DU CA.NCËU DU VAGIN. 8O
la maladie primitive^ dont la terminaison est par cela même beaucoup plus promptement funeste.
Le cancer du clitoris débutejordinairement, comme celui de la verge, par son extrémité ou gland ; quelle que soit la forme sous laquelle il se manifeste, il peut dépendre d'une irritation produite par des ulcérations syphilitiques, des excès érotiques solitaires, des excitations et des froissements fréquents ou prolongés ; sous l'influence d’une ou de plusieurs de ces causes, on a vu le clitoris acquérir le volume du pouce, et quelquefois donner naissance à une tumeur fongueuse pédiculéequi peut avoir la grosseur du poing et offrir l’apparence d’une masse mollasse , blanchâtre , ou de couleur livide, rougeâtre et couverte de granulations en grappe, sécrétant un liquide iclioreux.
Le cancer du méat urinaire est, comme celui des petites lèvres, presque toujours le résultat de la dégénérescence d’ulcérations simples ou vénériennes, irritées par le contact permanent de l’urine ou par des pansements peu méthodiques. Il en est de même de celui des grandes lèvres , dont le tissu vasculaire est très irritable et présente à un haut degré la structure la plus favorable au développement des ulcérations cancéreuses. Les écoulements vaginaux, les froissements résultant de la marche ou de l’action du coït souvent répété, peuvent également contribuer beaucoup à la production du cancer des grandes lèvres et de tous les organes qui sont des annexes de la vulve. Nous
ajouterons que les affections carcinomateuses de ces parties peuvent aussi , comme celles du vagin , être un effet fâcheux des progrès et de l’extension de proche en proche delà même[dégénéresceuce primitivement développée sur l’utérus. Il est bon de rappeler aussi que l’inverse peut avoir lieu , c’est-à-dire que le mal peut sJétendre de la vulve au vagin et ensuite à l’organe gestateur.
Comme le plus souvent il peut rester quelque incertitude sur la nature de la maladie, il sera toujours prudent de commencer le traitement par l’emploi des mercuriaux administrés localement et à 1 intérieur, conjointement avec les antiphlogistiques et surtout les saignées locales, les émollients, les fomentations narcotiques. Si les symptômes, au lieu de s’amender, s’exaspéraient, il faudrait, pour prévenir plus sûrement les progrès du mal , avoir recours à diverses opérations que nous allons faire connaître.
On s’en tiendrait à un traitement palliatif si le mal avait son siège sur le vagin; cependant s'il était superficiel et qu’il fût possible de détruire toutes les parties affectées, on pourrait avoir recours à la cautérisation avec le nitrate acideliquide de mercure, ou môme avec la pâte arsenicale. On enlèverait au contraire avec l’instrument tranchant l’orifice du méat urinaire cancéreux, pourvu que le mal ne s'étendit pas trop avant. Du reste, le canal de l’urètre se cicatrise bientôt et continue de remplir ses fonctions ;
DU CANCER DU VAGIN. 86g
lors même quil a été raccourci de quelques lignes. On pratique l’opération avec une pince et des ciseaux courbés sur leur plat, qui suffisent également pour l’incision du clitoris, et celle des nymphes. On oppose à l'hémorrhagie qui résulte de ces diverses opérations les moyens hémostatiques ordinaires, mais surtout le cautère actuel , qui a en même temps 1 avantage d’achever la destruction du mal jusqu à ses dernières racines. Si l’affection se reproduisait ^ on devrait l’attaquer de nouveau, soit avec l’instrument tranchant et le fer rouge, soit avec le nitrate d’argent ou le nitrate acide liquide de mercure.
Le traitement du cancer des grandes lèvres est également tout à lait chirurgical, c’est-à-dire qu’il consiste aussi dans l’extirpation des parties affectées. Cette opération n’est ordinairement ni longue ni difficile, et l’on peut, lorsque l’étendue du mal l’exige, enlever presque totalement toutes les parties génitales extèrnes, car l’expérience a prouvé qu’il en résulte peu d’inconvénients graves , et peu de gêne dans les fonctions. L’hémorrhagie doit surtout fixer l’attention ; comme le sang s’écoule en nappe de presque tous les points de la plaie , on est souvent obligé de l’arrêter par l’application du feu. Dans le cas où la cautérisation ne paraîtrait pas indispensable et en même temps pour s’opposer aux hémorrhagies consécutives, on exercerait une compression sur les surfaces saignantes à l’aide de boulettes de charpies , saupou-
drées de colophane ou de cendres , et recouvertes de plusieurs disques d’agaric , soutenues par des compresses et un bandage en T. Nous devons ajouter qu’avant de commencer le pansement , il est important de placer et de maintenir une sonde dans la vessie , afin de laisser libre le passage de l’urine, et de préserver l’appareil de l’i inhibition de ce fluide. Il faudra également avoir la précaution de boucher avec de la charpie , l’orifice vulvaire , afin d’éviter que le sang qui pourrait encore s’écouler , ne pénètre et ne séjourne dans la cavité du vagin. Il est inutile de dire que pour pratiquer sur la vulve et ses annexes , les opérations que nous venons d’indiquer, on doit faire placer la femme comme pour l’application du spéculum.