ARTICLE PREMIER
DE l'inflammation PE LA MEMimANE MUQUEUSE CÈNITO- URINAIRE CHEZ l'hoMME.
L'inflammalîon de la membrane muqueuse génito-urinaire peut se fixer, chez l'hoinme, soit h la surface du gland, soit dans l'urètre. On l'appelle, dans le premier cas, '^onorrhéc fausse, externe ou bâtarde, et dans le second gonorrhée vraie, interne ou urétrate. Les noms de balanite et d'urétrite , dont le dernier a él6 proposé par Bosquillon, méritent la préférence, parce qu'ils sont tirés du siège de la maladie, et qu'ils indiquent son caractère inllammatoire.
L'inflammation du gland et celle de l'urètre peuvent exister ensemble ou séparément. Il est très - probable même que l'action de la cause irritante se porte d'abord toujours sur le gland , mais que, n'étant pas , dans la plupart des cas, assez puissante pour faire naître une phlegmasie à la surface de cette expansion de l'urètre et du repli cutané qui la protège, l'irritation qu'elle y détermine se propage, par continuité de tissu , à la membrane du canal , qui est beaucoup plus impressionable. Celte explication semble du moins plus admissible que toutes celles qu'on a imaginées pour se rendre raison du développement de l'inflammation urétrale, et qui peuvent être réduites, en dernière analyse, aux deux suivantes : i"^ le principe irritant est absorbé par les vaisseaux lymphatiques du gland, qui vont ensuite le déposer dans la fosse naviculairc ; 2° le fluide excitateur est pompé par l'urètre , qui agit sur lui à la manière d'uu tube aspirant. La
première de ces deux théories est contraire aux faits anatomiques, car il n'y a point de vaisseaux lymphatiques qui se rendent du gland h l'urètre ; la seconde l'est aux lois de la physique , puisque l'urètre a un calibre beaucoup trop consid(!!Table pour pouvoir être le siège d'un phénomène de capillarité; toutes deux, enfin, répugnent aux principes de la physiologie, car aucun fait authentique n'autorise h admettre que les lymphatiques déposent les liquides qu'ils charient ailleurs que dans les glandes disséminées sur leur trajet, le canal thoracique ou quelques veines , et tous les conduits excréteurs sont doués d'une faculté expulsive absolument contraire à celle d'absorber qu'on leur attribue ainsi d'une manière arbitraire.
De l'inflatuination du glande ou de la balanite.
Dans certaines circonstances , on voit sin-venir une inflammation du gland, qui tantôt n'occupe que la couronne de cet organe, et tantôt s'étend sur toute sa surface. Souvent aussi la phlegmasic envahit le prépuce, qui n'est , à la vérité , qu'un prolongement de la peau , comme la membrane étendue sur le gland, mais dont la face interne, de même que cette dernière , se rapproche beaucoup des membranes muqueuses, du moins chez les hommes qui ont le repli préputial d'une certaine longueur. Dans l'une et l'autre circonstance , l'inflammation peut être suivie soit d'un écoulement , soit d'ulcérations. Je n'examinerai dans cet article que le premier de ces deux cas, qui est le moins ordinaire.
Le gland enflammé devient rouge, luisant, tuméfié et
1 2 TRAlTà
douloureux. Le malade y ressent de la chaleur; mais communément il n'éprouve pas de cuisson ni d'ardeur en se débarrassant de l'urine, h moins que, ce qui arrive quelquefois, la phlej^niasie ne se soit étendue jusqu'à l'endroit où la membrane qui couvre le gland se continue avec celle qui tapisse l'urètre, dont l'orifice est alors plus rouge que de coutume. Yers le déclin de l'inllammalion, notamment lorsqu'elle occupe de préférence la couronne , et qu'elle s'étend jusqu'à la duplica'cure du prépuce, l'humeur onctueuse que sécrète habituellement le gland, devient plus abondante; elle acquiert une odeur plus forte, plus pénétrante, et se môle h l'exhalation fournie par la surface même du gland , qui k délaie ou la dissout en partie. De là résulte un écoulement jaunâtre^ d'abord séreux, puis épais et visqueux. Assez souvent l'épiderme du gland se détache par petites plaques, qu'il ne faut pas confondre avec les couches membraniformes de smcgma qu'on observe fréquemment chez les hommes qui négligent les soins de la propreté.
La balanite a ordinairement un caractère aigu , et ne dure que quelques jours, quand elle n'est pas compliquée d'ulcérations. C'est en général une maladie très-légère , et si insignifiante , que beaucoup d'hommes n'y font aucune attention. Cependant, lors mênie qu'elle n'est accompagnée ni d'écoulement ni d'ulcérations , elle peut provoquer le gonflement des testicules, une légère tuméfaction des glandes de l'aine, ou même de véritables bubons inguinaux. Le pliiniosis et le paraphimosis ea sont aussi quelquefois la conséquence. Assez souvent elle passe à l'état chronique.
Cette aJlection est exclusivement propre aux sujets
DES iMALADIES VÉNÉRIEN>'ES. 1 5
qui ont le gland constamment couvert par un prépuce long et étroit. On ne peut douter qu'elle ne survienne quelquefois à la suite du commerce avec les femmes , puisque, dans une expérience rapportée par Bell, elle fut déterminée par l'application d'un plumaceau imbibé de matière gonorrhoïquc entre le prépuce et le gland. Mais ce n'est point là sa source la plus ordinaire. Elle reconnaît communément pour causes la malpropreté habituelle de la verge et le séjour prolongé du smegma. Cette matière , qui fmit par se décomposer , soit spontanément , soit par suite de son mélange avec l'urine , devient irritante , et provoque l'inflammation des surfaces avec lesquelles elle se trouve en contact. L'usage journalier de certaines boissons, de la bière, par exemple, et, à ce qu'on assure , celui des asperges , quand on en mange beaucoup, donnent lieu parfois à une balanite passagère. La compression , le frottement, l'abus des jouissances de l'amour, la masturbation, en un mot l'application de toute espèce d'irritant , et la présence de tout corps étranger sur le gland, peuvent également devenir la cause directe de cette affection. Elle est plus commune chez les enfans que chez les adidles. .
Quelle que soit l'origine dé l'inflammation du gland, l'écoulement qui en résulte présente toujours les mêmes caractères. Il n'existe aucun moyen h l'aide duquel on puisse reconnaître , d'après le seul aspect de la matière exhalée , si la maladie dépend de relations intimes avec une femme, ou si elle provient de toute autre source. Le caractère contagieux de Técoulement ne peut même pas aider à résoudre ce problême; car on a vu des balanitcs provoquées par l'administration de certaines substances
l4 TRAITÉ
à l'intérieur, ou par Tirritalion habituelle du smcgma, «e communiquer pendant l'acte vénérien. Enfin , un vétérinaire rapporte le fait curieux d'un étalon chez lequel il survint, après qu'on lui eut fait prendre des cantharides, une inflammation du gland, bientôt suivie d'ulcères qui se propagèrent aux parties génitales des jumens qu'on permit h cet animal de saillir. M. Mérat a recueilli une observation du même genre , mais plus intéressante encore; c'est celle d'un homme atteint d'une gonorrhée bâtarde, qui, h deux reprises différentes, communiqua h sa femme un écoulement ayant tous les caractères d'une blennorrhagie. Les deux époux menaient une conduite régulière, et n'élevaient aucun soupçon contre leur fidélité réciproque. M. Mérat conseilla l'incision du prépuce , comme le seul moyen de prévenir les récidives de la phlegmasie du gland, en permettant l'application directe des moyens de propreté, et le mari s'étant soumis sans hésiter à cette légère opération, la maladie ne se renouvela plus, ni chez lui, ni chez sa femme.
De i'inflainmatioii de l'urètre, ou de ^'urétritc.
L'inflammation de la membrane muqueuse de l'urètre, développée à la suite du coït, présente un nombre presque infini de modifications. Avant d'en faire connaître les diverses nuances, il convient de décrire la marche qu'elle suit chez un homme jeune, robuste, bien portant d'ailleurs, qui ne commet aucune erreur, soit de régime, soit de traitement, qui se trouve atteint de la maladie pour la première fois, et chez qui l'inflammation a envahi toute l'étendue de la membrane qui tapisse le canal, mais
DES MALADIES VÉNÉRIENXES. l5
sans en dépasser les limites. Cette méthode est préférable à celle de réunir les symptômes offerts par un grand nombre d'individus pris dans des conditions diJTérentes d'âge, de constitution et de santé, pour en former un tableau qui ne ressemble à aucun des cas qu'on rencontre dans la pratique.
Tableau général de la maladie. — Quelque temps après l'acte vénérien, ou même seulement après le contact passager de la verge avec les parties génitales enflammées ou ulcérées d'une femme, il commence à se manifester divers symptômes annonçant ime légère irritation de l'urètre. L'homme éprouve, soit à l'orifice de ce canal, soit dans une portion plus ou moins étendue de son trajet, quelquefois même dans tout le gland, une titillation pruriteuse, plutôt agréable qu'importune, accompagnée d'un sentiment de douce chaleur , qui sollicite plus fréquemment le besoin d'uriner, accroît les désirs vénériens , et excite de lonsrues érections, surtout durant le sommeil. A ce chatouillement se joint une sorte d'embarras dans les aines , le cordon spermatique et les testicules , avec un sentiment de plénitude , de pesanteur et de constriction dans toute la partie inférieure de la verge, et parfois, de temps en temps, des picotemens, ou même des élancemens passagers.
Au bout de deux ou trois jours, la titillation , d'abord vague et disséminée dans un grand nombre de parties , quoiqu'on la rapporte en général au gland , aboutissant commun de toutes les sensations provoquées par les irritations de l'appareil génlto-urinaire, cette titillation se concentre vers l'extrémité de la verge. Elle change de caractère , se rapproche par degrés de la douleur , et ne
iC) thait/c
tarde pas à se convertir en une cuisson incommode , surtout pcMidant l'émission de l'urine. L'orifice de l'urètre acquiert une grande sensibilité, et s'enfiamme; ses bords rougissent, se tuméfient, s'écartent un peu l'un de l'autre, paraissent en quelque sorte excoriés , et laissent suinter des gouttelettes d'une humeur s'éreuse et limpide, blanchâtre ou légèrement jaunâtre, qui tache le linge. Bientôt le malade ressent , dans toute la longueur du conduit , qui devient dur et saillant au dehors , une tension accompagnée d'ardeur désagréable, avec des douleurs lancinantes. Les envies d'uriner deviennent de plus en plus fréquentes ; mais le rétrécissement du h la tuméfaction de la membrane muqueuse , qu'accroit encore momentanément l'irrilation provoquée par le besoin de vider la vessie , puis par le passage de l'urine , fait que cette dernière sort par un filet plus délié que de coutume, et qui diminue d'une manière progressive, mais très-rapide. Ce jet est souvent interrompu, et ordinairement entortillé , éparpillé ou bifurqué , comme il arrive toutes les fois que la configuration du canal se trouve altérée d'une manière quelconque. L'écoulement de l'u^ rine est fréquemment sollicité, par une titillation fatigante au col de la vessie et h l'anus, d'une manière si impérieuse, qu'il devient presque involontaire , qu'il se répète pour ainsi dire à chaque instant, et qu'au moindre avertissement du besoin, le malade est obligé de se présenter sans délai pour uriner. Le liquide, en passant, détermine une sensation brûlante, assez douloureuse pour lui arracher des gémissemens et même des larmes; c'est ce qui a valu à l'afl'ection le nom expressif de ohaude-pissct sous lequel le vulgaire la désigne. Les doideurs les plus vives.
DES MALADIES v£>ÉRIE>XES. \n
sont celles qui se font sentir au moment où l'urine commence à sortir; elles diminuent un peu pendant que le fluide coule , et reparaissent avec plus d'intensité Iorst[ue les dernières gouttes sont exprimées, phénomène qui tient surtout, comme je l'ai remarqué, au mouvement plus rapide qu'impriment à celles-ci les muscles du périnée, agités de contractions presque spasmodiques. La fréquence et la durée des érections augmentent, principalement la nuit, quand on reste étendu sur le dos, dans un lit doux et chargé de couvertures. Les douleurs violentes qu'elles excitent troublent le sommeil, et souvent forcent le malade h se lever. Ces douleurs rendentl'actc vénérien , sinon absolument impossible , du moins trèsdésagréable et très-pénible à accomplir , d'autant plus que le passage de la semence détermine une ardeur insupportable, qu'on pourrait comparer à celle que produirait un fer rouge. L'érection et l'éjaculation provoquent assez souvent une hémorragie qui procure un soulagement momentané. A cette époque , le malade éprouve, tout le long de la partie inférieure de l'urètre , une sensation inexprimable de malaise , quelquefois entremêlée de douleurs lancinantes, qui peut aller jusqu'à le gêner dans la marche , et l'empêcher de pouvoir long-temps rester debout, de se tenir assis, ou même de croiser les jambes. Il est tourmenté en outre par une constipation opiniâtre et par un ténesme dont il se plaint souvent plus que de l'urétrite elle-même.
L'écoulement, qui continue jour et nuit, sans interruption, augmente peu à peu et devient fort abondant. Il consiste en une matière épaisse, d'abord blanchâtre, puis jaunâtre, quelquefois entremêlée de stries sanguinolcn-
i8 Tn.viTt
tes ou même de sang pur, enfin brunâtre ou d'im verl sale, qui exhale une odeur parlicullère. Cette matière laisse, sur le linge, des taches jaunâtres, vertes ou d'un gris sale, plus pâles à la circonférence qu'au centre, et que le rrotlement ne peut enlever après leur dessication.
Lorsqu'elle a duré une quinzaine de jours , plus ou moins, l'inflammation commence h pencher vers son déclin. La dysiuic diminue, ainsi que la sensation d'ardeur causée par le passage des urines et du sperme; les érections sont moins fréquentes et moins douloureuses ; l'é- , coulement prend plus de consistance et d'opacité; il devient filant entre les doigts, et s'atTaiblit peu à peu : bientôt il s'arrête tout-à-fait, et la membrane muqueuse de l'urètre ayant repris son état normal, la maladie est terminée.
Dans les circonstances dont j'ai supposé la réunion avant de tracer ce tableau, l'urétrite emploie communément quatre ou cinq septénaires à parcourir ses différentes phases, et elle ne laisse h sa suite qu'une certaine susceptibilité plus ou moins grande du canal, dont le temps seul, aidé de quelques ménagemens,- peut le dépouiller. Mais il s'en faut de beaucoup que toujours elle revête cette forme et suive cette marche franche. L'âge, la constitution du malade, l'état de ses autres organes, son régime journalier, son genre de vie habituel, les suites d'autres inflammations de l'urètre dont il a pu être atteint autrefois , peut-être même certaines influences atmosphériques, la modifient presque à l'infini. Toutes ces circonstances introduisent une multitude d'irrégularités dans son cours, et la compliquent d'accidens, dont plusieurs deviennent des maladies réelles, après sa cessation, dont
DKS MALADIES VÉNÉRIENNES. 1 f^
la plupart même sont plus importans et plus difficiles ti guérir que l'aflection qui leur a donné naissance. Rien n'est plus capricieux que cette maladie, s'il est permis de s'exprimer ainsi. Cependant on peut réunir sous cinq chefs principaux les nombreuses Variations qu'elle est susceptible d'offrir.
Variations relatives à Cépoque de Capparition de la maladie. — Il est rare que l'inflammation de l'urètre s'annonce par des symptômes précurseurs bien prononcés, ou du moins les malades n'y font guère attention que quand l'expérience leur a appris à se tenir sur leurs gardes, et leur a fait connaître l'importance de légères sensations ou incommodités que négligent la plupart de ceux qui n'ont pas encore été atteints. Cependant on observe parfois des prodromes bien marqués, notamment des frissons légers , suivis d'une fièvre peu intense. Hunter fait mention aussi d'un homme chez qui le flux urétral fut, à deux reprises différentes, précédé par des accidens peu communs, tels qu'une sensation extraordinaire dans les parties génitales, avec la plupart des autres accidens de la maladie, d'où il tire cette conclusion, un peu hardie pour le siècle où il vivait, mais contre laquelle personne aujourd'hui ne sera tenté d'élever des doutes, que l'état inflammatoire peut exister, pendant un laps de temps assez considérable même, avant que l'écoulement se déclare.
L'époque h laquelle ce dernier commence h se montrer n'en est pas moins celle qu'on est dans l'usage d'assigner à l'apparition de la maladie, quelque erronée que soit cette coutume. Or, c'est presque toujours du troisième au sixième ou au huitième jour qu'il devient manifeste.
20 TRA.IT/i:
Souvent loiilcfois on en aperçoit déjà des traces du jour au lendemain, ou même quelques heures après une nuit passée avec une l'ennue. Dans d'autres cas plus rares, il ne survient qu'au bout de douze, quinze, vingt ou trente jours. Il peut même ne s'établir qu'après six semaines, selon Hunier, cinquanle-huil jours suivant Bell, et plusieurs mois d'après Duncan et Swediaur. Mais il est permis de concevoir de§ doutes h cet égard, jusqu'à ce que des faits inconleslables aient démontré la réalité du phénomène, sans qu'il soit possible de soupçonner, durant le cours d'un aussi long période, l'influence d'une cause autre que l'acte vénérien incriminé. Au reste, le plus ou moins de promptitude avec laquelle se dessinent les premiers symptômes de l'urétrite n'influe en rien sur la nature et la violence de ceux qui paraîtront ensuite, comme l'ont pensé quelques auteurs, car on voit tous les jours des inflammations très-graves du canal se manifester au bout d'un laps de temps assez considérable, d'autres modérées se déclarer peu après l'acte vénérien, et vice versa.
Farlatlons relalives au siège ou plutôt à l'étendue de lamaladie. — L'inflammation débute toujours par la partie antérieure de l'urètre, et elle paraît, dans une multitude de cas, ne pas se propager beaucoup au delh du méat urinaire, de telle sorte qu'elle reste à peu près concentrée, sous le frein du prépuce, dans la portion du canal qu'on appelle fosse naviculairc. Hunter assure l'avoir vue rarement pénétrer à plus d'un pouce et demi ou deux pouces de profondeur, dislance qu'il nomme Vélendue spécifique de l'inflammation. On pense même assez généralement, depuis les recherches cadavériques de Terraneus, et surtout depuis la publication de l'ouvrage de
DES MALADIES VÉNÉRIENNES. ïï
Cockburne, que celte région de l'urètre en est le siège, sinon exclusif, du moins le plus fréquent. Cette opinion repose principalement sur ce que les malades rapportent leurs douleurs à l'extrémité de la verge, et sur ce que les ouvertures de cadavres ont fait rarement découvrir des traces de phlogose au-de!h du point indiqué. Mais, d'un côté, l'on sait, et j'en ai déjà fuit la remarque, que toutes les irritations du conduit urinaire, même celles du col de la vessie, procurent la même sensation que si elles résidaient vers l'extrémité du membre viril; de l'autre, la mort efface, en général, une partie des traces de l'inflammation partout où cette dernière n'était pas arrivée à un certain degré d'intensité. D'ailleurs, les douleurs sourdes, mais continuelles, que les malades ressentent jifsqu'au col de la vessie, les pesanteurs au périnée, le ténesme, la tuméfaction que le doigt seul suffît pour faire reconnaître aisément dans toute la longueur de l'urètre, les petites nodosités qu'on découvre fort souvent sur le trajet de ce canal à des distances plus ou moins rapprochées, et que la pression rend douloureuses, par le froissement qui en résulte pour les parties voisines enflammées, enfin les ré- Irécissemens qu'on trouve dans des points très-diiférens de l'étendue du conduit, et qu'il est même plus commun de rencontrer vers sa partie postérieure que vers l'antérieure, tout se réunit pour autoriser à penser que Morgagni ne s'est pas trompé en aflirmant que la maladie n'attaque la fosse naviculaire qu'à son début, et que, chez la plupart des hommes, elle s'étend fort Unn dans le canal. M. Gullerier s'est cependant rapproché davantage encore de la vérité, en disant que le siège du mal n'est pas limité à un seul point, mais (lu'il se poi'tc tantôt dans une
'i2 TWAITÉ
partie, tantôt dans une autre, et quelquefois dans toutes, simultanément ou succ(;ssivement, <)l)servation qui, du reste, n'avait pas écliappé toul-à-fait h la sagacité de Hunter , et que M. Delpech a reproduite dans ces derniers temps.
Une expérience de Swediaur ne laisse aucun doute à cet égard. Je crois devoir la rapporter ici, parce qu'on n'y a pas fait autant d'attention qu'elle le méritait. Ce praticien célèbre, voulant s'assurer si tout stimulus quelconque, pourvu qu'il eût assez de force pour produire une violente irritation , était capable de provoquer un écoulement semblable à celui qui provient du commerce avec une femme malade, imagina de s'injecter de l'ammoniaque étendue d'eau dans l'urèlre, qu'il comprimait d'une main, en arrière du frein, pour empêcher la liqueur de pénétrer au-delà delà fosse naviculaire, et pour qu'elle agît exactement sur ce point. Les symptômes d'une violente urétrile ne tardèrent pas h éclater, et, dès le lendemain, il parut un écoulement jaune verdâtre. Ce flux continua pendant cinq jours, avec diminution progressive delà douleur; mais alors il s'établit une seconde inflammation plus profonde, dans un endroit où aucune douleur ne s'était encore fait sentir et où aucune goutte de l'injection n'avait pu pénétrer. Cette nouvelle inflammation s'étendait, Ji ce qu'il paraît, depuis la place où la première s'était bornée, jusqu'à une certaine distance plus avant dans le canal. Elle fut suivie d'un flux abondant, accompagné des mêmes symptômes que le premier, et dura six jours, après lesquels les accidens se çalnaèrenl. Swediaur se croyait débarrassé, lorsqu'il sentit trèsdistinctement les symptômes d'une troisième inflamma-
DES MALADIES VÉNÉRIEISNES. 2.5
liou qui semblait s'étendre depuis les limites de la seconde, vers le vcra montanuin, jusqu'au col delà vessie, et qui fut accompagnée d'ardeur d'urine, avec un écoulement aussi abondant que les deux précédens. « Pour le coup, dit-il, je fus sérieusement alarmé : je voyais qu,e l'inflammation qu'avait excitée l'ammoniaque se communiquait très-évidemment d'une partie de l'urètre à l'autre, ce qui me faisait craindre qu'il ne s'ensuivit enfin une phlegmasie de toute la surface interne de la vessie, qui pouvait avoir des conséquences dangereuses. Je demeurai dans cet état, entre l'espérance et la crainte, pendant sept ou huit jours; mais j'éprouvai enfin, à ma «ïrande satisfaction , que l'inflammation s'apaisait par degrés, de même que l'évacuation, sans s^étendre au-delà de l'urètre, et je fus enlièrement délivré de tous les symptômes de ces trois chaude-pisses, comme je puis les appeler avec raison, h la fin de la sixième semaine. » Cette observation curieuse n'a pas besoin de commentaire , et parle plus haut que tous les raisonnemens qu'on pourrait accumuler. Concluons donc que l'inflammation peut 1°. Se borner h une partie seulement de la membrane muqueuse de l'urètre, ce qui n'arrive peut-être qu'à son début, ou quand elle est et demeure très-légère;
2°. Envahir peu à peu le canal entier, et se propager même plus loin, comme on le verra tout-à-l'heure;
3°. Se fixer sur divers points de son étendue, soit au même moment, soit d'une manière successive, et même se déplacer, se transporter alternativement d'un de ces points sur un ou plusieurs autres;
4". S'établir, s'accroître, se maintenir et décroître dans
24 TKAlTi
un lieu, puis, an moment où la diminution des symptômes paraît annoncer qu'elle touche h son terme, se renouveler dans un point plus profondriucnt situé, en y présentant la succession des mêmes périodes, et quelquefois des symptômes plus graves;
5°. Enlin, lorsqu'elle se manifeste successivement sur plusieurs points, tantôt offrir une liaison immédiate entre les symptômes de l'une et l'autre maladie, tantôt ne présenter aucune trace de celte afïiliation, et laisser plusieurs jours s'écouler entre la fm d'une affection et la manifestation de l'autre.
