CHAPITRE II
DES MALADIES VÉNÉRIENNES PRIMITIVES CARACTÉRISÉES PAR l'ulcération DES MEMBRANES MUQUEUSES EXTÉ- RIEURES.
L'inflammation des membranes muqueuses extérieures, dont j'ai tracé l'histoire dans le chapitre qui précède, se complique quelquefois d'ulcérations, soit pendant la période d'acuité, soit, ce qui est beaucoup plus commun, lorsqu'elle a pris un caractère chronique. Mais l'application de la surlace enflammée ou ulcérée des organes génitaux sur celle de ces membranes , chez une personne saine, ne provoque pas toujours une simple inflammation, accompagnée d'un écoulement plus ou moins sensible. Souvent aussi elle donne lieu, de suite et directement, à des ulcérations, qu'on a coutume d'appeler chancres (i ). Je n'adoplerai pas cette dénomination vulgaire, que l'habitude seule a fait conserver dans le vocabulaire médical. Elle rappelle, en efl:'et, l'idée d'un ulcère toujours croissant, qui ronge peu à peu et douloureusement les parties voisines; or, dans beaucoup de cas, ceux auxquels on l'applique, demeurent stationnairesel sont presque indolens.
(i) IjCS cliirurgieus du moyen âge parlcut fréquemment d'un ulcère rongcunt des parties génitales, qu'on désignait alors sous le nom (l(î cane (caries.) Le savant Hensler conjecture , avec beaucoup de vraisemblance, que, passant dans la langue populaire , ce mot s'est couTorti insensiblement, par corruption, en ceu\ de curiolits, caroliis, d où l'on a l'ail chancre.
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Les ulci'iralions vcncricnncs primilivcs peuvent se manifoslrr sur loulcs les surfaces niiu|iieiises susceplihlcs d'Olro mises en rapport, soit <Iiroclenionl avec les parties {génitales (]\n\ individu malade, soil avec une autre surface muqueuse dans laquelle le contact de ces dernières avait déjà développé le travail morbide qui succède toujours h leur irritation. Aussi les observc-t-on, chez les hommes, h la face interne du prépuce, sur la base ou les parties latérales du frein, derrière la couronne du gland, ou sur le gland lui-même, principalement vers sa racine, à l'enlrée du méat urinaire et dans l'urètre ; chez les femmes, à la face interne des grandes lèvres, notamment h leur commissure postérieure , sur toute l'étendue des nymphes, à la surface du clitoris et de son prépuce, sur les bords de l'urètre, à l'entrée du vagiu^ dans l'intérieur même de ce canal, au col de la matrice, au mamelon et sur l'auréole qui l'entoure; dans les deux sexes, enhn, à la face interne des lèvres , spécialement de l'inférieure, -autour de leur commissure, à l'intérieur des joues, sur Ja pointe, les côtés ou la base de la langue, h la voûte palatine, aux amygdales, sur le voile du palais, ses piliers et la luette, dans le pharynx, au larynx, à la face interne vi sur les bords des paupières, à la surAice de l'œil, dans le conduit auditif externe, dans les fosses nasales, au pourtour de l'anus, à l'entrée et dans l'intérieur du rectum.
Ces altérations sont moins communes que les phlegmasies simples avec écoulement, dans la proportion d'un à quatre ou cinq, suivant Ilunter; d'un à trois, selon Bell. Il serait possible cependant que ce calcul ne fût pas exact, car on ne l'a établi que d'après les ulcères pour lesquels les secours de la médecine sont réclamés, c'est-
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à-dire d'aprt's les plus graves. Or il s'en forme souvcal, à la suite du coït, chez les femmes surtout, qui se dissipent d'eux-mêmes lorsque nul accident ne vient les exaspérer, et pour lesquels on n'est jamais consulté par les personnes qui, d'après la régularité de leur conduite, se croient h l'aLri de toute inquiétude, et supportent patieuunent celte légère incommodité.
Le temps qui s'écoule entre l'application de la matière irritante et le développement de l'ulcère, varie beaucoup. On p(!ut néanmoins en fixer le terme ordinaire du troisième au sixième jour. Quelquefois les ulcérations paraissent bien plus promptement, au, bout de trois, six-, douze, vingt-qualre ou trente-six heures^ Hunter assure qu'elles peuvent ne se manifester qu'après un mois ou même six semaines; mais , malgré l'autorité de ce grand praticien, il est bien difficile de croire h la possibilité d'mi aussi long délai.
La manière dont elles se développent n'est connue que fort imparfaitement. On ne l'a guère étudiée avec quelque attention , qu'à la surface du prépuce et du gland, parce qu'en général ces solutions de continuité ne sont soumises à l'examen du médecin que lorsqu'elles existent déjà depuis quelque temps, et qu'elles ont pris un certain accroissement.
11 parait que, dans les parties couvertes d'un véritable épidémie, comme le prépuce, le gland, le mamelon et une portion <les organes génitaux externes de la femme, elles doivent naissance , tantôt à une sorte d'usure ou d'éraillement de cette membrane, tantôt à sa destruction par un41uide qu'exhale la membrane sous-jacente , tantôt enfin à un petit tubercule dur qui s'enflamme et
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s'ouvre. Dans le second de ces trois cas, qui est le plus commun, on voit s'élever un petit bouton rougeàtre, pointu, de la grosseur d'une tcte d'(^'pingle, dont le sommet blanchit bientôt, s'aplanit insensiblement, devient vésiculeux, transparent, et finit par laisser échapper un fluide roussâtre et limpide. Peu de temps après, l'érosion s'élargit, et fait des progrès plus ou moins rapides. Le centre se creuse , les bords s'endurcissent, et la surface exhale une matière puriforme, visqueuse et épaisse.
Pendant tout ce travail, le malade ressent d'abord une démangeaison, qui devient peu à peu incommode, et finit par se convertir en une sensation de véritable douleur, toujours accompagnée d'une chaleur plus ou moins vive, lorsque l'ulcération envahit des surfaces d'une certaine étendue.
Quant aux autres surfaces muqueuses qui n'ont tout au plus qu'un épithelium très-mince, il paraît que les ulcérations s'y établissent h la suite du ramollissement , de la destruction de la membrane entière, ou seulement d'une partie de son épaisseur, c'est-à-dire par le même mécanisme qu'un grand nombre de celles qu'on observe sur la membrane villeuse des voies alimentaires.
Quoiqu'il en soit, une fois développées, les ulcérations offrent une surface, tantôt rouge et granuleuse , tantôt couverte d'un enduit grisâtre ou blanchâtre, suivant l'intensité de la phlogose qui les accompagne. Il n'est pas rare, dans le premier cas, qu'elles demeurent inaperçues, parce qu'elles causent peu de douleur, et qu'elles se cicatrisent en général avec rapidité; ou, si le hasard et le léger suintement qu'elles fournissent les font remarquer par le malade, il n'y attache point d'importance, et les
regarde comme un écliauffement, qui ne mérite aucun soin particulier. Dans le second cas, tant que la phlogose demeure presque insensible, les ulcères conservent leur base blafarde, entourée souvent d'une ligne rouge ou bru- Hcàtre, et demeurent stationnaires jusqu'à ce que, l'action vitale y devenant plus énergique, ils se détergent par degrés, et se couvrent degranulationsvermeilles, auxquelles succède enfin une cicatrice solide.
Telle est la marche ordinaire des ulcérations auxquelles on donne communément le nom de chancres bénins. Dans celles qu'on appelle chancres iiialins , rongcans, phagcdctiiques ou serpigineux , la surface dénudée, douée d'une exquise sensibilité, est le siège de douleurs brûlantes et continuelles. L'ulcère s'accroît rapidement en largeur, plus souvent qu'en profondeur, quelquefois néanmoins dans les deux sens. II fait des progrès, tantôt sur toute sa circonférence, tantôt seulement d'un côlé, tandis qu'il se cicatrise de l'autre, et fréquemment il se propage ainsi fort au loin, perforant la membrane muqueuse, et dévorant les parties voisines jusqu'aux os, qu'il dénude et qui sont frappés de nécrose, par la destruction des vaisseaux chargés d'y apporter le sang. Les bords sont alors rouges ou livides, durs et saignans; la surface est sale, cendrée, quelquefois couverte de lambeaux détachés; la base est ordinairement dure et engorgée.
Dans d'autres ulcères, enfin, l'inflammation, qui est très-vive, s'accompagne d'un engorgement diffus, non limité comme dans le cas précédent , avec rougeur et chaleur aux parties voisines, et tendance manifeste vers la gangrène, qui, lorsqu'elle vient à se réaliser, détruit rapide-
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ment les organes, et peut même entraîner la perle du malade. Si la gangrène ( i ) se borne à détruire une partiede la surface ulcérée, mais qu'elle se renouvelle souvent, de manière qu'à peine une escarre s'est-clle détachée, on voie la morlification reparaître, et détruire chaque fois une épaisseur peu considérable de tissus, il résulte delà ce que divers praticiens ont appelé tin chancre cxfoliatîf. Quelques observations semblent annoncer que ces sortes d'ulcères sont bien plus communs dans certains temps que dans d'autres, et que la constitution atmosphérique influe beaucoup sur eux.
