ARTICLE IV
DU DEUTOCHLOnURE DE MERCURE.
On ignore h. quelle époque l'usage du deutochlorure de mercure, vulgairement appelé subllmô corrosif, s'est introduit en médecine. Ce qu'il y a de certain, c'est que les Arabes, tels que Geber et Rhazès, le connaissaient déjh; mais ils ne l'employaient qu'à l'extérieur, pour réprimer les bourgeons celluleux trop développés des ulcères. Ou ne tarda cependant pas h le faire entrer, même à dose assez forte , dans les onguens recommandés contre la gale et diverses autres maladies cutanées. Basile Valentin passe pour être le premier qui l'ait donné à l'intérieur : il en prescrivait quatre grains, avec de la ihériaque, dans les cas de cancer et d'ulcères malins; on ne sait toutefois pas comment il administrait cette mixture. Tout porte ?» croire que ce fut surtout l'écoie de Paracelse qu^ répandit l'usage du sublimé. Mais, quoique ce composé semble avoir fait , pendant long-temps , la base d'une foule d'arcanes , dans lesquels on cherchait h le masquer de mille manières différentes, comme le prouve entre autres la fameuse huile nicrciirielle de Digby, qui n'était qu'une dissolution de sublimé , il faut descendre jusqu'il la fin du dix-septième siècle et au commencement du dix-huitième , pour le voir passer des mains des empiriques et des charlatans dans celles des médecins, qui étudièrent son action sur l'organisme , et allèrent à la recherche des cas dans lesquels on peut l'employer sans nuire. Blancaard et Friccius le recommandèrent avec instance. Hermann ic donnait en pilules, à la dose
de deux grains, avec la poudre de réglisse, et faisait boire ensuite une grande quantité d'eau de menthe et de bouillon gras. Hoflniann en prescrivait un grain dissous dans une once d'eau. Bocrhaave adopta celle formule, mais il édulcorait la dissolution avec un gros de sirop de violettes, et il assurait qu'un gros de ce mélange, pris en deux ou trois doses , durant le cours de la journée , produit, entre les mains d'un médecin prudent, des effets admirables dans plusieurs maladies rebelles h tout autre moyen.
Encouragé par l'exemple de son maître, et plus encore par les lettres de Sanchez , qui lui apprirent que la dissolution de sublimé dans l'eau-de-vie de grain était le remède populaire des paysans de la Sibérie , parmi lesquels, au rapport de Georgi et de Gmelin, il est usité depuis 1707, contre les maladies vénériennes , Van Swieten adopta cette méthode, et, après plusieurs tàtonnemens, traça des règles fixes pour l'emploi méthodique du sublimé à l'intérieur. Il dissolvait douze grains de cette substance dans deux livres d'alcool de grain , donnait malin et soir une cuillerée do cette liqueur, c'est-à-dire cliaciue fois un quart de grain de sublimé , car la cuillerée contient une demi- once, et faisait boire, immédiatement après, une livre de décoclion émollienle, coupée avec un tiers ou un quart de lail. Les malades, pour la plupart, vaquaient à leurs affaires et prenaient l'air pendant l'usage du remède , à moins que la saison ne fut froide ou humide, et plusieurs même, que leur situation empêchait de se soumettre h aucun régime , ne souffrirent pas de se présenter en public, quelque temps qu'il fît. Lorsque la guérison marchait avec trop de lenloui-, ou quand la
DES MALADIES vixÉRIENNES. i^O'
maladie était invétérée , on portait la close jusqu'à deux cuillerées matin et soir, ce qui faisait un grain par jour. Six semaines suffisaient ordinairement pour faire disparaître les symptômes récens j mais, dans les cas d'accidens anciens , le traitement se prolongeait pendant deux et même trois mois. Van Swielen l'interdisait d'ailleurs à ceux qui avaient la poitrine délicate , aux personnes trop irritables et à celles qui étaient sujettes aux hémorragies. On doit remarquer que Van SAvieten n'établit pas sa mélbode sur ses propres observations, mais sur celles de son disciple Locher, médecin d'un des hôpitaux de\ienne, qui, pendant huit années , traita de cette manière quatre mille huit cent quatre-vingts vénériens. Locher prétend avoir guéri tous ces malades, et n'avoir jamais observé aucun accident; assertion démentie formellement par Brambilla, qui dit, au contraire, qu'entre ses mains le sublimé détermina un grand nombre d'hémoptysies, de phlhisies, de cécités, de surdités etd'avortemens.Quoi qu'il en soit, tous les chirurgiens de l'armée autrichienne reçurent l'ordre d'employer ce remède, et tous, pour flatter l'archialre , lui prodiguèrent les plus grands éloges. 11 en fut de même en Angleterre, d'après la recommandation de Prinde. Bientôt l'usaççe du sublimé devint général en Europe, et les objections pressantes d'une multitude de praticiens, dans le nombre desquels on distingue Lentin, Mertens, Gartheuser , Cirilio, Astruc, Fordyce, Pibrac, Richlcr, SY,'ediaur, "\^'athen , Toda et Girlanncr, furent insuffisantes pour contrebalancer les éloges que lui protliguaient d'autres médecins non moins recommandables, tels que llacn, Stœrk, Stoll, Spielniann, Cullen, Gardanne, M. Cullerier et une foule d'aulros.
