‹ Traité complet des maladies vénériennes, contenant l'exposition de leurs symptomes et de leur traitement rationnelChapitre 18 sur 48 · DES ACIDES NITRIQUE, HYDROCHLOUIQUE, ET CITRIQUE · texte numérisé non relu

DES ACIDES NITRIQUE, HYDROCHLOUIQUE, ET CITRIQUE

M. Scott, chirurgien h Bombay, pénétré des principes de la chimie pneumatique, enhardi par les succès qu'il avait obtenus de Vacide nilrique, à l'intérieur, dans l'hépatite chronique, et supposant d'ailleurs une certaine analogie entre cette affection et la syphilis , parce que le mercure produit souvent des effets salutaires dans l'une et dans l'autre, conçut l'idée, en 1790 , d'appliquer cet acide au traitement des maladies vénériennes. Quelques essais heureux l'enhardirent de plus en plus, et bientôt il se crut fondé à considérer ce nouvel agent thérapeutique comme étant égal au mercure en efficacité, et même supérieur ^ parce qu'il le vit réussir dans des cas où l'on avait en vain administré celui-ci pendant longtemps, soit en Europe, soit dans l'Inde. Communément les symptômes, primitifs ou secondaires, disparaissaient, ou du moins s'amendaient d'une manière notable , dans l'espace de quinze ou vingt jours, sans le concours d'aucun autre médicament, et certains malades, que l'on put observer durant plusieurs années consécutives, n'éprouvèrent pas de rechute. Cependant l'acide échoua quelquefois.

Les expériences de M. Scott, qu'on ne connut en Europe qu'en 1796, fixèrent l'attention des médecins, d'abord en Angleterre, puis en France et en Allemagne, et lurent répétées par un grand nombre de praticiens, dont

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les observations se trouvent consignées dans les ouvrages de Beddoes, Gruikshank, Blair, Alyon et Swediaur.

Les Anglais donnèrent l'acide nitrique à la dose d'un gros et demi, jusqu'à trois gros, par livre d'eau ou de décoction sudorifique, édulcorée avec six à huit gros de syrop simple. Les résultats furent semblables à ceux qui avaient été obtenus dans l'Inde. L'acide, employé seul, guérit complèterbent plusieurs maladies récentes ou invétérées, dans un espace de temps variable , cependant, en général, assez court; mais il échoua aussi dans certains cas, même très-légers, et provoqua des accidens dans d'autres. Ces derniers consistaient principalement en un sentiment pénible de chaleur à l'estomac, des douleurs dans le bas-ventre, des coliques, des flatuosités, et souvent une salivation plus ou moins abondante. Lorsque l'acide n'agissait ni en bien, ni en mal, sur les symptômes vénériens, on remarquait cependant toujours qu'il augmentait l'appétit , et qu'il fortifiait la santé générale du sujet.

Tel est le précis des faits recueillis par les Anglais. Alyon et Swediaur en réunirent de semblables chez nous. Tous deux virent l'acide nitrique guérir certaines maladies vénériennes, sans aucun remède interne ou externe, échouer dans d'autres cas, et se montrer quelquefois nuisible, en ce sens qu'il ne manquait presque jamais d'exciter des coliques chez les femmes et les sujets irritables. Swediaur ne le donnait qu'à l'intérieur; il débutait par quarante ou cinquante gouttes d'acide à trente degrés, dans deux livres d'eau distillée, et ne dépassait jamais la dose de cent vingt à cent trente gouttes par jour. Alyon s'en servait également à l'extérieur et à l'intérieur.

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Jixtcrirnromcnl 11 a{>j)licjuail, lîni'nclions, depuis un demigros jdscjii'ii deux gros, une sorte d'onguenl, qu'il appelait pommade oxii^cnée, et qui résulte d'un mélange de deux parties d'acide avec seize de gr;rissc (i) ; cet onguent lui paraissait convenable dans tous les exanthèmes vénériens, A l'intérieur, il administrait, sous le nom de limonade oxi<^ênéc ou à'' eau oxlfjénée, un gros du même acide étendu dans deux livres d'eau, mélange auquel il ajoutait souvent un demi-gros d'élhcr nitrique, et presque toujours du sucre ou du syrop pour l'édulcorer.