{i) Je âis gangrène pour me confoiiner à Tusago, car le désordre dont il s'agit ici se rapporte réellement à la pourriture d'hôpital, entre laquelle et certains ulcères vénériens, ceux surtout que Ilunter appelait plus particulièrement de ce nom, il existe d'ailleurs une grande analogie, déjà indiquée par Pouteau et M. Boyer. En cfTctla pourriture d'hôi>ital se manifeste par de petites taches irrégulières et en- Ibucées, couvertes d'un enduit muqueux, grisâtre, trèsadliéi'enl, qui reposent sur une base dure, enflammée, et sont bordées d'un cercle violacé ; bientôt, ces taches se réunissent, et augmentent d'étendue en tous sens, de manière que la plaie ne présente plus qu'une surface d'un gris cendré, à bords rouges, pourprés, tendus, douloureux et renversés. Si l'on ajoute l'odeur particulière qu'exhale la suppuration, rinfluence que l'état des voies gastriques exerce sur les progrès de la maladie, enfin, cette circonstance que la pourriture d'hôpital a été allribuée aussi à un virus, le rapport entre les deux affections paraîtra encore plus intime. En les envisageant sous ce point de vue, il deviendra sans doute moins difficile de résoudre la question despropriétés'contagieuses de la pourriture d'hôpilal, .uhniscs par Champcau, Pouteau, Dussaussoy, Steidele, Brugmans, Kiescr, Vautren, Colla, et MM. Delpech, kluyskens, Blackader ; rejelées parMM. Dcvillier.>;. Double, Guillou, Ilennen, Léveillé Percy, Dapuylren, Richeraud, et encore problématique» pour beaucoup de personnes malgré les expériences de M. Ollivier et les observations de M. Fàberi.
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Les ulcérations de ces deux derniers genres , c'est-àdire les phagédéniques ou serpigineuses et les gangreneuses, exercent toujours une influence plus ou moins prononcée , tant sur les parties voisines que sur le reste de l'économie. Non-seulement elles gênent les fonctions de l'organe sur lequel elles s'établissent, en excitant de vives douleurs, mais encore elles allument presque constamment de la fièvre, et l'irritation dont leur surface est le siège, se transmettant aux vaisseaux et aux glandes lymphatiques les plus rapprochés, probablement aussi aux veines, y détermine de l'inflammation et de l'engorgement. En outre elles peuvent toutes, lorsqu'elles sont soumises à de fréquentes ou continuelles irritations, subir la dégénérescence cancéreuse.
Ces nuances principales, entre lesquelles il en existe une infinité d'intermédiaires, dépendent du degré d'intensité de l'inflammation, de l'irritabilité du sujet, et d'une foule de circonstances extérieures, parmi lesquelles on doit placer au premier rang l'influence du régime, du genre de vie, de l'état des autres organes et du mode de traitement. Mais il en est d'autres encore qui tiennent au siège même des ulcérations, et que je vais faire connaître on parcourant successivement les diverses parties sur lesquelles ces dernières peuvent se fixer.
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ARTICLli: l'UEiMIER.
DES tLCÉRATlONS DE LA FACE INTERMi DU PRÈPliCE ET DU FILET.
Les ulcères vénériens peuvent se manifester sur tous les points de la lace interne du prépuce; mais on les observe principalement à la base de ce repli, au pourtour de son orifice et sur le filet, parties que leur situation et leur configuration exposent plus que les autres aux cflfels du contact et du séjour de toute matière irritante. Ceux, de l'orifice, très-communs surtout chez les hommes qui ont le gland habituellement recouvert, se présentent presque toujours sous l'apparence de gerçurps parallèles aux rides qui bordent celte ouvertui^e. Cependant ils alTectent aussi quelquefois une forme ronde. Les autres varient à l'infini, sous le rapport de la figure. En général, ils sont tous douloureux, à cause de la mobilité du prépuce et des tiraillemens que ce repli éprouve lorsqu'on le renverse sur lui-même pour les mettre à découvert.
Quelquefois, ce qui arrive principalement quand le prépuce est- très-long, l'irritation se propage aux parties sous-jacentes et environnantes , mais sans s'étendre au loin, de manière qu'elle produit , sur les bords et à la base de l'ulcère, un engorgement circonscrit, peu épais, indolent, plus ou moins dur, et parfois assez consistant pour qu'en exagérant beaucoup on ait comparé sa dureté h celle du cartilage. L'ulcération ressemble alors à une petite cupule. Elle peut bien se fermer, malgré cette complication, mais sa guérison marche avec lenteur, et clic se couvre d'une cicatrice rouge et tuméfiée, qui cou-
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serve de la tendance à se détruire, tant que l'intumescence persiste. Cette dernière peut durer plus ou moins long-temps, mais en général elle se dissipe d'elle-même, lorsque rien ne vient irriter le lieu qui en est le siège.
Dans certains cas, par suite de la constitution particulière du sujet, ou par l'effet d'une irritation quelconque, comme celle que produisent des attouchemens fréquens, la marche et l'équitation, l'ulcère prend le caractère phagédénique. Il peut alors être serpigineux, et parcourir toute la surface du prépuce, ou fixe, et s'étendre, soit en largeur, soit en profondeur. Sous cette dernière forme, qui est la plus ordinaire, il perce le frein, et n'y laisse subsister qu'une bride plus ou moins épaisse, qu'ensuite il détruit ou respecte, il ronge le prépuce, le découpe d'une manière bizarre, le détruit entièrement, corrode même le fourreau de la verge et jusqu'aux tégumens des pubis, des aines et du scrotum. Au milieu de ces ravages effrayans, le malade peut rester sans fièvre; mais le plus souvent il a le pouls vif et serré, une chaleur acre h la peau, de l'insomnie et une soif ardente. J'ai vu une ulcération de ce genre qui existait depuis vingt-cinq ans, quoique tous les modes généraux de traitement eussent été mis plusieurs fois en usage, et qui avait dénudé la verge entière, avec une partie de la région pubienne, où l'on découvrait un engorgement trèsétendu, dont la surface était chaque jour sillonnée par de profondes pustules suppurantes; cette énorme plaie, couverte de granulations rouges, et labourée en tous sens par de nombreux clapiers , fournissait abondamment un îchor d'une fétidité repoussante; le malade se portait assez bien d'ailleurs, mais il fut pris enfin d'une fièvre lente qui le conduisit au tombeau.
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L'irrilalion, au lieu de se concentrer ainsi sur un espace plus ou moins limil(i, et de s'élcndre ensuilc peu à peu, envahit souvent un plus grand nombre de parties à la fois; elle domie lieu de cette manière ù un gonflement plus ou moins considérable, qui empêche le prépuce de se prêter à l'extension nécessaire pour découvrir le gland, et qui est toujours une complication grave, nonseulement parce qu'il dérobe h la vue les ulcères situés audessous, mais encore parce que ceux-ci ont alors, comme l'avait déjh remarqué Guy de Chauliac, plus de tendance h prendre le caractère phagédénique, dont l'incision du prépuce suffit souvent pour les dépouiller en peu de jours. C'est ce qu'on appelle un phimosis. Tantôt le gonflement est purement œdémateux, et dû à une infiltration de sérosité dans les aréoles du tissu cellulaire, d'où résulte une tumeur indolente, molle et demi-transparente; tantôt il a un véritable caractère phlegmoneux , les parties sont rouges et douloureuses, et, quand l'inflammation dépasse certaines limites, elle se termine par la gangrène totale ou partielle du prépuce. Quelquefois même la mortification s'étend aux organes sous-jacens , et l'on voit se détacher tout ou partie du gland ou de la verge, ou seulement une portion de la circonférence de l'urètre, dont la perte est suivie de l'établissement d'une fistule urinaire, presque toujours incurable, ou d'une disposition analogue h celle qu'on observe chez les individus affectés d'hypospadias. La gangrène s'établit souvent avec une rapidité surprenante, car M. Delpech dit avoir vu un jeune homme, d'une constitulion délicate, qui, ayant contracté des ulcérations sur le gland et le pré- ])uce, perdit ces organes dans la nuit même qui suivit la
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manifestation de la maladie. La réaction fébrile qui précédait cette redoutable terminaison cesse, le pouls devient petit, et le malade est dans un état de prostration plus ou moins marquée, qui n'attend même pas, pour se déclarer, que la gangrène soit tout à-fait établie, car on commence à l'observer dès que l'inflammation est parvenue h son plus haut degré. Après la chute des escarres, qui se détachent avec assez, de promptitude, et qui en- ' traînent ordinairement les ulcères, il reste une plaie dont la cicalrice ne se fait pas attendre long-temps, h moins que la mortification n'ait découpé les parties d'une manière fort irrégulière, et surtout qu'elle n'ait détruit trop de peau.
