens et des idées ; telles sont un amour malheureux , une affection concentrée, les lectures lascives et passionnées, la vue de peintures licencieuses , les entretiens érotiques et romanesques , le commerce intime avec des gouvernantes ou des compagnes corrompues , la fréquentation des bals, des théâtres, la culture trop assidue des beaux arts , la vue fortuite des débats amoureux et l’influence de l’imitation qui , dans ce cas comme dans la plupart des affections nerveuses , a des effets aussi funestes que constants. On regarde également comme pouvant produire la nymphomanie l’abus des aliments et des médicaments dits aphrodisiaques, celui des liqueurs spiritueuses , l’usage immodéré des aromates et des parfums qui , en excitant le cerveau et la sensibilité générale , réveillent et exaltent l’appétit vénérien.
Les causes dont l’action se fait sentir primitivement et directement sur la matrice et ses dépendances, et qui peuvent ensuite réagir sympathiquement sur le cerveau , sont les habitudes solitaires , l’abus du coït , une affection dartreuse ou le prurigo de la vulve , l’irritation du clitoris et des nymphes , l’inflammation du col de l’utérus et celle des ovaires; nous ajouterons que l’âge de la puberté , celui de la cessation physiologique des règles, ainsi que l’époque de leur écoulement, sont les circonstances les plus favorables au développement de l’affection qui nous