‹ Traité complet des maladies vénériennes, contenant l'exposition de leurs symptomes et de leur traitement rationnelChapitre 17 sur 48 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DE l'iode.

Les succès qu'on a obtenus de l'iode dans le goitre , les. engorgeniens scrofuleux et la leucorrhée , ont engagé plusieurs praticiens à l'essayer dans les maladies véné- " rienncs , contre lesquelles M. Coindet avait dé\hi présumé qu'il ne serait probablement pas saos efficacité. J'ai parlé des avantages que promettent et qu'ont déjà procurés les deux iodures de mercure. Quant a l'iode luimême ,il n'a encore été employé que par un petit nombre de médecins , notamment par MM. Bichat , Richond , Henry et Eusèbe de Salie.

MM. Richond et Henry administrent la teinture d'iode h l'intérieur dans l'inflammation de la membrane muqueuse génito-urinaire (i), contre laquelle les observations do M. Gimelle sur l'utilité de celte substance dans la leucorrhée devaient naturellement suggérer l'idée de la tenter.

M. Richond en a aussi également tenté l'application extérieure dans les casde bubons. 11 recommande aussi de n'y avoir recours qu'après avoir fait tomber la phlogose, sans quoi elle favoriserait l'établissement de la suppuration, et la rendrait plus abondante. l\ pense que la teinture doit être administrée seule, en frictions, sur la partie même , parce

(i) Je h'aiterai clans la seconde section senlement de la manière dadministrer l'iode dans la gouoiTliée. ainsi que de quehjues autres remèdes généraux, tomme le baume de Copahu et le poivi'e cii> bèbe, qui ont été conseillés contre celte afleclion.

bâo TRAITJÎ

qu'incorporée dans la graisse, ou suspendue dans un véhicule aqueux, elle est rarement efficace. Les doses auxquelles il IV'niploie sont celles d'un gros et même de deux gros par jour, suivant le volume plus ou moins considérable de la timieur , son ancienneté et le degré d'excilabilité du sujet. Les frictions doivent être répétées plusîienrs fois dans la journée , et durer chacune cin^ à six minulos au moins. L'effet qu'elles produisent est de jatinir la peau, de dessécher Tépiderme au bout d'un certain laps de temps, de déîcrminer des tiraillemens, des prcotemens et même de petites douleurs , d'activer èhfm l'atction organique de la partie, et de favoriser par ccfîïséqùPitt la résolution des tumeurs sous-jacentes. Lorsque les frictions sont faites avec exactitude , la diiiiinution de la tumeur devient ordinairement appréciable au bout de quatre h cinq jours , et sa guérison est opérée au bout de huit h dix. Mais , dans certains cas , l'engorgement, en raison de son volume et de son ancienneté, exige un temps beaucoup plus long. Quelquefois même il se nïonlre rebelle. M. Richond a observé qu'alors il était utile de prescrire simultanément l'iode à l'intérieur et à l'extérieur. Il a remarqué que quand on s'en servait pour résoudre des duretés situées à la base des bubons suppurarts, les cataplasmes émolliens, appliqués aussitôt après la friction, procuraient de grands avantages en prévenant le développement de l'inflammation et des douleurs.

Le même médecin a employé avec avantage les frictions avec la teinture d'iode sur le prépuce, non seulement pour dissiper l'engorgement chronique qui existait dans ce repli , à la suite de l'inflammation déterminée par l'opération du phimosis , mais encore pour résoudre

DES MALADIES VÉNKEIIINM: S. G.ôl

des périostoscs qu'il avait altaquérs ptéalabicineul par les anliplilogislicjurs et les émoUiens.

Deux ans avant M. Richond ■, M. Bichat avait déjà com^ mencé des essais sur l'emploi de la pommade iodurée contre les bubons vénériens, surtout contre ceux qui ont un caractère bien prononcé d'indolence. Ses essais ont été suivis de succès marqués et dignes d'attention. Ainsi , un jeune homme , affecté d'un bubon à l'aine droite , fut guéri, en moins de quinze jours, par les frictions iodui'ées, employées seules, sauf quatre bains, et continuées encore huit jours après la disparition de la tumeur. Le malade n'éprouva aucun dérangement dans sa santé. Dans certains cas, JM. Bichat a adopté le traitement antisyphilitique ordinaire , en se contentant seulement de faire des frictions iodurées sur les glandes engorgées, et il en a fait disparaître ainsi de très-volumineuses. Il a obtetiu aussi , en peu de jours , la résolution d'un bubon indolent, sur lequel la potasse caustique avait été appliquée, afin d'y déterminer une inflammation. L'escarre était tombée depuis quelques jours , et la plaie sur le point d'être cicatrisée, sans que le bubon eut éprouvé aucune diminution.