Toutes ces circonstances sont importantes à connaître, lorsqu'il s'agit du pronostic de la maladie, et de prononcer sur la durée présumable qu'elle peut avoir; car l'inilammation cesse presque toujours en peu de temps quand elle ne s'étend pas loin dans le canal, tandis qu'elle est généralement longue et rebelle loi-squ'elle a gagné ses parlies les plus profondes, et à plus forte raison quand elle a atteint jusqu'au col de la vessie.
Il est probable, au reste, que, dans ce dernier cas, la phlogose n'a pas partout la même intensité, du moins chez la plupart des sujets, et qu'elle est plus ou moins vive dans une ou plusieurs régions de l'urètre que dans les autres. On expliquerait ainsi comment certains auteurs ont pu dii*e qu'environ neuf fois sur dix elle a son siège au bout du canal, et comment on parvient si aisément h reconnaître son principal foyer, en comprimant peu à peu l'urètre, de la racine de la verge au méat urinaire, jusqu'h ce qu'on ait rencontré un point ])liis douloureux que les autres, moyen conseillé par Bell, cl dont tous l(>s j)rnlicions connaissent Tefficacité. J'ajouterai encore que, bien qu'il arrive quel-
DES MALADIRS VÉNiRIEXNES. 2,5
quefois h l'inflammation d'envahir d'elle-même l'élenduo loute entière de l'urètre, cet événement fâcheux est bien plus souvent la suite des fautes commises par le malade ou par celui qui le traite.
Dans tout ce qui précède, je n'ai eu en vue que l'inflammation de la surface de la membrane muqueuse urétrale, celle que les anciens appelaient érysipélateuse. Plus loin, j'examinerai les accidens produits par celle qui nonseulement envahit toute l'épaisseur de la membrane, mais encore se propage au tissu cellulaire sous-jacent, s'étend quelquefois jusqu'au tissu spongieux de l'urètre, n'épargne pas les glandes disséminées le long de ce canal, et s'empare même du corps caverneux et des tégumens de la verge.
Variations relatives au nombre et à l'intensité des symptômes de la maladie. — Les différences que l'urétrite présente sous ce rapport sont presque infinies. Il s'en faut de beaucoup que tous les phénomènes énumérés dans le tableau général de la maladie se trouvent constamment réunis chez le même individu. Très-souvent l'urétrite est si légère, qu'elle incommode peu le malade, qui s'en aperçoit h peine, tandis que, dans d'autres occurrences, elle s'élève à un tel degré de violence, qu'elle devient pour lui une source de tourmeus ciuels. Chacun de ses symplùmes peut même se manifester isolé des aulres, quoiqu'il soit nécessaire d'ajouter que ce cas est fort rare.
La douleur peut être modérée, ou très-vive, et, dans cette dernièr-e circonstance, se faire sentir seulement lors du passage de l'urine et du sperme, ou persister dans l'intervalle des émissions, caractérisée alors, tantôt seulemenl par un sentiment de pesanteur et de gêne, tantôt
'U) TllAlTK
par une clialour brûlante, tantôt aussi par des picoteuicus, (les clanccuiens plus ou moins IVéquens. Assez souvent elle no se l'ait sentir ii aucune époque de la maladie, (pioique l'écoulcnient soit fort abondant; alors les envies d'uriner sont peu fréquentes. C-hez d'autres sujets, au contraire, elle se montre trt;s-vivc, même lorsqu'il y a pou ou point d'écoulement, continuant ainsi pendant un laps do temps plus ou moins long avant l'apparition de ce dernier, ou avant son rétablissement, s'il avait été supprimé tout à coup. C'est h cette variété de l'urétrite qu'on a donné la dénomination bizarre et doublement vicieuse do (jonorrhcc sèche. On l'appelle aussi f^onori'lwe avortée, ou slraiiQuric vénérienne, parce qu'elle s'accompagne presque toujours d'une suppression d'urine plus ou moins complète (i). Dans quelques circonstances, quoique l'é-
(i) Celte variété de l'inflammation de la membrane muqueuse génitourinaire n'est pas aussi rare qu'on le pense, quoique beaucoup plus fréquente chez la femme que chez l'homme. M. Cullerier, ([ui (lit avoir rencontré quelques cas où des malades ressentaient des douleurs, des élancemcns dans l'urètre, sans avoir d'écoulemeni, prétend que ces douleurs étaient nerveuses, sympathiques, souvent illusoires, et qu'elles se rencontraient chez des hommes méticuleux et malades imaginaires. Il ajoute qu'il est contre l'expérience journalière qu'une membrane muqueuse soit fortement irritée sans qu'il se manifeste une sécrétion immédiatement ou peu de temps après cette impression. A cela, on peut répondre qu'il est notoire qu'une irritation très-vive et Irès-doulourcusc peut se fixer pendant plusieurs heures, et même pendant plusieurs jours, sur l'urètre, sans provoquer aucun écoulement, qu'on obsei-ve souvent ce phénomène à la suite des excès de table ou de la débauche, et que la membrane muqueuse urétrale éprouve alors quelque chose de semblable à ce qu'offrent la conjonctive et la membrane muqueuse des voies aériennes dans ce (ju'ou a appelé aussi la sclérophlhahnie et le coryza sec.
UliS MALADIES VÉNÉRIENINES. 8^
coiilement conlintie, la douleur cesse, soit pour ne plus reparaître, soit pour se déclarer de nouveau au bout de quelque temps. Mais, chez le plus grand nombre des malades, elle persiste, avec diverses nuances daps son caractère et son intensité, pendant tout le cours de l'inflammation. En général, on observe au début une démangeaison, qui se change avec plus ou moins de rapidité en une douleur graduellement croissante, et qui reparaît sur la fin, lorsque celle-ci s'apaîsant repasse en sens inverse par tous les degrés qu'elle avait parcourus d'abord. Mais, assez fréquemment , celte titillation pruriteuse persiste jusqu'à la fin de la maladie, sans s'élever jusqu'au degré qui constitue la véritable douleur.
L'écoulement précède communément la douleur. Quelquefois cependant il ne s'établit qu'après l'apparition de cette dernière. Sa quantité varie beaucoup suivant les sujets. Tantôt il est continuel et très abondant, tantôt il se réduit à un simple suintement. Ses qualités ne sont pas moins variables selon les individus et suivant les périodes de la maladie. En général, la matière, d'abord muqueuse et claire, s'épaissit par degrés, devient opaque, en restant toujours muqueuse, puis prend l'apparence du pus, devient jaunâtre, verdàtre, ensuite d'un blanc terne, avec la consistance de la crème, et repasse enfin successivement par toutes les nuances qu'elle avait parcourues d'abord, jusqu'à ce qu'elle soit redevenue fluide, claire, visqueuse et filante comme du blanc d'œuf. Mais souvent elle reste toujours jaunâtre, ou prend de suite une teinte verte. Quelquefois elle est plus ou moins brune, mêlée de filets de sang, ou même entièrement sanglante. Dans certains cas, il survient une hémorragie, as.sez abondante même
u8 TnAlTÉ
pour inspirer des inquiétudes, puisque Bell dit avoir vu plusieurs malades rendre deux ou trois livres de sang en peu d'heures. Cette hémorragie paraît devoir être attribuée plutôt h une exhalation qu'à la rupture ou h la corrosion de quelque vaisseau, comme on est dans l'usage de le dire. Toutes ces nuances dépendent du degré de l'inflammation et de la constitution du sujet. Elles n'ont rien de constant, ni dans leur apparition, ni dans leur succession, ainsi que le fait croire au vulgaire un préjugé assez répandu, qu'il est du devoir des médecins de s'attacher à détruire, parce qu'il trouble singulièrement la tranquillité de certains malades , lorsque, par exeujple , la matière qui s'écoule continue h rester jaunâtre. On peut effectivement constater chaque jour qu'il suffit de quelques heures pour que l'écoulement le plus bénin en apparence prenne une teinte jaune, ou même une couleur verdâtre, après un exercice forcé ou des erreurs de régime. Toute surface exhalante, soit normale, soit accidentelle, offre également des nuances dans la couleur, la densité et les autres qualités de ses produits, suivant le degré d'excitation qui lui est communiqué par une cause externe ou par la stimulation plus ou moins vive d'organes qui sympathisent spécialement avec elle. D'ailleurs on voit journellement des écoulemens urétraux, qui avaient été blancs dès l'origine, durer fort long-temps, tandis que d'autres, qui ont pris de bonne heure et conservé une teinte verte très-foncée , ou qui sont fortement chargés de sang, se terminent d'une manière assezprompte. Cependant on doit généralement regarder comme un signe favorable que la matière devienne épaisse et visqueuse, à mesure que la maladie avance, quoique ce ne soit
jamais l'annonce infaillible d'une prompte terminaison de cette dernière.
Quant h la tuméfaction, elle varie surtout en raison du degré dclaphlegmasie. Quelle que soit l'intensité de cette dernière , elle fait toujours éprouver au canal une diminution notable dans son calibre, d'où il résulte que l'excrétion de l'urine se trouve gênée, et qu'il y a une dysurie plus ou moins prononcée. Mais si l'inflammation fait des progrès, l'intumescence des pai'ois de l'urètre augmente dans la même proportion, et l'expulsion de l'urine, qui n'était d'abord que difllcile, finit par être suspendue toul-à-fait, ce qui arrive néanmoins assez rarement. On ne doit d'ailleurs pas perdre de vue que, quand l'urétritc est simple et non compliquée du gonflement de la prostate, la rétention d'urine est plus souvent le résultat des imprudences du malade que la suite de l'inflammation abandonnée à son cours naturel, et garantie de toutes les influences, extérieures ou intérieures, qui sont capables de l'exaspérer. Tout ce qui accroît la phlogose, convertit la dysurie en ischurie, et les principales causes de cette aggravation fâcheuse sont presque toujours des erreurs de régime ou de traitement, l'usage inconsidéré de boissons excitantes, l'exposition du membre viril au froid, les injections acres et astringentes faites à contre-temps, l'usage des purgatifs, surtout drastiques, ou doux, mais répétés, l'administration des balsamiques à l'intérieur pendant que l'inflammation est dans toute sa force, un exercice violent, etc.
Variations relatives à l'influence que la maladie exerce sur les parties voisines et éloigtiées. — Indépendamment des symptômes, purement locaux, qui ont été énu-
00 trait/î
niérùs plus haut, lo maladie «ui (^])ronve presque toujours (i'au!r(\s encore, doiil la violence n'est quelquefois guère moins considérable. Ceux-là tiennent ii l'ailection des parties voisines, qui participent plus ou moins h l'irHtation de la membrane muqueuse de l'urètre, surtout lorsqu'elle est intense.
1°. Quelquefois la surface du gland devient tendue, lisse, rouge ou livide, et acquiert une sorte de demi-transparence, surtout près du méat urinaire. Souvent même elle paraît comme excoriée ; alors elle est Irès-sensible, et fournit une exhalation jaune et fétide, plus ou moins abondante. Quelquefois, enfin, on observe en même temps une ulcération manifeste, ou bien les tégumens sont entiers, mais, lorsqu'on les comprime, on voit une matière puriforme suinter d'un nombre infini de petits points. C'est un commencement de balanile. L'organe se gonfle, ainsi que toute la verge, qui demeure souvent dans un état habituel de demi-érection; le moindre attouchement, ou même le mouvement que la progression lui communique, y fait naître des douleurs plus ou moins vives. Mais beaucoup d'hommes n'oiTrent auctm de ces phénomènes, entre l'absence totale desquels et leur intensité portée jusqu'au point de faire craindre la gangrène du membre viril , on conçoit aisément qu'il existe un nombre infini de degrés, qui se présentent chaque jour dans la pratique.
2°. La tuméfaction du gland peut être portée an point que le malade perde la faculté de retirer le prépuce en arrière, quand celui-ci est long et étroit, ou ne puisse plus le ramener sur l'extréiftité de la verge , après lui avoir fait franchir la saillie de la couronne, ce qui constitue le phimosis dans le premier cas et le paraphimosis dans le
DES MALADIES VÉNÉRIENNES. 5l
second. Le phimosis peut encore devoir naissance soit h l'inflammation du prépuce, soit seulement à l'irritation causée par la matière de l'cVoulement sur l'extrémité de ce repli de la peau, où se développe un gonflement œdémateux, parsemé quelquefois de duretés calleuses, qui en rétrécissent l'ouverture, ou qui le privent de son extensibilité naturelle. Ce dernier accident ne manque presque jamais de survenir lorsque la verge reste pendante, et les secousses de la marche ou de l'équitation suffisent, comme je l'ai vu souvent, pour le déterminer chez des sujets qui en étaient demeurés exempts, tant qu'ils avaient gardé le repos. Il se dissipe de lui-même, quand la membrane muqueuse de l'urètre revient à son état normal.
5°. Les douleurs de la verge se propagent assez ordinaireuient aux aines, qui deviennent presque toujours plus ou moins sensibles, et où l'on voit souvent une ou plusieurs glandes lymphatiques augmenter de volume et de consistance. Plusieurs cas diflerens peuvent alors se présenter. Tantôt le tissu cellulaire voisin des glandes tuméfiées prend part à l'irritation, qui y devient assez vive pour faire cesser complètement celle de l'urètre; on dit alors que l'écoulement s'est supprimé sans cause connue, et le bubon passe d'une manière rapide à la suppuration." Cet événement est fort rare. Tantôt le phlegmon inguinal marche avec plus de lenteur, et l'écoulement diminue en raison de ses progrès, pour reparaître et s'accroître après la résolution, s'il prend cette voie. Tantôt enfin, et c'est Ih ce qui arrive le plus souvent, le tissu cellulaire de l'aine restant intact, il ne s'établit pas de véritable bubon, et le gonflement des glandes lymphatiques n'influe point sur l'intensité de l'inflammation urétrale , du moins d'une manière sensible.
3a TRAITÉ
4°. Chez certains sujels, une irritation plus ou moins vive s'empare dos vaisseaux lymphatifjucs de la verge, dont presque toujours alors la peau est également gonflée et douloureuse, parlbis couverte d'une rougeur érysipélateuse. Les vaisseaux irrités se luméllent; ils forment une ou plusieurs cordes dures et tendues, qui régnent tout le long du dos de l'organe, et tanlôt se terminent d'une manière insensible, près de sa racine , ou aux environs des pubis, tantôt s'étendent plus loin et gagnent évidemment les glandes de l'aine. On parvient aisément à saisir et pincer ces cordes entre deux doigls, et souvent il résulte de là un épaississement momentané du prépuce, qui en rend l'inversion dillicile ou impossible. Cet accident s'observe surtout lorsque le prépuce participe à l'inflammation du canal. Quelquefois même on remarque un gonflement bien manilesle du repli à l'endroit d'où la corde tire son origine. Celte phlegmasie vasculaire a pour eflet inévitable de rendre le membre viril raide et sensible, et par suite les érections très-douloureuses.
5°. Assez ordinairement l'irritation se propage le long des conduits déférons, d'où elle gagne les autres portions du cordon spermatique. En général ce dernier est gonflé •dans toute son étendue, depuis le testicule jusqu'à l'aine. Cependant on a vu des malades chez lesquels il n'oflrait qu'un ou deux points tuméfiés sur son trajet, le reste étant parfaitement sain. Celte complication s'annonce par delà douleur, un sentiment de tension et une certaine difliculté de marcher.
6". Chez beaucoup de malades, indépendamment d'un peu de tension et d'une légère tuméfaction du cordon spermatique, il y a un sentimcnl particulier et indéfmissa-
DES MALADIES VÉiyÈRIEISNES. 55
Lie de malaise dans les testicules; fort souvent même ers glandes acquièrent une susceptibilité telle, qu'elles ne peuvent supporter le moindre contact, et qu'elles deviennent même le siège d'un gonflement que la cause la plus insignifiante suffit pour accroître beaucoup.
L'inflammation du testicule, ou l'orchite^ est un des •accidens les plus communs del'urétritc. Vulgairement désignée sous le nom de chaude-plssc tombée dans les bourses, elle portait autrefois celui de hernie humorale, parce qu'elle simule jusqu'à un certain point une hernie, et qu'on la croyait produite par la chute de l'humeur de la gonorrhéesur les testicules, ou parce qu'on l'attribuait h la stase du sperme dans ces glandes. On l'observe plus souvent à droite qu'à gauche. Dans certains cas rares, elle passe alternativement, même plusieurs ibis de suite, d'un testicule à l'autre; et dans quelques autres, plus rares encore, elle envahit ces deux glandes à la fois. Des bains froids, locaux ou généraux, l'exposition subite du membre viril à une température froide et humide, ou à un courant d'air, des injections irritantes dans l'urètre, les purgatifs drastiques, la pression d'un braycr sur le cordon spermatiquc, l'abus des jouissances de l'ameur, l'équitation, les cahots d'une voilure mal suspendue, tout exercice violent, comme la danse, l'escrime ou seulement une longue marche, un coup reçu sur les testicules, la compression de ces organes lorsqu'on croise les jambes, les tiraillemens qu'ils éprouvent quand ou les laisse pendre librement, l'usage d'un suspensoire mal fait, trop étroit, trop serré, les ofTorls de la toux ou du vomissement, ceux qu'on fait quand on glisse, qu'on cherche à conserver l'équilibre, qu'on veut pousser un corps résistant, ou en
déplacer un pesant, etc., telles sont les principales causes qui peuvent la provoquer. Ces causes agissent, soit en supprimant brusqiicinont l'inflanimation del'urùtre, avant qu'elle ait parcouru ses difierens périodes, soit en irritant le testicule même, et toujours en changeant le degré d'irritation respective des deux organes, de manière que celle du testicule devienne assez forte pour faire cesser, en tout ou en partie, celle de la membrane muqueuse urétrale, l'attirer en quelque sorte à elle, et la concentrer dans un nouveau foyer. C'est ce qui explique pourquoi l'orchite ne se déclare presque jamais qu'à l'époque où l'urétrite touche à sa fin, et quand le malade se croit tout-àfait guéri. Elle s'annonce par une sensibilité obscure et un léger gonflement de l'épididyme, surtout à sa partie inférieure, à son union avec le testicule, où l'on remarque une dureté un peu inégale. La glande elle-même ne tarde pas à s'engorger, et à former une tumeur mollasse et uniforme, qui durcit bientôt. En assez peu de temps elle acquiert un volume considérable, souvent énorme, triple, quadruple, ou même quelquefois décuple de celui qui lui est ordinaire. Tantôt le scrotum est rouge et enflammé, tantôt il ne participe point à la maladie. Le malade éprouve de grandes douleurs, d'une nature particulière, accompagnées d'un sentiment de pesanteur dans le dos, les lombes, l'abdomen, avec un malaise général et des tiraillemens dans le cordon spermatique, qui devient sensible et se tuméfie plus ou moins, à tel point même quelquefois, qu'il se trouve comprimé et presque étranglé par l'anneau inguinal. Une fièvre plus ou moins intense s'allume; le pouls devient accéléré, fort et dur, la peau sèche et brûlante , la langue sale ; il y a de la soif, des nau-
Di:S MALADIKS VKNEr.IEXM-S. âO
sées, des vomissemens ; l'urine est limpide, rougo, peu abondante. En général alors, l'écoulement, s'il subsistait encore, s'arrête tout-à-fait ou diminue de beaucoup. La maladie dure huit, douze ou quinze jours, laps de temps après lequel la tumeur commence à se ramollir, sans cependant qu'on y aperçoive de fluctuation. Je reviendrai plus loin sur ses divers modes de terminaison.
7". L'inflammation ne demeure pas toujours bornée h la membrane muqueuse urélrale. Elle envahit quelquefois les parties sous-jaccntes, le tissu cellulaire sous-muqueux et le tissu réticulairc, soit de l'urctre, soit du corps caverneux, principalement à la partie inférieure de la verge. L'urètre ne pouvant pas, dans cet état de choses, s'allonger en proportion de la distension qu'éprouve le corps du membre viril durant les érections, alors très-fréquentes, que le malade éprouve, il en résulte que la verge, au lieu de se redresser, se courbe en bas ou plus rarement vers l'un des côtés. Cet accident est connu sous le nom de chaude- pisse cordée, parce qu'en efl'et le membre semble être retenu comme il le serait par une corde tendue avec force. Il a pour résultat de provoquer, pendant l'érection, des douleurs cruelles, qui privent le malade de repos et de sommeil, et qui sont parfois accompagnées de ténesme, d?; fourmillement et de douleurs dans les cordons spermatiques, les testicules, les aines et les lombes.
