‹ Traité complet des maladies vénériennes, contenant l'exposition de leurs symptomes et de leur traitement rationnelChapitre 45 sur 48 · TU AIT A · texte numérisé non relu

TU AIT A

lait sous celui de h» théorie, aux conditions de toutes les «leuléropalhies susceptibles d'éclater pendant le cours ou h la suîtc de toute autre affection dont une partie quelconque du corps vient à être atteinte. Ce ne sont plus , comme je l'ai dit aussi, 1m effets d'un principe occulte, dont le raisonnement et l'observation se réunissent pour démontrer la non-existence , mais ce sont ceux , tantôt de la disposition naturelle qu'ont certaines parties h tomber malad<^s lorsqtie celles avec lesquelles elles sympathisent d'une manière spéciale , le deviennent , tantôt de l'action d'une nouvelle cause irritante qui porte jusqu'au degré morbide la susceptibilité exaltée qu'une influence sympathique antérieure avait fait naître dans ces mêmes parties.

Le traitement ne doit pas être identique dans l'un et l'autre cas. Dans le premier, il suffit généralement de calmer la violence de l'affection primitive pour voir disparaître d'eux-mêmes les symptômes secondaires. C*est ce qui arrive, par exemple^ quand l'urétrite aiguë, des chancres étendus et très-enflammés, un large bubon ulcéré, se compliquent de l'irritation des voies gastro-intestinales, de celle des tissus fibreux, de celle des glandes lymphatiques voisines, ou de l'accélération des mouvemcns de Tappareil circulatoire; car, alors, la méthode antiphlogistique, employée avec énergie, apaise promptement les sympathies morbides, en ramenant l'inflammation locale à un degré plus modéré. Dans l'autre cas, au contraire, c'est-à-dire quand l'affection secondaire éclate après la cessation de la maladie primitive, soit qu'elle licnne'h la disparition brusque de cette dernière, ou h cte qu'on appelle une métastase, soit qu'elle dépende d'une ,

DES MALADIES vi>/iRlL>?{i:S. 88;

iuiluencc morbifique exercée sur un organe dans lequel celle-ci avait fait naître une prédisposition à s'irriler par l'action de toute cause excitante directe, elle constitue une maladie nouvelle qui, comme telle, réclame un traitement dirigé contre elle d'une manière spéciale. Il faut rapprocher de ce cas celui dans lequel l'aflection secondaire se déclare pendant q^ue la primitive sulwisle encore, mais à l'état chronique seulement; car, en pareille circonstance, le traitement, pour être efficace, doit, à un très-petit nombre d'exceptions près, porter à la fois sur runeetsurl'aulrc maladie. Enfin, cette simultanéité d'application des moyens thérapeutiques h des organes dont les affections se rattachent l'une à l'autre par les liens d'une causalité évidente, devient encore d'une nécessité absolue lorsque la lésion symptôraatique se fait remarquer par une intensité extraordinaire, qu'il y a lieu de craindre qu'elle n'altère profondément le tissu des parties, et que le jeu libre des organes qui en sont le siège est indispensable au maintien de la vie.

Ainsi, on doit attaquer, tantôt la maladie primitive seule, tantôt l'affection consécutive seule, et tantôt enfin Tune et l'autre à la fois. Je njai à m'occuper ici que des deux derniers cas, dans lesquels, de même que dans le premier, qui a fait le sujet des chapitres précédons, on peut opter entre les trois méthodes générales de traitement, l'antiphlogistique, la révulsive et la perturbatrice, ou combiner diversement ces méthodes l'une avec l'autre.

Toutes les considérations dans lesquelles je suis entré précédemment, h l'égard de ces trois méthodes, peuvent s'appliquer au cas dont il s'agit maintenant. Mais il s'en

888 THAITÉ

prëscnle aussi quelques nouvelles, sur lesquelles je dois insister.

La niélhodc anliplilogislique proprement dite est toujours indiquée dans les eas de phlegmasie aiguë, Son énergie ou son activité doit varier en raison de l'acuité et de l'inlensilé de cette dernière. La saignée générale, lorsqu'il y a des signes de réaction du système vasculaire, ou des douleurs dans les membres, dans les articulations, et les saignées locales, sont impérieusement réclamées par toute inflammation vive, rapide et très-douloureuse. Dans le cas contraire, ou après la chute des symptômes inflammatoires, on peut se contenter des adoucissans, des émoUiens, des délayans, des bains, du régime et du repos, sous la seule influence desquels la maladie tarde généralement peu à s'user en quelque sorte d'elle-même. Si, au contraire, l'inflammation paraît sous le mode chronique, les antiphlogistiques, sans être tout-à-fait h négliger, se montrent cependant moins souvent cflicaces que les précautions hygiéniques, observées avec ponctualité et persévérance. En effet, on voit fréquemment des affections, qui avaient résisté aux traitemens en apparence le« plus rationnels, céder avec une promptitude surprenante à un changement total dans le genre de vie, le régime, les habitudes, l'habitation et les dispositions de l'âme. En thèse générale, les antiphlogistiques, les adoucissans et les moyens hygiéniques finissent toujours par triompher des maladies vénériennes secondaires, comme des affections primitives; seulement ils exigent parfois un laps de temps et une réunion de circonstances qui ne s'accordent pas avec l'impatience et la situation physique ou morale de tous les malades.

DES MALADIES VÉNiniliNNBS. 889

La méthode révulsive, mise en pratique avec les précautions que j'ai indiquées dans la section précédente, offre alors des ressources pour abréger la durée du traitement. Elle tend à opérer une dérivation salutaire, soit en rétablissant la maladie primitive, comme lorsqu'on cherche à provoquer une nouvelle urélrite dans les ophthalmies et otites appelées métastatiqucs, soit en excitant l'action d'un autre organe, par exemple du canal alimentaire, des reins ou de la peau. Mais l'incertitude qu'elle présente déjii dans les cas simples, où il est impossible de prévoir si elle sera réellement utile, ou si, au contraire, elle nuira, augmente encore lorsqu'il s'agit de complications d'une maladie primitive avec d'autres secondaires, car plus il existe de foyers d'irritation, qui réagissent, chacun à sa manière, sur les autres organes, et plus on doit craindre que la nouvelle excitation qu'on provoque, au lieu de déterminer ime dérivation, n'exalte encore toutes les sympathies, et n'exaspère ainsi les accidens qu'on se flattait de calmer en y ayant recours. Ce résultat fâcheux est surtout à craindre lorsqu'on emploie des révulsifs très -énergiques et dont l'action puissante s'exerce avec promptitude. Aussi a-t-on remarqué que les médicamens de cette classe, le mercure entre autres, devenaient souvent la source d'ime multitude de phénomènes pathologiques qu'on attribuait faussement ensuite h l'influence des maladies contre lesquelles on avait cru devoir les administrer, qui devenaient d'autant plus rebelles, qu'on insistait avec plus d'opiniâtreté sur l'emploi des révulsifs, qui enfin éclataient beaucoup moins fréquemment, et présentaient toujours moins de gravité, lorsqu'on négligeait ces derniers, ou qu'on n'en faisait

