DU MERCURE
Les anciens , si l'on excepte un petit nombre d'empiriques dont parle Paul d'Egine , n'employaient pas le mercure , qu'ils rangeaient parmi les substances vénëneuses. La crainte qu'il leur inspirait était si forte que Galien avoue n'avoir jamais osé s'en servir , et nous n'avons pas besoin, pour la concevoir, d'admettre, avec Bosquillon , que le métal dont ils pouvaient disposer, étant extrait du cinabre, que l'on ftilsifiait souvent avec du minium , contenait presque toujours une plus ou moins grande quantité de plomb , puisque nous savons que l'aclion du mercure purifié sur l'économie n'est pas moins violente que celle des préparations saturnines. Les Arabes furent, à proprement parler, les premiers qui introduisirent cet agent dans la matière médicale. Ils s'en servaient, sous diverses formes, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, et ce fut à leur imitation , qu'après l'avoir essayé successivement dans diverses maladies, on l'appliqua enfin au traitement des vénériennes. Tour à tour proné avec emphase et déprécié sans mesure, il a cependant eu constamment plus de panégyristes que d'adversaires. Aujourd'hui mémo encore, son crédit est établi sur des bases si solides qu'on le regarde comme l'anti-vénérien par excellence, l'antidote, le spécifique de la syphilis.
Le nombre des formes sous lesquelles on l'administre est presque infini. Dans l'examen que je vais en faire , je les classerai suivant l'ordre adopté par les chimistes , qui est h. la fois le plus simple et le plus rationnel.
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A R r I c L i: r ]\ E iM I E r.
DU MKRCLRK A l'kTAT MÉTALLIQUE.
Lo mercure coulant , appelé aussi mercure cru , n'a point d'action sur l'organisme , ou du moins , s'il en exerce une , elle est si faible que l'estoniac peut le supporter h Ircs-grandes doses. Sue cite l'exemple d'un homme qui, sans en être incommodé, avala pendant longtemps deux livres de ce métal chaque jour, afin do fondre une pièce d'argent qui s'était arrêtée dansson œsophage. Desbois de Rochefort rapporte aussi que les habilans de Londres et d'Edimbourg étaient dans l'usage, vers le commencement du siècle dernier , d'eu prendre tous lesmatins deux ou trois gros , avec de l'huile, pour se préserver de la iroulte et des calculs urinaires. On a conclu
de Ih que le mercure cru ne jouissait d'aucune propriété anli-vénéricnne. Cependant , comme on connaissait plusieurs cas dans lesquels il n'avait point montré, cette innocuité prétendue, les uns ont supposé, avec Bell, que le mercure est inerte, parce «ju'il ne peut se dissoudre dans aucun des fluides qu'il rencontre généralement dans le corps , et que , s'il paraît quelquefois actif, on doit sajîs doute l'attribuer h un excès (extraordinaire d'acide contenu dans l'estomac ou les inlcslins; les autres ont pensé , avec Swediaur , qu'il n'a d'action sur le corps qu'autant qu'il a élé combiné préalablement avec une certaine quantité d'oxigène.
Ces deux explications , dont on s'est contenté pendant long-temps, ne sont plus admissibles aujourd'hui. D'une part, M. Orfila a fait voir, comme Bell le présumait déjà.
DES MALADIES VfîlV/' RIE?«M:S. /^Ùt)
OU milieu mcniîj do son Iiypothcsc chimique , qu'il est tivs-probable que le mercure coulant agit comme poison toutes les fois qu'il séjourne assez long-temps dans le canal alimentaire poiu" y éprouver une grande division , qui le rend susceptible d'être absorbé. D'un autre côté , les vapeurs mercurielles exercent sur l'économie animale une action puissante, suiïîsamment attestée par les nombreux accidens qu'elles déterminent chez les doreurs et les plaqueurs. L'influence de la chaleur n'est pas nécessaire pour cela , car on sait mainlenant qu'exposé à l'air libre , le mercure se vaporise, même à de basses températui'es. Cette propriété, sur laquelle M. Faraday a le premier appelé l'attention des chimistes , n'est plus douteuse depuis les observations faites en 1810, dans la baie de Cadix, par M. Burnett, sur l'équipage d'un vaisseau chargé de mercure , et depuis les expériences de M. Gaspard , qui a reconnu que les émanations du métal à basse température sont un poison assez subtil pom' tuer kîs foetus des animaux ovipares. L'influence de ces émanations sur les mineurs et sur les personnes qui habitent un hôpital dans lequel le traitement par les frictions est adopté, aurait dû la faire soupçonner' depuis long-temps. De nombreux exemples , parmi lesquels je citerai seulement ceux qu'on Irouve dans Fabrice de Hilden et Goiilard , ainsi que dans les écrits de MM. Schmidt et Vering, attestent en ellet que l'atmosphère des salles occupées par des malades soumis aux frictions suffit pour exciter le ptyalisme , et même pour dissiper tous les accidens vénériens chez quelques-uns de ceux qui ne prennent pas un atome de méial. M. de Jussieu dit aussi que les lV)rçats employés h l'exploitation des mines d'Almaden ,
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en Espagne , y Ironvcnlcjuclqucrois la guôrison des maux vénériens dont ils étaient atteints. Cruikshank a vu un journalier ne pouvoir Lroyer pendant plus de trois jours du uiercure avec du saindoux, parce que la salivation s'était déclarée chez lui. Celle volatilité du mercure explique conmient un honmie, dont il est parlé dans les Ephémérides des curieux de la nature, et qui, pour se débarrasser de la gale, prit une ceinture de drap renfermant du mercure , put être atteint , au bout de deux jours , de douleurs , d'aphthes , d'inflammation dans la botiche et d'un flux abondant de salive visqueuse. Elle permet de croire que les corsets faits avec deux peaux de mouton piquées et contenant quelques onces de mercure , qu'au rapport de M. Cullerier, un charlatan débitait, il y a quelques années, en prescrivant de les porter pendant deux ou trois mois, n'étaient pas absolum(Mit dépourvus d'eflîcacité, quoique d'ailleurs on ne puisse jamais conseiller un pareil moyen , qui , au grand défaut d'élre plus qu'incertain, joint encore le double inconvénient de la gêne et de la malpropreté qu'il occasione.
Les vapeurs du mercure métallique ont été employées autrefois dans le traitement général des maladies vénériennes. Quelques anciens auteurs assurent avoir guéri des malades en faisant chauficr tous les soirs leur lit avec une bassinoire dans laquelle on avait fait fondre un peu d'onguent mercuriel, ou en y dirigeant les vapeurs du métal, au moyen d'un tube, pendant que les malades étaient couchés. Mais personne n'a plus vanté celte méthode ([ue Lalouelle , qui assui-e avoir guéri quatre cents personnes et au-delà par son Uioyen. Lalouette employait trois préparations, qu'il appclait/îoa-
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dremercurieUe simple , poudre inercurielle martiale et poudre mer cur telle aluniineuse. Ces poudres n'élalent que du mercure très-divisé, obtenu, dans les deux premières, par la décomposition du deutochlorurc à l'aide de la potasse et de la limaille de fer, dans la troisième par une longue trituration du métal avec de l'argile Lien pulvérisée. L'appareil consistait, pour les fumigations locales, en une espèce de chevalet qui permettait de diriger les vapeurs vers les seuls organes génitaux, et, pour les fumigations générales , en une boîte dont le sommet présentait une ouverture à coulisse pour le passage de la tête du malade , qui était assis sur un siège percé et mobile au moyen de crémaillères.
Le malade ne prenait aucun remède interne , et n'employait non plus aucun traitement préparatoire. Dans les maladies cutanées , Lalcuette se servait de la poudre mercurielle martiale , depuis un gros jusqu'à deux, et quand l'affection externe était presque dissipée, il administrait sa poudre mercurielle simple, h la même dose. Dans les maladies des yeux, de la face et de la gorge, il commençait par la poudre mercurielle argileuse , d'a- Lord à la dose d'un demi-gros , puis en augmentant par degrés jusqu'à un gros, et, immédiatement après cette fumigation locale, il en faisait une générale, à une dose moins forte , en raison de celle qu'il avait déjà donnée. Les fumigations duraient douze à quinze minutes , et avaient lieu de deux jours l'un , ou pendant deux à trois jours de suite, en laissant alors deux journées d'intervalle. Elles se faisaient ordinairement le matin, à jeun, et le malade, après les avoir subies, pouvait vaquer librement à ses affaires. Vingt ou vingt-cinq suffisaient
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presque toujours, et il était rare qu'on fut obligé d'aller jusqu'à quarante. Lalouette les continuait jusqu'il l'enlitTC disparition des symptômes , et mémo au-delà , pour plus grande sûreté. Avec la précaution de les suspendre pendant (juelques jours , ((uand la bouche s'échauffait, ou lorsque les gencives se gonflaient, il n'a jamais vu survenir ni salivation ni diarrhée.
Quelques éloges qu'il ait prodigués à cette. méthode, personne ne l'a essayée depuis, si ce n'est, en France, ]M. llapou , qui dit avoir employé avec succès la poudre mcrcurielle alumineuse , et, en Angleterre, M. Aberneihy , qui assure que les fumigations de mercure , dont il est grand partisan , n'ont jamais manqué leur effet entre ses mains.