M. Eusèbe de Salle a recommandé l'iode dans les engorgemens chroniques du testicule, qui succèdent fréquemment à l'orchite aiguë. Il l'emploie à l'extérieur et à l'intérieur. C'est la teinture d'iode qu'il fait prendre au malade, et il l'administre de la même manière et aux mêmes doses que M. Richond dans l'urétrite. Quant aux applications internes , il se sert de la pommade d'hydriodate de potasse , en frictions, dont il porte la dose jusqu'à deux gros par jour, après avoir commencé par

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nn demi-gros. Ces friclions ont lieu soir ot malin , ou deux lois par jour. On doit les suspendre toutes les fois qu'il survient des douleurs et des picotcmons , tant h la peau du scrotum que dans l'intérieur du testicule. Chez un de ses malades, M. De Salle a vu plusieurs végétations, de très-petite dimension, h la vérité, qui occupaient la hase du gland , disparaître complètement pendant le traitement par la pommade iodifpie.

L'iode est connu et surtout employé en médecine depuis trop peu de temps , pour qu'on ait encore des idées fixes et arrêtées sur la manière dont il guérit les maladies contre lesquelles on l'a recommandé. Cependant la plupart des médecins lui accordent une action stimulante spéciale sur le système lymphatique , et quelques-uns seulement disent , d'après M. Coindet^ qu'il en a une directe sur les organes génitaux. On l'a donc traité absolument comme le mercure , et le rapport entre lui et ce métal est complet h tous égards, car il est également question de la saturation de l'économie par Vun et par l'autre, et comme on connaît depuis long-temps une maladie mercurielle, produit de l'art des médecins , de même on a commencé à parler d'une maladie iodique, caractérisée par l'amaigrissement, l'abattement, la fièvre, la soif, la décomposition des traits de la face , la diarrhée , l'insomnie , un appétit vorace, et autres symptômes qui démontrent clairement, soit la simple surexcitation, soit un état vraiment inflammatoire de la membrane muqueuse du canal alimentaire.

En effet, il résulte des expériences de M. Orfila sur les erfcls de l'iode introduit dans les voies digestives, qu'il doit être rangé parmi les poisons corrosifs. Ce mé-

decin en ayant avale deux grains à jenn , une saveur horrible et quelques nausées furent les seuls accldens qu'il éprouva. Le lendemain matin, il en prit quatre grains; sur-le-champ il ressentit une constriclion et une chaleur à la gorge , qui durèrent pendant un quart d'heure , et il ne tarda pas à vomir des matières liquides , jaunâtres , dans lesquelles on pouvait aisément reconnaître l'iode , ingéré : du reste , il n'aperçut aucun changement notable dans la manière dont ses fonctions s'exerçaient , si ce n'est qu'il éprouva une légère oppression pendant le reste de la journée. Le surlendemain matin , il avala h jeun six grains d'iode : aussitôt après , chaleur, constriction à la gorge, nausées, éructations, salivation et épigastralgie; au bout de dix minutes , vomissemens bilieux assez abondans, légères coliques, qui durèrent pendant une heure et cédèrent h des lavemens émollieus; le pouls, qui, avant l'expérience, ne donnait que soixante-dix pulsations h la minute, devint plus fréquent et plus développé, et s'éleva jusqu'à quatre-vingt-cinq ou quatre-vingt-dix pulsations; la respiration s'exerçait assez librement, la chaleur de la peau était un peu plus forte, et l'urine plus colorée qu'à l'ordinaire. Une abondante boisson d'eau de gomme et des lavemens émolliens firent disparaître tous les symptômes. Le lendemain il ne restait plus qu'un peu de fatigue. Ainsi l'iode agit en excitant ou irritant , suivant la <lose à laquelle on l'administre; mais la stimulation qu'il exerce n'a rien de spécial, ou , pour s'exprimer plus clairement , ne porte pas pkis sur un système que sur un autre; elle se manifeste dans la partie même qui le reçoit , et se propage ensuite plus ou moins , suivant le plus ou moins d'étendue des connexions sympathiques de celte partie.

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