8". Souvent, en promenant le doigt sur la face inférieure de l'urètre, derrière le scrotum et le long de la verge, on découvre des espèces de tubercules dont le volume ne dépasse guère en général celui d'une tête d'épingle, mais qui sont quelquefois beaucoup plus gros. La plupart des auteurs les considèrent comme des follicules muciparesde
36 TIIVITÉ
l'urèlrc, dont la phlcgmasic a resserré les orifices, de manière que le liquide sécrélé par leurs parois s'amasse dans leur intérieur. Jusqu'à ce que l'anatomie pathologique ait prononcé à cet égard, il paraîtra peut-être plus exact de voir en eux autant do pctils phlegmons du tissu cellulaire sous-muquoux. Quoiqu'il ensoil, l'inflammation dont ces nodosités sont le foyer, peut cire plus ou nwins vive, et se terminer de diverses manières.
cf. L'irritation se propage souvent le long des conduits excréteurs des glandes de Cowper, et gagne ces glandes elles-mêmes ou le tissu cellulaire qui les entoure. De Ih naissent, entre le scrotum et l'anus, une ou plusieurs tumeurs plus ou moins volumineuses, circonscrites, qui causent des douleurs extrêmement vives. La douleur augmente encore lorsqu'on les conqnime, et après l'émission de l'urine, dont le besoin devient Leaucoup plus fréquent qu'à l'ordinaire. Communément alors l'écoulement est d'un vert sale, fortement teint de sang et très-fétide^ quelquefois il se supprime, ou bien l'on observe une dysurie plus ou moins prononcée.
10°. L'inflammation peut envahir aussi la prostate. Cette complication rend toujours l'urélrile extrêmement grave, caries rapports intimes delà glande avec l'urètre, dont elle embrasse exaclcmonl l'origine, font que sa phlogose, désignée sous le nom de proslatite , est une des maladies les plus cruelles et les plus redoutables que l'on connaisse.
On rencontre assez peu souvent cette aflection à l'état aigu, mais il est très-commun, comme on le verra dans la suite, de l'observer avec un caractère de chronicité qui en rend les conséquences encore plus graves.
L'Invasion de la prostalite aiguë est toujours prompte et sa marche rapide. Elle s'annonce par un malaise extrême, un sentiment de plénitude, de tension, de pesanlem^et de chaleur, (jui, de la partie supérieure du périnée et du col de la vessie, s'étend vers l'anus. Bientôt cette sensation incommode est remplacée par une douleur fixe, continuelle et pulsalive, que la plus légère pression sur le périnée rend plus vive, et qui augmente toutes les fois que le malade va à la selle ou qu'il fait des efforts pour renq)lir cette fonction. De violentes épreintes et des envies continuelles d'uriner se font aussi sentir. Le malade se plaint d'avoir dans le rectum un gros corps étrani;cr, qui lui semble prêt à sortir. En Introduisant le doigt dans l'intestin, on sent, à sa partie antérieure, une saillie plus ou moins prononcée que fait la prostate, et qui ot tellement sensible, qu'elle supporte h peine le plus léger contact. Quand le malade essaie de lâcher son urine, il se passe long-temps avant que les premières gouttes paraissent, et , loin que les contractions-du diaphragme et des muscles abdominaux en hâtent la sortie, elles ne font au contraire qu'y opposer un nouvel obstacle, car elles appliquent encore davantage contre la tumeur le col de la vessie, dont l'ouverture se trouve complètement bouchée de cette manière. Le malade ne parvient à uriner, et toujours avec bien de la peine, qu'en suspendant ses efforts. L'urine cause une sensation de chalem' bridante au passage; elle coule avec lenteur et par un jet délié, dont la ténuité est relative au degré de rétrécissement. Peu à peu elle ne s'échappe que goutte à goutte, ou même ne sort plus du tout. A cet égard, on observe beaucoup de variétés, selon que la prostate, se gonflant toute entiè-
OcS TRAITÉ
ro, et pour ainsi dire de la circonférence vers le centre, obstrue plus ou moins complètement l'urètre, déjii rétréci lui-même par la tuméfaction de sa membrane muqueuse, ou que l'inllammation, inégalement répartie sur les divers points de la glande, la fait saillir davantage d'un côté que de l'autre, et dévie ainsi le canal de sa direction habituelle. Une sonde introduite dans l'urètre pénètre facilement jusqu'à la prostate, parée qu'elle ne rencontre pas d'obstacle jusque-lh; mais, une fois qu'elle y est arrivée, elle s'arrête, et, si l'on veut la pousser plus loin, son contact cause des douleurs cuisantes. Le pouls est plein, dur et fréquent, la soif plus ou moins intense; en un mot, la fièvre se déclare, avec tous les symptômes généraux des grandes inflammations. La maladie dure ordinairement huit ou neuf jours, après quoi elle décline.
1 1°. Chez quelques malades, l'irritation de la membrane muqueuse de l'urètre se propage jusqu'à la vessie, aux uretères et même aux reins. i
L'inflammation peut s'emparer de la vessie entière; mais, le plus souvent, elle ne dépasse pas les limites du col de cet organe. Dans ce dernier cas, si l'irritation n'est point très-forte, il est assez ordinaire que lebesoin d'uriner s'annonce d'une manière presque subite, par une vive douleur à la racine de la verge, quelquefois fixée principalement autour de l'anus. Le corps de la vessie, agité de contractions spasmodiques rapides , surmonte brusquement la résistance des libres du col, et rend le besoin d'expulser l'urine si impérieux, que le malade, éveillé ou endormi, est obligé d'y satisfaire à l'instant même, dans qtielque situation qu'il se trouve, sans quoi le liquide s'échappe malgré lui, et inonde ses vêtemcns ou sa couche.
DES MALADIES VÉNÉRIEXXES. Sq
Dans le même temps, la rapidité du jet de l'urine augmente les douleurs qu'elle occasione en coulant , et communément, après l'émission, le malade en ressent encore une plus ou moins forte h l'extrémité du gland. Les érections , moins fréquentes , sont plus à charge au malade qu'auparavant, parce qu'elles accroissent à un degré inexprimable les douleurs du périnée et de l'anus. L'urine n'est rendue qu'en très-petite quantité et avec des épreinles de plus en plus violentes. ^
Si l'irritation du col de la vessie est plus intense, l'urine ne coule qu'en petite quantité, goutte à goutte, avec beaucoup d'efforts et des douleurs cuisantes. Enfin, si l'inilammation et le rétrécissement du col augmentent encore, la rétention d'urine devient complète. Alors les symptômes les plus alarmans éclatent. Au besoin sans cesse renaissant d'uriner, et aux efforts continuels qu'il nécessite, se joignent la saillie de la vessie , énormément dilatée , au-dessus des pubis, des douleurs vives et profondes dans ce viscère et dans toutes les parties qui l'avoisinent, des nausées, des vomissemens, des accès de fièvre, précédés de frissons, l'odeur urineuse de l'haleine et de la sueur, des anxiétés inexprimables, de la difficulté de respirer, l'assoupissement, le délire, des mouvemens convulsifs, en un mot toutes les scènes d'une véritable fièvre typhode, qui se termine par la mort.
12°. On voit, chez certains sujets, l'urétrite provoquer dans les tissus fibreux des articulations, et dans les muscles, ou peut-être plutôt dans leurs gaines et leurs aponévroses, des douleurs simulant celles qui portent le nom de rhumatismales, (k's douleurs se fixent principalement dans les cuisses, les fesses et les muscles abdominaux.
4o TRAITi
mais quelquefois aussi elles deviennent générales. Hunier a observé des cas où elles obligeaient le malade de se tenir dans une position loul-h-fait horizontale, et avaient même assez de violence pour le faire crier. Un pareil symptôme est rare dans l'inflammation de la membrane muqueuse de l'urètre, mais pas assez néanmoins pour que tout médecin attentif, qui a vu un certain nombre de malades, n'ait eu occasion de l'observer h difTércns degrés. Il doit d'autant jiioins surprendre , qu'on connaît des exemples bien avérés de rhumatismes musculaires et de douleurs articulaires qui se sont terminés spontanément par une inflammation de l'urètre, que la suppression subite de celle-ci donne souvent lieu à des afiections semblables, et qu'il y a, par conséquent, chez quelques individus, une connexité bien manifeste entre les deux maladies. On pourrait en dire autant de beaucoup d'autres inflammations, qui alternent avec des douleurs, soit articulaires, soit ressenties le long des membres, ou qui les provoquent.
i3°. L'irritation du canal excréteur de la vessie peut, par suite de sa seule violence, ou par l'cftet, soit d'un changement de temps, soit d'un écart de régime, soit d'une prédisposition particulière, notamment quand elle est compli. quéc d'une inflammation de la prostate ou du col de la vessie, se communiquer aux appareils gastro-intestinal, circulatoire et même respiratoire, et donner ainsi naissance h une fièvre continue, caractérisée par un pouls fréquent, large ou dur, la chaleur halitueuse ou acre de la peau, un sentiment de chaleur et de douleur à l'éjjigastre ou à l'ombilic, une grande soll", des nausées, des vomissemens, desselles séreuses ou bilieuses , plus ou moins abondantes , une
DES MALADIES VÉNÉRIENNES. I^l
toux'fréquenle, convulsivc, le plus souvent sèche, etc. Ce cas n'est pas commun; on a cependant observé que les hommes atteints d'une urélrite intense sont fort sensibles aux influences atmosphériques, et que la moindre cause suifit pour susciter chez eux des frissons fréquens, pour provoquer même une véritable fièvre, qui s'exaspère chaque soir, et qui suit la marche des fièvres catarrhales ordinaires.
1 4°. Hunier soupçonnait que l'irritation de la membrane muqueuse de l'urètre pouvait être communiquée au péritoine par le moyen des conduits déférens. II cite à ce sujet le cas d'un homme qui avait une urétrile aiguë, à laquelle on opposa le traitement anliphlogislique. L'écoulement s'arrêta, mais il survint de la tension à la partie inférieure du ventre, du côté droit, précisément au-dessus du ligament de Poupart, un peu plus près cependant de l'os des lies; une dureté se faisait sentir en cet endroit, et le malade y éprouvait de la douleur. Celte douleur se répandit dans tout le ventre, en occasionant des frissons tous les trois jours, avec un pouls faible, d'où Ilunter conclut qu'il y avait une inflammation du péritoine, provenant, selon lui, de ce que le conduit déférent droit était afTecté dans tout son trajet à travers le bas-ventre. Cette explication ne paraît guère admissible, car on conçoit dillicllement une Inflammation du canal déférent assez grave pour se transmettre au péritoine, sans que le testicule ait soufiert, et le silence de Hunier annonce que celte glande demeura inlacle. Peut-être la péritonite dépendait-elle d'une irritation de ki vessie, car on sait qu'il n'est pas rare, chez les personnes atteintes d'une Inflammation calarrh aie du réservoir de l'urine, de trouver le pé-
ritoinc cnnammé dans une plus ou moins grande étendue. J'ai vu fréquemment la péritonite se développer h la suite d'une dilatation considérable de la vessie et de l'accumulalion d'une grande quanlilé d'urine dans ce viscère, par l'ellot d'une obstruction de l'urètre. De même des traces de phlegmasie ont été maintes fois trouvées dans le péritoine, les plèvres ou les méninges, à la suite d'urétrites très-aiguës que le calhélérismc forcé avait développées, et qui s'étaient terminées par la morl.
Le développement d'une péritonite durant le cours ou f» la suite d'une inflammation aiguë de l'urètre, en la supposant liée avec celle dernière phlegmasie par un rapport intime de conncxilé, n'a rien de plus surprenant que la coïncidence qu'on a remarquée plusieurs fois entre la péritonite et la métrite, ou entre l'hydrocèle et l'urétrite chronique, comme je le dirai dans la suite.
Variations relatives au mode de terminaison de l'urétrite et de SCS complications. — L'inflammation de la membrane muqueuse de l'urètre et les phlegmasies secondaires dont elle provoque assez souvent le développement, peuvent se terminer de plusieurs manières difierentes.
1°. Par résolution. C'est le mode le plus ordinaire, celui peut-être que la maladie suivrait toujours, dans les cas où elle ne s'étend pas au-delà des limites de l'urètre, si aucun écart de régime, aucune négligence des précautions commandées par rhygiènc, aucune erreur de traitement, ne venait troubler la marche naturelle de la ma- ^adie.
La résolution de la phlegmasie de la membrane exige un temps vaiiable, suivant le degré de rinflammalion, suivant aussi la constitution ou la santé générale du su-
dj:s maladies vé?îériekxes. 45
jet. Trois semaines ou un mois suflîsent quelquefois, landis que, dans d'autres cas, il faut six semaines, deux mois et au-delà.
Cette voie est celle que prend presque toujours l'inflammation du testicule, qu'on voit d'abord s'amollir, en conservant son excès de volume, puis diminuer par degrés, jusqu'à ce qu'il ait repris ses dimensions habituelles. Assez rarement toutefois, la résolution est complète. Dans beaucoup de cas, il reste un peu de tuméfaction à l'épididyme, qui continue à être dur et sensible à la pression. Cet état de choses, la dureté surtout, persiste souvent des mois, des années, ou même pendant toute la vie, sans causer la moindre incommodité, et sans rien diminuer des facultés viriles du sujet. Quelquefois aussi c'est le corps du testicule qui conserve plus de volume qu'il n'en avait avant d'être enflammé, et qui même, bien que rarement, reste un peu dur et gonflé. Cette tuméfaction, plus commune d'ailleurs dans l'urétrite chronique que dans l'aiguë, ne doit inspirer aucune crainte, et il est sans exemple qu'elle ait dégénéré en cancer, à moins que le travail inflammatoire ne se soit renouvelé fréquemment ou lentement sous l'empire d'une cause quelconque. Le plus ordinairement , le gonflement se dissipe peu à peu, mais il doit rendre le malade très-circonspect dans le cas où celui-ci viendrait à contracter une nouvelle phlegmasie de l'urètre, puisque la moindre cause sufllt alors pour déterminer l'irritation à attaquer le testicule et à se concentrer sur lui. On a vu aussi, chez divers individus, le gonflement inflammatoire de cette glande se terminer , non par une induration partielle ou une hypertrophie générale, mais par une atrophie plus ou moins prononcée, et quelquefois même totale.
44 TnAlT/c
La résoliilion est le mode de terminaison le plus favorable des antres inflammations aecessoires de l'urélrite, notamment de celle de la prostate, car tout autre expose ]r, malade h de graves incommodiiés consécutives, sinon même à de grands dajigcrs. Celte résolution s'annonce toujours par la diminution progressive de l'intumescence et de la douleur, et, dans le cas de prostalite, par la cessation de la fièvre, ainsi que par le rétablissement graduel du cours de l'urine.
- Lorsque l'urétrite, au lieu de se résoudre d'une manié • re lente et graduée, disparaît ou diminue notablement avec plus ou moins de rapidité, et qu'un autre organe tombe en même temps dans les conditions pathologiques, on est dans l'usage de dire qu'elle se termine par délitescence, ou qu'il s'opère une mélastase, suivant qu'on a égard à la disparition de la phlegmasic primitive ou à la manifestation de la maladie qui y succède. Il est constant, en clTet, que l'inflammation cesse ou tombe quelquefois tout à coup dans l'urètre, sous l'influence de diverses causes, et qu'elle se montre ensuite, immédiatement ou tardivement, dans d'autres points de l'économie. Le plus ordinairement alors c'est le testicule qui s'enflamme, comme je l'ai déjà dit; mais souvent aussi la conjonctive se phlogose, d'où résulte une ophthalmie plus ou moins aiguë et plus ou moins intense. Dans d'autres cas, beaucoup plus rares, on observe une phlcgmasie de la membrane muqueuse des fosses nasales ou de celle du conduit auditif. Quelquefois même les parties profondes de l'oreille sont attaquées, ce qui détermine une surdité complète. Fré- (|uen)ment aussi des symptômes d'irritation éclatent dans la membrane muqueuse de la bouche, du pharynx, du
larynx, des bronches, et s'y annoncent, soit par des 6cou- V leniens, soit par des ulcérations, ou dans celle de la marge de l'anus, et s'v caractérisent en général par un développement d'excroissances. Chez certains sujets, les articulations, notamment celles du genou, du coude, du pied, de la hanche, deviennent le siège de tuméfactions chroniques ou d'hydropisies. Dans d'autres circonstances, le périoste d'abord, puis, avec le temps, le tissu osseux lui-même se phlogosent, ce qui donne lieu à des périostoses, à des douleurs ostéocopes, à des exostoses, h des nécroses. On a vu enfin la peau se couvrir d'éruptions variées, et en outre, à ce qu'on assure, beaucoup d'autres organes offrir des anomalies morbides, par exemple le cerveau et ses annexes, dont l'affection détermine des céphalalgies violentes, l'hémiplégie, et même des aliénations mentales. La plupart de ces métastases ont été considérées comme des symptômes de ce qu'on a appelé l'infection générale ou la vérole constitutionnelle. Cependant j'ai dii les énumérer ici, parce que beaucoup d'écrivains ont prétendu qu'à la gonorrhée ne succédait jamais l'état qu'on a désigné sous le nom de syphilis, et dit, en copiant Bell à la lettre, que tout homme dégagé de préjugés conviendra que ce fait n'a jamais été suffisamment prouvé. Il n'en est pas, aucontrairc, de plus incontestable. Cependant je dois ajouter que les affections qui succèdent h la délitescence de l'urétrite , étant toujours ducs à l'action directe d'une cause irritante sur l'organe qui en est le siège, ne diffèrent de celles qu'on observe chez un sujet parfaitement sain, que parce qu'elles sont parfois accompagnées de la suppression brusque ou d'une diminution sensible de la phlegmasie urélrale, car il est rare que cette dernière s'éteigne loul-à-fait, à moins
/jG trait/-
qu'elle ne fut lrès-l(';gèrc ou sur le point de disparaître d'clle-niênie.
ti". Par suppuration. Le licpiide qui s'écoule dans l'urélrile n'est pas du pus, quoiqu'il en ail l'apparence. C'est nn produit de la sécrétion qu'accomplit la membrane mu queusc, dont les qualités varient en raison des modifications diverses que la phloj^ose apporte dans la texture de cette membrane. Mais il s'y mêle parfois du véritable pus, provenant soit de la surface d'un ou de plusieurs ulcères, soit de petits phlcj^mons développés le long de l'urètre, soit enfin d'abcès formés dans les jilandes de Gowper ou la prostate.
Je ferai voir, dans la suite, qu'il est presque impossible d'acquérir la certitude de l'existence d'un ulcère dans l'urètre. La nature de l'écoulement ne saurait être d'aucune ressource à cet égard, puisqu'on ne connaît pas de caractères à l'aide desquels on puisse parvenir à distinguer le véritable pus, celui du tissu cellulaire, de la matière exhalée par une membrane muqueuse enflammée.
Quelquefois les cordes lymphatiques de la verge suppurent, et il se développe un ou plusieurs petits abcès disposés à la suite les uns des autres, en forme de chapelet, le long de la partie affectée. Ce mode de terminaison est très-rare pour les gonllemens des glandes inguinales, même lorsque le tissu cellulaire voisin y participe. Cependant il a lieu dans certains cas.
L'inflammation du testicule se termine rarement par la suppuration, à moins qu'elle ne soit très-intense, et que l'art n'ait rien fait dans le principe pour la combattre. Cette terminaison se rencontre à peine une fois sur cinq cents, selon Bell. La violence des symptômes inflam-
DES MALADIES VÉNiniEXNES. ^7
matoires et le caractère décidément pulsatlf des douleurs doivent la faire craindre. On reconnaît que la suppuration est formée, h la mollesse de l'endroit qui en est le siège, et h la fluctuation qui s'y fait sentir. L'abcès peut être situé sous la peau du scrotum ou dans le corps même du testicule. Ce second cas est beaucoup plus grave que l'autre, car la résistance de la tunique albuginéc empêchant le pus de se porter vers l'extérieur, il arrive souvent que la substance de la glande est entièrement désorganisée avant que la fluctuation soit devenue sensible.
Les phlegmons sous-muqueux de l'urètre ont, de même que toutes les tumeurs inflammatoires, plus de tendance à s'ouvrir au-dehors que dans l'urètre, lorsque, ce qui arrive quelquefois, l'inflammation s'y trouve portée au degré nécessaire pour provoquer la formation du pus. Quelquefois néanmoins ce dernier se fait jour dans le canal, et s'écoule tout à coup au dehors, ou rentre dans la vessie, pour sortir avec les urines.
Il en est de même des abcès développés au voisinage des glandes de Gowper. Ces abcès sont ordinairement multiples , quoiqu'on n'aperçoive qu'une seule tumeur saillante en dehors. Ils occasionent parfois des délabrcmens considérables dans les parties environnantes, ainsi que l'a vu Monteggia.
Toutes ces collections purulentes peuvent se frayer en même temps une route au-dehors et une autre au-dedans. Il suit de là des fistules urinaires dont je ne m'occuperai qu'en faisant connaître les accidens de l'urétrite chronique, h laquelle on les voit en efîet bien plus fréquemment succéder.
Lorsque l'inflammation de la prostate se termine par la
/|8 TRAITK
suppuration, ce qui n'est pas rarr, les symptômes persistent au-delà du luiiticme ou dixième jour depuis l'invasion. Le malade a de la fièvre avec des redoubicmens, souvent précédés de frissons; vers le soir, les douleurs diminuent xm peu, et la dilîiculté d'uriner semble quelquefois devenir moins grande; le doigt introduit dans le rectum sent une tumeur flucluante. La suppuration, comme l'a fait observer Desault, paraît ne pas attaquer le corps même de la glande, mais se faire seulement dans ses enveloppes et dans le tissu cellulaire disséminé autour des lobules qui la composent; car, bien qu'on y rencontre souvent des dépôts très-étcndus, on ne la trouve presque jamais fondue et détruite; elle reste entière, et souvent même plus grosse que dans l'état normal. Tantôt le tissu cellulaire de l'organe est comme infiltré de matière purulente, tantôt le pus s'est rassemblé en plusieurs petits foyers épars entre les lobes, tantôt cnlin il forme une collection considérable, qui se prononce presque toujours à la face externe de la glande, du côté, soit de la vessie, soit du rectum, rarement à sa face interne, dans l'intérieur de l'urètre, ou il l'entrée du col de la vessie. On a vu ce foyer unique s'ouvrir spontanément à l'intérieur, dans la vessie, dans le rectum, dans l'urètre. Mais celle issue, la moins défavorable de toutes, n'a lieu que dans un petit nombre de cas. La suppuration de la prostate est un accident toujours fâcheux, souvent mortel, contre lequel la chirurgie possède peu de ressources.