11 arrive fréquemment, chez les hommes qui ont le pourtour du prépuce élroit, que, quand ils emploient la force pour ramener ce repli cutané derrière la couronne d« gland, son orifice, qui est moins élastique que la parlie interne renversée et que la peau externe, agit à la manière d'une ligature qui comprime toutes les parties embrassées par elle. Il résulte de cet accident, auquel on donne le nom àeparaphimosis, que la tumeur formée par le prépuce se trouve partagée en deux segmens, l'un antérieur, l'autre postérieur. Le gland devient d'un rouge foncé et très-douloureux , et l'espèce de ligature qui le serre se crevasse, ce qui donne lieu ii des plaies qui suppurent, ou qui se convertissent en ulcères rongcans ou gangreneux. Quelquefois la tumeur conserve le caractère œdémateux; mais, dans certains cas, la phlogose est portée jusqu'au point d'amener la mortification de toutes les parties situées au-devant de l'étranglement.
Les ulcères du prépuce se compliquent fréquemment la luméfaciion des glandes de l'aiue.
Dans les circonstances même les plus favorables, ils peuvent être suivis, après leur guérison, d'accidens, peu graves à la vérité, mais incommodes. Ainsi on les voit quelquefois brider le pourtour du prépuce par des cicatrices difformes, et produire un phimosis permanent, ou y laisser un engorgement chronique, qui le tient habituellement resserré et allongé, ou enfin le contracter tellement qu'il peine reste- t-il de la place pour le passage de l'urine. Chez certains hommes, en se cicatrisant, ils contractent des adhérences avec une partie de la surface ulcérée correspondante du gland. Il est à peine nécessaire d'ajouter que tous ces accldens sont le résultat de l'incurie des maladesj et qu'on ne les observe guère, par conséquent, que quand les ulcères ont été assez béntns et assez peu douloureux pour ne pas appeler l'attention de sujets inaccoutumés aux soins de la propreté, ou quand la maladie principale s'est compliquée d'un phimosis qui a persisté pendant fort long-temps.
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ARTICLE II
DES l'LCir.ATIOXS DU GLAND.
Quoiqu'il soit moins fréquent de trouver des ulcéralions vénériennes sur le gland que sur le prépuce, elles s'y multiplient cependant quelquefois au point de former une sorte de couronne autour de sa base , ou bien elles s'établissent sur le dos de l'organe, ou enfin elles se fixent à l'orilice du méat urinaire. On les voit même, chez certains sujets, couvrir la surface entière du gland. Les unes, dont le mode de formation semble ne pas différer de celui des dénudations du derme produites par une substance vésicante, sont superficielles et peu étendues. Ce sont de simples excoriations, qui fixent rarement l'atlention du malade, et plus rarement encore celle du médecin. Elles disparaissent, en général, avec presque autant de promptitude qu'elles se sont montrées, et il n'en reste plus aucune trace dès que l'épiderme s'est reproduit.
Lorsqu'il y a eu destruction plus profonde de la membrane sous-épidermique, l'ulcération présente une surface granuleuse et couverte d'inégalités. Ses bords sont mous, alliiissés et découpés d'une manière irrégulière. Elle dure davantage, parce qu'il faut plus de temps pour la formation d'une véritable cicatrice, que la perte de substance rend alors nécessaire.
Quelquefois la phlogose qui l'a excitée, passe à l'état chronique, soit de suite, soit au bout d'un certain temps, et l'ulcère se couvre d'une croule épaisse, grisâtre, comme lardacée. Dans cet étal, il reste stalionnaire, avec sa
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hase un peu dure, jusqu'à ce qu'une l(^gère slimulalion venant h le ranimer, détermine la chute delà couche ramollie qui le couvre, et mette sa surface dans les conditions nécessaires à l'accomplissement du travail de la cicatrisation, qui s'opt'^rccn général delà circonférence vers le centre, quoique d'ailleurs trcs-variahlc dans son mode, suivant la forme et l'étendue de l'ulcération.
Si l'ulcère devient phagédénique, rarement il prend la forme scrpigincuse, de manière h sillonner légèrement une plus ou moins grande étendue de la surface du gland. En général il est fixe, et exerce ses ravages de dehors en dedans. C'est ainsi qu'il parvient à détruire le gland en tout ou en partie, et même à faire disparaître successivement le corps entier du membre viril. Des hémorragies plus ou moins fortes se déclarent, assez abondantes quelquefois pour ne laisser d'autre ressource que l'amputation de la verge, et presque toujours il survient des bubons inguinaux, qu'il est rare, au contraire, d'observer dans les nuances précédentes.
Si l'inflammation tend h se terminer par la gangrène, les parties se mortifient en bloc, ou seulement couche par couche, de manière que la verge finit quelquefois par être détruite ainsi partiellement jusqu'au pubis.
La fièvre et la tuméfaction des glandes de l'aine ne sont pas les seuls accidens auxquels les ulcérations du gland, comme celles du prépuce, puissent donner lieu. La douleur se propage fréquemment jusqu'à la région pubienne, dont il suffit de toucher les poils, même avec légèreté, pour occasionner un sentiment d'inquiétude et de gêne. Souvent aussi la membrane muqueuse de l'urètre s'irrite, et le malade y éprouv»; une chaleur désa-
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gréable, surtout au passage de l'urine. Hunter a remarqué que quand la cicatrice d'un ulcère se déchirait sans que cependant le malade se fût exposé à une nouvelle infection, l'urètre devenait douloureux avant même que la suppuration eût commencé, et il est d'observation que l'établissement d'un ulcère est en général précédé d'un prurit, sur toute l'étendue du gland, qui donne souvent lieu à de fréquentes envies d'uriner. Hunter a vu aussi une ulcération, survenue à cet organe, guérir un écoulement habituel et une irritation qui se faisait sentir depuis long-temps tout le long du canal. Les faits de ce genre ne pourront manquer de se multiplier lorsqu'on s'attachera à étudier les phénomènes qui accompagnent les diverses maladies des organes génitaux, au lieu de se livrer à d'oiseuses spéculations sur la théorie de leur production.
L'acte vénérien n'est pas la source unique des ulcérations du gland et de la face interne du prépuce. On en voit survenir dans le cours de la balanite produite par le défaut de propreté, comme dans celui de l'urétrite, quelle que soit la cause qui ait provoqué cette dernière. Elles peuvent dépendre aussi d'une irritation mécaniqtic, par exemple, de l'introduction forcée du pénis dàïis' un vagin fort étroit. J'ai vu des déchiremens du filet, qui provenaient de cette cause, se convertir, par négligence, en véritables chancres rongeans : c'est ce qui arrive souvent chez lés peuples orientaux, au rapport de M. AVeizmann , et cette particularité justifie des législateurs qui leur ont prescrit des ablutions fréquentes. L'irritation herpétique peut également se fixer à la surface de la verge, et y faire naître des ulcérations, serpigineuses ou fixes,
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accompagnées de rougeur , de chaleur el de suppuration.
ExisUvt-il des signes auxquels on puisse distinguer une ulcération vénérienne de la verge d'avec celles qui proviennent d'une autre cause que le coïl? Si l'on en croit les auteurs, il faudrait résoudre cette question par l'aHirmalive, car Bell, entre autres, dit positivement que les chancres ont toujours, à peu de chose près , la même apparence» et qu'il n'est pas possible, quand on a de l'expérience, d'avoir des doutes sur leur nature. On leur assigne pour caractères essentiels une surface de couleur blanchâtre ou grisâtre, des bords rouges, in-éguliers el coupés perpendiculairement, enfin une base dure et engorgée. Mais ce n'est Ih qu'une des nombreuses formes qu'ils peuvent affecter, et que j'ai eu soin de décrire. Ce n'est même pas celle sous laquelle il est le plus ordinaire de les rencontrer, du moins au gland, car, h moins qu'ils n'aient été irrités par des applications stimulantes, ou que le malade ne soit d'une constitution très-irritable, ou enfin qu'il ne se livre à l'exercice, aux excès de table, au commerce des femmes, etc. , ils sont rouges, granuleux, affaissés sur les bords, et sans engorgement à la base. Enfin on peut, h volonté, les faire passer tour à tour par ce dernier état et par le précédent, c'est-à-dire les rendre successivement durs et blafards, puis vermeils et sans callosilés, en faisant alter ner les applications irritantes et éujollientes. L'aspect d'un ulcère de la verge ne permet donc jamais de tirer aucune conclusion relative a la cause qui l'a provoqué, puisqu'une foule de circonstances, inhérentes ou extérieures au sujet, font varier cet aspect à l'infini , suivant le degré d'énergie qu'elles impriment h la réaction; infla m-
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maloire. Il en est de cet aspect comme de la couleur et de la consistance du liquide qui coule dans l'urétrite, et, pour généraliser encore davantage, comme de l'exhalation fournie par toute surface enflammée ou ulcérée, car l'expérience journalière nous apprend que la moindre mutation dans le régime, ou même dans la température de l'atmosphère, en un mot que toute cause d'irritation change, quelquefois d'une manière subite, la suppuration la plus louable en une matière jaune, verdâtre , sanguinolente, conversion qui ne peut dépendre que d'une modification nouvelle survenue dans l'activité vitale de la partie malade. Bell lui-même a été obligé de reconnaître cette vérité incontestable. Aussi termine-t-il en disant que les suites seules peuvent faire connaître si l'ulcère est vraiment vénérien, de manière qu'aujourd'hui on ne regarde comme tels que ceux qui font des progrès, au lieu de se cicatriser en peu de jours, et qu'on adopte implicitement l'opinion de Hunter, savoir, qu'un chancre n'a aucune disposition à guérir de lui-même. C'est là une autre question que j'examinerai dans la suite; mais au point où je suis arrivé, je puis établir en toute confiance que les aveux du malade sont le seul indice d'après lequel on soit fondé à soupçonner une cause plutôt qu'une autre, car je ne pense pas qu'il soit nécessaire de réfuter sérieusement ceux qui ont prétendu trouver dans l'odeur spécifique de la suppuration un signe pathognomonique du chancre vénérien, cette odeur n'ayant lieu que quand l'ulcère offre les caractères de la pourriture d'hôpital.
