‹ Traite complet des maladies des femmesChapitre 54 sur 60 · DU CANCER DE L'OVAIRE ET DES AUTRES DÉGÉ- NÉRESCENCES DE CET ORGANE · texte numérisé non relu

DU CANCER DE L'OVAIRE ET DES AUTRES DÉGÉ- NÉRESCENCES DE CET ORGANE

L’ovaire, comme la matrice, est susceptible de présenter des productions morbides et diverses dégénérescences sur lesquelles nous ne dirons que quelques mots, parce que les détails circonstanciés que nous pourrions donner ne seraient , en quelque sorte , qu’une répétition de ce que nous avons dit dans les chapitres précédents.

Parmi les transformations des ovaires , on doit ranger la transformation fibreuse , qui offre une si grande analogie avec celle de l’utérus qu’il est souvent impossible de déterminer le véritable siège de la tumeur , non-seulement pendant la vie des malades, mais même avec les pièces anatomiques sous les yeux. Ces productions fibreuses, qui Ceo xisten tassez fréquemment avec celles de la matrice , et qui, comme

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celles (le ce viscère , peuvent se développer à la surface ou dans le tissu propre de l’organe , varient prodigieusement en volume et en poids, puisque on en a vu qui pesaient depuis un gros jusqu’à plus de 40 livres. M. Cruveilhier (1) a trouvé dernièrement chez une femme morte à la Salpétrière , une tumeur de l’ovaire, pesant 46 livres. Nous devons dire aussi que cet organe, peut , comme l’utérus, être le siège de transformations cartilagineuses ^2), osseuses (3), pierreuses (4), tuberculeuses (5) et mélaniques (6) qu’on ne peut reconnaître que par l’autopsie.

De toutes les dégénérescences de l’ovaire, la plus importante à étudier est sans contredit la dégénérescence cancéreuse, à cause de la fréquence de ses suites lâcheuses et des douleurs atroces qu’elle détermine presque toujours. Le cancer de l’ovaire peut ,

(1) Dictionnaire de médecine et de cliirurg. prat. , t. XII , page 4 14.

(2) Kluiskeri. Annales de littér. étrang. t. IX, p. 336. — Dupuytren. Bulletin de la Faculté de méd. n° 3, 1306. — Caillot. Académie de méd., 13 janvier, 1824. V citer. Idem, 12 juillet

(3) Logger. De ovarior. morb. page 12. Seymour , loc. cit. page 56.

(4) Haller. Disput. ad morb. t. IY, p. 420(d’après Schlenkcr). Saviard , nouv. recueil d’obser. 1702.

(5) Seymour. Loc. cit. Tonnclc. Journal liebdom. de méd. , t. Y, 1829.

(6) Morgagni. De sedibus et caus. morb. epist. 21 , 22 , 31 , 59.

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comme celui de la matrice, se présenter sous toutes les formes, qui souvent se combinent entre elles ou avec d’autres altérations; cependant le cancer squirrheux et le cancer encéphaloïde qu’il est toujours assez difficile de distinguer, même à l’autopsie , ont été plus fréquemment observés que les autres variétés dont nous avons indiqué les caraclères en parlant de cette affection siégeant sur l’utérus.

Les ovaires cancéreux acquièrent quelquefois un volume très considérable, et changent alors , tous les rapports de situation qu’ont, entre elles les parties voisines. Morgagni parle d’un ovaire cancéreux qui pesait 24 livres; M. Velter en a vu un du poids de 56 livres, M. Caillot un autre du même poids.

Les causes du cancer de l’ovaire sont peu connues; cependant tout porte à croire que cette dégénérescence a le même principe que l ovante chronique dont elle est souvent la terminaison. Tout ce que nous pouvons dire de positif, c’est que le cancer de l’ovaire s’observe pour le moins aussi souvent que celui des seins, et qu’il ne le cède en fréquence qu'à celui de la matrice avec lequel il coïncide quelquefois consécutivement.

Les symptômes de l’affection qui nous occupe sont très obscurs dans les premiers temps de son existence ; lorsque plus tard , le développement de la tumeur peut faire soupçonner un cancer de l’ovaire, il est difficile de le distinguer des autres lésions

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vitales dont il a été question précédemment; à mesure que le mal fait des progrès , les douleurs qui se font sentir dans un des côtés du bas-ventre et qui dans le principe étaient sourdes et non continues deviennent plus vives et prennent de plus en plus le caractère de celles des dégénérescences cancéreuses.

Quand la maladie se présente sous la forme squirrheuse , la tumeur s’accroît avec lenteur, et on en a vu même augmenter insensiblement pendant dix ans et même pendant trente ans, sans qu’il en résultât aucun dérangement notable dans les fonctions ni des douleurs très vives ; souvent les seules incommodités qu’éprouvent les malades sont un sentiment de gêne proportionné au poids etau développement du squirrhe et quelques désordres dans la menstruation , qui du reste sont loin d’être constants. Le cancer encéphalo'ïde s’accroît au contraire avec rapidité, peut devenir énorme en quelques mois , causer des douleurs lancinantes caractéristiques de cette dégénérescence. Quand le mal tend aune terminaison funeste, la tumeur qui se bosselle, et se boursouffle de plus en plus, se ramollit en certains points; les élancements qu’on a comparés à des coups d’aiguille, deviennent de plus en plus atroces et se propagent aux parties voisines, à la matrice, à la vulve, aux lombes et à la cuisse qui correspond au côté malade; des pertes sanguines, des écoulements ichoreux et d’une odeur infecte s’échappent du vagin, qui par extension de la