SgO TRAITÉ

pas la base du trailemont. La méthode révulsive, à laquelle les soins hygiéniques peuvent tout aussi bien et peul-èlrc mieux être rapportés qu'à la précédente , n'esl donc, sinon avantageuse, du moins exempte d'inconvéniens et de danger, qu'autant qu'elle procède avec lenteur et avec une sage réserve. Cette restriction plaira peu aux partisans d'une médecine très-activc, qui regardent l'art de guérir comme impuissant lorsqu'il n'enfante point des miracles. A la vérité, ils ne craignent pas de s'appuyer sur le succès qui couronne parfois l'audace des charlatans, et sur quelques résultats heureux qu'a pu avoir l'emploi des révulsifs dans le plus haut période des inflammaiions aiguës; mais ils oublient, ou plutôt feignent d'oublier que la tombe couvre de son ombre silencieuse les nombreuses victimes de cette méthode, que je crois qualifier avec équité quand je dis qu'elle est meurtrière. Je n'aurais pas besoin de quitter le domaine des maladies vénériennes, et de mettre la pratique de nos rasorLens à contribution, pour trouver des milliers d'exem^ples à l'appui de ce que j'avance. Qu'on lise le Mémoire de M. Delpech, et l'on en rencontrera qui ne le cèdent en rien à ceux dont les écrivains du seizième siècle nous ont transmis les affreux détails. Je terminerai en faisant remarquer qu'on néglige beaucoup trop les irritans de la peau; au lieu d'employer, pour agir sur cet organe, des moyens qui ne peuvent l'exciter qu'après avoir stimulé les voies gastro-intestinales, et de l'effet desquels on n'est par conséquent jamais assuré, il serait infiniment plus rationnel d'appliquer directement sur lui les agens thérapeutiques, d'autant mieux que les exutoires, les bains de vapeurs et les bains hydrosulfurés, moyens faciles à

employer, conviennent parfailement pour remplir celle indication.

Je n'ai rien de particulier h dire sur la méthode perturbatrice, sinon qu'il Aiut bien se garder d'en user avec autant de largesse et de prodigalité que le prescrivent les auteurs. Les excitans locaux nuisent, non seulement quand l'inflammation est aiguë, parce qu'ils l'exaspèrent toujours, mais encore quand elle est chronique, parce qu'alors ils tendent à la prolonger indéfiniment, h la perpétuer en quelque sorte, et à faire naître toutes les dégénérescences organiques auxquelles elle peut donner Heu. Cependant on peut quelquefois les employer avec avantage pour ranimer une phlegmasic presque éteinte, mais stationnaire, qui, sous leur Influence, rentre dans les conditions nécessaires pour parcourir rapidement tous ses périodes. Ils sont alors bien "préférables ht(x révulsifs, qu'on a conseillés dans la même intention, parce qu'on avait observé que ces moyens accroissaient souvent l'intensité des accidens locaux, ce qui n'arrive toutefois que quand, au lieu d'opérer la dérivation , ils ne font que donner un nouveau degré d'activité aux sympathies. On peut encore y avoir recours, non pas seulement pour changer le mode de vitaJité de la partie malade, mais pour détruire touth-fait CQ^le partie, et substituer h un ulcère de mauvais caractère une plaie simple réunissant toutes les conditions nécessaires au travail de la cicatrisation. C'est alors aux plus énergiques d'entre eux, et notamment au feu, que l'on doit recourir, tandis que, dans les cas précédons, de simples toniques ou des excitans légers sont seuls indiqués.

J'insisterai d'autant moins sur l'application de ces prin-

8g 2 TRAITÉ

cipes généraux aux diverses maladies vénériennes secondaires en particiilior, que, comme je l'ai fait remarquer dans le premier livre, le nombre des all'eclions qui ont réellomcut droit h ce nom est très-limité, et que la plupart de celles auxquelles on l'applique dépendant, ou dç causes accidentelles, ou même de la manière dont on administre le traitement général, elles ne se rencontrent presque jamais lorsqu'on ne néglige aucune précaution, et qu'on applique la méthode révulsive avec prudence.

Les bubons consécutifs sont assez rares. Leur liaison avec les maladies primitives n'a rien d'évident , tandis qu'ils paraissent manifestement tenir, dans certains cas, h l'action de causes extérieures, ou même à l'influence du traitement mercuriel par les frictions. Cependant il est plus que probable que ceux qu'on observe quelquefois sous la mâchoire et au cou, dépendent d'une phlegmasie de la membrane muqueuse buccale, que son peu d'intensité empêche de remarquer. Quoi qu'il en soit, ces gonflcmens glajidulaires sont la plupart du temps indolens et chroniques. On peut les abandonner h eux-mêmes, après toutefois s'être assuré de la cause d'où ils dépendent, afin d'en faire cesser l'action, après la suspension de laquelle ils disparaissent par degrés. Quelques révulsifs à l'intérieur favorisent et accélèrent leur résolution. C'est le cas d'essayer les préparations de mercure métallique, celles d'iode, et les boissons hydrosulfurées. Toute application locale est inutile; mais le repos devient indispensable si la tumeur est située de manière que le mouvement de la partie puisse se communiquer jusqu'à elle.

Les indications fournies par les phlegmasies, ulcérations

DES MALADIKS V É.NtRIENKES. Sgô

et végétations secondaires des membranes muqueuses, ne difTërent en rien de celles qui se rapportent aux mêmes maladies, quand elles sont primitives. Le but principal doit toujours être d'éteindre l'inflammation, et il faut s'y appliquer d'autant plus que l'organe qu'elle a envahi est d'une texture délicate, comme l'œil, ou voisin d'autres organes Irès-importans, comme l'oreille interne. Les révulsifs ne doivent être alors considérés que comme des auxiliaires, applicables surtout à la fin du traitement , lorsque le danger a disparu en grande partie. Y recourir de prime abord , au préjudice de la méthode antiphlogistique, c'est perdre un temps précieux, sans compter les incbnvéniens directs qui peuvent s'ensuivre. Cette règle ne souffre aucune exception, soit que la maladie primitive ait disparu , soit qu'elle subsiste encore. La méthode perturbatrice n'est jamais applicable dans le principe, ou du moins il n'est pas permis d'en espérer des avantages assez marqués pour courir la chance des inconvéniens graves qu'elle pourrait entraîner; mais sur la lin, de légers excitans, employés avec ménagement, hâtent quelquefois l'époque de la guérison.