ARTICLE III
DES ULCfenATIONS DE l'uRÈTRE.
Comme toutes les membranes muqueuses, celle de l'jirètre est sujette à s'ulcérer dans le cours de ses inflammations. Pondant long-temps les médecins, ne pouvant pas concevoir que la suppuration s'établît sans destruction de substance, attribuèrent l'écoulement qui s'observe alors, h la matière fournie par un ou plusieurs ulcères. Les ouvertures de cadavres démontrèrent enfin que cette étiologie était fausse. Mais on alla trop loin ensuite en soutenant qu'il ne se forme jamais d'ulcères dans l'urétrite. Cet accident est h la vérité beaucoup plus rare dans l'inflammal ion aiguë que dans celle qui revêt un caractère chronique ; cependant les cicatrices et les brides qu'on a souvent reconnues dans le canal , ne permettent pas de douter qu'il n'arrive réellement.
En effet, ces ulcérations peuvent être le résultat du travgil même de l'inflammation, comme celles qu'on voit quelquefois se propager dans le canal, après avoir envahi les bords du méat urinaire, et qui causent des douleurs cuisantes au malade lorsque le flot de l'urine les arrose. Ainsi M. Boyer parle d'un chancre qui détruisit la partie inférieure de l'urètre dans une grande étendue, et donna lieu de celte manière h une sorte d'hypospadias. Mais, dans la plupart des cas, elles dépendent de blessures faites par des sondes introduites dans l'urètre, de petits phlegmons sous-muqueux qui se sont ouverts dans son intérieur, ou de violences extérieures qui ont occasioné sa rupture. On indique, comme signes propres à les faire reconnaître, un
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écoulement de mucosités sanguinolentes ou mêlées de pus, et des douleurs plus ou moins aiguës dans quelque partie de l'urètre, qui augmentent, ou du moins se prononcent, par la pression, le passage de l'urine, l'éjaculation du sperme, l'introduclion des sondes et des bougies. Mais tous ces caractères sont fort équivoques. Le dernier surtout peut dépendre d'un de ces points d'irritation qu'il est si commun de voir persister après la guérison de l'urélrite, et qui deviennent la source des rétrécissemens du canal.
La cicatrisation des ulcères de l'urètre peut donner lieu à la formation de brides analogues à celles qui défigurent les cicatrices externes après une désorganisation considérable du tissu cutané. On attribue aussi à l'adhérence mutuelle de deux ulcères situés en face l'un de l'autre, les brides de forme variable, tantôt plus ou moins circulaires, tantôt obliques d'un côté à l'autre, quelquefois transversales, d'autres fois longitudinales, que l'on rencontre dans certains urètres. Ces cloisons sont formées par une espèce de grosse fibre blanchâtre, dont la consistance se rapproche de celle du tissu fibreux. Souvent elles sont supportées par une légère base vasculaire, saillante dans l'intérieur du canal, et qui se continue avec la membrane interne. Ducamp pense que, dans beaucoup de cas, elles doivent naissance à des exsudations plastiques, au sein desquelles se développent des vaisseaux qui les unissent au reste de l'organisme. Cette opinion n'est pas dénuée de vraisemblance, et l'on ne peut lui opposer que le passage de l'urine mettrait obstacle à la formation de ces membranules accidentelles,puisqu'il s'en produit de semblables dans les vaisseaux sanguins, où le mouvement du fluide est continuel et incomparablement plus rapide, ainsi que l'ont démontré les
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belles observations de M. Jones, répétées depuis par tous les anatomistes.
Quoi qu'il en soit, les cicatrices difformes et les brides dans l'urètre donnent toujours lieu h des rétrécissemens permanens, qui gênent plus ou moins le cour» de l'urine.
DES MALADIES viNKUlIiKNES. l55
ARTICLE IV
DES ULCÉRATIONS DE LA MEMBRANE MUQUEUSE C^MTO-URI- NAIRE CHEZ LA FEMME.
La membrane muqueuse des parties génitales externes présentant une surface bien plus étendue chez la femme que chez l'homme, les ulcérations vénériennes dont elle peut être atteinte y sont aussi presque toujours plus nombreuses. Ces ulcérations n'offrent rien de particulier dans la manière dont elles se développent. Quoiqu'elles s'établissent de préférence sur les parties qui bordent l'entrée du vagin, il n'est pas rare d'en voir dans l'intérieur de ce conduit, et même h l'orifice de la matrice , soit, comme le croyait Hunter, parce qu'elles s'étendent peu à peu du dehors en dedans, soit plutôt parce qu'il n'est aucun point du canal vulvo-utériu sur lequel la verge ne puisse déposer une matière irritante. En général, l'inflammation qui les accompagne est moins intense, et les accidcns qu'elle détermine sont moins graves que chez l'homme ; cependant celles de la fourchette sont plus redoutables que les autres, parce que les mouvemens des extrémités inférieures les irritent, et que la malade ne peut rester assise sans les comprimer. Or, toute irritation extérieure les exaspère, quels que soient leur nature et leur degré. Il existe quelquefois une tuméfaction des grandes et des petites lèvres assez considérable pour resserrer avec force ou même pour oblitérer presqu'entièrement l'entrée du vagin et celle de l'urèlre, d'où il résulte que le coït est presque impraticable, que l'émission do l'uri-
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ne se fait avec diflicullé, et que son écoulement devient douloureux, surtout lorsqu'elle arrose les surfaces ulcérées. Il est rare que la phlogose se termine par la gangrène. On l'a vue néanmoins entraîner la mortification des nymphes et des grandes lèvres.
Assez souvent les ulcérations ont nn caractère phagédénique et serpigineux. Lesaccidens qu'elles déterminent alors varient en raison de leur siège. Si elles occupent la face interne des grandes lèvres ou les nymphes, elles les sillonnent profondément, les écliancrent, les perforent, et y font naître quelquefois des trajets lîstuleux. Quand elles sont situées aux environs du clitoris, elles rongent ce corps, et pénètrent jusqu'à l'urètre, produisant une ouverture fisluleuse, plus ou moins large, par laquelle l'urine se répand hahituellement dans le vagin. Lorsqu'elles sont placées vers la fourchette, elles peuvent perforer les parois postérieure du vagin et antérieure du rectum, ce qui donne lieu à d'autres fistules plus désagréables encore, puisque la pénétration des matières fécales dans le conduit vulvo-ulérin en est la conséquence inévitable.
Du reste l'écoulement fourni par ces diverses ulcéralions a une tendance naturelle h se porter vers la commissure postérieure, de sorte que, si les soins de la propreté sont négligés, il gagne le périnée et l'anus, où son action irritante provoque de l'inflammation, un suintement, des pustules, des ulcères, des végétations.