499 TR.VIxt
Cependant In formule de Van Swieteu n'a point été conservée dans sa pureté primitive. Actuellement , en France, au lieu d'esprit-de-grain, on emploie l'alcool de vin, et l'on n'en prend que la quantité strictement nécessaire pour dissoudre le deutochlorure , après quoi l'on y ajoute de l'eau distillée, comme le prescrit notre nouveau Codex. On peut même, ce qui vaut mieux encore, se borner à cette dernière seule, ainsi que l'a proposé Bona, et que le pratiquaient déjà plusieurs anciens médecins. Il n'est plus question d'ajouter au mélange de l'hyt drochloratc d'ammoniaque, qu'on croyait jadis propre à rendre la dissolution plus parfaite, et qui figurait taut di\fis dans la fameuse teinture mercurielle de Lagaraye, et la solution inercurieUe de Weikard, que dans la solution majeure et la solution mineure do Gardanne, préparalions également oubliées toutes aujourd'hui.
Quant aux proportions des diverses substances .qui constituent maintenant la liqueur de Van Swieten, l'usage est de dissoudre huit grains de sublimé dans un gros d'alcool, et d'étendre ensuite ce dernier dans deux livres d'eau distillée. En supprimant l'alcool, et conservant les proportions respectives des deux autres composans, on a l'avantage d'obtenir une liqueur dont chaque once contient très-exactement un quart de grain de sublimé. Mais il importe de se rappeler que le Codex prescrit des proportions doubles, c'est-à-dire huit grains de sublimé, quinze onces et demie d'eau distillée et une demi-once d'alcool, de sorte que, suivant cette formule, à laquelle on doit accorder la préférence, comme étant plus facile J» fractionner, chaque onco de liqueur contient un demigrain de deutochlorure. Je dois faire observer aussi que.
DES MALADIKS VÉSÉRIENNES. /t^Ô
dans le Formulaire des hôpitaux militaires, où l'on a été obligé d'adopter les nouveaux poids, le deutochlorure est, à l'égard de l'alcool , dans la proportion d'un à cent , et à celui de l'eau dans celle d'un à neuf cents, de sorte que cent grammes, qui correspondent à environ trois onces et un quart, contiennent presque exactement un décigramme, ou deux grains, de sublimé, proportion plus forte que dans la formule du Codex.
On a coutume de prescrire cette liqueur par cuillerées, dans une cuiller de bois, d'os ou d'ivoire, afin d'éviter l'action, sur la préparation mercurielle, des métaux, qui la décomposeraient. Mais, comme la capacité de ces inslrumens domestiques varie beaucoup, il y a un grand avantage à suivre le procédé recommandé par M. Lagneau, qui consiste à se servir d'un verre h vin de Champagne, sur le dehors duquel on marque, avec des bandelettes de papier, les hauteurs auxquelles s'élèvent un quart d'once, une demi-once et une once d'eau distillée. Du reste, il faut avoir soin de bien remuer la bouteille qui contient la liqueur, chaque fois qu'on en fait usage.
Le traitement par la liqueur de \an Swieten n'a jamais été décrit avec autant d'apparat que celui par les frictions. Il exige cependant beaucoup plus de soin et de précautions, le deutochlorure de mercure étant un des poisons les plus redoutables que l'on connaisse. Voici quelles sont les règles h suivre pour éviter tous les accidens. J'admets que le médecin emploie une solution contenant un demi-grain de sublimé par once de véhicule.