J'ai déjà parlé plus d'une fois de l'irritation de la membrane muqueuse du canal alimentaire, qui se joint fréquemment aux maladies vénériennes primitives, soit comme complication, soit comme simple phénomène sympathique. J'ai indiqué aussi les moyens dont elle réclame l'emploi. Elle n'est presque jamais assez intense pour résister à la méthode antiphlogistique, employée avec énergie, quand elle est aiguë, et avec persévérance, quand elle est chronique. D'ailleurs je ne saurais entrer ici dans le détail de toutes les nuances qu'elle est susceptible d'offrir,

894 TRAITIÎ

tantàl'('îtat aif^u que quand elle passe au mode chronique, et qui peuvent en modifier le traitement à l'infini. C'est celtephlcgmasie,sousla forme chronique, qu'on retrouve, avec SCS innomhrables vari(^Jés et complications , telles que gastrite, duodénite, entérite, hépatite, pneumonie, etc. , dans les prétendus cas de maladies vénériennes secondaires hétéromorphes que les auteurs désignent sous les noms de sypIùVis masquée, déguisée, larvée, dégénérée, rnanquée. Produit de l'art, elle doit naissance à l'abus des excitans, mcrcuriels ou autres, que la routine engage à prodiguer, sous toutes les formes et par toutes les voies possibles, quand la méthode révulsive, au lieu d'être avantageuse, se montre nuisible , ce qui lui arrive souvent. L'exposition des moyens qu'elle réclame, serait déplacée ici. Autant son traitement était autrefois vague, compliqué et rarement couronné de succès, autant il est simple, méthodique et efficace, depuis que M. Broussais, après avoir porté une réforme salutaire dans les théories médicales, en a fait subir, sous ce rapport, à la thérapeutique, une qui lui méritera la reconnaissance de la postérité impartiale.

Les affections du tissu cutané qu'on a fait entrer dans le domaine des maladies vénériennes, y sont assurément étrangères pour la plupart. Cependant on ne saurait douter que plusieurs d'entre elles ne se rattachent réellement à l'existence antérieure d'affections contractées pendant l'acte vénérien , et que d'autres ne soient les résultats sympathiques des irritations viscérales provoquées par l'abus des mcrcuriaiix et des divers excitans. Cette dernière circonstance mérite d'être prise en considération; car il en découle naturellement que la méthode

DES MALADIES rfelsiniENNES. 89^

révulsive demande à être employée avec circonspection, du moins sous le rapport des organes avec lesquels on met en rapport les agens qui rentrent dans son domaine, quoique ce soit elle presque seule que la plupart des auteurs préconisent. Les préparations mercurielles à l'intérieur et à l'extérieur, associées aux antimoniaux et au soufre , tels sont les moyens que les livres recommandent. Si l'on conseille parfois les bains, les fomentations, les cataplasmes, ce n'est pas pour calmer une irritation h laquelle peu de praticiens ont songé, mais pour déterminer la chute des croûtes et des écailles, et mettre ainsi h découvert des ulcérations ou des places phlogosées, sur lesquelles on s'empresse d'appliquer des excitans , de l'onguent mercuriel, de la pommade oxigénée, quelquefois néanmoins, mais rarement, des préparations de plomb, comme le cératdesaturne ou la dissolution de sous-acélale de plomb. Faut-il s'étonner, d'après cela , si l'on avoue que la guérison se fait souvent attendre très- longtemps, et que, dans certains cas même, on ne l'obtient qu'à la faveur d'un changement total dans les habitudes et le genre de vie, c'est-à-dire en renonçant aux secours de la médecine proprement dite, pour ne plus invoquer que ceux de la seule hygiène? Celte marche routinière n'est pas celle qu'a suivie M. Alibert lorsque, rejetant les théories humorales, il a si heureusement réformé et perfectionné le traitement des maladies de la peau , en recommandant de s'attacher principalement à calmer l'irritation et l'inflammation de ce tissu.

En Angleterre , où les exanthèmes appelés vénériens paraissent être beaucoup plus conmiuns qu'en France, ce qui lient probablementà la nourriture plus excitante,

896 XnAITJi

et, en grande partie, animale, des habilans, on leur oppose les mêmes moyens qu'aux phlegmasies ulcéralivcs des membranes muqueuses extérieures, c'est-h-dire la saignée, quand il y a fièvre, les émolliens, les bains généraux, et sur la fin les purgatifs doux, associés h quelques diaphorétiques. Les Anglais emploient quelquefois l'onguent de poix ou celui de nitrate de mercure pour apaiser le prurit qui accompagne certaines éruptions , et les lotions avec le sulfate de cuivre lorsqu'ils remarquent de la tendance à l'ulcération. Quelques applications de sangsues sur les points les plus affectés rempliraient mieux ces deux dernières indications. Nul moyen n'est plus efficace qu'elles pour calmer la violente irritation qui accompagne certaines pustules ulcérées , et surtout pour les dépouiller de leur caractère phagédénique et serpigi neux, qui se maintient quelquefois avec une opiniâtreté désespérante lorsqu'on se borne aux irritans internes et externes. Les bains de vapeurs aqueuses secondent parfaitement le traitement anliphlogistique direct. Sur la fin, il peut être utile de recourir à ceux de vapeurs stimulantes, ou aux bains d'eau de Barèges.

De tous les révulsifs internes , ceux qui présentent le moins d'inconvéniens sont les purgatifs, administrés surtout par la voie du rectum.

Les végétations qui auraient résisté devraient être attaquées par les caustiques, ou par l'instrument tranchant d'abord, et ensuite par les caustiques.

Quant aux taches que les pustules laissent à leur suite, elles s'effi^cent d'elles-mêmes avec le tenqjs. On retire peu d'effet des lotions avec l'eau froide, l'eau salée, l'eau de vie camphrée, l'eau ammoniacée, le sous-acétate

de plomb liquide, les eaux sulfureuses , et la dissolution de chlore, que conseillent les auteurs.