Le mercure divisé en molécules très-fines joue un rôle bien plus important que les vapeurs mercurielles dans la thérapeutique des maladies vénériennes. On l'obtient soit en décomposant une de ses combinaisons avec le chlore , soit en le triturant avec diverses substances.
En décomposant le prolochlorure de mercure par la soude caustique, on ^e procure le mercure soluble de Moscati , qui a joui d'une grande réputation en Italie. Le médecin célèbre dont il porte le nom , l'unissait , à la dose de deux scrupules, avec deux gros d'extrait mou d,e quinquina et douze grains d'extrait d'opium, pour faire des pilules contenant chacune deux grains de mercure. On donne une de ces pilules le matin et une autre le soir. Si le sujet est fortement constitué, et si d'autres traitemens antérieurs ont démontré qu'il a peu de disposition à saliver , on peut aller jusqu'à quatre. Ce cas excepté, il ne serait pas prudent d'en donner plus de trois par jour.
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Celte préparation n'élait cependant pas nouvelle, eu la considérant du moins comme médicament externe , car Cruikshank nous apprend que liunter recommandait souvent de fiiire des frictions avec le protochlorure et le liniment volatil, mélange qui donne un produit fort analogue, et qu'on l'emploie fréquemment, dans certaines contrées des Indes orientales, comme un remède trèselïlcace pour panser les ulcères vénériens. On peut aussi s'en servir pour préparer extemporanément une sorte de pommade mercurielle, en l'unissant avec une certaine quantité d'axonge.
Relativement au mercure pulvérisé , ou éteint , ainsi qu'on a coutume de l'appeler, 11 suflit d'agiter longtemps ce métal avec force pour l'obtenir; mais , ce procédé étant fort long, on aime mieux le triturer avec d'autres corps. Or, on s'est servi d'un grand nombre de substances différentes pour fovoriser sa trituration , et l'amener à un tel degré de division qu'il ne conservât plus rien de son aspect métallique. En effet, on a employé :
1°. La cra/e préparée, ou les yeux d'ccrevisse, c'està-dire le sous-carbonate de chaux, et quelquefois aussi celui de magnésie. En triturant une partie d'un de ces sous-sels avec deux parties de métal, on obtient le mercure terreux, plus communément appelé mercure alcalin, ou mercure alcalisé, qui se donne intérieurement, à la dose de dL\ ou quinze grains. Cette préparation est fort active , mais on y a renoncé parce qu'il est très-dilïlcile d'éteindre le métal en le bro yant avec des poudres sèches , quoiqu'on puisse rendre l'opération moins laborieuse, à l'aide d'une certaine quantité de manne , qu'on enlève ensuite par le lavage. Les Anglais s'en servent cependant
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encore niijoiird'hui clioz les cnfiins , mais senleniont à tilre (l'iilléniiU; ils en pi-cscriviMil cin([ à six grains, denx l'ois par jour, et l'associent à quelque substance nuicilagineuse.
2°. Les substanves sacrccs, parmi lesquelles se range d'abord le sucre candi. Une partie de ce sucre et deux de mercure, triturées ensemble avec soin, constituent le inercurc saccharhi , ou sucre incrcurict, qu'on peut faire prendre, soit simplement en pondn^, soit en Irochisqucs ou en pastilles. La dose de la poudre est de quatre , six ou huit grains. Les trochisques se pi^éparent en ajoutant assez de mucilage h cetlc poudre j)our la convertir en une pâle molle, qu'on divise ensuite en fragmens du poids de dix grains , dont le malade avale un ou deux matin et soir. On les rend plus agréables en les aromatisant avec quelques gouttes d'huile essentielle d'anis, de genièvre ou de fleur d'oranger. Quant aux pastilles, on peut adopter pour elles la formule de M. Lagneau (i).
Ces" diverses préparations sont très - recommandées pour le traitement des enfans, des personnes délicates et de tous C041X qui répugnent h prendre des remèdes. On vante surtout le mercure saccharin en poudre dans les cas où il est besoin de tromper le malade, parce qu'on peut le lui donner, sans qu'il s'en doute, dans de l'eau sucrée, du bouillon, du café, du chocolat, ou tout autre breuvage agréable. A l'égard des pastilles , on prescrit d'en administrer d'abord une, et de s'élever progressive-
(i) Mercure, deux onces : gomme arabique, une once; vanille, un gros, ou essence de bergamote, liujl gouites; sucre en poudre, dix onces ; faites cinq cent soixante et dix-huit pastilles, dont chacune contiendra deux grain? de mercure.
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ment jusqu'à trois ou (jualrc par jour, excepté chez les cnfaus, qui ne doivent pas en prendre plus de deux dans les vingl-quatrc heures. Communément la dose totale est de cent cinquante, et il est rare qu'on soit obligé de la dépasser.
La manne, triturée h parties égales avec le mercure , puis réduite en consistance piluiaire par l'addition d'une certaine quantité de poudre de réglisse, donne les célèbres pilules bleues, qui cosiliennent chacune environ un grain de mercure, et qui sont surtout trcs-usitécs en Angleterre. Beaucoup de praticiens prescrivent six , sept et même huit de ces pilules par jour. Bell trouve, avec raison, cette dose troj) forte; mais il donnait dans un excès contraire, car il ne faisait prendre guère que deux pilules dans les vingt-quatre heures, et s'élevait rarement à plus de trois.
On combine aussi le miel avec le mercure, à parties égales, ce qui produit le miel inercuriel, ou mercure miellé, préparation très-convenable dans le pansement de certains ulcères vénériens , mais qu'on administre aussi à l'intérieur, après y avoir ajouté son poids de poudre de réglisse, de manière à en pouvoir former des pilules de quatre grains, dont le malade prend deux ou trois , matin et soir. Quelques praticiens ont cru rendre ces pilules plus efficaces en y faisant entrer de la résine de gayac et de l'hydrosulfate sulfuré d'antimoine, mélange qui constitue les pilules élhiopiques (i), dont on peut rapprocher Vé-
(i) Ces pilules sont composées de la manière suivante : Mercure, sis gros ; soufre doré d'anlimoiue, résine de gayac et miel, de cliacun une demi-once.
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Icctua'u'c tUpUratif iV II cvrcnscinvand. Ce dernier est eomposi'id'uuc d«MuI-oiicc (le mercure, d'autant d'hydrosulfalo sulfuré d'anliuioine, et d'un»; once de {i;omuie de gayac , qu'on Iriltire ensemble, et qu'on réduit en élecluaire , avec siiflisanlc qiiaiililé de rob do sureau. On en donne jusqu'à deux gros, deux fois pur jour, en commençant par un scrupule à cliaque dose, (ju'on augmente graduellement, et on le conseille surtout dans les alFeclions de la peau réputées vénériennes.
Sanchez recommandait , en frictions, un onguent préparé avec quatre onces de uiércure, quatre gros de miel, autant de camphre, et huit onces de beurre de cacao.
Incorporé dans Vextrait mou de réglisse , h parties égales aussi, le merciu'c constitue une autre préparation très-douce, qui porte \c nom dmnercure g tjjcijri'liyzé. En y ajoutant un huitième de poudre de réglisse , on peut en faire des pilules de cinq grains, dout le malade avale deux avant de se coucher, ou une le matin et autant le soir.
5°. L'hjdrochlorale d'ammoniaque. Autrefois on triturait ce sel avec le mercure , pour obtenir une poudre , appelée mercure violet, qui a joui d'une certaine réputation , qu'on faisait prendre, ù la dose de trois ou quatre grains, trois fois par jour, le matin, à midi et le soir, mais qui est totalement abandonnée aujourd'hui.
5°. Les résines, les baumes et les gommes résines. La trituration du mercure avec un seizième de son poids, soit d'une résine liquide, telle que la térébenthine, soit d'un baume, comme celui du Pérou, fournit un médicament, connu sous le nom dr, mercure tèrébcnlhiiiè dans le premier cas , et de baume mercuriel dans le second , qu'on
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administre le plus souvent sous la forme de pilules. Ces pilules, appelées balsamiques mercurielles , et dont on prescrit une h deux le matin , et même le soir, sont peu usitées, parce qu'elles ont l'inconvénient de causer souvent des coliques et le dévoiement.
Le mercure métallique a été souvent associé, pour l'usage interne, ù des substances purgatives, choisies de prér lérence parmi les résines et les gommes résines. On le donnait alors en pilules. Les plus anciennes pilules de cette espèce sont celles du fameux corsaire algérien Barberousse , dont les auteurs nous ont laissé plusieurs formules entre lesquelles on ne saurait reconnaître la primitive, ce qui du reste importe peu, puisqu'elles sont toutes tombées é2;alementen désuétude. Elles n'offrent d'intérêt qu'à raison du rapport qui existe entre elles et les célèbres pilules de Belloste ( i ) , dont les pilules napolitaines de Renaudot, celles de Cadet, celles de Pienou, et les pilules mc7'cu7'ielles de noire Codex (2), sont des imitations. Ces
(1) Belloste fit un secret de la composition de ses pilules, dont Baume donne la formule suivante, comme étant la véritable : Mercure cru, une once ; sucre, deux gros ; diagrède et jalap, de ctiacun une once ; vin blanc . assez pour faire une masse qu'on divise en pilules de quatre grains. Baume a modifié ainsi cette formule "• Mercure, une once ; crème de tartre, quatre gros; diagrède et jalap, de chacun une once : syrop de capillaire, assez popr faire une masse quon partage en pilules tlu même poids que les précédentes.