Le malade doit être préparé comme poui^ les frictions ; ainsi on le met au ré<;ime et à l'usase des bains, des dé-
4g4 TRAITÉ
lavans. On peut seulement ne pas être aussi sévère sur l'article des purgatifs, qui sont, dit M. Lagneau , moins utiles que dans l'autre mode de traitement, parce que, continue le même écrivain , « ils affaiblissent l'iiifluence de V irritation que le sublimé porte sur les premières voies, et qui paraît être la cause ordinaire des embarras gastriques qu'on observe assez souvent pendant l'emploi du remède. » Au bout de huit ou dix jours, on commence à administrer la liqueur, pourvu qu'il n'y ait pas de symptômes inflammatoires, car il faudrait d'abord combattre ces derniers, et ne commencer qu après leur cessation.
En général, on prescrit d'abord, le malin, h jeun, une demi-once ou une cuillerée de liqueur. Le lendemain, on en donne trois quarts d'once, ou une cuillerée et demie. Le troisième jour, oq> en fait prendre une once, ou deux cuillerées, quantité qu'on ne dépasse jamais dans la suite.
11 est avantageux de partager chaque dose journalière en deux portions, l'une pour le malin et l'autre pour le soir.
Quelquefois l'estomac est tellement susceptible, qu'on est obligé de fractionner encore davantage la dose, ou même de commencer par une plus faible, c'est-à-dire par un quart d'once, ou une demi-cuillerée.
Ainsi, on commence par un quart de grain de sublimé, on en donne ensuite trois huitièmes de grain, et l'on arrive par degrés jusqu'à un demi-grain. Quelquefois ou débute par un huitième de grain seulement.
Il ne faut pas que le malade prenne la liquexir seule. Elle ne manquerait presque jamais de lui causer des coliques violentes. On la mêle communément avec quatre
DES MALADIES VJ-NliRIENJÎES. 49^
oif cinq onces d'eau d'orge mondé, de décoction de graine de lin, d'infusion de guimauve, de lait pur ou coupé. Si, malgré celte précaution, elle irritait encore l'estomac avec trop de force, il faudrait l'administrer dans du lait édulcoré, de l'eau de gomme, une potion gommcuse, un looch gommeux, quelques onces de syrop de guimauve ou de syrop de gomme arabique. On se trouve parfois très-bien de l'étendre dans une pinte d'une tisane adoucissante quelconque , qu'on fait boire par verrées , dans le cours de la matinée, en mettant une heure d'intervalle entre les prises (i).
Il est de règle qu'après avoir pris la liqueur, le malade évite tout ce qui pourrait la troubler dans son action. En conséquence, il ne doit boire et manger qu'au bout de quelque temps. Si sa compicxion est robuste, et s'il porte h la peau des affections dont le caractère inflammatoire soit bien prononcé, il lui convient de prendre un bain tous les deux, quatre ou huit jours. Dans le cas contraire, il peut éloigner les bains à de plus grands intervalles, parce qu'on ne les prescrit alors que pour favoriser la transpiration; il peut même s'en abstenir entièrement,
(i) Je dois faire remarquer à celle occasion que les substances vé» gélales et animales ajaul toutes, d'après les expériences de M. Boullay, la propriété de décomposer le sublimé corrosif dissous, dans un temps variable pour chacune d'elles, le mélange ne doit être opéré qu'à l'instant même où le malade avale la liqueur. Il convient surtout d'éviter le lait, dont l'usage est si général, parce qu'il convertit le deutochlorurc en prolochiorurc, Iccpiel se combine avec les parties bulireuse el caséeuse, et produit ainsi un composé qui se dissout dans l'excédant du laji. Il se forme en même temps un peu d acide bydrocblorique et d'eau. L'eau distillée est donc le seul véliicule sur lequel on puisse compter, rigoureusement parlant.