Le traitement des ulcérations vénériennes de la peau, en admettant l'existence réelle de ces affections , quoiqu'elle soit au moins douteuse, ne doit nullement différer de celui qu'elles exigeraient si elles étaient primitives. Il s'agit toujours d'une phlegmasie avant l'extinction de laquelle le travail de la cicatrisation ne saurait commencer. Quel espoir fonder sur le traitement antisyphililique général, et sur les cautérisations avec le nitrate de mercure, recommandées par !\I. Delpech, dans les furoncles chroniques qu'on désigne sous le nom de gommes? Ces furoncles paraissent dépendre d'un état d'irritation des organes digestifs jusqu'à la disparition totale duquel ils se renouvellent sans cesse avec opiniâtreté. Quant h la difficulté qu'ont à se cicatriser les plaies qui succèdent à la chute des bourbillons, on sait qu'elle est commune à toutes les affections du même genre, dans quelques circonstances qu'elles se soient développées. Les applications émoUicntes sont encore les topiques qui conviennent le mieux, et les irritans se montrent rarement utiles, si ce n'est vers la fin, après la chute totale de la phlogose. C'est ce dont M. Delpech convient explicitement, puisqu'il assure que le nitrate de mercure ne produit pas d'heureux effets quand on l'applique à contre-temps , c'est-à-dire quand l'inflammation est assez intense pour réclamer des soins particuliers.

Eu quelque région du corps que soient situées les rhagades, à la paume de la main, à la plante des pieds, autour des ongles, aux lèvres, au nez, aux paupières, au prépuce, à la vulve , à l'anus , le premier soin qu'elles réclament.

8()8 Tiurrïv

c'csl l'emploi des moyens propres à coniballre rirrilulioii locale et à faire cesspr la causo qui l'entrelienl. Ainsi la propreté, les lotions assidues et le repos absolu de la partie, sont les préludes du traitement. Il ne faut quelque fois pas d'autres précautions pour obtenir une cttre radicale. Cependant les émissions sanguines locales , au moyen des sangsues et des ventouses scarifiées, les cataplasmes émolliens, les bains locaux prolongés, les bains généraux, les boissons délayantes et le régime, deviennent nécessaires, dans certains cas, pour apaiser les douleurs vives que cause une inflammation assez violente. C<'s moyens méritent la préférence sur les préparations opiacées, que recommandent les auteurs, et qui ne produisent pas à beaucoup près l'efiet calmant qu'on attend d'elles. Quelques cxcitans h l'intérieur, des amers, le quinquina, la ciguë, l'aconit, contribuent, vers la fin du traitement, à accélérer la guérison, qui d'ailleurs est presque toujours bien plutôt le résultat du changement de régime et de genre de vie , que celui des agens thérapeutiques qu'on a pu mettre en usage.

Il n'y a rien à faire contre l'alopécie qui succède parfois aux inflammations chroniques des membranes muqueuses internes qu'on a rangées mal h propos parmi les conséquences des maladies vénériennes secondaires , puisqu'elles sont toujours, sinon même constamment, comme je l'ai dit, celles de l'abus des révulsifs. Ne sait- on pas qu'elle a lieu à la suite des migraines, de l'érysipèle du derme chevelu et du lyphus? Certes, alors elle ne dépend pas dii virus vénérien! Tous les moyens que l'empirisme et le charlatanisme ont préconisés [)Our ranimer la vitalité des bulbes pilifères, sont impuissans. L'alopécie guérit

ni:S MAI-AniK* VKNf-RIF.NîVF.S. 8f)()

d'elle-même , sinon elle demeure rebelle à tout ce qu'on peut essayer contre elle.

Un long repos est toujours indispensable dans les affections de la rocine des ongles, qui ne se prolongent si souvent d'une manière presqu'indéfinie, que parce qu'on prodigue contre elles les excitans de toute espèce, au lieu de recourir aux émolliens et aux autres moyens propres à calmer l'irrilation. Quand elles ont été portées jusqu'au point de faire perdre tout espoir que l'ongle reprenne jamais sa direction primitive et normale, au lieu de recourir à des cautérisations, qui ne font que perpétuer la phlogose, au lieu de renouveler sans cesse les tentatives d'arrachement, qui n'empêchent pas les racines de se reproduire, au lieu enfin d'amputer de la phalangette, comme le conseillent divers écrivains, 11 faut, d'après le sage précepte de M. Delpecli, et comme je l'ai souvent pratiqué, enlever toute la portion restante de l'ongle, avec l'organe qui la sécrète, en rasant la face dorsale de l'os dans toute sa largeur. La plaie simple qui résulte de cette opération se cicatrise avec rapidité par l'alfaissement de la peau qui couvre la face palmaire du doigt.

Il est rare que les affections secondaires du système fibreux réclament un traitement spécial. Le plus ordinairement elles s'ellaceut d'elles-mêmes par degrés, à mesure que la maladie principale perd de son intensité. C'est ce que prouvent entre autres les douleurs dans les membresou dans les ailiculatlons qui accompagnent assez souvent l'inflammatiou de la membrane muqueuse génlto-urinaire, et qui disparaissent presque toujours sous rinfluence du régime autiplilogistlque, mais plus particulièrement sous celle de

900 trait/c

la .sai<'-n( e générale. Cependant les éuiissions sanguines locales sont réclamées d'une manière impérieuse par cerlaines arthrites symplôniatiques ou métastaliques, maladies peu graves quand on les allaque h temps, mais qui peuvent entraîner les plus fàclienx résultats lorsqu'on les néglige, ou qu'on leur oppose un traitement contraire h celui qu'elles exigent. Les moyens perturbateurs , notamment la cautérisation inhérente et le moxa , que beaucoup d'auteurs conseillent alors, ne conviennent que quand l'inflammation aflccte la forme chronique, ou quand elle a élé dissipée en grande partie par les antiphlogistiques.

D'autres douleurs, qu'on observe principalement au frontal, au pariétal, à l'occipital, h l'omoplate, à la clavicule et au tibia, semblent se rallier bien moins souvent aux aflections vénériennes primitives qu'aux irritations chroniques des voies alimentaires, puisqu'on les observe rarement chez les sujets traités par la méthode antiphlogislique, tandis qu'elles sont très-communes, au contraire, chez ceux que l'on soumet à l'usage des mercuriaux.et des autres révulsifs. Ces derniers moyens, notamment les sudorifi(}ues très - concentrés , associés ou non au mercure, quoique les seuls qu'on trouve indiqués dans lès auteurs, doivent être abandonnés, et céder le pas aux bains, aux applications émollientes, aux bains chauds, au repos dans le lit, et à un régime sévère, qui se montrent toujours bien plus efllcaces. Vers la fin du traitement, on parvient quelquefois à rendre la guérison plus rapide, en administrant quelques révulsifs, anlimoniaux ou narcotiques, à l'inlérieur, ou même en réitérant fré-

DUS MALVDIKS vilNiRIENNES. (JO l

quemmcnt l'application des rubéfians sur la partie malade.