Chez la femme comme chez l'homme, les ulcérations de la membrane muqueuse génito-urinaire ne sont pas toujours les suites du coït. Des frottcmens trop long-temps continués, l'introduction forcée d'un corps dur et très-
DliS MALADIES VÉNÉRIENNES. iSy
volumineux, peuvent les déterminer. Il n'est pas rare, en elFet, que les déchirures qui accompagnent si souvent les premières approches, se convertissent en ulcères, circonstance qu'on ne doit jamais perdre de vue dans une cause de viol. Des ulcérations peuvent provenir aussi des frottemens réitérés auxquels les femmes ont recours pour apaiser les démangeaisons qu'elles éprouvent quand elles sont atteintes aux organes génitaux d'une affection prurigineuse, dépendante elle-même de la leucorrhée, deshémorrhoïdes ou d'ascarides dans le rectum, et qui a pour caractères la rougeur et l'intumescence de ces parties , accompagnées d'un prurit insupportable et d'éruptions papuleuses ou aphtheuses. Les femmes sont sujettes, pendant la grossesse, à des ulcérations des parties génitales qui les gênent beaucoup, prennent quelquefois une grande extension, détruisent les petites ou les grandes lèvres, et excitent un prurit extraordinaire. On observe aussi parfois des excoriations aux grandes lèvres et aux cuisses, chez celles qui sont affectées d'un écoulement leucorrhoïque habituel, et les ulcérations qui surviennent près de l'anus, dans les hémorrhoïdes très-graves, se propagent fréquemment à la vulve, par sympathie, ou sous l'influence de la malpropreté. Un effet analogue peut dépendre d'une chute du vagin ou de la matrice. Il est également assez commun d'observer des ulcères aux parties génitales, à l'époque de la cessation des règles. En un mot, toutes les irritations, directes ou sympathiques, de la membrane muqueuse génito-urinaire, peuvent y faire naître une phlegmasie, aiguë ou chronique, compliquée d'ulcérations, dont la surface sécrète un liquide puriforme, et qu il est absolument impossible de distinguer des
1 38 TRAni
chancres véiiiirioiiîj, car elles revêtent toutes les forme» que ces derniers sont susceptibles de prendre, déterminent les mêmes accidens, et peuvent même, dans certains cas, êlrc contagieuses, c'est-à-dire exhaler un fluide qui irrite et eidlamme les surl'aces muqueuses saines mises en contact avec elles.
DES MALADIIiS viiNiRIENNES. lôy
ARTICLE V
DES ULCÉRATIONS DU MAMELON ET DE l'aURÉOLE MAMMAIRE.
Ces ulcères s'observent quelquefois chez les femmes galantes, mais on les rencontre surtout chez celles qui alailenl, ou qui se font vider les seins par une personne malade. Récens et superficiels, ils guérissent en peu de temps, souvent après s'être couverts d'une croûte. S'ils sont anciens, et surtout si l'inflammation qui les accompagne s'est étendue davantage, si eux-mêmes sont parvenus, en rongeant, jusqu'au tissu cellulaire, ils se montrent Ircs-opiniâtres, et provoquent, outre des douleurs intolérables, qui ne permettent pas de continuer l'alaitement, des abcès nombreux disséminés autour du mamelon , quelquefois un seul phlegmon immense qui occupe tout le sein, et, plus rarement qu'on ne serait tenté de le croire , l'engorgement des glandes lymphatiques de l'aisselle.
Il n'est pas possible de distinguer ces ulcérations vénériennes de celles qui dépendent uniquement de la mauvaise conformation du mamelon, ou de la manière vicieuse dont l'enfant exerce la succion. Ces dernières donnent souvent lieu h des accidens semblables, et je les ai même vues quelquefois s'accompagner, au bout d'un certain temps, depustulessurdiverspointsde l'organe cutané, sans qu'il fut possible d'élever le moindre soupçon sur la conduite de la femme. On doit avouer cependant que les gerçures du sein produites par un enfant dont la bouche est saine , guérissent en général plus facilement et plus promplement que colles qui ont élé occasionnées par
l4o TRAITÉ
un enfant dont la bouche est remplie d'ulcères ou enflammée. Mais la même observation est applicable h toutes les surfaces muqueuses du corps; leurs phlegmasies et leurs ulcérations ontcommimément moins de tendance h persister lorsqu'elles ont été provoquées par une cause mécanique, que quand elles sont survenues h la suite de l'application d'une surface analogue enflammée ou ulcérée. Celte règle n'est d'ailleurs pas sans exceptions, quoiqu'on rencontre chaque jour dans la pratique des cas qui la confirment.
DES MALADIES VÉNÉRIENNES. l4l
ARTICLE VI
DES ULCÉRATIONS DE LA MEMBRANE UOQUEBSE IfASALE.
Les ulcérations vénériennes des fosses nasales, appelées ozèncs, compliquent quelquefois les phlegmasies aiguës de la membrane muqueuse qui tapisse ces cavités; mais il est bien plus commun qu'elles accompagnent ses inflammations chroniques. Quelquefois alors, en examinant Tinlérieur du nez, dont la membrane est plus rouge, plus spongieuse et plus injectée que dans l'état normal, on aperçoit, à une profondeur plus ou moins considérable, mais communément à la partie antérieure de la cloison , dans l'endroit où la portion cartilagineuse se joint à l'osseuse, de larges érosions superficielles, à bords frangés, dont la surface est parsemée de granulations trèsfrnes,ou couverte soit d'une escarre blanchâtre, soit d'une croûte brune et ferme, et entourée d'un rebord enflammé. Mais l'existence de ces ulcères est difficile h constater toutes les fois que l'œil ne peut pénétrer* jusqu'à eux , ce qui arrive souvent , car , bien qu'ils se fixent de préférence sur la cloison et les cornets inférieurs, aucune région des fosses nasales n'en est exempte , et l'on en a trouvé au plancher de ces cavités , à leur voûte , sur leurs divers cornets, et dans tous les sinus qui y aboutissent , notamment les frontaux et les maxillaires. L'odeur désagréable et repoussante du mucus nasal, qu'on a comparée à celle d'une punaise écrasée, ne suffit pas pour déceler leur présence, parce qu'elle a quelquefois lieu chez des personnes qui ne sont atteintes que d'une simple phlegmasie chronique. D'ailleurs on a vu des ulcérations faire les ravages
l42 TRAITÉ
les plus étendus , sans donner lieu h aucun écoulement , et c'est même h cette variété assez rare que divers praticiens, entr'autrcs M. Boyer, veulent que Ton réserve exclusivement lenom d'ozènc , quoique rien ne justifie une semblable distinction. L'aspect purulent delà matière qui coule par les narines , autorise cependant h soupçonner leur existence, lorsqu'il se trouve joint h la permanence des symptômes d'irritation. Mais le diagnostic n'acquiert une véritable certitude que quand une sanie fétide et noirâtre, quelquefois sanguinolente, sort mêlée de parcelles osseuses, pendant les efforts que le malade fait pour se moucher, et qu'un stylet enfoncé dans la cavité nasale heurte contre des surfaces rugueuses et dénudées.
En effet, ces ulcérations sont très-souvent compliquées de nécroses plus ou moins étendues, qui frappent les cornets inférieurs, la cloison cartilagineuse, le vomer, les os propres du nez, l'ethmoïde entier, le corps du sphénoïde , les os palatins , l'angle inférieur de l'occipital , et jusqu'à des portions de l'os maxillaire supérieur et du jugal. Ces os se détachent ordinairement tout entiers, en conservant la consistance et la texture qui leur sont propres. Mais M. Delpech a été trop loin en disant que la carie ne les attaque jamais, car on observe quelquefois un gonflement assez considérable de la voûte osseuse du palais , et tout porte à croire que , dans certains cas , la maladie commence par le périoste, peut-être même par le tissu osseux , de telle sorte que l'ulcération de la membrane pituitaire n'est alors que consécutive. Quoi qu'il en soit, la chute de toutes ces pièces osseuses, et les désordres organiques qui en sont inséparables, entraînent la perforation du palais, raffaissemcnt du cône du nez, la
DES MALADIES v£^ÈnIE^^ES. 1^5
difficulté de respirer et d'avaler, l'allération de la voix, qui devient nasillarde, l'affaiblissement, la tlépravalion ou la perte totale de l'odorat , la difformité de la face , l'embarras de la prononciation, et communément l'épiphora , parce que la maladie se propage dans les voies lacrymales. Des délabremens aussi considérables finissent par épuiser les malades, et par les conduire h la mort, an milieu des symptômes d'une lièvre hectique dont le chagrin et la mélancolie ne manquent presque jamais de rendre la marche encore plus rapide. Il arrive même quelquefois que la dégénérescence cancéreuse s'emparant des surfaces affectées, le nez et une partie de la face se trouvent convertis en un vaste et hideux ulcère rongeant, dont rieri désormais ne peut arrêter les progrès. Il est vrai néanmoins qu'un si déplorable état est , sinon toujours , du moins dans l'immense majorité des cas , la conséquence des mauvaises méthodes de traitement qui ont été suivies dès le principe.
On a commis une grande erreur en attribuant tous ces désordres aux ulcérations, car ils ne sont, comme ces dernières , que les résultats immédiats de l'inflammation chronique de la membrane muqueuse , et le pronostic qu'on doit en porter est d'autant plus fâcheux que cette phlegmasie date de plus loin , que la membrane est plus profondément altérée dans sa texture. Les ulcérations ne sont qu'une complication, assez constante h la vérité, mais qui n'ajoute à la gravité du mal qu'en ce qu'elle annonce qu'il a jelé des racines profondes, et qu'il opposera ime vive résistance aux efforts les plus puissans de l'art , si même il ne s'y montre pas entièrement rebelle. On ne peut s'empêcher d'être frappé du rapport qui existe entre
l44 TnAITÉ
la maladie parvenue à ce degré et la morve des chevaux, surtout la variété chronique , soit qu'on considère cette dernière , avec Lafossc , comme une simple phlogmasie de la membrane muqueuse nasale , soit qu'on admette , avec M. Dupuy, que l'inflammation y est accompagnée du développement de tubercules. Cependant il est h remarquer que l'irritation désorganisatrice ne se propage presque jamais, chez l'homme, aux glandes lymphatiques du voisinage, tandis que ces organes s'engorgent constamment dans le cheval.
