ARTICLE V
DU SCLFURE DE MERCUnE.
Le sulfure de mercure porte le nom de cinabre quand il est rouge , et celui à'éihiops mercuricl lorsqu'il a une teinte violette très-foncée ou noirâtre.
Les Arabes ayant employé les vapeurs de cette substance pour guérir les maladies de la peau , on s'en servit aussi contre les exanthèmes qui caractérisaient spécialement l'épidémie du quinzième siècle , et , avec le temps , contre les maladies vénériennes elles-mêmes , lorsqu'on les eut considérées comme une dégénérescence de cette dernière. On faisait alors les fumigations sous un pavillon étroit et peu élevé , qui portait le nom d^archet. Quelques médecins, Jean de Vigo entre autres, ne permettaient pas au malade de tenir la tête hors de cet appareil, et l'y tenaient renfermé jusqu'à ce qu'il commençât à suer, le mettant ainsi dans la nécessité de E(espirer la vapeur mercurielle mêlée au gaz acide carbonique qui se dégageait du réchaud placé entre ses jambes. D'autres, tels que Massa, lui laissaient la faculté de tenir la tète hors de l'archet, lorsqu'il ne pouvait résister h la fumée. On fiiisait, autant que possible, ces fumigations tous les jours , le matin , et on les continuait , de même que les frictions , avec lesquelles on les faisait parfois alterner , jusqu'à la disparition totale des symptômes vénériens. Si l'état du sujet l'exigeait, on ne les administrait que tous les deux ou trois jours, ou môme à de plus longs intervalles. Dans certains cas on se contentait de diminuer la quantité de poudre fumigatoire. Mais, en général, on
employait celle-ci à très-haute dose, par exemple h celle de trois ou quatre gros. On mêlait de l'encens , du styrax, de l'oliban, de la myrrhe, du mujc, du benjoin, do l'aloès , et d'autres substances odor.-intes , au cinabre. Souvent aussi on y ajoutait du sublimé, de l'antimoine, du précipité rouge, pour le rendre plus actif, ou de l'étain et du plomb, dans l'espoir chimérique de modérer son action. Massa , Mattioli , Lobera , Tallope et Rondelet ne craignaient pas d'y associer Je suHure d'arsenic.
Les fumigations cinabarines furent enfin abandonnées. Un empirique, nommé Lacharbonnière, essaya vainement de les remettre en honneur, vers le milieu du siècle dernier. Les efTorts do Dionis , de Marteau et de C-hevalicr échouèrent également. Les perfectionnemens apportés par M. i^arcet aux appareils fumigatoires , et quelques succès obtenus tant à l'hôpital Saint-Louis, qu'en Angleterre par M. Pearson , et à Lyon par M. Rapou, les ont tirées de l'oubli, dans ces derniers temps.
Si l'on voulait y recourir , il faudrait procéder en tous points comme dans le traitement par les frictions , sous le rapport des moyens préparatoires , du régime et des précautions k prendre pendant l'administration des vapeury. La dose de cinabre, pour chaque fumigation, est d'na ou deux gros , avec de l'oliban. Le mélange étant bieft pulvérisé, on le répand d'une manière lente et uniforme h la surface d'un brasier. Le malade doit se mettre au lit en sortant de l'appareil.
Les fumigations locales ont été aussi très-usitées jadis , et elles le sont encore quelquefois aiijourd'hui dans les affections vénériennes de la gorge et du nez. Petronius conseillait d'unir le cinabre h de la cire, et d'en former
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des bougies ; après avoir allumé ces dernières , on on fait parvenir la fumée dans la bouche et les narines , ou bien on y expose les parties ulcérées. Cette méthode , qu'Astruc dit être fort répandue h la Chine, n'a pas compté beaucoup de partisans en Europe. On préfère, avec raison, réduire le cinabre en vapeurs par le même moyen que dans les fumigations générales , et se servir , soit du chevalet indiqué par Lalouette ou de tout autre meuble analogue , soit d'un entonnoir de papier , pour diriger ces vapeurs vers la partie qu'on veut soumettre à leur action.
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ARTICLE YI.
DES lODURES DE MERCURE.
Les deux iodures de mercure, indiqués seulement par M. Coindet , n'avaient point encore été essayés , lorsqu'on 1821, M. Bieit entreprit des expériences sur eux, et reconnut bientôt qu'ils jouissaient d'une propriété excitante très prononcée , qui pouvait les rendre utiles dans les ulcères chroniques , particulièrement dans ceux qu'on regarde comme des symptômes de la vérole dite constitutionnelle. Le deuto-iodure , plus actif que le protoiodure , l'emporte même h cet égard sur le sublimé corrosif. Il a quelquefois suffi de le laisser pendant peu d'instans en contact avec la peau pour qu'il y déterminât une inflammation érysipélateuse très-vive et très-intense. On ne saurait donc exercer trop de surveillance sur lui lorsqu'on se décide h le mettre en usage.
On peut employer ces deux composés à l'intérieur et h l'extérieur.
A l'intérieur, tantôt on les donne sous forme pilulaire, tantôt on prescrit leur dissolution dans l'alcool ou l'éther.
En incorporant un grain de l'un ou de l'autre dans douze grains d'extrait de genièvre ou de saponaire, avec suffisante quantité de poudre de réglisse, on obtient une masse qu'on divise en huit pilules, dont le malade prend deux le matin et deux le soir. Peu à peu, on porte la dose h quatre pour chaque prise.
La solution alcoolique d'iodure de mercure se prépare avec vingt grains de ce composé et une once et demie d'al-
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cool h trente -six (îejïrcs. Yingt-six gouttes de cette liqueur contiennent h peu prè;s un huitième de grain d'icdure. On la prescrit, h la dose de dix, quinze ou vingt gouttes, dans un verre d'eau distillée, car l'eau ordinaire la décompose avec Leaucoup de facilité.
La composition de la solution éthéréc est la même que celle de la précédente; mais cette préparation étant plus active, il faut la donner h moins forte dose.
C'est principalement dans les complications des maladies vénériennes avec les affections scrofuleuses, qu'on a conseillé l'administration de ces diverses substances à Tinlérieur.
Pour l'usage externe, on lait, avec vingt grains d'iodure de mercure et une once et demie d'axonge, une pommade, qui paraît être très -efficace pour hâter la cicatrisation des ulcères indolens. Celle dans laquelle entre le deuto-iodure est plus excitante que l'autre, et doit être employée en moins grande quantité. Toutes deux produisent quelquefois la salivation.
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