Aslruc conseille, lorsque les douleurs dites osléocopes se sont montrées rebelles à tous les médicamens, c'est-àdire à tous les excitans imaginables, et qu'elles tourmentent cruellement les malades , de faire une incision cruciale aux tcgumens, d'emporter les angles de la plaie, de détacher le périoste, et de perforer l'os avec le trépan. Son but était de mettre à découvert les caries internes et les ulcérations de la membrane médullaire, à l'existence desquelles on doit croire alors, suivant lui, de sorte qu'il prescrivait encore , quand on voyait sortir une matière purulente ou sanieuse, d'emporter, avec le ciseau et le maillet, les portions d'os restées entre les couronnes de trépan, pour donner une issue libre au pus, et pour introduire les topiques nécessaires. M. CuUerier, en recommandant aussi la perforation de l'os malade, ne se propose pas, comme Astruc, d'arriver à un point carié, à un foyer de suppuration, parce qu'il croit que beaucoup de douleurs ostéocopes ne reconnaissent pas ces altérations pour cause; mais il a l'intention, en emportant plusieurs portions osseuses , de donner lieu à une action particulière, à une nouvelle modification de vie, par le vide qui résulte de l'opération, par les exfoliations qui doivent se faire, par le développement vasculaire qui doit se former pour remplacer ce qui a été enlevé. On aura peine à croire , sans doute, qu'une opération aussi douloureuse et aussi peu rationnelle puisse compter encore des partisans dans un siècle où la chirurgie a fait tant de progrès . qu'on prescrive de l'exécuter avant d'essayer l'action des antiphlogistiques sur la partie qui est le siège des douleurs, et

(JO'i TUAlTi.

snriolit (iii'on la recommande à tout liasard, sans qu'il y ail ccrliliide do l'cxislence d'une lésion qui la réclame, sans que l'espoir du succès repose sur d'aulres bases que sur des conjectures hasardées. Tout médecin éclairé la rejettera sans restriction. Que les douleurs désignées sous le nom d'osléocopes tiennent à la phlogosc du périoste, à celle du tissu osseux lui-même, ou enfin h celle de la membrane médullaire, ce qu'il est impossible de déterminer dans l'état actuel de nos connaissances à leur égard, le traitement doit toujours être le même, d'abord antiphlogistique, puis révulsif. Mais il ne faut jamais perdre de vue non plus que les douleurs dont il s'agit, ou, pour parler un langage plus exact, que les irritations phlegmasiques des tissus fibreux et osseux, sont bien plus souvent les résultats sympathiques d'une affection interne, que ceux de l'action directe d'une cause externe, de sorte qu'avant de leur opposer des révulsifs, on doit rechercher si les organes avec lesquels on a l'intention de mettre ces médicamens en rapport ne sont pas précisément le siège de la maladie principale et excitatrice des autres accidens. En général, dans ce cas, il est beaucoup plus prudent de diriger la révulsion vers la peau que vers les organes internes.

La même méthode curative convient dans le cas d'exostose. Au début de la tumeur, surtout si elle est douloureuse et accompagnée de l'irritation et du gonflement des parties molles environnantes, on doit la couvrir de cataplasmes émolliens. Il est rare qu'alors la saignée générale soit indiquée; mais on retire toujours de grands avantages des applications réitérées de sangsues, en nombre proportionné à la violence de l'irritation locale. On

DES MALADIES VÉiXÉlUENNES. IJOÙ

continue ces moyens jusqu'à ce que les accidens qui ont déterniîné à les mettre en usage soient dissipés. A cette époque, la plupart des auteiH's conseillent les excitons locaux, les emplâtres de savon, de mercure et de ciguë, les frictions mcrcurielles, les liuimcns ammonia eaux, les bains alcalins, les douches avec les eaux hydrosuUiirées. Mais ces substances n'exercent le plus souvent aucune action sensible, ou bien elles se bornent tout au plus à faire disparaître la tuméfaction accessoire à l'exostose. Quant à celle-ci, elle demeure presque constamment dans le même état, et l'on doit désormais l'abandonner à elle-même, à moins qu'elle ne fasse une saillie considérable, ou qu'elle ne comprime des organes importans, cas dans lequel on peut et l'on doit même, si elle est accessible, entreprendre, pour en délivrer le malade, diverses opérations dont les traités spéciaux de chirurgie donnent la description.

C'est aussi à ces ouvrages que je dois renvoyer pour le traitement de la carie et de la nécrose, ainsi que pour l'indication des divers moyens h l'aide desquels on parvient à réparer jusqu'à un certain point les infirmités ou dilformités qui résultent de la destruction des os du palais et du nez par exemple. Je m'y trouve d'autant mieux autorisé , que beaucoup d'écrivains modernes , même parmi les partisans du virus vénérien, reconnaissent l'inutilité, dans ce cas, du traitement appelé spécifique, qu'il est bien avéré aujourd'hui que ces affections du tissu osseux, quand elles surviennent, dépendent toujours de l'abus qu'on a fait des méthodes révulsive et perturbatrice, et qu'enfin, lorsqu'elles existent, c'est encore l'inflammation chronique des parties qu'il faut combattre.

9o4 TRMXi;

c'esl-h-dirc que le traitement ne diffère en rien de celui qui convient dans les phlegmasies chroniques, simplesou ulcérativcs, des membranes muqueuses extérieures.

J'ai peu de chose à dire sur les maladies vénériennes secondaires qui ont leur siège dans le système séreux. Elles sont rares, ou du moins leur connexion avec les affections vénériennes primitives n'a été admise que dans un très-petit nombre de cas. La mieux connue de toutes est l'hydropisie de la tunique vaginale , qui s'observe quelquefois chez les hommes atteints de rétrécissemens de l'urètre, et qui succède aux phlegmasies lentes dont le testicule est si sujet h devenir le siège en pareil cas. Le seul moyen de la faire disparaître, est de détruire la coarctation. Dès que l'urètre a repris son calibre normal, l'orchite chronique se dissipe spontanément , et avec elle disparaît peu à peu la collection séreuse.