5°. Par iransirènc. Ce mode de terminaison est fort rare, mais non sans exemple. Andrée a trouvé, dans l'urètre d'un homme môrl h la suite d'une rétention d'urine, une substance qui remplissait ce canal, depuis la base
DnS 3IALADIES vixiPvIE\XES. 49
du ^land jusqu'au vei'u inontanum, et qui paraissait produite par la membrane muqueuse sphaceîéc. Lorsque linflammation se communique h toute la verge, ce qui n'arrive guères que quand une gastro-entérite violente coïncide avec l'urétritc, elle peut se terminer parla gangrène. Dans ce cas, la mortification demeure presque toujours bornée aux tégumens, mais quelquefois aussi elle frappe toutes les parties du membre viril, qui tombe en entier, comme Foreest entre autres nous en a transmis un exemple.
L'inflammation du testicule peut être assez intense pour amener la gangrène; mais il faut alors que le cordon spermatique, tuméfié outre mesure, se trouve comprimé par im anneau inguinal naturellement étroit et rigide. On conçoit d'après cela combien ce redoutable accident doit être rare.
La gangrène de la prostate, dont quelques écrivains font mention, est aussi fort rare.
4°. Par le passage à Cttat chronique . L'urètre conser- A'e, très-long-temps encore après la guérison de la phlegmasie dont il a été atteint, une certaine irritabilité morbide qui se manifeste par un chatouillement plus ou moins sensible lors du passage de l'urine, et qu'accompagne une grande tendance du testicule à s'enflammer , pour peu qu'on néglige d'éloigner toutes les causes d'irritation de cette glande. Quelquefois même des flocons, des filamens ténus nagent de temps en temps dans l'urine , surtout après une erreur de régime. Ces légers accidens inspirent de grandes craintes à certains malades; mais ils n'ont rien d'alarmant, et se dissipent d'eux-mêmes. Ils peuvent durer pendant des mois, des années même; le temps, secondé par l'influence d'un genre de vie régulier, finit par
50 TU.VITK
les dissiper. Kn examinant l'orifice de l'urètre, on trouve sa membrane interne molle, lâche et plus pâle que dans l'état normal; lorsqu'on la comprime, on lait sortir un mucus jaunâtre d'un nombre infini de petits points.
On voit aussi quelquefois succéder à l'inflammation de l'urètre un état particulier du canal, qu'on désigne communément sous le nom de spasme; cet état ressemble beaucoup à celui qu'éprouvent les hommes qui retiennent trop long-temps leur urine, et conli'actent la mauvaise habitude de résister aux sollicilalioiis par lesquelles la Tessie annonce le besoin de se débarrasser. Ce spasme est sujet aux plus singulières anomalies; tantôt il ne met ^u'un faible obstacle au passage de l'urine ou des sondes, et cesse tout h coup; tantôt, au contraire, il ne permet d'uriner que par un très -mince fdet , et s oppose même souvent tout- à -fait h la sortie du liquide ou h l'introduction des algalies. A l'ouverture des corps, la verge n'offre rien qui explique l'interruption du cours de l'urine, ou l'on observe seulement les traces d'une très-légère phlegraasie, sans épaississcment appréciable des parois du canal. Le malade tantôt n'a pas d'écoulement et ne se plaint que d'une dysurie capricieuse, accompagnée d'une légère ardeur d'urine, tantôt est sujet à un flux de matière, soit piu-iforme et blanchâtre, soit claire et limpide, qui est moins abondante, mais plus épaisse, que dans l'urétrite aiguë; ce flux n'est accompagné ni de chaleur, ni de douleurs, ni d'érections. Les écoulemens de cette espèce peuvent durer pendant plusieurs années, et même toute la vie. Chaque jour on en voit qui subsistent depuis dix, quinze ou vingt ans et plus, et que la moindre cause exaspère ou supprime. Souvent ils ne
DKS MALADIES VÉNÉRIENNES. 5l
sont pas continus, mais ils cessent de temps en' temps, 'h des intervalles plus ou moins rapprochés. Oti ïeiir donne communément le nom de ^onorrlxée bénl2;ne,-^6nv les distinguer des flux qui accompagnent l'urétrite aigiie, et qui portent celui de gonorrhée virulente. On les appelle aussi blen7ion'hêc el suintement habituel. Darwin lés nommait gonorrhcc froide. Quand il? sont sujets h des intermittences irrégulières, on les appelle ^onorrliée intermittente ou à répétition. Jadis on les attribuait au relâchement et h l'alFaiblissement des vaisseaux exhalans de l'urètre. Cette théorie, victorieusement combattue par Hunter, ne mérite pas aujourd'hui qu'on s'arrête à la réfuter. Tant que la phlegmasie chronique ne dépassé pas la superficie de la membrane muqueuse , elle peut durer ainsi pendant une longue suite d'années, sans entraîner d'autres accidens qu'une légère démangeaison le long du canal et un suintement habituel, qui laisse de petites taches blanches, grises, jaunâtres ou verdâlres, sur le linge. Ce suintement persiste toujours, ou disparaît pendant des semaines, des mois entiers, ou enfin ne s'interrompt jamais plus de deux ou trois jours dans le cou rant d'une longue série d'années. Les symptômes s'exaspèrent et se renouvellent, avec tous les caractères d'une nouyelle infection, h l'occasion du moindre excès, soit dans le coït, soit dans les plaisirs de la table, soit dans l'exercice. L'abus des femmes contribue surtout à accroître ou h rappeler l'écoulement, quelquefois même avec une telle abondance, que le sujet ne doute pas qu'il n'ait contracté une nouvelle maladie. Fort souvent aussi, cet abus ne fait qu'exciter un sentiment désagréable d'ardeur et de cuisson dans l'urètre, et si l'urétrite a été compliquée jadis d'une inflammation du testicnlc, la glande se
52 TIXAITJi
tuméfie et devient douloureuse pendant quelques heures ou quelques jours. La dureté dont Tépididynie resle si souvent atteint, augmente aussi passagèrement d'étendue et de consistance. A ce sujet, M. Dcipech fait une remarque fort importante, c'est qu'on n'a ordinairement égard qu'au renouvellement des douleurs et de l'écoulement, dans un temps où la cessation presque complète des unes et de l'autre faisait espérer la fin prochaine de la maladie , tandis qu'avec un peu plus d'attenlion , on n'aurait pas de peine h constater qi*e la nouvelle inflammation n'a pas toujours le même siège que l'ancienne, et qu'on peut, par conséquent, dans la plupart des cas, la considérer moins comme une recrudescence de cette dernière quecommc une affection nouvelle. On conçoit combien ceci est important pour le traitement.
Les choses ne se passent plus de la même manière quand l'inflammation réside en même temps dans les tissus sousjacens. Elle se concentre alors sur un seul point, ou sur plusieurs à la fois. Ici deux cas difl(érens peuvent avoir lieu. Tantôt la plilogose passe de la membrane muqueuse au tissu cellulaire qui tapisse sa face adhérente, et tantôt, au contraire, elle se communique des parties sous-jacentes à la membrane. Les eifets immédiats ne sont pas identiques dans ces deux cas, quoique le résultat définitif soit toujours le même, c'est-à-dire le rclrccisscmcnt du canal.
J'ai dit précédemment qu'il n'est pas rare que de petits phlegmons se développent le long de l'urètre, soit seidement dans le tissu cellulaire, soit même dans le tissu spongieux du canal et de la verge. Ces phlegmons se terminent fréquemment par induration, et produisent ainsi des nodosités, tantôt isolées, tantôt groupées, et disposées en manière de grains de chapelet, qui sont quelquefois assez vo-
DHS MALADIES VÉNÉRIEXMiS. 53
lumineuses pour gêner l'émission de l'urirrc etî'c^reetion, pour déterminer une véritable chaude-pisseè'ordée chronique, sans que la sonde rencontre ni callosités, ni épaississcment à la suri'ace de l'urètre. Ce sont autant dv noyaux d'inflammation, situés à ùiië plus ou moins grande distance de la surface sécréloire, que la moindre cause, externe ou interne, suUit pour exaspérer. Il peut se faire, dans ce cas, que la membrane muqueuse demeuré long-temps intacte, au milieu des progrès lents, mais toujours croissans, de la tumeur développée au dessous d'elle, qu'elle présente un aspect semblable à celui qui résulterait, pour employer la comparaison assez juste de Hunier, de l'action d'une ficelle serrée autour de l'urètre, quil n'existe aucune trace d'écoulement, et que ce der nier ne devienne sensible qu'à l'époque où la membrane elle-même commence à s'affecter, ce qui arrive toujours quand le l'étrécissement est parvenu à un certain degré, à cause de la distension que le flot d'urine fait nécessairement éprouver à la portion du canal située derrière l'obstacle. Les médecins du moyen âge avaient observé avec beaucoup de soin ce cas, trop négligé aujourd'hui; ils avaient i-emarqué que, fort souvent, la dysuine chronique n'est suivie d'un écoulement qu'après avoir subsist^^ pendant quelque temps.
Dans le second cas, l'inflammation de la membrane muqueuse urétrale, en diminuant d'intensité et d'étendue, et se concentrant sur un point plus particulièrement propre à son existence, comme il arrive h toute phlegmasie qui passe de l'état aigu à l'état chronique, semble gagner en profondeur ce qu'elle perd en surface. Elle se propage aux parties sous-jacentes, change lettr
A4 . , ,-.i;. fHAiT);
mode, de iiulrilion, altère par conséquent leur texture, et donne nai^jjance, soit à des ulcérations plus ou moins étendues, soil,ccqui est bien plus ordinaire, ii des adhérençes^.à des dépôts deTOatièire concresciLle, qui resserrent les tissus, augmentent leur épaisseur, et les privent de leur souplesse, de leur extensibilité normales. De là un engorgement des paroi^ 4" canal, qui rétrécit son calibre, et qui s'accompagne toujours d'un ép.aississement plus ou moins notable de la membrane muqueuse. Si alors on introduit une sonde dans l'urètre, on remarque qu'il est extrêmement sensible dans toute son étendue, mais spécialement dans un point. Dès que i'inslrument arrive en cet endroit, le malade éprouve une douleur très-vive; il prétend qu'on le pique, et un mouvement machinal le porte h saisir la main de l'opérateur, pour l'arrêter. Si néanmoins ce dernier continue ses tentatives, la douleur devient plus intense, la sonde rencontre une légère résistance, et, pour peu qu'elle soit grosse, on sent qu'elle est serrée dans le lieu où siège la sensibilité morbide. Lorsqu'on la retire, elle est chargée de mucosités, et souvent même de sang, dont une petite quantité s'écoule aussi par le méat urinaire. Le malade est atteint d'un écoulement, qui persiste sans interruption, ou qui reparaît à des intervalles plus ou moins éloignés. Quand il urine, il éprouve de la douleur, et sent lui-même un obstacle ù l'endroit où le liquide s'arrête, et qu'un sentiment particulier lui permet encore de désigner après qu'il a satisfait au besoin de vider sa vessie.
Telles sont les deux manières dont les rétrécissemens d-c l'urètre peuvent prendre naissance. Dans l'un et l'autre cas, la lésion organique marche avec beaucoup de
Ul-S MALADIES VKMiHlt:>>ES. ,55
lenteur, mais liunc maniôre conliiiuo. Le malade s'en aperçoit h peine dans l'origine, et, ne prévoyant pas les lourmens qui lui sont réservés, il ne s'inquiète guères que des exaspérations i'réquentes de l'écoulement, fjui lui l'ont craindre, tantôt d'avoir été mal guéri, tantôt d'avoir contracté une nouvelle gonorrhée; ou, si rien de semblable ne survient, il ne lait attention qu'aux engorgemens sympathiques de l'un ou l'autre testicule, auxquels il est trèssujet. Tout exercice violent, toutq nourriture trop excitante, le^ boissons alcooliques, les excès vénériens agravent son état. Le froid lui est également très-contraire; aussi, sou(ii*e-l-il davantage en hiver qu'en été, et pendant les vents du nord et de l'est, que pendant ceux du sud ou de l'ouest. Indépendamment du froid, il y a encore d'autres circonstances qui peuvent accroître les incommodités causéies par un rétrécissement; ainsi l'on a remarqué que la difficulté d'uriner devenait toujours plus grande durant le froid des accès de fièvres intermittentes.
M. Lallemand, qui a eu plusieurs fois occasion de disséquer des urètres aft'ectés de rélrécissemens, décrit de la manière suivante l'état des parties chez un malade entré à l'hôpital pour une strangurie, et mort, deux jours après, d'une perforation spontanée de l'estomac. « Je trouvai, dit-il, à la courbure sous-pubienne, un rétrécissement qui admettait avec peine une sonde cannelée. Le canal, fendu dans toute sa longueur, présenta, dans le point rétréci, un épaississement circulaire de la membrane muqueuse, commençant et finissant d'une manière insensible , en sorte que la tranche ressemblait, de chaque côté, à un fuseau divisé suivant son grand diamètre. Le bord externe n'était pas moins bombé que celui qui cor-
56 TuAirA '
respondallà lu surface du canal. Ainsi, le cylindre qui formait l'obslacle, aminci à ses deux cxlrémilés, et renflé au milieu, ne faisait pas moins de saillie en dehors qu'en dedans. En disséquant la membrane muqueuse, je la trouvai si adhérente, vis-h-vis de l'altération, qu'elle ne put être enlevée entière; ce qui prouve que le tissu cellulaire qui unissait ces parties avait participé à l'affection de la membrane muqueuse. Le tissu altéré était d'un blanc jaunâtre, ferme, résistant, peu élastique et très facile à déchirer; il n'offrait aucune apparence de fibres distinctes; <)n eut même dit qu'une substance albumineuse s'était déposée dans les mailles de la membrane muqueuse et du. tissu cellulaire sous-jacent, comme dans une éponge. Je ne puis donner une idée plus exacte de ce cylindre, qu'en le comparant h celui qui se forme, par l'ossification du périoste, autour d'un os long fracturé; et, de même que le périoste, gonflé par l'inflammation, s'encroûte de phosphate calcaire, et garde la forme d'un cylindre aminci à ses deux extrémités, de même la membrane muqueuse et le tissu cellulaire correspondant conservent dans leurs mailles, après la chute de l'inflammation, une substance albumineuse , qui en augmente le volume et la densité. »
Ainsi, de quelque manière que le rétrécissement se soit établi, l'inflammation, source de l'épanchement du liquide coagulable, s'apaise peu à peu, et il n'en reste plus aucune trace quand l'induration est parvenue h son dernier terme. La sensibilité diminue aussi par degrés, et finit par s'éteindre toul-ù-fait , lorsque la membrane a j>erdu entièrement sa texture primitive , de sorte que les douleurs qu'éprouve encore le malade n'ont plus leur
U£S MALADIES VèjiiniliNNES. 67
siège dans la siiriace endurcie, connnc par le passé, mais dépendent uniquement de l'irritation des parties saines environnantes.
Les rétrécissemens de l'urètre ont ordinairement peu d'étendue. Il paraît cependant que leur épaisseur et leur longueur augmentent sans cesse, comme leur dm-eté. Dans la grande majorité des cas, ils se bornent à une, deux ou trois lignes d'étendue; mais on en a vu qui avaient un, deux et même trois pouces. Une petite tumeur que l'on sent, à travers les tégumens, en parcourant le trajet du canal, indique le lieu où ils sont situés.
Les uns n'occupent qu'une portion de la circonférence de l'urcfre, tandis que les autres envahissent tout son contour. Les premiers changent la direction du canal, et le dévient plus ou moins, en raison de leur épaisseur. Quant aux circulaires , ils offrent plusieurs différences qu'on peut toutefois réduire à deux variétés pi'incipales; tantôt, en effet, ils sont plus épais d'un côté, et commencent brusquement; tantôt, au contraire, ils sont réguliers, et présentent ime ouverture centrale, évasée en entonnoir.
A l'égard de leur siège, Ducamp prétend que, cinq fois sur six, l'obstacle existe entre quatre pouces et demi et cinq pouces et demi, et que, quatre fois sur cinq, on le rencontre entre quatre pouces neuf lignes et cinq pouces trois lignes, il en a trouvé aussi, comme autrefois Bell et plusieurs autres, h l'orifice de l'urètre, à deux et à quatre pouces de profondeur, mais il regarde la partie moyenne du canal comme étant la plus exposée à ce genre d'altération. M. Lallemand a très-bien démontré que celte assertion était erronée, et que, pour arriver à
hS TRAITÉ
une évaluallon, sinon riji;ouroii,se, du moins approximative, aillant que possible, il i'aul {l'abord, lorsqu'un malade porte plusieurs rétrécissemens h la fois, ne tenir compte que de celui qui occupe la région la plus profonde, puis voir, sm* un certain nombre de sujets , quelle proportion règne à l'égard des rétrécissemens situés dans telle ou telle partie de l'urètre. En procédant de cette manière, on reconnaît que le plus grand nombre des rétrécissemeijs ont leur siège vers la courbure sous-pubienne de l'urètre, c'est-à-dire environ à six pouces, ce qui s'accorde avec les données que nous ont laissées la plupart des auteurs. Sœmmerring s'est trompé en disant qu'on n'en trouve jamais dans la portion du canal qu'enveloppe la prostate; ils sont seulement beaucoup plus rares là'iju'ailleurs.
Il peut n'y avoir qu'un seul rétrécissement, mais il peut aussi en exister plusieurs à la fois. Hunteren a compté six, M. Lallemandscpl, et Colot jusqu'à huit, sur le même individu; Dans ce dernier cas, il yen a toujours un plus étroit, plus étendu que les autres, et c'est en général le plus ancien de tous, le plus rapproché du col de la vessie. S'il s'en trouve d'autres entre celui-ci et la vessie, ils sont plus larges que ceux qui ont leur siège entre lui et le méat, parce que, comme l'a fait observer M. Lallemand, l'urine, habituellement retenue par le principal obstacle, agit sur ceux qui sont situés derrière, et les distend, ou bien ce sont des endurcissemens unilatéraux qui n'empêchent pas la distension de cette partie du canal, tandis que la portion antérieure, au contraire, ne recevant plus l'influence du jet de l'urine, se resserre d'autant plus facilement sur ellemême.
DES MAL.\UIES VÊNÊRIEINNES. 09
Maintenant, il me reste à décrire les accidens produits par les coarclations de l'urètre. Le malade ne commence ordinairement h s'en apercevoir (ju'après que l'inflammation s'est renouvelée un grapd nombre de fois, sous l'influence de causes accidentelles dont il n'a pas tenu compte, et ne fait dater sa maladie que du moment où il a éprouvé une gêne notable et permanente dans l'émission des urines. Le «iégc et la nature de la Coarctation n'influent point sur le caractère de ces accidens, qui ne varient qu'en raison de l'i^troitesse du passage reste ouvert ti l'urine, et de l'ancienneté de la maladie, c'est-à-dire en raison du degré de resserrement, de l'étendue et du nombre des coarclations. Les uns sont bornés à l'urètre et h ses dépendances; les autres tiennent à l'aiiectlon consécutive du reste de l'appareil urinaire et de diverses autres régions de l'organisme.
Dès que l'inllammation des parois de l'urètre, de quelque manière qu'elle ait débuté, a laissé un noyau d'induration dans leur épaisseur, il y a rétention plus ou moins prononcée de l'urine. Ce liquide sort avec moins de facilité. Au lieu de couler à plein canal, par un jet long, égal et uniforme, il s'écliappe avec plus de lenteur, formant un fdet moins volumineux, quelquefois oblique, et presque toujours composé de deux branches séparées ou entrelacées en spirale et tournoyantes. Une légère cuisson pendant que le fluide coule, des démangeaisons dans le canal et des pesanteurs au périnée sont à peu près les seules incommodités que le malade ressente à cette époque. Toutefois le degré d'excitation du canal les fait varier beaucoup. La plus légère irritation immédiate ou éloignée les exaspère. En s'accumulanl ainsi, les inflammations succès-
6o TRAITi
sives hâlciit les progrès de la lésion organique déjà existante, et en provoquent souvent de nouvelles, par leur concentration sur d'autres points.
Il résulte de \h que le jet des urines devient progressivement plus délié et moins fort, que le malade met plus de temps à uriner, quoiqu'il rende moins de liquide h la lois , que le Lcsoin de vider la vessie se renouvelle plus souvent et d'une manière de plus en plus impérieuse, que l'expulsion de l'urine exige des cflbrts de plus en plus violons et soutenus, qu'elle s'accompagne de vives douleurs et du gonflement de la verge, et que si, après avoir uriné autant qu'il lui est permis de le faire, le malade recommence ou redouble ses efl'orls, il provoque encore la sortie d'une nouvelle quantité de liquide. Ce dernier phénomène prouve que la vessie ne se vide pas complètement. Aussi, forme-t-ellc à la région hypogastrique, surtoutquand le malade n'a pas uriné depuis quelque temps, une tumeur dure et rénitente, accompagnée de tiraillemens dans les aines et de douleurs obtuses au-dessus des pubis. On ne peut comprimer cette tumeur sans occasionner une sensation douloureuse, et le plus souvent aussi sans réveiller l'envie d'uriner. L'urine , poussée d'un colé avec force par la vessie , et retenue de l'autre par la coarctation de l'urètre, dilate la portion du canal située derrière l'obstacle, de manière à former une poche plus ou moins vaste, dont Chopart a vu le volume égaler celui d'un œuf de poule. Celte poche occupe le périnée, à la racine de la verge, au dessous du scrotum, où on la reconnaît à une tumeur peu douloureuse, qui ne change pas la couleur de la peau, qui offre peu de rénitence, et au centre de laquelle on sent une fluctuation profonde.