Comme tant d'autres remèdes qui ont été proposés tour à tour, l'acide nitrique fut d'abord accueilli avec

(i) M. Bonastre qui a bien voulu , d'après ma prière , analyser la pommade d'yVlyou pour en reconnaître la véritable composilion, a reconnu que l'acide nitrique employé pour la préparer, se décom- ]iosait en partie, et donnait naissance à du gaz nitreux, ainsi qu'à (juclques nouveaux produits qui ne sont pas stables, mais dépendent du degré de chaleur employée dans l'opération. Cet acide développe beaucoup de principe odorant, sur lequel il agit cotnme sur une huile essentielle ; mais il n'est pas décomposé entièrement, et la pommade en contient encore lorsc[ue la chaleur n'a pas été trèsforte, ce qui arrive le plus souvent. C'est du moins ce que M. Bonastre a remarqué sur plusieurs ponmiadcs préparées depuis trois, quatre, six et douze mois , qui toutes lui ont donné des traces de gaz nitreux, quoique, dans celles dun an d'ancienneté, le principe odorant eût une telle rancidité quon avait de la jieine à reconnaître le gaz qui s'en dégageait. Il paraîtrait donc que l'action incontestable de la pommade d'Alyou dépend et de la petite quantité d'acide nitrique (juelle relient, et du principe auquel elle doit son odeur rancc, principe dont la propriété excitante n'est pas douteuse, car on sait depuis long-temps que la pommade mcrcuriellc ancienne et fance agit avec plus d'énergie que celle qui vient d"c4re piéparée.

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une sorte d'enthousiasme; mais bientôt les critiques de Blair en Angleterre, celles de Boetlicher en Pologne, celles de M. Cullericr en France, et surtout la routine, qui ramenait sans cesse au mercure, le firent si bien oublier, qu'h l'exception d'Alyou , qui continua ii l'employer jusqu'à sa mort, peu de personnes en France s'en sont servies depuis l'époque h laquelle il en fut question pour la première fois.

Dans les expériences qui furent faites en grand à Paris, on donnait chaque jour depuis un demi-gros d'acide jusqu'à quatre et six étendus dans une pinte d'eau. Il n'est donc pas surprenant qu'on ait vu la limonade causer des irritations de poitrine, des toux opiniâtres et des crachemens de sang. A dose aussi forte, elle, devait aussi produire des symptômes gastriques, qui ne furent pas remarqués, parce qu'alors on n'observait guère l'état de l'estomac. C'est de cette manière cependant qu'on s'y prit pour démontrer que l'acide nitrique est souvent dangereux, toujours sans eflet contre la sj'philis, et incapable, par conséquent de remplacer le mercure. On n'eut égard ni h la manière dont il avait été administré, ni aux bons effets qu'il avait produits dans beaucoup de cas, et la prévention fut poussée si loin , sous ce rapport , qu'on aima mieux faire honneur à la nature qu'à lui des guérisons obtenues, en disant que si des symptômes récens d'infection se sont dissipés pendant son usage, il ne faut l'attribuer qu'au repos et aux boissons délayantes qu'on prescrivait en même temps au malade. J'ai très-souvent employé cet acide avec succès dans une décoction éraolliente, édulcorée avec le syrop de gomme; en ayant soin de graduer la dose d'après l'idiosyncrasic du malade, au lieu de

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proscrire auloinaliqncmcnt les formules indiquées dans les livres , on n'observe jamais aucun accident , el la limonade nilriquc convient aussi bien qu'aucun autre remède dit anti-vénérien , dans tous les cas où les circonstances permettent de recourir aux irritans appliqués sur la membrane muqueuse des voies digeslives.

M. Oppert a préconisé l'acide nitrique en 1823, non pas comme anlivénérien, mais comme antimercuriel, c'est-i»-dire comme un moyen excellent, et presque spécifique, pour remédier aux efi'els déplorables que le mercure produit souvent sur la constitution, lorsqu'on l'administre en trop grande quantité. Ce praticien l'emploie tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. Un gros ou un gros et demi d'acide nitrique mêlé à six onces d'eau de roses et à un gros de teinture thébaïque, lui sert pour imbiber la charpie avec laquelle se fait le pansement des chancres, et qu'il faut avoir soin d'humecter de nouveau toutes les fois qu'elle s'est desséchée. Cette liqueur excite d'abord une cuisson plus ou moins vive, mais les parties finissent par s'y accoutumer; et, au bout de quatre, six ou quinze jours, l'ulcère se déterge, se couvre de bourgeons cellulo-vasculaires d'un bel aspect, et commence à se cicatriser, sans qu'il soit nécessaire d'administrer une nouvelle quantité de mercure. A ces applications locales, M. Oppert joint, autant que possible, l'usage interne de l'acide, qu'il fait prendre à la dose d'un gros par jour, dans un syrop agréable.