Les ulcérations de la membrane pituitaire peuvent dépendre d'un assez grand nombre de causes. Elle surviennent souvent à la suite de la petite vérole , ou après l'extirpation d'un polype. Quelquefois elles succèdent h un coryza chronique, ou h l'inflammation de la membrane, produite par des substances irritantes ou par des contusions. Mais c'est surtout chez les personnes dartreuses qu'on les observe. Tant que la phlegmasic qui les accompagne demeure légère et peu étendue, le liquide qu'elles exhalent ne répand aucune odeur; mais, dans le cas contraire , on observe les mêmes phénomènes que dans l'ozène par cause vénérienne. Celui-ci ne paraît donc différer de tous les autres que parce qu'ayant, en général, son siège plus profondément, il ne commence à être aperçu que quand les ravages de l'inflammation ont déjh désorganisé un grand nombre de parties.
DES MALADIES VENERIENNES. 1 /, i)
ARTICLE VII
DES ULCÉRATIONS DE LA MEMBRANE MUQUEUSE lîUCCAT i;.
Des baisers lascifs, des manœuvres réprouvées par la nature , l'alaitement et l'usage d'instrumens , tels que cuillers , pipes , verres , etc. , qui ont servi à des personnes malades, peuvent donner lieu à des ulcérations dans la bouche. Aucune partie de la cavité orale , ni mémo du pharynx , n'est à l'abri de cet accident.
Les ulcères des lèvres occupent leur face intwne , ou leurs commissures. Ils se présentent tantôt sous la forme de gerçures , tantôt sous celle d'excoriations plus ou moins étendues, et généralement couvertes d'une couche blanche ou grisâtre. Dans beaucoup de cas ils sont indolens. Quelquefois néanmoins ils deviennent douloureux, et l'irritation qui les a provoqués se transmet aux parties sous-jacentes ,qui s'engorgent et se tuméfient beaucoup. Chez certains sujets ils ont le caractère phagédéuique , rongent les lèvres de dedans en dehors , et les détruisent presqu'en totalité, ou les percent d'outre en outre.
Les ulcérations qui se manifestent à la partie interne des joues ne diffèrent pas des précédentes. Il leur arrive aussi quelquefois de percer la région sur laquelle elles se sont fixées, ce qui donne quelquefois lieu à des fistules salivaires , dont le trajet peut être droit ou sinueux.
Les gencives sont les parties de la bouche les moins sujettes à s'ulcérer. Il y survient cependant des ulcérations, qui peuvent de même détruire toute l'épaisseur du tissu gingival , et mettre les arcades dentaires h découvert.
Les ulcérations de la langue sont assez communes.
l4G ÏIUITÈ
Kilos causonl beaucoup de gêne, à cause de la mobilîlc de l'organe. Quelquefois elles sont accompagnées d'une tumélaclion plus ou moins notable de ce dernier^ Assez souvent aussi leur surface devient saignante et fongueuse. L'iiiflaumialion qui les provoque peut, par l'effet de la nt'gligonc(î et surtout d'un mauvais traitement, donner lieu h la dégénérescence cancéreuse. Comme il est rare que ces ulcères soient très-grands, très-sordides, ou qu'ils aient une base dure , Hunier pense qu'ils ne sont presque jamais vénériens, quoiqu'il avoue ingénument ne pas pouvoir prendre sur lui d'assigner les marques dislinctives de ces derniers.
Tous ces ulcères ne s'annoncent par aucun symptôme particulier , et en général ils sont j)arfaitement formés dès qu'ils fixent pour la première fois rallenlion du malade. La même chose n'a pas lieu pour ceux de la gorge, dont la formation est précédée, pendant quelques jours, par une légère difficulté d'avaler , à laquelle succède une douleur fixe, ordinairement bornée à un seul côté. Quelquefois l'ulcère attaque d'abord le voile du palais , ou la luette, mais il s'établit bien plus fréquemment sur l'une des amygdales , ou même sur les deux. Son aspect varie beaucoup. Tantôt il a une teinte grisâtre, que fait ressortir davantage encore la rougeur érysipélaleuse des parties voisines , légèrement tuméfiées elles-mêmes. Tantôt il repi'ésentc une plaie rouge , enflammée et très-disposée h fournir une exhalation sanguine , pour peu qu'on la stimule. Dans beaucoup de cas , il resle slalionnaire ; mais, dans d'autres, il envahit plus ou moins rapidement les parties voisines , qu'il ronge par degrés, détruisant rapidement les amygdales, la luette, les piliers et le
DES MALADIES vfcNÉRtENNES. 1^7
voile du palais. Quelquefois l'inflammalion s'étend pcu-àpeu aux alentours , et y fait naître des escarres jaunâtres, dont la chute laisse do nouveaux ulcères à découvert. Elle gagne même peu -à -peu la membrane palatine, la détruit , porte son action sur les os du palais , qu'elle frappe de mort, et, après la chute des pièces nécrosées, il reste une perforation par laquelle les fosses nasales et la bouche communiquent ensemble, et qui altère singulièrement le timbre de la voix. Souvent néanmoins l'altération débute par les surfaces osseuses elles-mêmes, ou par le périoste, et la membrane muqueuse , soulevée par une petite collection purulente , s'use graduellement jusqu'à ce qu'enfin elle s'ulcère.
Ces ulcérations déterminent fréquemment l'engorgement des glandes lymphatiques cervicales, comme les précédentes celui des sous-maxillaires.
Toutes les fois que la phlegmasie est peu intense, le malade ne souffre pas beaucoup , si ce n'est pendant la déglutition, ou du moins ses souffrances ne sont pas aussi vives que semblerait l'annoncer l'étendue des ulcères, car elles se bornent communément à un sentiment de malaise et de gcne dans toute la gorge. Mais quand l'inflammation est plus violente , qu'elle a de la tendance vers la gangrène, comme il arrive quelquefois, ou que les ulcères dont elle se complique prennent le caractère phagédénique, le malade éprouve une sensation très-désagréable d'ardeur, avec des douleurs souvent excessives, accrues encore par les efforts qu'il fait pour se débarrasser du mucus épais qui s'accumule sans cesse dans sa gorge. Il n'est pas rare alors que- la phlogose se propage aux parties internes de l'oreille , le long des trompes de
l/jS THVIÏÉ
Fallopc, ot qu'elle détermine de cette manière une surdilr pîissagcn; ou |)cnnanenl<'! , selon l'élcndue des désordres auxquels elle a donné lieu dans la caisse du tympan.
Les ulcérations du pharynx ne passent peut-être pour être rares <]ue parce qu'on les aperçoit difficilement, à cause de la luette, du voile du palais, et de la base de la langue, qui les cachent. Elles offrent les mêmes nuances que les précédentes, quoiqu'en général moins graves, parce qu'elles ne sont pas aussi sujettes à être irritées, si ce n'est par un mauvais traitement. Cependant elles jn-ennenl quelquefois le caractère phagédénique , et l'inflammation qui les accompagne peutsepropageraux tissus sous-jaccns, jusqu'aux vertèbres cervicales elles-mêmes, dont elle détermine la carie.
L'inflammation vénérienne de la bouche est susceptible de s'étendre jusqu'au larynx, et d'y faire naître des ulcérations, qui quelquefois détruisent l'épiglotle ou une portion même de la glotte, et, perçant les parties molles d'outre en outre, donnent lieu h des fistules aériennes, dont on possède quelques exemples. La phlegmasie chronique du larynx, l'une des plus redoutables affections que l'on connaisse , porte le nom de phtliisie laryngée. Mais peu d'écrivains l'ont inscrite au nombre des maladies vénériennes , au moins des primitives , quoiqu'elle n'y ait ni plus ni moins de droits qu'une foule d'autres.
Je ne passerai pas en revue les diverses causes , étrangères à l'acte vénérien , qui peuvent donner lieu à la production d'ulcères dans la bouche et l'arrière-gorge, car leur seule énumération m'entraînerait trop loin. Je rappellerai uniquement quetoute phlegmasie, aiguë ou chronique , de la membrane muqueuse qui tapisse ces parties.
DES :(IALADIES vt.NiniEAXES. l49
peut se compliquer d'ulcérations , comme l'angine et ses nombreuses nuances en fournissent tous les jours la preuve, ou comme on voit une dent tranchante faire naître, sur la partie contiguë de la joue ou de la langue, un ulcère qui se forme d'une manière lente , sans exciter de douleurs , et qui oflVe un aspect sordide.