Je ne dois pas non plus m'étendre sur la thérapeutique des maladies du système nerveux qu'on a considérées comme pouvant être les résultats ou les complications des affections vénériennes primitives. Si la liaison entre les deux ordres de phénomènes pathologiques paraissait aussi évidente qu'elle l'était dans le cas d'épilepsie dont j'a' rapporté les détails d'après M. Lemercier, il faudrait essayer, comme l'a fait ce médecin, la méthode révulsive,, c'est-à-dire chercher à rappeler les symptômes primitifs par des applications irritantes sur les parties qui en étaient le siège. Mais, dans la plupart des cas, les maladies qui appartiennent à cette catégorie se sont développées sous l'influence d'irritations dironiques des viscères du basveulre, et c'est sous ce point de vue seulement qu on

DlîS MALADIES VÉNÛRlIiNNES. QOÔ

peut être en quelque sorte justifié de les ranger dans le domaine de la syphilis, non pas parce qu'il arrive souvent que leur manifestation se rattache à celle des véritables affections vénériennes, mais parce qu'elles sont fréquemment les résultats des méthodes curatives que l'empirisme et la routine ont accréditées contre ces dernières.

(joG

SECTION m.

DU TBAITEMENT PROPHYLACTIQUE DES MALADIES VÉNÉniENNES.

C'est seulement à l'époque où les médecins commencèrent à soupçonner qu'un commerce intime avec les femmes pourrait bien être la cause des aileclions des parties génitales, dont on avait si long-temps cherché la source dans l'influence qu'on supposait exercée sur ces parties par les organes intérieurs, qu'on imagina des procédés divers tendant à les prévenir après un coït suspect.

Un des plus anciens moyens auxquels on eut recours, consiste en des lotions avec l'urine, le vin tiède ou le vinaigre. Nous le trouvons indiqué par Gadesden , qui vivait au quatorzième siècle. Arnaud de Villeneuve, Guillaume de Salicet, Massa, et beaucoup d'autres, ont aussi conseillé les lotions avec le vinaigre, même avant le coït, comme un préservatif assuré. Il y a plus d'un demi-siècle qu'un médecin français, nommé Malons, fit tous ses efforts pour arracher ce moyen h l'obscurité dans laquelle il était tombé , et lui rendre son ancienne splendeur. D'un autre côté, Bayford crut qu'un acide plus actif que le vinaigre ne pouvait manquer d'êlre plus eflicace, et proposa en conséquence de recourir à celui du citron, étendu dans une certaine quantité d'eau. Harrison a renouvelé, dans ces derniers temps, le conseil déjà donné par Gadesden, Fallope et Paulmicr, de se laver avec sa propre urine, après avoir eu commerce avec une femme

DliS MALAUIliS VliKÉRIEISMiS. ()Oy

suspecte. Peyrilhe proposa les lotions avec l'ammoniaqae étendue d'eau, que Cirillo assurait être en usage de son temps parmi les Italiens, et dont on se sert fréquemment aussi dans les contrées septentrionales de l'Europe. L'eau de chaux , récemment préparée , a compté de même un grand nombre de partisans. Mais le plus célèbre, ou du moins le plus vanlé de tous les préservatifs, est la dissolution de potasse caustique dans une assez grande quantité d'eau pour qu'elle ne lasse, lorsqu'on la met dans la bouche, qu'imprimer une saveur légèrement styptique sur la langue, en décaper pour ainsi dire la surface, et la nettoyer de toutes les mucosités qui la couvrent. Fordyce a le premier fait mention de ce pré-servatif, auquel Waren, Mederer et Hunter prodiguent de grands éloges, et qui mériterait en eft'et d'être préféré à la dissolution de savon et à la lessive de cendres, si communément employées, au mélange de siv ou huit gouttes d'essence de térébenthine dans »in verre de bon vin, qu'Ettmuller conseillait, aux eaux distillées de gayac et autres plantes, tant vantées par Fallope, et préconisées encore, depuis lui, par Thiéry de Héry, h la dissolution d'alun, dont Malons assurait avoir obtenu de très- bons effets, à celle de sous-acétate de plomb , que Hunter croyait presqu'infaillible , à celle de vert de gris dans l'ammoniaque, et h une foule d'autres préparations analogues, qu'il serait aussi long qu'inutile d'énumérer ici.

Ces moyens ont tous , plus ou moins , l'inconvénient d'émousser graduellement la sensibilité des parties génitales , et ce reproche s'adresse surtout aux plus actifs d'entre eux. Mais ils peuvent entraîner des résultats encore pkis fâcheux. Ainsi Girtanner assure avoir vu la so-

lulion (le potasse causlique causer fréquemment, sous le iVein du prépuce et autour de la couronne du gland , des ulcères sordides et de mauvais caractère, simulant parfailcmcnt quelques uns de ceux qui se manifestent à la suite du coït. « II est vraisemblable, ajoute-t-il , qu'elle ne produit cet effet que parce qu'enlevant toutes les mucosités que la nature a étendues sur les organes génitaux pour en ménager la vive sensibilité , elle agit avec beaucoup plus d'intensité encore sur l'épiderme mince et délicat qui les couvre, qu'elle le ronge, le corrode, et détermine de cette manière des accidens bien plus graves et bien plus redoutables que ceux qu'on cherche à prévenir en y ayant recours; l'irritation est en effet beaucoup plus vive alors; elle porte directement sur les papilles nerveuses, dans le même temps qu'elle agit sur une surface plus étendue. » Il ne faut prendre , dans ce passage de Girtanner, que le fait qu'il exprime , et laisser de coté la théorie chimico-mécanique de l'auteur, qui , à l'instar de tous les autres écrivains sur les maladies vénériennes, oublie que les corps irritans , de quelque nature qu'ils soient, agissent sur des surfaces vivantes, et non sur des corps inertes. On ne doit pas cependant perdre non plus de vue que ce sont ces fausses idées théoriques qui ont conduit à l'usage des préservatifs excitans ou cathérétiques. Bell nous le prouve quand il dit que , si les lotions simples échouent si souvent , on doit probablement attribuer ce défaut de succès à ce que le virus est d'une extrême subtilité, et qu'il adhère si intimement aux parties qu'il a pénétrées, qu'on est obligé, pour l'enlever, de recourir h des substances non seulement trèssubtiles outrés-pénétrantes, mais encore capables de dé-

Drs MAL.\niES VÉM-R!E>i.\ES. ()0()

Iruire l'union intimo qu'il a contractée avec les organes qui l'ont reçu.