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dégénérescence , devient souvent le siège de végétations fongueuses, granulées et de couleur rougeâtre et livide. Les douleurs s’irradient sympathiquement, aux genoux, aux jambes, à la poitrine et aux épaules; l’estomac est surtout affecté; les digestions se font mal; la malade, qui éprouve un dégoût extrême pour les aliments , est sujette à des vomissements et à des nausées , à une constipation opiniâtre, enfin une insomnie presque absolue, un état permanent d’hvstéricisme, un amaigrissement rapide et une fièvre continue annoncent une fin prochaine, qui estle dénouement inévitable de cette scène de douleur.

Le diagnostic du cancer de l’ovaire à l’état squirrheux proprement dit est toujours difficile , surtout dans les premiers temps de sa formation , lorsque le mal est plus aigu , la dureté de la tumeur, l’absence de la fluctuation, enfin les douleurs lancinantes le distinguent assez bien de l bydropisie en kystée, des tumeurs fibreuses de l’utérus et des grossesses extra -utérines; on évitera également de la confondre avec une accumulation de matières fécales, dans le cæcum ou dans les gros intestins en général, en se rappelant que les tumeurs dépendant de cette cause se manifestent, disparaissent, et changent de place, selon la position que l’on fait prendre â la malade; d’ailleurs le toucher vaginal, 1 origine et les antécédents de la maladie, contribueront pour beaucoup à faire cesser toutes les incertitudes.

Le pronostic , quoique toujours fâcheux, varie selon la forme du cancer, le volume de la tumeur et les complications du mal. La dégénérescence encéphaloïde est la plus grave de toutes, et celle dont la terminaison est la plus promptement funeste. Il enestdn reste pour l’ovaire comme pour la matrice , c’est-àdire qu’en suivant l’ordre de gravité, on doit placer le cancer encéphaloide , qui est celui qu’on observe le plus souvent sur le cadavre, le cancer hèmatode ou sanguin observé trois fois sur l’ovaire, par Hooper (1), le cancer fongueux dont Prochas ha (2) nous a donné une description et un dessin , enfin le cancer squirrheux , qui est le premier degré des autres, est celui dont le pronostic est le moins grave; car souvent on parvient à arrêter plus ou moins long-temps sa marche. Nous ajouterons aussi qu’il coexiste souvent avec 1 hydropisie enkystée de l’ovaire, dont il est une complication fâcheuse ou dont il peut être ou la cause ou l’effet.

Le traitement de la dégénérescence dont nous nous occupons doit être simplement palliatif ; car malgré les prétendues guérisons publiées par quelques auteurs, cette alïection est toujours au-dessus des ressources de la thérapeutique médicale. Les petites saignées du bras, les bains prolongés, les narcotiques, les boissons adoucissantes et tempérantes , les la-

(1) lhe morbid. anat. oftlie liuman utérus. PI. XXI.

(2) Disc, organismi, corpor. hum. pî! Y.

vements émollients et opiacés, quelques légers laxatifs, un régime doux et plutôt végétal, tels sont les moyens , qui peuvent diminuer la violence des symptômes et arrêter pour quelque temps la marche du mal. Lorsque les règles seront supprimées, ce qui a lieu fréquemment, on tâchera de les rappeler ou d’y suppléer par des applications de sangsues en petit nombre à la vulve et à l’anus ; on pourra également recourir à l’emploi des exutoires , des douches sulfureuses ou alcalines; les frictions mercurielles sur la tumeur, enfin l’usage interne de la ciguë et des autres prétendus anti-squirrheux que nous avons indiquésen parlant du cancer de la matrice, pourront tour-à-tour être essayés dans le but, non de guérir , mais de soulager les malades. Lorsque la tumeur squirrheuse se sera ramollie et aura pris la forme encéphaloïde ou une des autres transformations du cancer, le traitement, qu’on devra varier selon la nature des symptômes , consistera dans des soins accessoires et subordonnés à la nature des incommodités. Nous ajouterons encore, que dans cette affection, ainsi que dans l’hydropisie de l'ovaire, on a proposé l’extirpation de l’organe, qui, comme on l’a vu dans le chapitre précédent, a été couronnée quelquefois de succès. Nous pensons néanmoins que les résultats obtenus ne sont pas capables de justifier toujours une aussi grave opération, et qu’on ne saurait trop blâmer toute tentative de ce genre, faite sur une femme pré-

sentant une diathèse cancéreuse, une dégénérescence de la même espèce sur un autre organe, ou enfin une prédisposition héréditaire au cancer.

Quoique les trompes soient sujettes aux mêmes maladies que les ovaires , nous nous abstenons d'en parler, parce que les détails que nous donnerions seraient inutiles pour éclairer le médecin dans sa pratique et n’offriraient de l’intérêt que dans un traité d’anatomie pathologique, puisque les diverses lésions tubaires ne peuvent être constatées que par l’autopsie, et coexistent presque toujours avec celles de l’ovaire.

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