Peut-on distinguer, à des caractères certains', les ulcérations vénériennes de la gorge , de celles qui ne le sont pas ? Il me serait permis sans doute , d'après tout ce qui précède, de me borner à dire qu'une semblable distinction est impossible à établir; mais cette question est trop importante pour qu'il suffise de l'eflleurer ainsi.
La bouche des nouveaux-nés est fréquemment le siège d'ulcères dont l'écoulement , appliqué sur le mamelon des nourrices , y fait bientôt naître une phlegmasie , suivie d'ulcérations. 11 peut se faire que l'enfent ait puisé le germe de la maladie en traversant les organes génitaux de sa mère, et qu'ainsi cette maladie soit réellement vénérienne , dans l'acception rigoureuse du mot. Mais , soit dans l'absence de tout renseignement sur la santé de la mère, soit surtout lorsqu'on parvient à découvrir que celleci , ou même le père , a eu jadis quelque maladie (jalante, on n'hésite point à déclarer que l'enfant a la vérole, 1°. lorsqu'entr'autres symptômes, il offre des phicgmasies, simples ou compliquées d'ulcères ou de végétations, à quelqu'une des membranes muqueuses extérieures; 2°. quand les mamelles de la femme qui l'alaite se couvrent d'ulcères , à la suite desquels il survient des gonllemens des glandes lymphatiques de l'aisselle. Je laisse de côté cette dernière circonstance , sur laquelle je m& suis déjà cxpliqtié précédemment, pour ne m'occuper
l 5() THAITÉ
que (le la première. En général on qualilie les ulcères buccaux des enfans de vénériens , lorsqu'ils sont d'un gris sale , que leur circonférence présente une rougeur érysipélateuse , que leurs bords sont coupés net et engorgés, et qu'il n'existe pas de réaction fébrile. Mais d'abord, les ulcérations vénériennes n'ont pas plus chez les enfans que chez les adultes , et dans la bouche qu'h la surface des autres membranes muqueuses extérieures, le privilège d'offrir constamment ces caractères. Elles varient à l'inlîni selon l'intensité de la phlegmasie , étant parfois vermeilles et granuleuses, d'autres fois couvertes d'une croûte blanchâtre , grisâtre, jaunâtre , Ih stationnaires et comme lardacées , ici rouges, serpigineuses ou rongeantes, ailleurs encore livides , brunâtres, noirâtres ,' gangreneuses. En second lieu , lorsque la phlegmasie qui coïncide avec elles est intense, il y a accélération et fréquence du pouls, chaleur h la peau , frissons vagues et irrégtdiers , en un mot mouvement fébrile bien prononcé , mais qui seulement n'est pas toujours continu. D'un autre côté on retrouve les mêmes phénomènes dans les aphthes; ceux-ci lorsqu'ils ont passé à l'état chronique , deviennent do larges ulcères couverts d'une épaisse croûte blanche; dans l'état aigu , ils peuvent également se compliquer d'une gangrène superficielle, et, en outre, ils ne sont pas toujours précédés ni accompagnés de fièvre. Ceci s'applique également aux aphthes qui surviennent souvent d'une manière inopinée et sans cause connue, niais, suivant toutes les probabilités, par suite d'une irritation de l'eslomac ou de l'intestin grêle, chez des personnes d'ailleurs très-saines , sur la langue , l'intérieur des lèvres et de la bouche, qui ont exactement la même apparence qn e
DES MALADIES vi:>ÉlUIi.\NES. 10 1
(les ulcérations vénériennes commençantes, et qui, par une disposition particulière ou par un mauvais traitement, s'étendent quelquefois , et deviennent des ulcères rebelles , même rongeans. Enfin il n'est pas rare , dans les temps où régnent les affections calarrhalcs , de voir alterner ou coexister des ulcères à la bouche et aux parties génitales , qui se montrent mémo alors épidémiques et contagieux , comme on en trouve un exemple remarquable dans les Consultations choisies des médecins de ^lontpellier , et qui se transmettent alors des enfans aux nourrices , sans que rien autorise à soupçonner l'infection vénérienne chez les premiers.
Hunter rapporte le cas remarquable d'un enfant qu'on supposait avoir communiqué la vérole à sa nourrice , parce que, peu de jours après sa naissance, sa bouche et son corps se couvrirent d'ulcères rendant ua pus fort épais , que la nourrice fut prise , quelques semaines après, d'ulcérations au mamelon, avec gonflement des "landes axillaires , et enfin que le père, quatorze ans auparavant , avait eu une gonorrhée. Malgré l'avis de plusieurs confrères, Hunter, réfléchissant que les deux époux, qui étaient unis et fidèles , avaient déjà eu trois enfans , dont les deux premiers jouissaient d'une parfaite santé, et dont le quatrième périt , peu de jours après sa naissance, d'une violente entérite , avec excoriation presque générale de la peau , décida que les ulcères du mamelon de la nourrice n'étaient point vénériens , quoiqu'il s'y fût joint des ulcérations analogues à la base des ongles , qui tombèrent. Soupçonnant que la manière de vivre de celte femme avait pu contribuer en grande partie à entretenir sa première maladie , et à en produire une nouvelle , il la fit
\au TRAlTÎi
ciilrcr à l'hôpilal; dus qu'elle fui couchée dans un lit chaud, cl nourrie avec de bons alimens, elle commença à se rcmellre , et cinq ou six semaines suffirent pour la rétablir.
Chaque jour on rencontre une multitude de cas semblables, qui jettent le désespoir au milieu des familles, et contribuent h augmenter d'une manière effrayante la mortalité dans les établissemcns publics destinés à recevoir les enfans abandonnés. Il serait temps néanmoins qu'on renonçât hu préjugé barbare qui fait regarder comme infcclés de la vérole ceux de ces petits malheureux dont la bouche ulcérée compromet la santé des femmes qui leur donnent le sein. Je démontrerai ailleurs qu'il n'est pas possible d'admettre l'hérédité des maladies vénériennes. Je dois me borner ici à poser quelques principes généraux qui découlent delà discussion précédente.
1". Il est extrêmement rare de rencontrer des maladies vénériennes chez les enfans nouveaux-nés , et parmi tous les exemples que l'on a cités, il n'y en a peut-être pas un seul qui soit à l'abri de toute contestation.
Mais , comme on rencontre parfois des traces évidentes de métrite chez des nouveaux-nés, ainsi que M. Senn l'a constaté , il peut arriver aussi , que durant le cours de la vie fœtale , surtout chez les sujets du sexe féminin, la membrane muqueuse du vagin soit frappée d'une inflammation simple ou compliquée d'écoulement, d'ulcères; seulement ces afTeclions, sur lesquelles il reste encore tant de recherches à faire , ne pourraient être appelées vénériennes, quoiqu'elles eussent leur siège aux parlies génitales.
a". Il est très-commun, au contraire, que les nouveauxnés soient alleinls d'inflammations plus ou moins violentes
DES MALADIES VEXliRIEKXES. idO
et d'ulcëra lions dans toute l'étendue des voies alimentaires, principalement h l'extrémité supériem^e du canal.
5°. Ces phlegmasies remontent souvent jusqu'à l'époque de la vie intra-utérine, car les recherches de MM. Chaussier, Billard, Yéron, Ollivier, etc., ont démontré que le fœtus n'est point à l'abri des inflammations du tube alimentaire.
4°. Mais, la plupart du temps , ou doit les attribuer à l'action d'un lait trop ancien, circonstance qui a lieu surtout à l'égard de presque tous les enfans abandonnés h la charité publique; elles peuvent dépendre aussi du sevrage ou de la dentition.
5°. Elles sont fréquemment accompagnées d'éruptions pustuleuses et d'ulcérations sur toute la surface de la peau.
6°. Elles abrègent communément la durée de la vie fœtale , et s'opposent au développement de l'enfant , qui vient au monde faible , chétif et maigre.
7°. Les enfans atteints de ces phlegmasies exhalent , de la surface des parties malades , une matière susceptible d'irriter les membranes muqueuses ou les portions de peau analogues des personnes saines , et d'y faire naître des inflammations, suivies d'ulcérations, auxquelles succèdent quelquefois des gonflemens lywphatiques, ou même des symptômes analogues, soit dans d'autres membranes muqueuses, soit dans d'autres régions de la peau.
8°. Tous ces phénomènes sont précisément ceux qui résulteraient d'une inflammation vénérienne. L'aspect et même la propriété contagieuse des ulcérations buccales d'un enfant nouveau-né ne suffisent donc pas pour autoriser h admettre qu'elles sont de nature vénérienne, quoique ces deux circonstances, la seconde surtout, justiiieut
l54 TRAITÉ
les précautions Icndanl ù garantir les personnes saines des iuconvciiicns qu'entraîneraient pour elles des communicalîons trop intimes avec cet enfant (i).