DES MALADIES viiNtnii: XMCS. Cl
Dbs. que la vessie cesse d'agir, i'urMrc revient sur luimême, et chasse l'urine qui le distendait, ce qui lail que, pendant quelque temps, le malade rend goutte à goutte une certaine quantité de liquide, au moment où il croyait avoir tout expulsé. Il peut arriver alors que des graviers s'amassent et séjournent derrière l'obstacle, qu'ils y acquièrent un grand volume, et qu'ils y deviennent même très-multipliés. On a vu, dans certains cas, leur mobilité permettre à l'urine de les appliquer contre l'ouverture de l'obstacle, qu'ils fermaient complètement à la manière d'une soupape , d'où résultait une rétention d'urine opiniâtre, et souvent mortelle.
Avec le temps , la difficulté d'uriner devient encore plus grande. Le liquide, au lieu de jaillir loin de la verge, tombe directement entre les jambes du malade, soit par un petit filet continu, soit même goutte à goutte. Ce phénomène indique la présence de plusieurs rétrécissemens; car, suivant la remarque de M. Lallcmand, « lorsqu'il n'y en a qu'un seul, pourvu qu'il ne soit pas trop rapproché du col de la vessie, les urines sont ordinairement lancées h une certaine distance, quoique le jet soit souvent très-mince et bifurqué ou entortillé; mais quand il y en a plusieurs, les urines tombent perpendiculairement entre les pieds du malade, et quand leur nombre est considérable, il y a incontinence complète d'urine. On conçoit, en effet, qu'un seul rétrécissement fort étroit puisse produire facilement une rétention complète, mais que, quand la voie est rétablie, l'urine, ne rencontrant que cet obstacle, soit lancée avec assez de force, quoique par lui jet très-mince. Mais, en passant à travers plusieurs rélrécissemens peu étroits, l'urine perd successivement
toute sa vitesse cl tombe toujours perpendiculairement. » A cette époque de la maladie, le sujet est tourmenté par des envies continuelles d'uriner, el, comme l'a trèsbien dit Ducamp, son existence se passe dans la triste alternative d'être toujours pressé par un besoin impérieux, cl de redouter d'y satisfaire. Il tiraille sa verge avec force, varie ses positions de mille manières dill'ércntes, et ne parvient h expulser quelques cuillerées de liquide qu'après avoir éprouvé des contractions spasmodiqucs de presque tous les muscles du corps, qui persistent souvent après ce faible écoulement, pour se renouveler h chaque nouvelle émission. Les efforts auxquels il se livre agissent principalement sur la poitrine et le cerveau. Ces efforts sont si violens que les jambes tremblent, que la respiration devient laborieuse, que la face rougit et reste habituellement haute en couleur, que la sueur inonde le front, que les matières fécales et le sperme sortent avec l'urine, et qu'il siu'vicnt des hernies, des chutes du rectum, des hémorroïdes. Enfin, les obstacles au cours de l'urine faisant toujours des progrès, le col de la vessie perd la faculté de résister aux contractions du corps de l'organe , et n'oppose plus qu'une faible barrière au liquide. Lfn moment arrive même où cette barrière se trouve tout-h-fait détruite , de telle sorte que l'urine n'est plus retenue que par le rétrécissement le plus serré, et que toute la portion du canal située derrière l'obstacle vient à faire réellement partie de la cavité vésicalo. La coarctation remplit alors, en quelque sorte, l'office du col de la vessie; mais, comme elle est dépourvue de toute conlractilité, elle laisse suinter le fluide goutte h goutte, à mesure qu'il tombe dans la vessie, et le malade ne peut plus ni retenir ni expulser son urine à volonté.
T)i:S MALADIES VK NKniKNXr.S. CS
Ainsi les rclrécisscmcns do l'urMre déterminent également rincontincnce et la rétention d'urine dès qu'ils sont parvenus ti un certain degré.
\^' incontinence d'urine a lieu de deux manières trèsdifférentes, qu'il importe de ne point confondre l'une avec l'autre, quoique, dans les deux cas, l'urine sorte goutte à goutte. Tantôt, en effet, le suintement s'effectue quelques instans après que le malade a uriné, et dépend de ce qu'une certaine quantité de liquide, accumulée derrière l'obstacle, ou entre les diverses coarctations , quand il en existe plusieurs, traverse peu h peu l'ouverture de ces rétrécissemens, en vertu des seules lois de la pesanteur, <\èf> que la vessie et les puissances musculaires abdominales suspendent leurs contractions énergiques. Tantôt il s'opère à l'occasion de tout exercice musculaire un peu fort, comme lorsque le malade tousse, marche ou se livre à quelque effort; il tient alors à ce que le col vésical ayant perdu sa contractilité, l'action des muscles abdominaux, qui compriment la vessie , fait suinter quelques gouttes d'urine à travers l'ouverture au. rétrécissement qui seul met obstacle h leur sortie. Dans l'un et l'autre cas, l'incontinence n'a que l'inconvénient , grave il est vrai , de rendre le malade à charge h lui-même et aux autres, par l'odeur désagréable qu'exhale son linge, continuellement trempé d'urine. Elle ne survient jamais que quand la coarctation est arrivée au point d'oblitérer presque complètement le canal.
Il n'en est pas de même de la rétention, pour la production de laquelle on a calculé que lesrétrécissemens de l'urètre sont aux autres causes réunies dans la proportion de neuf h un environ. Elle peut se déclarer h toutes les
époques de la maladie, et long-lemps avant que la coarctatîon ait lait de grands progrès, sous l'empire de loute influence, externe ou interne, capable d'exaspérer l'inllammation locale , puisqu'il résulte de là un gonflement plus considérable et l'accumulation, sur le point enflammé, d'une sécrétion épaisse et tenace , deux circonstances dont le concours augmente quelquefois assez le rétrécissement pour oblitérer tout-à-fait la voie. Dans cet état de choses, les soufl'ranccs sont extrêmes et le danger imminent. Les accidens se développent avec une grande rapidité, en raison de l'irritation habituelle de la vessie. Je les ai déjà indiqués à l'occasion de la rétention d'urine causée par l'urétrite aiguë. Si la nature ou l'art ne parvient pas promptement à rétablir le cours de l'urine, ce fluide s'accumule de plus en plus derrière l'obstacle, dans l'urètre, la vessie, les uretères, les reins eux-mêmes. Ces divers organes s'enflamment , et parfois môme la phlogosc dont ils sont frappés se communique au péritoine. Dans la plupart des cas alors , la gangrène s'empare d'un des points irrités, et l'on voit survenir les formidables accidens d'un épanchement d'urine, soit que la rupture ait lieu dans l'organe le plus distendu et le plus irrité , c'est-à-dire la portion de l'urètre située derrière l'obstacle, soit qu'elle s'eflectue dans le corps même de la vessie, auquel cas l'urine se répand dans la cavité abdominale, et la perte du malade est assurée.
A mesure que l'urètre se dilate derrière le rétrécissement, il éprouve aussi une irritation de plus en plus considérable. Les follicules mucipares de sa portion prostatique redoublent d'activité, et acquièrent plus de développement. Après la mort, on trouve connuunément la
membrane muqueuse de cette région injectée, épaissie, fongueuse, et couverte d'une couche très-tenace de matière mucoso-purulente. C'est ce qui explique le suintement muqueux, quelquefois puriforme, qui tache le linge du malade, ou précède le jet de l'urine, les lambeaux membranilbrmes dont la sonde revient souvent chargée^ l'aspect bourbeux de l'urine, le sédiment trouble qu'elle dépose au fond du vase, la promptitude avec laquelle elle se décompose, et l'odeur infecte, analogue à celle de la viande gâtée , qu'elle exhale en se putréfiant.
Il arrive quelquefois alors qu'une inflammation plus ou moins aiguë s'empai-e de la prostate, et que la suppuration détruit cette glande en totalité ou en grande partie. Dans ce cas, les urines sont purulentes, et, en inti'oduisant le doigt dans le rectum, on ne sent plus la prostate, ou l'on n'en discerne que des fragmens; le reste est mollasse et aplati. Mais, le plus souvent, cet organe devient le siège d'une inflammation chronique, qui a pour résultat de le rendre plus volumineux, et de provoquer, dans sa texture, des altérations diverses que l'on confond improprement sous le nom de squirrlie, et que l'anatomie pathologique n'a encore fait connaître que d'une manière fort imparfaite. Tantôt, en efîet, la prostate devient plus molle et facile à déchirer, tantôt elle prend une consistance analogue à celle du tissu fibreux ou même cartilagineux, et, lorsqu'on la fend, on trouve sa substance ferme, d'un brun blanchâtre, divisée par de fortes cloisons membraneuses qui la traversent en difixîrentes directions. Chez certains sujets, il s'y développe des calculs; mais, toutes les fuis que ces concrétions ne sont pas à nu dans
()() TRAITK
rinttViodr de la vessie, on ne possède nncnn moyen d'en conslalcr l'existence.
L'engorgement chronique de la prostate, soit qu'il dérive de celle source, on qu'il soit la const^quence d'une rincienne proslatite aiguf' qui ne s'est terminée qu'en parlie par la résolution, croît avec une lenteur extrême; c'est ce qui fait qu'on le rencontre si rarement chez les jeunes gens , tandis qu'il est si commun ches les hommes d'un certain âg;e. On peut même dire qu'il y a peu de libertins qui n'en ressentent plus ou moins les atteintes dans la vieillesse, et qui n'expient ainsi les erreurs de leiir jeune âge. Il augmente souvent le volume de la glande au point de le doubler et de le tripler. On a même vu cet organe égaler en grosseur un œuf d'oie, selon Wichmann, ou le poing, suivant Petit, et peser jusqu'h neuf onces. Son accroissement de volume peut se faire à la partie moyenne, et dans l'endroit qui correspond immédiatement à l'orifice vésical de l'urètre, ou seulement sur les parties latérales, ou enfin h la fois sur la partie moyenne et sur les côtés. Dans ce dernier cas, l'orifice du canal se trouve soulevé vers la symphyse pubienne, en même temps que l'urètre éprouve une pression latérale plus ou moins forte, de sorte qu'assez fréquemment Ce dernier, au sortir de la vessie, semble se plonger dans a prostate, où il forme un cul de sac, profond quelquefois de cinq, six ou sept lignes. Dans le premier, il y a aussi soulèvement de l'orifice vésical du canal vers la symphyse, mais on remarque en outre, lorsqu'on examine l'inférieur de la vessie, un ou plusieurs tubercules plus^ ou moins volumineux , placés au niveau de l'embouchure de l'urètre, et qui forment en cet endroit une espèce de valvule opposant parfois un obstacle insurmontable à l'iu-
Di:S MALADIES VENEr.IEXNKS. {\-j
Iroduction de la sonde. Dans le second, enfin, le canal n'est que comprimé, et n'éprouve pas de déviation Lien sensible, à moins que le gonflement ne soit uni-Ialcrai, circonstance dans laquelle, suivant Frank, il peut y avoir non pas dysurie, ou isclmrie, mais incontinence d'urine, parce que l'urètre étant incapable de revenir partout sur lui-même, l'orifice de la vessie ne se trouve pas bouché exactement. Toutes ces nuances , dont l'indication poiu-ra paraître minutieuse, sont importantes il connaître, en raisou de l'influence qu'elles exercent sur les diilicultés plus ou moins grandes qu'on rencontre lorsqu'on pratique le cathétérisme.
L'induration de la prostate se reconnaît aux mêmes signes que son inflammation aiguë, avec cette diflerence néanmoins, que la tumeur paraît plus dure au toucher^ que le doigt peut y atteindre, qu'elle cause peu de douleurs, que le malade n'a point de fièvre, et qu'il n'éprouve pas d'aussi fréquentes envies d'uriner. Cette aflcction produit de la gène dans les fonctions du rectum, le sentiment d'un poids que l'on rapporte vers la marge de l'anus, et un ténesme presque habituel. Elle détermine , en certaines occurrences, des accidens analogues à ceux qui sont causés par la présence d'un calcul dans la vessie, mais avec cette importante diflerence toutefois qu'jls ne se déclarent point, ou du moins rarement, avant l'invasion de l'ischurie, de manière à faire soupçonner de loin l'apparition et la nature du mal. L'urine devient visqueuse et filante. Elle laisse déposer, par le refroidissement, de longs filamens glaireux, élastiques, qui oflï'ent l'aspect d'une gelée tremblante, ou du frai de grenouille, comme disait Fabrice do Ilildcn, adhèrent au fond du vase avec beaucoup de
(18 TRVrri
t(''nacilé, et s'alonp;ont qiiolfjiiofois de doux h trois pieds, avant de se détacher. 11 a été reconnu que ce mucus ïilant vient entièrement de la prostate, car Home a trouvé l'extrémité d'un filament qui flottait dans la vessie d'un cadavre, tandis que l'autre extrémité, divisée en petits illels, allait aboutir dans les orifices des conduits excréteurs de la glande.
L'engorgement chronique de la prostate exerce une grande influence sur la sécrétion et l'excrétion du sperme. Une simple coarctation du canal en a déjà une puissante; car non-seulement, l'éjaculation se trouvant gênée, la semence reste derrière l'obslacle, et passe dans la vessie, ou sort peu à peu après l'acte, quand l'érection a cessé, de manière que la plupart des hommes atteints de ce genre d'afiection sont inhabiles à se reproduire, ce qui a fait mettre V impuissance au nombre des symptômes de la véix)le confirmée; mais encore il arrive fréquemment qu'au dernier moment de l'orgasme vénérien, de vifs élancemens se font sentir dans l'urètre , et que des gouttes de sang sortent par la verge, en place de sperme, dont l'émission occasione presque toujours une douleur très-aiguë. D'un autre côté, le coït ne manque jamais d'accroître la difficulté d'uriner, en exaltant l'irritation dans le point enflammé, et lui faisant même prendre une extension plus considérable. Aussi est-il suivi d'un écoulement, qui se manifeste presque aussitôt après, acquiert son plus haut degré d'intensité le jour même de l'apparition, reste ensuite stalionnaire pendant deux ou trois jours, puis décroît et disparaît au bout de quatre ou cinq.
Mais ces phénomènes ne sont pas les seuls, avant rajv-
DliS MALADIES VÉNÉRIENNES. 69
port à la sécrélion da sperme , qui soient détermine»; par l'engorgement chronique de la prostate. D'une part, l'irritation se propage, le long des conduits éjacui'ateurs, au testicule, qui s'engorge fréquemment, et reste même habituellement plus sensible et plus gros. D'un autre côté, l'éjaculation s'eireclue avec plus de promptitude que par le passé, et le malade a souvent des pollutions diurnes, accompagnées, en général, comme l'acte vénérien lui-même, d'une douleur plus ou moins vive. Plus tard, l'irritation faisant toujours des progrès, l'émission du sperme a lieu dans un état de demi-érection; il suflit , j)our la provoquer, du frottement de la verge pendant la marche ou l'équilation, des idées lascives, de l'échaullement procuré par le vin, du voisinage d'un grand feu, etc. Dans les derniers temps enfin, elle arrive, sans aucune sensation voluptueuse, toutes les fois que le malade fait agir la vessie et les muscles du périnée pour expulser les dernières gouttes d'urine, et durant les efforts nécessaires pour aller à la selle. Dans cet état de choses, qu'on attribuait jadis à la faiblesse des vésicules séminales, et dont M. Lallemand a donné le premier une étiologie précise, l'appétit se perd, les digestions deviennent laborieuses et accompagnées de flatuosités, le malade tombe dans le marasme, et il s'affaiblit d'une manière sensible, tant au physique qu'au moral.
J'ai déjà dit que l'urine, refoulée sur l'obstacle par les contractions de la vessie, dilate la portion du canal située derrière le rétrécissement, l'irrite, l'enflamme, et en altère la texture. Cette distension de l'urètre peut être suivie de Vcraillcmeni du canal, de sa rupture, ou du développement d'un phic'jnxoii dans les parties voisines.
70 rr.AiTi
S'il n'y .1 qu'un simple craillt'nicnt, l'urine s'inliltrc lonlonionl dans les parties sous-jacentes, et y excite une inflammation, dont le résultat définitif est la production d'une poche à ])arois organisées et garnies d'une pseudomeniLranc muqueuse, qui se distend et s'agrandit déplus en plus. Au bout d'un certain laps de temps, quelquefois très-long, la poche a pris assez de volume pour devenir apparente au périnée, et pour y former une tumeur fluctuante, de la grosseur d'une aveline ou d'une noix. A l'ouverture de cette tumeur, soit provoquée par la nature, soit clTectuée par l'art, il s'écoule une certaine quantité de pus, mêlé d'urine, et ce dernier fluide, qui continue à s'échapper de l'urètre, rend la plaie fistuleuse. Dans ce cas, l'établissement des fistules urinaires n'est précédé d'aucun accident grave.
Mais il n'en est pas de même lorsque, la crevasse de l'urètre étant plus grande, l'urine, retenue par l'obstacle, s'insinue avec plus ou moins de promptitude, suivant l'énergie contractile de la vessie , dans le tissu cellulaire du périnée et du scrotum. Ce dernier se distend outre mesure, et acquiert souvent le volume de la tête d'un enlant. L'infihration gagne assez fréquemment les aines, la partie inférieure de l'abdomen, et même une plus ou moins grande étendue des cuisses. Dans certains cas, elle se propage, sous la peau du bas-ventre, jusque dans les hypocondrcs et sur les côtés de la poitrine. M. Boyer l'a vue s'éfcndre aux lombes et au dos, jusqu'aux omoplates. Ces difl'érences tiennent au siège de la crevasse de l'urètre. En elfet, la tumeur se montre au périnée ou au scrotum toutes les fois que la rupture survient à la partie inférieure de la portion mombi^aneusc du canal, ce qui est
DES MALADIES VÉNÉRIENNES. jl
le plus ordinaire. Mais, quand la crevasse s'est laite vers le col de la vessie, ou même dans quelque point de la surlace du corps de ce réservoir, l'urine remonte généralement an-dessus des parois du bassin.
Cette infiltration mineuse est un accident des plus redoutables. On la reconnaît sans peine aux progrès rapides de la tumeur, à l'espèce de crépitation ou de frémissement qu'on y aperçoit lorsqu'on la comprime, et qui ressemble à celui que produit l'emphysème. On la reconnaît encore h la tension de la peau, qui est œdémalisée et luisante , et à la diminution des accidens qui dépendent de la strangurie. Une violeute inllammation ne larde pas à s'emparer de toutes les parties baignées par l'urine; la peau prend une couleur rouge, violette, livide : elle se couvre d'escarres gangreneuses, qui, en se détachant, donnent issue à une sanie infecte, mêlée d'urine. Cette sanic entraîne des lambeaux sphacelés de tissu cellulaire et de peau. Un vaste ulcère envahit toute la région qu'occupait l'urinq, et l'appareil est continuellement imbibé par le fluide que la crevasse fournit sans cesse. On a vu quelquefois tout le scrotum , la peau de la verge, celle des aines, du périnée et de la partie supérieure des cuisses tomber en gangrène, et les testicules, mis à nu, flotter au milieu de cet ulcère énorme, suspendus aux cordons spermatiques. Si le malade survit à un si alïVeux délabrement, la lièvre qui, surtout avant l'ouverture du dépôt ,, avait été violente et accompagnée de mouvemcns convulsifs, de délire, se calme peu à peu, l'ulcère se déterge et se couvre de granulations rouges, la peau des parties voisines se rapproche insensiblement de son centre, et tend à le fermer. Mais comme
la solution de continuité du canal livre toujours passage h l'urine, la cicatrisation ne peut s'opérer sur tous les points par lescjuels coule ce fluide. De là proviennent une ou plusieurs ouvertures qui n'ont aucune tendance 5 s'oblitérer, et qu'on appelle fistules urinatres.
Ordinairement les fistules urinaires n'ont qu'un seul orifice interne, mais communiquent h l'extérieur par plusieurs ouvertures, quelquefois fort éloignées de la crevasse urélrale. Presque toujours leurs orifices externes correspondent au périnée, aux bour;jes ou aux fesses. On en a vu cependant qui étaient situés sur les côtés de la poitrine, aux parois du bas-ventre, aux aines ou aux cuisses. Une fongosité rougeâtre et ferme les indique îi l'extérieur. Quelquefois leur trajet est marqué par une corde qui s'étend de l'urètre à leur orifice externe. Ces fistules fournissent continuellement un pus séreux, qui tache le linge en jaime, et qui exhale une odeur forte et désagréable. Pendant que le malade urine, une partie du liquide s'y engage, détermine un sentiment de chaleur et d'irritation, et coule bientôt goutte à goutte. C'est souvent la portion la plus considérable du fluide expulsé qui suit cette route insolite, et quelquefois même il passe tout entier par Ih, l'urètre étant trop étroit, ou même complètement oblitéré, ainsi que ]\I. Boyer l'a vu sur un homme qui urinait, depuis quarante ans, par une large fistule placée au-devant des bourses.
Les fisl nies urinaires sont, comme toutes les autres fistules, tapisséespar unepseudo-membranemuqueuse qui fournit une sécrétion plus ou moins abondante. La direction de leur trajet varie beaucoup : on en voit qui sont droites, et d'autres qui sont sinueuses; ces dernières sont les plus
DES MALADIES viNÊRIEIVXES. "jS
communes. Ordinairement, le trajet étant inégal et rétréci de distance en distance, l'urine ne peut pas le parcourir librement : il résulte de là qu'elle y séjourne, l'irrite, y fait naître des duretés, des callosités, excite même de temps en temps des dépôts nouveaux qui sillonnent les parties voisines de l'urètre en divers sens, les désorganisent de plus en plus, et n'épargnent pas les organes fibreux ni les os, qui parfois sont dénudes et deviennent le siège de caries plus ou moins étendues.
A toutes ces causes de désordres , il s'en joint quel- (juefois une autre encore, la formation de concrétions calculeuses dans les anfractuosités des fistules urinaires. Ces calculs, qui peuvent acquérir un volume considérable, s'opposent h la guérison, lors mémo que la crevasse de l'urètre vient h se refermer. Leur présence est une cause continuelle d'irritation, et ils font naître sans cesse de nouveaux dépôts, jusqu'à ce que la nature les ait expulsés, ou que l'art les ait extraits.