(2) IMercure, une once-, miel, sept onces: scammonée, deux onces; aloès soccotrin, deux onces; macis, deux gros; cannelle, deux gros. On divise la masse eu pilules de quatre grains, dont quahe contiennent mi peu moins d'un grain de mercure, un jieu plus de quatre grains de substances j^urgativcs et un demi-grain d'aromates.
pilules sont plus employées comme pnrfi;alif, h la dose d'un gros environ, que comme anli-vénérien. Cependant on les prescrit quelquefois dans celte dernière vue , et on en fait prendre alors depuis six jusqu'h vingt-quatre et Ironie grains; mais elles ont l'inconvénient de déterminer la salivation d'une manière assez prompte, lorsqu'elles ne portent pas principalement leur action sur le canal inlcslinal, de manière que les médecins qui les adminislrent, ne le font pas pour guérir ce qu'on appelle la vérole confirmée , contre laquelle on les croit ineflicaces ou insuflisanles, mais uniquement dans l'espoir qu'elles préviendront l'infection générale, c'est-ti-dire la manifestation d'accidens secondaires , chez les malades atteints de symptômes primitifs récens.
G", ha conserve de roses est aussi très-propre ci éteindre le mercure, avec lequel elle terme une masse qu'on réduit ensuite, au moyen de l'amidon ou de la poudre de réglisse , en pilules , dont on trouve d'assez nombreuses formules dans diverses pharmacopées. M. Dubois emploie avec avantage des pilules de mercure et de conserve de cynorrhodon , h parties égales , qui contiennent chacune deux grains de métal , et qu'il considère comme un très-bon moyen dans les aircclions récentes. La dose est de deux à quatre , et l'on peut rarement dépasser le nombre de six; un traitement complet en exige environ deux cents. Les pilules de Brugnatelli ont beaucoup d'analogie avec celles-ci.
7°. La gomme jouit de la même propriété , et , de son union avec le métal pulvérisé, résulte le mercure goinmeux, j)réparation célèbre, dont l'usage a été introduit par Pleuk. Ce médecin pensait que la gomme arabique avait
pour le mercure une attraction particulii^çp, une sorte d'affinité électrique, et qu'elle le dissolvait réellement; mais on sait aujourd'hui qu'elle ne fait que favoriser son extinction , et tenir ses particules séparées les unes des autres. Plenk administra d'abord son remède sous la forme liquide. Il l'appelait alors solution gommeuse de mercure, et le préparait en triturant ensemble , dans un mortier de verre , un gi^os de mercure et trois gros de gomme arabique en poudre , avec suffisante quantité de sirop de chicorée et de rhubarbe pour former une masse mucilagineuse uniforme, qu'il étendait ensuite de douze onces d'eau de roses. La dose entière était de deux cuillerées , matin et soir, de sorte que le malade prenait vingt grains de mercure dans les deux fois. Mais , s'élant aperçu bientôt que le métal se précipitait facilement et promptement de cette prétendue dissolution, il prit le parti d'administrer le mélange sous la forme de pilules , c'est-h-dire qu'après avoir trituré les deux substances principales comme précédemment , au lieu d'y verser de l'eau de roses, il y ajoutait une once de mie de pain frais ou d'amidon, de manière à pouvoir en faire une masse di; visible en pilules de trois grains , dont il faisait prendre d'abord trois matin et soir, augmentant ensuite peu h peu jusqu'à douze dans la journée. Généralement parlant, il ne donnait ainsi qu'environ deux gros de mercure pour un traitement ordinaire; mais souvent il était obligé d'aller jnsqu'h trois, et quelquefois même jusqu'à cinq ou six. Enfin il avait imaginé, pour les enfans, qui ont de la peine h avaler la solution ou les pilules , un sirop qu'il préparait en triturant un gros de mercure, trois de gomme arabique et suffisante quantité de sirop de chicorée et de
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rhubarbe, puis ajoutant, quand i'cxlinclion «'^tait parfailo, une once et dcinio du même sirop. M. Culleriora niodiliti un peu cette formule; il-faît éteindre un gros de n>ercHTie dùtts six gros' de gomme arabi(fue réduite en nincHage, -après (|«bi l'on ajoute sept onces do sirop de capillaire et douze d'eau conmuule,. Ce sirop a , conmie la solution, le défaut de se désunir facilement; aussi s'en sert-on fort peu. Lu dose est d'une démi-iouilleréc h une cuillerée entière matin et soir.
■iPlèhk Recommandait de conimencer par saigner et j[)iii*gèr< les sujets pléthoriques. 'Il- voulait qu'on réitérât Ic!^ purgatifs de dix en dix jours , toutes les fois même qu'où apercevait les symptômes d'imc salivation immi- Ticri^',''/èt'que, dans ce derniers cas, on suspendît le remède pendant quelques jours, ce qui prouve qu'il a exagéré beaucOitp en disant que sa solution gommeuse n'excitait presque jamais la diarrhée ou le flux de bouche..Une jugeait les' bains nécessaires que quand la maladie était invétérée, et alors il les prescrivait ordinair<>lîient même pendant le cours du traitement. A l'égard de la boisson^ il ordonnait la décoction de salsepareille et de bardane aux- malades d'un' tempérament bilieux, et celle dé gayac aux Srtjcls d'uiV^tcmpèramcnt phlegmalique. Le régime consistaiL à manger avec modération, étfàtié^^itéi^' l^s 'àlrmcMS grtls', lès acides, les substances frWp riourrlssa'ntes. Plcnk prescrivait de continuer le remède jusqu'à la doslruclion du virus, qui se reconnaît, suivant lui, quand on voit dés afl'eclions locales, qui n'ont pas été dissipées , rester pendant quelque temps au même degré. Il voulait que , dans ce cas, on se bornât aux seuls topiques }' et qu'on abandonnât le mercure.
DES MALADIES viNÉ niE^NES. 44?
ajoutant que les malades qui n'avaient jamais éprouvé aucune incommodiîé de la part du remède, commençaient alors h ne plus être en état de le supporter , qu'on rencontre souvent, dans la pratique, des condylomes h. l'anus et-des ulcères h la gorge, qui, après avoir cédé au mercure gonmieux , et être restés stationnaires , se dissipent dès qu'on interrompt le traitement,* enfin, que quand on insiste outre mesure sur ce dernier, il en résulte (Jivers accidens , tels que faiblesse universelle , défaut d'appétit , toux , chaleur dans la bouche, fièvre, etc.
La méthode de Plenk , que j'ai décrite fort au long, parce qu'elle est applicable h toutes les préparations mercurielles par extinction , fit beaucoup de bruit , et dompta bientôt un gi*and nombre de partisans. Elle est abandonnée aujourd'hui , et l'on ne se sert plus , encore même fort rarement, que du sirop, qui, d'après M. Lagneau, convient aux enfans , aux femmes enceintes , ainsi qu'aux sujets faibles , phthisiques , h ceux qui sont aflectés de maladies des voies urinaires, et à quelques autres qui se trouvent ordinairement fort mal de l'emploi des frictions ou des composés mercuriels.
Plenk a proposé aussi , pour l'emploi externe , un lait mercurîel, qu'il préparait en étendant soh sirop dansf du lait de vache. Ce composé lui paraissait convenable pour •baigner l'œil, dansToplithalmiegonorrhoïque; pour tremper la verge dans lephiniôsis vénérien , et pour gargariser la bouche et l'arrière-j'orsie dans l'angiric vénérienne. - La méthode des caleçons anti-vénériens , imaginée par Lefebure de Saint- Ildephont , peut être placée ici. Elle consiste h. éteindre quatre onces de mercure dans du mucus animal , ou dans du suc d'oseille , h battre ensuite
le mélange avec six Lianes d'œuf, et , fpiand le tout est amalgamé , à y tremper de la toile grise , de, manière qu'elle soit bien imprégnée partout; on lait ensuite sécher celte toile, puis on la rrotle entre les mains, pour l'amollir, et l'on en fait un caleçon, qui sulllt pour le traitement entier. L'auteur vante beaucoup cette méthode, qui, dit-il, a l'avantage de ne pas salir la peau, et convient surtout aux personnes accoutumées h l'exercice du cheval ou aux fatigues du corps. II est douteux qu'on l'ait jamais essayée.
8°. Les corps gras sont, de toutes les substances, celles dont on se sert le pins fréquemment pour éteindre le mercure.
On a employé pendant quelque temps, sous le nom de mercure huileux, un composé de mercnreet d'huile d'olives ou d'amandes douces, à parties é<;ales, qui, après avoir joui d'une certaine vogue, est tombé tout-à-fait dans l'oubli. Quelques auteurs conseillent cependant encore un Uniment anti- vénérien préparé avec quatre scrupules d'onguent mercuriel, deux onces d'huile d'amandes douces , et un gros de laudanum. Ce liniment sert pour baigner le gland deux ou trois fois par jour. On peut aussi l'injecter, quand il y a phimosis. C'est contre les chancres inflammatoires qu'on l'a proposé, c'est-à-dire contre ceux précisément dans lesquels il convient le moins.