On n'a pas él6 pins heureux dans la dislinclion qu'on a cherché à étahlir entrcj les ulcérations vénériennes de la gorge et de l'intérieur de la bouche , et celles qui sont produites par l'action du mercure , compliquent le scorbut, ou surviennent dans l'angine.
Suivant Bell, les ulcères qui succèdent h une ancienne
(i) Au moment où je corrige l'éjneuve de celle fcaille , je reçois une brochure clans la(|uclle I\l. Bourgogne a rassemblé loulesles anliques déclamations en faveur de la prétendue hérédité des maladies vénériennes. Celle brochure n'a pas ébranlé ma conviction, qui repose sur un examen approfondi des faits; mais elle m'oblige d'ajouter quelques réflexions à ce qu'on vient de lire. Les ulcères dans la bouche ne sont pas les seules marques ([u'on donne de rexistencc de la vérole chez un nouveau-né ; la flétrissure ou la destruction de l'épidçrmc et de la peau, des taches noires et livides, des points ulcérés à la surface du corps, les yeux ternes et enfoncés, le visage empreint des rides de la maigreur, avec ras[)eclde la vieillesse, tels sont les autres symptômes que l'on indirpie. Il est clair, s'écrie Doublet, rjuc ce sont là ceux du virus vénérien! Qu'un pareil état se rencontre chez un adulte, cl , à l'exception de ces routiniers qui roulent éternellement dans ^a même ornière, tous les médecins qui ont étudié les maladies avec soin et ouvert des cjulavres, n'y verront autre chose que les accidens d'une inflammation des voies alimenltïires. Pourquoi juge-ton autrement à l'égard des enfans? parce que les ouverlunîs de cadavres n'ont pas été assez multipliées, parce quon connaît peu encore les maladies du fœtus, et parce qu'on naime point à rester court, (piand la vérole procure un moyen si commode de sortir d'euibarras. Cependant Swcdiaur avait déjà dit : « Je » dois faire oliserver que les enfans sont sujets à des verrues ou autres "excroissances à l'anus, aux jjarlies génitales, ou à d autres parties »du corps qui ne sont, comme on se l'imagine conuuunémenl, nul-
DES MALADIES véxÉRIONES. l55
inflammalion catarrhale, sont nets , d'un rouge vermeil , et accompagnés d'une grande douleur. Mais ces caractères ne sont pas plus constans que ceux d'après lesquels on prétend distinguer une ulcération vénérienne de toute autre. Ils dépendent aussi du degré de la phlegmasie et de l'état du sujet.
Quant aux ulcères mercuriels et scorbutiques, on dit que les premiers sont toujours plus nombreux , superficiels , non rongeans , et d'une couleur laiteuse , les sc-
«lement ducs au virus syphilitique, mais bien à l'acidité prédomi- » uante dans les premières voies. » Et l'on sait aujourd hui ce que c'est que cette acidité des premières voies ! Lorsqu'on examine les faits cités par les auteurs, on trouve que les uns se rapporteut à des maladies du fœtus, ot les autres à des affections développées au moment de la dentition ou du sevrage , c'est-à-dire à des époques toujours orageuses. De là vient qu'on a dit que Ja vérole héréditaire ne se manifestait presque jamais à la naissance par des signes évidens, de sorte qu'on a prétendu, dun côté, qu'elle tuait la plupart des enfans avant leur naissance, et de l'autre, qu'elle eu épargnait un certain nombre jusqu'à une époque plus ou moins éloignée de la parlurition. J'aurai plus dune fois occasion de le faire remarquer ; tout est merveille, tout est mystère, dans l'histoire de la vérole. Peut-il en être aatrement , puisqu'on veut que les faits môme les jilus contradictoires se groupent tous, bon gré mal gré, sous la même enseigne , puisqu'on prétend rallier les effets les plus disparates à une seule et unique cause, ({ue l'on endort ou réveille au besoin? Il est temps qu'on cesse de croire et de persuader au public, que des maladies, qui sont toujours légères poui" celui qui les contracte, quand il n'a pas le malheur si commun d'être mal traité , eniraîncnt dos résultats plus affreux pour son innocente postérité que pour lui. Il est temps que les médecins étudient les règles de la critique et les appliquent à leurs lectures, à leurs citations, c'est-à-dii'e qu'ils doutent de tous les faits qui ne s'accordent pas avec les lois connues de l'organisuie, (piel que soit l'éclat du nom de celui qui les rapporte.
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conds (également peu profonds , irn'^gnliers , fongiieax , rongeans, et d'un rouge obscur ou livide. On a inème élé jusqu'h invoquer l'odeur spécifique des ulcérations mercurielles. Tous ces caractères n'ont pas plus de constance et de fixité que les précédcns. Ils dénotent seulement l'impuissance de la théorie qui consiste h regarder le corps vivant comme une cire molle et passive, sur laquelle chaque cause morbifique fait une empreinte spéciale, toujours la même, sans égard aux différences d'âge, de sexe et de constitution, tandis qu'au contraire les maladies sont les produits des mille et une manières différentes dont l'économie animale peut réagir sur ces mêmes causes, sans que la différence qui existe entre elles influe autrement qu'en raison du plus ou moins d'inteasité avec laquelle elles irritent les tissus.
A l'égard de la propriété contagieuse des ulcérations de la bouche, elle est incontestable dans beaucoup de cas. Mais elle n'a pas lieu toujours, à beaucoup près, c'est-hdire que l'écoulement fourni par les ulcères, et la vapeur qui s'en exhale, peuvent être assez irritans pour provoquer une inflammation dans les parties saines exj)0sées h leur impression, sans qu'on ait réussi jusqu'à présent h déterminer quelles sont les circonstances favorables ou non à la production de ce phénomène. Je ne m'arrêterai pas il réfuter ceux qui ont prétendu que la contagion pouvait se transmettre par le moyen de la salive. Ce n'est pas la salive elle-même, mais le mucus buccal auquel elle sert de véhicule, et dont une inflammation, toujours méconnue quand elle est chronique ou sans ulcères, a altéré les qualités, qui devient alors l'agent propagateur de la maladie.
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ARTICLE VIII
DES ULCÉRATIONS DE LA MARGE DE l'aNUS ET DE l'iNTÉRIEUR DU RECTUM.
Peu fréquens dans les deux sexes, mais communs chez les femmes publiques, ces ulcères succèdent toujours h une inflammation préalable de la membrane muqueuse, et on les observe principalement lorsque celleci est devenue chronique.
Ceux de la marge de l'anus sont connus sous le nom de rlia^adcs. Ils représentent des fissures longues et étroites, le plus souvent situées dans les interstices des plis. Lorsqu'ils sont superficiels et peu douloureux, que leurs bords sont souples et unis , et que leur surface exhale un pus blanc, épais et de bonne qualité, ils guérissent assez promptement. Mais quand ils sont profonds et irrités , qu'ils causent des douleurs très-vives pendant la défécation, la marche , l'équitation , qu'ils sont accompagnés d'un engorgement limité ou diffus , enfin que leurs bords sont durs , calleux , renversés , et qu'ils fournissent une sérosité ichoreuse et sanguinolente, ils constituent une maladie aussi grave que gênante. Quelquefois même, dans ce dernier cas, ils prennent le caractère rongeant, et détruisent le sphincter de l'anus, d'où résulte la sortie involontaire des matières fécales.
Les ulcérations de l'intérieur du rectum , qui compliquent fréquemment les phlegmasies chroniques de cet organe, sont plus graves que les précédentes, parce qu'elles peuvent exister long -temps et (aire de grands ravages avant qu'on les aperçoive. Si elles deviennent rongeantes.
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elles peuvent percer la paroi extérieure de l'intestin et pénétrer de cette manière dans la vessie ou dans le vagin. Des fistules recto-vaginales et recto-véslcales sont la conséquence de cet accident toujours redoutable. Le plus souvent les ulcères sont compliqués de coarctations , de brides ou de tubercules dans le rectum, ce qui ajoute encore h leur gravité. Du reste les rétrécissemens qu'ils produisent, quand ils ont beaucoup d'étendue, sont plus fàclicux que ceux qui succèdent à l'inflammation simple, parce que rien ne peut réparer la perte de substance, à la suite de laquelle s'est formée une cicatrice large et difforme.
Ces ulcères provoquent quelquefois l'engorgement des glandes inguinales inférieures de l'un ou l'autre côté , ou des deux côtés à la fois.
Des hémorroïdes ulcérées et des déchiremens de l'anus causés par l'inlroduclion ou l'expulsion d'un corps Irès-volumineux , ressemblent beaucoup aux ulcérations vénériennes de l'extrémité anale du rectum , U tel point même qu'on ne peut parvenir à les en distinguer au bout d'un certain temps.
L'écoulement fourni par ces dernières est contagieux, ainsi que l'attestent plusieurs faits bien avérés, un entre autres qui a clé observé par M. Delpech.
DKS MALADIES VÉNtr.IKNXIiS. lÔ^
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