Quant aux phlegmons que j'ai dit être assez souvent la suite de la distension extrême de l'urètre derrière un rétrécissement, ils dépendent de ce que l'inflammation de la membrane muqueuse s'est propagée au tissu cellulaire sous-jacent, c'est-à-dire que leur mode de formation ne dllïere pas de celui des abcès analogues, mais bien plus petits, qui viennent quelquefois compliquer l'urétrile aiguë. Un sentiment de gêne et de pesanteur au périnée annonce leur invasion prochaine. Bientôt on voit se développer, dans cette région, une petite tumeur, qui grossit peu à peu, et devient le siège de douleurs pulsatives. Le doigt ne tarde pas à y percevoir manifestement de la fluctuation. Dans le même temps le malade éprouve des horripilatious.
74 TRAriK
plus ou moins fortes et de la lièvre. Une lois la suppuralion éli'.LIic, la tumeur grossit et se ramollit de jour en jour.
L'abcès peut s'ouvrir au-deliors, ou dans l'urètre. Les phénomènes qu'il provoque varient beaucoup dans l'une cl l'autre circonstance. Si la suppuration se dirige vers le périnée, les tégumens de celle région se colorent, s'amincissent, s'ulcèrent, et il s'écoule enlln une certaine quantité d'un pus blanc, homogène, qui ne contient aucnniî parcelle d'urine. Si, au contraire, le dépôt aboutit dans l'urètre, tantôt l'ouverture se trouve placée au-devant du rélrécissement, de manière que l'urine, ne rencontrant aucun olstacle qui l'arrête, peut passer sur elle sans y pénétrer; tantôt la perforation se fait derrière l'obstacle, et alors l'urine, qui s'insinue dans le foyer de l'abcès, donne lieu à tous les accidens dépendans d'une inliltralion urineuse.
Après l'ouverture du dépôt, sa cavité peut se refermer, en revenant peu à peu sur elle-même, ou bien l'ouverture par laquelle passe le pus reste listuleuse. On appelle la jlstula incomplète qui résulte de \i\, borgne ex- Icnic, ou boryne. uitcïiie, suivant qu'elle aboutit à la peau ou dans l'urètre. L'interno lient au suintement de l'urine, et peut entraîner tous les accidens qui ont été décrits plus haut, h l'occasion des fistules urinaires. L'externe est entretenue soit par la dénudation de l'urètre, soit par l'écartcment continuel des parois du foyer, qui dépend de la pesanteur du scrotum, soit enlin par l'étroitesse de l'ouverture et la sinuosité du trajet, qui, ne permetlant pas au pus de s'écouler libremenl, deviennent même parfois cause qu'il se forme de nouveaux clapiers.
UJiS MALADIES VÉNÉRIENNES. 70
Il s'en faut de beaucoup que les efl'ets des ooaixlations urëtrales demeurent bornés au canal et aux parties qui en dépendent immédiatement. Tout le reste de l'économie peut s'en ressentir, mais c'est sur la vessie que portent les premières et les plus graves atteintes.
L'un des effets les plus sensibles est l'état de plénitude dans lequel la vessie demeure continuellement, parce que l'espèce de filière qui livre passage à l'urine étant trèsétroite, les cU'orts d'expulsion du réservoir cessent avant qu'il soit vide, ses contractions, comme celles de tous les autres organes musculaires, ne pouvant pas durer au-delà d'un certain temps, quoique le stimulus qui les met en jeu continue à se faire sentir.
De cet état habituel de plénitude résultent diverses conséquences plus ou moins graves.
D'abord le malade est sans cesse tourmenté par le besoin d'uriner, que l'irritation toujours croissante de la vessie rend de plus en plus pressant et impérieux, tandis que chaque émission devient moins copieuse et accompagnée de plus d'efforts, à cause des progrès continuels de l'obstacle. Le malade, en proie à des souffrances que le moindre écart de régime exaspère, mène une vie pénible et languissante ; ne pouvant suivre aucune occupation, ni se livrer à aucun plaisir, ne goûtant même jamais les douceurs d'un sommeil tranquille , il devient sombre et morose, il fuit la société, pour se repaître d'idées noires et nîélancoliques.
L irritation de la membrane muqueuse vésicale active la sécrétiGU du fluide lubréfiaut. Les mucosités que cette membrane fournil se mêlent à l'urine, dont elles altèrent la transparence et rendent la décomposition plus rapide,
7 G TRAITÛ
en même temps qu'elles lui communicjucnt une odeur lotide. Plus lard, elles forment un sédimenl épais, qui se rassemble au fond du vase, sans y adhérer, et qui finit même par prendre le caractère purulent.
L'accroissement d'action des libres musculaires leur fait acquérir un développement plus considérable, et la membrane muqueuse, repoussée par l'urine, faisant hernie entre leurs faisceaux, qu'elle sépare et isole jusqu'à un certain point, il en résulte celte disposition particulière que l'on a désignée sous le nom de vessie à colonrus, mais qui tient souvent aussi à un vice congénial de conformation.
Quelquefois les parois de l'organe se perforent, par suite, soit d'un ramollissement des tissus, soit plus fréquemment d'une inflammation gangreneuse, et l'urine s'infiltre dans le tissu cellulaire, portant partout l'inflammation, la suppuration et la gangrène, comme j'ai déjà eu occasion de le dire, ou s'épanche dans le péritoine, dans le rectum, dans toute autre portion du canal intestinal, par exemple dans le colon, avec lequel la vessie avait contracté des adhérences. '
Mais le plus souvent la plilcgmasie vésicale prend un caractère de chronicité, et altère le tissu de l'organe, qui s'épaissit, se racornit, en même temps que l'étendue de sa cavité diminue. Dans certains cas même, qui sont très-rares, à la vérité, ce viscère subit la dégénérescence cancéreuse, ainsi que Chopart, Desault, IM. Lallemand et tout récemment encore M. Souberbielle , l'ont constaté par des observations authentiques.
Chez quelques sujets, les uretères et les reins participent avec le temps à la distension et à l'irritation de la vessie.
DES MALiDIES VÉKiRIEPfNES. -y
Les uretères s'élargissent parfois au point que leur calibre égale presque celui de l'intestin grêle; mais la distension n'est pas toujours également répartie sur tous les points de leur étendue, et assez souvent il n'y en a qu'un seul qui l'éprouve.
Les reins augmentent de volume. Leur tissu devient mou, décoloré, et la substance corticale se confond avec la substance mamelonnée. Il paraît qu'alors la sécrétion urinaire se trouve sinon suspendue tout-à-fait, du moins considérablement ralentie. Mais l'inflammation peut aussi se propager jusqu'à ces organes , soit h tous les deux , soit h un seul; il s'y forme des abcès, quelquefois très-nombreux, ainsi que Stoll l'a observé; ces abcès s'ouvrent dans le bassinet, et continuent ensuite à fournir du pus, ou demeurent intacts, et détruisent la substance rénale, jusqu'à ce que la mort survienne. Dans tous ces cas, le malade éprouve, à la région lombaire, des tiraillemeus, des douleurs sourdes ou aiguës, qui, assez souvent, sont intermittentes et reviennent par accès.
L'influence des irritations chroniques de l'urètre sur les autres membranes muqueuses n'a pas été étudiée par les modernes avec tout le soin qu'elle réclamerait. Cependant les anciens, Gelse et Arétée entre autres, avaient signalé l'action que ces irritations, surtout lorsque la vessie y participe, exercent sur l'estomac et les autres viscères abdominaux, en notant les pesanteurs d'estomac, les nausées, les dégoûts, les troubles de la digestion, et les douleurs dans le bas-ventre , fixées particulièrement au-dessus de l'ombilic, auxquels les malades sont alors sujets. Divers faits bien constatés ne permettent pas non plus de douter qu'il n'y ait une liaison intime entre la membrane
78 thait/î
muqueuse tic l'urèlre et celle des voies aériennes, dans l'état pathologique, comme dans l'état physiologique. C'est ainsi qu'on rencontre quelquelois des maladies chroniques do l'urètre, auxquelles succèdent des sécrétions morbides du tuhe intestinal ou des bronches, et qu'il n'est pas rare de voir les hommes atteints de rétrécissemens de ce canal, être sujets aux indigestions, aux diarrhées et aux catarrhes pulmonaires.
On peut en dire autant de l'influence de ces alïections sur les membranes séreuses , qui est encore moins connue. Cependant il a été conslaté plusieurs fois qu'elles déterminaient , dans la tunique vaginale du teslicuh^ , une irritation chronique, ayant pour résultat le développement d'une hydrocèle qui disparaissait d'elle-même après la guérison de l'aflection principale. Il est vrai que, dans ce cas , le testicule lui-même se trouvait presque toujours simultanément irrité, bosselé, souvent très-dur, et rendu plus ou moins volumineux par l'effet d'un engorgement qui s'y était établi avec plus ou moins de lenteur.
Cette orchite chronique diffère de l'aiguë, en ce qu'elle débute toujours par le corps morne du testicule, et ne s'étend à l'épididyme qu'au bout d'un laps de temps fort long. Elle ne cause d'abord au malade qu'un léger malaise , et la douleur, lorsque l'affection fait des progrès , demeure en général lellemont sourde que, comme l'a dit Bell, on serait tenté de croire qu'elle est principalement l'effet de l'augmentation du volume et de la pesanteur de la glande. Il est' rare que la peau du scrotum soit affectée, et elle ne s'enflamme même jamais que quand la maladie a subsisté pendant fort long-temps. Cette phlog-
i)i:s MALADIES v{;Atr.ii:>M'.s. -çj
masie ast très-sujette h récidiver , tant que persiste la coarctation urétrale, et la moindre irritation du canal suffît pour la renouveler h un defj;ré plus ou moins marcpir. C'est pour avoir méconnu celle circonstance , que divers auteurs, Bell entre aulres, ont rangé l'orchitc chronique parmi les accidens de la syphilis confirmée; n'ayant pas remarqué la cause voisine d'où elle dépend, ils lui en assignaient arbitrairement une située au loin et répandue dans l'économie entière.
Enfin les irritations chroniques de l'urètre, notammenl lorsque la prostate y participe, provoquent assez souveiil, sous l'influence des vicissitudes atmosphériques , ou de toule autre cause, des accès de fièvre, d'abord irréguliers, mais qui finissent par prendre une sorte de régidarité, et ressembler parlailement h ceux d'une fièvre intermittente ordinaire, avec lesquels il est arrivé h divers praticiens de les confondre, jusqu'à ce que l'insuffisance des traitemens les plus méthodiques, et les rapports des accès avec les dérangemens du cours de l'urine , leur révélassent l'erreur dans laquelle ils étaient tombés. La fièvre n'est pas continue dans ce cas, parce que, comme le fait observer M. Lallemand, les passions, les influences atmosphériques, le régime, etc., n'agissent jamais sur nous d'une manière uniforme; à quoi nous ajouterons que la sécrétion de l'urine n'est peut-être pas aussi continue qu'on le prétend, et que la sortie de ce liquide est intermittente. Cependant il n'est pas rare que les accès reviennent avec une certaine régularité, de deux jours l'un; quelquefois ils se présentent avec tous les types imaginables, mais communément ils laissent entre eux quatre ou cinq jours d'intervalle , de sorte que Bosquillon n'hé-
8o TRAITÉ
site pas il penser que la fièvre quintanc dont parlent les auteurs, est souvent duc h une cause de ce genre. A mesure que la maladie s'agrave , les accès se rapprochent; le pouls est d'aLord serré, vif, précipité; peu après il se développe, la langue devient aride, la peau brûlante, et l'on observe tous les caractères de la fièvre inflammatoire.
Des causes 3 autres que l'acte vénérien, qui peuvent donner lieu à l'urétrite, et des propriétés contagieuses de l'écoulement. — On est porté à considérer tout écoulement par l'urètre comme une maladie vénérienne, parce que ces sortes de flux se manifestent le plus souvent à la suite du coït. Mais une foule d'autres causes sont également susceptibles de donner naissance à l'urétrite, aiguë ou chronique , h tous ses symptômes , et à ses diverses conséquences , notamment aux rétrécissemens du canal. Ces causes doivent être réparties dans deux classes , suivant qu'elles agissent sur l'urètre d'une manière directe , ou par l'intermède de quelque autre organe.
Parmi les causes directes ou locales de l'urétrite , viennent se ranger les attouchemens fi^équcns des parties génitales , la masturbation , l'abus des plaisirs de l'amour avec une femme parfaitement saine , surtout lorsque la malpropreté y joint son influence, et qu'il y a une grande disproportion entre la verge et le vagin; l'acte vénérien exercé avec une femme qui a des fleurs blanches , ou qui est dans la période menstruelle; une contusion sur le périnée , la compression de celle partie , comme il arrive chez les hommes qui n'ont pas Thabilude de monter h cheval, ou comme on le voit chez les chameliers aux Indes-Orientales; l'inlroduclion fréqucnle ou le séjour
DES MALADIES VÛîli^:Rin>NE.S. 8l
prolongé (lune bougie dans l'urètre, l'injection îi'une liqueur irritante dans ce canal , et la présence dans son intérieur d'un rétrécissement ou d'un corps étranger , venu soit du dehors, soit de la vessie. Ces diverses causes n'agissent pas .sur tous les hommes, et ceux qui en ressentent l'influence ne l'éprouvent pas tous au même degré, d'où il résulte que l'urétrite dont elles provoquent le développement , peut être légère ou intense, passagère ou durable , et caractérisée tantôt seulement par l'ardeur d'urine , tantôt aussi par un écoulement plus ou moins abondant, et diversement coloré. En général cependant la maladie est légère , et ne tarde guères h se dissiper.
Les causes internes ne sont ni moins nombreuses, ni moins variées. Au premier rang se placent les irritations (les diverses parties du canal alimentaire. L'éruption des dents est quelquefois accompagnée d'un écoulement blanchâtre par l'urètre; cet accident est plus rare chez les garçons que chez les fdles; cependant Hunier et M. Rayer l'ont observé. (3n a vu l'évulsion d'une dent produire le même effet. Certains alimens ou médicamens, tels que la bière nouvelle, les asperges, le thé, la térébenthine , lescplces, les canlharides, excitent dans l'urètre une irritation qui ne fait en général que rendre l'émission des urines douloureuse, mais qui provoque souvent aussi un lliix abondant de mucosités. Sclienk parie d'un homme qui se procurait une gonorrhée ii volonté en mangeant du cresson , et cette propriété des plantes crucifères, signalée en plusieurs endroits par Hippocrale, devait être bien connue autn'foisdans la Grècr, puisque Aristophane sVsl cru permis d'j- faire allusion dans une de ses comé-
^2 TnAlTÊ
elles. Communémcnl alors on allribuc l'ardeur d'urine h l'acreté du iluide qui coule de la vessie; mais jusqu'à ce qu'on ait démoniré que celle acrelé esl réelle, il sera plus conforme aux principes physiologiques d'admettre une irritation de la membrane muqueuse urétrale , d'autant mieux que la sécrétion habituelle du canal augmente dans ce cas , et qu'en examinant l'urine avec attention, on y voit presque toujours nager quelques fdamens. La présence des vers, notamment des ascarides, dans la parlie inférieure du canal intestinal, détermine quelqiiel'ois un écoulement par l'urètre, surtout chez les enfans. Brendel et Oefterdinger rapportent aussi des exemples de cet accident chez des hommes tourmentés par des hémorrhoïdes , et il n'était pas très-rare de l'observer, principalement chez les femmes, à l'époque où la méthode de Kœmpf pour le traitement des maladies du bas-ventre par les lavemens, jouissait d'une grande; vogue en Allemagne. Un léger flux urélral accompagne également quelquefois la constipation habituelle. On sait enfin qu'il n'est pas rare que le bout de la verge soit rouge et phlogosé dans les gastro-entérites violentes.
L'irritation de la membrane muqueuse des voies aériennes n'est guères moins efficace que celle de l'appareil digestif, pour provoquer l'urétrite. Schenk parle d'un asthme qui alternait avec la strangurie. Bosquillon a vu des rhumes de cerveau et des maux de gorge se terminer par un écoulement abondant de l'urètre, phénomène qui n'est pas rare après les inflammations de poitrine. Bcnnet dit avoir obs(>rvé des gonorrhécs acconipagnécs d'une toux violente et d'embarras dans la poi - Iriue, qui s'arrêtaient lorsque, la matière de l'expectora-
tion prenant une cerlainc consistance, la toux devenait un peu moins fatigante. C'est cette coïncidence assez fréquente entre les irritations des deux membranes muqueuses qui explique les prétendues phthisies pulmonaires vénériennes , dont quelques auteurs ont parlé , mais qui ne sont guères admises aujourd'hui par personne. Elle explique aussi les gonorrhées épidémiques , c'est-hdire celles qui attaquent presqu'au même instant un grand nombre d'individus d'âge et de sexe différons , sans qu'on puisse les attribuer h d'autres causes qu'à l'état de l'atmosphère, de même que toutes les autres affections catarrhales. Ces gonorrhées épidémiques ont été observées par Fabrc, Gaulard, Morgagni et Noël, mais surtout par Bass, h la suite de chaleurs très-forteS; auxquelles succédait une température froide et humide, qui multipliait singulièrement les inflammations catarrhales de la poitrine. On sait d'ailleurs que les causes capables de provoquer ces dernières, peuvent aussi donner naissance à ime urétrite plus ou moins violente , et déterminer ou rappeler un écoulement , comme l'impression d'un air froid et humide sur toute la surface du corps , ou seulement sur les parties voisines des organes génitaux , l'immersion du corps entier ou des extrémités inférieures dans l'eau froide, la circonstance d'être resté, assis quelque temps sur un banc de pierre, etc. Stoll avait bien reconnu cette vérité , puisqu'il dit que les symptômes vénériens correspondent au caractère de la constitution régnante, et que, suivant les qualités de l'air, la saison, le climat, ils se communiquent plus ou moins facilement, et persistent avec plus ou moins d'opiniâtreté.
84 TnAITÈ
L'inflammation de rm^ctrc , suivie ou non «l'écoulement, dépend très-souvenl d'une phlegmasie chronique de la vessie, ou de la présence d'un calcul dans ce réservoir, les uretères ou les reins.
Chez divers sujets elle est provoquée par les irritations des tissus fibreux et musculaire, c'est-à-dire par le rhumatisme et par la goutte. Ilippocratc a mis la strangurie au nombre des symptômes qui accompagnent fréquemment les douleurs articulaires. Murray, Barthez et M. Couecou ont très-bien décrit la gonorrhée arthritique, et Deplaigne a observé une douleur de goutte au gros orteil, à laquelle succédait un écoulement par l'urètre, semblable à la gonorrhée vénérienne, qui alterna par la suite avec celte même douleur. Cell ne doutait pas de l'existence de la gonorrhée rhumatismale, ayant vu plusieurs malades alternativement attaqués d'écoulemens par l'urètre et de douleurs dans les genoux et les autres grandes articulations. 11 ajoute même que ces écouîemens s'observent assez fréquemment chez les ouvriers qui travaillent habituellement dans l'eau , tels que les cureurs d'égouts , et l'un de ses malades lui confia qu'il n'allait jamais à la chasse sans contracter un écoulement urélral , parce qu'il était alors obligé d'avoir les pieds et les jambes continuellement dans l'eau, pendant plusieurs jours de suite. M. Lagneau rapporte un exemple analogue, qui lui a été communiqué par M. Martin, de Strasbourg; un homme de cinquante ans éprouva un retour de rhumatisme fixé sur les muscles de l'épaule droite; les souffrances étaient trèsvives , mais elles cessèrent comme par enchantement à l'apparition d'un écoulement muqueux par l'urètre, en tout semblable à une blennorrhagie ordinaire, quoique
BliS MALADIES VÉNÉRIENNES. 85
fe malade n'eût jamais coniraclé aucmi symptôme vénérien dans sa jeunesse.
Une irritation du système lymphatique peut déterminer celle de l'urètre. Telle est la source de la gonorrhéc qu'on a appelée scrofuleuse lorsqu'elle se rencontre chez des sujets attaqués d'engorgemcns des glandes du cou, mais que divers auteiu-s, IM. Baumes entr'^autrcs , ont inutilement cherché î» distinguer de celle qui s'établit h la suite de l'acte vénérien.
Enfin beaucoup d'irritations chroniques de la peau se compliquent d'écoulemenspar l'urètre. Telles sont plus particulièrement les croûtes laiteuses, la gale, la lèpre et les dartres, à l'occasion desquelles on consultera surtout avec fruit les recherches de Vigarous. L'urétrite déterminée par la lèpre, était particuHèrement très-commune au quinzième siècle, et l'on peut croire que c'est elle qui a été si bien décrite par Moyse , quoiqu'il ne soit pas permis de douter, d'après l'état des mœurs parmi les Hébreux, que la gonorrhée dépendait souvent aussi de l'incontinence, à laquelle ils étaient si enclins.
De même, l'une des suites les plus redoutables de l'urétrite, le rétrécissement du canal, peut succéder non-seulement h l'inflammation de la membrane muqueuse provoquée par une cause autre que l'acte vénérien, mais encore se développer h l'occasion d'une influence qui a porté d'abord et immédiatement sur les parties environnant es de l'urètre. Ainsi M. Richerand a vu cet accident survenir après l'inflammation du conduit occasionée par une torsion violente de la verge , et M. Boyer à la suite d'une contusion au périnée chez des hommes qui n'avaient jamais eu de blcnnorrhagie. Hunier parle aussi de coarcla-
8G THAITÉ
lions urtitralcs, qu'il a trouv(ies, l'une chez un jeune homme scrofuleux , âgé de dix-neuf ans, qui en était atteint déjà depuis huit ans , l'autre chez un enfant de quatre ans , et qui furent suivies de l'établissement d'une fistule au périnée. M. Lallemand cite également l'exemple d'un homme qui le consulta pour une fistule au périnée. Cet homme n'avait jamais connu d'autre femme que la sienne, n'avait jamais aperçu le plus léger suintement par la verge, la plus simple excoriation h la surface du prépuce ou du gland, n'était sujet à aucune alTection dartreuse, rhumatismale ou goutteuse , et ne pouvait attribuer sa maladie h aucun accident; d'après les détails qu'on put obtenir de lui, M. Lallemand fit dériver l'inflammation qui avait donné lieu au rétrécissement, d'excès dans le coït.
