CHAPITRE VIII
DE l'oPILM.
h'opiuni est une des premières substances que l'on ait employées contre les maladies vénériennes. Les médecins du quinzième et du seizième siècle essayèrent effectivement la thériaque et divers autres électuaires, dont il l'ait la base, dans l'épidémie qui éclata à cette époque. Mais personne n'eut l'idée de fonder exclusivement le traitement sur cette substance, quoique Pauli eût rapporté l'observation d'un jeune homme épuisé par la vérole, ou plutôt par plusieurs traitemens mercuriels successifs, qui, voulant mettre lin ^ ses jours , avala un demi-gros d'opium délayé dans du vin d'AJicante, et, au lieu de trouver la mort qu'il cherchait,^ tomba seulement dans un sommeil profond, au sortir duquel il éprouva un soulagement si marqué, qu'il résolut de continuer ce remède inespéré, dont l'usage modéra d'abord, puis fit disparaître, ses douleurs affreuses, suspendit la marche des ulcères dont son corps était couvert, et lui procura enlin une guérison aussi complète que durable.
Noolh, se rappelant un cas analogue dont il avait été témoin, celui d'un étudiant tourmenté depuis long-temps par les symptômes les plus fâcheux, rebelles au mercure, qui prit de l'opium dans l'unique vue de pallier ses souffrances, et guérit parfaitement sous la seule influence de ce remède employé h doses croissantes, imagina le premier, selon Schoepff, de l'appliquer seul au traitement
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des luaiadies vénériennes. Ses expériences, faites en Amérique, sur des sujets dont les uns avaient pris inutilement le mercure, et dont les autres n'avaient point encore eu recours h ce mêlai, furent couronnées de succès. L'opiun) apaisa toutes les sensations douloureuses, et opéra, en peu de jours, un changement favorable dans l'aspect des ulcérations; l'inflammation se calma, la suppuration prit un meilleur caractère, et, avec de la persévérance, on finit par obtenir une cicatrisation parfaite. Nooth débutait par un grain, et s'élevait graduellement à cinq, six ou huit et davantage, par jour. Cette dose fut portée ensuite bien plus loin , puisque Bell prescrivait jusqu'à quarante-cinq, grains d'opium par jour, en trois prises.
Ces premiers essais *nt été répétés, en Angleterre, par Grant, Saunders, Cullen, Webster et M. Pearson; en Allemagne^ par Michaelis, Thuessink, Frank, Reisinger, Riclîter, AHhofet Rudolph; en Danemark, par Tode, Hagstrœm e( Sibbern; en Italie, par Brugnone, Carminati, Gherardini et Pasta; eu France, par Souville et Coste, ainsi que par MM. Valentin , Merlin, Brion et Bertin. Les résultats ont été fort dilTérens, et les avis partagés, les uns favorables, les autres non. En résumant les faits assez nombreux que nous possédons h cet égard, on arrive à cette conclusion, que tantôt l'opium a parfaitement cuéri, tantôt il n'a exercé aucune action sensible sur les symptômes, tantôt enfin il les a exaspérés d'une manière bien évidente.
Tant qu'on n'a eu égard qu'atix phénomènes extérieurs qui se développent après l'administration de l'opium, la mahière d'agir de cette substance a été peu connue. On ;
D£S MALADlliS VÊNiRIENJiES. 04;
le voyait stimuler, engourdir et plonger dans l'asthénie, produire le narcotisme ou exalter les fonctions cérébrales, et l'on restait dans le doute au milieu de ces effets contradictoires, qui ne sont que secondaires. L'opium augmente l'action dans les parties qui en reçoivent l'impression, et donne lieu ensuite à d'autres phénomènes, dont les plus constans sont Taccélération des fonctions du cœur et un afllux plus ou moins considérable du sana; vers le cerveau. C'est donc par l'excitation directe de l'appareil digestif, ou par la stimulation sympathique d'un autre système organique, qu'il peut agir d'une manière utile ou nuisible dans les maladies vénériennes, ou seulement, comme le croyait Rudolph, dans les affections occasionées par le mercure. Aussi Bell ne craint-il pas d'aiïirmer que si, quelquefois, il s'est montré utile, tout autre irritant, mis en rapport avec l'estomac, aurait produit le même effet , et, ajouterai-je, sans exposer aux inconvéniens d'une congestion cérébrale.
Quant à l'application extérieure de l'opium, que l'on a conseillée, par exemple, dans la vue d'apaiser l'irritation des ulcères douloureux et rongeans, les émissions sanguines locales, combinées avec les émolliens, sont bien plus efficaces, en ce qu'elles attaquent le mal dans sa source précisément, et ne font pas courir le risque d'un surcroît d'excitation, que provoquent souvent les lotions opiacées , car il s'en faut de beaucoup, quoi qu'on ait pu dire, que ces dernières soient toujours sédatives.
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