Les graisses sont les seids corps gras dans lesquels on éteigne aujourd'hui le mercure, qui, en s'unissant à elles, constitue diverses préparations connues sousf* le nom générique à^onguenl mercuriel. Il n'y a cependant que simple mélange des deux corps dans ces onguens, car M. Vogel a parfaitement démontré qu'ils ne contractent pas de véritable combinaison l'un avec l'autre.
DES MALABIES VÉN/iRIE^MîS. 4^9
Les Arabes paraissent être les premiers qui aient administré généralement, h l'cxiérieur, le mercure, dont ils se servaient de celte manière pour comballre les maladies de la peau et les insectes parasites. Ils se contentèrent d'abord d'une méthode fort simple, qui consistait h éteindre le métal dans la salive, et à le mêler avec partie égale dluiile de laurier. Mais, découragés par les accidens qu'alors comme aujourd'hui produisait ce remède employé sans précautions , ils crurent tempérer son action sur l'économie en l'unissant avec les médicamens qu'ils supposaient les plus capables de guérir les maladies cutanées, par leur application h la peau, tels que le sous-carbonate de soude, diverses préparations de plomb, la pyrètlire, l'ellébore blanc, la staphisaigre, le suc de citron, le vinaigre, et une foule d'autres substances, qu'on variait, non seulement suivant la nature de la maladie et la constitution du sujet, mais même quelquefois suivant la saison. De là naquirent un grand nombre de préparations unguentacées, qu'on appela onguens sarrasins, du nom des peuples qui les avaient inventées et mises en crédit, ïhéodoric nous fait connaître fort au long la manière dont on s'en servait dans cette multitude d'exanthèmes qu'on attribuait alors à la lèpre, comme on les met aujourd'hui sur le compte de la syphilis. La marche qu'on suivait diffère peu de celle qu'ont adoptée un grand nombre de médecins modernes. C'est donc h. tort qu'on désigne communément Berenger de Carpi comme l'inventeur des frictions mercurielles. Il est vrai que plusieurs écrivains le regardent seulement comme celui qui les employa le premier d'une manière régulière; mais cette assertion est encore bien moins fondée que l'autre, puisque
Réronj^L'i- inoiirul sans publier \c secret de sa mélliodc, (jiii lui avait procuré d'imuicnscs richesses.
Lorsque l'cpidéuiic du quinzième siècle éclata, on suivit conlre elle le traitement que les Arabes avaient adopté dans les maladies de la peau, c'est-à-dire qu'on employa les divers onguens sarrasins, d'abord uniquement comme topiques, et bientôt comme moyens généraux. Le mercure, qui, depuis long-temps, ne figurait qu'à titre d'accessoire dans ces compositions, et s'y trouvait en proportion Irès-faible, depuis un quarantième jusqu'à un dixième au plus, finit par en devenir le principal ingrédient. Pou à peu même on élimina toutes les autres substances à l'aide desquelles les anciens croyaient le rendre plus aclif, de sorte que, depuis une soixantaine d'années , la pommade incrcariellc, appelée aussi onguent napolitain, n'est plus composée que de mercure et d'axouge de porc. On y iait bien entrer, à la vérité , tantôt un peu de térébcnlhiiie, tantôt une certaine quantité de graisse ou d'huile rance; mais ces substances, qu'on peut remplacer par de la pommade préparée depuis quatre ou cinq mois , n'ont pour but que de faciliter l'extinction du mercure, comme l'addition du suif de mouton ou de bouc a été conseillée quelquefois pour diminuer la diffluence de l'onguent pendant les grandes chaleurs. Il est bien préférable de suivre le procédé de M. Dufilho, qui consiste à agiter le mercure dans une fiole à moitié remplie d'eau pure, jusqu'à ce qu'il soit réduit en petits glo-bules qu'on triture avec la graisse , ou celui de M. Dumesnil, quN^st plus expéditif encore, et qui consiste à triturer ensemble de la graisse , du mercure et de l'huile d'amandes douces. Swediaur en conseille un autre, que
DES MALVDiES véxitnir.xxES. /iÔl
sa pronipliludc peut rendre uùlo dans cerlainscas; on ii^il fondre du savon amyj^dalin dans de l'eau bouillante, et l'on ajoute par degrés une quantité suiFisante de nitrate mercuriel liquide ; la potasse s'unit h l'acide nitrique et le mercure avec la graisse. Mais l'onguent ainsi obtenu a tous les caractères , et , par conséquent , tous les inconvéniens de la pommade mercurielle rance.
Quant aux proportions respectives de l'axoage et du mercure, elles ont beaucoup varié selon les temps et les pays, circonstance qu'il importe de prendre en considération lorsqu'on lit les traités sur les maladies vénériennes. Il serait trop long de les faire toutes connaître ici; aussi n'indiquerai- je que les principales, quisgnt, parties égaies des deux substances , deux de graisse et une de mercure, enfin deux de mercure et une de graisse. Notre nouveau Codex prescrit des parties égales d'axonge et de métal. Lorsque le malade a la peau délicate , on peut remplacer le saindoux par du beurre frais bien lavé, ou par du beurre de cacao : c'est le cas d'employer la pommade de M. Planche , qui h une odeur très-agréable joint l'avantage de ne pas se rancir. J'ajouterai une remarque fort importante , c'est que l'onguent napolitain rance , ainsi qu'on le rencontre presque toujours dans les pharmacies, exhale une odeur insupportable pour beaucoup de personnes , et qu'il est sujet à déterminer des inflammations érysipélateuses de la peau. Cette dernière propriété ne nuit pas anx effets généraux qu'on attend de lui, et , loin de là , on a même remarqué que les onguens anciens étaient les plus efficaces , mais elle suscite quelquefois des embarras et des désagrémcns (i).
(i) Pendant long-temps on a cru que le inercnre élait c .-mbiné
On emploie l'onguent mercurlel h l'exléiicur el à l'intérieur.
Il V a deux inélhodes gt'Miérales d'administrer l'onguent mcrcuriel h rexléricur. On les appelle , l'une méthode par salivation , l'autre méthode par extinction. La première consiste à faire prendre à tous les malades indislinclement la même quantité de mercure , et h prolonger l'usage de ce dernier jusqu'à ce qu'il survienne un flux de salive abondant. La seconde doit son nom, suivant les uns, h ce qu'elle a pour but d'éteindre en quelque sorte l'aclion du métal par des purgatifs réitérés; selon les autres, à ce que le mercure ainsi administré éteint la cause spécifique de la maladie.
Je n'insisterai pas ici sur la méthode par la salivation, dont je ferai connaître les elFcls et les résultats en traitant de l'action du mercure sur l'organisme. Celte méthode , qui a été décrite fort au long par Aslruc et Fabre, est totalement abandonnée en France, et l'on doit à M. Gullerierdc l'avoir proscrite des hôpitaux, où elle avait cherché un dernier refuge. Quoique plusieurs médecins allemands , parmi lesquels on dislingue des hommes d'un grand mérite, tels que ]\DL Louvricr, Rust et Simon, cherchent encore actuellement à la remellre en honneur,
avec l'oxigt-'iic, et à l'élat de pioloxide, dans la pommade napolitaine ; mais il ne s'y trouve réellement qu'à celui de division extrême. C'est ce donlM . Roux s'est assuré en léteignanl dans le mallhe, sous le récipient do la machine pneumaliquc. Ce point de doctrine a été suffisamment élaMi par lîi-ugnatclli, ainsi que par les expéiiences do MM. 15oullay et Vogel. Le mercure n'est pas non jilus oxidé dans toutes les préparations précédentes ; c'est encore ce que démontrent les expériences de MM. rianclie el l'iiilipps.
DF.S MALADIES VÉ.xiEIEÎiNES. /\ô'5
il est probable qu'elle ne deviendra jamaîs dominante , et qu'on ne verra plus se renouveler les temps déplorables dont Ulrîcde Huttcn et ThierrideHéry nous ont laissé un tableau si sombre.
La métbode par cxlincllon est réellement la plus ancienne de toutes , puisqu'on la trouve déjh indiquée dans Théodoric. Benedctti , Almenar, Hock, IMassa, Botalli, faisaient alterner les frictions avec les bains et les purgatifs , dans la crainte , comme disait Massa , « que les parties internes ne s'enflammassent, et que l'inflammation ne se communiquât à la bouche et aux gencives. » Cependant les partisans de celte méthode étant tombés dans l'excès contraire , celui d'éviter trop méticuleusement toutes les évacuations qu'aurait pu provoquer le mercure , et de discontinuer l'usage de ce médicament aussitôt que les symptômes avaient disparu , il résulta souvent de \h des récidives ou même des guérisons incomplètes , qui firent tomber peu h peu la méthode dans le discrédit, et donnèrent la prépondérance à sa rivale. Elle était presque oubliée lorsque Ghicoyneau la préconisa de nouveau en 1718 , et lui procura en peu de temps une si grande vogue, que, depuis cette époque, elle a conservé la dénomination impropre de méthode de Montpellier. Haguenot la défendit aussi en 1 707, et le nombre de ses partisans ayant toujours été en croissant, elle a fini par écarter à son tour celle qui l'avait éclipsée jadis , et par devenir seule dominante. Je vais la décrire en détail. Nulle part ailleurs, peut-être, la médecine n'a pris des formes si imposantes que dans cette méthode , qui , sous le nom de grands remèdes, inspire encore la crainte et l'effroi à la plupart des malades. L'apparat qu'elle dé-
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jiloyiiil autrclois , Mon qiu) moins solcnnc! niaintcnanl , subhislo encore en partie; car, comme le disait Bru, c'est un de ces dogmes puissans de la théorie médicale qu'on détruit difficilement, parce qu'il a l'orgueil de la science pour fondement.