Si maintenant on se rappelle le tableau que j'ai tracé des effets produits par l'urétrite surJes diverses parties du corps, notamment sur les tissus muqueux, séreux et fibreux, sur les appareils digestif, respiratoire et urinairc, on demeurera convaincu qu'il y a réciprocité d'influence entre toutes ces parties et l'urètre, de telle sorte que l'une d'elles ne peut être enflammée ou irritée, sans que la stimulation se transmette plus ou moins au canal excréteur de l'urine, pour peu que celui-ci soit prédisposé à s'euflammer , comme aussi l'urètre ne peut devenir le siège d'une phlcgmasie, sans que l'irritation s'empare de celui des autres tissus ou des autres organes de l'économie qui s'y trouve plus particulièrement disposé.
Ainsi, tout stimulus quelconque, interne ou externe, qui agit sur l'urètre, peut y déterminer une inflammation suivie d'écoulement, que rien ne distingue de celle qui se développe à la suite du coil. Les symptômes, leurs
DES MALADIES VÉNÈRIEMNES. 87
variélcs, les accidens, les suites, tout est identique. La uialicre exhalée se ressemble parfaitement dans tous les cas, c'est-à-dire qu'elle varie toujours, pour l'abondance et la couleur, suivant le degré de l'inflammation, sur la marche de laquelle n'influe point la cause occasionnelle de la maladie. C'est ce que M. Lagneau reconnaît implicitement, lorsqu'il dit qu'aucun signe palhognomonique ne peut faire distinguer si l'écoulement est susceptible ou non d'entraîner la vérole. Il en est, disait Bell , de la gonorrhée à peu près comme de la peti le -vérole ; c'est moins la matière de la maladie que d'autres circonstances qui déterminent des symptômes graves ou modérés; ainsi la même femme, avec le même écoulement, communique les symptômes les plus fâcheux à quelques individus, et les plus bénins à d'autres. On ne peut guères douter, ajoute-l-il, que ces variétés ne dépendentbeaucoup de la constitution du malade et de sa manière de vivre. Je vais plus loin que Bell , car je ne pense pas qu'on puisse élever aucun doute à cet égard.
Cependant M. Wedekind a prétendu dernièrement avoir trouvé un caractère certain pour distinguer la gonorrhée virulente de celle qui ne l'est pas. Ce caractère consiste en ce que, chez les hommes qui ont été infectés durant le coït, il se développe, dans la fosse naviculaire , immédiatement derrière le méat urinaire, deux petits tubercules lenticulaires, situés l'un h côté de l'autre, et très-sensibles au toucher. « En examinant, dit-il, plusieurs sujets qui, après un coït suspect, craignaient d'avoir contracté la gonorrhée , je pus chaque fois annoncer d'avance l'invasion de hx maladie, d'après la formation commençante de ces tubercules, que je distinguais déjà avant l'écoulc-
88 T h Al xi
ineiil. L(;rscjUL' ]v ne sciilais pas ces pcliles grosseurs, hi gonorrhéo no survenait pas, malgré la démangeaison dans le gland et au prépuce, et nonobstant l'ardeur de l'urine. Elles grossissent et deviennent plus sensibles quand les lèvres de l'orilice du canal commencent h se gonfler, et tju'une humeur muqueuse et filamenteuse baigne le gland. Elles grossissent, en outre, à l'invasion de la dysurie et de la période inflammatoire. Ces tubercules sont toujours la partie la plus sensible, lis diminuent de volume et de sensibilité, à mesure que la gonorrhée décroît, et l'on ne peut regarder celle-ci comme entièrement dissipée, tant qu'ils ne sont pas devenus tout-h-fait insensibles. Tous les accidens de la maladie peuvent disparaître, non-seulement pour quelques jours, mais pour des mois entiers, le sujet peut se croire parl'aitement guéri , mais un refroidissement, un écart de régime, un exercice forcé, un excès dans le coït avec une personne sain«y en un mot tout ce qui irrite l'urètre peut rappeler l'écoulement, tant que les deux granulations dont il s'agit sont restées plus ou moins sensibles. » Je fais grâce au lecteur des conjectures de M. Wcdekind sur la nature de ces tubercules, et sur leur propriété de sécréter le virus gonorrhoïque. Tout ce que je puis dire, c'est que j ai maintenant sous les yeux deux hommes, chez lesquels ils sont très-developpés, et qui n'ont yamat* eu d'urétrile. On ne pent donc pas dire, avec l'auleur allemand , (ju'ils existent toujours dans la gonorrhée vraie , qu'ils s'accroissqnl, décroissent et se dissipent avec elle. Il (l(>vrail cire facile, d'après tout ce qui précède, de déterminer quand et comment l'urélrite est conlagieu-
DKS MALADIES VÉNÉRIENNES. 89
se, G?cst-à-dirc susceptible de faire naître, sur les membranes muqueuses d'une personne saine avec lesquelles on met la verge en contact , une irritation qui détermine une inflammation pure et simple, une phlegmasie compliquée, soit d'écoulement, soit d'ulcérations, ou enfin des excroissances; mais cette question, loin d'être résolue, n'a pas été eflleurée jusqu'ici, n'a même jamais été posée en termes aussi généraux que ceux dont je viens de me servir , car on ne l'a envisagée que sous fe point de vue de l'urétrite par cause vénérienne, sans avoir aucun égard aux phlegmasies analogues (|ui' <lérivent d'une autre source. Encore même les auicuds n'établissent-ils rien de précis relativement îi l'épo- (faeiyers laquelle l'écoulement commence à être contagieux, et cesse de l'être. La plupart se contentent de dire, en termes vagues, qu'il est de la prudence de considérer tout écoulement urétral, contracté avec une femme ififect'ée, comme très-suspect et même comme virulent, ce qui n'est rien moins que clair, puisque je ferai voir, dans' le chapitre suivant, qu'on ne parvient pas plus facilement chez la femme que chez l'homme h distinguer l'iuilammation de la membrane muqueuse génito-uriilaire, développée à la suite du coït, de celle qui survient sous l'influence de toute autre cause. Quelques-uns cependant, et Bell est de ce nombre, s'expriment d'une manière plus positive. « Je crois, dit le praticien anglais, que la contagion n'est plus h craindre lorsque l'écoulement devient transjxirent et gluant comme du mucus; je pense même qu'il est souvent innocent long-temps avant que l'on aperçoive ce changement. Les injections astrin-
f)0 TRAITÉ
génies, les adoucissans, les légers purgatifs, el le temps seul dans quelques eus, lui l'onl perdre sa couleur; il prend une apparence nuiqueuse , et même il diminue; mais il redevient ensuite jaune , et reparaît avec plus de iorce qu'avant. On peut, dans ces circonstances, le considérer comme absolument privé de la puissance de communiquer la contagion. Au moins je n'ai jamais vu d'exemples du contraire, et je suis fondé à croire qu'on reconnaîtra, dans tous les cas, que l'écoulement cesse d'être contagieux, dès que l'inflammation qui l'a primitivement déterminé est entièrement dissipée, quelque trailement que l'on ait suivi. Je suis , au contraire , convaincu par un grand nombre de faits que, tant que l'inflammation primitive de la gonorrhéc subsiste, quelqu'aucienne qu'elle soit , la matière qu'elle produit est aussi contagieuse qu'elle l'était dans les commencemens. » L'opinion de Bell me paraît exacte , h cela près néanmoins qu'il n'est pas douteux pour moi que l'écoulement, qui cesse sans contredit d'être contagieux dès qu'il ne consiste plus qu'en un simple suintement de mucus filant et clair, le redevient aussitôt que, l'inflammation s'exaspérant, il reprend l'aspect puriforme. Ainsi je crois , et je me fonde pour cela sur plusieurs observations qui n'ont pas laissé place au doute dans mon esprit, qu'un écoulement umqueux, ce qu'on appelle communément le suintement habiiuel, n'est pas contagieux, tant que l'urétrite chronique demeure au même degré, mais qu'il le devient dès qu'une cause quelconque , l'excitation de la table ou des plaisirs de l'amour, agrave la phlegmasie, de telle sorte que celui qui en est atteint peut ne pas infecter ou infecter la même femme , suivant l'ardeur avec laquelle il se
livre à ses caresses, puisque le coït est une des principales causes d'excitation pour l'urètre.
Celte dernière circonstance n'avait point échappé à Bru, auteur trop négligé, dont le livre renferme un grand nombre de faits intéressans. Bru fait remarquer qu'il faut une sorte de frottement ou d'électrisation pour que la matière de l'écoulement acquière une propriété contagieuse, et qu'elle paraît agir d'autant plus sûrement que celui qui la reçoit se trouve dans un état d'orgasme considérable. Des faits nombreux viennent à l'appui de cette proposition, que confirme d'ailleurs l'inftueuce bien connue des passions et des émotions sur toutes les sécrétions. On sait que certaines femmes, avec lesquelles un homme a commerce impunément, infectent sur-le-champ un autre homme , aux caresses duquel elles se livrent avec ardeur, au lieu de s'y abandonner machinalement ou avec dégoût. C'est ce qui explique pourquoi les maladies vénériennes sont moins communes chez les femmes , même chez les filles de joie, que parmi les hommes, qui ne peuvent jamais, comme elles, se comporter d'une manière passive dans l'acte vénérien. Les observations recueillies par M. Evans ne laissent point de doute à cet égard. Mais, outre l'excitation du coït, une foule d'autres circonstances peuvent déterminer la maladie chez celui qui s'expose à l'infection; car, laissant même de côté la disposition mécanique des parties, qui n'est pas sans influence, puisque les hommes privés de prépuce contractent plus rarement des maladies \é!iérienncs, personne n'ignore que la crainte, les excès en tons genres et toutes les causes d'excitation favorisent en général la contagion, de quelque nature qu'elle soit.
9^ rnUTi
De ce qui précède , je tire celle conclusion , que loul houinic alloiiil de l'écoulement uiéaie le plus Lénin en apparence , doit s'abstenir de commerce intime avec les 4'cmmcs> jusqu'à parfaite guérison , tant dans son propre intérêt, que dans celui des personnes qui s'abandonneraient Il lui.
."ArAm.
ARTICLE II
DE l'inflammation DE LA MEMBRANE MUQUEUSE oiNITO- URINAIRE CHEZ LA FEMME.
L'inflammation de la membrane muqueuse qui tapisse les appareils génital et urinaire, détermine, en général, des symptômes moins violens, et n'entraîne pas des conséquences aussi redoutables chez la femme que chez l'homme. La plupart des auteurs font provenir cette différence avec Bell , de ce que les parties affectées sont moins nombreuses , moins profondément situées , et de ce que l'urèlrc est beaucoup plus court. Mais il est évident qu'elle tient à d'autres causes, et qu'on doit l'attribuer, d'une part, à ce que, chez la femme, les deux appareils sont moins étroitement unis, moins compliqués, ou, si l'on peut s'exprimer ainsi, moins concentrés; de l'autre, à ce qu'ils offrent une surface moins étendue , et à ce que les voies par lesquelles ils communiquent au dehors, sont plus largement ouvertes. 11 résulte donc de leur disposition anatomique même que l'irritation trouve h se fixer sur un plus grand nombre de points différens, et que, les symptômes inflammatoires variant en raison de la situation, du mode de sensibilité et des fonctions des parties qu'elle affecte , on ne saurait tracer , de même que chez l'homme , un tableau général de la maladie auquel tous les cas particuliers soient susceptibles d'être rapportés , comme autant de nuances produites seulement par la coustilution individuelle et par l'influence des circonstances extérieures. Aussi s'accorde-t-on généralement à en admettre quatre variétés principales. Ces variétés sont sus-
94 ÏRAITK
ccpliblcs d'exister isolées ou réunies, et tontes :s'annoncenl, quelques jours après l'acte vénérien, par une titillation et un sentiment de chaleur , qui rendent ordinairement la femme plus ardente pour les plaisirs de l'amour, et qui ne tardent pas à dé2;énérer en douleur.
Dans la première , la phlegmasie occupe le va2;in seulement. Une tuméfaction plus ou moins considérable s'empare de ce conduit, dans toute la longueur duquel la malade éprouve une sensation particulière de resserrement, et dont le gonflement, surtout h l'orifice, est porté quelquefois jusqu'au point qu'on a de la peine à y introduire le doigt. La membrane muqueuse est d'abord sèche, ou du moins peu humectée; mais bientôt la chaleur et la douleur augmenteni d'intensité, et il s'établit un écoulement plus ou moins abondant. Cette nuance de la maladie , h laquelle on pourrait donner le nom d'ctytroïte, est la moins gênante et la moins douloureuse , mais on s'est trompé en disant qu'elle est plus commune que les autres. Ici , comme dans l'urétrite de l'homme, l'inflammation'débute à l'entrée du conduit vulvo-ulérin , qui en est la partie la plus sensible, et elle se propage peu h peu le long de ce canal , de manière à occuper une portion plus ou moins étendue de la membrane muqueuse. Hunter prétend qu'il est rarj qu'elle dépasse le tiers de la hauteur du vagin ; d'autres fixent ses limites à la moitié environ de ce canal. Le fait est qu'elle peut l'envahir tout entier, et s'étendre même jusqu'h l'orifice de l'utérus, qui se gonfle alors, et devient douloureux, comme l'a très-bien vu Brugnone. M. Cullerier, qui a observé, chez une femme atl«Mnte de descente de la matrice, un écoulement abondant par le museau de tanche, fait observer.
i» cette occasion , que la rarclé du cas n'est qu'apparente , et tient seulement à ce que la disposition des parties empêche de le reconnaître toutes les lois qu'il a lieu. Il est probable que, chez certaines femmes, l'inflammation gagne même la face interne de la matrice.
Dans la seconde variété , l'irritation se porte sur les alentours de l'orifice de l'urètre, depuis le clitoris jusqu'h l'extrémité sous-pubienne de la vulve. Communément alors le 2;onflement est très-douloureux, la femme éprouve une sensation analogue à celle que produirait la présence d'un corps tendant sans cesse à sortir de la vulve, et l'urine cause, en arrosant les parties, une chaleur, une tension et une raideur désagréables, qui ne lardent pas à dégénérer en douleurs aiguës. Tous ces symptômes s'exaspèrent à mesure que la phlcgmasie iait des progrès. La plus légère pression du doigt et le contact même du linge deviennent insupportables; de fréquentes érections du clitoris ajoutent encore aux tourmens de la malade, et le suintement qui existait dans le principe se convertit par degrés en un flux copieux.
L'urètre lui-même est le siège de l'inflammation dans la troisième variété. Les symptômes qu'on observe dans ce cas sont les mêmes que chez l'homme, du moins en ce qui concerne l'influence de la maladie sur l'émission de l'urine. Le passage du liquide occasionc d'abord un chatouillement accompagné de chaleur, et cette légère dysurie peut, si l'on en croit Bell, se prolonger des mois entiers, sans qu'il survienne d'écoulement. Mais, chez la plupart des femmes, la sensibilité du canal s'accroît d'une manière rapide; en peu de jours, les envies d'uriner deviennent très-fréquentes , les émissions occasiononl de
vives douleurs, et un flux abondant s'claLlil par l'urètre. On dislingue ce cas de celui dans lequel la matière reflue du vagin vers l'urèlrc, où elle s'introduit, parce qu'ici , quand on presse le canal de dedans en dehors, après avoir bien essuyé les parties avec un linge, on n'en fait rien; sortir.
Enfin, dans la quatrième variété, les nymphes, la face interne des grandes lèvres, la commissure postérieure de la vulve et la fosse naviculaire sont les parties qu'occupe l'inflammation. La femme ressent alors, lorsqu'elle marche ou qu'elle se tient assise, une ardeur et des douleurs plus ou moins vives, qui dépendent du frottement et de la compression.
Dans toutes ces variétés , les parties enflammées sont rouges , tuméfiées et extrêmement sensibles. L'urine cause, lorsqu'elle les arrose, une ardeur insupportable, qu'il ne faut pas confondre avec celle qu'occasione l'inflammation de l'urèlre lui-même. Les symptômes présentent d'ailleurs des nuances presqu'infinies dans leur intensité. Quelquefois la maladie débute sans prodromes bien sensibles, et parcourt ses divers périodes sans causer aucune incommodilé grave. Dans d'autres cas, au contraire, les grandes lèvres se tuméfient, le haut des cuisses, la région pubienne et l'abdominale se gonflent, les glandes inguinales augmentent de volume et deviennent douloureuses, de sorte que la malade marche avec beaucoup de peine. Quant à l'écoulement, il présente les mêmes caractères et les mêmes nuances que chez l'homme, c'çst-à-dire qu'il, est d'abord limpide et clair, puis jaune, vert, sanguinolent, et d'une odeur plus ou moins forte. Cly^z quelques
femmes ces symptômes acquièrent un peu plus d'intensité pendant et après la période menstruelle.
Les détails dans lesquels je suis entré à l'égard des accidens que l'urétrite entraîne chez l'homme, me permettront d'insister peu sur ceux que l'inflammation de la membrane muqueuse génito-urinaire est susceptible de déterminer chez la femme. Je ferai seulement observer que la dysurie est moins fréquente, et en général moins aiguë, mais que l'irritation paraît se propager bien plus souvent à la vessie et aux reins, car il est peu de feba mes qui ne se plaignent de douleurs à la région hypogastrique ou dans les lombes, et dont les urines ne laissent déposer une plus ou moins grande quantité de mucosités. Du reste, l'irritation s'étend fréquemment aux vaisseaux et aux glandes lymphatiques, et peut-être aux veines. Hunter a vu partir du centre d'une des grandes lèvres, enflée et plus engorgée que l'autre, une corde dure qui montait vers le pubis, passait sur l'aine du même côté , et se perdait dans une des glandes inguinales, à la hauteur du ligament de Poupart. On ne pouvait la sentir qu'en pressant les parties avec un peu de force, et elle causait alors de vives douleurs. Dans d'autres circonstances, In cordon suit les ligamens ronds, sur lesquels de petites tumeurs se dessinent , précisément à leur sortie de l'abdomen. Dans d'autres encore , il monte le Ions: de l'angle formé par la grande lèvre et la cuisse. Toutes ces variétés dépendent de la situation du foyer principal d'irritation et de la disposition des vaisseaux lymphatiques ou des veines. II peut également se développer des phlegmons dans le tissu cellulaire sous-muqueux, et, en cflet, il n'est pas rare de rencontrer, près de l'orifice du va-
()8 TRAITÏi
jiçiii , à la surface inlcrno des grandes lèvres , ou même dans le mont de Vénus, des abcès, qui dégénèrent quelquefois en fislules. Assez souvent aussi on voit la matière de l'écoulement phlogoser ou excorier le périnée, l'anus et le haut des cuisses. Enfin, chez la femme comme chez riiomme, l'irritation peut se communiquer aux appareils digestif et circulatoire, d'où résultent des nausi^es, des vomissemens, des flatuosités dans l'estomac et les intestins, et une fièvre plus ou moins intense, suivant la constitution de la malade et le degré d'irritabilité des parties affectées.
L'inflammation de la membrane génito-urinaire est susceptible des mêmes modes de terminaison chez la femme que chez l'homme. On doit excepter cependant la gangrène , qui n'a peut-être jamais été observée, si ce n'est dans les cas de complication avec une phlegmasic interne très-intense. jMais la maladie a bien plus de tendance à prendre le caractère chronique, et h provoquer ainsi des écoulemens qui peuvent se prolonger d'une manière indéfinie , et même devenir habituels, parce qu'h chaque période menstruelle, ils éprouvent une nouvelle recrudescence. Si l'inflammation a établi son siège dans l'urètre, elle peut aussi y faire naître des rétrécissemens, qui sont h la vérité infiniment plus rares et moins graves dans leurs conséquences que chez l'homme, mais dont Bell a cependant eu tort de révoquer l'existence en doule, puisqu'elle a été constatée par les observations de Hunter. M. Lallemand en a vu des exemples.
L'acte vénérien n'est pas plus chez la femme que chez l'homme la source unique des phlegmasies de la mcm ■ brane muqueuse génilo-nrinaire et des flux mucoso-pu-
DES MALVDIES viiSKRIEN>'ES. r)9
ruicns qui en dépendent. Toutes les causes que j'ai éuuniërées dans l'article précédent, peuvent également produire ici les mêmes résultats, mais il en est d'autres encore qui tiennent à l'organisation de la femme, et qui méritent un examen particulier.
Il est bien certain d'abord qu'une irritation mécanique quelconque peut déterminer l'inflammation du vagin. Bell cite à ce sujet l'exemple d'une jeune femme, tourmentée depuis quinze jours par un écoulement très -abondant, verdâtre, sanguinolent et d'une odeur désagréable, qu'on avait déjà jugée atteinte d'une vérole confirmée , et qui allait être soumise au traitement, lorsqu'elle découvrit, dans son vagin , un morceau d'épongé fine qui s'y était arrêté, et dont l'extraction fit cesser l'écoulement dès le jour même. Ou sait d'ailleurs que les premières approches sont assez souvent suivies, chez les jeunes filles, quand il y a disproportion entre les organes , d'écoulemens, sur l'origine desquels on peut aisément se méprendre, et qui, selon la judicieuse remarque de M. Cullerier, enàbarrassent beaucoup les tribunaux, dans une cause de viol, lorsque les médecins, consultés par les magistrats, les déclarent syphilitiques, et que le prévenu fait constater cependant qu'il est sain. Le même phénomène arrive souvent aussi chez les femmes qui n'ont pas goûté les plaisirs de l'amour depuis long -temps, et qui s'y livrent ensuite avec ardeur.
Il n'est pas moins avéré que les irritations des autres membranes muqueuses peuvent se communiquer à celle du vagin. Ainsi M. Rayer a rassemblé un assez grand nombre de faits, qui constatent que l'éruption des dents provoque chez les jeunes filles des écoulemens sembla-
lOO TRAITÉ
Lies à ceux qiiNui a oLscrvés clicz les pclils garçons, Huiis boaiicoii]) plus iWkjucns. M. Capuroii rapporlo aussi l'exemple curieux d'une lille âg«^e de trois ans , chez laquelle, duraiU l'épidémie calarrhale de 1800, il se manifesta, en même temps que le catarrhe pulmonaire, une vive inllanimalion des parties génitales, accompagnée d'un écoulement blanchâtre et d'ardeurs incommodes en urinant, qui se dissipa avec la phlogose de la membrane gastro-pulmonaire, après avoir causé d'affreuses inquiétudes aux parens. M. Boisseau m'a dit avoir observé trois cas du même genre, avec celte seule différence qu'il n'y avait point de bronchilc. Personne n'ignore non plus que la leucorrhée, catarrhe aigu ou chronique dt la matrice et du vagin, dépend en général d'une irritation chronique des voies digestives , et que les épidémies catarrhales l'aggravent toujours, ou même la provoquent quelquefois momentanément, lorsqu'elle n'existait pas.