496 TRAIxâ
et ics remplacer par de simples lolions avec l'eau pure et savonneuse. Le choix de la tisane est peu important, pourvu (ju'elle soit légère et adoucissante. Ainsi on peut employer h volonté l'eau d'orge, de chicorée, de chiendent ou do réglisse, seule ou coupée avec du lait, l'eau sucrée, l'eau édulcorée avec le syrop de guimauve, de gomme ou de capillaire, la décoction de hardane, la tisane de saponaire, etc. Quant au régime, la sobriété et la modération en tous genres sont de rigueur. Les personnes robustes doivent surtout être circonspectes dans le choix et la qualité de leurs alimens. Il faut renoncer h toutes les substances acres, épicées, h toutes celles qu'on appelle échauffantes, aux ragoûts, aux viandes salées ou fumées, au vin, au café, aux liqueurs, et se permettre au plus un peu de vin étendu de beaucoup d'eau, ou une bière très-légère, et des soupes aux herbes, des légumes, des viandes blanches. Si les accidens locaux ne s'y opposent pas, l'exercice est très avantageux , pourvu qu'on se garantisse du froid et de l'humidité, en sorte qu'il convient de porter des vétemcns de flanelle sur la peau, principalement en hiver et dans lés saisons pluvieuses.
Aucun auteur n'établit des règles fixes et invariables relativement à la quantité de deutochlorure de mercure qui est nécessaire pour compléter le traitement. Douze, quinze, dix-huit, vingt ou vingt-cinq grains suffisent dans beaucoup de cas; mais, dans d'autres, il en fout jusqu'à trente, trente-six, quarante et même quarante-cinq. La seule précaution que l'on recommande est de ne pas prendre pour mesure la disparition des symptômes, parce que le sublimé est , de toutes les préparations mcrcurielles.
DES MALADIE VÉMlllIliNXES. 497
celle qui en procure le plus promptcment l'extinction, et qu'ils sont sujets à récidiver lorsqu'on s'arrête trop tôt.
Beaucoup de médecins conseillent de terminer le traitement par un purgatif; mais d'autres, parmi lesquels se range M. Lagneau, croient qu'on peut très bien s'en passer, et qu'on ne doit y recourir que quand l'indication est bien positive.
Les avantages que l'on accorde h cette méthode sont de guérir aussi sûrement et aussi promptcment que les frictions, de ne point gâter le linge, de ne pas être accompagnée d'une malpropreté dégoûtante, de permettre qu'on calcule avec précision la quantité de mercure qui pénètre dans l'économie, de procurer au malade la facilité de garder le secret, quand il y est intéressé , d'occasionner rarement la salivation, ou de n'en exciter qu'une dont l'irruption est moins subite, dont la durée et la violence sont moins considérables, et d'exiger moins rigoureusement que l'on garde la chambre. On a conclu de là que le sublimé, malgré sa grande énergie, est le remède le plus certain et le plus doux, quand on le manie avec habileté, qu'il mérite la préférence sur les frictions lorsqu'on l'administre avec circonspection , lorsqu'on sait en graduer la dose d'après la sensibilité particulière de chaque malade. D'un autre côté, on lui a reproché de provoquer des gastrites, des entérites, des hépatites chroniques, et surtout beaucoup de phthisies pulmonaires, de ne pas guérir radicalement la vérole, mais de faire, seulement disparaître les symptômes pour quelque temps, d'exposer les malades aux dangers qui peuvent facilement résulter d'un défaut de prudence ou d'attention, d'être toujours redoi;-
/;98 TIWUTÉ
lable cnlrc ilcs mains malhabiles, et enfin de favoriser les manœuvres pernicieuses du charlalanisuie.
Gardannc imagina d'administrer celle substance conciirrrmnient avec les frictions et avec quelques purgatifs. Delà résulta la méthode mixte, tant vantée parDehorne, et suivie encore aujourd'hui par un grand nombre de médecins, qui prescrivent le dculochlorurc de mercure, soit dans le commencement du traitement, h cause de la facilité et de la promptitude avec lesquelles il abat les symptômes, soit pendant que le malade prend ses dernières frictions, parce qu'on suppose qu'alors la peau n'absorbe plus autant de mercure qu'elle le faisait dans le principe. Dans ce cas , on le donnç avec quelques décoctions végé.tales, telles que les tisanes sudoriliques, le rob antisyphililique, le syrop de cuisinier, et autres préparations sur lesquelles je reviendrai plus loin.