Avant de procéder au traitement, on commence par préparer le malade. Quoique Sydcnham regardât toutes les préparations comme nuisibles, h cause de l'affaiblissci^ioul qui en résulte suivant lui , on ne les a jamais négligées entièrement , et l'on y attachait surtout une grande importance autrefois. Elles consistent dans la saignée, les purgatifs et les bains.
Les anciens ne manquaient jamais de pratiquer une saignée du bras ou du pied , suivant le cas. Aujourd'hui ou se monire moins exclusif, et l'on ne saigne que quand l'indication est pressante. Cependant il faut avouer qu'on est en général trop avare des évacuations sanguines. La saignée est utile, nécessaire même, et quelquefois indis- ]>ensable , chez les malades jeunes , fortement constitués et d'un tempérament éminemment sanguin , ou lorsque les symptômes vénériens , surtout les ulcères , la gonorrhée , les bubons et l'orchite , ont un caractère violemment inflammatoire , et causent de vives douleurs.
Il est peu d'auteurs qui conseillent de s'abstenir des purgatifs, et Dehorne est de ce nombre. On les prescrivait, d'abord pourné/oj-er les organes digestifs, et ensuite, selon les uns, pour diminuer la disposition que ces organes peuvent avoir au développement des symptômes gastriques qu'on observe si souvent durant le traitement mercuriel; suivant les autres, afin de déterminer par avance sur les intestins un point d'irritation qui prévînt le
DES MALADIES VJ^NiÎRIEXNES. 4^'^
ptvalismc, assertions éviilcmnicnt coiîtradicloires. Oiioi tju'il en soit, on est beaucoup moins sévère aujourd'hui sur l'emploi des purgatifs , même parmi les médecins qui partagent encore les opinions des humoristes à l'égard des prétendues saburres. On se contente fort souvent de prescrire le repos, les délayans et la diète.
Les bains ont compté quelques détracteurs , qui lés croyaient propres uniquement à propager le vice véné-. rien, ou qui pensaient, avec Tissot, qu'ils affaiblissent la peau et détruisent, par conséquent, la régularité de la transpiration. Mais la pltqiart des auteurs les prescrivent comme une formalité indispensable , et beaucoup même en fixent le nombre h. neuf. Ou ne saurait trop les recommander, surtout chez les malades bilieux ou hypocondriaques, qui ont la peau sèche et transpirent peu. Ils nettoient l'organe cutané, et y ramènent la sensibilité au degré le plus favorable à l'action du mercure. Chaque bain dure un quart d'heure, une demi-heure, ou une heure entière , suivant les cfrconstances. L'eau doit être à la température de vingt -cinq ou trente degrés du thermomètre de Piéaumur. Au sortir du bain, il est avantageux de faire des frictions, soit avec la main ou une brosse , soit avec une flanelle sèche ou imbibée d'htillc d'amandes douces. Les bains frais ont été conseillés dans la saison chaude; ils ne doivent être employés qu'avec réserve et circonspection , à cause de l'effet tonique qu'ils produisent. Les bains de vapeurs peuvent quelquefois être fort utiles.
Je ne terminerai pas cet exposé du traitement préliminaire , sans rapporter un passage fort important de Fabre, auquel personne n'a fait attention ;« On doit être
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bien éloigné de penser qu'on puisse soustraire les malades aux préparalions qui doivent précéder l'administration du mercure. On doit être persuadé, au contraire , que , de quelque mani^rc qu'on les traite , la guérison dépend pi'esque toujours dos remèdes généraux , qui , non seulement préviennent les ravages que le mercure pourrait faire, maïs encore disposent les humeurs viciées à être évacuées , et contribuent d'autant plus 5 la guérison, qu'ils font disparaître entièrement les accidens de la maladie , ou du moins qu'ils les diminuent. » Je réserve pour un autre article les réflexions que fait naître cet aveu formel dans la bouche d'un des plus chauds partisans du virus vénérien , de la spécificité du mercure et même de la salivation.
Le malade étant bien préparé, c'cst-à dire saigné, baigné et évacué, quarante-huit heures après le purgatif, on lui fait prendre un bain dans la matinée, et le soir, avant de se coucher, il se frotte, avec l'onguent mercuriel , la partie interne de l'une des deux jambes , depuis la malléole jusqu'au genou; le lendemain, il prend un bain , et le surlendemain il fait une friction semblable sur l'autre jambe; deux jours après, il en pratique une autre sur un avant-bras; puis, au bout du môme laps de temps, une quatrième sur un bras. Il passe ensuite au membre pectoral du côté opposé, et revient îi la jambe par laquelle il avait commencé, procédant suivant le même ordre pendant tout le traitement, et laissant toujours, entre les frictions, un jour d'intervalle, durant lequel il prend un bain. Cependant lorsqu'il est arrivé h moitié de traitement, il ne prend plus de bains que tous les quatre jours. On peut remplacer ces derniers, alors
DBS MALADIES Vl-N^RIENNES. 4^7
et même dès l'origine, par de simples lotions avec l'eau de savon chaude. Dès que chaque IViction est terminée , on couvre la partie d'un bas, d'un caleçon ou d'un gilet de toile , qu'il faut conserver jour et nuit , tant pour ne pas salir les draps , que pour ne pas perdre d'onguent.
Les parties sur lesquelles on applique la pommade doivent être rasées, car le tiraillement des poils rendrait les frictions douloureuses. Beaucoup d'auteurs, Astruc entre autres , et la plupart des malades , attachent une grande importance h ce que ces dernières soient faites dans l'ordre que j'ai indiqué. Jadis même on n'épargnait aucune partie du corps , si ce n'est le dos et la poitrine , et l'on terminait par une application h la région lombaire, qu'on appelait le coup de grâce, parce que la salivation devenait alors plus abondante. Il n'est aucun médecin qui ne sache aujourd'hui que la région du corps avec laquelle on met l'onguent mercuriel en contact est indiiTcrente au but qu'on se propose, que toutes peuvent être choisies indistinctement , et que la salivation n'est pas plus à craindre lorsqu'on agit sur les membres pectoraux que quand on prend les extrémités inférieures. Aussi se bornet-on en général , aujourd'hui , aux jambes et aux cuisses , ou même aux jambes seulement. La seule précaution indispensable consiste à ne point frictionner deux fois de suite la même partie , dans la crainte d'irriter la peau , et d'y faire naître des rougeurs ou des pustules.
Quant h la manière d'exécuter la friction, les anciens voulaient qu'elle fut faite avec rudesse, devant un feu clair, afin de faire mieux pénétrer le mercure, pratique vicieuse née de ce que l'on croyait la surface du corps poiHiuse comme une éponge. D'autres prescrivent , d'après
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Fabrc , d'étaler seulement la pommade sur une grande étendue de peau. Il laut suivre un juste milieu entre ces deux extrêmes , et frotter légèrement, pendant dix minutes ou un quart d'heure. Le malade exécute lui-même la friction , à moins qu'une circonstance particulière , telle que l'état de grossesse ou une corpulence excessive, ne le mette dans la nécessité d'avoir recours h un tiers, qui se couvrira la main d'un gant fait avec une vessie ou du taffetas ciré.
Lorsque la température est au-dessous de quinze degrés , il faut que la chambre du malade soit chauffée. Dans tous les cas , il convient que ce dernier se mette au lit après chaque friction.
Relativement à la quantité d'onguent que l'on consomme chaque fois , elle varie d'un gros à deux , lorsque les frictions ont lieu tous les deux jours , et d'un demi-gros à un gros , lorsqu'elles se font tous les jours. Il est rare qu'on la porte plus loin.
On prescrit un régime adoucissant et humectant, des alimens faciles à digérer, les viandes blanches , les végétaux aqueux, les fruits bien mûrs, crus, mais surtout cuits. Le malade doit diminuer un peu la quantité ordinaire de ses alimens. Il s'abstiendra du vin pur , des liqueurs fermentées , des femmes , de tout exercice violent et des veilles , principalement lorsque les symptômes seront tros-inflammaloires. Sa boisson ordinaire consistera en tisane d'orge ou de chiendent , eau gommée , eau sucrée ou eau pure, orgeat ou légère tisane sudorifique. Ce précepte est de la plus haute importance. Hunier le rejette, il est vrai , car il veut qu'en subissant le traitement mcrcuriel , on suive le même régime qu'à l'ordi-
nairc, attendu que, suivant lui, le mercure n*a point sur la maladie d'action qui soit plus favorisée par une manière de vivre que par une autre. « Qu'il me soit permis de demander , ajoute-t-il , quel effet il peut résulter, par rapport h l'action du mercure sur un ulcère vénérien , de ce que l'on passe les règles de la modération dans le boire et le manger?» De pareilles assertions sont au-dessous de la critique , et quiconque a observé avec soin les maladies vénériennes , dans les hôpitaux surtout , a pu se convaincre de la promptitude , quelquefois extraordinaire, avec laquelle le moindre écart de régime développe la pourriture d'hôpital à la surface d'un large chancre ou d'un bubon ulcéré.