Quant h cette dernière affection, soit à l'état aigu, soit à l'état chronique, elle ressemble parfaitement h l'inflammation du vagin survenue après le coït; la couleur, l'odeur et la consistance de l'écoulement varient de même suivant l'état des parties et le degré d'irritation de la membrane muqueuse. Seulement les douleurs sont profondes, tandis que, dans la gonorrhéc, elles se font ordinairement sentir au voisinage de la vulve. Mais ce caractère même manque toulcs les fois que la phicgmasie vénérienne s'étend jusqu'à la matrice ou h son voisinage.
On peut en dire autant des flux qui surviennent chez beaucoup de femmes peu de temps avant l'écoulement menstruel, ou immédiatement après.
Ainsi, de quelque manière que l'inflammation de la
DES MALADIES vi>ÉRIE?ÎÎJ£S. lÔI
Luembrauc muqueuse génito-upinaiie ait pris naissance chez la femme, elle se préseute toujours sous le même aspect, et avec les mêmes caractères, sauf les innombrables nuances qui tiennent au degré de la phlegmasie et à la constitution de chaque individu. Non-seulement il n'y a pas la plus légère différence dans la matière de l'écoulement, mais encore les accidens locaux et sympa lhi([ues sont quelquefois absolument semblables. On a bien prétendu que l'écoulement est blanc dans la leucorrhée, et verdàtrc ou jaunâtre dans la gonorrliéc ; mais ce signe n'a aucune valeur, puisque, dans l'une et l'autre affection, la couleur de l'écoulement varie Ix l'infini. L'aveu de la femme peut donc seul faire connaîti'e la véritable source du mal.
Le problême des propriétés contagieuses de la maladie est encore plus difficile h résoudre chez la femme que chez l'homme. On a vu des hommes contracter des urétrites plus ou moins aiguës avec des femmes chez lesquelles il était impossible de découvrir aucune trace de maladie. Hunter suppose qu'alors l'homme reçoit l'infection de la matière déposée par un autre dans le vagin, et que son pénis enlève avant qu'elle ait eu le temps d'agir sur la femme. Une pareille explication n'est guère satisfaisante, et il paraît bien plus simple d'admettre, chez riiomme, dans ce cas, le développement spontané de Tinllammation urétrale, dont on a d'ailleurs tant d'exemples incontestables. D'un autre coté, il est assez commun de rencontrer des hommes qui ont contracté des gonorrhées pour avoir eu commerce avec des femmes, d'ailleurs à l'abri de tout soupçon, soit avant ou après l'écoulement des règles, soit quelques jours après la parturition.
pendant Je flux des lochies, soit enfin durant le cours d'une leucorrhée chronique et surtout aiguë. La conchision naturelle h tirer de ces faits, c'est qu'à i'inslar de toutes les memhranes muqueuses, celle des organes génito-urinaires, chez là femme comme chez l'homme, fournit, lorsqu'elle est enflammée h un certain degré, une sécrétion qui , appliquée sur une autre surface muqueuse saine, jouit de la propriété d'y exciter une irritation, h la suite de laquelle se développe une phlegmasieplusou moins intense suivant l'énergie avec laquelle le liquide morbide a agi, ou plutôt suivant la susceptihililé du tissu qui l'a reçu. La prudence veut donc qu'on s'abstienne de l'acte vénérien avec toute femme atteinte d'une phlegmasie tant soit peu intense de la mendjrane interne du vagin, quelle qu'en soit la causo, car si l'on peut quelquefois fréquenter impunément une telle femme, par l'effet de l'habitude ou de ce défaut de susceptibilité dont beaucoup d'hommes fournissent des exemples, l'expérience journalière démontre aussi sans réplique que le principe contagieux se développe ou acquiert une activité plus grande durant le coït, soit l\ cause de la chaleur et de la turgescence extrême des parties génitales, soit parce que ces dernièix'S sont alors j)lus sensibles à l'action de toutes les causes irritantes.
nES MALADIES VÉNÉRIENNES. 1 o5
ARTICLE III
DE l'inflammation DE LA MEMBRANE MUQUEUSE DE l'otIL.
La matière de l'écoulement que fournissent les parties génitales peut, lorsqu'elle est mise en contact avec la conjonctive, y susciter une inflammation. C'est ce qui a lieu surtout chez les enfans, dont les paupières s'imprègnent, pendant l'accouchement , du liquide puriforme qui baigne le vagin. Le même phénomène s'observe, dans l'âge adulte, quand le sujet porte fréquemment la main au bord libre de ses paupières, après avoir touché ses organes génitaux enflammés ou ulcérés. Au moins cette cause est-elle admise depuis \ an Swieteu , et tout porte h croire qu'elle agit bien plus communément qu'on ne le suppose. Swediaur rapporte qu'un homme accoutumé à se laver les yeux avec son urine, suivit un jour le même usage après un coït impur, et contracta une ophthalmie des plus gra ves. La même observation avait déjà été faite par Astruc; elle a été répétée depuis par M. Delpech et par moi.
On admet généralement aussi que l'inflammation de la conjonctive peut dépendre de la suppression brusque de la phlegmasie génitale , par conséquent d'une véritable métastase, et l'on explique même ainsi pourquoi elle est plus commune chez les hommes que chez les femmes. Mais les faits relatifs à ce point de doctrine n'ont pas été présentés avec assez d'exactitude; en effet, si l'on voit quelquefois survenir une ophthalmie entre laquelle et une gonorrhée supprimée brusquement il existe un rapport manifeste ou apparent de causalité , l'expérience démon- Ire que l 'écoulement urétral ou vaginal ne cesse pas tou-
lo4 TRAITÉ
jours à l'invasion de la phlegmasic oculaire, qu'assez souvent il persiste dans toute sa force, cl que quand il s'arrête ou diminue beaucoup, c'est qu'il avait déjà de la tendance h se terminer. D'ailleurs rindanimation de l'œil ne survient guères , suivant la remarque d*Astrnc,qui avait déjà été faite par Ilippocrate , que chez les sujets prédisposés auxophthalmies par le genre de leurs occupations, ou chez ceux qui, dans le cours d'une gonorrhéc, ont exposé leurs yeux h un courant d'air ou h toute autre cause capable d'exciter une irritation assez forte pour suspendre en partie ou en totalité celle dont les parties génitales étaient le siège auparavant. Il n'est donc pas surprenant qu'une phlegmasie nouvelle très-aiguë en supprime quelquefois une autre déjà ancienne , qui était sur le point de se guérir, ou qui même n'avait jamais atteint un haut degré d'intensité. Au reste la phlegmasie oculaire se déclare parfois avec une grande rapidité, car Bell a vu le flux palpébral s'établir en. moins de vingt-quatre heures, à la suite de la suppression presque totale d'une gonorrhée abondante, qui fut déterminée par une débauche de vin de Porto.
Quoiqu'on ait voulu faire une espèce particulière de celle ophlhalmie, elle ne diffère point de l'inflammation de la conjonctive qui éclate en toute autre circonstance. Elle peut également suivre une marche aiguë, ou se montrer sous le mode chronique.
Dans le premier cas, les symptômes sont les mêmes que ceux de toute autre ophthalmie, seulement presque toujours plus intenses. Assez ordinairement la conjonctive s'engorge en peu d'heures, tant à la face interne des paupières que sur le globe de l'œil, où elle forme un bour-
DES MALADIES VÉNÉRIENNES. lo5
relet circulaire, qui entoure la cornée transparente, et la recouvre quelquel'ois totalement. Le malade éprouve des douleurs intolérables, et ne peut supporter la moindre lumière. Les surfaces enflammées exhalent une humeur d'abord limpide, qui ne tarde pas à acquérir de la viscosité et une teinte jaunâtre ou verdàtre; cette humeur s'écoule souvent en quantité énorme , mêlée à des larmes abondantes et chaudes; en passant sur les paupières, les joues et les côtés du nez, elle y laisse de longues traces érythémateuses. Il arrive fréquemment que les glandes lymphatiques sous -maxillaires et cervicales s'engorgent et se tuméfient.
C'est à celte nuance qu'on a donné plus particulièrement lenom d'ophtlialm le btennorrliagtqueou gonorrhoïqiie, en raison de l'analogie qui existe entre la matière exhalée et celle qui sort par l'urètre et le vagin. Mais la couleur de l'écoulement, ni même sa présence, ne sont pas plus ici que quand il s'agit de toute autre membrane muqueuse, un motif suflisant pour établir une espèce distincte de maladie , ces deux phénomènes variant h l'infini selon l'irritabililé des parties et le degré de la phlegmasie.
Quoi qu'il en soit, à ce degré de violence, qui, de l'aveu général, est assez rare, l'ophlhalmie constitue une alTeclion des plus redoutables, parce que, se propageant avec rapidité aux parties internes de l'œil , elle entraîne promptement des désordres irrémédiables dans l'organisation de ce pi'écieux et délicat appareil. Jusqu'à ce que l'analomie pathologique ait décrit ces désordres d'une manière spéciale et avec précision , on pourra s'en liiire une idée d'après ceux que M. Ammon a reconnus déj)en-
loG TRAITÉ
drc de ro])lithalinio puriforme des nouveaux nés, enlro laquelle el l'ophlhalniic gonorrhoïque il y a beaucoup de rapport.
Lorsqu'au contraire la phlegmasie suit une marche plus lente , elle occasionne aussi des symptômes moins graves, et laisse souvent h. sa suite de la rougeur et du gonflement au bord des paupières, avec quelques taches sur la cornée. Dans ce dernier cas, il est rare qu'elle soit accompagnée d'une exhalation puriforme.
L'écoulement qui a lieu dans l'inflammation très-aiguë delà conjonctive, cst-il contagieux? 11 est probable que, quand elles ont atteint un haut degré d'intensité , les phlcgmasies de toutes les membranes muqueuses sont susceptibles de se transmettre d'individu à individu , par le moyen tantôt des vapeurs et tantôt des liquides qui s'exhalent ctes surfaces malades. Or, un grand nombre de praticiens, tant en Angleterre qu'en Italie, pensent que l'ophthalmie si improprement appelée d'Egjpte, est contagieuse. Quelques observations recueillies par M. Cliaussier viennent à l'appui de leur opinion. Ce savant physiologiste a vu la mucosité verdâtre qui découlait de la conjonctive, chez un homme atteint d'ophlhalmie, h la suite d'une blennorrhagic supprimée , jouir de la propriété de l'aire naître , par le contact, une ophlhalmic semblable chez une personne saiiîc.
ARTICLE IV
DE l'inflammation DE LA MEMBRANE MUQUEUSE DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE ET DE l'oREILLE INTERNE. ,
L'inflaliimation de la membrane du conduit auditif externe , par suite d'une application directe de la matière qui s'écoule des parties génitales enflammées ou ulcérées, est admise moins d'après les résultats de l'observation , que d'après la connaissance qu'on a des égaremens auxquels conduit le libertinage. Elle ne pourrait diflerer sous aucun rapport de celle qui doit naissance à toute autre cause. C'est pourquoi je ne crois pas devoir en donner la descriptiori, pour laquelle je renvoie le lecteur à l'excellent ouvrage de M. Ilard.
Je ferai de même h. l'égard des phlegmasies de la membrane muqueuse qui tapisse les parties internes de l'oreille, ou du moins la caisse dutympan. Ces otites profondes peuvent survenir à la suite d'une suppression brusque de l'inflammation des parties génitales, et on les appelle alors métastatiques , ou tenir h la propagation de celle de la bouche le long de la trompe d'Euslaclie. La sécrétion abondante qui les accompagne , après avoir rempli la caisse, tantôt déchire la membrane du tympan, et s'échappe par l'ouverture, tantôt reflue dans les cellules mastoïdiennes, et détermine la carie de l'apophyse. L'inflammation peut aussi prendre le mode chro nique, et donner lieu h des ulcérations, h des nécroses, à des caries, dans le vestibule.
lo8 TRAITÉ
ARTICLE V
i)E l'inflammation de la memurane muqueuse nasale,
Bell a vu fies malades attaqués de gonorrhée offrir aussi un ëcouleiiieiit analogue par le nez. Un homme atteint d'un gonflement du testicule , fut pris toul-ii-coup d'un flux abondant par l'une des narines; la matière ressemblait beaucoup à celle qui coulait auparavant par l'urètre, la membrane pituitaire paraissait sensible et légèrement enflammée , mais il n'en résultait que peu ou point de douleur ; cet homme éprouva deux fois depuis une maladie semblable. Un autre fut attaqué, dans le cours d'une gonorrhée , d'un écoulement nasal qui se modéra souvent par la suite, mais sans jamais tarir entièrement; la membrane du nez était d'un rouge foncé et fort sensible, sans cependant paraître ulcérée.
M. Boisseau m'a communiqué un fait analogue. Un homme, sujet, depuis l'âge de la puberté, à des rliumes de cerveau j devenus de plus en plus fréquens à la suite de deux fièvres intermittentes, contracta une gonorrhée, vers la fin de laquelle l'irritation nasale l'cparut, comme elle avait eu jusqu'alors coutume de faire après toute phlegmasie d'une membrane muqueuse quelconque , mais avec plus d'intensité, et en s'accompagnant d'une sécrétion plus abondante. Quelque temps après, elle se compliqua d'une irritation des bronches et de l'estomac, ce qui donna lieu à une fièvre dite catarrhale, après la cessation de laquelle la membrane de Schneider demeura plus sensible qu'elle n'avait jamais été. Dès-lors, l'irrilalion nasale passa au mode chronique, sans toutefois
Dl-S SJALADIES VÉNÉRIENNES. 1 OQ
se compliquer de la moindro ulcéralion. Elle devint habituelle, et l'abondance, le coloration, l'odeur des mucosités se montrèrent constamment en raison inverse de la gravité de symptômes d'irritation qui éclataient parfois du côté de l'estomac, ou de l'activité des fonctions de la peau.
Les réflexions que j'ai faites h l'occasion de l'ophthalmie dite blennorrhagique , s'appliquent également ici. Une prédisposition individuelle, et l'action directe de causes d'irritation peuvent très-bien expliquer ces phlegmasies nasales, qui ne diffèrent du coryza ordinaire que par leur opiniâtreté et leur marche lente , mais qui ressemblent parliu'tement aux coryzas habituels et chroniques, quelquefois intermittens , auxquels certaines personnes sont sujettes, et qui peuvent , comme eux, entraîner des suites graves, soit en se propageant peu-h-peu aux organes respiratoires et auditifs, soit en donnant lieu à des ulcérations ou à des excroissances polypeuses de la membrane nasale. Il n'est pas improbable non plus qu'à une certaine époque au moins, surtout lorsqu'il est clair et limpide, l'écoulement jouit de propriétés contagieuses; j'en juge par l'action que le fluide nasal exerce , dans le coryza très-aigu, sur la lèvre supérieure, où, pendant la force de l'inflammation, il détermine une légère phlogose érysipélateuse, et même des excoriations ou des pustules, qui se communiquent souvent aux personnes saines, par le contact. D'ailleurs on voit tous les jours les divers membres d'une même famille être atteints successivement du coryza, et, suivant la judicieuse remarque d'un écrivain moderne, cette communication est plus rapide lorsqu'il y a dans la maison un enfant que tout le monde embrasse
JIO TnAITÈ i;
<^t caresse- J'ajouterai, rclalivcment h l'odeur dont la y plupart (les personnes atteintes de ces phlegmasies chroniques se plaignent d'être incommodées , et qui exerce parfois leur imagination d'une manière si pénible, surtout lorsqu'elles ont la manie de se livrer h la lecture des livres de médecine, que le plus souvent elle n'est point sensible pour les assistans , et qu'elle paraît dépendre d'une perversion de la faculté olfactive , résultant ellemême d'une modification que l'irritation chronique a fait naître dans la texture de la membrane nasale.
ARTICLE VI
DE l'inflammation DE LA MEMBRANE MUQTJEISE ORALE.
L'inflammation de la membrane muqueuse qui tapisse la bouche, peut èlre aussi le résultat de l'application des parties génitales ou du sein malades; mais il est rare qu'elle se borne à provoquer une exhalation puriforme, ou, du moins alors, les malades, n'ayant aucun égard à une cause qu'ils ne soupçonnent pas, se croient ou sont réputés atteints d'une angine ordinaire. Dans le plus grand nombre des cas, elle détermine la formation d'ulcères plus ou moins étendus, sur lesquels je reviendrai dans le chapitre suivant. C'est alors seulement qu'elle appelle Tatlention et donne des inquiétudes.
Cette phlegmasie se concentre généralement vers les parties postérieures de la bouche, le voile du palais et les amygdales. Elle s'annonce par la gêne de la déglutition , la rougeur et le gonflement de la membrane muqueuse , une exhalation plus ou moins abondante de mucus filant, et la formation d'une couche blanchâtre sur les tonsilles. Le plus souvent elle se termine, en peu de jours, par la résolution. Mais quelquefois elle provoque la formation d'un abcès dans la luette ou le voile du palais. Dans d'autres cas , cUe suit une marche chronique ; alors clic est caractérisée par une gêne médiocre de la déglutition , une sensation habituelle de douleur et de sécheresse dans l'arritre-gorge, une rougeur légère de la membrane qui la tapisse, et souvent une tuméfaction habituelle des an)V2;dalcs.
112 TRAITK
ARTICLE VII
DK l'inflammation DE LA MEMBRANE MUQUEUSE DU RECTUM.
L'inflammation de la membrane muqueuse du rectum, peut dépendre, dans les deux sexes, d'un vice honteux , et chez les femmes malpropres, de l'action irritante exercée par l'exhalation puriforme du vagin, qui coule le long du périnée jusqu'à l'anus. Cette phlegmasie est plus souvent chronique qu'aiguë, mais très-sujette à des exaspérations passagères.
Aiguë, elle s'annonce par la tuméfaction et la vive rougeur des parties, que le plus léger attouchement, ou le passage des matières les moins consistantes rend douloureuses, en même temps que le malade y ressent une sorte de battement, accompagné de chaleur et de pesanteur. Si l'inflammation est très-violente, elle se propage au tissu cellulaire qui environne le rectum, et y provoque souvent des abcès d'où résultent des fistules plus ou moins profondes; elle gagne même les organes voisins , la vessie, chez l'homme , la matrice et ses annexes chez la femme, et détermine une multitude d'accidens, parmi lesquels je me bornerai à signaler l'inflammation de la vessie, la dysurie, la strangurie, le catarrhe vésical, et des douleurs violentes à la région sacrée , pareilles à celles qui résulteraient d'un coup violent reçu sur cette partie du corps.
Quand la phlegmasie est chronique, elle ne s'annonce guères que par un sentiment habituel de cuisson, qui ne paraît même quelquefois qu'Ji des intervalles plus ou moins éloignés, h moins d'un redoublement accidentel
DES MALADIES VÉNÉllIENNES. 1 i 5
d'irritation ; mais le malade éprouve un suinlemenl habituel qui tache son linge, ou bien il rend, lorsqu'il veut aller à la garde-robe ou lâcher un vent, des flocons de mucosités semblables à du blanc d'œuf, îx du frai de grenouille. Cet écoulement est en général le seul symptôme qui excite d'abord des plaintes et de l'impatience; mais avec le temps il en survient d'autres bien plus graves. Conlinucllement irritée, la membrane muqueuse du rectum finit par se désorganiser, et il s'y forme, de dislance en distance, des coarctations circulaires, au nombre quelquefois de deux ou trois, et davantage, qui remontent jusqu'à huit et même dix pouces dans l'intestin. Dans le contour de ces rétrécissemens, dont le doigt fait aisément reconnaître la présence, on remarque des plis rayonnans et durs, parmi lesquels quelques-uns sont assez saillanspour constituer de véritables tumeurs distinctes, qui inclinent la cavité intestinale, de telle sorte que la succession de ces tumeurs donne lieu à des déviations alternatives du rectum en sens divers et quelquefois contraires. La situation du malade est alors déplorable. Les matières fécales, retenues au-dessus de la coarctation supérieure, irritent constamment la membrane muqueuse, ce qui produit un suintement puriforme , toujours abondant, quelquefois énorme. Le besoin d'aller à la selle est continuel; il nécessite des ejfTorts violens, et les matières fécales ne sortent que réduites à un Irès-pelit calibre, qui diminue chaque jour. L'excrétion finit même par devenir presqu'impossible. Le malade se trouve alors dans une situation analogue à celle d'un homme atteint de rétrécissemens dans l'urètre. Incapable de toute autre pensée, il n'est occupé que de son état. Une sorte d'instinct le
1 l4 TRAITK
porlc II faire un fréquent usngc des lavcmens, qui ne pénèlrenlel. ne sortent qu'avec peine, et qui ne débarrassent l'inlcstin que d'une manière fort imparfaite. Cependant l'eau de ces injections, mêlée h la matière du suintement, délaie les excrémens, et les entraîne peuii peu au dehors, ce qui entoure le malade d'une atmosphère horriblement fétide. Lo front et toute la face, par gradation, se couvrent de gros boutons rouges, qui dégénèrent en pustules, entourées d'une large auréole rouge ou brune, et qui se multiplient dans la même proportion que l'inlirmilé s'accroît. L'appétit se perd, ainsi que le sommeil, et l'embonpoint disparaît. Assez généralement la iièvre s'allume de temps en temps; il survient des coliques, le ventre se ballonne, et le malade succombe h une péritonite ou h l'inflammation des voies alimentaires; heureux encore de cette funeste complication, qui le garantit des horreurs de la dégénérescence cancéreuse du rectum, h laquelle l'affection conduit infailliblement lorsque la mort ne vient pas l'empêcher de s'établir.
Parmi tous les accidcns que je viens de décrire, il n'en çst pas un seul qui ne puisse dépendre des hémorrhoïdes, qui ne s'observe même fréquemment dans cette cruelle affection, et il n'y a que la connaissance des mœurs du malade qui permette d'attribuer les désordres à une origine vénérienne , les symptômes étant absolument les mêmes dans l'un et l'autre cas.
DES MALADIES VÉNÉRIENNES. ii5