La solution éthérée de deutochlorure de mercure est aussi employée en médecine. Lafontaine avait déjà recommandé de la préparer avec quatre grains de sublimé dans une demi-once d'élher sulfurique, et d'en faire prendre dix à vingt gouttes , matin et soir, dans une tisane mucilagineuse. M. Cheron l'a dernièrement recommandée de nouveau à l'attention des médecins. Il fait dissoudre seize grains de deutochlorure de mercure dans une once d'élher sulfurique , et admmistre ensuite le liquide soit à l'intérieur, à la dose de six à douze gouttes , dans du lait , de l'eau gommée ou de l'eau sucrée , soit à l'extérieur , en frictions , au voisinage des parties affectées de symptômes vénériens, à celle do deux gros jusqu'à une demi-once. Il propose en outre un sirop éthéré mercuriel , que l'on obtient en ajoutant à la liqueur précédente
DES M VLAniES véNfeniEXNES. 499
trente-deux fois son poids de syrop commun , c'est-àdire, prenant deux livres de ce dernier par once de l'autre, et dont la dose, do deux h quatre gros, matin et soir, peut être augmentée progressivement. De ces deux préparations la moins mauvaise est le syrop , parce qu'on n'est point obligé de le donner par gouttes , mode de prescription qu'il faut toujours éviter, dans la crainte d'une méprise funeste, lorsqu'il s'agit de substances vénéneuses. Toutes doux ont l'inconvénient de perdre peu h peu leur éther par la vaporisation, de sorte qu'à mesure qu'elles vieillissent, le sublimé se précipite, et que les dernières portions en contiennent davantage que les premières. La prudence veut donc qu'on les exclue de la matière médicale. Lefobure de Saint-Ildephont préparait avec deux gros d'alcool, quinze grains de sublimé et vingt-([uatre onces de syrop de capillaire , un syrop qu'il recommandait beaucoup , et qui pourrait être utile, en effet , si après avoir écarté l'alcool , on proportionnait les doses des autres composans , de sorte que chaque once contînt un demi-grain de deutochlorure. Quoi qu'il en soit, Lefebure prescrivait une cuillerée abouche d'abord , puis deux h trois, du sien, dans une pinte de décoction do guimauve , que le malade buvait pendant la journée. II exigeait aussi que la nourriture consistât uniquement en laitage durant tout le traitement. Cette méthode aurait fait sans doute quelque sensation , si elle avait été mise en avant par un homme d'un talent plus recommandable.
De Haen conseillait , dans les véroles chroniques et dégénérées, une mixture préparée avec trois grains de sublimé , six onces de rob de sureau , deux gros d'extrait de graliole et un gros d'extrait d'aconit. Il en faisait
prendre une cuillerée h café deux ou trois fois par jour, et mettait en même temps le malade h l'usage d'une infusion de mauve ou du bouillon de veau.
Cette préparation se rapproche de celles qui ont pour but de réduire le deutochlorure de mercure sous la forme pilulairc, dont le nombre est très-considérable, et dont l'usage a <^té introduit par J. M. Hoffmann. Ce médecin prescrivait de prendre de la mie de pain pour préparer SCS pilules majeures , qui contenaient chacune un dixième de grain de sublimé, que Petit modifia ensuite en portant la dose de cette dernière substance h un huitième de grain, et dans lesquelles Swediaur, qui y mêlait en outre de l'hydrochloratc d'ammoniaque, voulait qu'on fît entrer jusqu'h un demi-grain de deutochlorure. Mais la mie de pain ayant l'inconvénient de se durcir bientôt à tel point que les pilules passent quelquefois par les selles sans produire la moindre action , on y a substitué diverses substances , notamment la manne, la conserve de roses, la gomme arabique , l'extrait de quinquina, de saponaire , de ciguë, d'aconit, etc. , suivant les formules indiquées par Bosquillon , Double , Cirillo , MM. Pelletan , Dupuytren, Joseph Frank, Cullerier, Sainte Marie , etc. Toutes ces pilules, dans la plupart desquelles leurs inventeurs se sont attachés hnepasHiire entrer plus d'un huitième de grain de deutochlorure , et beaucoup d'autres analogues , sont réputées utiles quand les autres préparations mercuriellcs ont échoué, ou quand les circonstances en contrarient l'administration. Elles exigent les mêmes précautions et le même régime que la liqueur de Yan Swieten. Le malade en prend d'abord une, puis (]o\\x, le matin, et autant le soir, et boit , immédiatement
DES MALADIES viN^RIEKNES. Soi
après , un verre d'eau sucrée , de tisane niucllaglneuse, ou d'eau édiilcoréc , soit avec le syrop de gomme arabique , soit avec celui de guimauve.
