‹ Traité complet des maladies vénériennes, contenant l'exposition de leurs symptomes et de leur traitement rationnelChapitre 39 sur 48 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DU TRAITEMENT DES PHLEGMASIES ET DES ULCÉRATIONS rilIMITIVES DE L.V PEAU.

Le mercure est le principal remède que l'on recommande contre les pustules appelées primitives, quoique les auteurs conviennent qu'elles lui résistent fort souvent, comme elles pourrfiienl le faire à tout autre révulsif.

On a également essayé la méthode perturbatrice pour les guérir, et même pour les faire avorter. C'est dans cette dernière intention que M. Meyranx propose de les toucher au centre avec le nitrate d'argent fondu. La cautérisation par le feu et l'excision ont compté aussi quelques partisans. Mais les moyens locaux auxquels presque tous les praticiens accordent la préférence sont des stimulans ou de légers cathérétiques, tels que l'onguent gris, l'eau phagédénique, la liqueur de Van Svvieten, la dissolution de sulfate ds zinc et celle de sulfate de cuivre.

La meilleure manière de traiter ces pustules consiste à y appliquer des émoUiens ou des acidulés, tandis qu'on administre des révulsifs à l'intérieur. Il suflit très-souvent de lotions assidues et de bains prolongés pour les faire disparaître en peu de temps.

Lorsqu'elles sont très-enilammées, et qu'elles dégénèrent en ulcères, il faut employer le même traitement que dans les ulcérations des membranes muqueuses, c est-àdire insister sur les applications éinollientes locales, les

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émissions sanguines, les bains, les délayans et le régime. Une fois ramené h l'état de simplicité, l'ulcère marche rapidement vers la guérison, h moins que quelque irritalion viscérale ne l'entretienne et n'en prolonge la durée, comme il arrive quelquefois.

Soi) riwnk

CHAPITRlî IV.

I)i: TRAITEMENT Di;S EXCROISSANCES ET DES VÉGÉTATIONS.

Rien (le plus vague que ce qu'on trouve dans les livres, sur le traitement des excroissances et des végétations survenues soit directement à la suite du coït, soit après quelqu'autre affection vénérienne, phlegmasie simple ou ulcération. Le mercure est toujours le principal et quelquefois même le seul remède qu'on leur oppose , et l'on recommande surtout d'en proportionner la dose à l'ancienneté et h l'étendue de la maladie. Cependant la plupart des auteurs avouent que , s'il arrive quelquefois aux excroissances de se flétrir d'elles-mêmes , et sans aucun topique, sous l'influence des mcrcuriaux, elles leur résistent fréquemment avec opiniâtreté. Bell fait même, à ce sujet, des réflexions que je crois nécessaire de rapj)orter textuellement ici. «Les poireaux, dit-il , étant une /ouite fréquente des chancres , on les a toujours regardés comme des symptômes vénériens , soit qu'ils fussent les effets immédiats des chancres , de la gonorrhée , ou de toute autre cause. Cette opinion est néanmoins absolument dénuée de fondement. Il n'est pas douteux qu'il peut survenir des poireaux sur les parties génitales, lorsque la constitution est infectée du virus vénérien , et alors on ne peut espérer une guérison durable que quand l'on a administré le mercure; mais communément, au moins quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, les poireaux paraissent

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être une maladie purement locale , de manière qu'ils résistent absolument aux remèdes qui n'agissent que sur la constitution , et qu'on les enlève avec facilité par différens topiques dont l'action porte uniquement sur les excroissances mêmes , ou plutôt sur les vaisseaux dont elles tirent leur origine. Il est même si évident qu'elles sont une affection locale, que, dans les cas même où elles dépendent de l'infection vénérienne , non seulement ' elles sont très-sujettes à revenir quand on les enlève pendant que la constitution est infectée , mais il est également certain que l'on peut complètement déraciner le virus syphilitique de l'habitude du corps , sans produire aucun effet sur ces excroissances. Les poireaux qui succèdent aux chancres , conservent communément la même dureté, et sont aussi difficiles h détruire après l'administration du mercure qu'ils l'étaient avant ; on ne peut les enlever qu'en employant les mêmes moyens curatifs qui conviendraient si la constitution n'avait jamais été affectée. J'observerai que cet objet mérite une attention particulière de la part de tous ceux qui ne traitent pas habituellement ce genre de maladie. En admettant, comme le font encore quelques personnes , que les poireaux qui affectent ces parties sont le plus souvent un symptôme de vérole , on fait beaucoup de mal en administrant des doses énormes de mercure , sans espoir d'en tirer jamais aucun avantage. J'ai vu plusieurs malades dont on a presque entièrement épuisé le tempérament (i),

(1) Dease cite , en effet , des cas dans lesquels on a vu les poireaux appelés vénériens persister chez des malades dont le mercure et la salivation qu'il provoqua avaient altéré assez profondément l'organisme pour leur attirer des phtliisies pulmonaires mortelles.