Le malade peut vaquer à ses affaires pendant le traitement par les frictions , si toutefois les symptômes le permettent, car l'exercice contribue h. prévenir leptyalisme , non pas uniquement , comme on le dit , parce qu'il augmente la perspiration cutanée , mais parce que l'action musculaire elle-même produit une dérivation utile. Il faut néanmoins se garantir soigneusement des vicissitudes de l'atmosphère, du froid, surtout quand il est humide, et des transitions brusques d'une température à une autre. C'est peut-être en raison de leur climat froid, humide et nébuleux, que Bell et la plupart des médecins anglais recommandent tant de garder la chambre. A M. CuUerier appartient encore l'honneur d'avoir détruit en France le préjugé routinier de la clôture , plus dangereux dans les hôpitaux que partout ailleurs , h cause de l'abondance des vapeurs mercurielles au milieu desquelles il oblige les malades de vivre. Ceuxci devront choisir , pour leurs sorties , les heures pen-
46o TRAITÉ
(lant lesquelles le soleil a le plus de force; ils garderont la chambre vers le soir et pendant la nuit : celle dernière précaution est fort importante.
Une question majeure se présente maintenant à résoudre. Quelle est la quantité d'onguent mercuriel nécessaire pour un traitement par les frictions? La plus grande dissidence règne entre les auteurs, sous ce rapport, et il est facile de le concevoir puisque la plupart d'entre eux n'ont eu égard ni à l'âge , au tempérament , h la constitutîoa du sujet, ni h l'ancienneté de la maladie, ni à son état de sinq)licité ou de complication , ç'cst-à-dire aux circonstances qui influent sur toutes le? méthodes thérapeutiques sans exception , h quelque maladie qu'on les oppose. Aujourd hui l'on s'accorde assez généralemcjit ii penser que quarante ou quarante-cinq gros suffisent dans les affections vénériennes primitives , lorsqu'elles sont simples , qu'on doit aller h. cinquante ou cinquante-cinq quand il existe des bubons , et qu'il en faut jusqu'à quatre-vingts, quatre-vingt-dix, cent, deux cents, deux cent cinquante , et même au-delà , dans les maladies anciennes, dégénérées, compliquées, et manquées plusieurs fois, c'est-à-dire qui ont déjà été traitées sans succès par le mercure. Quelques praticiens assurent que la guérison est complète après l'emploi de vingt-cinq ou trente gros , pourvu qu'il y ait eu une légère salivation. Il est impossible d'établir aucune règle à cet égard. Souvent on voit les symptômes disparaître après trois ou quatre frictions, tandis que, dans d'autres cas, ils demeurent stationnaires , s'amendent très-lentement , ou s'exaspèrent d'une manière bien sensible. On regarde cependant comme un fait positif que les uccidens se reproduisent lorsqu'on
s'arrête trop tôt , de sorte que M. Lagneau, par exemple, recommande de continuer les friclions pendant environ trente ou quarante jours dans les affections récentes , et plus long- temps encore dans celles qui sont anciennes ( i ) .
(i) M. Dupuytreii a adopté pour règle générale, dans le traitement des maladies vénériennes dites conslitutionucllcs , de continuer l'emploi des mojeus curatifs, après la disparition complète de tous les symptômes, pendant un temps égal à celui qui a été nécessaire pour dissiper ces mêmes symptômes. Ilunter voulait qu'on le prolongeât une quinzaine de jours au-delà, pour plus grande sûreté, à moins que la cessation des accidens n'eût été très-prompte , cas dans lequel il recommandait de continuer le mercure trois semaines ou un mois encore, en augmentant la dose , parce que, disait-il, bien que les effets locaux soient guéris, la disposition vénérienne n'en subsiste pas moins encore. Mon but étant de faire connaître, autant que possible, toutes les opinions, je crois devoir consigner ici le passage suivant de JI. Lagneau : « Quoique nous recommandions de continuer les remèdes quelque temps après la dissipation des symptômes sypliilitiques, nous devons cependant convenir qu'il est des circonstances dans lesquelles ces symptômes résistent à tous les traitemens, et paraissent même eniretenus par l'usage des mercmiaux. Dans ces cas, qui sont infiniment rares, on se contente de faire subir au malade un traitement général le plus régulier possible, afin de détruire le vice iutérieur, après quoi on le met aux délayans ou aux amers suivant létat de ses forces, et 1 on voit bientôt les symptômes i-ebelles, soit chancres, pustules ou autres, disparaître sans aucune application locale, liais comme aucun signe certain ne peut servir de guide pour annoncer le moment précis où le principe syphilitique est entièrement détmit, et indiquer à quel point il faut s'arrêter dans l'adminislraiion du mercure, on doit se gouverner d'après la nature et l'ancienneté du mal, et surtout d'après ce (fue l'expérience aura appris par l'observation attentive de cas analogues, eu se rappelant toutefois qu'U y aurait moins de danger à dépasser do quelques doses ce qui est strictcmeut nécessaire à la gué-
/^Cîi TRAITè
Celle récidive a lieu quelquefois , en effet , mais elle n'est pas constante, h beaucoup près, ainsi que rexpcrience* me l'a démontré fort souvent.
Le traitement par les frictions donne parfois lieu à des accidcns qui méritent une allention plus ou moins sérieuse. S'il survient une inflammation érysipélateuse ou une éruption pustuleuse sur la partie qui a reçu l'onguent mercuriel , il faut netloyer cette partie, y faire des applications émollientes , et choisir une autre région. Si riialeine acquiert une grande fétidité, s'il se manifeste de la rougeur et de la douleur dans la bouche , il faut diminuer la dose d'onguent , ou la diviser en deux portions , une pour le matin et l'autre pour le soir, ou même cesser tout-h-fait l'emploi du mercure. Cette suspension momentanée du traitement est aussi le meilleur moyen à employer quand une irritation trop vive s'établit sur le
risonpai'faite, que de rester en deçà par une llmidilé mal cilculée. » En lisant ce passage, il est difficile de concevoir coiumcnt on a pu dire que le traitement des maladies vénériennes était arrivé aujourd'hui à un degré voisin de la perfection, car rien ne prouve plus clairement quil se réduit encore aux pratiques routinières de l'empirisme. J'ajouterai que les cas présentés par M. Lagncau comme infiniment rafes, sont, au contraire, infiniment communs, qu'on en rencontre à chaque instant dans la pratique, et que les livres en fourmillent. D'ailleurs s'ils étaient aussi rares qu'on le prétend, qui oserait se flatter de les traiter d'après les données de l'expérience? Ceci donne un exemple du langage vague dont se servent les écrivains, même les plus accrédités, sur les maladies vénériennes, qui trop souvent donnent des mots pour des faits, et justifient pleinement M. Hahnemann d avoir dit que, quand on parle d'expérience, il no faut pas entendre» celle dont se glorifient nos praticiens ordinaires, après avoir combattu pendant de longues années, avec ivn las de rc-
\canal intestinal. On la seconde d'ailleurs par les boissons délayantes et adoucissantes , le bouillon de veau ou de poulet , le petit lait , l'eau de guimauve ou de gomme , les bains et les fevemens. Si le malade est tourmenté par une constipation opiniâtre , résultat d'une irritation moins vive de la membrane muqueuse gastro-intestinale, on y remédie par les lavemens émolliens , les alimens laxatifs , tels que le veau , les épinards , les pruneaux , et quelquefois par de légères doses de sulfate de soude , dissous dans du bouillon aux herbes.
L'usage est de purger le malade avant de cesser complètement les frictions. En agissant ainsi , on se propose d'évacuer les saburres gastriques et intestinales. Le discrédit dans lequel tombent de jour en jour les théories humorales, fera aussi oublier peu à peu cette pratique routinière, qui n'est réellement utile que dans un petit nombre de cas , et qui peut nuire dans beaucoup.
ccttes diversement composées, une foule de maladies qu'ils n'ont jamais examinées avec soin, mais qu'ils prenaient, selon les règles de l'école, pour des maladies baptisées et décrites dans la pathologie, ou auxquelles ils supposaient une matière morbiOque imaginaire, ou quelque autre abnormité intérieure hypothétique. Ils y voyaient toujours quelque chose, mais ils ne savaient pas ce qu'ils voyaient, et ils voyaient des conséquences que Dieu seul, mais non un homme, pouvait débrouiller dans ce concours d'influences médicinales sur un objet inconnu, conséquences dont ils ne pouvaient tirer aucun résultat, ni aucune instruction. Une expérience de cette sorte, continuée pendant cinquante ans, ue vaut pas davantage que si l'on avait regardé pendant cinquante ans dans un caléidoscope, qui, rempli de choses inconnues, de diverses couleurs, se trouverait dans un mouvement continuel. On y voit bien mille figures différentes, qui changent toujours de forme, mais onue peut s'en rendre compte. »
4G4 THAITlî
Telle est la méthode des frictions mcrcurlellcs. Parmi les modifications innombrables que le caprice ou des circonslauccs parliculières ont pu y faire apporl(>r, il en est quatre sur lesquelles je ne puis me dispenser d'entrer dans quelques détails. Elles ont été proposées , la plus ancienne , par le médecin Desault , et les trois autres , tout-h-ftiit modernes, par MM. Torreillhe, Pihorel et Lallemand.