Ce que j'ait dit plus haut de la liqueur de Van Swieten , est également applicable à toutes ces pilules. Pour peu qu'elles soient anciennes , ce n'est plus du sublimé corrosif, mais seulement du calomélas , qu'elles contiennent. On doit donc les considérer comme des préparations très-infidèles , défaut qu'on peut , h plus forte raison, reprocher au chocolat antisjp kitittqvc de Lefebure de Saint-Ildephont , et di\x\ gâteaux antivénériens de Bru, dont le deutochlorure de mercure faisait la, base.
Ce n'est pas seulement par la voie de l'estomac que l'on a administré le deutochlorure de mercure h l'intérieur. Royer a conseillé aussi de le mettre en contact avec la membrane muqueuse du rectum. Cette méthode a joui d'un certain crédit pendant quelque temps. Elle consiste h débarrasser l'intestin , au moyen d'un lavement ordinaire, et à y injecter ensuite une dissolution de deux à trois grains de sublimé dans dix ou douze onces d'eau distillée , qu'on partage en deux portions égales , l'une pour lo matin et l'autre pour le soir. Si le malade éprouve des coliques un peu vives , au lieu d'eau simple , on emploie la décoction de graine de lin , ou l'eau de gomme arabique. Il lui convient de rester ensuite une heure ou deux au lit.
Ces lavemens sont incommodes à administrer , et la plupart des malades les rejettent avant de les avoir gardés assez long-temps pour qu'ils puissent compléter leurs effets, de sorte qu'on ne les considère aujourd'hui que
Txja TUA ni
comme un auxiliaire, proj>()sal)le surtout dans les affeclions Yéuérienncs de la uiemLraiic muqueuse du rectum. Bosqiiillon les a employés avec succès chez un malade qui refuiia de se soumctlro aux frictions, et qui ne pouvait avaler aucun remède. Il commença par un quart de grain, matin et soir, et monta insensiblement jusqu'à un grain.
Le suLlimé corrosif peut être appliqué à l'extérieur, en frictions , en bains ou eu, lotions.
Clare s'en servait quelquefois pour ses frictions buccales. Dans cette vue, il en associait un grain à deux gros de tartrate acidulé de potasse et à quatre grains dobol d'Arménie en poudre.
J'ai déjh dit qu'autrefois plusieurs médecins , tels que Bolognini et xMatlioli, introduisaient une certaine quantité de deutochlorure de mercure dans l'onguent mcrcuriel. Mais personne n'avait encore songé à en faire la base unique de cette préparation. Ce fut Cirillo qui en conçut l'idée. Il composait, avec un gros de sublimé, une once d'axonge de porc , et un gros de sel auuuoniac , une pommade que l'on employait en frictions de la manière suivante. Le malade étant préparé par des bains , des lavemcns et l'usage du petit-lait, de la décoction de chiendent , ou de la tisane de salsepareille , on prenait un gros d'onguent, dont, avec la main couverte d'un gant graissé ou huilé , on frottait les plantes des pieds seulement, toute autre partie de l'organe cutané courant le riijque d'être irritée ou même excoriée. La friction était répétée, au même endroit, les deux jours suivans. Le quatrième, on faisait prendre un bain ; le cinquième, on pratiquait une nouvelle friction avec un gros et demi de
DES MALADIES VJÛNÉRIENHES. 5o5
pommade , et l'on continuait ainsi , en prescrivant un bain tous les trois ou quatre jours , et ne dépassant jamais deux gros. Une boisson délayante quelconque était administrée pendant toute la durée du traitement.
M. Gullerier pense que la dose indiquée par Cîrillo est trop forte, et qu'on doit se contenter d'un demi-gros de pommade dans les commencemcns. Il rapporte l'exemple d'un homme, qui, ayant pratiqué des frictions sur sa verge, y attira une violente phlogose accompagnée do phlyclènes.
Le médecin napolitain vantait beaucoup sa méthode, qu'il disait avoir employée avec un grand succès dans toutes les maladies vénériennes indistinctement, et à laquelle M. Hufeland a prodigué aussi les plus grands élo • ges, il y a quelques années. Cirillo avertissait néanmoins de ne pas la mettre en usage chez les sujets scorbutiques, cachectiques, exténués par une suppuration abondante, la fièvre hectique ou une diarrhée coUiquativc. C'est surtout chez les personnes grasses, ou d'une constitution lymphatique, qu'il la recommandait. Suivant lui, elle occasionne rarement la salivation, ou n'eu détermine parfois qu'une très-légère, et active de préférence la sécrétion urinaire ou la petspiralion cutanée, principalement cette dernière, qui, dans certains cas, augmente au point de produire des sueurs fort abondantes.