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pour les avoir fait passer h dilFéreutes reprises par les grands remèdes , dans des cas semblables , sans produire aucun eflc't sur les poireaux; mais ces mêmes poireaux ont disparu ensuite facilement et en peu de temps, en appliquant les remèdes convenables immédiatement sur les parties affectées. »

Ce passage remarquable contient la meilleure critique qu'on puisse faire des préceptes tracés par une routine aveugle et si souvent meurtrière. Les végétations dites vénériennes étant une affection purement locale , le résultat d'une exubérance de nutrition , le produit d'une exaltation de la faculté reproductive dont tous les tissus vivans sont doués , c'est par des moyens locaux seulement qu'on doit les attaquer. On y parvient de deux nlnnièros, ou en détruisant l'irritation , ou eu la faisant monter au degré nécessaire pour provoquer une inflanmiation ulccrative. Souvent il sufïit d'oblitérer les vaisseaux conducteurs du sang; mais ce moyen n'empêche pas toujours qu'il en pullule de nouveaux à la base de l'excroissance dont on a provoqué ainsi la chute.

On remplit la première indication par les émolliens et les émissions sanguines. Lorsque les excroissances sont molles, fongueuses et très-sensibles , on réussit aisément , en général, à les réprimer par des applications de sangsues, des lotions avec un liquide adoucissant , des fumigations avec les vapeurs aqueuses , quelquefois même seulement par des fomentations assidues avec l'eau froide. Dès que l'irritation est apaisée, la douleur entièrement calmée, et la production anormale flétrie en grande partie, on peut, ou doit même achever la destruction de cette dernière en serrant une ligature autour ^e sa base , si elle

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tst munie d'un pédicule , ou en la retranchant avec l'ins- Irument tranchant au niveau des parties saines , si elle a une base trop large pour pouvoir être liée. La méthode antiphlogistique devient surtout indispensable, et doit être employée avec beaucoup de hardiesse, lorsque les excroissances sont situées de manière à éprouver des compressions, des tii'aiilemens, qui pourraient les excorier ouïes ulcérer, comme à l'anus ou sous le prépuce. Cependant il y a des cas où l'on doit temporiser. Tel est, par exemple , celui dans lequel les végétations dépendraient de l'état de grossesse et du surcroît de vitalité qu'acquièrent alors tous les organes générateurs; car, dans des circonstances qui sont très- fréquentes , on les voit disparaître d'elles-mêmes après l'accouchement , et elles ne doivent être attaquées d'une manière directe que quand elles offrent un vôlutne-aSsez considérable peur qu'il soit h craindre qu'elles ne gênent la parturition.

La méthode révulsive échoue si souvent , de l'aveu général , qu'on ne doit fonder aucun espoir sur elle. Cependant il est permis de l'associer à la précédente , et de faire coïncider, avec les topiques émolliens , les médications propres à stimuler le canal intestinal, pourvu toutefois que les excroissance^ n'aient point leur siège à l'extrémité anale du rectum. Les purgatifs et les tisanes improprement appelées sudorifiques , peuvent èiva administrés. Quant au mercure , il ne faut jamais le prescrire sous la forme de frictions , et tout au plus peut-on essayer celles de ses préparations qui agissent par la voie de l'estomac. : : :'J .'

La méthode perturbatrice a été fortement préconisée. ^ On à conseillé une foule de substances plus ou moins exci

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tantes, telles que l'eau de chaux, seule ou mêlée avec un peu de teinture de myrrhe ou d'alcool camphré, la dissolution alcoolique de perchlorure de fer, celles d'opium, de sublimé corrosil", d'hydrochlorate d'ammoniaque, de sulfate de cuivre et de sulfate de fer, l'eau mercurielle, la dissolution d'alun , l'eau ammoniacée , l'eau phagédénique , les acides sulfurique et nitrique , la teinture de cantharides , etc. Ces moyens réussissent quelquefois , mais le plus souvent ils échouent, ou même exaspèrent le mal, et ils peuvent, si l'on insiste imprudemment sur leur emploi, amener des dégénérescences organiques. Dans tous les cas, ils sont fort inférieurs en eflicacité à la méthode antiphlogistique. Il n'est d'ailleurs permis d'y avoir recours qu'après avoir calmé ou même totalement détruit l'irritation , par cette dernière. Quelquefois alors on les voit agir comme astringens , et achever ce que les émolliens n'avaient fait qu'ébaucher. Mais il faut éviter de les employer assez forts pour qu'une vive inflammation et des ulcérations puissent en résulter, car ce serait remplacer une affection légère par une autre plus grave. Les plus opiniâtres de toutes les excroissances sont celles qui offrent un tissu d'apparence cornée , et qu'on désigne sous le nom de poireaux et de verrues. On pres^ orit de les attaquer par les caustiques , tels que l'alun calciné, le nitrate d'argent fondu, le chlorure d'antimoine , la potasse caustique , le vert de gris , le précipité rouge, les acides concentrés, la poudre de sabine, seule ou unie à l'ocre rouge, celle de bétoine, celle d'ellébore blanc, etc. On recommande aussi, lorsqu'elles ont une, surface trop sèche , de les ramollir préalablement en y appliquant un cataplasme de moutarde ou d'oignons cuits

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dans l'huile. Ces divers caustiques sont presque toujours impuissans , parce qu'ils n'attaquent pas la base de l'excroissance , le lieu d'où partent les vaisseaux qui la reproduisent sans cesse. La cautérisation par le feu est bien préférable quand on peut l'employer, et qu'elle n'effraie pas le malade. La ligature elle-même vaut mieux , quand les verrues sont isolées et pédiculées. Mais nul moyen ne l'emporte sur l'excision , qui détruit à la fois et le mal et son foyer, pourvu qu'on porte l'instrument tranchant h une assez grande profondeur. Malheureusement la texture des parties ne permet pas d'y avoir recours partout.

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