Lorsqu'on fait prendre l'acide nitrique à l'intérieur, la langue se couvre d'un enduit blanchcàlre. L'urine , qui coule en plus grande quantité qu'à l'ordinaire, est faiblement colorée, souvent même tout- à-fait claire et

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limpide , surtout quand ou a donné l'acide étendu dans une grande quantité d'eau. L'appétit augmente presque toujours, et assez généralement aiussi la soif. L'action du cœur et du système artériel se trouve plus ou moins exaltée; le pouls est plus plein, et le sang tiré de la veine se couvre d'une croûte inflammatoire. On voit quelquefois survenir une phlogose de la membrane buccale et une salivation plus ou moins abondante , qui a été observée entre autres par Girdlestone, Sandif'ort et Baynton. Dans d'autres cas, le malade éprouve des coliques, des maux de tête, des vertiges; ses dents s'ébranlent, et ses gencives prennent l'apparence scorbutique. Ce sont ces divers accidens qui ont porté Alyon à dire que l'acide nitrique avait la propriété de faire reparaître tous les symptômes de la maladie , quand le virus n'avait été que pallié , pour les efiacer ensuite en détruisant totalement ce même virus. Quoi qu'il en soit de dette étrange assertion , il est évident que l'acide exerce une action stimulante sur les tissus vivans mis en contact avec lui. Le» noms imposés par Alyon aux deux composés dans lesquels il le faisait entrer démontrent assez que ce n'était pas à ses propriétés excitantes , mais seulement à l'oxigène qu'il contient , et qu'il abandonne avec beaucoup de facilité , qu'on rattachait ses propriétés antivénériennes , théorie à la chute de laquelle doit être attribué l'abandon dans lequel il fut relégué dès que les médecins commencèrent h se dégoûter d'expliquer les phénomènes vitaux par les lois de la chimie.

Uacide hydrochloriquc, proposé presque à la même époque que le précédent , par Zeller , n'a pas eu un sort aussi brillant , malgré les avantages que ce médecin assu-

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rait (Ml avoir retirés dans un grand nombre d'affeclions vt^nériennes opiniâtres, iiolanimcnL dans les ulctiralions d'apparence scoibulique et dans les bubons frappés de pourriture d'hôpital. Zeller l'employait non seulement il l'extérieur, mais encore intérieurement, dans une décoction d'orge : il commençait par huit à dix gouttes, sur deux livres de véhicule, et augmentait celte dose do quelques gouttes, tous les trois ou quatre jours, jusqu'à ce qu'il lût arrivé h peu près à celle d'un demi-gros. Comme tous les acides minéraux, l'hydrochlorique exerce sur les tissus vivaus une action plus ou moins stimulante en raison de la quantité d'eau dans laquelle il se trouve délayé. On le lait quelquefois entrer , à petites doses, dans les gargarismes prescrits contre les ulcères de l'arrière-gorge. On s'en sert assez souvent aussi pour toucher la surface de ces mêmes ulcères avec un pinceau de charpie qui en est imbibé.

Un mélange de trois parties d'acide nitrique cl d'une d'acide hydrochlorique , improprement appelé acide nitro-miiriatlquc , a été employé aussi par M. Scott, avec la précaution d'y ajouter un double volume d'eau , pour éviter le dégagement des vapeurs nilreuses. C'est sous la forme de pédiluves chauds qu'il emploie ce mélange, soit en y faisant plonger les jambes jusqu'aux genoux, ou un peu au-dessus, soit en se contentant d'y baigner les pieds , et d'éponger en même temps les jambes , les cuisses et même l'abdomen. Ce bain doit avoir une acidité égale à celle du vinaigre, et piquer un peu la peau, quoique légèrement, après qu'elle a été exposée à son action pendant ujie demi-heure. S'il était plus fori , il produiiiiil des boulons irès-incommodcs, et colo-

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rerait en jaune les ongles et la peau des pieds. Chez certains sujets, disposés aux maladies bilieuses , comme dit M. Scott, c'est-à-dire dont les voies gastro-intestinales sont très-irritables , il purge , rend le pouls plus fréquent qu'à l'ordinaire, et cause du malaise, de la céphalalgie , des vertiges. Dans d'autres cas , il produit la salivation , et fait naître des ulcères aux gencives. Quelquefois , chez les femmes , il avance l'époque des règles , ou les rend plus abondantes. M3I. Charles Bell et Shaw l'ont trouve fort utile chez plusieurs malades atteints d'affections secondaires , notamment d'ulcérations cutanées et d'exanthèmes , qui avaient jusqu'alors été traités inutilement par les mercuriaux.

Cruikshank est le seul qui ait essayé Vacide citrique ou plutôt le jus de citron. Il en donnait une once dans deux ou trois onces d'eau , et répétait cette dose trois ou quatre fois par jour. Dans le même temps il appliquait la liqueur sur les ulcères , et en fomentation sur les bubons. Plusieurs maladies vénériennes primitives furent guéries en peu de temps par ce mode de traitement , à l'égard duquel on ne possède pas de données suffisantes pour qu'il soit possible de rien statuer sur son compte.

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