La dissolution de sublimé corrosif a élé proposée en applications sur la surface entière du corps, pour la guérison des maladies vénériennes. C'est la méthode des bains antisjphUUiq ues, don-t l'invention est due à Baume, et qui a élé préconisée, dans ces derniers temps , par Galîé et M. Ledain. Baume conseille d'employer d'abord
5o4 TnAlTl^
un domi-grain par pinlo {l'caii, (raiigmcntcr peu h peu la dose jusqu'il huit grains, suivant l'eUbt des premières, et de n'administrer, pendant tout le traitement, que des boissons adoncissantos, ou même de l'eau pure. On doit se servir d'une baignoire de bois, et le malade y reste environ deux heures chaque fois, ayant soin de ne pas lâcher dans le bain son urine, qui décomposerait la préparation mercurielle. Si cette dernière occasionne des démangeaisons h la peau, on ajoute à l'eau du bain quelques pintes de décoction de graine de-lin.
Cette méthode a été jugée très-diversement. Quelques médecins, CalTé enlr'autres , la préconisent avec une sorte d'enthousiasme. D'autres, tels que Swediaur, MM. Lngneau et Cuilerier, la déclarent insuffisante. BI. Lallemand a employé avec avantage les bains mcrcuricls chez un enfant, à la dose d'un demi-gros de sublimé, portée successivement jusqu'à deux gros, dans dix ou douze livres d'eau, h. laquelle il ajoutait encore cinq à six cuillerées d'alcool, pour la rendre plus tonique. Suivant M. Cuilerier, le sublimé ne pénètre que par les parties couvertes d'un épiderme mince et tendre, comme les ais- ' selles et les entre-cuisses, et le reste de la peau n'absorbe que quand il existe des boutons, des excoriations, des ulcères. Plusieurs faits authentiques déposent contre cette assertion. Ainsi M. Ledain parle d'un jeune homme qui, en arrangeant des pièces anatomiques conservées dans une dissolution de deutochlorure de mercure, éprouva, quelques heures après, des nausées, desvomissemens, des douleurs d'estomac, et fut très-malade pendant quinze jours. La même chose est arrivée, dans une circonstance semblable, à M. Jidcs Cloquet, scion le rapport de M. Or-
DES M.VLACIES viNÉRIENNES. 5o5
fila. Il n'est donc pas vrai que les bains mercuricls n'cn- Iraînent jamais aucun inconvénient, comme l'ont prétendu quelques-uns de leurs panégyristes; car, indépendamment de ceux qui viennent d'être signalés , ils procurent communément , d'après l'aveu même de Baume, des évacuations par les selles ou les urines, avec un léger gonflement des gencives , parfois des ardeurs d'urine, et souvent des démangeaisons h la peau. M. Ledain dit aussi les avoir vus produire , sur diverses parties du corps, à la face interne des bras, sur le dos et sur les épaules, une éruption de larges plaques rouges, accompagnées d'un prurit insupportable. Enfin ils allèrent la souplesse de la peau et la couleur des ongles.
M. Meirieu conseille la solution aqueuse de sublime corrosif en frictions, et assure en avoir retiré les plus grands avantages sous cette forme. Lui attribuant des effets aussi inarqués qu'aux frictions avec la pommade mercurielle , il croit qu'on doit la préférer h ces dernières, parce qu'elle est d'un usage beaucoup plus commode , que le mercure employé de cette manière ne porte pas h la boucbe , et que , comme le médicament n'est pas introduit dans l'estomac, il n'y a pas à craindre une irritation de cet organe, ce qui permet d'administrer en même temps d'autres remèdes à l'intérieur. La formule dont il se sert contient vingt grains de sublimé sur deux onces d'eau distillée et un demi-gros d'alcool. Chaque jour on consomme d'abord deux, ensuite trois gros de cette liqueur, en friction. Lorsque le malade se frotte lui-même , on met cette quantité dans une soucoupe, dans laquelle il trempe ses doigts de temps en temps. Comme il s'élève quelquefois de petits boutons sur la partie , on a soin de
SoG TRAlTli
changer tous les jours de place. Ainsi on fait les frictions successivement sous la plante des pieds, aux jambes et enfin aux cuisses, puis on recommence, et on ne revient à la même partie que tous les six jours. Lorsque les éva- Xuans sont indiqués , on donne les pilules de Belloste.