Quoi qu'il eu soit, pour obviera tous les inconvéniens des applications slinuilanles, on imagina d'enduire les organes génilaux de substances grasses et huileuses, par le moyen desquelles on se flattait d'opposer à l'impression directe de la matière contagieuse un corps intei^médiaire, incapable cependant d'émousser la sensibilité ni d'irriter les parties. Cette pratique s'introduisit principalement en Angleterre et en Italie; mais son incertitude l'a fait abandonner.

Le préjugé, si long-temps répandu , qui faisait attribuer au mercure des propriétés spécifiques et infaillibles contre les maladies vénériennes, suggéra l'idée d'employer aussi ses diverses préparations en guise de moyens propbvlactiques. Falk, un des premiers qui conçurent l'espoir de réussir ainsi, recommandait de se frotter les aines avec l'onguent mercuriel, après le coït. Harrison voulait, au contraire, que la friction s'effectuât, avant l'acte vénérien, sur le membre viril tout entier, tandis queAAaren jugeait suflisant de la faire sur le gland seul. Hunier regardait les lotions ou injections avec la dissolution de sublimé corrosif comme un moyen infaillible, sur l'eflicacité duquel Harrison fondait aussi de grandes espérances. Assalini proposa de faire usage, avant d'avoir aucune relation avec les femmes, d'une préparation qui consiste à prendre un peu de calomelas en poudre, dans la paume de la main, à l'y délayer avec de la salive, et h s'en frotter ensuite tout le gland, ainsi que le prépuce et le reste du membre viril. Falk avait déjà conseillé les injections, après le coïl, avec un mélange de mercnrc doux et d'eau,

el d'aulrcs les lolions avec le mercure miellé ou térébenthine, lenu eti suspension dans suffisante quantité d'eau. D'autres préparations mercurielles, sous forme liquide, ont été également vantées. Telle est surtout l'eau végétoniorcurielle de Prossavin , qui n'est autre chose f|u'une dissolution de tartrate de mercure. On connaît le fameux préservatif de Guilbert de Prêtai, qui fit expulser ce médecin de la faculté de Paris. L'eau phagédénique, a été préconisée par Ciczan , comme un prophylactique certain.

Les écrits de Torella, de Cataneo et d'Almenar indiquent une foule d'autres moyens, tels qu'une bande serrée h la racine de la verge, la succion de cette dernière ah aliqua vili peisona, l'application du bol d'Arménie, du sang-dragon, de la racine d'asphodèle, d'un pigeon évcntré, d'une 'grenouille coupée en deux, et une foule d'autres encore, tous tombés en désuétude aujourd'hui, à l'égard desquels il est par conséquent inutile d'entrer dans des détails qui ne feraient qu'inspirer un insurmontable dégoût. Un autre, d'un genre nouveau, a captivé la confiance des modernes. Il consiste en de petits sacs préparés avec l'appendice cœcal des animaux, qu'on fait sécher, après l'avoir bien lavé, et qu'on assouplit ensuite en le frottant entre les mains avec du son et un peu d'huile d'amandes douces. Ces sachets, h. part même les solutions de continuité, les éraillemens qu'ils peuvent offrir, et leur perméabilité, ne garantissent que la verge, laissant le scrotum et la région pubienne exposés h la contagion. Considérés soiis le point de vue de l'usage auquel on les destine, ils n'offrent qu'un préservatif infidèle, et que la

nr.S M.VL.VDIKS VÉM'.niENNES. f)ll

fausse sécurilé qu'il inspire rend d'autant plus dangereux; mais quand on les envisage par rapport à la morale, ils ont de bien plus graves inconvéniens dont la pudeur publique s'est vengée en déshonorant à jamais la mémoire et le nom de leur inventeur. Que des écrivains d'une moralité facile en vantent le honteux emploi, les équivoques avantages, et plaignent leur auteur d'avoir été accueilli, non avec reconnaissance, mais avec mépris, je n'en répéterai pas moins, au risque d'être encore appelé un censeur morose, .ces paroles d'Astruc : Certe minons constat secura vcnere tantmn utl, quam ita turpi putidoque invento, vec tamrn s'nic pericuto, tam cassa, Icvi et evanida vofuptate pottri.

Je ne parlerai pas des préservatifs internes qu'on a préconisés et débités à diverses époques. L'impossibilité d'obvier, par leur moyen, à la manifestation des accidens vénériens, tombe trop aisément sous les sens, pour qu'il soit nécessaire de s'appesantir sur l'histoire de ces pi^ges grossiers que le charlatanisme tend à l'ignorance crédule et dépravée.

Il n'est pas un seul des prophylactiques dont j'ai fait l'énumération sur lequel on puisse se reposer avec confiance. La plupart même nuisent à ceux qui en font habituellement usage, quelquefois en émoussant la sensibiiilé, dans d'autres cas en l'exaltant , ce qui produit précisément l'effet qu'on veut éviter , souvent en introduisant des substances nuisibles dans l'économie , parfois enfin en inspirant une sécurité sans fondement , qui empêche de recourir à des précautions dont il serait possible d'obtenir des résultats plus satisfaisans. Aussi a-t-on fini par dire qu'il n'existait pas de préservatif réel contre

()12 TUAITÏi

la vérole, et que le seul moyen, de s'en garantir était de ne point s'exposer à ses atteintes.

Colle assertion est incontestable si l'on entend parler d'un préservatif infaillible, qui ne manque son effet ni dans aucune circonstance, ni chez aucun sujet , car il n'y a pas , dans la nature entière , une seule substance dont l'action sur l'économie animale soit , je ne dirai pas seulement toujours identique, mais même constante. Il me semble néanmoins qu'ici , comme dans presque tout ce qui concerne les affections des parties génitales, on a été induit en erreur par de fausses théories , et entraîné par elles bien au-delà des limites du vrai. La notion d'un virus aussi singulier par sa subtilité inconcevable que par la faculté qu'on liù accorde de revêtir successivement , simultanément même , les formes les plus disparates et les plus contradictoires, a été une source féconde de trouble et de confusion. Les anciens, qui n'avaient pas créé ce virus, et que leurs doctrines médicales éloignaient même de tout ce qui aurait pu les mettre sur la voie d'une semblable conception théorique, ne pensèrent jamais qu'il fût possible de se préserver des suites désagréables qu'entraîne souvent l'acte vénérien, parce que jamais non plus ils ne songèrent à les attribuer à leur véritable cause , et qu'ils bâtirent de bizarres hypothèses pour s'en rendre raison. D'ailleurs les maux vénériens étaient alors moins graves qu'ils ne le sont aujourd'hui , tant parce qu'on s'occupait davantage de les combattre localement, que parce qu'on ne les rattachait pas à une multitude d'affections qui n'ont d'autre rapport avec eux qu'une simultanéité fortuite d'existence , et surtout parce qu'on ne leur opposait point des méthodes de traitement plus

