DE LA SUTURE
L application de la suture, comme moyen curatif des fistules vaginales, ne date que des premières années de ce siècle. J.-L. Petit (t) la trouvait tellement impraticable, qu il s éleva fortement contre l’avis d’un médecin appelé en consultation, avec plusieurs auties, chez une dame affectée d une fistule vésico-vaginale. Ce célèbre chirurgien, mort en 1750, dit, dans ses œuvres posthumes publiées par Lesne , son ancien élève, que le consultant qui proposa la suture, et qui du reste était seul de son avis, se rendit au sentiment commun , parce qu’il lui fit sentir « non « seulement la difficulté de faire cette opération dans “ un *'eu 81 profond et si caché, mais aussi la néces-
( I ) Traité des maladies cliimrg. et des opérât, etc. tome lit. page 87.
cf sité de rafraîchir les bords dans toute la circonfé- « rence du trou et l’impossibilité de l’exécuter exacte- (f ment. «
D’après M. Chèlius , dont parle M. le professeur Pelpeau (1) , la suture aurait été proposée par Roonhuyzen, accoucheur et chirurgien d’Amsterdam, qui vivait vers le milieu du XVIIe siècle , et qui s’est surtout fait connaître par l’invention du levier, qui fut si long-temps un mystère pour le public. Le procédé de Roonhuyzen, qui paraît lui avoir été indiqué par son neveu, consiste à aviver les bords de l’ouverture fistuleuse, à les réunir à l’aide d’aiguilles faites avec l’extrémité cornée des plumes de cygne, qui seraient maintenues par la suture entortillée, enfin, à remplir la cavité vaginale au moyen d’une éponge. Il paraîtrait que plus tard ce procédé aurait réussi à Ratio et à TValter ; mais les preuves qu’on a de leurs succès sont trop peu concluantes et trop peu authentiques pour qu’il ne reste aucun doute à cet égard.
En \ 802, M. Lewziski proposa la suture, dans une thèse soutenues la faculté de médecine de Paris. L’instrument qu’il conseille pour faire l’opération est tout simplement une sonde plate un peu courbée et percée de deux fentes vers son extrémité vésicale, de manière à donner passage à une aiguille qui est également courbe. Lorsque la sonde est introduite dans
(1) Médecine opératoire, tome III, page 648.
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la vessie, on pousse l’aiguille par le vagin à travers la lèvre postérieure de la fistule, au moyen d'un ressort de montre renfermé dans la cavité de l’instrument. L’aiguille qui a traversé ainsi la cloison vésicovaginale est aussitôt extraite par la vulve , en entraînant un fil dont on fait un point de suture, après avoir perforé la lèvre opposée de la plaie ; enfin, lorsqu’on a placé de la même manière un nombre suffisant de fils pour maintenir en contact les bords de la division, on les noue et on les serre au moyen d’un serrenœud.
En 1812, M. JSfægèle , professeur à Heidelberg , employa avec succès la suture pour l’application de laquelle il propose plusieurs procédés que nous allons faire connaître quand nous aurons exposé la méthode qu’il suit pour aviver les bords de la plaie, et qu’il exécute de la manière suivante : Après avoir introduit dans la vessie une sonde qui doit y être maintenue iinmobile, il porte dans le vagin, en les conduisant sur le doigt indicateur, des ciseaux à pointe aiguë, avec lesquels il traverse les tissus, de manière à resciser les bords de la fistule qui sont soutenus par la sonde. Si 1 avivement ne peut être complété avec les ciseaux, il 1 achève alors au moyen d’un bistouri à lame cachée, mais qui est rendue saillante aussitôt qu elle se trouve en rapport avec les parties sur lesquelles elle doit agir. Lorsque les bords de la fistule sont convenablement avivés, le professeur ISœgèle procède à la liga—
ture \o ail moyen d’une aiguille analogue à celle de Deschamp , pour la ligature de l’artère poplitée. Cette aiguille, montée sur un anneau dans lequel on engage le doigt indicateur de la main droite, est portée sur le doigt indicateur de la main gauche qui en recouvre la pointe, jusqu’à ce quelle soit arrivée vers le point du bord de la fistule qu’on veut pprforer. Alors le doigt qui a cessé de couvrir la pointe de l’aiguille soutient la lèvre de la plaie pendant la perforation , qui a lieu d’abord du vagin vers la vessie , puis de la vessie vers le vagin pour le côté opposé.
Aussitôt que la pointe de l’aiguille se présente, après avoir traversé la cloison vésico-vaginale, on dégage le fil qui est porté par un chas, et l’on retire l’aiguille elle -même par un mouvement rétrograde afin de l ariner d’un nouveau fil pour placer autant de suture qu’on l’a jugé nécessaire. Enfin, on termine l’opération en réunissant tous les chefs que I on tortille sur eux-mêmes et que Ion fixe ensuite au dehors par un emplâtre agglutinatif , puis , pour soutenir la paroi antérieure du vagin, on introduit dans sa cavité une certaine quantité de charpie.
M. Nosgële propose encore un moyen qui consiste à traverser les bords de la fistule avec des aiguilles courbes portées au moyen d’une pince; lorsque les aiguilles ont perforé la cloison vaginale, on les laisse en place, et après avoir retiré la pince , on les en-