Los lotions avec la dissolution aqueuse de sublimé corrosif étaient déjà en usage parmi les Arabes, qui s'en servaient pour toucher les ulcères rebelles et en aviver la surface. Mattioh imagina de substituer aux frictions, dans le traitement des maladies vénériennes récentes, ces mêmes lotions faites à la surface du corps avec une bqueur composiée de deux onces de sublimé dissoutes dans six livres d'eau distillée de rose, de plantain, de morelle ou d'autres plantes qu'il croyait propres h modérer l'action corrosive du composé mercuriel. 11 lotiounait tout le corps, mais particulièrement les jambes jusqu'aux genoux, et les bras jusqu'aux coudes. D'ailleurs il recommandait d'observer les mêmes précautions que dans le traitement par les frictions , attendu , fait-il remarquer expressément , que ces lotions produisent les mêmes résultats , comme l'ulcéiation de la bouche , des défaiLiances , le dévoiement, l'insomnie , etc.
Cette méthode eut des succès qui lui procurèrent une certaine vogue. On y eut même recours dans les états morbides désignés sous le nom de vérole confirmée. Aux simples lotions quelques médecins substituèrent des frictions légères faites avec la même liqueur, dans une chambre chaude, pendant dix jours de suite, et une ou deux fois par jour. Cependant, comme on discontinuait do trop bomie heure l'usage du sublimé , il lui arrivait quelquefois de ne pas procurer une guérison parfaite^ Ou
DES MALADIES VliN3^niEN.>ES. Soy
s'imagina que cet eJlet tenait h ce qu'on n'introduisait pas assez de mercure tout à coup dans le corps. Aussi augmenta-t-on la dose du deutochlorure , que Plater porta , terme moyen , h une once pour deux livres d'eau, en y ajoutant encore d'autres excilans divers, parmi lesquels figure même l'arsenic Blancaard recommandait de frictionner les arliculations avec une solution de même force , d'y appliquer en outre des linges imbibés de cette liqueur, et de continuer ainsi pendant huit à dix jours, jusqu'à ce que la salivation commençante mît dans la nécessité de suspendre les remèdes.
Mais les graves inconvéniens qu'entraînait fréquemment cette méthode , et à l'abri desquels les simples bains de pieds, conseillés par Turquet de Mayerne, h la vérité avec le calomélas , ne mettaient pas toujours les malades, la firent abandonner peu h peu. Les lotions locales sont les seules (|ue l'on emploie encore quelquefois aujourd'hui.
II est rare même qu'on se serve d'une simple dissolution de sublimé , si ce n'est en gargarisme , et alors on l'étend d'une certaine quantité d'eau d'orge ou de toute autre liqueur mucilagineuse. M. Alibert conseille toutefois , sous le nom d'eau rou^e, dans les allections vénériennes de la peau, une dissolution d'un gros de sublimé dans une livre d'eau distillée, qu'on colore en rouge avec l'orcanelte , pour éviter les méprises dangereuses, et avec une ou deux onces de laquelle on bassine les parties malades. Pour la plupart des autres applications externes , on emploie Veau pliagtdéniquQ , préparée en faisant dis' soudre vingt-quatre grains de sublimé dans suffisante quantité d'eau distillée qu'on verse ensuite dans une livre
5o8 TILlITJi
d'eau de chaux. Cctlc liqueur n'est pas corrosivc , comme son nom l'indique, mais seulement lé}j;èremenl excitante; les deux substances qu'on emploie pour la conreclionner se décomposent mutuellement : de là le précipité jauneorangé qu'elle laisse bientôt déposer, et qu'il faut avoir soin de mêler par l'agitation , sans quoi l'on n'aurait que de l'eau chargée de chaux et d'une petite quantité d'hydrochlorale de chaux. Ce précipité est de l'hydrate de deutoxide de mercure, mêlé à une petite quantité de soushydrochlorate mercuriel.
DES MALADIES TiN(:RIEX>'ES. SoQ