DP.S MALADIES VÉni'iajiMNES. QlS

dangereuses et plus nuisibles qu'eux-mêmes ne pourraient l'être jamais. L'idée de recourir à des préservatifs dut naître , au contraire , dans le cours du moyen âge, lorsqu'on s'aperçut enfin que c'est le coït qui entraîne immédiatement les résultats qu'on avait été jusqu'alors si éloigné de lui attribuer. Elle date , en effet , du temps même où l'on commence h rencontrer des traces de l'état morbide désigné sous le nom d'impuretc des femmes , et cette impureté , que les doctrines galéniques faisaient regarder comme une matière sordide et putrescente, susceptible d'irriter les organes de l'homme, quand elle séjournait à leur surface , on croyait possible de l'enlever par des procédés mécaniques et d'une exécution facile. L'admission du virus vénérien ne permit plus de croire à l'efïi^ cacité de moyens aussi simples , et devint la source de divagations interminables sur la nécessité prétendue de déraciner ce virus opiniâtre par des substances très-énergiques , de le combattre par des agens auxquels on accordait la faculté soit de le neutraliser, de le dénaturer, avant qu'il eût lésé l'organisme, soit de détruire les effets qu'il avait eu déjà le temps de produire.

Reportés, par la force même des choses, au point de départ de cette longue série d'hypothèses gratuites, c'està-dire à l'idée simple et naturelle des médecins du moyen âge, qui ne voyaient, dans les maux vénériens , que des irritations, des inflammations, dues à l'impression faite sur les parties génitales d'un individu sain, par le produit des sécrétions qui ont lieu dans celles d'un autre individu malade, nous nous trouvons également ramenés à l'emploi de moyens prophylactiques très-simples, et qui consistent uniquement dans l'observation rigoureuse des lois

gi4 TR\ITÉ

de h propreté. Cependant il ne faut pas perdre de vue que certaines précautions sont nécessaires , indispensables même, au succès de ces moyens. En effet, les symptômes vénériens, les ulcérations , par exemple , ne se montrent le plus souvent qu'à la couronne du gland, ou sur les côtés du filet , lieux qui présentent des enfoncemens dans lesquels le liquide irritant peut séjourner. Or, sces endroits sont ceux qu'il faut nettoyer avec le plu» de soin. Peu importe la substance avec laquelle on pratique les lotions. Au moyen âge, on ne faisait guère usage que de l'eau pure; c'est elle seule que Brassavola conseille, et c'est elle encore dont Boerhaave vante les bons effets. Cependant il n'y aurait pas le moindre inconvénient h lui substituer, soit l'eau acidulée , soit l'eau de chaux, soit seulement la lessive de cendres. Peut-être est-ce à l'obligatioo que la loi religieuse fait aux Orientaux de se mettre dans le bain après le coït, que ces peuples doivent de compter parmi eux, proportion gardée, si peu de personnes qui soient atteintes de maladies vénériennes; et dans nos climats même, s'il était possible d'établir des calculs à cet égard, on verrait, je n'en doute nullement, que la majeure partie des véroles se trouve parmi les gens qui négligent les soins habituels impérieusement prescrits par la propreté. Le sentiment que j'émets, relativement à la cause de l'insuffisance des prophylactiques liquides conseillés jusqu'à ce jour, est confirmé par la situation des ulcères que certains de ces liquides eux-mêmes font naître quelquefois, lorsqu'on n'apporte pas les précautions nécessaires dans l'usage qu'on en fait. C'est autour du fJet que le liquide se rassemble en plus grande quantité, qu'il séjourne quand on n'a pas l'attention de l'es-

»KS MALABIfiS VKNi»IlîM«E8. 910

suyer exactement, et qu'il produit des excoriations; c'est aussi en cet endroit que les liquides puisés dans le vagin s'accumulent de préférence ; c'est donc de là qu'il importe surtout de les chasser. De même on sait que , chez les femmes, les chancres ne se voient, la plupart du temps, qu'entre les grandes et les petites lèvres. Telle est, sans doute, la meilleure manière, la seule même, d'expliquer pourquoi on rencontre plus rarement des ulcérations sur le gland , quoiq^u'il soit la partie la plus exposée à l'infection. Cette explication me parait du moins préférable h celle deHunter, qui prétendait, d'une manière purement gratuite , que , pendant l'acte de la copulation , le gland transsude une humeur oactueuse qui empêche le virus d'agir sur lui. D'ailleurs l'expérience constate que les hommes dont le gland se trouve liabi tuellement à découvert , sont moins sujets que d'autres aux maux vénériens , notamment aux chancres. Il est vrai que cette prérogative a été attribuée à l'émoussement de la sensibilité; peut-être tient-elle en partie à cette cause; mais on ne saurait douter qu'elle ne dépende principalement du moins de facilité qu'ont alors les liquides irritans à séjourner autour de la base du gland et dans la rainure longitudinale qu'il présente du côté de l'urètre. Schotte nous apprend que les Nègres d'Afrique sont sujets à des chancres qui proviennent uniquement de la malpropreté, et dont ces peuples réussissent à se préserver par la circoncision , qui n'est point chez eux un précepte religieux, mais une simple précaution hygiénique. L'humeur que sécrètent les glandes placées à la base de cet organe, doit effectivement s'altérer avec promptitude dans les climats chauds, et y acquérir

(JlC) TRAITA DES MALADIES viNÉRIENNES.

des qualités irritantes , qui la rendent susceptible de provoquer une phlegmasic ulcéralive à la surface du gland, comme elle fait si souvent lorsqu'un phimosis naturel favorise son séjour. C'est une observation qui n'avait point échappé à la sagacité des anciens , car Celse dit : yEstatc ulcéra, cum in cœleris quidem partibus , tum maxime obscœnis, oriri soient.

Au reste, en recommandant les lotions assidues et bien faites, à titre de moyen prophylactique, je suis fort éloigné de les présenter comme infaillibles, car elles ne peuvent être utiles que quand on les pratique immédiatement après le contact suspect, et même dans ce cas l'excitabilité individuelle , exaltée encore par l'orgasme vénérien , peut être telle que nulle précaution subséquente ne soit capable d'empêcher l'impression faite sur elle, par une cause irritante extérieure , de s'élever jusqu'à un degré qui constitue la maladie.

Page 1