Ce furent des vues théoriques qui engendrèrent la méthode de Desault , comme elles ont produit toutes les autres.Desault, persuadé qu'on n'introduisait pas une suffisante quantité de mercure dans l'économie , en suivant la marche ordinaire , qu'il fallait que les évacuations fussent portées h un certain point pour opérer la guérisoxv, cl qu'il était nécessaire , en même temps , d'éviter les inconvéniens de la salivation, eut recours à un autre procédé qu'il nomma méthode dérîvative. Celle méthode consislait à prévenir le flux de sîjllve en entretenant toujours la liberté des premières voies. A cet effet , on préparait le malade par les bains chauds et par tous les remèdes aqueux qu'on croyait propres h relâcher la peau; puis on commençait par de doux laxatifs, afin d'exciler l'irritabilité des intestins , après quoi l'on administrait les frictions , en même nombre , et même en plus grande quantité, que quand on cherchait à exciter la salivation; mais ici l'on avait soin de proporlionner la quantité de mercure qu'on introduisait, h la diarrhée , et s'il ne suffisait pas de doux laxatifs pour produire cette dernière, on recourait à des doses répétées de jalap. Celte méthode est tout-à-fait abandonnée aujourd'hui , quoiqu'elle
se soit montrée efficace, principalement dans les ulcérations vénériennes de l'arrière-gorge.
M. Torreillhe, ayant pensé qu'il serait avantageux, dans le traitement de la syphilis , d'introduire le remède par la même voie que le virus a suivie pour pénétrer dans le corps , a imaginé de prescrire les frictions mercuriellcs sur le gland et la face interne du prépuce chez l'homme , et à la partie interne des' grandes lèvres chez les femrties (i). Il n'exige aucune préparation de la part des malades, n'attribue aux bains d'autre utilité que celle qui résulte de la propreté qu'ils entretiennent , et ne prescrit parfois des évacuans au début que dans le cas de disposition saburrale des premières voies. Avant de frictionner les parties , il est bon de les tenir plongées dans un bain général ou local, afin de les mieux disposer h l'absorption. On commence le traitement par un demi-gros d'onguent mercuriel. Les frictions , que l'on répète matin et soir, durent au moins un quart d'heure chaque fois , et se font avec deux ou trois doigts. On voit ordinairement se manifester, au bout de trois ou quatre jours, les symptômes précurseurs de la salivation , qui exigent qu'on suspende pendant quarante-huit heures. Mais, ce laps de temps écoulé , on reprend les frictions , et l'on augmente progressivement la dose, de manière à la doubler, ce qui fait deux gros par jour, un le matin et l'autre le soir. On continue de cette manière jusqu'à la parfaite
(i) Cette méthode n'est nouvelle qu'en raison de la préparation mercurielle employée, car Glare avait déjà conseillé de faire des frictions, à l'intérieur du prépuce et sur les grandes lèvres, avec quelques grains de proto-chlorure, de sous-deutonitrate ammoniaco-mcrcuriel et de phosphate de mercure.
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guérison , qui , suivant M. Torrcillhc, s'obtient en moins de douze jours, lorsqu'il ne s'agit que de symptômes récens , mais qui peut se faire attendre dix-huit , vingt et même vingt-cinq jours, quand la maladie est ancienne. Elle est assez souvent retardée par le gonflement du gland, qui survient après quelques frictions; cet accident dépend de l'aelion irrilanlc de l'onguent , ainsi que des tilillalions réitérées, et cède bientôt à des bains locaux, dont l'action est secondée par la suspension totale du traitement pendant un ou deux jours.
Celte méthode réunit les avantages du secret et de la propreté. Elle paraît aussi guérir plus rapidement que celle qu'on a coutume d'employer, mais elle ne convient pas lorsque les parties sur lesquelles on doit faire les friclions sont couvertes d'ulcères très-larges et Irès-enflam- ^més. M. Delpcch l'a modifiée en prescrivant de faire les frictions sur les côtés de la verge, ou plutôt sur tout son foiuTcau , méthode qu'au reste il ne considère jamais que comme un moyen préparatoire, une ressource utile pour réduire plus ou moins l'intensité de l'infection constitutionnelle , en attendant qu'on ptnsse recourir h un mode de traitement plus eilicace. En général, il a adopté pour maxime de pratiquer les premières frictions sur la partie même qui a été contaminée, et d'appliquer le reste sur celles qui ont les plus grands rapports avec elle. Ainsi, dans le cas où l'infection a eu lieu par les parties sexuelles, après avoir fait les premières frictions sur ces parties elles-mêmes, c'est sur les membres inférieurs que le reste du traitement se consomme. Quand, au contraire, elle s'est opérée dans les parties supérieures, il applique
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les premières frictions autour du point affecté , et le reste sur les membres pectoraux.
La méthode de M. Pihorel consiste h frotter le dessus des pieds , la face interne des jambes ou des bras , les mains ou les poignets, avt-c une pommade composée de trois parties d'onguent mercuriel ordinaire et d'une partie de sulfure de chaux ammoniacé , réduit en poudre très-fine. Les frictions se font de deux jours l'un , d'abord avec un gros de pommade, partagé en deux doses, l'une pour le matin, l'autre pour le soir; puis avec un gros et demi, ou même deux gros , divisés également en deux portions. On peut, au besoin , les répéter tous les jours , et employer la dose entière en une seule fois. Le malade couvre ensuite la partie avec des gants ou des bas de flanelle, qu'il garde pendant deux ou trois heures le matin , et pendant toute la nuit, après la friction du soir. Plus tard il se lave avec de l'eau de savon tiède. Une tisane émolliente ou de bardane lui sert de boisson.
M. Pihorel , dont la méthode a été essayée avec succès à Paris , h Lille , à Lyon , à Moulins et ailleurs , la croit avantageuse surtout dans les hôpitaux , sous le rapport de la propreté et de l'économie du linge. Il assure , en outre , qu'elle n'excite jamais la salivation , à moins qu'on n'outrepasse la dose d'un gros et demi h deux gros. i\iais cet avantage , en le regardant même comme constant, tient uniquement à ce qu'il donne un quart moins de mercure qu'on n'en administre dans la méthode ordinaire.
Enfin jM. Lallcmand a recommandé aussi, pour l'administration du mercure à l'extérieur, une méthode particulière , usitée dans quelques contrées de l'Italie , qui
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consiste h placer lous les deux jours, le soir, un demigros ou un gros d'onguent napolitain dans le creux de chaque aisselle. Le malade quille sa chemise , ou du moins sort ses bras des manches , afin qu'il n'y ail point de linge interposé entre le creux de l'aisselle et le bras , et se met au lit, où il a soin de se tenir chaudement couvert. M. Lallemand dit que , le lendemain malin , on ne trouve pas la moindre trace de la pommade à l'endroit où elle a été déposée. Cette circonstance est celle surtout qui lui paraît digne d'être prise en considération , parce qu'elle permet d'évaluer , à quelques grains près , la quantité do mercure qui s'introduit dans l'organisme.
Quels que soient les éloges prodigués aux frictions mercurielles, par les anciens et même par quelques modernes, qui les préfèrent h tous les autres modes de traitement, leur crédit tombe de jour en jour, en France au moins , où personne , si ce n'est peut-être M. Brachct , ne croit à l'utilité de la salivation , et où tous les médecins cherchent , au contraire , h l'éviter autant que possible. On reproche h cette méthode la malpropreté qui en est inséparable , les embarras et la longueur du traitement , l'odeur désagréable que le malade exhale , les précautions infinies qu'elle exige , et sans lesquelles le mercure pourrait exercer de grands ravages; les inconvéniens de la salivation, qu'elle provoque si facilement, la diflîcidté, l'impossibilité même de déterminer d'une manière rigoureuse la quantité de mercure absorbée , parce qu'on ne saurait estimer ni la susceptibilité générale , ni l'état particulier de la peau; les cas nombreux dans lesquels elle
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échoue totalement, enfin la quantité immense de llngo(i) dont elle occasionne la perte , surtout dans les hôpitaux. J'ai dit précédemment qu'on faisait entrer autrefois , dans l'onguent mercuriel , une foule de substances qui passaient pour être propres à seconder l'action du métal, ou h corriger sa virulence , ou enfin h modérer l'impression qu'il fait souvent sur la partie h laquelle on l'applique. La réforme que le progrès des lumières a introduite sous ce rapport, n'a cependant point été générale. Elle ne s'est pas étendue aux emplâtres mercuriels , qui ne devraient cependant différer des ongucns du même nom usités jadis que parce qu'ils contiennent de la cire et jouissent d'une consistance plus grande. Pendant quelque temps , les anciens ont employé ces emplâtres contre la vérole. D'abord on les appliquait seulement sur les- ar^ liculations : ensuite on en couvrit tout le corps, h l'exception du ventre , de la poitrine et de la tête. On an lai-
(i) Le lingfî, souillû parrongneut mercuriel, est tucJié à j;imais, et chaque tache devient même un trou avec le temps. M. Vauquelin a découvert,, pour le nétoyer, un moyen sûr et peu dispendieux, que voici : Après lavoir lessivé dans une liqueur faite avec cinquante parties d'eau, une de potasse et une et demie de chaux, pour enlever toute la graisse, on le plonge dans une autre liqueur composée dfe douze parties deau et d'une de chlore, le plus fort possible, à la température dé dix degrés, et on l'y laisse jusqu'à ce que toutes les taches soient enlevées ; s'il n'y avait point assez de clilore, on en ajouterait un vingtième, après avoir enlevé le linge, dans la crainte que, ne se mêlant pas part-jut exactement , il ne le brûlât. Quand les taches ont disparu, on lave le linge avec de l'eau de fontaine, puis on le passe dans une eau de savon, pour lui enlever son odeur, et ensuite on le plonge dans une eau chargée d'un centième d'acide sulfuriquc ou sulfureux, si l'on veut lui donner uubeau blanc.
•ait pussi (les bracelets aux poigtwîts , aux avant-bras ou aux jambes, de longues bandes étendues sur le dos et les épaules , ou disposées en forme de ceinture autour des lombes, des bottines, proposées par Gortilio , enfin des sandales, dont Turquet de Mayerne nous apprend que la mode subsista pendant quelque temps parmi les grands d'Espagne , et dont on assure que l'usage existe encore aujourd'hui à la Chine. Mais ces applications ne jouirent jamais d'une grande faveur : indépendamment de la gêne , elles causaient des phlcgmasies superficielles et douloureuses de la peau, des boulons, des phlyctènes, des démangeaisons. On les a abandonnées depuis long-temps , comme traitement général , mais elles n'ont pas encore perdu tout crédit comme traitement local , car beaucoup de. praticiens les croient très-propres à favoriser la résolution des gonflemens chroniques des glandes lymphatiques. Ils emploient, à cet effet, V emplâtre de TrlUtr, VempUUre aniinonlaco mcrcuricl do Selle, l'emplâtre anti-vénérien de Boerhaave , Vcmplâtre bleu de la pharmacopée d'Edimbourg , ou plus généralement V emplâtre de Vigo, autrefois si composé, qui l'est encore beaucoup maintenant, malgré les réductions qu'il a éprouvées dans notre nouveau Corito;, et qui, avec un grand nombre de substances, toutes plus ou moins excitantes, contient du mercure dans la proportion seulement d'un à huit.
L'onguent mercuriel sert quelquefois dans le pansement des affections vénériennes locales. Ainsi on l'applique souvent sur les ulcérations indolentes. Dans certains cas, on le délaie avec un linimcnt volatil ordinaire, et on l'emploie ainsi pour favoriser la résolution de certaines tumeurs lymphatiques chroniques. M. Ghaussior
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a proposé de le traiter par parties égales h peu près d'une solution de soude caustique, qu'il recommande ensuite en frictions; l'onguent se convertit de cette manière en un véritable savon , que l'on pourrait tout aussi bien préparer directement avec du savon ordinaire et du mercure très-divisé. On a imaginé aussi de l'associer, soit avec le digestif, soit avec l'opium, suivant le mode de vitalité des surfaces ulcérées.
Ce n'est pas uniquement h l'extérieur qu'on emploie l'onguent mercuriel. On le donne aussi à l'intérieur. M. Fritze paraît être le premier qui l'ait administré de celte manière. Vinrent ensuite MM. Terras et Sédillot , entre lesquels il semble d'autant plus inutile de chercher à décider la question litigieuse de l'antériorité, que l'onguent mercuriel ne l'emporte sur aucune des préparations indiquées au commencement de cet article , et dans lesquelles le mercure se trouve mêlé à d'autres substances, qui lui servent d'excipient, après avoir facilité son extinction. Quoi qu'il en soit , le premier exemple connu de l'emploi ^de cette pommade h l'intérieur, est celui , rapporté par Brambilla , d'une jeune femme atteinte d'une^ maladie de poitrine , qui , par suite d'une méprise d'apothicaire , prit pendant quelque temps de l'onguent mercuriel au lieu de l'électuaire prescrit par son médecin ,. et se trouva enfin guérie de celte manière d'une phthisie commençante , ou plutôt d'un catarrhe chronique , qu'on ne manqua pas , suivant l'usage , d'attribuer à la vérole.
M. Teri'as unit l'onguent mercuriel avec de la mie de pain, ou delà poudre de guimauve, pour en fiùre des pilules contenant chacune ungrain de mercure. Aprèsavoirfait subir les préparations d'usage au malade, on lui donne ,
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le uuilin , une ou deux licures avant le déjeuner , trois do CCS pilules , par-dessus lesquelles il boit un demi-verpe d'eau pure. Le troisième jour, on douLle la dose des pilules, et l'on augmente successivement Jusqu'h ce que le malade en consomme neuf et même douze à quinze , dans l'espace de vingt-quatre heures , h moins que les signes précurseurs de la salivalion ne s'y opposent. Pendant toute la durée du traitement , la boisson consiste en une tisane de salsepareille , de squine et de bardane.
Cette méthode est recommandée de préférence, par M. Terras, chez les personnes irritables , chez celles qui ont la poitrine délicate, ou quand des circonstances particulières ne permettent pas de s'astreindre aux préparations et aux précautions que les autres modes de traitement réclament.
M. Fouquicr y a souvent recours. Les pilules dont il se sert sont laites avec la poudre de réglisse , et contiennent aussi un grain de mercure chacune. Il les considère comme irritant moins l'estomac qu'aucune autre préparation mercuricllc. Quant à la dose, il la porte quelquefois jusqu'à six pilules dans le courant de la journée , et en consomme pour l'ordinaire deux cents dans un traitement entier. Il ne fait prendre en même temps qu'une boisson tempérante , parfois une tisai^e sudorifique, et quelques bains.
C'est aussi sous la forme de pilules que Sédillot administrait l'onguent mercuriel; mais il ne le donnait pas pur , et y ajoutait du savon (i). Le malade étant préparé
(i) Voici la foimuli! : Onguent mcrcuricl, trois onces ; savon médicinal, deux onces; amidon ou poudre de réglisse, une once : lai-
comme on ja coutume de le faire , on commence par lui donner deux pilules le matin , à jeun, pendant quatre ou cinq jours; ce laps de temps écoulé, on augmente la dose d'une, puis de deux, et ainsi de suite, par degrés , jusqu'à ce qu'on soit arrivé h neuf ou douze , qu'on peut alors faire prendre en deux ou trois fois , et entre les repas. Pendant la journée, et principalement lorsqu'il vient d'avaler ses pilules, le malade boit quelques verres d'une légère tisane de salsepareille ou de bardane. On lui prescrit , en outre , un ou deux bains par semaine , pendant le cours du traitement , qui dure en général vingtcinq h trente jours dans les affections récentes , et qui se prolonge jusqu'au quarantième, ou même au cinquantième , quand il s'agit de symptômes plus anciens. Il n'est pas nécessaire d'interrompre le cours de ses occupations habituelles. Cependant on doit se mettre h l'abri des variations de l'atmosphère, afin d'éviter la salivation, et, dès que le moindre signe d'irritation se manifeste à la bouche , on diminue le nombre des pilules , ou même on les supprime tout-à-fait.
Sédillot comptait beaucoup sur l'efficacité du savon , comme autrefois Desault sur les purgatifs , pour tempérer l'activité du mercure. Il regardait ses pilules, qui enlreticnnnent le ventre dans un état de relâchement haies une masse à diviser en pilules de quatre à six grains, contenant chacune un grain ou un grain et demi de mercure. M. Lagneau la modifiée de la manière suivante : Onguent mercuriel au beurre de cacao , une demi-once ; sucre en poudre , deux gros ; mucilage de gomme arabique, quantité suffisante pour faire une masse qu'où divise en cent quarante-quatre pilules, et à laquelle on peut ajouter deux ou trois gros de savon.
bitiicl , comme indiquées principalement chez les sujets atteints d'irritations des organes respiratoires , que les prc^parations mercuriclles composées ou salines agravent presque toujours. M. Cullcrier porte un jugement assez favorable à leur égard. Il dit les avoir fait prendre , avec un succès réel , 5 un assez grand nombre de malades, dans des cas d'affections simples et récentes; mais il leur reproche de traîner parfois le traitement en longueur outre mesure, h cause de la facilité avec laquelle elles portent h la salivation , et qui exige qu'on examine tous les jours la bouche du malade , pour ralentir ou suspendre l'administration du remède, aussitôt qu'on y aperçoit des symptômes d'échauffement. Je les ai employées avec avantage dans certains cas de gonflemens chroniques et indolens des glandes lymphatiques.
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